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Sénéchal, Tome 1 – Gregory Da Rosa

Résumé : Lysimaque, la Ville aux Fleurs, fière capitale du royaume de Méronne, est encerclée et menacée par une mystérieuse armée. Et pour le sénéchal Philippe Gardeval, ce n’est que le début des ennuis. Suite à l’empoisonnement d’un dignitaire de la cité, il découvre que l’ennemi est déjà infiltré au sein de la cour, dans leurs propres rangs ! Sous quels traits se cache le félon ? Parmi les puissants, les ambitieux et les adversaires politiques ne manquent pas ; le sénéchal devra alors faire preuve d’ingéniosité pour défendre la ville et sa vie dans ce contexte étouffant d’intrigues de palais.

Edition : Mnémos

 

Mon Avis : Ce roman, qui est sorti eil y a quelques mois maintenant, a eu le don de m’attirer assez rapidement, principalement grâce à sa couverture, illustrée par Lin Hsiang, que je trouve vraiment magnifique. Restait quelques appréhensions, principalement concernant un résumé que je trouvais un brin classique, mais qui a rapidement disparu une fois que j’ai vu passer les premiers retours qui paraissaient en grande majorité enthousiastes. C’est donc fort logiquement que je me suis alors facilement laissé tenter et fait entrer ce roman dans ma PAL.

On plonge avec ce récit dans la ville de Lysimaque qui, un beau matin, se retrouve assiéger par les troupes de Castelwing. Le sénéchal Gerdeval est alors tiré de son lit par le roi Edouard VI pour gérer cette crise. Sauf que rien ne va se passer comme prévu, lui qui souhaitait apaiser tout le monde en offrant du vin va devoir faire face à la mort d’une femme de la noblesse par empoisonnement. Heureusement pour lui que ce ne fût pas le roi ! Sauf que les ennuis ne font que commencer, car cela signifie qu’un traitre se trouve avec eux. Alors une fois la dernière page tournée, je dois bien admettre que ce roman possède des atouts intéressants et de nombreuses qualités, mais qui pourtant a eu du mal à complètement me convaincre, ne répondant pas forcément toujours à mes attentes. Ce premier tome reste pour autant une lecture sympathique, mais quelques points font qu’il aurait pu encore être meilleur. Il m’a d’ailleurs fallu un peu de temps à entrer dans le récit tant les premiers chapitres ont eu un peu de mal à m’accrocher. En effet les cinquante premières pages m’ont paru un peu trop verbeuses à mon goût, offrant une mise en scène qui m’a donnée l’impression d’être un peu trop surjouée, avec des dialogues qui offrent plus de poser les personnages principaux et leurs relations que vraiment apporter un plus à l’ensemble. J’avais un peu l’impression de plonger dans une introduction un peu austère qui est juste là pour nous poser une grosse partie de l’univers, de l’intrigue et des personnages alors que l’ensemble aurait pu être amené de façon plus fluide sur la longueur.

Il a ainsi fallu attendre la tentative d’empoisonnement pour que je me retrouve enfin happé par ce récit et par son intrigue, le côté un peu austère se fissurant pour dévoiler quelque-chose de plus prenant et captivant. L’intrigue n’a pourtant rien d’original dans les grandes lignes, avec ce jeu de pouvoir pour prendre le trône, et tout ce que cela peut engendrer comme mensonges, trahisons et manipulation, mais voilà l’auteur arrive vraiment à la rendre intéressante et solide. Il y a ainsi un vrai jeu de faux-semblant qui s’instille tout du long qui pousse le lecteur à tout remettre en question, à douter des différents personnages, même de son héros, ou bien encore la cause de ce siège et son but. On sent clairement que Gregory Da Rosa maîtrise la construction de son fil rouge, jouant avec le lecteur et les différents mystères qui se présente au fil des pages. Il utilise aussi de façon efficace les rebondissements et les surprises, mais aussi les passages plus explicatifs pour qu’on se laisse alors porter par les nombreuses questions en suspend. C’est d’ailleurs se travaille d’enquête avec le lecteur, ce voile de secret, le tout complexifié par le personnage du sénéchal, mais aussi ce doute instillé du début à la fin par ce jeu de chat et de la souris qui font que je me suis laissé porter plutôt assez facilement par ce récit.  Alors après, j’ai trouvé que la construction se répétait un peu, chaque journée étant présentée un peu de la même façon, mais cela ne gêne en rien la lecture.

Concernant l’univers, il n’a rien de fondamentalement révolutionnaire, proposant un aspect très médiéval, avec tout ce qui peut tourner autour des intrigues de cour. Mais voilà cela n’empêche pas l’auteur d’offrir quelque chose de solide et de vraiment intéressant, que ce soit aussi bien dans le jeu politique qu’il met en place comme dans l’aspect magique qui se dévoile lentement au fil des pages. D’ailleurs la notion mystique est intéressante, dont je ne dévoilerai rien pour éviter, je pense, de trop spoiler, mais qui ne manque pas d’attrait, principalement dans les différents plans, les différents clans que l’on croise. De nombreuses questions sont ainsi soulevées sur le monde qui nous est présenté, ses différences, sa « création », ou bien encore sur la notion de pouvoir et de magie qui offrent un intérêt supplémentaire au récit et vient titiller le lecteur. Après, je regretterai peut-être cette notion de mur qu’on croise qui n’est pas sans rappeler Game of Thrones et qui est à la mode depuis quelques temps. J’attends tout de même de voir ce que va en faire l’auteur par la suite, mais pour le moment je reste perplexe. Par contre, j’ai apprécié l’idée de la prison inversée, de la notion de folie qui en découle où l’auteur dévoile une imagination intéressante. Là où par contre je suis un peu frustré, c’est l’impression que le récit reste toujours en surface de l’univers, comme si l’auteur avait peur de trop en révéler et ainsi de gâcher la suite, ce qui m’a quand même un peu frustré.

En ce qui concerne les personnages, j’avoue j’avais un peu peur au début avec notre sénéchal qui me paraissait un peu pédant et imbu de sa personne, mais la grande force de l’auteur est d’avoir réussi au fil des pages à le rendre attachant et intéressant. On découvre ainsi un héros vieillissant, qui est obligé de jouer le jeu face au roi et la cour sous peine de tout perdre, mais qui se remet de plus en plus en question sur son rôle et ses capacités. Il s’agit un héros complexe, avec ses doutes, ses convictions, ses rêves, qui est loin d’être parfait, principalement dans sa relation familiale, mais qui ne manque pas de nous toucher au fur et à mesure qu’on le découvre en profondeur. On peut  ne pas être d’accord, mais on le comprend. Sa position le rend aussi très intéressant, n’étant pas noble mais ayant gravi les échelons grâce à son amitié avec le roi jusqu’à atteindre ce plafond de verre qu’il ne dépassera peut-être jamais ce qui fait qu’il se pose beaucoup de questions et doute. Cela ne l’empêche pour autant d’offrir une certaine vitalité, de se révéler incisif, bien porté par des dialogues qui, une fois embarqué dans par le récit, vont s’avérer percutants. Concernant les personnages secondaires ils ne sont pas mauvais et, même si j’aurai aimé les voir travailler un peu plus, ils remplissent parfaitement leurs rôles. Je pense même que certains devraient prendre de l’ampleur par la suite.

Le principal défaut pour moi de ce roman c’est qu’il s’agit un peu trop à mon goût d’une introduction. Attention, je ne parle même pas de tome d’introduction, mais bien d’introduction. Les 3 jours de siège que l’on suit m’ont paru plus être la première partie d’un roman, qu’un roman en lui-même. Un peu comme si le découpage avait été décidé plus pour raisons éditoriales ou pour offrir un cliffhanger à la fin. D’ailleurs je ne le nie pas cette conclusion choc donne clairement envie de lire la suite et remplit ainsi plutôt bien son rôle, mais voilà je reste un peu frustré de ce sentiment d’être à peine entré dans le roman qu’il s’arrête. C’est frustrant, surtout qu’en tant que lecteur je ne cherche pas obligatoirement le cliffhanger, qui me parait pourtant à la mode. Je noterai aussi certains passages qui traînent un peu en longueur, même si de ce côté rien de vraiment bloquant. Concernant le style il y a un vrai travail de l’auteur pour lui offrir une couche médiévale et qui j’avoue offre un sentiment d’immersion supplémentaire, mais qui donne aussi l’impression parfois de trop en faire et de se révéler un peu lourd. Après il s’agit d’un premier roman, je pense qu’il n’est pas facile de pouvoir trouver le juste milieu avec un tel style. Au final, même si ce livre n’a pas complètement répondu à mes attentes, il reste assez intéressant à découvrir et je pense que je lirai la suite histoire de voir ce que bien proposer l’auteur, surtout que tout commence pour notre héros.

En Résumé : J’avoue je ressors de ma lecture de ce premier tome avec un sentiment légèrement mitigé, mais ayant tout de même lu un livre avec du potentiel et des qualités. Je dois bien avouer que le démarrage a pourtant failli me bloquer, se révélant trop verbeux et donnant l’impression d’une mise en scène introductive surjouée, mais pourtant au fil des pages je me suis laissé un peu plus emporter. L’intrigue est pour moi le gros point fort du récit, ce siège avec ces jeux de pouvoirs et le travail de l’auteur qui joue au chat et à la souris avec le lecture fonctionne bien. L’univers n’a rien de révolutionnaire, mais se révèle solide et intéressant que ce soit aussi bien d’un point de vue politique que du point de vue mystique, même si j’ai quand même eu l’impression que l’auteur ne restait qu’en surface de son monde ce qui est légèrement dommage. Concernant les personnages, j’ai eu un peu peur avec la caractérisation du sénéchal, mais au fur et à mesure il a réussi à se révéler attachant et un minimum touchant. Un héros complexe, en plein doute qui doit faire face à de nombreux soucis, loin d’être parfait et qu’on peut juger mais dont on comprend les actes. Les personnages secondaires, sans se révéler des plus profonds, remplissent parfaitement leurs rôles et je ne doute pas que certains vont prendre de l’ampleur par la suite. En fait mon principal regret concernant ce récit c’est qu’il m’a paru être une introduction. Attention pas un tome d’introduction mais bien une introduction, comme si ce roman avait été découpé pour raison éditoriales ou pour la recherche du cliffhanger de fin. Conclusion qui marche, puisqu’elle appelle à découvrir la suite, mais voilà ce n’est pas obligatoirement ce que je cherche dans un récit. J’ai aussi noté quelques longueurs, même si rien de trop bloquant non plus. La plume de l’auteur vient apporter un sentiment d’immersion supplémentaire avec ce style un peu vieux français, même si parfois l’auteur en fait un peu trop ce qui provoque quelques lourdeurs. Je pense que je lirai la suite, histoire de voir comment va s’en sortir notre héros.

 

Ma Note : 6,5/10

 

Autres avis : Apophis, Lorhkan, Boudicca, L’Ours Inculte, Samuel Ziterman, Celindanaé, Le Comptoir de l’Ecureuil, …

Au Service Surnaturel de sa Majesté Tome 2, Agent Double – Daniel O’Malley

Résumé : Quand, après des années de combats acharnés , deux organisations secrètes et rivales sont contraintes d’allier leurs forces, une seule personne semble en mesure de les aider à conclure cette paix nécessaire : Myfanwy Thomas, la très fantasque héroïne de The Rook.
D’un côté, la Checquy, organisation secrète chargée de combattre les forces surnaturelles qui menacent la Couronne britannique.
De l’autre, les Greffeurs, une société de peu recommandables alchimistes belges adeptes de manipulations génétiques en tous genres. Sans compter les mystérieux Antagonistes, qui tentent par tous les moyens de faire échouer les négociations.

Edition : Super 8

 

Mon Avis : Il y a un peu plus de deux ans maintenant je découvrais The Rook, le premier tome de cette série, qui proposait un récit de Fantasy Urbaine assez déjanté, efficace et sans temps mort, bien porté par le personnage de Myfanwy très charismatique et entraînant (ma chronique ici). Il était donc logique que je me laisse rapidement tenter par cette suite, tout en me demandant comment l’auteur allait gérer les questions en suspend du premier tome. Concernant l’illustration de la couverture elle est dans le même style que celle du premier tome et je la trouve très sympathique.

On plonge avec cette suite quelques temps après la fin du premier tome, qui avait vu les prémices de la paix entre la Checquy et les Greffeurs. Des pourparlers vont débuter entre les deux ennemis et une délégation diplomatique est envoyé à Londres par les Greffeurs. Sauf que voilà, des crimes étranges paraissent alors menacer cette tentative de rapprochement. On va se retrouver à suivre Odette une greffeuse, ainsi que Felicity un membre de la Checquy qui va devenir sa garde du corps. Je dois bien admettre que j’avais envie d’apprécier ce roman, j’avais envie de partir dans un délire sans temps morts comme le précédent, sauf que voilà même si je n’ai pas trouvé ce second tome mauvais, il est quand même pour moi clairement un ton en dessous du précédent. Pourtant on y retrouve toujours cette énergie communicative du premier tome qui fait qu’on se met à tourner les pages avec un minimum de plaisir et d’envie d’en apprendre plus. Le côté percutant et sans temps mort reste ainsi assez présent, le tout porté par un humour qui ne manque pas de se révéler efficace et apporte toujours un plus au récit. Il est aussi à noter que ce roman peut tout à fait se lire indépendamment du précédent, ce qui peut être un avantage, mais aussi un inconvénient, mais j’y reviendrai plus tard.

L’autre intérêt de ce récit vient aussi toujours de l’univers complètement barré que nous propose l’auteur. Imaginez une guerre entre les « magiciens » de la Checquy et les alchimistes scientifiques belges des Greffeurs, cela a le don de poser les base de ce délire. Et pourtant ça marche, on se laisse vraiment porter par l’imagination débordante qui nous est proposé par Daniel O’Malley. Que ce soit aussi bien dans les idées liées au surnaturel, avec les pouvoirs et les manifestations étranges, comme celle liées à la science des Greffeurs, avec les améliorations génétiques, physiques et autres. On sent une créativité et une inventivité franchement fascinante et sans limite. Le plus intéressant c’est que, oui c’est exubérant, mais ça ne donne jamais l’impression de trop en faire ou de justement paraître trop incohérent. Il arrive vraiment à rendre le tout cohérent. Le fait de suivre aussi des Greffeur permet ainsi d’offrir une vision plus « intime » de l’ennemi et d’éviter justement la vision unique de la Checquy. On se rend compte qu’ils ne sont pas obligatoirement des monstres cela s’avérant plus complexe qu’on peut l’imaginer. On peut aussi, bien entendu, y lire une dualité entre la science d’un côté et le « mystique » de l’autre, une réflexion certes pas obligatoirement d’une grande finesse, mais qui fonctionne quand même avec justement cette idée de rapprochement.

L’intrigue ne manque pas non plus d’attrait, principalement dans l’idée de paix entre les deux camps qui ne donne jamais l’impression de tomber trop dans la facilité. On ressent ainsi clairement les décennies de haine entre les deux camps qui sont loin d’être effacés par ce début de paix. Alors certes, parfois ça manque de finesse, mais on ressent toujours une tension et un travail intéressant sur cet aspect. Concernant l’intrigue et les Antagonistes, l’idée de base est intéressante. Je n’en dévoilerai pas trop pour éviter de trop spoiler, mais voilà j’ai ressenti une certaine nonchalance dans sa construction qui fait qu’on a du mal à se laisser porter par elle. Il faut dire, et là on entre dans la première grosse critique que je ferai à ce roman, c’est qu’il fait quand même près de 900 pages. Attention le nombre de pages dans un roman, pour moi, n’est pas obligatoirement un critère. J’ai lu de très bons récit d’une centaine de pages et d’autres de plus de 1000 pages, mais il faut à chaque fois réussi à ne pas se perdre. Là, Daniel O’Malley montre clairement, pour moi, qu’il n’arrive pas à tenir ses 900 pages avec cette simple intrigue. Il donne ainsi parfois l’impression de partir dans tous les sens ou de ne pas savoir quand s’arrêter, ce qui offre certaines longueurs voir lourdeurs. Ensuite, comme je l’ai dit ce second tome peut se lire, si vous le souhaitez, indépendamment du premier, mais cela est possible car l’auteur ne fait pas de simples rappels, il offre parfois des chapitres complets de données qu’on connaissait du tome précédent et qu’on avait déjà vu. Certes il le présente d’un point de vue différent, donc pas le même ressenti, mais franchement ça ne méritait pas par moment d’être autant développé. J’ai aussi trouvé que la sous-intrigue entre Myfanwy et un élément surnaturel incontrôlable n’apportait rien au récit. On a l’impression d’une nouvelle que l’auteur a cherché à intégrer dans son livre sans véritable rapport avec le récit.

Concernant les personnages je me suis aussi retrouvé un peu moins emballé que le tome précédent. Déjà il faut savoir que la narration change, on ne suit plus ici Myfanwy, mais Odile et Felicity. Ce n’est pas une mauvaise idée, le premier tome avait fait le tour de son héroïne et apporter du sang neuf peut toujours être intéressant même si c’est risqué. C’est d’ailleurs en partie le cas, que ce soit dans les nouveaux points de vues apportés, mais aussi dans les différentes visions et approches que ces nouvelles héroïnes apportent. On se laisse alors un minimum porté par l’apport de cette nouveauté. Les héroïnes s’avèrent aussi plutôt soignés, offrant un minimum de profondeur et de complexité, ce qui fait qu’on s’intéresse à eux, à leurs évolutions. Mais voilà le principal défaut est tout simple, c’est qu’en ayant lu le premier tome, je ne peux m’empêcher la comparaison avec son héroïne et c’est là que le bat blesse, car ils sont quand même moins entraînants, prenants et percutants. Odile dans sa capacité de réaction léthargique m’a aussi parfois donné envie de la secouer. Pire, Myfanwy devenant un personnage secondaire, elle apparait limite parfois antipathique sans qu’on comprenne vraiment pourquoi. Attention, je ne dis pas pour autant qu’Odile et Felicity sont de mauvais personnages, ils souffrent juste de la comparaison qui fait que je les ai trouvés moins intéressants. Concernant les personnages secondaires certains sont intéressants, d’autres m’ont paru manquer de profondeur, comme ces fameux Antagonistes qui auraient mérité peut-être un travail un peu plus dense pour vraiment comprendre leurs motivations.

Concernant la conclusion, je reste là aussi assez circonspect je l’avoue. Je ne dirai pas qu’elle est mauvaise, mais elle m’a parue précipitée ce qui est étrange pour un roman qui a autant pris son temps. Comme si l’auteur après avoir écrit près de 850 pages c’est dit « Tiens je n’ai pas fait de conclusion, bah pas de soucis en un chapitre c’est bouclé avec un bon Deus Ex Machina ». C’est dommage car elle est pourtant percutante et ne manque pas d’attrait. La plume de l’auteur est toujours aussi efficace, entraînante et pleine d’humour, proposant des dialogues qui ne manquent pas de piquants ce qui fait qu’on se laisse tout de même porter par ce récit. Au final comme je l’ai dit ce second tome m’a paru un ton en dessous du précédent et, même s’il reste sympathique à découvrir, il aurait pour moi mérité un travail d’édition un peu plus conséquent. Je dirai qu’avec 200 pages de moins ce roman aurait été encore plus efficace. Je ne sais pas si l’auteur a prévu d’écrire un troisième tome, mais si c’est le cas je me laisserai quand même tenter pour voir ce qu’il proposera.

En Résumé : Je sors de ma lecture de ce second tome de cette série avec un sentiment de lecture plutôt mitigé, l’ayant clairement trouvé un ton en dessous du tome précédent. Pourtant, on y retrouve cette énergique que l’auteur communique dans son récit avec un côté percutant qui fait qu’on se laisse un minimum porté. L’univers est toujours aussi intéressant à découvrir par son côté complètement barré et plein d’humour. La guerre entre le surnaturel de la Checquy et le côté scientifique des greffeurs continue à évoluer, le tout toujours bien porté par l’imagination débordante de l’auteur. Mais voilà le premier gros soucis de ce roman vient de sa longueur. Le roman fait près de 900 pages et l’auteur donne l’impression, selon moi, de ne pas justement les tenir, trainant en longueur, offrant des sous-intrigues pas toujours utiles ou faisant des rappels au premier tome beaucoup trop conséquent à mon goût. Je pense que 200 pages de moins auraient fait du bien à ce livre. Concernant les personnages, on change ici de narration quittant Myfanwy pour Odile et Felicity, sauf que voilà la comparaison est inévitable et ces nouvelles héroïnes m’ont paru un peu moins attachantes et intéressantes. Concernant les personnages secondaires il y en a de très intéressants, mais je suis un peu frustré du traitement des Antagonistes qui aurait mérité plus de profondeur. Concernant la conclusion elle m’a parue un peu trop précipité, ce qui est dommage reposant alors sur un Deus Ex Machina un peu facile. Ce second tome reste tout de même un minimum sympathique à lire, bien porté par une plume efficace, pleine d’humour et entraînante. Si jamais un troisième tome devait être publié je pense que je me laisserai tenter en espérant que l’auteur corrige ces quelques défauts.

 

Ma Note : 6/10 

Radiance – Catherynne M. Valente

Résumé : Severin Unck’s father is a famous director of Gothic romances in an alternate 1986 in which talking movies are still a daring innovation due to the patent-hoarding Edison family. Rebelling against her father’s films of passion, intrigue, and spirits from beyond, Severin starts making documentaries, traveling through space and investigating the levitator cults of Neptune and the lawless saloons of Mars. For this is not our solar system, but one drawn from classic science fiction in which all the planets are inhabited and we travel through space on beautiful rockets. Severin is a realist in a fantastic universe.
But her latest film, which investigates the disappearance of a diving colony on a watery Venus populated by island-sized alien creatures, will be her last. Though her crew limps home to earth and her story is preserved by the colony’s last survivor, Severin will never return.

Edition : Tor
Poche : Corsair

 

Mon Avis : Catherynne M. Valente fait partie de ces auteurs que j’ai découvert un peu par hasard, grâce son roman Immortel publié chez feu les éditions Eclipse que j’ai lu il y a quelques années. J’ai tout de suite était emballé par la plume de l’auteur qui était poétique et envoutante, mais aussi par sa qualité de conteuse. Vu que les éditions Eclipse ont disparu depuis, il était donc logique que je me lance dans la lecture de ces autres romans en version originale. Je me suis ainsi facilement laissé tenter par un de ses derniers livre : Radiance. Il faut dire que la couverture, je trouve, a un petit je ne sais quoi qui donne clairement envie de le découvrir même si le rouge me parait un peu flashy et le résumé a eu le don de m’intriguer.

Ce roman nous plonge dans un univers alternatif au nôtre, où Severin Unck, la fille du célèbre réalisateur Percival Unck, a mystérieusement disparu. Elle s’est volatilisée lors du tournage de son dernier documentaire concernant l’enquête qu’elle menait justement suite à la disparition d’un village entier sur Venus. Une fois la dernière page tournée, je dois bien admettre que l’auteur confirme tout le bien que je pensais de sa plume et de sa capacité à créer des histoires prenantes et uniques. Sauf que voilà, il va m’être compliqué de conseiller ce roman, car on est clairement, selon moi, dans un roman un peu OVNI, que ce soit aussi bien dans sa construction comme dans son univers, mais c’est aussi un récit que j’ai trouvé très dense. Le tout est ainsi porté par une narration qui est loin d’être classique. En effet elle est très disparate et étrange, à la fois mélange de script de films, articles, de souvenirs, d’interviews, des retranscriptions d’émissions de radio ou encore de pub. C’est une sorte de jeu avec nous, où différents indices sont donnés, mais les clés ne sont finalement dévoilées qu’à la fin du roman. Au fil des pages on reconstruit le puzzle ce qui demande un échange entre l’auteur et le lecteur. J’avoue que de mon côté ça fonctionne franchement bien tant elle maîtrise parfaitement son histoire, mais cela peut aussi ennuyer certains et donner l’impression de partir dans tous les sens, des lecteurs trouveront peut-être tout cela obscur.

Le gros point fort de ce roman, selon moi, vient de l’univers que construit l’auteur. On est dans un monde alternatif, très pulp, très coloré et vivant que j’ai trouvé franchement envoutant et fascinant à découvrir. Comme le dit l’auteur on est dans un univers décopunk, proposant un thriller space opéra où l’ensemble du système solaire est habitable. Oui ça peut paraître surprenant, voir incohérent, mais pourtant il se dégage une telle poésie et une telle beauté des différentes planètes croisées que franchement on se laisse porter en se disant pourquoi pas. Comme je l’ai dit ce qui m’intéresse dans un roman ce n’est pas que tout soit scientifiquement exact, juste que ce soit cohérent et que l’on y croit assez pour se laisser porter. Il faut dire que l’imagination de l’auteur joue aussi beaucoup, elle offre un vrai travail de fond, dense, construisant quelque-chose de certes impossible, mais qui s’avère logique dans cet univers, le tout porté par un travail descriptif soigné et séduisant.

Imaginez un univers où chaque planète possède ses particularités, sa beauté, son étrangeté, mais aussi où l’on peut croiser dans l’immensité de l’espace des baleines qui sont d’ailleurs au cœur du récit. L’autre grande force de son univers, outre le travail d’imagination, vient du fait que le lecteur ne se sent jamais perdu et ne s’ennuie jamais. Il y a énormément de références à notre monde, principalement de la période du début du siècle, pour qu’on se laisse happer très facilement. Ensuite vient l’aspect très cinématographique qui est mis en avant et qui, je trouve, apporte un vrai plus à l’ensemble, que ce soit dans l’ambiance qui fait très film noirs de la période du cinéma en noir et blanc, mais aussi dans le côté SF et fantastique qui vient parfaitement s’intégrer à ce que cherche à construire l’auteur et offre un vrai plus. Franchement un monde qui ne m’a pas laissé indifférent, qui m’a passionné et donné envie d’en apprendre plus surtout que même si l’ensemble est pulp il ne m’a jamais paru  kitsch pour autant.

En suivant plusieurs lignes narratives, l’auteur nous offre ainsi un plaidoyer à l’imagination, au fait de raconter une histoire, mais aussi sur la notion de vérité. En effet les différentes lignes de narration qui se dégagent de ce récit montrent finalement à chaque fois une histoire différente avec pourtant la même finalité : découvrir ce qui est arrivé à Severin. Que ce soit une histoire surréaliste comme l’hommage que cherche à rendre Percival à sa fille, mais qui cherche tellement à revoir son film pour le rendre parfait qu’il en perd toute logique. Une vérité comme celle que nous raconte Erasmo, sa vision des évènements tragiques survenus, ou bien encore ce récit, sorte de tentative de rédemption d’Anchises. Il y a un vrai travail de fond intéressant, où le lecteur se rend compte que chaque récit possède les mêmes grandes lignes, mais n’offre pas finalement la même histoire, ne propose pas le même chemin, le tout sans jamais se trouver redondant ou ennuyeux. Ce livre nous propose aussi de retracer dans les grandes lignes l’histoire du cinéma à Hollywood, celui en noir et blanc; celui qui est idéalisé avec flash, strass et paillettes, mais qui possédait pourtant une grosse zone d’ombre que ce soit dans l’intimité de chacun, mais aussi à cause des potins et journaux qui pouvaient détruire une carrière en chassant les secrets de tous. On y retrouve même Edison, avec toute cette ambiguïté qui tournait autour de lui.

Radiance nous présente aussi des visions différentes de ce que peut être le cinéma, mais aussi la vie, ainsi de ce que c’est de raconter une histoire, principalement à travers les visions différentes de Severin et son père. Lui considérant que la vie entière est un film qui doit être magnifié et retravaillé jusqu’à obtenir la perfection, là où sa fille va se diriger vers le documentaire, cherchant à montrer une réalité crue sans paillettes. Les personnages sont aussi très intéressants à découvrir, des protagonistes complexes, soignés, parfois torturés qui ont perdu un être cher et qui cherchent par tous les moyens à faire face que ce soit dans le déni, le fantasme, l’oubli ou encore la rédemption. Chacun d’entre eux cherchent ainsi à travers les pages à offrir une fin à leurs relations avec Severin, à tenter de surmonter sa perte, à tenter d’offrir la meilleure conclusion pour pouvoir continuer à avancer. C’est d’ailleurs un thème important du récit : la notion de fin. La grande force des personnages vient aussi de la capacité de l’auteur à les montrer humains, à ne pas dévoiler que leurs côtés lumineux, mais aussi les découvrir dans leurs doutes et leurs questionnements. Surtout l’ensemble sonne juste on a jamais l’impression de croiser des caricatures. Il y a aussi un vrai travail sur la notion de compréhension des autres, de communication, de la façon dont on perçoit les autres qui est souvent en décalage avec la vision qu’ils cherchent à donner, sur la notion de ce qui est vrai et de ce qui est compris. Cela se ressent aussi d’ailleurs dans le parallèle entre les deux cinémas dont je parlais plus haut. C’est aussi un roman d’acceptation de soi et de choix de vie, d’accomplir ce qu’on souhaite et non pas ce que les autres souhaitent pour nous.

La conclusion qui nous est offerte est clairement ouverte, n’offrant pas toutes les réponses, mais collant parfaitement au récit. Comme dit, un film se termine quand il a une fin, hors la vie n’a jamais clairement de fin et j’ai trouvé que la conclusion de ce récit collait alors parfaitement à ce précepte, laissant au lecteur la possibilité de faire jouer son imagination. J’aurais par contre peut-être un regret concernant ce livre c’est son côté parfois un peu froid. Oui les personnages sont intéressants à suivre et sont denses, mais émotionnellement ils sont parfois distants tant l’auteur travaille l’esthétique de son roman. Ce n’est en rien bloquant, loin de là, mais ça se ressent parfois à travers certaines scènes plus intimes qui se reposent justement sur l’émotion. Cela n’empêche pas pour autant certaines passages touchants comme par exemple la fin du récit. La plume de l’auteur est toujours aussi entraînante, poétique, fascinante et elle prouve avec ce roman qu’elle cherche régulièrement à sortir des sentiers battus, s’amusant clairement avec les genres et offrant un récit ainsi difficile à classer mais très réussi. Alors après comme je l’ai dit on est clairement dans le récit étrange à double tranchant, soit comme moi vous vous laissez porter par ce récit étonnant, soit vous y restez hermétiques. Il m’est donc difficile de le conseiller, même si j’aimerai bien le voir traduit en français tant l’auteur propose un récit unique selon moi.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman, mais il me sera compliqué de le conseiller tant Radiance est un peu un OVNI et qu’il peut autant captiver que bloquer. Le but du roman est de lever le mystère concernant la disparition de Severin Unck célèbre réalisatrice de documentaires, le tout à travers une narration étrange et disparate à la fois mélange de script de films, articles, de souvenirs, d’interviews, des retranscriptions d’émissions de radio ou encore de pub. L’auteur joue ainsi avec le lecteur, mais surtout offre un plaidoyer à l’imagination et à la façon de raconter une histoire et de la conclure. C’est d’ailleurs un point de réflexion intéressant cette notion de fin, chacun cherchant à offrir celle qui est juste à Séverin. Le gros point fort du roman vient, selon moi, de son univers étrange, bizarre mais qui pourtant m’a happé et fasciné bien porté par l’imagination de l’auteur et la façon dont elle le rend cohérent et accrocheur, bien porté par des descriptions envoutantes. Il y a aussi en fond une envie de retracer l’histoire du cinéma, mais aussi d’en dévoiler ses zones d’ombres. Concernant les personnages ils sont vraiment denses, soignés et intéressants à découvrir. Catherynne M. Valente arrive vraiment, je trouve, à les rendre justes et humains. Le roman offre aussi de nombreuses réflexions que ce soit concernant la notion d’acceptation de soi, de choix de vie d’acceptation des autres ou encore de communication. Après je regretterai par contre le côté un peu froid face à une esthétique très soignée, malgré quelques fulgurances qui m’ont quand même touché. Mais bon rien de bien bloquant. La conclusion, ouverte, colle parfaitement au récit sans trop nous perdre, nous rappelant aussi d’une certaine façon que la vie n’a pas de conclusion qu’elle continue après les dernières pages tournées. La plume de l’auteur est toujours aussi poétique, efficace et entraînante et je lirai sans soucis d’autre de ses écrits.

 

Ma Note :  8/10

Le Chant des Epines Tome 2, Le Royaume Eveillé – Adrien Tomas

Résumé : Voici la geste des jeunes héritiers des clans du Nord et de leurs
compagnons. Voici la geste des princes otages, de celles et ceux qui ont pour projet de rassembler les marches du Gel pour en faire leur royaume rêvé, puissant, sûr et juste, gouverné avec sagesse.
Presque un an après la bataille finale entre les citadelles de Sveld et d’Asreld, l’orpheline Ithaen est montée sur le trône du royaume unifié de Sveldia. Avec l’aide de ses amis et de l’étrange la Locuste, elle coordonne le destin de ses alliés, anciens ou nouveaux, avec la maîtrise d’un chef d’orchestre.
Mais il n’est pas certain que cela soit suffisant. Le Royaume Éveillé sera-t-il assez fort pour survivre à sa première grande guerre, alors que les Légions infinies de l’Empire séide se mettent en ordre de bataille ?

Edition : Mnémos

 

Mon Avis : Il y a quelques mois, je me suis lancé dans le premier tome de cette trilogie, préquelle de La Geste du Sixième Royaume. Il faut dire que j’avais passé de bons moments de lecture avec les deux premiers romans se déroulant dans cet univers, offrant des récits denses, entrainants et efficaces (Chronique de La Geste du Sixième Royaume ici et de La Maison des Mages ). Le premier tome de cette nouvelle trilogie m’avais lui aussi offert un agréable moment de lecture, même si je l’avais trouvé moins prenant que les deux autres romans cités précédemment (ma chronique ici). J’avais donc hâte de savoir ce qu’allait bien proposer l’auteur pour ce second tome. Concernant la couverture, illustrée par Alain Brion, je la trouve réussie et qui donne envie de plonger dans le livre.

On plonge ici un an après la fin des évènements du premier tome, qui avait vu la Reine Ithaen unifier le royaume grâce à l’adhésion de l’ensemble des Epines à son projet. Sauf que tout reste à faire, la menace de l’Empire Séide pèse toujours sur le royaume, la bataille entre Sveld et Asreld a sapé une partie des forces de Sveldia et le projet d’Ithaen n’est toujours pas accepté par tout le monde. Les épines vont devoir donner le meilleur d’eux-mêmes pour sauver ce royaume naissant. Une fois la dernières page tournée, je dois bien admettre que je me retrouve dans le même cas de figure que lors de ma lecture de Notre-Dame des Loups. Le roman a des retours qui sont jusque maintenant plus que positif et pourtant de mon côté je suis passé en grande partie à côté de ce roman. L’auteur depuis quelques temps propose des histoires qui sont assez courtes et cherchent à mettre en avant un rythme effréné, de nombreux rebondissements ainsi qu’une tension qui doit pousser le lecteur à tourner les pages. Ce n’est nullement un défaut, juste un constat que je fais et qui a joué sur mon ressenti n’étant plus obligatoirement le public de ce genre de récit, appréciant plus les récits plus denses et complexes.

Pourtant, je ne suis jamais non plus complètement contre un roman page-turner, surtout qu’ici l’énergie que met l’auteur dans son récit se dégage clairement et donne envie d’y plonger. Je ne peux pas nier que je me suis retrouvé à tourner les pages avec un minimum de facilité, bien porté par un chapitrage court et percutant, offrant pleine de surprises et s’avérant sans temps morts. Mais voilà le nombre de personnages assez important que l’on croise, le fait que ce second tome soit clairement un tome de transition et le fait que j’ai eu l’impression que l’auteur ne rentrait jamais franchement en profondeur concernant les différentes idées qu’il proposait m’ont empêché d’entrer complètement dans ce roman. Tout m’a paru ainsi traité trop vite et trop en surface, alors que le récit ne manque pas obligatoirement d’intérêt ni d’idée. Même l’univers, que j’adore pourtant, m’a paru rester abstrait dans ce second tome. Je prends l’exemple de l’association des Elfes avec l’Empire Séide, qui est pourtant au centre de ce récit et qui selon moi manque quand même de complexité, surtout quand on sait la haine qui déchire ses deux peuples. Alors certes, l’auteur évite de rendre cette association beaucoup trop facile non plus, montrant une certaine tension, mais voilà l’évolution au fil des pages m’a paru trop superficielle et trop facilement accepté par les deux clans pour tout simplement répondre au besoin de l’intrigue.

Un autre point, par exemple, qui m’a légèrement frustré c’est tout ce qui tourne autour de Vermine et l’évolution de ses pouvoirs. Alors oui l’auteur évite de tomber dans le côté « apprentissage scolaire » que l’on retrouve dans de nombreux autres romans, sauf que voilà il le fait avec une ellipse que j’ai trouvé frustrante. C’est bien simple on n’apprendra rien de son apprentissage, offrant un chapitre où elle découvre son professeur et plus loin un second chapitre où elle quitte son professeur après avoir appris à un peu mieux maîtrisé ses pouvoirs. C’est frustrant, car le pouvoir de Vermine et sa relation avec ténèbres sont quand même au coeur de cette trilogie et même si on en apprend plus sur certains points qui ne manquent pas d’attraits, comme son origine, là j’ai trouvé qu’on passait à côté d’un passage qui aurait pu apporter aussi un plus principalement au niveau de la compréhension de la magie. C’est un peu le même soucis concernant les réflexions que cherche à amener l’auteur, comme par exemple les choix de vie de Merisia, ou bien encore la relation entre Vermine et Ithaen. Il y a un vrai potentiel pour nous faire réfléchir sur notre vision du monde, qui fait aussi écho à notre société, pourtant j’ai de ce point de vue là trouvé l’ensemble convenu, amené de façon un peu trop simpliste et parfois même vite expédié, offrant même dans certains passages des phrases toutes prêtes et passe partout. C’est dommage, car de mon côté j’ai trouvé que le message avait alors du mal à passer.

Les personnages m’ont eux aussi moins captivé dans ce tome que dans le tome précédent. Il faut dire aussi que le récit continue dans ce tome à offrir de nouveaux points de vues, ce qui n’aide pas à prendre le temps faire avancer ceux que l’on connait déjà, les faire évoluer. Un ou deux des nouveaux personnages m’ont même paru ne rien apporter dans ce tome et, même si je ne doute pas qu’ils auront de l’importance par la suite, je me demande s’ils méritaient d’être amené si tôt dans le récit, surtout au profit des héros principaux. C’est dommage car, autant ils avaient fait la force du premier tome, autant ici j’ai trouvé que les changements qu’ils subissent, leurs progressions dans la vie, m’ont paru hachés, précipités par un récit qui cherche peut-être à aller trop vite et se disperse dans de trop nombreuses perspectives. De plus, certains tombent un peu trop dans le personnage binaire, qu’évitait en grande partie le tome précédent. Après, je ne peux pas nier qu’il y a quelque chose qui se dégage de ce récit, principalement dans son dernier quart qui a enfin réussi à me happer un minimum. Je me suis laissé porter par ce que construit l’auteur pour aboutir à cette conclusion prenante, percutante et un minimum intéressante. L’auteur montre aussi que, même si le roman nous présente des adolescents, ils sont dans un univers qui ne fait pas de cadeaux, un monde en pleine guerre avec sa violence et ses morts.

Sauf que voilà cette scène finale m’a paru un peu trop courte, il y avait, je pense la possibilité d’offrir encore plus de tension, ou peut-être j’en espérais plus. De plus, le retournement de situation final, dont je ne dirai rien pour éviter de vous spoiler, m’a paru manqué d’impact et manqué de profondeur dans la façon dont il est amené. Mais voilà, on peut dire que ces dernières pages, même si elles ont quand même des défauts, ont réussi à me faire oublier une petite partie des défauts et je me demande si l’idée de construire cette histoire comme une trilogie était une bonne idée. Tout du moins de mon point de vue, car j’ai vu de nombreux retours plus que positifs concernant ce second tome. La plume de l’auteur est simple, vive et entraînante ce qui joue beaucoup sur le rythme du récit. Au final je dirai que j’avais tout simplement des attentes différentes de ce que propose ici l’auteur, espérant y retrouver la densité de La Geste, là où l’auteur m’a donné l’impression de proposer plus un divertissement sans temps morts. Je pense tout de même que je lirai la conclusion de cette trilogie, car je n’ai pas envie d’abandonner l’univers en plein milieu et j’ai envie d’en savoir plus sur une ou deux questions.

En Résumé : Je ressors de ma lecture de ce second tome pas complètement convaincu, la faute à un tome de transition et à l’impression que tout va trop vite et part dans tous les sens. L’intrigue ne manque pas de s’avérer intéressante dans les grandes lignes, mais j’ai l’impression que chaque mouvement politique, chaque alliance ou mensonge sont traités de façon un peu facile, rapide et donne plus l’impression de se plier au besoin du fil rouge que l’inverse. L’univers donne l’impression, dans ce second tome, de souffrir du même soucis, une impression que le récit reste en surface là où parfois, comme la magie de Vermine, il y aurait eu moyen d’aller plus en profondeur. Concernant les personnages, qui étaient le point fort selon moi du premier, je suis un peu déçu, ce second tome proposant de nombreux points de vue qu’on en perd nos héros qui ont du mal à s’imposer et surtout à donner l’impression qu’ils évoluent autrement que de façon haché dû aux différentes ellipses temporelles. Alors après tout n’est pas mauvais, l’ensemble est énergique et l’accélération dans le dernier quart du roman fait que je me suis retrouvé un peu plus captivé par cette conclusion qui s’avère un minimum efficace. C’est vrai, certains retournements de situations dans cette fin m’ont paru manqué de force, mais voilà dans l’ensemble elle m’a fait oublier un peu mon ressenti jusque là. Tout est une questions d’attente, je pense que je n’avais pas les mêmes que celles que proposait ce livre, cherchant plus une certaine densité, là où le récit propose plus un page-turner sans temps morts. La plume de l’auteur est simple, efficace et entraînante et même si ce tome n’a pas répondu à mes attentes je lirai, je pense, le dernier tome, car je n’ai pas envie d’abandonner La Geste en pleine milieu.

 

Ma Note : 5/10

 

Autres avis : Boudicca, Le Comptoir de l’Ecureuil, Xapur, Au Pays des Cave Trolls, …

The Broken Earth Book 2, The Obelisk Gate – N.K. Jemisin

Résumé : THIS IS THE WAY THE WORLD ENDS… FOR THE LAST TIME.
The season of endings grows darker as civilization fades into the long cold night. Alabaster Tenring – madman, world-crusher, savior – has returned with a mission: to train his successor, Essun, and thus seal the fate of the Stillness forever.
It continues with a lost daughter, found by the enemy.
It continues with the obelisks, and an ancient mystery converging on answers at last.
The Stillness is the wall which stands against the flow of tradition, the spark of hope long buried under the thickening ashfall. And it will not be broken.

Edition : Orbit

 

Mon Avis : Après The Fifth Season, premier tome du cycle, qui m’avait offert un excellent moment de lecture (ma chronique ici), je me suis rapidement lancé dans la lecture de cette suite, The Obelisk Gate qui est nominée aux Hugo Awards de cette année. J’avoue que j’avais hâte de savoir ce qu’allait proposer l’auteur dans ce second tome. Concernant l’illustration de couverture elle est dans la même lignée que le premier tome et je la trouve sympathique. Alors par contre, je vous préviens tout de suite, je pense que je vais devoir spoiler le premier tome donc évitez peut-être de vous lancer dans la lecture de cette chronique avant d’avoir lu le précédent roman.

On avait quitté à la fin du premier tome Essun qui, a défaut d’avoir pu retrouver sa fille et se venger de son mari, avait été accueilli au sein d’une communauté qui cherche à vivre de façon égalitaire avec les orogènes. Elle y avait aussi retrouvé Albaster, très mal en point, qui lui avoue que c’est lui qui a lancé la dernière grande catastrophe qui a plongé la terre dans cette nouvelle saison apocalyptique et qui lui demande de poursuivre son œuvre qui aurait un but plus grand. Alors que dire de ce second tome. Il ne manque clairement pas de qualités et se révèle encore plus dense, je trouve, que le premier tome à travers les nouveaux personnages présentés ou bien encore dans les développements de l’intrigue. Pourtant, je dois bien admettre que j’ai trouvé ce second tome un chouïa moins prenant que le précédent, souffrant très légèrement de la malédiction du second tome qui fait qu’il m’a paru un peu trop attentiste à certains moments histoire de garder encore plus de mystères pour la suite. Cela n’empêche pas pour autant l’intrigue de gagner en intérêt et en complexité, principalement avec le développement de personnages secondaires absents du premier tome comme Schaffa ou encore Nassun la fille d’Essun.

Concernant l’univers, même s’il perd un peu de son aspect nouveauté, il reste franchement captivant à découvrir et surtout il gagne encore un peu en densité dans cette suite tout en offrant quelques révélations sur les buts de certains camps. Je trouve que ce tome joue aussi plus sur les genre, donnant l’impression que ce monde à l’agonie pourrait être un avenir possible du nôtre. L’insouciance de l’Homme aurait-elle amené peu à peu le monde à sa perte, rien n’est clairement défini, l’auteur restant exprès dans le flou, mais en tout cas ce doute questionne le lecteur, comme par exemple sur l’idée de ce que nous faisons de notre planète. On en apprend aussi un peu plus sur la conséquence de ces instabilités géologiques, sur les obélisques, mais aussi sur les orogènes, les Stone Eaters et leur importance. Les pions se mettent en place et Essun va devoir faire un choix, entre devoir apprendre le maximum d’Alabaster pour tenter un dernier geste de folie et de génie ou bien simplement retrouver sa fille dans une quête de pardon et de vengeance.

L’univers présenté s’avère aussi encore un peu plus sombre. Il faut dire qu’il va entrer dans une ère obscure, une des plus longues saisons ou l’humanité n’est pas sûre de s’en sortir au vu des dernières prévisions. Cela exacerbe obligatoirement les tensions, mettant hors-jeu toutes les règles qui existaient et offraient un vernis de moral, pour ne se concentrer que sur la survie. Les communautés doivent donc se souder, mais ne peut empêcher les guerres d’autres communautés jalouses ou moins préparés, les pillages et le conflit liés aux dernières ressources. Mais même en interne des tensions ne peuvent qu’apparaitre, il faut que tout le monde œuvre pour la survie de la communauté sinon des choix devront être fait. La politique évolue donc vers quelque-chose de plus centré sur les congrégations et aussi plus directe, plus vraiment de lois, mais des choix à prendre et parfois rapidement. C’est ce que va découvrir Essun qui va surtout devoir faire face à de nombreux péripéties et parfois devoir entrer en conflit pour mieux avancer même si elle ne souhaiterait finalement que vivre une vie paisible.

Le récit nous pousse ainsi à nous questionner, nous offrant des réponses à des actes et des actions menés par certains tout en nous faisant réfléchir sur les choix que l’on aurai pu faire à leur place. Il nous questionne aussi, d’une certaine façon, sur quels sont nos réponses à une planète qu’on laisse s’éteindre de plus en plus vite, d’année en année et dont on préfère peut-être croire des faits alternatifs. Tout du moins c’est ce que m’a fait ressentir ce roman. Mais la réflexion principale vient clairement de cette notion de discrimination des orogènes, qu’on ressent principalement au niveau de la narration qui tourne autour de Nassun et surtout de sa relation étrange avec son père qui la pousse à changer, à abandonner sa différence, ce qu’elle est, pour le simple fait de la rendre comme les autres et ainsi pouvoir l’aimer à nouveau. C’est abject, mais pourtant ça sonne tellement juste et on peut y trouver de nombreux parallèles avec notre société. Alors oui, l’auteur nous propose un récit plein de réflexions, engagé, mais elle le fait de façon raisonnée et intelligente ce qui rend l’ensemble encore plus saisissant à mon avis.

Concernant les personnages, ils s’avèrent toujours aussi denses et intéressants à découvrir et surtout ils doivent évoluer, faire des choix devant un monde en plein bouleversement. J’avais un peu peur que des nouveaux protagonistes principaux viennent diluer l’intérêt du récit et pourtant, même si le démarrage casse un peu le rythme je trouve, ils viennent s’insérer de façon plus qu’efficace dans le récit. Schaffa et Nassun viennent ainsi offrir une nouvelle vision de l’intrigue, de ce monde et, en plus de s’avérer être des personnages intrigants, entrainants et soignés, ils apportent ainsi quelque chose de neuf, de différent. Essun, elle, nous happe facilement par les changements auxquels elle va devoir faire face, elle va devoir apprendre rapidement et surtout s’imposer dans ses actes. Sa relation avec Albaster est toujours aussi intense et percutante. Mais surtout ce qui se démarque c’est la diversité des personnages présentés, chacun d’entre eux ayant une personnalité et une vie propres. L’intrigue voit aussi les fils rouges s’éclaircir, les « clans » se dessinent peu à peu et les objectifs des uns et des autres deviennent ainsi plus claires. Les pièces se mettent doucement en place et on a l’impression de voir commencer à se dessiner les choses, même si de nombreux mystères restent encore voilés.

Alors après, comme je l’ai dit, on sent un peu que ce roman est un second tome, comme par exemple dans le rythme qui se veut par moment légèrement attentiste, ainsi que dans certaines révélations qui prennent un peu trop leur temps je trouve. Il n’y a rien de franchement bloquant là-dedans, mais cela m’a donné l’impression d’un second tome un petit peu moins prenant que le premier. J’ai tout de même passé un très bon moment de lecture avec ce roman, toujours porté par une plume efficace, soignée et entrainante. A noter aussi que la narration à la seconde personne prend tout son sens dans ce second tome. Je pense me lancer rapidement dans le troisième tome qui devrait sortir en VO le 15 août 2017.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec la suite de ce cycle, malgré le fait que je l’ai trouvé un peu moins prenant que le premier. Oh rien de très dérangeant, mais il subit un peu la malédiction du tome deux, avec sur certains aspects un sentiment attentiste peut-être un chouïa trop poussé. Cela n’empêche pas pour autant l’univers de gagner en densité et intérêts, les fils rouges commencent à se révéler, les camps à se dévoiler ainsi que les buts de chacun. Le monde dévoilé continue à jouer, je trouve, avec les genres et les lecteurs , mais surtout il continue à nous faire réfléchir sur de nombreux points que ce soit dans la façon dont nous voyons notre terre, mais aussi sur le rejet des différences principalement à travers la narration sur Nassun qui ne laisse pas indifférente. Concernant les personnages ils continuent à se développer à se densifier et l’arrivée des nouveaux protagonistes principaux vient apporter quelque-chose de neuf. Les personnages secondaires ne sont pas non plus en reste et leur diversité vient aussi apporter un plus à l’ensemble. Les héros vont devoir faire des choix dures, dans un univers sombre et sans pitié et on se retrouve facilement happé par ce récit. Au final même si sur certains aspects le côté attentiste se fait ressentir, ce second tome m’a tout de même fait passé un très bon moment de lecture bien porté par une plume efficace, soignée et entraînante. Je lirai la suite, qui sortira en VO le 15 août 2017, avec grand plaisir.

 

Ma Note : 8/10

The Broken Earth Book 1, The Fifth Season – N.K. Jemisin

Résumé : This is the way the world ends…for the last time.
A season of endings has begun.
It starts with the great red rift across the heart of the world’s sole continent, spewing ash that blots out the sun.
It starts with death, with a murdered son and a missing daughter.
It starts with betrayal, and long dormant wounds rising up to fester.
This is the Stillness, a land long familiar with catastrophe, where the power of the earth is wielded as a weapon. And where there is no mercy.

Edition : Orbit

 

Mon Avis : Je continue de me lancer dans les chroniques des lectures liées aux Hugo Awards, de cette année pour lesquels j’ai voté pour la catégorie meilleur roman. Cette fois je me lance dans la nouvelle trilogie de N.K Jemisin : The Broken Earth. L’auteur ne m’est pas inconnue (contrairement aux autres auteurs nominés dont je n’avais encore rien lu), puisque je m’était laissé emporté dans sa Trilogie de l’Héritage (chronique du Tome 1, Tome 2, Tome 3) qui m’avait offert un excellent moment de lecture. Concernant l’illustration de la couverture je la trouve très sympathique. À noter que ce roman à gagné par le prix Hugo 2016 du meilleur roman.

Ce roman nous plonge sur une terre instable, traversée régulièrement par des mouvement géologiques plus ou moins importants et mortels. Des villes entières peuvent ainsi disparaitre. Les Hommes tentent d’y survivre comme ils peuvent, dans l’attente d’une nouvelle grande catastrophe qui remettra tout en cause et ouvrira une nouvelle saison. On se retrouve ainsi à suivre trois fils de narration, à travers trois femmes : Essun, Damaya et Syenite qui sont toutes le trois des orogènes. Les orogènes sont des gens capables de manipuler les forces géologiques, mais voilà ils sont loin d’être appréciés. Je dois admettre qu’une fois la dernière page tournée j’ai passé un excellent moment de lecture avec ce premier tome. N.K. Jemisin nous offre une introduction captivante à son nouveau cycle, que ce soit dans l’univers qu’elle construit, dans les personnages que l’on découvre, mais aussi dans les nombreuses questions qu’elle soulève. Pour moi ce roman est à la fois percutant, sombre, fort, touchant et intelligent, tout en se révélant juste et maîtrisé. L’auteur nous offre aussi un travail sur la narration assez étrange, puisque celle qui concerne Essun est à la deuxième personne, qui pourra peut-être en déranger certains, mais que j’ai trouvé pourtant prenante. D’ailleurs je me demande comment va s’en sortir le traducteur avec le choix entre le tu et le vous.

Concernant l’univers qui est présenté, l’auteur, je trouve, nous propose quelque-chose d’original, où la magie est aussi liée aux « catastrophes » de ce monde et où tout repose sur la géologie et les mouvements tectoniques. Franchement je trouve l’idée de base intéressante et l’auteur la développe de façon clairement efficace, soignée et prenante. De plus cette magie repose sur des explications simples et très didactiques, sans jamais en faire de trop ou se révéler trop lourdes. Alors, mes cours de géologie remontent à trop loin pour que je propose une comparaison scientifique, mais en tout cas l’ensemble se fond parfaitement dans l’univers qui est construit et parait logique et cohérent. L’aspect politique et social s’avère aussi intéressants à découvrir, où l’on découvre un monde perpétuellement en survie, où l’on peut disparaitre à tout moment par une catastrophe inattendue. Cela donne l’impression d’être sur un monde en fin de vie où la terre, la nature est devenue le plus grand ennemi de tous. D’ailleurs le fait que Father Earth soit aussi au centre de leur culture n’est pas anodin.

Cela a ainsi fortement impacté l’aspect aussi bien sociologique et politique de ce monde, il a ainsi fallu s’adapter à la dangerosité de ce monde ce qui a obligatoirement amené une certaine disparité entre les zones sûres des zones à risques. Les villes sont ainsi autonomes les unes des autres, pour éviter tout danger de dépendance, tout en maintenant des liens commerciaux. Pourtant cela n’empêche pas un ordre plus grand d’exister comme cette loi en cas de saison qui montre clairement qu’au moindre danger on devient égoïste. Fermeture des villes avec interdiction de sortir, encore moins d’entrer sauf si vous apportez un plus à la communauté, obligation à tous d’œuvrer pour la communauté. On découvre ainsi un monde âpre, violent voir sauvage, qui ne laisse pas insensible et nous pousse à nous poser des questions sur la façon dont nous réagirions dans la même situation. Mais le plus fascinant vient des règles qui sont ancrées depuis la naissance, qui ne sont jamais remises en cause, acceptées comme des vérités alors que l’on découvre peu à peu au fil du récit qu’elles ont connu de nombreux changement et de nombreuses variations qui ont été oubliées et effacées. On se retrouve ainsi à réfléchir sur la notion d’histoire, l’importance des écrits et aussi de les remettre en cause si nécessaire pour se faire son propre avis. En effet pourquoi le faire quand tout est écrit et que, de toute façon, les chances de survivre ne sont pas très grandes.

Cela se ressent ainsi principalement sur tout ce qui concerne les orogènes qui sont clairement considérés comme des monstres par l’ensemble de la population alors qu’ils ont le pouvoir de tous les sauver, mais aussi d’un autre côté de les détruire. A partir de là ils deviennent des rejetés et sont soit tués dans la plus grande impunité, soit envoyés au Fulcrum qui se sert d’eux. On le voit ainsi à travers les trois portraits que nous développe et qu’entrecroise l’auteur. On rencontre ainsi la jeune Damaya qui a subi la haine de sa famille depuis qu’elle a découvert qu’elle était orogène et est envoyée au Fulcrum. Elle espère y trouver une vie plus saine, une famille, mais va se rendre compte que dans un tel monde la souffrance règne. On suit aussi Syenite qui est envoyée en mission avec l’un des plus puissant orogène, Alabaster, mais à qui on ordonne aussi de coucher avec lui pour permettre la naissance de nouveau orogènes puissants. Enfin on découvre Essun qui a découvert que son mari a assassiné son fils lorsqu’il a constaté que celui-ci était orogène et qui se lance à sa poursuite pour sauver sa fille et se venger. Trois portraits de femmes franchement charismatiques, denses, qui ne m’ont pas laissés indifférent se révélant humains, avec leurs forces et leurs faiblesses et devant composer avec un monde qui ne les accepte pas et qui ne manque pas de leur faire savoir. Des femmes qui doivent se défendre, se battre régulièrement pour avoir le droit d’exister. Mais aussi des orogènes qui n’ont d’autres choix que de se soumettre à des règles qui ne sont pas faites pour eux, mais pour le bien des autres. Et au milieu de tout cela, on trouve les Gardiens que je vous laisse découvrir.

Comme je l’ai dit ce roman nous offre aussi de nombreuses réflexions que ce soit sur la survie, l’amour, la sexualité, notre vision du monde ou bien encore sur l’endoctrinement et notre capacité à trouver la vérité, une vérité qui nous convient. C’est, je trouve, un roman qui ne laisse pas indifférent, et s’avère percutant et travaillé dans les questions qu’il soulève. Une certaine tension se met ainsi en place qui monte au fil des pages, nous happe pour aboutir à une conclusion qui s’avère percutante et pleines de surprises. Le rythme mis en place ne cherche ainsi pas le sensationnel et l’explosif à chaque page, mais ne manque pas d’offrir un récit maîtrisés entre construction d’univers, de personnages et ses rebondissements, ses révélations offrant ainsi de nombreux mystères à peine dévoilés qui nous poussent à vouloir lire la suite. Alors c’est vrai, parfois l’auteur tire peut-être un peu trop en longueur un ou deux passages, mais franchement rien de dérangeant. La plume de l’auteur est soignée, efficace et nous plonge facilement dans ce premier tome qui offre, je trouve, une introduction excellente et intelligente qui me donne franchement envie de lire la suite.

À noter que ce roman sera publié en VF le 6 septembre 2017 aux éditions J’ai Lu Nouveaux Millénaires sous le titre La Cinquième Saison.

En Résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman qui nous offre un premier tome intelligent, percutant efficace et qui ne manque pas d’originalité. Déjà l’univers nous plonge sur une terre instable où des mouvements géologiques occasionnent des catastrophes plus ou moins graves. L’humanité se retrouve ainsi continuellement à s’adapter, avec peu de chances de survies. Au milieu de tout cela se trouve les orogènes, magiciens qui peuvent influencer ces mouvements géologiques. Un univers original, qui ne manque pas d’attrait et que l’auteur développe de façon efficace, captivante et maîtrisée. Mais surtout cet univers ne laisse pas indifférent que ce soit dans la façon dont il a évolué, dans son aspect politique comme dans son aspect social. On se retrouve ainsi à réfléchir et à se poser des questions comme par exemple sur les règles, leurs survies ou encore sur les orogènes considérés comme des monstres pour mieux les maîtriser. Cela se ressent dans le destin des trois femmes que l’on suit tout du long, où l’on découvre des héroïnes fortes, charismatiques, humaines avec leurs forces et leurs faiblesses qui doivent faire face à un monde qui ne les comprendre, ne cherche pas à les comprendre et ne les accepte pas. Le récit nous fait aussi réfléchir sur de nombreux sujets comme la notion de choix, l’amour, la sexualité, le rejet de ce qui est différent et d’autres encore et surtout le fait de façon efficace et percutante. La plume de l’auteur est soignée, efficace et même si un ou deux passages m’ont paru un peu long elle nous happe très facilement dans son récit. Une excellente introduction qui donne envie de lire la suite.

 

Ma Note : 8,5/10