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Utopiales 2016, Anthologie – Collectif

Résumé : En 2016, les treize nouvelles de l’anthologie officielle des Utopiales s’interrogent sur la thématique de la machine.
Pèle-mêle, on y croise ainsi une vieille dame artificielle pas décidée à mourir, un diable lumineux gardant un terrible secret, un homme dont plus de 50 % du corps a été remplacé par des prothèses, une femme robot aux charmes ambigus…
… mais aussi un concert virtuel plus vrai que nature, des tofus permettant de voyager dans l’espace, une course-poursuite de magiciens, un étrange artefact martien, un gentleman aux manières trop parfaites, un jeu vidéo meurtrier, une montre à l’origine de curieux décalages temporels, des truites psalmodiant en choeur «Innsmouth» et même André Brahic et une licorne.
Treize textes pour s’émerveiller, s’interroger et se marrer franchement, portés par treize plumes incontournables de l’imaginaire actuel, francophone comme étranger.

Edition : Actu SF

 

Mon Avis : On ne change pas une tradition et, comme depuis maintenant quelques années, quand je participe à un festival je repars dans la majorité des cas avec l’anthologie associée. Concernant les Utopiales, c’est aussi pouvoir se lancer dans une lecture commune avec Marie-Juliet, mon acolyte de LC depuis quelques temps maintenant. Cette année le thème de l’anthologie est « La Machine », et le recueil est composé de treize nouvelles d’auteurs différents. Concernant la couverture, illustrée par Denis Bajram et reprenant l’affiche du festival, je la trouve très sympathique et efficace. Comme souvent on retrouve une préface efficace, qui nous offre de bonnes réflexions sur le thème du recueil et s’avère soignée, même si parfois pas facile d’accès.

La Vieille Dame de Simon Bréan : Cette nouvelle nous plonge dans un monde futuriste ou les IA ont, d’une certaine façon, pris le contrôle du bien-être de l’humanité. On se retrouve à suivre un homme, dont le métier est d’accompagner les IA « en fin de vie » dans leurs derniers instants. On découvre ainsi un texte qui se révèle efficace, bien porté par la tension qui se développe entre les deux protagonistes dans leur duel. Le texte offre aussi quelques réflexions intéressantes, qui ne manquent pas d’apporter un plus à l’ensemble et le tout est soutenu par une plume simple et entraînante. Au final une nouvelle solide, qui ouvre plutôt bien ce recueil des Utopiales.

Pour Hesperia et Pour la Gloire d’Ann Leckie : Cette nouvelle propose de découvrir la lettre d’un homme qui cherche à expliquer à un certain Mr Stephens les évènements étranges qui sont survenus chez lui. Franchement cette nouvelle est principalement un hommage à la SF pulp, un peu comme le proposait Brackett et Hamilton ou bien encore John Carter. Le soucis c’est que mis à part cette ambiance suranné intéressante, le reste ne suit pas. Le mystère n’a pas le temps d’exister qu’il est déjà résolu, la fin manque clairement de tension et d’intérêt et l’intrigue est traitée trop rapidement. Le tout m’a ainsi paru trop court, comme si le format nouvelle ne suffisait pas, ce qui est dommage. Reste une nouvelle qui se lit vite, mais qui s’oublie tout aussi vite je trouve. Après cette nouvelle a été initialement publié en VO pour un magazine dont le numéro proposait comme thème le cliché, ce qui lui correspond mieux et m’aurai moins dérangé que dans une anthologie tournant autour des machines

Deep Space Mine de Catherine Dufour : Cette nouvelle est une réédition d’un texte de l’auteur : Mémoires Mortes. On suit ainsi une jeune fille, dans un monde futuriste de plus en plus connecté, qui va mener l’enquête après la disparition de son frère. Mon ressenti concernant cette nouvelle est plutôt ambigu, autant les axes de réflexions présents sur l’adolescence et ce monde futuriste ne manquent pas d’attrait, le rythme est percutant et entraînant, et pourtant le côté un peu « trash » du style, quelques transitions étranges et certaines révélations un peu tiré par les cheveux ont fait que je n’ai jamais vraiment réussi à complètement entrer dans le récit. Cela vient clairement de moi, je lirai quand même le recueil de l’auteur pour me faire un avis plus tranché.

La Machine de l’Année de Raphaël Granier de Cassagnac : Cette nouvelle nous fait découvrir un homme possédant plus de 50% de son corps greffé cybernétiquement. Une nouvelle que j’ai trouvé sympathique, plutôt efficace par sa narration alternant plusieurs époques, un peu comme un puzzle, et qui offre une réflexion, certes un peu convenu, mais intéressante, sur la notion d’Homme et de machine. Cette nouvelle s’intègre dans l’univers des romans de l’auteur, ce qui se fait parfois un peu ressentir, mais rien de trop dérangeant. Pas obligatoirement un grand texte, mais au final un récit divertissant.

Fin de Partie de Lev Grossman : Alors cette nouvelle est étrange, on se retrouve à suivre une jeune femme, magicienne, en mission d’entrainement. Pourquoi elle est étrange? Car on est clairement dans le genre de nouvelles tellement imbriquées dans un univers déjà existant, à travers les romans de l’auteur, que j’ai l’impression que si on ne les a jamais lus on a du mal à en comprendre l’utilité et à entrer dans le récit. Pourtant, le texte ne manque pas d’action, de rebondissements et se révèle sans temps mort, mais voilà une fois la dernière page tournée je suis beaucoup trop resté sur ma faim pour vraiment accrocher. C’est frustrant.

Le Diable d’Estelle Faye : Cette nouvelle est la première qui, je trouve, se détache  franchement de ce recueil. Elle nous plonge dans un futur post-apocalyptique où la technologie est interdite par la religion. Un texte, comme souvent avec l’auteur, qui s’avère sombre, poétique et humain. Gabriel, le personnage principal, a réussi à me happer rapidement que ce soit à travers sa complexité,  ses réflexions comme son évolution. L’auteur nous propose aussi de réfléchir sur de nombreux sujets comme la religion, l’importance de la technologie et ses conséquences ou bien encore sur nous-même. Un très bon texte, prenant et bien maîtrisé qui m’a captivé du début à la fin.

La Montre de Ménéas Marphil : On plonge avec cette nouvelle dans la ville de Montpellier, où des étudiants, fan de la série Fringe, décident de faire une blague à l’un de leur ami. Franchement l’idée de base n’est pas mauvaise et aurait pu se révéler sympathique, sauf que voilà je n’ai jamais clairement réussi à entrer dans ce récit. L’auteur en fait trop, principalement dans les explications, ce qui fait que j’ai trouvé cette nouvelle trop longue. De plus certains tics de langage est un style trop didactique à mon goût ont fait que je ne me suis pas obligatoirement senti le public cible pour cette nouvelle. Il faut dire aussi que je ne suis pas le genre de lecteur qui apprécie trop qu’on lui tienne la main, j’aime un peu de mystère et de découverte, hors là tout est aussi trop balisé pour moi je trouve.

Purple Brain d’Ugo Bellagamba : Cette nouvelle est plus, selon moi, une nouvelle hommage à André Brahic, scientifique reconnu qui a participé au festival et qui est décédén en 2016. Personnellement, concernant le texte, il n’est pas mauvais, se laisse lire et possède même une certaine poésie à travers certaines scènes dans l’espace. Mais voilà, pour moi ,il tombe justement un peu trop dans l’hommage, à travers un récit un peu trop simple et une conclusion convenue qui ne sert juste à mettre en avant con héros. Au final une nouvelle plutôt sympathique, qui se laisse lire, qui est loin de m’avoir marqué, mais qui devrait, je pense, toucher les lecteurs qui ont connu André Brahic.

Tokyodôme d’Olivier Paquet : Suite à la séparation d’un groupe de rock japonais, un de leur plus grand admirateur décide de créer virtuellement leur concert au Tokyodôme qui n’a jamais pu avoir lieu. Ce concert va alors rencontrer un succès inattendu et exceptionnel. J’ai trouvé cette nouvelle très réussie que ce soit dans le monde que développe l’auteur, comme dans la complexité des personnages présentés, mais aussi des réflexions présentées. Ce concert va ainsi profondément faire évoluer les membres de ce groupe et le tout est présenté de façon humaine et plus que convaincante. Il y a aussi tout du long ce travail sur la virtualité qui permet parfois de magnifier le réel et les questions que cela peut soulever. Au final une nouvelle réussie et prenante, qui m’a offert un très bon moment de lecture.

Modèle Mika de Paolo Bacigalupi : De nouveau une très bonne nouvelle avec ce texte qui nous plonge dans un avenir indéterminé, ou un policier voit débarquer une jeune femme qui vient se rendre pour un meurtre qu’elle vient de commettre. Le problème c’est que la jeune femme est en fait un robot. Le récit est bien construit, maîtrisé et surprenant offrant un texte intéressant à découvre et intelligent. Certes la notion d’humanité de la machine a déjà été traité de nombreuses fois, mais cela n’empêche ce récit de le faire de façon solide et intéressante. J’aurai peut-être aimé qu’il soit un peu plus long, mais cela ne l’empêche pas de s’avérer très réussi avec des personnages efficaces et complexes et quelques surprises.

Un Gentleman de Gérard Klein : Cette nouvelle est une réédition d’un texte de l’auteur de 1968. On découvre ainsi un homme, grand gentleman, qui n’arrive pas à trouver l’amour de sa vie dans un futur où être un gentleman est devenu désuet. On est ici dans une nouvelle à chute qui se laisse lire, mais n’a rien de vraiment marquant. La chute est devinable très rapidement et l’ensemble est parfois un peu trop simpliste pour vraiment s’avérer percutant. Cela n’a pas empêché un débat entre Marie Juliet et moi concernant la conclusion, mais je n’en dirai pas plus pour ne pas vous gâcher la fin. Un texte que je classerai dans le vite lu, apprécié un minimum, mais rien de transcendant.

La Caverne aux Tofus de Jean Pettigrew : Alors ce texte est un peu étrange, on est clairement dans de la SF pleine d’humour et avec un côté absurde, sauf que j’avoue je suis resté hermétique à l’humour présenté. Il faut dire que l’auteur propose un monde où les règles et les lois scientifiques deviennent de plus en plus loufoque sans aucune véritable explication, ni tentative de cohérence, simplement pour faire de l’humour ce qui a du sûrement me bloquer. Je ne doute pas que cela fera rire d’autre lecteurs, mais j’avoue de mon côté je suis complètement passé à côté.

Le Truc qui Ressemble à une Machine de Karim Berrouka : De nouveau une nouvelle pleine d’humour où un homme récupère une drôle de machine. Un jour il va vouloir la tester et, à partir de là, les ennuis commencent. J’avoue j’ai plus accroché à ce genre d’humour, certes c’est barré mais l’ensemble ne donne pas l’impression de partir dans tous les sens. Une nouvelle plus que divertissante, qui m’a fait sourire, bien porté par des personnages loufoques et entraînants. Alors après c’est vrai que ce n’est pas le premier texte de l’auteur que je lis, loin de là, ce qui fait que certaines mécaniques, que ce soit dans la construction du récit ou des blagues, sont prévisibles, mais cela n’empêche pas l’ensemble de s’avérer plus que sympathique.

En Résumé : Je dois bien admettre que le cru 2016 de l’anthologie des Utopiales est loin de m’avoir vraiment captivé comme avait pu le faire celle de l’année dernière. Il y a bien trois textes qui sortent du lot, mais le reste oscille entre le moment de lecture plutôt sympathique et ceux qui ne m’ont pas accrochés. L’ensemble des nouvelles propose pourtant des récits variés avec beaucoup d’idées développées, même si toutes ne répondent pas pour moi à la thématique initiale, mais voilà il manquait un petit quelque-chose pour complètement m’emporter je pense. Au final un sentiment plutôt mitigé, même si l’ensemble se laisse tout de même lire facilement.

 

Ma Note : 5,5/10

 

L’avis de Marie Juliet.

 

Autres avis : Xapur, Au Pays des Cave Trolls,  …

Sharp Ends – Joe Abercrombie

Résumé : The Union army may be full of bastards, but there’s only one who thinks he can save the day single-handed when the Gurkish come calling: the incomparable Colonel Sand dan Glokta.
Curnden Craw and his dozen are out to recover a mysterious item from beyond the Crinna. Only one small problem: no one seems to know what the item is.
Shevedieh, the self-styled best thief in Styria, lurches from disaster to catastrophe alongside her best friend and greatest enemy, Javre, Lioness of Hoskopp.
And after years of bloodshed, the idealistic chieftain Bethod is desperate to bring peace to the North. There’s only one obstacle left – his own lunatic champion, the most feared man in the North: the Bloody-Nine …

Edition : Gollancz

 

Mon Avis : Pour ceux qui suivent mon blog depuis un petit moment, vous avez du vous rendre compte que je suis fan des différents écrits de Joe Abercrombie. Que ce soit les romans qui se situent dans l’univers de La Première Loi ou même ses romans plus adolescents, j’ai toujours bien accroché à ces récits souvent sombres, bien porté par des personnages charismatiques et efficaces. C’est donc sans surprises que ce recueil de nouvelles, venant s’intégrer à nouveau dans son univers de La Première Loi, ait rapidement trouver une place dans ma PAL. Concernant la couverture, je la trouve très sympathique. A noter que ce livre comporte treize nouvelles et qu’on retrouve certains personnages dans plusieurs textes, ainsi que certains de ses romans.

A Beautiful Bastard : Cette nouvelle nous fait suivre Salem Rews, quartier maître du régiment du colonel Glotka avant la terrible bataille contre les Gurkish qui verra ce dernier se faire capturer, défigurer et torturer avant de le retrouver dans la trilogie de La Première Loi. Une nouvelle sympathique, où l’auteur comme souvent nous montre un peu le côté le moins brillant de l’armée avec des personnages loin d’être des héros, avec leurs forces et leurs faiblesses. Le texte permet surtout de présenter Glotka pas encore tout à fait le monstre manipulateur de la trilogie, mais un personnage arrogant, fier, égoïste et sans scrupules. Le récit reste par contre très linéaire et sans surprises, mais se lit facilement et offre une agréable introduction au recueil.

Small Kindnesses : Ce texte nous présente Shev, une voleuse un peu trop « gentille », qui cherche à se caser et à vivre une vie normale, mais qui va se voir forcer à effectuer une « dernier » larcin. Bien entendu, rien ne va se passer comme prévu. Le texte s’avère efficace, bien porté par un rythme tendu et une gouaille des personnages franchement percutants. On suit les aventures de notre héroïne avec plaisir, de nombreux rebondissements et de nombreuses trahisons vont ainsi parsemer le chemine de Shev. Mais l’élément principal qui va se dégager de ce récit c’est la conclusion et la la rencontre entre Shev et Javre que l’on va retrouver dans plusieurs textes du recueil et qui se démarque clairement, dévoilant un duo captivant.

The Fool Jobs : Avec cette nouvelle, on plonge à nouveau au milieu de la bande de Craw, déjà rencontré dans Les Héros, qui a pour mission d’aller récupérer un objet dans un village ennemi. Alors, j’avoue ça fait plaisir de retrouver cette équipe farfelue, bien porté par des personnages charismatiques et percutants. Un texte qui ne manque pas non plus d’action et de dialogues entrainants. Sauf que voilà cette nouvelle est loin d’être marquante, se révélant finalement prévisible et assez linéaire, même si la fin ne manque pas de faire sourire. Un texte que je classe finalement dans la catégorie vite lu, apprécié, mais finalement vite oubliée.

Skipping Towns : On retrouve dans cette nouvelle le duo Javre et Shev, qui ont pas mal voyagé et ont connu pas mal de déboires. Cette fois Shev veut faire les choses bien et rembourser leurs dettes, sauf que bien entendu ça va tourner mal et le passé de Javre va les rattraper. Une bonne petite nouvelle qui se révèle très classique, mais finalement tiens parfaitement la route, principalement par la force du duo, les mystères liés à Javre et le charisme qu’ils dégagent. Le rythme est tendu, efficace et je me suis facilement laissé porter par ce texte qui permet de développer Javre qui prouve à nouveau la capacité de l’auteur a créer des personnages complexes, mais fascinants.

Hell : Cette nouvelle nous replonge au milieu du siège de Dagoska où l’on suit Temple, perdu au milieu de la ville en ruine, abandonnée par l’Union et les plus aisés. Il ne reste ainsi plus que le peuple pour souffrir aux mains des Gurkish. La nouvelle en soit se révèle plutôt efficace, bien porté par cette ambiance sombre, violente et angoissante, ainsi que la tension qui monte au fil des pages. La détresse est plutôt bien retranscrite et la rencontre avec Mamun offre un final à couper au couteau. Un texte au final que j’ai trouvé réussi et qui ne manque pas d’attrait, même si la fin, finalement un peu convenue, l’empêche d’être encore meilleur.

Two’s Company : On retrouve à nouveau Javre et Shed, perdus dans le nord et qui vont malencontreusement rencontrer Whirrun déjà croisé dans Les Héros. Cette rencontre va ainsi créer des étincelles dans tous les sens du terme. On plonge ici dans une nouvelle qui va offrir son lot de combat et d’humour souvent caustique. J’avoue d’ailleurs m’être bien marré en suivant les péripéties de nos héros ainsi que la « joute » entre Javre et Whirrun devant les yeux ébahis de Shev qui porte porte limite à elle seule cette nouvelle. La plume de l’auteur joue aussi énormément, maîtrisant parfaitement le rythme et la tension sans jamais se révéler trop lourde ou ennuyeuse.

Wrong Place, Wrong Time : Cette nouvelle cherche offrir un visage différent du conflit qui a démarré dans Servir Froid par Monza Murcatto, essayant de montrer l’envers du décor et les effets qu’ont pu avoir sa vengeance sur différents personnages. Le soucis de cette nouvelle c’est qu’elle n’est intéressante que si on a lu le roman auquel elle se raccorde. Ensuite j’ai trouvé qu’elle manquait clairement de force pour franchement marquer le lecteur et réussir à l’emporter. C’est bien simple pour écrire cette chronique j’ai été obligé de la survoler à nouveau pour me rappeler de quoi elle parlait.

Some Desperado : Cette nouvelle a déjà été chroniquée suite à ma lecture de l’anthologie Dangerous Women. Retrouvez ma chronique ici.

Yesterday, Near a Village Call Barden … : Cette nouvelle cherche à nous montrer les conséquences de la guerre, mais du point de vue de deux camps. On se retrouve ainsi dans un épisode qu’on peut situer contectuellement dans le roman Les Héros, où l’on suit Bremer avec ses hommes qui ont installé leur campement dans la ferme de Tinder. Franchement le texte est sympathique, on y retrouve le côté cynique de la guerre, nous présentant différents points de vues et différentes visions de celle-ci. On y trouve aussi quelques scènes épiques avec une dose d’humour, de cynisme ainsi que des personnages assez charismatiques. La chute de la nouvelle fait sourire. Pourtant même si j’ai apprécié ce texte, il lui manquait un petit truc pour se révéler encore plus marquant.

Three’s a Crowd : On retrouve à nouveaux le duo qui s’impose franchement dans cette anthologie : Javre et Shred. On plonge ainsi bien des années après leurs rencontres, Shev va enfin pouvoir vivre honnêtement grâce à une amnistie, sauf que son passé va se rappeler à elle et elle va de nouveau devoir contacter Javre et tous les emmerdements que cela peut provoquer. J’ai apprécié ce texte car en l’associant avec les autres on a une vraie évolution du duo de personnages, bien construite et qui ne manque pas d’intérêt. On ressent ainsi clairement la force de leur amitié, mais aussi cette inimité qui s’est installée que ce soit dans les non-dits comme dans les changements de leur relation. L’auteur manie toujours le côté humour et cynique avec brio et l’intrigue offre son lot de surprises avec une conclusion efficace. J’ai aussi apprécié le travail de l’auteur sur le côté humain et relationnel, pas que pour nos héros, mais aussi pour tous les autres protagonistes qui finalement s’avère complexe. Une très bonne nouvelle selon moi.

Freedom! : Une nouvelle qui nous propose de découvrir une campagne du fameux mercenaire Nicomo Cosca, mais racontée par un historien qui offre clairement un fort parti pris et une vision très romancée de l’aventure. Une nouvelle plutôt sympathique, qui vaut principalement par le décalage entre ce qui nous est présenté, le côté flamboyant et altruiste du mercenaire, alors que l’on sait très bien, à travers les romans, que c’est loin d’être le cas. Cela nous rappelle, de façon un peu exagérée certes, de l’importance du regard de l’historien et de son influence dans ce qu’il raconte, mais aussi que le beau rôle est toujours écrit par les vainqueurs. Maintenant le texte a tout de même du mal à être plus qu’une nouvelle juste divertissante à mon goût, justement parce-qu’elle cherche à en faire trop.

Tough Times All Over : une nouvelle que j’ai trouvé intéressante dans sa construction et sa narration, car elle ne suit pas un ou plusieurs personnages, mais un mystérieux paquet qui va transiter de mains en mains entre vols et échanges. Une nouvelle par contre étrange, car elle fait de nouveau intervenir Shev et Javre quelques temps après Three’s a Crowd, mais sans franchement se servir des éléments de cette dernière. Comme si rien ne s’était passé et c’est frustrant de ne rien savoir, de ne pas comprendre. Ensuite, vu le nombre de personnages que l’on croise, c’est légèrement dommage de ne pas les voir un peu plus développé. Par contre la conclusion légèrement ouverte sur ce mystérieux paquet m’a bien plu.

Made a Monster : Cette nouvelle nous propose de retrouver Logen, mais qui va nous proposer une visage complètement différent du héros « sympathique » que l’on avait découvert dans la trilogie La Première Loi. En effet on le suit ici à l’époque où il était le champion de Bethod. Un texte plutôt réussi, tendu, avec des personnages qui offrent finalement une vision différente de ce que l’on pouvait connaître. Une tension se dégage du début à la fin de ce récit, même si finalement il se révèle un peu trop linéaire et prévisible. Un texte que j’ai trouvé tout de même très sympathique et agréable.

En Résumé : J’ai passé un sympathique moment de lecture avec ce recueil qui m’a fait replonger avec un minimum de plaisir dans l’univers de La Première Loi. Alors après tous les textes ne sont clairement pas au même niveau, certains se détachant plus que d’autres, mais dans l’ensemble ça se lit bien et j’avoue avoir été facilement happé par les aventures de Shev et Javre qui se dégagent vraiment des autres textes. Par contre, j’aurai du mal à recommander ce recueil a quelqu’un qui ne connait pas l’univers et qui souhaiterait le découvrir, certaines des nouvelles étant trop ancrées dans les précédents romans de l’auteur. Au final un recueil qui est loin de révolutionner le genre, mais qui offre un divertissement agréable et dans lequel on retrouve ce qui fait la force de l’auteur avec des moments épiques, du cynisme et certains personnages très charismatiques.

 

Ma Note : 7/10

Récits en meute ! (2)

Deuxième chronique de ce genre, où je continue à vous parler des nouvelles que je lis à droite, à gauche.

Warm Up de V.E. Schwab : Cette nouvelle nous fait suivre un homme qui est mort et qui a été ranimé, mais en possession de mystérieux pouvoirs. Depuis il a tout perdu et ne quitte plus son domicile. Il va alors trouver la force de sortir de chez lui. Une nouvelle intéressante, se révélant sombre et percutante qui joue beaucoup sur l’ambiance mise en place au fil des pages. L’auteur nous présente ainsi la possession de pouvoir comme quelque chose de sombre, de compliqué et qui apporte énormément de bouleversements, ce qui donne je trouve une touche intéressante et un minimum intelligente à son récit. La chute, surprenante et incisive s’avère franchement efficace et donne envie de découvrir le cycle dans lequel repose cette nouvelle.

C’est d’ailleurs peut-être le principal soucis de cette nouvelle, elle sert clairement d’introduction au cycle de l’auteur. Elle ne m’a pas paru complètement indépendante, puisque j’ai eu l’impression qu’il faut lire après le premier tome pour en découvrir plus sur cet univers sombre et les personnages croisés. Je regretterai aussi que certains aspects manquent parfois de profondeur. Au final une nouvelle divertissante, bien porté par une plume percutante, qui m’a donné un minimum envie de découvrir le cycle de l’auteur.

Ma Note : 6,5/10
Vous pouvez découvrir cette nouvelle en VO ici.

The Way of Walls and Words de Sabrina Vorvoulias : Cette nouvelle nous plonge dans la Nouvelle-Espagne et nous fait découvrir une étrange amitié entre Anica, jeune fille incarcérée par l’inquisition pour sa foi juive, et Bienvenuda une jeune fille Nahua convertie de force à la foi, mais qui pratique la magie de son peuple en cachette. On découvre ici une nouvelle que j’ai trouvée vraiment intéressante par ses sujets traités, que ce soit sur la religion, l’acceptation des autres et de leurs différences ou bien encore la notion d’amitié. Un texte intelligent, ouvert, qui ne cherche pas à imposer son point de vue, mais laisse le lecteur se poser les questions. Une histoire à la fois mélancolique et dure, qui ne m’a pas laissé indifférent, bien porté par des héroïnes  humaines et touchantes qui continuent à chercher la beauté dans ce monde.

Le côté fantastique apporte aussi un vrai plus au récit, principalement dans sa conclusion. Je regretterai peut-être juste un léger sentiment de trop peu, trop vite, au niveau de la force du lien qui va naître entre les deux jeunes filles. Elles arrivent à nous toucher par leurs histoires, leurs différences, leurs envies de liberté et leur amitié qui s’affranchit de tout cela, mais l’ensemble paraît traité de façon un peu trop rapide. Après cela reste une nouvelle, mais voilà peut-être que quelques lignes en plus aurait pu apporter un plus. Rien de non plus trop bloquant. La plume de l’auteur s’avère soignée, entraînante et efficace et nous plonge facilement dans son récit.

Ma Note : 7,5/10
Vous pouvez découvrir cette nouvelle en VO ici.

Le Terminateur de Laurence Suhner : Cette nouvelle, je l’ai lu au moment de l’annonce de la découverte des planètes du système Trappist-1 où trois d’entre elles pourraient être potentiellement habitables (même si les dernières études remettent un peu en cause cette théorie). L’auteur nous emmène donc dans un futur lointain, où l’une des planètes a été colonisé et où une jeune femme qui a une tâche personnelle à réaliser admire l’horizon. J’ai trouvé cette nouvelle très sympathique, qui repose clairement sur son côté contemplatif, offrant une vision assez intense et superbe de cette planète, bien amené aussi par des explications scientifiques soignées, sans se révéler non plus trop complexes ou trop lourdes. L’ensemble est bien porté par des descriptions qui offrent une vision, certes personnelle à l’auteur de cette planète, mais qui donne envie d’en apprendre plus, tout en nous rappelant l’importance de rêver, de garder espoir.

Alors après comme je l’ai dit l’histoire est très contemplative, associé à une nouvelle qui se veut aussi très courte (trois pages word), j’avoue qu’une fois terminée je suis quand même resté un peu sur ma faim. J’aurai aimé plonger un peu plus dans le monde que nous présente l’auteur. Cela n’enlève rien des qualités que j’ai soulevé précédemment, le tout soutenu par une plume efficace et entrainante. Au final une nouvelle sympathique.

Ma Note : 7/10
Vous pouvez découvrir cette nouvelle .

From the Editorial Page of the Falchester Weekly Review de Marie Brennan : Cette nouvelle se situe dans l’univers du cycle de Lady Trent et plus précisément entre le tome 3 et le tome 4. Vu que je viens de terminer le troisième tome, je me suis donc laissé facilement tenter, même si je ne pense pas qu’il soit obligatoire d’avoir lu les trois tomes pour la découvrir. On passera à côté de certaines références, mais rien de bloquant. Il s’agit ainsi d’une courte nouvelle qui nous fait découvrir un échange de lettres dans une revue scientifique entre l’héroïne Isabelle Camherst et Benjamin Talbot qui aurait découvert un légendaire cockatrice. Cet échange de lettres va rapidement dégénérer Mr. talbot prenant de haut Isabella, mettant en avant dans son argumentaire qu’elle est une femme. On y retrouve ainsi le travail réalisé par l’auteur depuis le début de son cycle concernant la position de la femme et la lutte régulière de l’héroïne pour se faire reconnaitre en tant que scientifique dans une société aux idées figées. C’est à la fois un texte intelligent et fun qui nous est proposé, qui se lit finalement assez facilement et avec plaisir.

Maintenant il s’agit clairement d’une nouvelle qui ravira, comme moi, les fan du cycle de Lady Trent. Je ne pense pas qu’il intéressera ceux qui sont passés à côté du roman pour relancer leur intérêt, ou bien ceux qui souhaiteraient découvrir le cycle. Moi j’ai trouvé ce court récit plutôt sympathique et un minimum divertissant, même si elle entre dans le vite lu, apprécié mais pas obligatoirement des plus marquant.

Ma Note : 6,5/10
Vous pouvez découvrir cette nouvelle en VO ici.

 

Les Enfantômes – Joëlle Wintrebert

Résumé : Avec Les Enfantômes, Joëlle Wintrebert (Les Olympiades truquées, Pollen, La Créode) s’aventure sur les terres du fantastique, sans pour autant délaisser la science-fiction. Les enfants qu’elle met en scène se battent à leur manière pour s’affranchir d’une vie qu’ils n’ont pas choisie : ainsi la fille-lune s’échappe de la ville sous-marine où on la retient prisonnière, la jeune migrante triomphe d’un enchantement qui la condamnait, le garçon malade s’évade dans le miroir qui lui rend sa force et ses jambes, la petite tisseuse verrouille la cruauté de son patron dans une tapisserie… Et souvent l’espoir jaillit de la rencontre avec l’autre, qu’il soit baladour, chimère, zorro des réseaux ou même, un autre enfant.

Edition : ActuSF

 

Mon Avis : Joëlle Wintrebert, j’avoue que je connais plus son travail de traductrice, c’est elle qui a réalisé la traduction de Blitz et All Clear de Connie Willis, que son travail d’auteur. Quand on m’a proposé de découvrir un recueil de l’auteur reprenant quelques-unes de ses nouvelles, je n’ai pas hésité longtemps avant de me laisser tenter. Concernant la couverture, illustrée par Philippe Caza, je la trouve réussie et sympathique. Il est à noter que ce recueil de nouvelles est disponible que en numérique, en effet la maison d’édition ActuSF a décidé de publier tous les mois des livres 100% numériques. Ce livre comporte ainsi douze nouvelles.

Les enfantômes : Une nouvelle très courte, d’à peine quelques pages, qui est loin d’être la plus marquante, mais qui se lit vite, facilement et met en place les grands axes des textes de l’auteur que sont les enfants. Quelques idées sont aussi soulevées concernant la guerre et la position des enfants face à cette tragédie. Cela fait réfléchir et s’avère fluide et vivant, mais aurait mérité plus de profondeur à mon goût.

L’oeil rouge du coutelier : Une nouvelle fantastique qui va lier une jeune fille avec d’étrange pouvoir et un couteau au rubis envoutant. J’avoue j’ai trouvé ce texte très agréable à lire et à découvrir. La plume de l’auteur, envoutante et captivante, marche à la perfection ici happant rapidement le lecteur. L’intrigue, certes linéaire, est mené sur un rythme efficace, montant en tension au fil des pages. On y trouve aussi des notions, présentes dans la plupart des textes, sur la jeunesse, mais aussi ici sur le vide, la fin. Un bon texte, intrigant et entraînant.

Le miroir magique : Cette nouvelle nous parle de la grave maladie d’un enfant et d’un miroir magique. Un très joli conte, qui traite, je trouve, de façon efficace et touchante de la maladie et de tout ce que cela entraîne. Le côté fantastique apporte un plus au récit qui développe une conclusion touchante, à la fois triste et pleine d’espoir. Certains passages sont peut-être traités trop rapidement, mais rien de trop bloquant.

Bébé tigre : Cette nouvelle traite de façon concise et, certes, un peu courte du travail des enfants à travers une jeune fille prodige dans le tissage de tapis vendu à un tisserand loin d’être un ange. Une histoire plutôt sympathique, courte et percutante, qui manque quand même de profondeur pour franchement se révéler marquant. Un texte que je classerai vite lu, apprécié, mais vite oublié, même si quelques idées sortent du lot.

Le ciboire : On entre ici dans la nouvelle fantastique légèrement teinté d’angoisse. On suit ainsi un frère et une soeur qui vadrouille à travers la région et qui vont découvrir une chapelle abandonnée. Entre conte et récit sombre, le texte se révèle plus que plaisant et entraînant, même si de nouveau je trouve que certains aspects sont traités un peu trop rapidement. J’ai bien aimé la chute qui a pris à contre-pied, je trouve, un des éléments fantastiques.

La voix du sang : Voilà une des nouvelles dont j’ai le moins accroché dans ce recueil. Elle traite de l’histoire d’un enfant qui, martyrisé par son père, cherche à se venger pour vivre paisiblement avec sa mère. J’en ai vu les idées, mais voilà j’y ai retrouvé les défauts des autres textes mais accentués. Elle manquait de profondeur, de complexité pour ma part et de plus la chute, qui se veut percutante, n’a pas réussi à me toucher. Clairement, je suis passé à côté de ce récit.

Victoire : De nouveau on plonge avec ce récit dans le fantastique légèrement angoissant, mais avec peut-être un peu moins de réussite à mon goût que Le Ciboire. On découvre ainsi Victoire, une vieille dame qui sent sa fin proche et part à la recherche d’une « héritière ». Le texte n’est pas mauvais, plutôt bien écrit et fluide, mais voilà le côté déjà-vu fait que l’ensemble est un peu prévisible. De plus, un personnage tombe un peu dans la caricature je trouve, comme si le texte avait mal vieilli. Rien de bien méchant non plus, offrant tout de même une sympathique lecture.

Les enfants du vent : Une courte nouvelle qui nous présente un peuple sédentaire qui va voir passer, comme c’est le cas à fréquence régulière, un peuple nomade. Cette nouvelle ne m’a pas laissé un souvenir impérissable, se révélant trop courte selon moi, manquant de profondeur et surtout proposant une fin que j’ai trouvé abrupte. La nouvelle n’est pas mauvaise en soit, mais ne correspond pas aux attentes que je pouvais avoir une fois celle-ci terminée.

L’enfant du lignage : On suit dans cette nouvelle Niall, jeune garçon qui va découvrir qu’on lui a menti depuis tout petit sur sa vie, le tout dans un monde qui a connu une grande tragédie. Un texte que j’ai trouvé très efficace et intéressant dans les idées soulevées, que ce soit dans les notions d’écologie, d’acceptations des autres  ou bien encore sur la société décrite. La tension monte lentement au fil des pages pour aboutir à une conclusion explosive dont mon seul léger regret est qu’elle m’a paru un peu trop ouvert et avec un petit happy-end un peu facile. Pourtant j’accroche souvent ben aux conclusions ouvertes.

L’oasis : Cette nouvelle nous fait découvrir Khadija qui va devoir faire face à une épidémie qui menace d’emporter sa mère. Un texte pas mauvais, qui soulève quelques questions sur le côté scientifique et la capacité des hommes à corrompre leurs expériences. Certes le questionnement est légèrement binaire, mais plutôt intéressant. L’intrigue, sans révolutionner le genre, fonctionne plutôt bien. Mon seul regret vient de la fin qui est beaucoup trop rapide, reposant sur des deus ex machina faciles et qui offre une conclusion en happy end qui en fait un peu trop.

La fille lune : La fille lune est une histoire d’amour interdite sur fond de science-fiction. Un texte plutôt sympathique et agréable, bien porté je trouve par les deux héros, mais qui de nouveau manque un peu de complexité pour clairement dévoiler son potentiel ainsi que son univers à mon goût. Comme si l’auteur avait peur de développer  un peu plus la toile de fond qu’elle propose et de s’y perdre. Reste une lecture agréable et divertissante.

Le don des chimères : La nouvelle la plus longue du récit et aussi une des plus intéressantes, même si on y retrouve certains des défauts habituels que j’ai noté dans les différentes nouvelles. Un texte intéressant, qui nous présente un avenir proche qui a réussi à, d’une certaine façon, évoluer dans le bon sens. Des découvertes ont permis d’éviter certaines crises, mais les grands groupes restent toujours au pouvoir. Un récit qui offre ainsi un minimum de réflexion, tout en proposant une ligne d’intrigue efficace et surprenante. Alors après je regretterai à nouveau un manque de profondeur sur certains points, des transitions émotionnelles un peu frustre et une fin qui cherche un peu trop la fin heureuse, mais rien de non plus trop dérangeant.

En Résumé : J’ai passé un sympathique moment de lecture avec ce recueil de nouvelles qui offre un ensemble de textes aux idées intéressantes, portés par une plume que j’ai trouvée soignée et par moment envoutante. On sent aussi clairement l’envie de l’auteur de mettre en avant comme héros l’enfant dans son innocence, sa découverte de la vie mais aussi et surtout dans ses nuances, ses souffrances, et ses contraintes qu’il peut se voir imposer. On découvre ainsi des personnages complexes et souvent denses, intéressants à découvrir dans leurs actes et leurs envies. Après, tout n’est pas non plus parfait et on retrouve souvent dans ces textes les même défauts, ou tout du moins des éléments qui ne répondaient pas à mes attentes. J’ai ainsi trouvé que par moment l’auteur n’allait pas toujours assez en profondeur de ce qu’elle met en place, souvent dans la création de ses univers qui ne sont finalement là que pour soutenir ses idées. Le rythme est parfois trop rapide et saccadé principalement vers la fin comme si l’auteur se limitait en pages. Parfois cela manque aussi de complexité ; je ne cherche pas toujours de la SF dure ou du fantastique pointu, mais par exemple énoncer de nombreuses technologies ou évolutions sans jamais les expliciter et les rendre cohérentes à l’univers construit m’a un peu frustré. Enfin, dernier point qui est peut-être aussi clairement personnel, mais offrir des conclusions ou tout s’arrange parfaitement à la fin avec embrassades et cotillons m’a paru parfois trop facile. Attention au final j’ai plutôt apprécié ce recueil qui se lit facilement et ne manque de divertir un minimum, j’avais juste peut-être plus d’attentes.

 

Ma Note : 7/10

Fleurs au Creux des Ruines – Chloé Chevalier

fleurs-au-creux-des-ruinesRésumé : Près des forêts anciennes où chassent les premiers hommes, dans le roc des montagnes, on creuse les fondations des royaumes à venir. On y rêve de concorde, d’arts et d’amour, on y bâtit palais, ponts et destinées. Les siècles passent.
Ores vient la fin des temps, le sol tremble, la mer boue, et s’écroulent les cités qu’on croyait éternelles, en une pluie de poussière plus sombre que le jour. Mais des cendres renaît l’espoir, et s’amorce un nouveau cycle. Fleurs au creux des ruines nous conte l’histoire du Demi-Loup.

Edition : Hélios

 

Mon Avis : Chloé Chevalier m’avait agréablement surpris avec les deux premiers tomes de son cycle sur Le Demi-Loup qui m’offraient de très bons moments de lectures, proposant un Fantasy dense, poétique et franchement efficace (Chronique du Tome 1, Tome 2). Par conséquent je n’ai pas attendu longtemps avant de faire rentrer dans ma PAL et me lancer dans la lecture de ce petit recueil de nouvelles qui a pour but densifier l’univers proposé par l’auteur. Il permet aussi de patienter avant la sortie du troisième tome dont la publication est normalement prévue courant de l’année 2017 (j’ai lu un prévisionnel pour Automne 2017 pour être plus précis, mais rien de validé je crois). Concernant la couverture, toujours illustrée par Melchior Ascaride, je la trouve comme toujours très réussie. A noter que ce livre contient quatre nouvelles.

Notre Première Graine : Cette première nouvelle nous propose ainsi de découvrir la base du royaume de Demi-Loup où on y découvre, à travers le journal intime d’un souverain, un peuple qui est en guerre, envahi par le roi Aldemar. Un texte vraiment puissant et intéressant à découvrir, se révélant à la fois humain, que ce soit dans ce qu’on découvre à travers notre héros dans son rôle avec son peuple et sa fille, mais aussi dans son côté politique. Un récit qui nous rappelle finalement que c’est le vainqueur qui écrit l’histoire, faisant toujours la part belle à des « héros » qui ne le sont pas toujours et oubliant par moment ceux qui ont tout perdu. Un texte que j’ai trouvé percutant et assez poignant pour me happer. Le meilleur texte du recueil selon moi.

L’Art ou la Viande : Ce texte nous propose de suivre une correspondance croisée entre deux amoureux transis qui se retrouvent séparé par des choix de vies qui auraient dû, à la fin, aboutir à leur mariage. Sauf que ce sera loin d’être le cas. Avec cette nouvelle on rentre dans le principal soucis que j’ai rencontré avec ce recueil. Les nouvelles, décortiqués et dans les grandes lignes, sont intéressantes et à fort potentiel, mais voilà elles sont beaucoup trop courte et offrent beaucoup trop de détails en trop peu de pages à mon goût pour vraiment s’imposer. Cette nouvelle en est le parfait exemple car, entre les explications sur l’armée et les serves, l’aspect émotion qui doit apparaitre entre ses personnages qui vont s’éloigner ou encore le jeu politique que met en place l’auteur (et qui offre une résonance intéressante et cynique avec le cycle Véridienne), il y en a beaucoup trop en pas assez de pages. Cela a pour effet que l’histoire d’amour de nos héros et le drame qui se met en place n’accroche jamais vraiment, paraissant même convenu et qu’un certains nombres d’informations paraissent développés de façon trop succinctes et rapides pour vraiment marquer. Dommage, car l’aspect social du pays parait vraiment intéressant à développer dans cette nouvelle.

Lors Chantèrent les Bêtes : A travers cette nouvelle l’auteur tente de nous proposer un texte présenté un peu comme une archive qu’on viendrait de déterrer ; un journal intime dont des morceaux de textes se sont perdus et qui viennent nous conter une terrible apocalypse qu’a connu le royaume. En effet de forts tremblements de terre surviennent, lié à l’éruption d’un volcan, qui va complètement bouleverser la géographie et amener son lot de catastrophes et de morts. Un texte que j’ai trouvé très sympathique à découvrir, dont ce sentiment de fin du monde se fait clairement ressentir, ainsi que la détresse qui peut s’en dégager dans la quête du personnage principal. Sauf que voilà, de nouveau j’ai trouvé le récit trop court ce qui fait que l’ensemble manque de force et, de plus, je trouvais que l’ensemble manquait de développement dans l’Histoire. On a ainsi un peu de mal à vraiment intégrer ce récit dans le Demi-Loup et dans la chronologie que cherche à construire l’auteur dans ce recueil.

La Tour sous le Gris : Ce récit se situe chronologiquement des années après la grande catastrophe présentée par la nouvelle précédente. Plus classique dans sa construction, elle se révèle par contre intéressante dans ses personnages et les pierres qu’ils viennent mettre en place dans ce renouveau du Royaume. Une certaine tension se dégage et un sentiment de reconstruction apparaît de façon intéressante dans sa conclusion. Le côté survivant est ainsi bien amené, intéressant dans sa construction et apporte un vrai plus au récit. Une dernière nouvelle que j’ai trouvé plutôt efficace et qui vient clôturer de façon intéressante ce recueil.

 

En Résumé : Au final un recueil qui me laisse un léger sentiment mitigé, car même si l’ensemble reste tout de même assez sympathique je ne ressors pas entièrement captivé par ma lecture. Je ne remets pas en cause la capacité de conteuse de l’auteur qui est présente à travers ces quatre textes, sa capacité à trouver des idées intéressantes, le tout porté par une plume plus qu’efficace avec une certaine poésie qui s’en dégage. Mais voilà je pense que j’avais des attentes un peu trop grandes que ce qui est proposé dans ce (trop) court recueil qui parait ainsi ne faire que survoler les idées ce qui fait que j’ai trouvé que l’image de fond que cherchait à mettre en avant l’auteur manquait de densité. Attention, je n’attendais pas à ce que l’auteur se lance dans des annexes du genre de celle de Tolkien et son univers, mais voilà une fois la dernière page tournée de ce petit livre, j’ai eu l’impression d’une mise en bouche beaucoup trop rapide pour complètement me happer. Par contre il pourrait servir, pour ceux qui ne connaîtraient pas l’univers, à se faire un avis. Cela ne m’empêche pas pour autant d’attendre le troisième tome du cycle avec impatience.

 

Ma Note : 6,5/10

 

Autres avis : Just A World, Phooka, Boudicca, Cédric Jeanneret, Bouch’, …

Récits en meute ! (1)

Bon, nouvelle chronique que je lance. A voir si je la tiendrai sur la durée et si vous, lecteurs de ce blog, êtes intéressé. En effet depuis quelques semaines maintenant, je me suis mis à lire des nouvelles, voir des novella, qui sont disponible sur le net, que ce soit par des éditeurs, des magazines ou d’autres sites.  Vu qu’écrire un article complet sur une nouvelle me paraissait exagéré j’ai donc décidé de créer une chronique qui regrouperait ce genre de lecture. Je pense aussi y inclure les textes achetés à l’unité qu’il m’arrive de me procurer. N’hésitez pas à me faire des retours sur l’intérêt que vous portez à ce genre d’articles.

the lithany of earth

The Litany of Earth de Ruthanna Emrys : Cette nouvelle est un peu particulière puisqu’il s’agit d’un hommage à la mythologie Lovecraft, reprenant les mythes et l’univers des grands anciens. On y suit Aphra Marsh, de la famille des Marsh bien connue de ceux qui suivent l’auteur, qui après l’intervention de l’état à Innsmouth, a fui pendant plusieurs années. Revenue à San Francisco elle cherche à retrouve une vie paisible, mais le FBI la contacte. Au final je dois bien admettre que j’ai bien aimé cette nouvelle. L’auteur a déjà pris le parti de se placer de l’autre côté, en nous proposant une héroïne qui ne se retrouve pas par hasard mêlée aux grand anciens, mais dont la famille faisait partie de ceux qui lui vouait un culte. Cela lui permet clairement de travailler un autre point de vue qui, certes, jouera peut-être un peu moins sur la peur et l’angoisse, mais offre ainsi un travail plus intimiste sur l’héroïne et ce qu’elle  a perdue, le tout dans une ambiance étrange qui colle bien au récit.

L’univers se révèle solide, cela fait longtemps que je n’ai pas lu de Lovecraft, mais je n’ai pas noté d’éléments qui m’ont fortement troublé ou dérangé dans la mythologie. L’ensemble reste cohérent et ajoute une ambiance un peu sombre, mystérieuse à ce récit et à cette héroïne. Car finalement oui, le point fort, je trouve, c’est Aphra Marsh, sa vision du monde suite à son enfance, sa façon de gérer les évènements, soulevant ainsi quelques petites questions sur le rôle de l’état dans la liberté des autres. On découvre ainsi un personnage sensible, humain, captivant, mais qui possède une certaine force de caractère. Après, le récit ne peut éviter la comparaison avec ceux de Lovecraft et même si j’ai bien aimé ce texte et qu’il se lit très facilement, il ne m’a pas autant marqué. Maintenant le texte est assez court, ce qui fait que, selon moi, la fin est un peu précipitée, malgré un dernier paragraphe touchant et intéressant. L’auteur a prévue d’écrire d’autres récits avec cette héroïne et je me laisserai sûrement tenté principalement par son traitement différent du sujet, son héroïne et pour voir ce qu’elle va proposer.

 

Ma Note : 7/10
Vous pouvez lire cette nouvelle en VO ici.

 

Ratspeak de Sarah Porter : Cette nouvelle nous fait découvrir Van, qui rêve d’apprendre le langage des rats. Après être intervenu pour sauver l’un d’entre eux, il va demander a ce que son rêve se réalise. Sauf que voilà, les rats ne sont pas des plus intéressés par cette idée, mais ils ont une dette envers le jeune homme. Il s’agit ici d’une nouvelle à chute, qui cherche à construire au fil du récit une ambiance dérangeante entre ces rats qui ne veulent pas que leur langage, et par la même occasion leurs secrets, soient dévoilés, et ce jeune homme qui rêve de devenir un rat, quitter ce monde qui ne le comprend pas vraiment et inversement. Une sorte de lutte psychologique va ainsi s’instaurer entre les deux camps. L’auteur cherche clairement le divertissement, l’ensemble se lisant assez facilement et rapidement, sans trop d’anicroches.

Sauf que voilà, même si la nouvelle reste assez sympathique, le côté très court de celle-ci l’empêche de vraiment pouvoir offrir plus. Le héros manque un peu de profondeur, que ce soit sur son sentiment de rejet comme ce qui tourne autour de sa famille, et les évènements son traités trop rapidement pour bien réussir à mettre en avant cette ambiance légèrement angoissante et dérangeante que cherche l’auteur. Les personnages secondaires sont juste là pour tenter de travailler le climax sans vraiment captivé. Les questions soulevées sur l’importance du langage manquent un peu de densité aussi. Au final je classe ce récit dans le vite lu, un minimum apprécié, mais vite oublié.

 

Ma Note : 6/10
Vous pouvez lire cette nouvelle en VO ici.

 

The Weight of Memories de Cixin Liu (traduit par Ken Liu) : Il s’agit ici d’une très courte nouvelle qui nous propose de réfléchir sur l’idée de réveiller la mémoire de ces ancêtres à un foetus. La construction du récit repose ainsi, dans un futur lointain, sur un dialogue entre la mère, le foetus et le docteur qui a permis ce prodige. Un texte qui repose sur une idée vraiment très intéressante et qui n’était pas sans me rappeler l’enfant génie d’une nouvelle de Egan (Eugène si je ne me trompe pas), mais proposant un traitement complètement différent. De nombreuses réflexions sont ainsi soulevées, que ce soit sur l’aspect scientifique, sur la mémoire, sur les conséquences d’une telle expérience, ou bien encore sur cette question : si on implante la mémoire d’une personne dans une autre est-elle toujours la même personne ? Je dois bien avouer que l’ensemble s’avère franchement percutant, intelligent et ne laisse pas indifférent le lecteur. J’ai posé ce texte avec encore pleine de questions et de thèmes qui se bousculaient dans ma tête.

L’aspect scientifique est minimisé au possible, évitant ainsi de tomber dans le hard science pour un si court texte, et permet à un large public de le lire, mais possède aussi l’effet inverse de se demander si une telle expérience est réalisable ou pas et de remettre ainsi en question sa véracité. Mais là c’est mon côté scientifique qui parle. Là où par contre je suis resté plus circonspect c’est sur la construction de récit, sous forme de dialogue, qui n’a pas complètement réussi à m’embarquer. J’ai eu l’impression que le récit manquait d’une certaine empathie, d’un peu d’émotion pour encore mieux porter ses idées et ses personnages. C’est un choix de l’auteur pour rendre son texte plus percutant, mais qui m’a un peu dérouté. Cela n’empêche pas cette nouvelle de se révéler très intéressante sur le fond et me donne envie de lire The Three-Body Problem qui est dans ma PAL.

 

Ma Note : 7/10
Vous pouvez lire cette nouvelle en VO ici.

 

Memories of my Mother de Ken Liu :  On plonge ici dans une très courte nouvelle où, une jeune maman atteinte d’une maladie incurable, pour pouvoir voir sa fille grandir, décide d’aller régulièrement dans l’espace. Elle se sert des lois de la physique, de la relativité, pour ralentir le temps et ainsi revenir la voir régulièrement. Sauf que quand sa fille gagne des années de vie, elle ne vieillit que de quelques mois. L’auteur nous propose ici un thème fort et traité de façon vraiment intelligente. Une relation mère/fille fascinante par son côté étrange, la fille vieillissant plus vite que la mère, mais qui est se révèle finalement naturelle, surprenante, efficace et pas si différente des relations classiques. L’auteur nous dresse en quelques mots des personnages attachants et humains, avec leurs forces et leurs faiblesses, mais c’est surtout un sentiment d’amour qui se dégage, je trouve, de ce texte. Cet amour filial qui brave le temps et l’espace, mais qui possède toujours ses hauts et ses bas. Une nouvelle réussie, d’une grande qualité, avec une conclusion intime et touchante. J’ai d’autres récits de Ken Liu dans ma PAL ils ne vont pas faire long feu.

 

Ma Note : 8/10
Vous pouvez lire cette nouvelle en VO ici.