Ka : Dar Oakley in the Ruin of Ymr – John Crowley

Résumé : A Crow alone is no Crow. Dar Oakley—the first Crow in all of history with a name of his own—was born two thousand years ago. When a man learns his language, Dar finally gets the chance to tell his story. He begins his tale as a young man, and how he went down to the human underworld and got hold of the immortality meant for humans, long before Julius Caesar came into the Celtic lands; how he sailed West to America with the Irish monks searching for the Paradise of the Saints; and how he continuously went down into the land of the dead and returned. Through his adventures in Ka, the realm of Crows, and around the world, he found secrets that could change the humans’ entire way of life—and now may be the time to finally reveal them.

Edition : Saga Press

Mon Avis : J’ai entendu parler de ce roman un peu sur le tard. En effet il a fallu que j’attende de le voir nominer dans de nombreux prix pour que je commence à me renseigner. J’ai alors rapidement été intrigué par le résumé me demandant de quelle façon l’auteur allait pouvoir traiter de son récit à travers un Corbeau comme héros. Il est à noter que John Crowley est un auteur connu, avec quelques prix prestigieux à son actif en imaginaire pour certains de ses écrits, ayant aussi déjà été publié en France, mais pour autant de mon côté je n’avais lu aucun de ses livres avant de me laisser tenter par celui-là. Autre point qui m’a convaincu de le faire entrer dans ma PAL, sa magnifique couverture illustrée par Sonia Chaghatzbanian.

Ce roman nous fait ainsi découvrir Dar Oakley qui a connu une longue vie ; d’une certaine façon immortel il est présent depuis biens des éons. À travers son histoire, que nous conte un homme proche de la fin, on va se rendre compte qu’il a connu une vie riche et a aussi suivi l’évolution de l’humanité depuis quasiment le début. Il fût ainsi le premier à avoir un nom, le premier à s’être attaché à des hommes. Autant le dire tout de suite, j’ai passé un excellent moment avec ce roman, qui a réussi à rapidement me happer pour ne plus jamais me lâcher. Alors après, autant être franc, je ne pense pas que ce récit plaira à tout le monde, on est clairement dans le genre de livre qui ne cherche pas obligatoirement à construire une intrigue, mais à raconter des histoires, à faire d’une façon voyager, à philosopher. D’ailleurs l’un des dialogues qu’on retrouve à la fin du récit le met clairement en avant, voulant montrer que l’ensemble de la vie est composée finalement d’histoires.

D’ailleurs l’histoire est le centre de ce récit, mais pour autant la quête de Dar Oakley est finalement flou, il n’est ainsi que le spectateur d’évènement qu’ils soient aussi bien personnels que de plus vaste envergures. On n’est pas dans le récit où le héros est là pour changer les choses. Le tout est porté par un rythme qui est calme, posé, plutôt lent, mais qui ne manque pas de se révéler accrocheur dans ce qu’il construit, ce qu’il amène comme idées et réflexions, ce qu’il développe. On n’est ainsi pas obligatoirement dans un récit construit de façon classique, mais plus dans un patchwork « d’images », de souvenirs, qui viennent dessiner une image plus large. C’est pour ça que je pense qu’il ne plaira pas à tout le monde, car je pense qu’il diffère des constructions de récits habituels et je pense que certains pourraient avoir l’impression de passer complètement à côté de ce livre, encore plus si vous appréciez les histoires qui bougent. Cela ne veut pas dire qu’ils ne se passent rien dans ce livre, il y a des passages que j’ai trouvés d’une certaine façon épiques à travers un aspect mythique riche. L’autre point très intéressant dans la construction de ce livre, mais qui pourra là aussi en déranger certains, c’est la notion temporelle qui est loin d’être globalement linéaire, mais paraît se disperser à travers les récit, les flashbacks, les histoires. Cela joue, selon moi, énormément à la richesse du récit mais aussi à son ambiance, mais peut parfois bloquer je pense, car d’une certaine façon on reste un peu dans le flou.

Le gros point fort de ce récit vient clairement, selon moi, de la plume de l’auteur qui ne manque pas d’être magnifique, lyrique et poétique. Il y a une beauté qui se dégage tout du long et qui captive, dans la tentative de l’auteur de créer cette légende. Car oui, finalement, ce qu’il cherche ici c’est finalement d’amener Dar Oakley le corbeau au statut de légende, de le ramener au statut qu’il était à une époque, l’animal mystique et mythique qui aide à faire passer les morts. Je trouve que l’auteur arrive justement à insuffler cette puissance, à construire un mythe à la fois entraînant, fascinant et prenant. De plus à travers chaque nouvelle incarnation, le corbeau va aussi nous faire découvrir l’Homme, d’une certains façon il en devient le miroir de son évolution et, aussi, finalement, de sa descente vers la fin. Car outre l’histoire, l’autre thème récurent de ce récit vient de la notion de mort, d’immortalité de la façon dont elle nous effraie, dont nous cherchons à la fuir, à la surpasser, à la combattre ou encore à vouloir l’oublier. Ainsi que ce soit à travers la vie de Dar Oakley mais aussi de ses aventures, la mort est toujours plus ou moins présente, amène de nombreuses réflexions. Car finalement c’est aussi un des aspects très intéressants de ce livre, la vision que nous offre l’auteur ainsi que les réflexions qu’il amène. Le récit ne manque pas alors de nous faire réfléchir sur nous-même et notre avenir, à nous faire philosopher d’une certaine façon. Par conséquent, si les récits contemplatifs, oniriques et qui poussent à réfléchir ne sont pas ce que vous préférez, alors passer votre chemine je pense.

L’univers proposé ne manque pas là non plus de se révéler fascinant à suivre et à découvrir. Utilisant des mythes connus tout en apportant ce qui me parait une originalité qui lui est propre, autour de l’Homme et du Corbeau, John Crowley construit une toile de fond qui ne manque pas de se révéler riche, magnifique, d’une certaine façon flamboyante et captivante. On découvre ainsi une Terre mélange de sombre et de lumière, à différentes époques, différents lieux, offrant différentes mythologies, tout en restant d’une certaine façon un peu la même. On découvre ainsi l’humanité avancer, évoluer à travers le regard de Dar Oakley, gagner en technologie, se sédentariser, s’urbaniser mais aussi, en fond et de façon métaphorique, mourir lentement. Le tout est porté par une ambiance à la fois onirique, étrange, captivante et envoutante qui colle parfaitement au récit. Au milieu de tout cela se dresse notre héros le Corbeau qui devient un personnage à part entière, mais surtout ne s’anthropomorphise pas trop, l’auteur ne cherchant pas à transformer son animal en copie de l’homme, mais bien à travers la vision que dévoile ce dernier de nous, à nous questionner.  Cela ne l’empêche pas pour autant d’offrir un héros avec une histoire riche, soignée et à se révéler attachant à travers ses actes, ses envies, ses choix, ses victoires et ses pertes.

Ce roman est  aussi un roman ambigu, complexe, une sorte de voyage hallucinatoire, que le narrateur d’ailleurs lui-même met parfois en doute, se demandant s’il n’a pas rêvé. Les mots aussi ont leur importance et, ayant appris qu’il allait être traduit en français, je pense que le traducteur va avoir du travail. Il s’agit au final d’un livre qui demande au lecteur de s’investir, j’ai même fais des recherches sur certains sujets comme le mot Ka et autre, mais qui, je trouve, offre énormément au lecteur pour peu qu’on arrive à se laisser emporter. J’ai ainsi vécu un voyage assez unique. Il s’agit, par contre, d’un roman qui résonnera différemment en fonction de chacun. Alors après, c’est vrai, je trouve que le dernier quart est peut-être un chouïa moins prenant, l’idée qui faisait la richesse des trois premiers quart du récit commençant à s’essouffler légèrement, mais franchement rien de trop dérangeant. Au final ce livre est un roman étrange, que j’ai trouvé orignal, réussi et captivant et qui m’a offert un excellent moment de lecture. J’aurai du mal à le conseiller tant il s’agit d’un roman qui ne plaira pas à tout le monde, mais si vous vous retrouvez dans ma chronique laissez vous tenter.

À noter que, des informations que j’ai vu passer et qui sont à prendre avec des pincettes, le roman devrait être traduit chez l’Atalante.

En Résumé : Ce roman m’a offert un excellent moment de lecture, se révélant à la fois onirique, captivant et ne me laissant pas indifférent. L’auteur ne construit ainsi pas son récit de façon classique, mais plus dans une sorte de mélange d’histoire avec en personnage principal un corbeau qui, en plus de vivre sa vie, va voir évoluer l’humanité. Il s’agit clairement d’un récit qui ne plaira pas à tout le monde, mais pour ma part il m’a happé rapidement pour ne plus me lâcher. On plonge ainsi dans un univers que j’ai trouvé d’une certaine façon flamboyant, riche le tout porté par une ambiance étrange, captivante qui vient développer de façon réussie et magnifiques des mythes et légendes. L’auteur remet ainsi le corbeau dans sa position mythique, de l’animal qui fait voyager les morts. John Crowley évite avec Dar Oakley l’anthropomorphisme facile, tout en offrant un protagoniste riche et complexe. Le récit offre aussi de nombreuses réflexions intéressantes qui m’ont fait réfléchir, tournant autour de deux axes principaux : les histoires et la mort. La plume de l’auteur est vraiment magnifique, soignée et poétique. Alors après le dernier quart essouffle peut-être légèrement, mais franchement rien de bien bloquant. Au final ce roman m’a fait voyager, m’a fasciné et m’a fait réfléchir, tout en demandant un investissement su lecteur. Il ne plaira pas à tout le monde, mais si vous vous y retrouvez dans ma chronique laissez-lui une chance surtout que normalement il devrait être traduit en VF.

Ma Note : 9/10

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  1. Pas sûre que le côté onirique me convainc, mais comme tu as beaucoup aimé… on vera s’il est traduit.

  2. Taliesin

    Roh s’il est traduit en français je vais me jeter dessus… En croisant les doigts pour que ça marche super et que ses autres titres soient enfin traduits (quoi on peut toujours rêver non ? 😛 )

    • Après je ne connais pas assez les vente en France pour savoir s’il pourrait cartonner, mais il y a clairement un public que ce roman pourrait intéresser.
      Pour ses autres titres je pense je vais plutôt me laisser tenter en VO, moins de risques.

  3. ça confirme tout le bien qu’en disait Gilles Dumay. Sinon, la vente des droits à l’Atalante a été annoncée dans Locus, donc c’est certain. Merci pour ta critique très éclairante !

    • De rien!
      Concernant la vente des droits j’ai préféré tout de même joué la prudence, car je crois que c’est aussi Gilles Dumay qui disait que Locus avait parfois tendance à sortir l’information avant que tout soit signé.

  4. ah, j’avoue que je ne sais pas si j’attends ou pas sa sortie en VF… mais je suis convaincue.

    • N’ayant pas de date prévisionnelle pour la sortie VF c’est compliqué aussi.
      EN tout cas si tu le lis, j’espère qu’il te plaira autant qu’à moi.

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