Fées, Weed & Guillotines : Petite Fantasie Pleine d’Urbanité – Karim Berrouka

fees, weed & guillotinesRésumé : La dernière fois que Jaspucine a mis un pied dans le monde des hommes, elle en a littéralement perdu la tête : la Révolution française n’a pas été une période très profitable pour les créatures féeriques. Sauf pour Zhellébore, l’enfoirée qui l’a envoyée à l’échafaud. La vengeance étant un plat qui se mange froid, Jaspucine est bien décidée à retrouver la traîtresse. Même si pour cela elle doit s’attacher les services d’un détective. Mais à force de remuer ciel et terre, c’est sur une conspiration bien plus grande que la fée et l’enquêteur vont tomber.

Edition : Actu SF

 

Mon Avis : Ce roman n’a pas fini par hasard dans ma PAL, a force d’en entendre parler, souvent en bien, depuis sa sortie je me suis laissé intriguer.  Présenté comme un roman noir, mais à l’humour qui parait déjanté, je ne pouvais que le faire entrer dans ma bibliothèque, ce qui fut chose faite lors des dernières Imaginales. De plus la nouvelle écrite par l’auteur dans l’anthologie Lancelot (chronique ici) et qui reprenait des personnages du livre, m’a encore plus donné envie de le découvrir. Vu que ce roman est nominé pou le prix Julia Verlanger lors des prochaines Utopiales, j’ai donc décidé de me faire par la même occasion mon propre avis. À noter la couverture, illustrée par Diego Tripodi, que je trouve réussi, reprenant bien les codes du polar avec un vernis de fantasy.

L’histoire nous propose ici de découvrir Jaspucine, Fée de son état, qui est renvoyée pour la première fois sur terre depuis son fiasco lors de la révolution française, pour y retrouver la traitresse Zhellébore. Pour cela elle va s’adjoindre l’aide d’un détective prive, mais par n’importe lequel : Marc-Aurèle Abdaloff. Très vite les choses vont se révéler beaucoup plus compliqués et rien ne va, bien entendu, se passer comme prévu. On plonge finalement assez rapidement et facilement dans ce récit qui démarre sur les chapeaux de roues, reprenant les codes classiques du polar noir, avec cette histoire de kidnapping de bébé, mais qui va aussi rapidement se révéler complètement barré. L’auteur maîtrise parfaitement bien le démarrage de son récit entre humour, cynisme, action et aventures et le lecteur se retrouve alors à tourner les pages avec plaisir et envie d’en apprendre plus. Surtout que l’auteur n’oublie pas pour autant son intrigue qui va se révéler beaucoup plus complexe qu’initialement prévue avec son lot de complots, de trahisons et de mensonges. Entre roman d’aventure, roman policier, fantasy urbaine et aspect humoristique c’est un début réussi, entrainant et assez fascinant que nous propose l’auteur.

Le problème avec ce genre de récit, qui certes mélange les genre astucieusement, c’est de tenir sur la longueur et là je dois bien admettre que j’ai trouvé que l’auteur ne remplissait pas parfaitement le cahier des charges. Rien de bien méchant, ni de bloquant non plus, mais vers le milieu du livre j’ai commencé à ressentir un léger essoufflement, l’intrigue se retrouve alors en transition et redémarre avec quelques coups de pouces un peu trop faciles, partant d’ailleurs un peu dans tous les sens, et l’humour se révèle aussi alors moins mordant, moins percutant. Ça se lit quand même assez facilement et le rythme fait qu’on tourne toujours les pages avec un minimum de plaisir, mais voilà le lecteur se sent légèrement moins emporté par l’ensemble. Il faut ainsi attendre les 100 dernières pages pour de nouveau repartir tambour battant et à nouveau se retrouver happé avec entrain et envie d’en apprendre plus. D’ailleurs à noter que l’auteur nous offre une conclusion que j’ai trouvé réussie, énergique, tout en restant assez ouverte pour pouvoir offrir de possible suites.

L’univers de Fantasy Urbaine qui est construit au fil des pages se révèle solide, efficace et ne manque clairement pas de charme. On y retrouve la classique différenciation entre l’univers des fées et celui des humains, mais l’auteur joue astucieusement là-dessus pour nous offrir des aspects intrigants et fantaisistes qui se révèlent efficaces, offrant aussi de nombreuses anicroches entre les deux peuples qui sont des plus savoureuses. D’ailleurs c’est justement sur cette différence que l’auteur s’amuse pour nous offrir quelques piques sur notre société et notre façon de vivre toujours trop vite, sans prendre le temps, sans parfois réfléchir à ce qui est bon pour nous. Le tout possède aussi un vernis historique original, en effet le récit décide de revisiter l’histoire à sa façon, principalement concernant la révolution française, tout en restant cohérent et sans jamais alourdir ni la narration, ni le récit. L’aspect féérique et mystique ne manque pas d’intérêt, avec son lot de magie et de mystères qui se développe au fil des pages et se révèle prenant. L’aspect politique chez les fées ne manque pas non plus, lui aussi, d’ironie et de surprises, ressemblant au final assez fortement à celui des Hommes, avec sa reine, son conseil et ses nombreux complots pour obtenir le pouvoir.

La grande force du récit vient pour moi des personnages, principalement de leurs interactions, qui se révèlent fascinantes et ne manquent pas de faire sourire. Comment ne pas réagir devant Jaspucine qui redécouvre un monde qui a profondément changé et dont elle est loin d’en comprendre toutes les règles, ce qui amène de sacrées occasions surprenantes et cocasses. Comment ne pas rire non plus devant l’association de Jaspucine avec Marc-Aurèle, qui rêvait justement d’une vie plus mouvementée, dont l’alchimie marche à la perfection ; tous les deux si différents et pourtant complémentaires qui nous offrent des dialogues des plus savoureux et percutants. À ces héros viennent s’ajouter Etienne Petiot inspecteur complètement dépassé par les évènements et qui au fond de lui ne cherche qu’une vie normale, ou bien encore Bugnard personnage tout en muscle qui ne manque pas surprendre, mais aussi et surtout Premier de la Classe qui à lui seul vaut le déplacement par sa grande intelligence, sa façon de voir la vie, mais aussi les nombreux mystères qui planent sur lui. Des héros qui se révèlent donc efficaces, truculents, loufoques et pourtant humains, on s’accroche facilement à eux et j’aurai plaisir à les retrouver dans d’autres aventures, surtout s’ils continuent autant à me faire rigoler.

La plume de l’auteur se révèle assez soignée, jouant sur les mots et les phrases pour mieux surprendre le lecteur, même si elle tombe parfois un peu trop facilement dans le familier ce qui peut être lassant. Rien de bien gênant non plus. J’avoue qu’au moment où j’ai entamé ce livre j’avais Les Petites Fées de New-York en tête, mais l’auteur a réussi à finalement offrir quelque chose de vraiment différent dans le ton et la présentation, même si c’est vrai un tout petit peu moins drôle que ce que j’espérais. Dans tous les cas j’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman et si l’auteur se propose d’écrire des suites je les lirai avec grand plaisir.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman qui nous propose une intrigue très polar noir mélangé à de la Fantasy et le tout complètement barré. Le démarrage nous happe dès les premières pages et on se retrouve entrainer avec plaisir dans les aventures de ces héros complètement truculents et aux dialogues percutants. Alors c’est vrai, j’ai ressenti un léger essoufflement vers le milieu du récit, l’enquête devenant calme s’offrant aussi quelques facilités et l’humour se révèle moins mordant. Mais une fois dans les 100 dernières pages on se retrouve de nouveau emporté pour aboutir à une conclusion efficace et réussie qui laisse la porte ouverte à des suites. L’univers de Fantasy Urbaine qui est développé au fil des pages est solide et offres des aspects originaux. La plume de l’auteur s’avère soignée jouant sur les mots et les expressions, même si parfois un peu trop familier. Au final un roman qui se lit facilement, qui m’a fait sourire et qui m’a envie de lire les suites si jamais l’auteur y revient un jour.

 

Ma Note : 7,5/10

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7 Responses to Fées, Weed & Guillotines : Petite Fantasie Pleine d’Urbanité – Karim Berrouka

  1. Ralala, du coup, j’ai craqué pour un exemplaire dédicacé ^^

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  5. Un petit roman bien fun, même si j’ai aussi ressenti le petit coup de mou au milieu 🙂

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