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Contes du Soleil Noir : Invisible – Alex Jestaire

Résumé : À la dérive dans les rues de Bruxelles, un SDF prend conscience qu’il est en train de devenir invisible aux yeux des passants – réellement invisible. Facétieux, il tire parti de cette nouvelle donne en se jouant des barmen, des touristes, des policiers et des femmes…

 

Edition : Au Diable Vauvert

 

Mon Avis : Alex Jestiare nous livre avec Invisible le troisième conte de son cycle qui tourne autour des Contes du Soleil Noir. Après Crash, qui m’avait offert un sympathique moment de lecture et des réflexions intéressantes (ma chronique ici), puis Arbre qui m’avait laissé sur ma faim devant une certaine incompréhension du côté mystique et de la conclusion (ma chronique ), je me demandais bien ce qu’allait pouvoir proposer l’auteur dans ce troisième tome. Concernant la couverture, illustrée par Olivier Fontvieille, je la trouve moins intéressante que celles des autres tomes. Le personnage version kaléidoscope me fascine moins je trouve. Le livre est toujours porté par des illustrations internes de Pablo Melchor qui apportent un petit plus à l’ambiance du récit.

Ce récit reprend un peu le même genre de construction que Crash, le Geek nous présentant ainsi Joffrey, un SDF qui vit dans les rues de Bruxelles avec son chien et qui tente de survivre. Le genre d’individu que personne ne remarque jamais ; cela en devient d’ailleurs à un tel point que quand il se réveille il est devenu invisible. Il a beau tout tenter pour se faire voir et entendre, personne ne le remarque. Il se rend rapidement compte de l’intérêt de ce pouvoir, des avantages qu’il offre et des nombreuses « blagues » qu’il va pouvoir faire. Sauf que très vite Joffrey va découvrir que ce don est finalement une malédiction. Ce court roman se révèle finalement plus classique, la notion d’invisibilité d’un point de vue sociale ayant déjà été traité plusieurs fois, mais voilà j’ai trouvé que l’auteur s’en sortait plutôt bien. Le traitement légèrement angoissant, avec ce côté un peu misérabiliste qui, sans tomber dans la caricature, fait réfléchir et offre un certain intérêt au récit, font que j’ai trouvé que ce tome offrait un moment de lecture plus que sympathique et divertissant.

L’auteur reprend ici, comme je l’ai dit, le même type de construction que Crash, se concentrant plus sur une seule ligne d’intrigue, celle de Joffrey, ce qui permet ainsi à l’auteur d’offrir un héros très intéressant à découvrir. Alors pas tant dans ce qu’il montre obligatoirement, que dans ce qui est sous-entendu et les non-dits. La plume est toujours aussi incisive dans la construction de ce personnage, paumé, abandonné du système, qui a bien tenté pendant de trouver sa voie, pour mieux retomber dans la rue. Il est un peu le soucis d’un système d’élite qui ne s’intéresse pas, et ne veut surtout pas s’y intéresser, aux personnes qui ne n’arrivent pas à s’y intégrer. Mais surtout ce qui marque c’est cette lente compréhension du « don » que reçoit notre héros. Cette lente transition entre un pouvoir qui peut lui permettre de réaliser ce qu’il a envie, jusqu’à plonger au fur et à mesure dans une solitude encore plus angoissante, douloureuse et dérangeante. On découvre ainsi au départ un Joffrey tragi-comique, parfois jusqu’à l’absurde idiot, qui va peu à peu se rendre compte du manque des autres. Il découvre alors que la vie sans contact, sans rencontre, sans discussion n’est finalement qu’horreur et angoisse. Autant on peut ne pas être accroché par le personnage en lui-même, tant parfois j’ai trouvé que l’auteur en faisait un peu trop, mais sa descente aux « enfers » ne manque pas de faire réfléchir et de soulever de nombreuses questions et parfois même de toucher le lecteur.

Les réflexions que soulève l’auteur sont d’ailleurs un des axes principaux des différents contes qu’il propose. Il cherche ainsi clairement à offrir un conte social, à nous présenter une vision du monde sombre, angoissante, ou finalement notre société se dirigerait vers sa fin, le tout de façon cohérente et efficace. On se retrouve ainsi à se poser de nombreuses questions que ce soit concernant les laissé pour compte, ces SDF qui n’intéressent personne, sur la technologie et la manière dont elle est présente en permanence dans nos vies et enregistre tout ou bien aussi d’un point de vue social. On se met ainsi d’un certaine façon à se poser des questions sur notre société, cette façon qu’elle a d’isoler finalement chacun d’entre nous, de nous rendre indifférent à ce qui peut se passer autour de nous. Les axes de réflexions sont durs, percutants, mais ne sont jamais non plus imposés ; chacun se faisant son propre avis. Alors parfois, c’est vrai, ils se révèle traités de façon un peu facile voir simpliste. Il faut dire que le format est assez court, ce qui joue forcément, mais c’est quand même un peu dommage. J’ai par contre bien accroché à la conclusion de ce récit, teinté de fantastique, qui reste ouverte et colle bien au récit.

Concernant notre narrateur, le Geek, j’ai trouvé les passages le concernant mieux maîtrisé que dans Crash, même si par moment il continue à en faire un peu trop. Les passages où on le suit m’ont paru plus fluides et plus intéressants dans ce tome. Il continue par contre a en faire légèrement trop sur la véracité de son récit, cherchant à faire germer le doute dans la tête du lecteur, mais je ne trouve pas que cela apporte grand-chose, même si ça ne dérange pas non plus de trop la lecture. La plume de l’auteur est toujours aussi vive, incisive, percutante et efficace ce qui rend ainsi cette histoire encore plus saisissant. Je vais ainsi me laisser tenter par le quatrième tomes de ces contes qui devrait sortir dans quelques mois, histoire de voir ce que va proposer l’auteur.

En Résumé :  J’ai passé un sympathique moment de lecture avec ce troisième conte du soleil noir. On découvre ainsi ici Joffrey, un SDF qui va se rendre compte qu’il est devenu invisible. Il va alors décider de profiter de ce don, mais va se rendre rapidement compte qu’il en devient une malédiction. On plonge ainsi dans un récit dont l’angoisse va monter lentement au fil des pages, dévoilant une certaine solitude qui entoure notre héros, accentué par son nouveau « pouvoir ». L’auteur ne cherche pas l’horreur de son récit, mais plus le questionnement qui se dégage devant ce récit troublant. On se retrouve ainsi à se poser des questions sur notre société, la technologie, mais aussi principalement d’un point de vue social, sur ces laissés pour compte, ces abandonnés sur lesquels on ferme les yeux. Surtout les réflexions ne sont jamais imposées ou forcé, chacun se fait ainsi on propre avis. Alors c’est vrai, parfois elles sont quand même amenées de façon un peu simpliste et facile, mais rien de non plus trop bloquant. Les passages sur le Geek m’ont paru plus intéressant que dans Crash, même s’il continue à en faire un peu trop sur la véracité de son récit, cherchant trop à instiller le doute, mais bon rien de gênant. La plume est toujours incisive, efficace et percutante et je pense que je vais me laisser tenter par le quatrième conte prévu dans quelques mois.

 

Ma Note : 7/10

Contes du Soleil Noir : Arbre – Alex Jestaire

Résumé : Une journaliste use du pouvoir du Soleil Noir pour obtenir le matériau de ses articles, tandis qu’en Inde, l’ascension d’un Soleil Noir au-dessus d’un arbre sacré connecte un couple d’éleveurs, un riche philanthrope et un temple hindouiste.

 

Edition : Au Diable Vauvert

 

Mon Avis : Après avoir découvert le premier conte de cette série, Crash, qui sans non plus se révéler exceptionnelle, s’avérait sympathique à découvrir avec quelques axes de réflexions intéressants (ma chronique ici), je me suis donc lancé dans la lecture d’un second Conte du Soleil Noir : Arbre. J’étais intrigué de savoir ce qu’allait bien pouvoir nous proposer l’auteur. Je ne reviendrai pas trop sur les références cités, j’en ai déjà dit assez lors de ma précédente chronique, juste que je confirme qu’elles me paraissent trop « lourdes » à porter pour cette série je trouve. Concernant la couverture, illustrée par Olivier Fontvieille, je la trouve plutôt réussie et les illustration intérieures de Pablo Melchor offrent toujours une ambiance légèrement angoissante.

On retrouve ainsi le Geek, notre guide de ses différents contes, qui après l’histoire de Malika vient ici nous présenter deux lignes d’intrigues. La première concerne Janaan, jeune indienne qui officie à Londres en tant que journaliste et qui possède le pouvoir en parlant, grâce au soleil noir, d’imposer sa volonté aux autres. Comme personne ne lui résiste, elle arrive ainsi à récolter toutes les informations qu’elle le souhaite, même les plus sensibles. Elle va ainsi se retrouver à enquêter auprès de la jeunesse aristocratique anglaise la plus riche, mais aussi la plus décadente. Sauf que rien ne va franchement se passer comme elle l’espérait. La seconde intrigue nous emmène en Inde, où un sage va tenter, suite à d’étranges phénomènes qu’il ressent, d’en découvrir la cause. Alors j’avoue ce second conte est moins, l’on va dire, ésotérique que le premier, le fantastique est clairement annoncé ici et pourtant j’ai moins accroché. Certains points et certaines transitions m’ont ainsi laissé plus que perplexe j’avoue.

Alors, il y a quand même des points intéressants dans ce court roman. Le récit se révèle plus énergique que Crash, peut être aussi moins introspectif aussi dans le piège que cherche à tendre Janaan, mais qui va finalement se retourner contre elle où de chasseuse elle va en devenir la proie. On est ainsi porté par un rythme plus tendu. L’héroïne offre aussi une approche différente que celle de Malika du précédent tome. Toutes les deux « étrangères », elles offrent pourtant des trajectoires diamétralement opposées qui font obligatoirement réfléchir. L’ambiance est aussi saisissante, que ce soit dans le côté angoissant que développe l’auteur autour du récit proposé ici, mais du sentiment d’impuissance qui est ressenti lorsque le piège se referme sur Janaan. On y retrouve aussi cette lucidité dans la plume qui se veut sobre, simple et pourtant tellement incisive. Autre point qui ne laisse pas indifférent c’est finalement la représentation de cette société, que ce soit Janaan qui abuse de son pouvoir pour ses simples envies personnels de réussite, ou bien les personnes qui vont la piéger et qui sont loin d’être des saints.

L’auteur nous offre aussi, même si j’ai trouvé cela moins marquant que dans Crash, de nombreux points de réflexions. En effet on y découvre ainsi une bourgeoisie Anglaise totalement déconnectée, qui se plonge dans la dépravation, les drogues et les fêtes pour son simple plaisir. On y voit aussi apparaitre une différence de classes accentuées où seuls les sélectionnés sont acceptés, que va être obligée de découvrir Janaan par la force des choses, allant jusqu’à en apercevoir les désirs les plus pervers et aberrants. On en vient à se poser des questions sur les envies humaines les plus sombres, Ce vernis de morale qui s’effrite, mais aussi sur l’inhibition qu’apporte l’argent et le pouvoir. Certes c’est du déjà vu, mais pourtant cela fonctionne ici plutôt bien, porté grâce à cette ambiance étrange et dérangeante. Obligatoirement, si on extrapole et qu’on sort du premier degré du récit, on pense aussi se questionner sur la violence présente dans notre société, à cette impuissance que l’on ressent qu’elle soit aussi bien physique, morale que même plus globale.

Sauf que voilà une fois la dernière page tournée, je dois bien avouer que je ne suis pas sûr d’avoir tout compris, principalement dans le dernier tiers quand les deux lignes d’intrigues se rejoignent. Il faut dire que toute la partie Indienne n’a pas totalement réussi à me happer, se perdant dans des notions mystiques que j’ai eu du mal à comprendre et à appréhender. Par conséquent quand on arrive dans le dernier tiers où tout se relie, je me suis senti un peu perdu. Certes c’est étonnant, surprenant, mais énormément de questions restent ouvertes, trop même pour moi qui pourtant aime ce genre de conclusion. J’en ai compris le côté un peu philosophique sur Janaan qui va découvrir son côté sombre, l’appréhender et s’en relever, mais de mon côté ça s’arrête là, ce qui est quand même frustrant. Alors après quelques recherches j’ai vu que l’auteur a construit ces contes sous la forme de 30 textes qui pourraient se répondre, on pourrait donc trouver nos réponses dans un autre livre de l’auteur, mais je trouve cela quand même un peu dommage. Je suis peut-être aussi passé à côté, n’ayant que peu de connaissances que le côté mystique indien que met en avant l’auteur. La plume de l’auteur est par contre toujours aussi fluide, entraînante et efficace et je lirai le troisième conte histoire de me faire un avis plus complet.

En Résumé : Je suis sorti de ma lecture de ce court roman Arbre, deuxième récit des contes du Soleil noir, avec un sentiment mitigé. J’avoue avoir bien accroché à la partie sur Janaan qui cherche à tendre un piège, mais qui va finalement se refermer sur elle. On ressent l’angoisse et ce léger sentiment d’horreur que met en avant l’auteur, ainsi que les réflexions qu’il soulève. On se trouve ainsi à se poser des questions sur la violence dans notre société, notre sentiment d’impuissance générale face à une population déconnectée, ou bien encore sur cette part sombre qui se cache en chacun d’entre nous et qui peut surgir. Le soucis c’est que je suis complètement passé à côté de toute la mythologie Indienne qu’on découvre dans la seconde ligne d’intrigue, ce qui fait que quand les deux se rejoignent dans la conclusion je ne suis pas sûr d’avoir tout compris ce qui est quand même un peu dommage. Certes cela peut venir clairement de moi, mais voilà cela a forcément jouer sur mon ressenti. La plume de l’auteur est fluide, vive et efficace et je lirai le troisième tome histoire de me faire un avis plus complet.

 

Ma Note : 6/10

Contes du Soleil Noir : Crash – Alex Jestaire

Résumé : La vie précaire d’une jeune mère isolée tourne au cauchemar après un accident. Clouée sur son lit d’hôpital, face à la télévision, elle se dissout peu à peu dans le flux de l’information mondiale catastrophiste.

 

Edition : Au Diable Vauvert

 

Mon Avis : Ce livre a terminé sa course dans ma PAL un peu par hasard. En effet on m’a proposé, il y a peu, de découvrir les premiers exemplaires de la série de contes écrite par l’auteur. Il y a ainsi cinq volumes qui vont être publiés courant de l’année 2017, chacun d’entre eux proposant une histoire et un personnage qui lui est propre. J’avoue alors avoir été intrigué par le concept, ainsi que par le côté très fantastique qui se dégageait des premiers résumés. À noter aussi une couverture, illustrée par Olivier Fontvieille, qui je trouve colle parfaitement à l’ambiance un peu étrange que veux mettre en avant l’auteur. Les illustrations intérieures, réalisées par Pablo Melchor, fonctionne bien aussi, proposant des dessins étranges et légèrement oppressants qui collent parfaitement au récit.

Je vais par contre faire un point. Je reviens rarement sur les références citées en quatrième de couverture, souvent parce que je trouve qu’elles ne servent à pas grand-chose et qu’à force de trop vouloir faire de comparaison on en oublie finalement l’auteur. Pour Crash je vais faire une exception, car je trouve que les noms cités en quatrième de couverture (King, Barker, Cronenberg ou encore Moore) me paraissent de trop pour les épaules de ce récit, ne sachant pas encore pour les autres tomes. Il serait ainsi dommage de se lancer dans la lecture de ce livre grâce à ces simples arguments, on risquerait d’en sortir déçu alors qu’il possède quand même une certaine originalité je trouve.

Plonger dans Les Contes du Soleil Noir c’est un peu comme plonger, si je devais proposer une référence (qui comme toute référence est bancale), dans Les Contes de la Crypte, mais avec un côté plus angoissant d’un pont de vue social. Le narrateur n’est pas ici un squelette, mais un geek qui dans les tréfonds du réseau à noter de drôles d’irrégularités et se retrouve à mener différentes enquêtes pour nous offrir des histoires. On y croit où pas, chacun est libre en fonction de ce qu’il présente, mais le doute est toujours là. Crash va nous faire suivre l’histoire de Malika qui tente de survivre dans le 94. Séparée d’un mari qui s’est « radicalisé » dans la religion, elle se retrouve à élever seul son fils grâce à un boulot pourri et est forcée à compter chaque sous deux fois avant de le dépenser. Un jour en rentrant du boulot elle subit un AVC ce qui provoque un grave accident de voiture. Enfermée dans un hôpital et devenue limite un légume, elle passe ses journées devant la TV. Elle va alors commencer peu à peu à voyager, à se « dissoudre » dans les programmes. Alors j’avoue une fois la dernière page tournée, tout n’a pas fonctionné avec moi concernant ce récit, mais dans l’ensemble j’ai passé un sympathique moment de lecture.

Déjà ce qui marque, selon moi, c’est l’acuité de la plume de l’auteur dans la construction du personnage de Malika. On découvre ainsi une héroïne, pure produit de notre société qui a de plus en plus de mal, qui s’avère profondément humaine dans ses blessure et ses envies. Elle évite ainsi de tomber dans un côté cliché, misérable et propose un personnage émouvant, dont on sent les failles, mais aussi le besoin de s’en sortie d’avancer. Entre rêve et réalité on se rend compte ainsi qu’elle a dévié, plus par la force des choses que par véritable choix, du chemin qu’elle s’imaginait plus jeune. D’une certaine façon elle arrive, je trouve, à toucher le lecteur car on a tous, à un moment ou un autre, été confronté à des choix importants, à être pressé par notre société. Ainsi on comprend un peu, d’une certaine façon, qu’elle lâche prise après l’accident et préfère s’évader dans la télévision, vivant de voyages qu’elle ne fera jamais, plutôt que vivre d’une réalité morne et qui parait foncer dans un cul de sac. Le tout est aussi porté par une ambiance légèrement stressante, angoissante, qui monte doucement en tension au fil des pages.

Cela ouvre par conséquent de nombreuses réflexions, que ce soit sur notre société, notre façon d’aborder notre vie et de faire nos choix, l’influence de la technologie aussi à travers l’enquête que mène le Geek, mais aussi le besoin de faire disparaitre les informations les contrôler. Surtout l’idée qui, selon moi, se démarque, vient de l’évasion de l’héroïne à travers la télévision, sa capacité à fuir une réalité pour rejoindre un rêve, une vision. L’auteur la présente ainsi de façon neutre, ne cherchant pas à juger ou à montrer une dévire de notre société comme on le voit souvent à droite ou à gauche, mais nous dévoilant plus un constat dont chacun doit en tirer ses propres conclusions. Certes la technologie permet d’une certaine façon de « fuir », mais est-ce si grave de vouloir parfois se libérer des contraintes qui nous bloquent. Après c’est à chacun de ne pas dépasser les limites. Cela ne veut pas dire pour autant que ces avancées technologiques sont le rêve. Reste aussi, sans trop en dévoiler ni trop spoiler (j’espère), un questionnement sur l’avenir de notre monde, mais là je vous laisse découvrir.

Pourtant, quelques points m’ont tout de même dérangé. Déjà, comme je l’ai dit, le récit propose de nombreux points de réflexions, mais au vu de la taille du roman (une centaine de pages environ) parfois certaines ne sont à peines qu’esquissés ce qui est parfois frustrant. Ensuite, certains messages et certains axes de développements sont construits de façon un peu convenus à mon goût. De plus, l’auteur tente de s’amuser avec le lecteur, en jouant sur la véracité ou non de ses faits, sauf que parfois ça n’apporte rien, je trouve, à l’intrigue. Qu’il y ait du mystère je le comprends, mais voilà j’ai eu l’impression qu’il appuyait trop dessus pour tenter de nous dérouter sans que cela fonctionne complètement. Enfin le dernier point vient de la narration, le récit nous étant présenté à travers le geek qui en partie romance l’histoire de Malika et en partie vient lui-même apporter des précisions au lecteur et j’avoue que je n’ai pas toujours trouvés ces détails pertinents, alourdissant même parfois le récit. La plume de l’auteur est concise, simple, fluide et efficace qui vient coller parfaitement au récit, proposant ainsi un portrait à la fois tragique et intéressant qui, certes, et loin d’être parfait, mais m’a offert un sympathique moment de lecture.

En Résumé : J’ai passé un moment de lecture sympathique avec cette novella qui nous propose de découvrir un conte contemporain intéressant et légèrement angoissant, même si tout n’a pas réussi à m’accrocher. L’un des points forts du récit c’est la capacité de l’auteur à brosser une héroïne complexe, blessée par la vie et qui a du mal à tout gérer dans une société qui oublie de plus en plus la notion de social, le tout sans jamais tomber dans la caricature. On s’attache ainsi un minimum à elle et on la comprend. L’ambiance, légèrement oppressante, colle parfaitement à l’histoire et monte doucement en tension au fil des pages. De nombreuses réflexions nous sont proposés que ce soit sur l’influence de la technologie, sur nos choix de vie, sur la société mais aussi sur le besoin de fuir une réalité parfois trop oppressante. Alors parfois elles sont traités de façon un peu trop simplistes, ou rapides, mais dans l’ensemble ce récit ne laisse pas indifférent et nous questionne. Je regretterai aussi que certains axes de développements soient un peu convenus. Ensuite que l’auteur cherche un peu trop à créer le doute chez le lecteur ce qui ne fonctionne pas toujours bien. Enfin j’ai trouvé que les interventions du geek ne sont pas toujours utiles et alourdissent même, je trouve, le récit. La plume de l’auteur s’avère simple, efficace, incisive et fluide et je me laisserai tenter par les autres contes qu’il propose.

 

Ma Note : 7/10

Les Enfantômes – Joëlle Wintrebert

Résumé : Avec Les Enfantômes, Joëlle Wintrebert (Les Olympiades truquées, Pollen, La Créode) s’aventure sur les terres du fantastique, sans pour autant délaisser la science-fiction. Les enfants qu’elle met en scène se battent à leur manière pour s’affranchir d’une vie qu’ils n’ont pas choisie : ainsi la fille-lune s’échappe de la ville sous-marine où on la retient prisonnière, la jeune migrante triomphe d’un enchantement qui la condamnait, le garçon malade s’évade dans le miroir qui lui rend sa force et ses jambes, la petite tisseuse verrouille la cruauté de son patron dans une tapisserie… Et souvent l’espoir jaillit de la rencontre avec l’autre, qu’il soit baladour, chimère, zorro des réseaux ou même, un autre enfant.

Edition : ActuSF

 

Mon Avis : Joëlle Wintrebert, j’avoue que je connais plus son travail de traductrice, c’est elle qui a réalisé la traduction de Blitz et All Clear de Connie Willis, que son travail d’auteur. Quand on m’a proposé de découvrir un recueil de l’auteur reprenant quelques-unes de ses nouvelles, je n’ai pas hésité longtemps avant de me laisser tenter. Concernant la couverture, illustrée par Philippe Caza, je la trouve réussie et sympathique. Il est à noter que ce recueil de nouvelles est disponible que en numérique, en effet la maison d’édition ActuSF a décidé de publier tous les mois des livres 100% numériques. Ce livre comporte ainsi douze nouvelles.

Les enfantômes : Une nouvelle très courte, d’à peine quelques pages, qui est loin d’être la plus marquante, mais qui se lit vite, facilement et met en place les grands axes des textes de l’auteur que sont les enfants. Quelques idées sont aussi soulevées concernant la guerre et la position des enfants face à cette tragédie. Cela fait réfléchir et s’avère fluide et vivant, mais aurait mérité plus de profondeur à mon goût.

L’oeil rouge du coutelier : Une nouvelle fantastique qui va lier une jeune fille avec d’étrange pouvoir et un couteau au rubis envoutant. J’avoue j’ai trouvé ce texte très agréable à lire et à découvrir. La plume de l’auteur, envoutante et captivante, marche à la perfection ici happant rapidement le lecteur. L’intrigue, certes linéaire, est mené sur un rythme efficace, montant en tension au fil des pages. On y trouve aussi des notions, présentes dans la plupart des textes, sur la jeunesse, mais aussi ici sur le vide, la fin. Un bon texte, intrigant et entraînant.

Le miroir magique : Cette nouvelle nous parle de la grave maladie d’un enfant et d’un miroir magique. Un très joli conte, qui traite, je trouve, de façon efficace et touchante de la maladie et de tout ce que cela entraîne. Le côté fantastique apporte un plus au récit qui développe une conclusion touchante, à la fois triste et pleine d’espoir. Certains passages sont peut-être traités trop rapidement, mais rien de trop bloquant.

Bébé tigre : Cette nouvelle traite de façon concise et, certes, un peu courte du travail des enfants à travers une jeune fille prodige dans le tissage de tapis vendu à un tisserand loin d’être un ange. Une histoire plutôt sympathique, courte et percutante, qui manque quand même de profondeur pour franchement se révéler marquant. Un texte que je classerai vite lu, apprécié, mais vite oublié, même si quelques idées sortent du lot.

Le ciboire : On entre ici dans la nouvelle fantastique légèrement teinté d’angoisse. On suit ainsi un frère et une soeur qui vadrouille à travers la région et qui vont découvrir une chapelle abandonnée. Entre conte et récit sombre, le texte se révèle plus que plaisant et entraînant, même si de nouveau je trouve que certains aspects sont traités un peu trop rapidement. J’ai bien aimé la chute qui a pris à contre-pied, je trouve, un des éléments fantastiques.

La voix du sang : Voilà une des nouvelles dont j’ai le moins accroché dans ce recueil. Elle traite de l’histoire d’un enfant qui, martyrisé par son père, cherche à se venger pour vivre paisiblement avec sa mère. J’en ai vu les idées, mais voilà j’y ai retrouvé les défauts des autres textes mais accentués. Elle manquait de profondeur, de complexité pour ma part et de plus la chute, qui se veut percutante, n’a pas réussi à me toucher. Clairement, je suis passé à côté de ce récit.

Victoire : De nouveau on plonge avec ce récit dans le fantastique légèrement angoissant, mais avec peut-être un peu moins de réussite à mon goût que Le Ciboire. On découvre ainsi Victoire, une vieille dame qui sent sa fin proche et part à la recherche d’une « héritière ». Le texte n’est pas mauvais, plutôt bien écrit et fluide, mais voilà le côté déjà-vu fait que l’ensemble est un peu prévisible. De plus, un personnage tombe un peu dans la caricature je trouve, comme si le texte avait mal vieilli. Rien de bien méchant non plus, offrant tout de même une sympathique lecture.

Les enfants du vent : Une courte nouvelle qui nous présente un peuple sédentaire qui va voir passer, comme c’est le cas à fréquence régulière, un peuple nomade. Cette nouvelle ne m’a pas laissé un souvenir impérissable, se révélant trop courte selon moi, manquant de profondeur et surtout proposant une fin que j’ai trouvé abrupte. La nouvelle n’est pas mauvaise en soit, mais ne correspond pas aux attentes que je pouvais avoir une fois celle-ci terminée.

L’enfant du lignage : On suit dans cette nouvelle Niall, jeune garçon qui va découvrir qu’on lui a menti depuis tout petit sur sa vie, le tout dans un monde qui a connu une grande tragédie. Un texte que j’ai trouvé très efficace et intéressant dans les idées soulevées, que ce soit dans les notions d’écologie, d’acceptations des autres  ou bien encore sur la société décrite. La tension monte lentement au fil des pages pour aboutir à une conclusion explosive dont mon seul léger regret est qu’elle m’a paru un peu trop ouvert et avec un petit happy-end un peu facile. Pourtant j’accroche souvent ben aux conclusions ouvertes.

L’oasis : Cette nouvelle nous fait découvrir Khadija qui va devoir faire face à une épidémie qui menace d’emporter sa mère. Un texte pas mauvais, qui soulève quelques questions sur le côté scientifique et la capacité des hommes à corrompre leurs expériences. Certes le questionnement est légèrement binaire, mais plutôt intéressant. L’intrigue, sans révolutionner le genre, fonctionne plutôt bien. Mon seul regret vient de la fin qui est beaucoup trop rapide, reposant sur des deus ex machina faciles et qui offre une conclusion en happy end qui en fait un peu trop.

La fille lune : La fille lune est une histoire d’amour interdite sur fond de science-fiction. Un texte plutôt sympathique et agréable, bien porté je trouve par les deux héros, mais qui de nouveau manque un peu de complexité pour clairement dévoiler son potentiel ainsi que son univers à mon goût. Comme si l’auteur avait peur de développer  un peu plus la toile de fond qu’elle propose et de s’y perdre. Reste une lecture agréable et divertissante.

Le don des chimères : La nouvelle la plus longue du récit et aussi une des plus intéressantes, même si on y retrouve certains des défauts habituels que j’ai noté dans les différentes nouvelles. Un texte intéressant, qui nous présente un avenir proche qui a réussi à, d’une certaine façon, évoluer dans le bon sens. Des découvertes ont permis d’éviter certaines crises, mais les grands groupes restent toujours au pouvoir. Un récit qui offre ainsi un minimum de réflexion, tout en proposant une ligne d’intrigue efficace et surprenante. Alors après je regretterai à nouveau un manque de profondeur sur certains points, des transitions émotionnelles un peu frustre et une fin qui cherche un peu trop la fin heureuse, mais rien de non plus trop dérangeant.

En Résumé : J’ai passé un sympathique moment de lecture avec ce recueil de nouvelles qui offre un ensemble de textes aux idées intéressantes, portés par une plume que j’ai trouvée soignée et par moment envoutante. On sent aussi clairement l’envie de l’auteur de mettre en avant comme héros l’enfant dans son innocence, sa découverte de la vie mais aussi et surtout dans ses nuances, ses souffrances, et ses contraintes qu’il peut se voir imposer. On découvre ainsi des personnages complexes et souvent denses, intéressants à découvrir dans leurs actes et leurs envies. Après, tout n’est pas non plus parfait et on retrouve souvent dans ces textes les même défauts, ou tout du moins des éléments qui ne répondaient pas à mes attentes. J’ai ainsi trouvé que par moment l’auteur n’allait pas toujours assez en profondeur de ce qu’elle met en place, souvent dans la création de ses univers qui ne sont finalement là que pour soutenir ses idées. Le rythme est parfois trop rapide et saccadé principalement vers la fin comme si l’auteur se limitait en pages. Parfois cela manque aussi de complexité ; je ne cherche pas toujours de la SF dure ou du fantastique pointu, mais par exemple énoncer de nombreuses technologies ou évolutions sans jamais les expliciter et les rendre cohérentes à l’univers construit m’a un peu frustré. Enfin, dernier point qui est peut-être aussi clairement personnel, mais offrir des conclusions ou tout s’arrange parfaitement à la fin avec embrassades et cotillons m’a paru parfois trop facile. Attention au final j’ai plutôt apprécié ce recueil qui se lit facilement et ne manque de divertir un minimum, j’avais juste peut-être plus d’attentes.

 

Ma Note : 7/10

Le Portrait de Dorian Gray – Oscar Wilde

Résumé : Par la magie d’un vœu, Dorian Gray conserve la grâce et la beauté de la jeunesse. Seul son portrait vieillira. Le jeune dandy s’adonne alors à toutes les expériences, s’enivre de sensations et recherche les plaisirs secrets et raffinés.
« Les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais », « il faut guérir l’âme par les sens, guérir les sens par l’âme ».

Edition : Audible

 

Mon Avis : Comme je l’avais annoncé il y a quelques semaines sur FB, grâce à une offre qu’Audible m’a faite je me suis lancé dans la découverte du livre audio. J’avoue de mon côté j’ai toujours eu un peu de mal à accrocher psychologiquement à cette façon de « lire ». Pas tant concernant l’outil en lui-même, que sur ma capacité à rester concentrer sur le récit sans avoir les mots devant les yeux. J’ai toujours été plus visuel qu’auditif sur la durée, c’est un fait. Finalement je suis content, j’ai réussi à rester concentrer et cette pratique me permet de découvrir un roman pendant des activités où je ne peux pas avoir obligatoirement de livre en main. Pour ceux qui souhaiteraient aussi découvrir le livre audio, Audible propose une offre d’essai avec le premier livre audio gratuit. Concernant le choix d’écoute Le Portrait de Dorian Gray,  cela fait un petit moment que je souhaitais le découvrir et j’ai donc profité de l’occasion. A noter aussi le très bon travail du narrateur qui, je trouve, a bien retranscrit le récit et son ambiance.

On plonge avec cette histoire en pleine époque victorienne, où l’on suit le destin de Dorian Gray présenté par Basil, un peintre reconnu qui en peint actuellement le portrait, comme de nature simple et belle. Lord Henry, ami proche de Basile aux positions bien affirmées et limite décadentes, intrigué par cette présentation va rencontrer Dorian et, à travers les paroles qu’il va prononcer, commencer à le corrompre. J’avoue, je me lançais dans la découverte de ce livre avec une légère appréhension tant j’en avais eu de bons échos. J’avais un peu peur de ne pas pouvoir rentrer dans ce récit à la plume d’époque qui aurait pu mal vieillir ou m’ennuyer par une propension à tourner parfois en rond. Finalement, même si tout n’est pas parfait, j’ai passé un très bon moment à la découverte de Dorian Gray. On est clairement ici dans le roman psychologique et philosophique. Certes le rythme est lent, ce qui pourra en déranger certains, mais les points que soulèvent l’auteur et la façon dont il amène ses idées font que j’ai été facilement et rapidement happé par la richesse et la profondeur d. Alors, je n’ai pas toujours été d’accord avec ce que cherche à mettre en avant Oscar Wilde et certaines idées ont très mal vieillies, mais dans l’ensemble la narration est fluide, intelligente et intriguante.

Le premier point que j’ai trouvé intéressant dans cette oeuvre c’est le travail de l’auteur sur ses personnages principaux qui s’avère terriblement efficace. Dorian, Basil et Henry représentes ainsi trois facettes dans ce roman, trois pièces différentes, mais qui pourtant se répondent. Entre amour, passion, rejet et haine il nous offre trois héros fascinants, soignés et surtout complexes qui se vouent l’un à l’autre une certaine fascination. Un lien voilé unit ses trois là, qui vont finalement se révéler beaucoup plus proche les uns des autres, malgré leurs visions parfois complètement différentes. En effet Basile possède une vision plus poétique de la beauté ou de la vie, là où Lord Henry offre une vision plus matérialiste dans la quête des plaisirs. Dorian aurait pu être ainsi le pion central du livre, tiraillé entre ces deux visions antinomiques de Basil et Henry, devant se construire lui-même dans la société et pourtant c’est loin d’être le cas. En effet il propose ainsi une personnalité beaucoup plus complexe et indépendante, offrant sa propre conception de la vie. Finalement, ce qui va lier ces trois hommes c’est surtout le portrait, la vision que chacun s’en fait et, d’une certaine façon, les convoitises qu’il va lever et les conséquences qu’il va avoir sur chacun d’entre eux soulevant ainsi de nombreuses questions. Mais surtout, comme l’a dit l’auteur, ces trois personnages sont un peu les représentations de sa vie, de ce qu’il est de comment il est jugé. Au final trois héros complexes, humains qu’on peut par moment détester, mais dont on comprend les motivations et les sentiments.

L’autre point fort vient de l’image d’époque proposée, cette toile de fond que j’ai trouvé attrayante. Cette époque victorienne à la fois décadente et d’une grande beauté ou la séparation entre la bourgeoise et les pauvres se fait de plus en plus ressentir, où les tensions sociales et aussi ethniques sont très présents et où la ville de Londres oscille entre une beauté étrange et fantastique et des bas-fonds sombres et dangereux. Entre constat désabusé et poésie, on oscille et on se laisse porter par cette époque et cette ambiance prenante, déroutante et envoûtante. La ville de Londres, bien retranscrit par des descriptions vivantes et denses, donne envie d’être découverte, d’être visité que ce soit dans ses coins les plus ensoleilles comme dans les plus sombres. Il se dégage une véritable atmosphère de cette ville. Le côté fantastique permet à l’auteur de soulever de façon différente les réflexions qu’il amène et apporte, je trouve, un plus à l’ensemble. L’intrigue de cette lente chute en enfer du héros s’avère clairement entraînante et captivante, même si j’y reviendrai plus tard je me suis quand même parfois retrouve déconnecté du récit. On suit cette déchéance, cette souffrance en se demandant jusqu’où il va bien pouvoir aller. L’histoire aboutit ainsi à une conclusion, logique, percutante et qui colle bien au texte.

Mais comme je l’ai dit le gros point captivant vient clairement des réflexions et des notions philosophiques qu’il soulève. En effet Oscar Wilde développe ainsi de nombreuses questions bien porté par une plume incisive et des dialogues percutants et croustillants. Un des point important que cherche à traiter le récit, qui est d’ailleurs clairement annoncé dès la préface, c’est l’art, de la pensée de chacun sur le sujet et de l’utilisation qu’en font les différents personnages. L’art n’est ainsi qu’un outil, un objet, c’est ce que chacun en fait qui l’élève ou le descend. Il traite aussi de nombreux autres sujets comme la jeunesse, la beauté, les plaisirs, la notion de bien et de mal, la société, sa superficialité et son insouciance, ou bien encore par exemple les notions d’amour, de moral et d’âme. Le roman brasse ainsi de nombreux sujets, de façon intéressantes et même si certains ont mal vieilli, je ne peux pas nier la densité des réflexions proposé et les questions qu’elles soulèvent. Au final je regretterai juste un point concernant ce livre, c’est que par moment il en fait trop. certes la plume est riche, soignée et entraînante, mais par moment l’auteur donnait clairement l’impression de tirer son histoire sur la longueur. J’ai ainsi été sur certains passages déconnecté, me demandant si il cherchait à mettre quelque-chose en avant où s’il ne faisait que remplir ses pages. Mais bon rien de non plus trop dérangeant et j’ai au final passé un très bon moment de lecture avec cette histoire.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment devant le récit du Portrait de Dorian Gray. J’avoue que j’avais un peu peur de m’y lancer, de ne pas accrocher au style d’époque qui peut se révéler parfois trop riche, mais finalement non. Certes le roman est porté sur un rythme assez lent, se voulant à la fois philosophique et intimiste ce qui pourra en déranger certains, mais l’auteur a réussi à me happer. Que ce soit les différents personnages, qui s’avèrent complexes, soignés et bien porté par des dialogues incisifs, ou bien encore l’époque Victorienne et la découvert de la ville de Londres, j’ai trouvé au récit un certain charme et un côté immersif. L’ambiance fantastique permet aussi à l’auteur de souligner les idées de son récit et apporter un plus à l’ensemble. Car oui, le principal intérêt de ce roman vient clairement des nombreuses réflexions qu’il soulève que ce soit sur l’art, la jeunesse, la futilité, la société, la moralité, la beauté ou bien encore le plaisir. De nombreux sujets sont amenés, on peut ne pas être d’accord avec ce que présente l’auteur, certains sujets ont aussi mal vieilli, mais dans l’ensemble il pousse le lecteur à se poser des nombreuses questions. La plume de l’auteur est riche, dense, soignée et s’avère entraînante, même si je ne peux pas le nier par moment j’ai eu l’impression qu’il tombait dans le verbeux. En effet certains passages m’ont paru être du remplissage, qu’apporter clairement quelque-chose au récit, ce qui a fait que je me déconnectais légèrement de l’histoire, même si rien de non plus trop bloquant devant la qualité du livre.

 

Ma Note : 8/10

Sous la Colline – David Calvo

Résumé : Le 9 février 2012, un incendie défigure l’Unité d’Habitation Le Corbusier, à Marseille. Au cours des travaux de réhabilitation, la découverte d’un placard non répertorié va révéler au grand jour un secret gardé depuis l’Antiquité. Archéologue déchue de la direction des fouilles, Colline va poursuivre clandestinement ses recherches, sans se douter que son arrivée va bouleverser l’équilibre d’une fragile utopie et peut-être changer à tout jamais le visage de la radieuse cité phocéenne.

Edition : La Volte

 

Mon Avis : J’avoue, ce roman a rejoint ma PAL un peu sur un coup de tête. Je l’ai croisé lors d’une de mes nombreuses visites de librairie et je suis tombé par hasard sur sa couverture qui a attiré rapidement mon regard. Pourtant, je ne suis pas obligatoirement à la base pas un grand admirateur du Corbusier. Ajouter à cela un résumé intrigant ajouté au fait que je souhaitais découvrir un roman de l’auteur depuis un petit moment déjà, ce livre a donc terminé sa course rapidement dans ma bibliothèque.

On plonge ainsi avec ce récit dans la ville de Marseille, plus précisément dans la cité du Corbusier, qui a subi un terrible incendie ce qui a révélé la présence d’un étrange placard non répertorié sur les plans. Colline, jeune archéologue, s’en va enquêter sur cet étrange mystère et ce qu’elle va y trouver va complètement la changer, ainsi que la vie de cette cité. J’avoue j’ai bien aimé ce roman et même si certains points m’ont laissé perplexe, j’ai facilement été emporté par ce que propose l’auteur. Déjà ce qui m’a fasciné c’est cette plongée dans cette cité du Corbusier, ensemble de bâtiments à la fois complexes, fascinants, déroutants et plein de mystères. J’avoue, je suis rarement allé à Marseille et encore moins près de cette cité d’habitation et pourtant l’auteur arrive à la rendre vivante, à la transformer limite en personnage central du livre qui donne franchement envie d’être découverte.

On est ainsi loin du simple cube de béton que laisse entrevoir les photos et qui caractérise régulièrement ce genre d’édifices de nos jours. On est ainsi plus dans une sorte d’idéal social où chaque détail et chaque élément est pensé exprès pour faciliter la vie de tous. A la base ce bâtiment devait être autonome, tout devait y être présent pour faciliter la vie de tous ainsi que leurs cohésions. Mais surtout ce qui fascine c’est son étrangeté, lié sûrement à la fascination de David Calvo et aussi à l’excentricité du Corbusier lui-même, qui donne ainsi à cette unité d’habitation une ambiance énigmatique, étrange, déroutante et pourtant tellement fascinante. L’auteur vient ainsi y ajouter au fil des pages une touche de fantastique, où le réel se mélange facilement avec l’impossible, ce qui je trouve apporte un plus à l’ensemble. Marseille n’est pas non plus en reste car, même si on reste durant tout le livre dans et autour de l’unité d’habitation, elle se ressent dans son atmosphère à la fois ensoleillée, étouffante qui cache une certaine beauté et qui colle parfaitement au récit tout en gardant aussi ce sentiment de danger et de corruption lié à la ville, même si parfois un peu théâtral je trouvais. Tout cela rend ainsi cette visite et cette plongée dans ce bâtiment unique et captivante.

Autre point très intéressant du roman, il vient des nombreuses réflexions offertes ainsi que du travail sur la mythologie qui est réalisé tout du long. Que ce soit sur le thème de l’identité, de l’évolution, du partage, du pouvoir mais aussi sur la manière de vivre ensemble ou aussi, et c’est un point important que lequel je reviendrai, sur la notion de genre l’auteur amène le lecteur à se poser de nombreuses questions. Mais surtout c’est aussi la possibilité à l’auteur de montrer que Marseille c’est bien plus que la ville que l’on peut voir dans les journaux, c’est aussi une ville de mythes et d’histoire. Et c’est un peu aussi la force du roman, arriver à lier des mythes et des légendes avec le Corbusier, mélanger aussi le vrai et le faux pour mieux surprendre et dérouter le lecteur. L’immeuble aussi possède son propre folklore qui vient se mélanger aux autre pour finalement offrir, je trouve, un tout cohérent et attrayant, même si parfois un peu barré, mais j’y reviendrai. L’auteur joue aussi avec le récit, nous offrant des interludes qui nous font découvrir la ville et son histoire autrement. Au fil des pages on en vient, moi qui n’étais pas plus tenté que cela par visiter la ville, à l’apprécier et à reconnaître son importance à la fois historique et culturelle. Limite je me laisserai bien tenter par une visite approfondie des trésors de la ville.

Enfin dernier point que j’ai trouvé réussi, il vient de la galerie de personnages haut en couleurs et hétéroclite que nous propose l’auteur tout du long, avec en tête d’affiche Colline. Elle est clairement l’un des pivot central du récit. Outre le fait qu’elle soit un élément primordial de l’intrigue soulevée , elle est aussi un élément important de réflexion et d’évolution à travers les nombreux changements et développements qu’elle va vivre. C’est ainsi ce personnage, à la fois perdue et sûre d’elle, en pleine quête d’identité, qui découvre une féminité qu’elle a toujours cachée et qui doit faire face aux regards des autres qui aimeraient parfois justement remettre en cause son identité, ne rentrant pas dans leurs cases pré-définies. On découvre alors une personnalité complexe, soignée et captivante à découvrir avec ses peurs, ses faiblesses, mais aussi ses convictions et ses forces. Un personnage meurtri qui doit se reconstruire. Les protagonistes qui gravitent autour d’elle ne sont pas non plus en reste, à la fois entraînants, drôles, curieux, angoissés ou angoissants, ils sont très intéressants à découvrir et à suivre et offrent des héros clairement atypiques, mais qui collent parfaitement, je trouve, au ton du récit.

Un roman qui nous m’a captivé par le voyage proposé, plus que par l’enquête étrange, et dont il faut se laisser porter, parfois même accepter ne pas tout comprendre. Et c’est un peu, par moments, ce que je pourrai reprocher au roman, c’est que l’auteur parte parfois dans des fulgurances et des passages mythologiques et poétiques qui lui sont tellement propres, qu’on a du mal à franchement entrer dedans et à parfois bien comprendre où il veut nous emmener. Cela peut se révéler frustrant, car j’ai eu par moment l’impression de manquer quelque-chose, mais ce n’est en rien non plus bloquant tant cette ballade m’a offert un très bon moment. Le tout est porté par une plume efficace, soignée et entraînante et je me laisserai bien tenter par d’autres romans de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui nous propose plus un voyage, une ballade dans ce Marseille étrange et cette mystérieuse cité du Corbusier qu’une simple enquête teintée de fantastique. En effet ce qui fascine c’est cette cité, la vie  de ses habitants mis aussi pour moi une découverte de cette cité qui est loin du blocs de bétons qu’elle laisse imaginer, mais dévoilant initialement un idéal social et un véritable travail architectural qui donne envie d’être découvert. L’ambiance de Marseille vient aussi, je trouve, se coller à merveille au récit à la fois étouffante, élégante tout en dévoilant en fond un léger sentiment de danger et de corruption. Limite maintenant je me laisserai bien tenter par une visite de la ville. Les autres points intéressants sont les nombreuses réflexions que soulève l’auteur que ce soit sur la cohésion sociale, l’identité, la reconnaissance et l’acceptation des autres ainsi que le travail mythologique à la fois captivant et soigné. Les personnages ne sont pas non plus en reste proposant une galerie de protagoniste haut en couleurs, bien porté par Colline héroïne complexe, déroutante et efficace. Au final je regretterai simplement que parfois l’auteur s’enfer dans des passages qui lui sont tellement propres qu’on a du mal à y entrer et les comprendre, ce qui m’a parfois donné l’impression de passer à côté de quelque-chose, mais rien de non plus trop bloquant. La plume de l’auteur s’avère efficace, soignée et je lirai sans soucis d’autres de ses écrits.

 

Ma Note : 8/10