Les Enfants de L’Eau Noire – Joe R. Lansdale

les enfants de l'eau noireRésumé : Texas, années 1930.
Élevée dans la misère au bord de la Sabine, qui s’écoule jusqu’aux bayous de Louisiane, May Linn, jolie fille de seize ans, rêve de devenir star de cinéma. Un songe qui s’achève brutalement lorsqu’on repêche dans le fleuve son cadavre mutilé. Ses jeunes amis Sue Ellen, Terry et Jinx, en rupture familiale, décident alors de l’incinérer et d’emporter ses cendres à Hollywood. May Linn ne sera jamais une star, mais au moins elle reposera à l’endroit de ses rêves…
Volant un radeau mais surtout le magot d’un hold-up, la singulière équipe s’embarque dans une périlleuse descente du fleuve, le diable aux trousses. Car non seulement l’agent Sy, flic violent et corrompu, les pourchasse, mais Skunk, un monstre sorti de l’enfer, cherche à leur faire la peau. Quand vous décidez de faire vôtres les rêves d’un autre, ses pires cauchemars peuvent aussi profiter du voyage…

Edition : Denoël Sueurs Froides (paru le 03/09/2015)
Traducteur : Bernard Blanc

 

Mon Avis : J’ai découvert cet auteur il y a peu, en lisant un recueil de nouvelles en anglais, où il proposait un texte fantastique accrocheur, simple et légèrement dérangeant, qui m’avait offert au final un bon moment de lecture. Puis, par hasard, quelques jours plus tard on m’a proposé de découvrir il y a peu son dernier roman publié en VF. Je n’ai donc pas mis longtemps avant d’accepter, histoire de me rendre compte de ce que pouvait proposer l’auteur dans un plus grand format.

On plonge ainsi dans ce récit en plein Texas des années 30, après la grande dépression, où un groupe de trois jeunes ont l’idée un peu folle d’incinérer une de leur amie, qui vient de se faire assassiner de façon tragique et dans l’indifférence totale, et d’amener ses cendres à Hollywood, elle qui toujours rêvé d’être une star. Cela va surtout permettre à ces trois adolescents de fuir une région mortifère ainsi que leurs soucis familiaux. J’avoue qu’une fois la dernière page tournée, j’ai trouvé ma lecture assez sympathique, mais il lui manquait quelque chose pour vraiment se révéler marquante, comme si les idées de l’auteur manquait de développement pour vraiment me toucher. Je m’explique. L’histoire reprend un peu les classiques du roman noir cherchant, à travers la fuite en avant de ces adolescents, à nous offrir une vision acerbe et sans concession de cette société. Surtout on peut remarquer que l’auteur se plait à s’amuser avec le lecteur, construisant finalement de façon discrète son histoire comme un « conte » avec ses rebondissements et ses rencontres marquantes, qui possède pourtant un fond un minimum profond et vient amener ainsi cette évolution, cette quête initiatique qui va transformer les héros que ce soit en bien ou en mal et qui n’est pas sans rappeler, de façon ténue je l’avoue, Huckleberry Finn. On se laisse ainsi porter par ce récit qui, certes, n’oublie pas non plus comme tout roman noir d’offrir rebondissements, rythme nerveux et sombre ainsi qu’un road trip qui fait que le lecteur tourne les pages avec un minimum d’envie d’en apprendre plus sur nos héros et sur leurs aventures, le tout porté par une ambiance d’époque prenante et légèrement dérangeante à souhait.

Mais voilà ce qui m’a empêché d’être vraiment captivé et happé par ce récit, c’est que l’auteur ne m’a jamais paru aller au bout de ce qu’il met en avant. Pourtant il y a de quoi faire avec cette Amérique en pleine dépression, où la police fédérale n’en est qu’à ses balbutiements et où la justice se limite à un shérif local faisant régulièrement ses propres lois. On parle d’une période où les minorités ethniques sont à peine tolérées, où la position de la femme tourne autour de « sois belle et tais-toi » avec toutes les violences que ça peut engendrer, surtout que la vie n’est pas rose, le crash de 1929 est passé par là, les gens ont à peine de quoi survire et sombrent souvent dans la violence, l’alcool ou encore l’oubli. On ressent tous ces éléments dans ce roman, mais on l’impression que l’auteur ne fait que les survoler, entre l’homosexualité, le manque de respect entre les noirs et les blancs principalement au Texas ou encore la relation familiale dans son ensemble ça m’a paru manquer de profondeur. Comme je l’ai dis ce n’est pas mauvais, mais il y avait la place pour faire tellement plus que, même si je ne regrette pas ma lecture qui se révèle divertissante, j’en suis quand même légèrement frustré. Je fais un peu le même constat concernant les ressorts narratifs qui doivent apporter leurs lots de stress, de nervosité et d’intensité qui, sans se révéler plats, manquent quand même de force pour vraiment marquer le lecteur. Je prend l’exemple de Skunk qui nous est quand même présenté comme limite un démon, sauf qu’une fois la dernière page tournée, bah bof, j’ai connu des méchants beaucoup plus charismatiques et qui donnent plus le frisson, même si par fulgurance Skunk ne laisse pas le lecteur non plus de marbre.

Concernant les personnages il se révèle intéressant à découvrir au fil du récit, ils arrivent à toucher le lecteur, dévoilant leurs faiblesse et leurs forces plus on avance dans l’histoire. Ils collent parfaitement à l’ambiance et à l’époque, nous offrant des héros en pleine mutation dans une époque qui va finalement connaitre de grands changements, que ce soit vis-à-vis de la foi, de leurs visions du monde, mais aussi de leurs rêves et de leurs envies. Simple besoin d’être acceptés tels qu’ils sont, d’être écoutés, d’être entendus ou de ne pas subir, ils possèdent tous d’une certaine façon leurs propres voix ce qui fait qu’on s’intéresse assez facilement un minimum à eux, malgré, c’est vrai, une légère proportion à tomber dans la caricature pour certains. La narration à la première personne, au plus proche de Sue Ellen joue aussi beaucoup dans l’attrait qu’on ressent pour les protagonistes, et sa façon de les voir, de les définir de façon pourtant très simple, mais efficace. Alors après c’est dommage que certains soient un peu sous-exploités à mon goût, ou auraient mérité un travail plus complet, je pense principalement à Skunk ou au prêcheur, mais rien de non plus dérangeant.

La plume de l’auteur se révèle finalement simple, efficace, collant parfaitement à l’époque avec ses tics de langage et son manque d’éducation et permet, je trouve, une immersion facile et rapide dans ce récit. Au finale un récit pas mauvais, qui m’a tout de même diverti, mais dont je pense, au vu du sujet, que j’attendais peut-être plus. Je lirai autre chose de l’auteur car il y a tout de même quelque chose qui s’en dégage et j’ai envie de voir ce qui ressort dans d’autres écrits.

En Résumé : J’ai passé un moment de lecture assez sympathique avec ce roman qui nous plonge dans une histoire aux sud des États-Unis, post krash, en pleine dépression des années 30 qui se replie sur elle-même, où les minorités sont encore rejetés et haïs. Une histoire sombre, et plutôt efficace qui se laisse lire et dont on tourne les pages assez facilement pour en apprendre plus. Mais voilà j’avoue que j’attendais plus de ce récit, principalement devant tous les axes de développement qu’il y avait que ce soit sur l’époque, le racisme, le rejet, la violence ou encore la pauvreté qui, sans dire que l’auteur ne les développe pas, me paraissent ne rester qu’en surface à chaque fois. Les USA développées dans le fond se révèlent en tout cas intéressantes, offrant un background dense et sombre, qui se marie bien avec ce récit en forme de conte qui nous est présenté. Concernant les personnages, ils se révèlent intéressants à découvrir, l’auteur proposant un panel de personnages complexes, avec leurs forces et leurs faiblesses, même si certains auraient peut-être mérité plus comme le Prêcheur ou Skunk. La plume de l’auteur se révèle simple, efficace, collant au plus près des personnages et de l’époque. Au final un récit pas mauvais, divertissant, mais qui, pour moi, aurait pu proposer quelque chose de plus profond. Je lirai en tout cas d’autres écrits de l’auteur pour me faire un autre avis, car il y a du potentiel rien que dans l’ambiance et le style.

 

Ma Note : 6,5/10

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  1. Je n’ai pas pris le roman dans le même sens que toi. Je l’ai trouvé plus symbolique. Du coup je réalise que je n’ai pas saisi ces manques!

    • C’est vrai que je ne l’ai pas obligatoirement pris du point de vue symbolique avec la version « conte », peut-être que ma lecture aurait été différente.

  2. Je le débute sous peu, j’espère apprécier ^^

    Au passage je t’ai nominé par ici :
    http://lesvictimesdelouve.blogspot.fr/2015/10/blogger-recognition-award-vos-souhaits.html

    belle soirée ^^

    • Je te souhaite une bonne lecture alors, merci pour la nomination j’avoue ne pas avoir trop le temps de bloguer pour le moment je regarderai cela ce Week End.

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