La Planète des Singes – Pierre Boulle

Résumé : Y a-t-il des êtres humains ailleurs que dans notre galaxie ? C’est la question que se posent les passagers d’un vaisseau spatial survolant une planète proche de Bételgeuse : on y aperçoit des villes, des routes curieusement semblables à celles de notre Terre. Après s’y être posés, les trois hommes découvrent que la planète est habitée par des singes. Ceux-ci vont les capturer et se livrer sur eux à des expériences. Il faudra, devant les singes, faire la preuve de son humanité…

Edition : Audible

 

Mon Avis : La Planète des Singes est un classique, que ce soit aussi bien d’un point de vue littérature que d’un point de vue cinématographique. Pour ma part, avant de me lancer dans cette lecture audio, je suis toujours passé à côté de la version littéraire, me laissant au final toujours plus facilement laisser tenter par les films. Il fallait bien un jour corriger cette « hérésie » et je profite de lire de plus en plus en audiobook pour sortir ou ressortir des classiques. J’ai donc décidé cette fois de découvrir enfin le roman de Pierre Boulle, de voir ainsi les différences qui peuvent exister entre le livre et le film. Concernant la performance de Bernard Gabay, le narrateur, je l’ai trouvé très convaincante et captivante, offrant une narration fluide et prenante.

Le récit nous fait suivre Ulysse Mérou qui, accompagné de deux amis et collègues, ont décidé de partir dans l’espace pour aller découvrir une exoplanète potentiellement habitable, Soror, à proximité de Bételgeuse. Une fois sur place les choses vont très vite dégénérés, coincés sur la planète ils vont se retrouver « kidnapper » par les habitants de cette planète : de singes. Ulysse Mérou, esseulé, va alors tout faire pour survivre. Bon, je dois bien admettre une fois la dernière page tournée que le livre est très intéressant par certains aspects, il est sympathique à lire et à découvrir, mais pour ma part je n’ai pas obligatoirement ressenti le côté livre marquant que j’espérais. Après cela peut aussi venir du fait que je le découvre sur le tard, que j’ai lu de nombreux autres romans qui ont plus ou moins le même thème de base et que donc mon avis a pu être influencé. Déjà il faut savoir que même si ce roman se classe dans la catégorie Science-Fiction, il s’agit surtout et principalement, je trouve, d’une satire de notre société. L’aspect SF est bien présent, mais il sert surtout de toile de fond et aussi permettre, d’une certaine façon, des aventures dépaysantes. Alors, attention, je n’attendais pas de ce livre un roman de Hard Science, mais certains aspects sont quand même très, voir trop, simplistes pour moi. Je ne parle pas obligatoirement de la façon de voyager dans l’espace un peu comme si on faisait de la voile qui a un côté imaginatif et envoûtant, mais d’un autre côté si je prend comme exemple tout l’aspect premier contact, il est franchement tiré par les cheveux pour des héros qui nous sont présentés aussi intelligents. Aucune préparation, aucune précaution, limite ils se jettent dans les filets.

Alors attention, cela ne bloque en rien la lecture, certes par moment cela m’a fait lever les yeux au ciel devant parfois une certaine absence de logique et cela m’a par moment frustré, mais le tout est compensé par un côté fluide, efficace et entraînant. Cela fait qu’on arrive à se laisser quand même porter par les aventures du héros et par l’envie d’en apprendre plus sur cette planète et les vérités qu’elle cache. C’est d’ailleurs l’un des aspects intéressants de ce roman, ce côté incisif et percutant des aventures du héros qui accroche le lecteur assez rapidement, surtout que le récit ne fait pas que tenter de nous divertir, il offre une vraie réflexion de fond, une vraie critique intéressante. C’est le gros point fort de ce roman la réflexion qui est soulevée grâce à l’inversion des pouvoirs entre les Hommes et les Singes qui, dans un premier temps, nous fait réfléchir sur la façon dont nous traitons les différentes espèces dans notre société, dans la façon dont nous les voyons de façon différente.

Il se dégage ainsi une certaine « inhumanité » dans la façon dont les singes traitent les Hommes comme des cobayes qui n’est pas sans rappeler celle que nous montrons aussi aux différentes espèces animales, que ce soit à travers des tests, des études. Il y a aussi finalement un questionnement sur la fragilité de notre société, de notre espèce qui pourrait s’éteindre, voir régresser face à certaines facilités ou certains évènements. Mais surtout, de mon point de vue, la réflexion que l’auteur mène sur la façon dont nous traitons les animaux est aussi élargie à la façon dont nous traitons tout simplement les autres, qu’ils ne soient pas de la même classe, du même sexe, de la même couleur de peau, ou autres. Il nous fait d’une certaine façon nous questionner sur les rapports que nous mettons en place, sur les rapports de forces, de domination qu’on peut imposer aux autres et qui aura toujours des conséquences. Enfin il y a aussi une certaine idée concernant des cycles, même si je m’avance un peu. Je ne le nie pas une fois le livre terminé, ses idées continuent à me trotter dans la tête.

Je suis par contre un peu déçu par la forte ressemblance entre Soror et notre planète. Certes Soror annonçait clairement la chose, puisque cela veut dire soeur en latin, mais voilà j’aurais aimé peut-être être un peu plus dépaysé. Je n’ai jamais eue finalement cette impression d’avoir voyagé à travers des années-lumières dans l’espace, mis à part au début du récit et à la fin. Peut-être que mon attente venait aussi d’une certaine façon des films qui offraient des décors plutôt riches, que je n’ai jamais vraiment retrouvé ici. C’est dommage, car finalement l’univers n’est qu’une simple toile de fond sans apport autre que justifier le postulat de départ sur l’inversion de pouvoir entre Singes et Hommes et le twist final, alors qu’il aurait pu apporter plus. Ensuite, concernant les personnages, finalement celui qui se dégage le plus c’est Ulysse Mérou, le narrateur de son histoire, sauf que voilà, même s’il a un côté assez intéressant, il a aussi un côté très pompeux et parfois lourd qui m’a parfois gonflé dans le récit.

Je pense en partie que cela vient du fait que le roman a vieilli et que la vision de l’époque n’est plus la même que de nos jours, je parle par exemple de sa relation avec Nova qui débute sur son amour pour elle car elle est la plus belle femme de la planète, puis après limite il la rabaisse car finalement intellectuellement elle n’est pas à son niveau s’avérant sauvage, avant de la remettre sur un piédestal une fois enceinte. Pareil à un moment il y a un aspect très mystique ou notre héros se prend un peu pour le messie. J’avoue ces petits éléments mis bout à bout, son côté un peu supérieur et aussi parfois sa capacité à tout accepter sans jamais rien faire ou dire m’ont plusieurs fois donner envie de le secouer. Concernant les personnages secondaires, ils sont intéressants, mais manque clairement de profondeur je trouve, ne restant finalement, à part un ou deux, que de simples outils pour faire avancer le récit.

Au final pour autant, malgré les défauts que je soulève, La Planète des Singes fût intéressant à découvrir dans la critique qu’il vient soulever de notre société. Surtout on se rend compte qu’entre la publication initiale de ce livre et notre société actuelle les choses n’ont pas vraiment évolués, voir ont évolué trop lentement que ce soit dans notre vision des animaux, mais aussi plus globalement de la planète, ou de la vision des autres. Le fait que le roman soit aussi plutôt court, moins de 300 pages, offre aussi un côté prenant, bien porté par une plume concise, percutante et efficace. Même si ce ne fût pas le roman marquant que j’attendais, je ne regrette pas ma lecture qui m’a permis ainsi de découvrir ce roman en plus des films. Par contre, si comme moi vous lisez le roman après avoir vu les films, d’une certaine façon vous trouverez le twist final très prévisible. Maintenant à chacun de voir s’il a envie de le découvrir ou non.

En Résumé : Au final même si La Planète des Singes n’a pas complètement répondu aux attentes que je pouvais avoir en me lançant dans sa lecture, il s’avère quand même sympathique et intéressant à découvrir. Déjà il faut savoir, pour moi Pierre Boulle plus mis en place une critique de la société plutôt qu’un roman de Science-Fiction. La toile de fond ne sert ainsi qu’à amener le postulat de départ du roman et le twist final. A part cela le reste aurait pu se passer sur terre, ce qui est légèrement frustrant tant la planète Soror manque de dépaysement. Il y a aussi certaines facilités et simplicités frustrantes, comme celle du premier contact qui parait aberrante pour des héros présentés comme si intelligents. Maintenant le gros point fort de ce roman vient clairement des réflexions qu’il soulève que ce soit sur notre société, de la façon dont nous traitons les animaux et la nature, mais aussi surtout, je trouve, de la façon dont nous traitons les autres, les rapports que nous lions avec eux et le fait que tout rapport de force, de domination peut avoir des conséquences. Concernant les personnages autant le héros principal peut avoir des aspects intéressants, autant par d’autres et par son côté un peu pompé il m’a parfois gonflé, ce qui fait que j’ai eu du mal à complètement m’attacher à lui. Les personnages secondaires ne paraissent servir qu’à faire avancer l’intrigue, alors que certains auraient mérité d’être plus développés. La plume de l’auteur est concise, efficace et entraînante, ce qui fait qu’on se laisse facilement porter, je trouve, par le récit. Concernant le twist final, j’avoue ayant vu les films et même s’il est différent, je l’ai vu venir très tôt.

 

Ma Note : 7/10

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  1. Oui, efficace. je pense également que nous avons aussi été « éduquée » dans une SF ambitieuse et dépaysante alors le roman a pris un petit coup de vieux en comparaison dans ce registre.

    • Je dirais même que Pierre Boulle n’a simplement jamais vu son roman comme un récit de SF, mais clairement plus comme une critique sociale. Il n’a donc jamais cherché à développer cet aspect SF et moi ayant surtout été baigné dans les films j’avais un peu plus ce sentiment de SF que j’attendais donc dans le livre.

  2. Je l’ai lu il y a 20 ans mais la fin m’a marqué et je ne suis pas prêt de l’oublier. Comme celle de Destination Ténèbres, ca ajoute une plus-value au récit indéniable.

    • Sauf que comme moi je l’ai découvert à travers d’abord le film de 1968, j’ai été marqué par la fin du film et obligatoirement celle du livre a moins d’impact. Maintenant j’en reconnais l’intérêt.

  3. Il a un peu vieilli ce roman (et quand on a le film de 1968 en tête on est un peu déçu), mais j’adore le nom du héros (sérieux on se croirait dans un Jules Verne xD).

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