Gretel and the Dark – Eliza Granville

gretel and the darkRésumé : Vienne, 1899. On amène au psychanalyste Josef Breuer une jeune fille maigre, presque morte, le crâne rasé. Le Dr Breuer baptise sa nouvelle patiente Lilie ; il ignore encore qu’il s’agira du cas le plus énigmatique de sa carrière. Lorsqu’elle revient à elle, l’inconnue soutient être une machine destinée à tuer le Monstre : Adi Wolf.
Quelque part en Allemagne, bien des années plus tard. Krysta est une petite fille orpheline de mère qui tyrannise ses gouvernantes et son père, médecin dans un étrange dispensaire. Quand celui-ci disparaît, elle reste seule au monde, sans rien ni personne pour la protéger contre l’enfer qui la rattrape. Elle devra alors plonger dans le souvenir des contes anciens que lui racontait sa nourrice…

Edition : Mirobole Editions

 

Mon Avis : Ce livre a rejoint ma PAL vraiment par hasard. J’ai commencé à en entendre parler pour la première fois en voyant apparaitre sur quelques blogs des avis qui se révélaient en majorité très positifs, de plus je dois bien avouer que je trouve le travail des éditions Mirobole vraiment réussi que ce soit concernant leurs choix de publications comme leurs maquettes. Par conséquent quand on m’a proposé de découvrir ce livre je me suis rapidement laissé tenter. En tout cas je trouve le visuel de couverture très accrocheur. À noter que j’ai légèrement modifié le résumé car je trouve qu’il peut jouer légèrement sur un des retournements important de l’histoire dont je parle dans ma chronique.

Ce récit nous propose de suivre deux lignes d’intrigues, une première qui se situe en 1899 à Vienne, où une jeune fille est retrouvée, presque morte et amnésique, après avoir été agressée et une seconde en Allemagne où on suit le destin de Krysta, véritable peste, qui a perdu sa mère et doit suivre son père, médecin, dans une nouvelle région. Cette double narration se révèle assez cryptique au début, en effet le lecteur a un peu de mal à comprendre le lien qui se lie entre les deux intrigues. Pour autant ce n’est pas une mauvaise chose, ça ne m’a pas empêché de me retrouver accroché à cette histoire qui se révèle sombre, empli de violence et d’horreur, mais happe rapidement le lecteur habitué, sans tomber dans la surenchère ou dans le trop morbide. C’est d’ailleurs une des forces du récit, il ne joue pas complètement sur le visuel, mais plus sur les non-dits, laissant ainsi à chacun le choix de pouvoir s’imaginer de lui-même les choses, de jouer par lui-même sur ses propres peurs. On a vraiment l’impression de rentrer dans un « cauchemar » où vient se mélanger de façon terriblement efficace psychologie, conte et histoire. Certes ce n’est pas la première fois qu’un auteur se sert d’un conte pour jouer sur la cruauté de la vie, mais là Eliza Granville nous offre aussi l’autre penchant du conte : certes comme la vie il peut se révéler cruel, certes comme la vie il peut être injuste, mais voilà les histoires et les récits peuvent aussi avoir une force que ce soit sur l’imagination, sur l’espoir, comme aussi sur nous-mêmes.

Mais voilà, la grande force du récit, celle qui a fait que j’ai quand même pris une petite claque (dans le bon sens du terme), ne m’attendant pas à cela, c’est le twist que nous propose l’auteur vers le milieu du récit. Certes tous les indices étaient présents pour permettre de le voir, au moins en partie, venir, et pourtant j’ai été surpris, car ce retournement de situation va apporter un côté « humain » au ressenti du lecteur, quittant ainsi l’aspect fiction et conte pour quelque chose de plus concret. C’est bien simple, on passe d’un roman qu’on aurait pu prendre pour un simple roman d’horreur, qu’on lit pour se divertir de façon un peu malsaine devant des effets visuels attendus, pour rendre finalement ce récit palpable, ambitieux et réaliste, le replaçant ainsi dans notre Histoire. On se retrouve alors à se lancer dans une véritable réflexion, que ce soit sur la folie de l’Homme, comme sa capacité à aller de plus en plus loin dans la cruauté et la bêtise sans aucune véritable raison, simplement parce-qu’il en a le pouvoir. La peur devient ainsi un peu plus malsaine, mais toujours sans tomber dans le glauque ou le gratuit, c’est vraiment le questionnement du lecteur vis-à-vis de lui-même et des autres qui rend le tout plus sombre. Alors je ne vais pas trop en parler pour éviter de trop en révéler, mais c’est clairement ce twist qui a fait, pour moi, la différence, à chacun de voir quel effet ce retournement de situation lui apportera.

L’univers et l’ambiance que pose l’auteur tout au long du récit se révèle terriblement efficace, à la fois sombre, dérangeante avec son lot d’effroi qui ne manqueront pas de faire frissonner le lecteur sans non plus trop étouffer. L’aspect historique se révèle aussi solide et soigné et je vous le laisse le découvrir pour, de nouveau, éviter de trop vous spoiler. La grande réussite de ce qui est construit ici vient, comme je l’ai dit du mélange conte, réalité, qui apporte ainsi de nombreuses voies possibles aux différentes intrigues, jouant facilement sur l’imagination du lecteur, le tout mâtiné d’un travail sur la psychologie et la philosophie qui ajoutent des aspects vraiment intéressants à l’ensemble et offre par la même occasion quelques débats intéressants. Les personnages se révèlent vraiment soignés et travaillés, possédant une profondeur et une caractérisation que j’ai trouvé abouti. Certes on a parfois du mal à s’attacher à certains des héros, par leurs réactions et leurs façons d’agir, mais très vite on les comprend ; ils ont parfois des raisons de se comporter comme ils le font, certes pas toujours bonnes, mais au moins on peut les appréhender. Mais surtout ils évoluent au fil des pages, ils ne restent pas figés et vont devoir avancer malgré les souffrances, les horreurs et les violences qu’ils vont rencontrer. Les personnages principaux se révèlent ainsi profondément humains et nous touchent, certains, selon moi, ne pouvant laisser indifférent le lecteur, là où d’autres personnages secondaires nous offrent d’effrayant croque-mitaine.

Puis les lignes d’intrigues commencent à se resserrer, les différentes questions trouvent leurs réponses et certaines hypothèses que je m’étais faites s’effondrent pour en ouvrir d’autres, aboutissant ainsi à une conclusion que j’ai trouvé réussi, passionnante et qui offre un point final réfléchi et une lueur d’espoir. Une sorte de rayon de soleil bienvenue dans un récit très sombre et qui nous rappelle aussi le besoin de la mémoire sans non plus tomber dans l’excès. Alors après certains pourraient regretter une démarrage un peu long et nébuleux, ou encore que le récit de Krysta parait trop « adulte » pour son âge, mais franchement pour moi ce ne fut que des détails tant j’ai été pris par ce roman. Par contre, comme je l’ai dit, l’avis de chacun dépendra de votre réaction face au twist. L’ensemble est porté par une plume qui se révèle dense, soignée et qui plonge facilement le lecteur dans l’ambiance angoissante et dérangeant de son récit, sachant jouer avec le lecteur pour mieux le surprendre, tout en cherchant à offrir des réflexions intéressantes. En tout cas je lirai avec grand plaisir d’autres écrit d’Eliza Granville tant celui-ci m’a passionné. Je ne peux que vous conseiller de découvrir ce roman, même s’il n’est pas à mettre entre toutes les mains comme vous vous en doutez.

En Résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce récit qui nous propose deux lignes de narrations dont il est, au départ, difficile de comprendre en quoi elles sont liées, mais offrant des intrigues sombres, angoissante et réussi sans non plus tomber dans le gratuit. Puis arrive le twist, celui qui fait passer ce récit du simple roman d’horreur à quelque chose de plus marquant, de plus concret, ramenant le tout dans l’Histoire. C’est ce retournement qui offre, je trouve, une nouvelle grandeur au récit, le rendant encore plus passionnant, nous offrant ainsi de nombreuses réflexions, tout en continuant à nous entrainer dans une ambiance dérangeante et effrayante des plus captivante, le tout sans jamais non plus trop tomber dans le « graphique » ou le sanglant, mais jouant clairement sur les non-dits plus que sur le visuel. L’univers que construit l’auteur est efficace, plein d’imagination, jouant entre conte et réalité, offrant ainsi de nombreuses voies et de nombreuses hypothèses, et en y ajoutant une touche de psychologie ouvrant au débat. Puis les lignes d’intrigues commencent à se resserrer, aboutissant à une conclusion que j’ai trouvé réussi, y amenant un léger rayon de soleil et nous rappelant que les contes peuvent être cruels, mais peuvent aussi offrir une force et une mémoire. Alors on pourrait regretter un démarrage qui prend un peu son temps ou encore sur le récit de Krystal une narration trop adulte pour un récit d’enfant, mais ses défaut ont très vite été balayé par le fait que j’ai été emporté par cette histoire, porté par une plume dense, soignée et immersive.  Je lirai sans soucis et avec plaisir d’autres écrit de l’auteur. Un roman que je ne peux que conseiller, dont le twist est la clé, même s’il n’est pas non plus, à mettre entre toutes les mains de par son côté horreur et son ambiance inquiétante et obscure.

 

Ma Note : 9/10

 

Autres avis : Lune, Cornwall, Mylene, Cajou, …

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  1. Hm… alors tu as fini par tomber dans la marmite tentaculaire de la Maison Mirobole, poussé par -entre autres- leur plus fidèle disciple Cornwall ?
    … Je peux venir, moi aussi ? ça a l’air cool 😀
    Je n’aime pas toujours les romans d’horreur car une plume trop médiocre me fait retomber le soufflé en cours de route, mais vous avez l’air de dire tous qu’on est au-dessus de ce genre de défaut dans l’ensemble des parutions de cet éditeur. Je n’en ai pas encore lu, j’ai pas trop le temps non plus en ce moment entre le boulot et ma reprise de Skyrim, mais je note au moins celui-ci pour plus tard, et aussi d’en parler à ma médiathèque. 🙂

    • Ah ça fait quand même un an que j’ai découvert les éditions Miroboles, même si j’avoue j’en lirai plus sans soucis.
      En tout cas je ne peux que te conseiller Gretel and the Dark car justement l’auteur ne cherche pas l’horreur elle s’en sert plus comme véhicule d’une ambiance et d’un sentiment sombre. En tout cas si tu le lis j’espère qu’il te plaira autant qu’à moi.

  2. Un exccellent roman, Je rejoins ton avis Blackwolf.

    Je lis le com de Terasthilde et je me dis, non je fais si groupie que ça des éditions Mirobole ^^

  3. Intriguant ce twist… 😉

  4. Je ne connaissais pas, mais ça fait 2-3 fois que j’en entends parler, et il m’intrigue assez.

  5. D’accord pour les éditions Mirobole. A lire, les 2 polars du Polonais Zygmunt Miloszewski !…
    lalettrie.unblog.fr

  6. Un roman qui me tente énormément ^_^

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