Catégorie : Frissons (Page 1 sur 5)

Welcome to Harmony – Juan De Dios Garduño

Résumé : La Troisième Guerre mondiale a eu lieu…
L’Humanité a presque disparu, décimée par des armes biologiques, et les rares survivants sont traqués par des morts-vivants conçus pour tuer.
Dans la banlieue de Bangor, une simple rue sépare les trois derniers habitants de la ville. D’un côté, Jack et sa fille Lu. De l’autre, Patrick. Deux maisons retranchées derrière des défenses improvisées, deux maisons sous la neige, dans l’hiver sans fin du Maine… Loin de s’entraider, les voisins se vouent une haine farouche alors même que le monde semble toucher à sa fin.
Mais alors que les morts-vivants sont de retour, poussant les familles dans leurs derniers retranchements, la survie de tous dépendra de leur capacité à surmonter leur passé…

Edition : Eclipse Panini Books

 

Mon Avis : Concernant ce roman cela fait un long moment qu’il traîne dans ma PAL. Il est sorti à l’époque ou Eclipse décidait doucement de changer son fusil d’épaule se lançant principalement dans la publication de zombies au profit de la Fantasy et du Fantastique. J’avoue que le roman de zombie je l’apprécie, mais à petite dose, surtout que ce roman je m’attendais surtout à ce qu’il offre plus de l’adrénaline et du punch qu’un récit profond et un minimum original. Etant dans une période où je manque un peu de forme, je me suis donc dit que ce roman serait parfait pour une lecture qu’on pourrait considérer comme pop-corn et divertissante. Concernant la couverture, elle remplit parfaitement son rôle, proposant un rendu très post-apocalyptique et légèrement angoissant. Par contre, désolé, il va y avoir un peu de spoilers dans ma chronique.

Ce roman nous plonge ainsi dans un monde parallèle où les tensions entre les USA de Barack Obama avec l’Iran ont amené à la troisième guerre mondiale. Une guerre sous le signe des armes de destruction massives, biologiques ou encore chimiques qui va amener son lot de violence et de mort et à la disparition d’une large part de la population mondiale. A Bangor dans le Maine il reste que trois survivants, qui sont peut-être d’ailleurs les derniers survivants de l’humanité, Patrick, Jack et sa fille Lu. Sauf que voilà, Patrick et Jack se détestent. Ils vont pourtant devoir faire face à une invasion de morts-vivants. Bon autant le dire tout de suite, je n’ai pas accroché plus que cela à ce roman, je ressors même de ma lecture légèrement déçu tant l’auteur reste tellement en surface concernant l’ensemble de son récit qu’il en perd de sa logique et de son intérêt. J’avais plus l’impression d’avoir entre les mains un script de film basique qu’une véritable envie de créer un roman. D’ailleurs il n’est pas étonnant que ce livre ait été adapté au cinéma. De plus l’auteur tombe un peu trop facilement dans la simplicité et la facilité, ce qui ajoute à mon sentiment de déception. Attention tout n’est pas mauvais, il y a une certaine envie de rythme et de nervosité qui font que les pages se tournent vite et l’intrigue offre quelques moments d’action qui ne laissent pas indifférent, mais voilà j’ai trouvé que ça ne suffisait pas.

Si on en revient à l’intrigue, ce que je lui reproche principalement c’est à la fois que rien n’est expliqué et que tout se déroule un peu trop facilement. Si on prend l’exemple de cette troisième guerre mondiale, l’auteur propose bien une explication, mais sur à peine deux lignes et qui manque tellement de profondeur et d’aspect géopolitique qu’on sent qu’elle ne sert juste à l’auteur à construire son univers, qu’elle soit plausible ou pas. Attention je ne dis pas qu’une troisième guerre mondiale est impossible (même si j’espère qu’elle n’arrivera jamais qu’on soit bien clair), mais on reste tellement en surface et c’est présenté de façon tellement succincte que l’explication en perd tout intérêt et toute profondeur ; dire que lors des négociation USA / Iran ce dernier a voulu attaquer les bases américaines ce qui entraine obligatoirement une grande guerre apocalyptique c’est un peu, je trouve, oublier la complexité de la politique mondiale et le bordel que cela peut être. Quelques explications supplémentaires auraient clairement pu rendre l’idée plus intéressante comme l’ont fait certains autres romans de zombies. Alors vous allez me dire que je chipote, le but du roman n’est pas d’expliquer de la géopolitique, et je vous l’accorde, mais je pense que vous connaissez ce sentiment, dès qu’un roman ne répond pas un minima aux attentes on remarque tous les points qui dérangeant et là, j’avoue ça m’a frustré.

Pareil concernant l’image de fond du récit, nos héros sont les seules personnes présentes dans Bangor du Maine une ville parfaitement conservées avec ses supermarchés et ses magasins remplis de tout ce qu’il faut pour survire. C’est limite le paradis sur terre au vu de la situation. L’auteur tente bien de vaguement le justifier en disant que la ville n’a pas été pillé, car les forces de l’ordre ont fait leur boulot jusqu’à l’évacuation, mais voilà c’est un peu simpliste et ça a du mal à passer. Surtout quand on se rend compte que d’autres humains ont finalement survécus et ne se seraient jamais un tant soit peu approché. Ensuite autre point qui m’a dérangé ce sont les héros, je ne dirais pas qu’ils sont mauvais et j’ai trouvé l’idée d’avoir deux voisins qui se haïssent plutôt intéressante sur le papier. Sauf que voilà que chacun défende son bifteck, même si je suis pragmatique et que je trouve ça idiot dans une telle période, je peux le comprendre, par contre que sur une transition caricaturale on passe du « je te hais » à, finalement, « on est les meilleurs amis du monde embrassons-nous et allons poutrer du vilain » c’est un peu trop capillotracté pour moi. C’est dommage car l’auteur cherche pourtant à les développer un minimum. Concernant les zombies, déjà je tiens à dire que j’ai du mal à les considérer comme tels. Ils sont présentés comme des morts sur lesquels des expériences scientifiques ont été menées, ils courent à une vitesse exceptionnelle, peuvent changer de couleurs pour s’adapter au décor et surtout travaillent de façon cohérentes en groupe. Sauf que voilà malgré malgré que la préface nous annonce des zombies comme on en n’a jamais vu, pour moi ce n’en sont tout simplement pas. Des monstres, peut-être limite des Goules oui ça je veux bien.

Bon après là ce n’est qu’un point mineur et je dois bien avouer que ces monstres ont un petit quelque-chose d’intéressants. Ils apportent ainsi la tension recherchée et cette violence sous-jacente qu’on espère trouver dans ce genre de roman. Et là-dessus l’auteur offre quelques scènes franchement efficaces et intéressantes, même si de nouveau il s’offre quelques facilités. Sauf que voilà ce soubresaut est beaucoup trop court, il est à peine lancé qu’on arrive à la conclusion du roman et que par conséquent le peu d’intérêt retombe aussi vite. C’est trop peu surtout pour ce genre de roman et vu que, comme je l’ai dit, le drame humain manque d’intérêt l’ensemble m’a ainsi paru un peu trop bancal.. La conclusion, d’ailleurs purement cinématographique, m’a trop faite penser à celle de Je Suis une Légende, le film (pas sûr que ce soit une référence), avec son lot de Deus Ex Machina et de sacrifices qui font qu’elle a du mal à me marquer. Alors autant être clair, je pense que ce roman plaira à ceux qui n’aime pas se prendre la tête et cherche des romans très visuels, pour ma part même dans un roman page tuner j’attends un minimum que n’a pas rempli ce livre oubliant qu’il faut un minimum de densité. La plume de l’auteur n’a rien non plus de très percutant, s’avérant simple et concise, collant parfaitement au récit et au besoin de rendre l’ensemble rythmé et vivant.

En Résumé : Au final je ressors de ma lecture pas complètement convaincu et même légèrement déçu. Certes je m’attendais à ce que ce roman ne soit qu’un simple page-turner avec une bonne dose d’action, sauf que voilà, même là le roman n’a pas réussi à me happer, se révélant trop simpliste et voulant trop créer une semblant de rame humain qui n’a pas fonctionné avec moi. L’aspect politique et image de fond du récit manque clairement de densité pour paraitre cohérent, ne servant finalement que finalement à l’auteur de construire son image de fond, cohérente ou non. L’idée de héros, voisins, qui se détestent ne manque pas d’intérêt sur le papier mais là aussi l’auteur n’arrive clairement pas à l’exploiter restant trop en surface et surtout reposant sur un retournement de situation tellement caricatural qu’il en perd tout intérêt. Les zombies, que je considère plus comme des goules ou des monstres que comme des zombies tant ils n’en gardent aucun caractéristiques, apportent certes une certaine tension, mais elle arrive trop tard et trop près de la conclusion pour nous happer. Un peu comme un faux départ. C’est dommage, car j’y retrouvais enfin ce que je cherchais dans ce roman. La plume de l’auteur, sans se révéler exceptionnelle, s’avère simple et concise collant parfaitement à l’envie d’un roman rapide et percutant, mais voilà je n’ai jamais réussi à rentrer dedans. Si vous cherchez un roman simple, sans aucune prise de tête peut-être qu’il vous plaira plus qu’à moi.

 

Ma Note : 4,5/10

Les Evangiles Ecarlates – Clive Barker

les evangiles ecarlatesRésumé : On attendait depuis près de vingt ans le retour des deux personnages les plus célèbres de Clive Barker : Pinhead et Harry D’Amour.
Un rendez-vous annoncé dans un ouvrage devenu mythique que des millions d’admirateurs n’osaient plus espérer.
Ce livre, le voici.
Un final grandiose qui oppose le fameux détective du surnaturel Harry D’Amour et le Prêtre de l’Enfer, immortel et sadomasochiste – Pinhead pour les intimes. La conclusion de l’histoire qui commença dans Hellraiser avec la découverte d’une étrange boîte, un cube-puzzle réputé ouvrir un portail sur l’enfer lui-même…

Edition : Bragelonne

 

Mon Avis : J’avoue, j’aime beaucoup ce que fait Clive Barker, principalement pour tout ce qui tourne autour du frisson et de l’horreur, même s’il m’arrive parfois d’être déçu comme lors de ma lecture de Jakabok. Après il faut aussi dire je n’ai pas encore lu son cycle jeunesse, Abarat, dont le premier tome m’attend dans ma PAL. Ma première découverte fût justement avec le personnage de Pinhead à travers le film, puis la novellisation, de Hellraiser. Je connais moins Harry D’Amour, même si je l’ai croisé dans une ou deux nouvelles dont je trouvais l’aspect Urban Fantasy sombre et violent intéressant. C’est donc sans surprise que je me suis rapidement laissé tenter dans ce qui est annoncé comme étant leurs dernières aventures.

Après, le soucis avec ce genre d’affrontement entre deux personnalités connues, vient souvent des attentes du lecteur. J’avoue que je ne me lançais pas dans cette lecture avec d’attentes particulières, mais plus dans la découverte. Cela a fait que je me suis ainsi retrouvé facilement porter par ce récit qui se révélait énergique, percutant avec son lot de frissons, de violence et de sang. alors après il ne faut pas non plus le nier, malgré que je n’avais aucune attentes particulières, j’ai quand même eu l’impression de ne pas avoir le meilleur Barker entre les mains. Alors attention, l’ensemble est loin d’être mauvais, je l’ai même trouvé vraiment sympathique dans ce qu’il construit et on sent aussi clairement qu’il « aime » ces personnages, leur offrant un final qui ne manque pas d’attrait, entrainant et plutôt réussi avec une conclusion intéressante. Il faut dire qu’il démarre fort, avec une première partie qui ne va pas manquer de percussion et d’horreur, le tout avec une certaine aridité, dégageant un certain plaisir pervers face à la souffrance, et qui met directement le lecteur dans le bain et rappelle à quel point notre cher Cénobite n’est pas, selon moi, l’un des monstres récurrents les plus effrayant pour rien. On retrouve ici avec force et intérêt cette ambigüité qui tourne autour de la violence, liée au plaisir. Ce que j’ai par contre trouvé dommage, c’est que tout ce travail sur l’horreur m’a paru moins »profond » que ce que j’avais découvert dans d’autres de ces écrits, parfois même un peu gratuit. On se retrouve ici quelque chose de plus brute, de plus graphique, de plus froid. Cela offre, c’est vrai une vision différente, mais m’a légèrement frustré comme si l’auteur avait peur de vraiment se laisser aller ou comme s’il ne voulait pas perdre la tension du récit.

Le grand intérêt du roman vient bien entendu de la rencontre entre Harry D’Amour et Pinhead. Comme je l’ai dit, Clive Barker aime ses personnages et cela se ressent dans leurs constructions tout le long du récit. On n’est clairement pas sur une confrontation, même si les deux personnages sont opposés, l’un représentant l’enfer, l’autre se révélant plus humain avec une certaine moralité et de bonté, mais plus dans un « lien » qui va relier les deux personnages tout du long de ces aventures. J’ai ainsi adoré retrouver le cénobite, son côté froid, énigmatique, méticuleux, intelligent et carnassier, son plaisir de faire souffrir, certes on ne le comprend pas toujours, vu qu’on est clairement moins présent dans sa tête que d’autres héros, mais c’est mieux ainsi. En effet rendre plus profond ce personnage avec des sentiments ou des émotions aurait eu le risque de lui enlever ce qui fait sa force : sa monstruosité. Alors attention je ne parle pas d’adorer ou de mettre sur un piédestal un monstre, mais plus d’apprécier le personnage pour ce qu’il est, un croquemitaine, dévoilant le côté sombre et offrant de quoi bien frissonner. De l’autre côté j’ai découvert plus en profondeur Harry D’amour et sa bande de rejetés, de mal aimés, qui ont clairement réussi à m’accrocher. Je me suis attaché à eux, principalement à leurs différences, leurs faiblesses qui transparaissent comme des blessures ouvertes. Surtout que l’auteur a clairement le chic pour nous proposer un groupe hétéroclite, humain et vivant. J’en suis même sorti légèrement frustré tant parfois l’ensemble m’a paru seulement survolé et aurait mérité plus de développement.

On se retrouve ici dans un univers assez classique dans les grandes lignes, avec ce qu’on pourrait considérer comme une binaire lutte entre le bien et le mal, sauf que voilà l’auteur, à défaut de clairement la révolutionner l’idée, décide d’offrir quelque chose de différent. De duel il y en aura un, certes pas entre Pinhead et D’Amour, mais un combat plus biblique dont je ne dévoilerai rien pour éviter de vous spoiler. Le principal intérêt de cet univers vient par contre dans la plongée en enfer, le héros devant suivre Pinhead dans son monde, et sa découverte au fil des pages. De nouveau un aspect très visuel qui percute, se révélant étrange, angoissant même si certains aspects auraient mérité d’être plus soignés. L’aspect magie qui est l’un des éléments importants du récit, sans se révéler révolutionnaire, s’avère solide avec une mention spéciale aux tatouages dont j’ai trouvé le principe vraiment intéressant.

Alors après, tout n’est pas non plus parfait dans ce roman, l’ensemble se révélant un peu linéaire à mon gout. C’est percutant et incisif, mais on voit les choses arriver en avance, de même j’ai eu l’impression que le voyage de D’amour et ses amis m’a paru un peu trop facile, on ne s’inquiète jamais vraiment pour eux. Ensuite certains passages m’ont paru traité trop rapidement, là ou au contraire un ou deux aspects m’ont paru de trop. Enfin dernier point, comme je l’ai déjà dit ce n’est clairement pas le meilleur roman de l’auteur, on n’y retrouve pas complètement l’impact qu’on retrouvait dans ces anciens écrits. Maintenant soyons clair, oui ce livre n’est pas exempt de défauts, mais il a réussi à me divertir, voir à certains moments à me toucher, se révélant sympathique, bien porté par une plume simple efficace et très visuelle.

En Résumé : J’ai passé un agréable moment de lecture avec ce roman proposant LA rencontre en Pinhead et Harry D’Amour. Alors certes ce n’est pas le meilleur roman de l’auteur, ne retrouvant pas obligatoirement la profondeur que peut mettre l’auteur derrière l’horreur, mais il se révèle percutant et entrainant. L’intérêt principal du récit vient clairement de la rencontre entre ses deux figures habituelles de l’auteur, surtout que l’auteur nous brosses des personnages réussis et terriblement efficace que ce soit dans le frisson avec le Cénobite et attachants avec D’Amour et sa bande. L’univers, se révélant classique dans sa lutte entre le bien et le mal, mais l’auteur offre quelque chose de solide avec un traitement légèrement différent de ce qu’on pouvait attendre, évitant ainsi la bataille finale entre les deux héros. Cela n’empêche pas une belle bataille que je vous laisse découvrir. La plume se révèle simple, efficace et entrainante. Alors après comme je l’ai tout n’est pas non plus parfait, l’ensemble se révélant linéaire, de plus on a du mal a vraiment s’inquiéter pour Harry et ses amis, mais voilà même si c’est loin d’être le roman le plus réussi de l’auteur il a marché avec moi, se révélant sympathique.

 

Ma Note : 7/10

Gretel and the Dark – Eliza Granville

gretel and the darkRésumé : Vienne, 1899. On amène au psychanalyste Josef Breuer une jeune fille maigre, presque morte, le crâne rasé. Le Dr Breuer baptise sa nouvelle patiente Lilie ; il ignore encore qu’il s’agira du cas le plus énigmatique de sa carrière. Lorsqu’elle revient à elle, l’inconnue soutient être une machine destinée à tuer le Monstre : Adi Wolf.
Quelque part en Allemagne, bien des années plus tard. Krysta est une petite fille orpheline de mère qui tyrannise ses gouvernantes et son père, médecin dans un étrange dispensaire. Quand celui-ci disparaît, elle reste seule au monde, sans rien ni personne pour la protéger contre l’enfer qui la rattrape. Elle devra alors plonger dans le souvenir des contes anciens que lui racontait sa nourrice…

Edition : Mirobole Editions

 

Mon Avis : Ce livre a rejoint ma PAL vraiment par hasard. J’ai commencé à en entendre parler pour la première fois en voyant apparaitre sur quelques blogs des avis qui se révélaient en majorité très positifs, de plus je dois bien avouer que je trouve le travail des éditions Mirobole vraiment réussi que ce soit concernant leurs choix de publications comme leurs maquettes. Par conséquent quand on m’a proposé de découvrir ce livre je me suis rapidement laissé tenter. En tout cas je trouve le visuel de couverture très accrocheur. À noter que j’ai légèrement modifié le résumé car je trouve qu’il peut jouer légèrement sur un des retournements important de l’histoire dont je parle dans ma chronique.

Ce récit nous propose de suivre deux lignes d’intrigues, une première qui se situe en 1899 à Vienne, où une jeune fille est retrouvée, presque morte et amnésique, après avoir été agressée et une seconde en Allemagne où on suit le destin de Krysta, véritable peste, qui a perdu sa mère et doit suivre son père, médecin, dans une nouvelle région. Cette double narration se révèle assez cryptique au début, en effet le lecteur a un peu de mal à comprendre le lien qui se lie entre les deux intrigues. Pour autant ce n’est pas une mauvaise chose, ça ne m’a pas empêché de me retrouver accroché à cette histoire qui se révèle sombre, empli de violence et d’horreur, mais happe rapidement le lecteur habitué, sans tomber dans la surenchère ou dans le trop morbide. C’est d’ailleurs une des forces du récit, il ne joue pas complètement sur le visuel, mais plus sur les non-dits, laissant ainsi à chacun le choix de pouvoir s’imaginer de lui-même les choses, de jouer par lui-même sur ses propres peurs. On a vraiment l’impression de rentrer dans un « cauchemar » où vient se mélanger de façon terriblement efficace psychologie, conte et histoire. Certes ce n’est pas la première fois qu’un auteur se sert d’un conte pour jouer sur la cruauté de la vie, mais là Eliza Granville nous offre aussi l’autre penchant du conte : certes comme la vie il peut se révéler cruel, certes comme la vie il peut être injuste, mais voilà les histoires et les récits peuvent aussi avoir une force que ce soit sur l’imagination, sur l’espoir, comme aussi sur nous-mêmes.

Mais voilà, la grande force du récit, celle qui a fait que j’ai quand même pris une petite claque (dans le bon sens du terme), ne m’attendant pas à cela, c’est le twist que nous propose l’auteur vers le milieu du récit. Certes tous les indices étaient présents pour permettre de le voir, au moins en partie, venir, et pourtant j’ai été surpris, car ce retournement de situation va apporter un côté « humain » au ressenti du lecteur, quittant ainsi l’aspect fiction et conte pour quelque chose de plus concret. C’est bien simple, on passe d’un roman qu’on aurait pu prendre pour un simple roman d’horreur, qu’on lit pour se divertir de façon un peu malsaine devant des effets visuels attendus, pour rendre finalement ce récit palpable, ambitieux et réaliste, le replaçant ainsi dans notre Histoire. On se retrouve alors à se lancer dans une véritable réflexion, que ce soit sur la folie de l’Homme, comme sa capacité à aller de plus en plus loin dans la cruauté et la bêtise sans aucune véritable raison, simplement parce-qu’il en a le pouvoir. La peur devient ainsi un peu plus malsaine, mais toujours sans tomber dans le glauque ou le gratuit, c’est vraiment le questionnement du lecteur vis-à-vis de lui-même et des autres qui rend le tout plus sombre. Alors je ne vais pas trop en parler pour éviter de trop en révéler, mais c’est clairement ce twist qui a fait, pour moi, la différence, à chacun de voir quel effet ce retournement de situation lui apportera.

L’univers et l’ambiance que pose l’auteur tout au long du récit se révèle terriblement efficace, à la fois sombre, dérangeante avec son lot d’effroi qui ne manqueront pas de faire frissonner le lecteur sans non plus trop étouffer. L’aspect historique se révèle aussi solide et soigné et je vous le laisse le découvrir pour, de nouveau, éviter de trop vous spoiler. La grande réussite de ce qui est construit ici vient, comme je l’ai dit du mélange conte, réalité, qui apporte ainsi de nombreuses voies possibles aux différentes intrigues, jouant facilement sur l’imagination du lecteur, le tout mâtiné d’un travail sur la psychologie et la philosophie qui ajoutent des aspects vraiment intéressants à l’ensemble et offre par la même occasion quelques débats intéressants. Les personnages se révèlent vraiment soignés et travaillés, possédant une profondeur et une caractérisation que j’ai trouvé abouti. Certes on a parfois du mal à s’attacher à certains des héros, par leurs réactions et leurs façons d’agir, mais très vite on les comprend ; ils ont parfois des raisons de se comporter comme ils le font, certes pas toujours bonnes, mais au moins on peut les appréhender. Mais surtout ils évoluent au fil des pages, ils ne restent pas figés et vont devoir avancer malgré les souffrances, les horreurs et les violences qu’ils vont rencontrer. Les personnages principaux se révèlent ainsi profondément humains et nous touchent, certains, selon moi, ne pouvant laisser indifférent le lecteur, là où d’autres personnages secondaires nous offrent d’effrayant croque-mitaine.

Puis les lignes d’intrigues commencent à se resserrer, les différentes questions trouvent leurs réponses et certaines hypothèses que je m’étais faites s’effondrent pour en ouvrir d’autres, aboutissant ainsi à une conclusion que j’ai trouvé réussi, passionnante et qui offre un point final réfléchi et une lueur d’espoir. Une sorte de rayon de soleil bienvenue dans un récit très sombre et qui nous rappelle aussi le besoin de la mémoire sans non plus tomber dans l’excès. Alors après certains pourraient regretter une démarrage un peu long et nébuleux, ou encore que le récit de Krysta parait trop « adulte » pour son âge, mais franchement pour moi ce ne fut que des détails tant j’ai été pris par ce roman. Par contre, comme je l’ai dit, l’avis de chacun dépendra de votre réaction face au twist. L’ensemble est porté par une plume qui se révèle dense, soignée et qui plonge facilement le lecteur dans l’ambiance angoissante et dérangeant de son récit, sachant jouer avec le lecteur pour mieux le surprendre, tout en cherchant à offrir des réflexions intéressantes. En tout cas je lirai avec grand plaisir d’autres écrit d’Eliza Granville tant celui-ci m’a passionné. Je ne peux que vous conseiller de découvrir ce roman, même s’il n’est pas à mettre entre toutes les mains comme vous vous en doutez.

En Résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce récit qui nous propose deux lignes de narrations dont il est, au départ, difficile de comprendre en quoi elles sont liées, mais offrant des intrigues sombres, angoissante et réussi sans non plus tomber dans le gratuit. Puis arrive le twist, celui qui fait passer ce récit du simple roman d’horreur à quelque chose de plus marquant, de plus concret, ramenant le tout dans l’Histoire. C’est ce retournement qui offre, je trouve, une nouvelle grandeur au récit, le rendant encore plus passionnant, nous offrant ainsi de nombreuses réflexions, tout en continuant à nous entrainer dans une ambiance dérangeante et effrayante des plus captivante, le tout sans jamais non plus trop tomber dans le « graphique » ou le sanglant, mais jouant clairement sur les non-dits plus que sur le visuel. L’univers que construit l’auteur est efficace, plein d’imagination, jouant entre conte et réalité, offrant ainsi de nombreuses voies et de nombreuses hypothèses, et en y ajoutant une touche de psychologie ouvrant au débat. Puis les lignes d’intrigues commencent à se resserrer, aboutissant à une conclusion que j’ai trouvé réussi, y amenant un léger rayon de soleil et nous rappelant que les contes peuvent être cruels, mais peuvent aussi offrir une force et une mémoire. Alors on pourrait regretter un démarrage qui prend un peu son temps ou encore sur le récit de Krystal une narration trop adulte pour un récit d’enfant, mais ses défaut ont très vite été balayé par le fait que j’ai été emporté par cette histoire, porté par une plume dense, soignée et immersive.  Je lirai sans soucis et avec plaisir d’autres écrit de l’auteur. Un roman que je ne peux que conseiller, dont le twist est la clé, même s’il n’est pas non plus, à mettre entre toutes les mains de par son côté horreur et son ambiance inquiétante et obscure.

 

Ma Note : 9/10

 

Autres avis : Lune, Cornwall, Mylene, Cajou, …

L’Abomination d’Innswich – Edward Lee

l'abomination d'innswichRésumé : Riche dilettante et fan de Lovecraft, à titre posthume puisque le maître mourut quelques années plus tôt, Foster Morley entreprend une tournée en bus à travers le Massachusetts, cherchant à mieux connaître les lieux qui inspirèrent le Maître.
Jusqu’à ce qu’il tombe sur Innswich, une petite ville côtière qui pourrait bien avoir inspiré à Lovecraft Le Cauchemar d’Innsmouth ! S’attardant en ville, il découvre que l’hôtel dans lequel il réside est le même que celui où le Maître a séjourné. De plus, un douteux photographe l’appâte en prétendant détenir une photo de l’écrivain, preuve incontestable de son passage en ville.
Mais pourquoi toutes les femmes de ce petit port sont-elles enceintes ? Quels rituels sinistres se déroulent au premier étage inaccessible de l’hôtel ? Et si Lovecraft ne s’était pas juste inspiré des lieux ? Certaines de ses créatures les plus grotesques sont-elles uniquement le fruit d’une imagination fertile ?

Edition : Mythologica

 

Mon Avis : Ce livre n’a pas fini dans ma PAL par hasard, il faut dire que le titre m’a tout de suite attiré me rappelant fortement le titre d’un livre de Lovecraft ; Le Cauchemar d’Innsmouth. Une fois en main je me suis rapidement rendu compte que ce n’était pas anodin, que l’auteur est aussi un admirateur de Lovecraft et qu’à travers ce roman il a justement voulu lui rendre hommage. Donc quand Marmotte m’a vu contempler ce livre elle a décidé de me l’offrir pour que je puisse me faire mon avis. À noter la couverture, illustrée par Philippe Jozelon, que je trouve plutôt jolie.

J’avoue qu’au début j’ai eu un peu peur, d’un hommage l’auteur paraissait finalement faire un copier-coller général de l’intrigue en la déplaçant juste d’époque et je me demandais donc si je n’allais pas être déçu. Puis au fil des pages je me suis rapidement laissé immerger par le récit et l’ensemble à commencer à fonctionner et à me donner envie de continuer. L’auteur connait clairement bien ses classiques, il sait faire monter la tension lentement transformant une situation tout ce qu’il y a de plus normal vers quelque chose de beaucoup plus troublant, sombre et violent. Il reprend la recette qui fonctionnait à merveille avec Lovecraft pour faire monter la tension et l’étrange au fur et à mesure de la lecture, mais l’auteur va plus loin, il apporte aussi sa propre touche à l’ensemble car, contrairement à Lovecraft qui restait finalement très puritain dans ces textes, Edward Lee y apporte du sang et du sexe ce qui, je trouve apporte une dose de malaise supplémentaire, sans non plus trop en faire ou tomber dans le graveleux. Le rythme se révèle efficace et fluide, avec de plus en plus de révélations et de rebondissements au fil des pages qui m’ont accroché et se sont révélés percutants.

Le personnage de Foster Morley est un héros assez déplacer par son côté un peu niais, simple et très chrétien ce qui offre un certain décalage et une certaine légèreté entre ce que nous présente le narrateur à travers son regard et ce qu’il pense. C’est d’ailleurs un peu sur cet humour noir et cynique que repose le récit, la façon dont va réagir notre héros face aux différentes monstrueuses découvertes qu’il va rencontrer et cette lente plongée dans l’horreur de la ville qui va considérablement le changer. Les autres personnages qu’ils rencontrent au fur et à mesure ne manque pas d’intérêt, même si finalement ils se révèlent très balisés, pour peu qu’on lise ce genre de récit régulièrement, avec une mention particulière pour Marie qui accroche un minimum le lecteur par ses traumatismes tout en se révélant ambigüe. Concernant cette fameuse ville d’Innswich, l’auteur nous offre une ville en plein changement, abandonnant le petit village de pêcheur pour un complexe beaucoup plus récent où le béton prédomine. Un véritable cauchemar urbain. L’auteur la décrit juste assez pour offrir une ambiance dérangeante, mélange de ville accueillante et déroutante, qui m’a bien captivé.

Alors autant le dire tout de suite, oui cette histoire est plaisante, se lit facilement et offre un bon moment de lecture, mais elle est loin d’atteindre le niveau de Lovecraft. Déjà l’aspect hommage, reprenant les grandes lignes du cauchemar d’Innsmouth, fait que tout du long de ce récit ressort tout de même une impression de déjà-vu, ce qui limite fortement les surprises. Ensuite, certains aspects spécifiques que l’auteur apporte à son récit m’ont paru ne pas servir à grand-chose, certes ce sont des petits clin d’œil à l’œuvre de Lovecraft, mais franchement ici ils n’apportent rien selon moi ; je pense par exemple à cette possibilité de ramener les morts à la vie. Enfin le twist final m’a paru un peu trop gros, l’auteur cherchant alors à en faire de trop et surtout cela amène quelques Deus Ex Machina un peu facile à mon goût tout en offrant aussi une légère confusion.

La plume de l’auteur se révèle simple, efficace et entrainante on se laisse facilement porter par cette plongée au fil des pages dans cette ville qui est loin de se révéler le Paradis sur Terre. Au final on obtient un texte qui, certes, ne révolutionnera pas le genre, mais qui se révèle plaisant à lire, fluide et efficace et m’a donné envie de me pencher plus en avant sur d’autres écrits de l’auteur. Un hommage à Lovecraft qui se révèle sympathique et agréable.

En résumé : J’avoue avoir passé un agréable moment de lecture avec ce texte qui propose ici un hommage à Lovecraft et plus principalement au livre Le Cauchemar d’Innsmouth. L’intrigue, certes classique et déjà-vu, se révèle fluide, efficace et entrainante sachant faire monter lentement la tension au fil des pages malgré un début un peu trop copier-coller à l’œuvre référence. Les personnages se révèlent vraiment intéressants que ce soit à travers Foster Morley, héros niais et simple qui se retrouve en plein cauchemar, ou bien encore Marie qui arrive un minimum à toucher le lecteur. La ville d’Innswich offre un cadre clairement ambigu, qui se révèle trouble et efficace. Le style de l’auteur se révèle simple et entrainant, plongeant assez facilement le lecteur dans son univers. Alors certes on est loin du niveau de Lovecraft, l’ensemble possédant un petit air de déjà-vu ce qui le rend linéaire, certains aspects utilisés n’apportent rien à l’histoire et la conclusion possède un twist que je trouve inutile et qui offre des Deus Ex Machina frustrants, mais dans l’ensemble ça se lit facilement et se révèle vraiment sympathique. Je ne serai pas contre lire d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 7/10

Incubes – Anthony Holay

incubesRésumé : Ce couple, qui vient tout juste de perdre leur enfant, décide d’aller passer une semaine isolés du monde dans un charmant chalet de montagne.
Tandis que la femme fait son deuil tant bien que mal, lui aperçoit des formes qui rôdent autour de la maison en pleine nuit.
Un huis-clos térrifiant qui confronte l’Homme à ces ombres incertaines que la nuit fait danser devant ses yeux…
Une novella d’horreur qui ravira les amateurs du genre.

Edition : House Made Of Dawn

 

Mon Avis : Cela fait bien longtemps que je ne me suis plus laissé tenter par des textes qui lorgnent du côté de l’angoissant. Quand on m’a proposé de découvrir cette nouvelle, j’avoue m’être facilement laissé tenter par un quatrième de couverture qui se révélait accrocheur ainsi que par une illustration de couverture que je trouvais plutôt réussi. Avant de me lancer dans la lecture de ce texte je dois avouer que je ne connaissais rien concernant l’auteur, d’ailleurs je crois qu’il s’agit même d’un de ses premiers écrits publié.

Je dois bien admettre, une fois ma lecture terminée, que pour un premier texte il y a clairement du potentiel. Il connait ses classiques de l’horreur et sait les réutiliser, plongeant alors le lecteur dans ce huit-clos sombre, perdu en plein milieu de cette montagne avec ce couple en pleine reconstruction. La tension monte crescendo au fil des pages pour happer le lecteur dans un récit où l’irrationnel se retrouve à se mélanger à la réalité, où horreur et l’angoisse se mettent alors à gagner lentement le lecteur. L’auteur arrive vraiment à retranscrire cette ambiance sombre et glaçante, nous plongeant dans la douce folie qui se met à prendre le narrateur, qui va alors tout faire pour tenter de s’en sortir, sans non plus plonger dans l’accumulation ou le gore gratuit. C’est vraiment le point fort de cette nouvelle, ce malaise qui est distillé lentement au cours de la lecture, même si c’est vrai l’ensemble reste tout de même assez linéaire et sans véritable surprise pour peu qu’on ait un minimum de bagage dans ce genre de littérature. Cela n’empêche pas l’ensemble de se révéler un minimum prenant.

Malgré cet aspect horrifique vraiment captivant et passionnant je trouve par contre que l’ensemble pêche par certains autres aspects. En effet j’ai trouvé qu’il se consacrait trop à son aspect horrifique, à faire monter la tension et à essayer de surprendre le lecteur au point qu’il en oublie un peu le reste, ce qui est quand même dommage. Pour moi une nouvelle horrifique se construit par palier, des passages angoissants qui vont faire frissonner le lecteur, mais aussi des passages plus calmes qui offrent un peu de répit permettant de développer et densifier l’ensemble, que ce soit aussi bien l’univers que les personnages. Ici l’auteur oublie clairement ces passages plus explicatifs, plus calmes, plus constructeurs, ce qui fait que les personnages manquent clairement de consistances pour accrocher le lecteur. L’ensemble parait manquer surtout par moments de cohérence, justement parce que l’auteur ne cherche pas toujours à y apporter des clarifications ce qui est frustrant. Quelques pages de plus pour épaissir les héros, les rendre plus humains et permettre de mieux comprendre quelques actes auraient vraiment permis à l’ensemble d’être beaucoup plus efficace.

Concernant le style de l’auteur il se révèle simple, plutôt entrainant et épuré même si on sent clairement qu’il doit encore être travaillé, principalement sur certains passages où il en fait un peu trop comme certaines métaphores légèrement pompeuses ou certaines expressions qui passent mal à l’oreille. Un meilleur travail d’édition aurait peut-être permis une meilleure fluidité dans l’écriture. Autre point qui m’a légèrement dérouté c’est que l’auteur ne donne pas l’impression de s’être vraiment imprégné de son personnage, il y a un certain décalage entre ce qu’il écrit dans sa narration en forme de journal, principalement sur la relation entre sa femme et lui, et le traumatisme qu’ils ont l’air d’avoir vécu. Au final une nouvelle comme je l’ai dit avec du potentiel, qui arrive à captiver par son ambiance et son aspect horrifique, mais qui aurait mérité plus de pages et d’être plus travaillé sur la forme pour vraiment captiver.

En résumé : Je ressors donc de ma lecture avec un léger sentiment mitigé. Il y a clairement du potentiel dans cette nouvelle, principalement dans la mise en place de cette ambiance assez angoissante et horrifique, ainsi que dans la capacité de l’auteur à faire monter la tension au fil des pages. Le problème c’est que, pour moi, une nouvelle dans le genre de l’horreur doit être un peu plus que de simples passages angoissants. Ici il manque clairement une certaine densité, que ce soit dans l’univers comme dans les personnages, ce qui est dommage et offre même certaines fois une impression d’incohérence. Alors on se laisse tout de même porter par ce texte, par son côté efficace, malgré un aspect, c’est vrai, linéaire et prévisible pour peu qu’on s’y connaisse, mais voilà il manque de la profondeur pour qu’il passe un cran au-dessus. Le style de l’auteur se révèle simple, entrainant même si on le sent encore jeune cherchant à trop en faire, principalement par des métaphores un peu guindés ou des phrases qui passent mal à l’oreille. L’auteur a en tout cas piqué assez ma curiosité pour me laisser, pourquoi pas, tenter par ses prochains textes.

 

Ma Note : 6/10

Je suis ton Ombre – Morgane Caussarieu

je suis ton ombreRésumé : Le Temple, petit village du Sud-Ouest, ses plages, ses blockhaus, son unique bistro, son école où la violence est le seul remède à l’ennui.
Poil de Carotte y vit seul avec son père handicapé. Gamin perturbé aux penchants sadiques et souffre-douleur de ses camarades de classe, sa vie bascule lorsqu’il se rend dans une ferme calcinée en lisière de forêt.
Des fantômes y rôdent, paraît-il.
Mais en lieu et place de revenants, il découvre un étrange manuscrit rédigé par des jumeaux, il y a trois cents ans. Leur vie sauvage et heureuse à La Nouvelle-Orléans tourne au cauchemar lorsqu’un sulfureux marquis les prend à son service.
Plus Poil de Carotte avance dans sa lecture, plus des événements étranges surviennent : un chat noir qui parle, une voix qui lui chuchote la nuit à l’oreille, un enfant au teint trop pâle et aux lèvres trop rouges… Et s’il avait réveillé des forces aussi malsaines qu’attirantes ?

Edition : Mnémos

 

Mon Avis : J’avoue que j’attendais le nouveau roman de Morgane Caussarieu avec une certaine impatience. En effet, après ma lecture de son premier roman, Dans les Veines, que j’avais trouvé efficace, sombre, sanglant et entrainant, remettant clairement au goût du jour de façon réussie les vampires sanguinaires et violents (retrouver ma chronique ici), j’avais hâte de voir ce qu’elle allait bien pourvoir proposer par la suite. J’ai donc rapidement fait rentrer ce livre dans ma PAL lors des dernières Imaginales. À noter une illustration de couverture qui se révèle intrigante et sobre. Petite surprise pour ma part, au vu du résumé je m’attendais à un récit n’ayant aucun lien avec son précédent roman, ce qui n’est pas le cas les deux histoires étant liées, mais pouvant se lire indépendamment l’une de l’autre.

Pourtant, j’avoue, j’ai eu un peu de mal à rentrer dans ce récit. Il m’a bien fallu patienter une petite cinquantaine de pages, et la découverte du manuscrit, pour clairement me sentir happer. Le début sert principalement à présenter Poil de Carotte, gamin rempli de haine, à la vie pas toujours facile, souffre-douleur des caïds de sa classe. Il y a pourtant de quoi accrocher un minimum le lecteur, mais l’auteur enrobe le tout d’un langage que j’ai trouvé souvent trop familier et surtout une accumulation d’insultes par page qui, à force, me frustrait plus qu’autre chose. Heureusement, comme je l’ai dit, par la suite l’ensemble s’améliore fortement, imbriquant deux histoires, celle de Poil de Carotte qui cherche à changer sa vie, et celle de jumeaux il y a 300 ans à la Nouvelle-Orléans. Le récit devient alors clairement immersif, le lecteur se retrouvant emporter par lente plongée en abysse qui se dévoile au fil des pages, où les personnages vont alors montrer le pire d’eux-mêmes.

C’est d’ailleurs cette ambiance sombre, glauque, porté se désir un peu pervers d’en apprendre plus malgré les horreurs dévoilées qui font qu’on se retrouve emporté. Le besoin de savoir, de comprendre, alors qu’on sait qu’on s’enfonce un peu plus à chaque page vers une fin qui ne laissera pas indifférent. L’auteur va loin, très loin et ce n’est clairement pas un roman à mettre entre toutes les mains, mais elle réussit le tour de force de ne jamais tomber dans le graveleux ni le gratuit, dosant ses effets de styles et les présentations de ses horreurs pour, certes, choquer le lecteur, mais sans jamais le perdre non plus. Contrairement à son premier roman la violence y est d’ailleurs moins graphique et visuelle, jouant plus sur les non-dits ce qui, je trouve, percute plus le lecteur.  Donc, mis à part cette fameuse première partie, on sent bien que l’auteur maîtrise clairement son récit de bout en bout, sachant jouer avec les fils qu’elle met en place pour mieux captiver.

Comme je l’avais déjà dit pour son précédent livre, l’auteur connait ses classiques concernant les vampires sur le bout des doigts, pour encore mieux les réutiliser, les rendre cohérents et terriblement efficaces encore à travers ce roman. On ne peut d’ailleurs s’empêcher la comparaison avec Anne Rice, mais Morgane Caussarieu s’en éloigne rapidement, car là où l’américaine construisait des récits sombre, mais emprunt de sensualité et d’une certaine poésie, elle construit elle quelque chose de plus incisif et saisissant. Mais voilà l’auteur ne fais pas que reprendre des classiques, elle y apporte aussi sa propre vision de ce monde et aussi sa propre mythologie que je vous laisse découvrir et qui se révèle efficace et donne envie de savoir comment elle va la développer dans ses prochains romans. Cette fois on quitte la ville de Bordeaux pour se retrouver dans un petit village, ce qui lui permet aussi de développer un autre type vision du monde, celui rural où la solitude est différente, où les rêves ne sont pas les mêmes. Limite un village perdu, abandonné dans tous les sens du terme.

Les personnages qui sont esquissés au fil des pages se révèlent très intéressants à découvrir. Une chose est sûre c’est qu’ils sont loin de tout manichéisme et de toute caricature, chaque personnage révélant une profondeur, souvent sombre, mais toujours captivante d’une certaine façon. Surtout qu’ici l’auteur traite d’un sujet bien particulier, l’enfance. Mais pas l’enfance heureuse, pleine de rêve, non, plutôt celle qui se retrouve abandonnée, perdue, soit par la famille, le système ou autres. Une enfance où les cauchemars ont justement remplacés les rêves, où le besoin d’être apprécié, vu et reconnu surpasse tout, même si pour cela on doit devenir un monstre pour se faire repérer. Comme je l’ai dit j’ai eu un peu de mal au début avec Poil de Carotte, trop condensé, trop trash peut-être aussi en si peu de pages, mais voilà au fil de ma lecture j’ai commencé à m’intéresser à lui, au parallèle qui l’unit aux jumeaux et ce qui fait qu’il bascule. Concernant les autres personnages ils sont tous complexes et efficaces, mais j’ai retrouvé le même problème que dans son précédent roman, on ne s’attache jamais émotionnellement à eux au point que quand il leur arrive quelque chose, je n’ai ressenti aucune véritable empathie. C’est clairement un choix de l’auteur qui se comprend, mais que je trouve toujours légèrement dommage.

Après il reste un ou deux points qui m’ont légèrement dérangé même si ce n’est au final pas grand-chose. Les gamins que l’auteur nous présente sont tous en classe de CM2, donc entre 10 et 12 ans, hors ils me paraissent parfois un peu jeune pour les propose tenus, les divertissements et les idées tenues dans leurs envies et autres. Je ne dis pas que c’est impossible qu’à cet age on puisse se révéler si désabusé et sombre, les informations montrent que c’est possible, juste qu’accumuler autant d’enfants, avec envies et les horreurs qui leur passent par la tête, ça fait un peu beaucoup ; peut-être trop condensé. D’ailleurs on se demande presque si Le Temple, le village qui sert de background, n’est pas un concentré de misère humaine, de souffrance et de violence. L’auteur en a peut-être un peu trop fait dans l’ensemble, même si rien de dérangeant non plus.

La plume de l’auteur se révèle toujours aussi entrainante, incisive, visuelle et efficace plongeant le lecteur facilement dans cette histoire angoissante, à la tension qui monte lentement au fil des pages. La conclusion se révèle clairement prenante et offre des perspectives intéressantes pour peu qu’elle décide d’écrire une suite. À noter aussi le travail intéressant de style entre les deux histoires qui s’entremêlent, l’auteur s’adaptant de façon logique et réussie à chaque époque. Au final je dois bien avouer que j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce nouveau roman de Morgane Caussarieu que j’ai trouvé un peu plus réussi que le précédent, mieux géré sur la longueur. L’auteur se pose clairement comme une plume à surveiller dans le fantastique et l’horreur. Je lirai sans soucis d’autres de ses écrits.

En résumé : Malgré un démarrage un peu compliqué, j’ai passé au final un bon moment de lecture avec ce roman qui offre une intrigue qui a réussi à me happer après une cinquantaine de pages pour ne plus me lâcher, plongeant lentement ces personnages dans une abyme de plus en plus sombre et angoissante de façon efficace, pour peu qu’on apprécie ce genre de récits d’horreur. L’auteur connait parfaitement bien les classique sur les vampires, et sait les réutiliser de façon clairement captivante et prenante , tout en y a joutant sa propre vision et sa propre mythologie. Les personnages sont loin de tout manichéisme et de toute caricature, se révélant complexe et intéressant, permettant à l’auteur de visiter le monde de l’enfance et de ses cauchemars. Je reproche juste un manque d’empathie, choix de l’auteur, mais qui fait que quand il arrive quelque chose aux héros on a du mal à se sentir touché. La plume se révèle toujours aussi incisive, visuelle et entrainante, plongeant avec facilité le lecteur dans ce récit. Au final Morgane Caussarieu tout le bien que je pensais suite à son premier roman et se pose comme une auteur à suivre. Je lirai ses autres romans sans soucis.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Cornwall, karline05, Louve, joyeux-drille, …

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