Les Griffes et les Crocs – Jo Walton

Résumé : Bon Agornin a eu une longue et belle vie, mais sa fin est proche, il le sent. Étendu près de son trésor, il attend la mort. Toute sa famille est réunie pour vivre avec lui ses derniers instants : ses deux fils et ses trois filles, ainsi que son gendre, l’Illustre Daverak qui héritera de son domaine.
Bon Agornin tient absolument à se confesser à son fils aîné, il veut partir absous de ses péchés, d’autant que ceux-ci sont immenses : afin de pouvoir devenir un dragon de soixante-dix pieds de long, capable de voler et de cracher du feu, il a dévoré son frère et sa sœur – les carcasses de bœuf ne suffisent pas pour mener à bien une telle entreprise…
«Je n’ai pas eu le choix», se justifie-t-il, dans son dernier souffle. Avant d’être dévoré à son tour par ses héritiers, comme le veut la tradition chez les dragons.

Edition : Denoël Lunes d’Encre

 

Mon Avis : J’avoue, depuis que j’ai découvert Jo Walton avec son roman Morwenna, je me laisse assez facilement tenter par chaque nouvelle publication de l’autrice. Jusqu’à maintenant je n’ai jamais été déçu par ses récits, proposant des histoires humaines, complexes, intelligentes et très intéressantes. C’est donc sans surprise que je me suis rapidement laissé tenter par cette nouvelle publication en VF, mélange de Fantasy et de roman victorien. A noter aussi la magnifique couverture, illustrée par Aurélien Police et qui, je trouve, colle parfaitement au récit. Il est aussi à noter que ce roman a gagné le World Fantasy Award de 2004.

On se retrouve ainsi ici à suivre la famille de Bon Agornin, composée de deux fils et trois filles, qui suite au décès de leur père vont voir leurs vies bouleversées. En effet aucun des fils n’ayant l’expérience, ni le statut social nécessaire pour gérer le domaine, la famille va donc devoir se séparer. Chacun d’entre eux va ainsi se retrouver, dans son évolution sociale mais aussi dans son intégration, à se battre contre un système qui est figé, mais rien ne va se passer comme prévu. Alors, je dois bien admettre qu’une fois la dernière page tournée, je n’ai jamais pu complètement accrocher à ce roman. Oh, attention, ceci n’a rien a voir avec le récit en lui-même, mais plus par le fait que la notion d’histoire Victorienne, qu’elle soit revisité avec des Dragons ou non, n’est tout simplement pas pour moi. Avant de me lancer dans ce roman, je n’avais jamais lu de romans Victoriens à la Victor Trollope auxquels Jo Walton rend ici hommage, mais je sens clairement que je ne suis pas le lecteur de ce genre. Pourtant ce livre ne manque pas non plus de qualités, on y retrouve déjà la patte de l’autrice qui propose un récit fluide et un minimum entraînant, ce qui fait que le  lecteur se laisse aller à tourner les pages plutôt facilement. mais le premier point qui m’a accroché c’est l’intrigue, qui est tellement prévisible qu’elle en perd tout intérêt. Je veux dire dès le premier quart du roman j’avais deviné 90% de la conclusion. Alors certes c’est un hommage et le tout est porté par un on léger et parfois ironique qui doit apporter un plus à l’ensemble, mais voilà j’ai eu l’impression que, sachant ce qui va advenir, le reste ne devenait finalement que du remplissage.

L’autre point intéressant du roman vient clairement de l’univers qui nous est présenté tout du long. En Effet l’autrice nous offre un univers qui s’avère franchement dense, complexe et intéressant à découvrir que ce soit dans son aspect social, politique, délicat, mais aussi dans son ambiance qui colle parfaitement au récit. J’ai ainsi trouvé un vif intérêt à découvrir ces différents lieux, mais aussi ce pays qui entre de plus en plus dans la révolution industrielle, qui est figé dans des us et coutumes à la fois obsolètes et désuets comme par exemple le marché du mariage et d’autres encore. Le tout repose aussi sur une structure sociale hiérarchisée à l’extrême, qui voit contre son grès de plus en plus de riche « s’acheter » une position qui n’était propre jusqu’à maintenant qu’à la noblesse. On y retrouve aussi toute la notion de lutte de classe, que ce soit à travers les servantes qui doivent subir et se taire, la position de la femme ou encore le pouvoir des nobles le tout fortement teinté de Religion. Je suis par contre un peu déçu que l’autrice ne développe pas plus les relations Humains / Dragons qui sont à peine survolées. Mais le gros point important vient de mettre en avant des dragons qui permettent à Jo Walton de justifier biologiquement les comportements « aberrants » des romans victoriens. Sauf que voilà, mis à part une ou deux idées, j’ai trouvé que les dragons n’apportaient pas grand-chose à mon goût. J’ai eu aussi l’impression que le récit use un peu trop de l’anthropomorphisme à mon goût (marchant sur deux pattes, chassant au fusil en plus de leurs griffes, …). Alors il y a bien l’idée du cannibalisme (qui est une jolie métaphore), cette idée de changement de couleur d’écailles sur la pureté des dragonnes, ou encore les ailes entravées pour les serfs, mais je ne sais pas pour moi elles m’ont paru anecdotique n’accentuant pas obligatoirement le message recherché.

Concernant les personnages, comme je l’ai dit, je n’ai jamais lu de romans victoriens, mais on plonge quand même clairement parfois dans la caricature. Chaque personnage est, je trouve, un archétype sur patte poussé à son paroxysme. Alors oui, je sais qu’il y a du cynisme et de l’ironie derrière tout cela, que pousser les héros à un tel pont doit permettre de tordre le cou à ces représentations, ces images, mais voilà pour que ça marche il faut pouvoir être pleinement happé dans le récit ce que, finalement, je n’ai jamais réussi à faire. C’est dommage, car même si au final ils ne sont pas complètement mauvais, loin de là, bien porté par ce ton léger, il y avait, je trouve, la possibilité de faire tellement plus. Après, là où l’autrice arrive par contre à faire en partie mouche c’est dans les questionnements que ce livre soulève tout du long. Ainsi que ce soit sur les inégalités entre hommes et femmes, le traitement que l’on inflige aux femmes comme par exemple l’idée de rester pure jusqu’au mariage alors que les hommes peuvent « batifoler » sans craintes, la religion, les notions de mariages et d’amour principalement entre différentes classes, les dots ou bien encore la maladie et la mort l’autrice brasse à nouveaux de nombreuses thématiques. Sauf que voilà, contrairement à Morwenna ou Mes Vrais Enfants je n’ai pas trouvé qu’elle le faisait avec autant de réussite, et d’efficacité, offrant oui par moment un travail intelligent, mais tombant parfois aussi dans une certaine facilité voir une simplicité frustrante.

D’autres points ont aussi joué sur ma lecture, le premier vient des nombreux Deus Ex Machina qui arrivent à la fin et qui ont bien entendu le chic pour nous offrir une conclusion où tout fini tellement bien pour nos héros que j’ai failli aller me plonger dans une piscine de guimauve, et une impression que tout va par moment trop vite, se basant sur des ellipses ou des facilités que j’ai trouvé dérangeante. Après, je le répète, je pense que ce roman n’est pas fait pour moi, n’ayant jamais été plus tenté que cela par le roman Victorien, je pense être passé à côté de nombreuses clés de compréhension et d’humour qui ont du parsemer ce récit, ce qui a donc fait que je n’ai jamais complètement accroché à l’histoire et tout ce qu’elle pouvait cacher. Concernant la plume de l’autrice elle est fluide, entraînante et efficace et même si Les Griffes et Les Crocs est loin de m’avoir complètement convaincu, cela ne m’empêchera pas pour autant de lire d’autres romans de Jo Walton.

En Résumé : Je dois bien admettre que je n’ai pas été complètement convaincu par ce roman de Jo Walton mélangeant récit Victorien avec de la Fantasy à dragons. Il faut dire que je n’ai jamais été très tenté par le genre de roman Victorien et je n’en ai même jamais lu, par conséquent il est possible que je n’avais pas les bonnes clés pour comprendre ce roman. L’ensemble possède pourtant de points positifs, il est ainsi porté par un style fluide, efficace et un minimum entraînant. L’univers mis en avant ne manque pas d’attrait, se révélant intéressant aussi bien socialement, politiquement et aussi dans la découverte de cette Angleterre en pleine industrialisation. J’ai par contre été un peu déçu que l’aspect entre les humains et les dragons ne soient pas plus développé et je trouve aussi que mettre des dragons à la place des Hommes, même si justifié par l’autrice, n’apporte quasiment rien au récit selon moi. Concernant les personnages ils sont poussés à un tel paroxysme qu’ils en deviennent des caricatures, ce qui m’a bloqué, même si j’en comprends toute l’ironie et l’humour que cela sous-entend. Concernant les thématiques soulevées, l’autre brasse de nombreux sujets que ce soit sur la position de la femme dans la société, mais aussi par rapport à l’homme, la religion, les classes sociales et tout ce que cela amène comme  discriminations et violences, ou encore la mort, mais autant certains points sont traités avec intelligence, autant d’autres mon paru amené de façon trop simplistes et faciles. Je regretterai aussi des Deus Ex Machina sur la fin qui offrent une conclusion un peu trop happy end et aussi certaines ellipses et passages traités trop rapidement. Après comme je l’ai dit je ne suis pas un adepte de romans victoriens, j’attendais peut-être plus une Fantasy avec un soupçon d’époque victorienne que l’inverse. Cela ne m’empêchera pas pour autant de lire d’autres romans de l’autrice.

 

Ma Note : 5/10

 

Autres avis : Apophis, Vert, Boudicca, Samuel Zitterman, Lutin, AcrO, Mariejuliet, …

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  1. Ce n’est pas vraiment non plus mon style de lecture habituelle donc je pense que je passerai mon chemin sur celle ci.
    Merci en tout cas pour ton avis.
    Bonne soirée

    • De rien, c’est vrai que c’est une lecture un peu particulière, on accroche ou pas. Pour ma part je suis passé à côté.
      Bonne soirée.

  2. Mince, dommage ! Mais j’ai toujours envie de le lire malgré tout 🙂

  3. Pierre-Jean

    Je suis allergique à Jo Walton…Ce n’est pas celui-là qui va me faire changer d’avis…

  4. Je suis d’accord, c’est vrai que la couverture est adéquation parfaite pour représenter un roman de la période victorienne 🙂 Tout comme toi, le récit n’a pas su m’emporter et j’avoue que j’espérais qu’elle investisse davantage le fonctionnement sociétal des dragons.

    • C’est un peu ça, j’attendais plus de travail sur l’aspect social, peut-être plus de tension. Bon après, j’avoue, en général (victorien ou non) la course au mariage me laisse plutôt de marbre que ce soit livre, cinéma, … donc ça n’aide pas trop non plus.

  5. Bien aimé pour ma part mais je suis immédiatement rentrée dans l’ambiance. Je comprends ceci dit que ça ne convienne pas à tout le monde ^^.

    • Tout dépend de chacun, mais oui pour ma part le côté évolution social lié par le mariage et la recherche de l’amour me laisse parfois perplexe.

  6. Pareil, je n’ai pas du tout accroché au récit.
    Au debut, si, mais au bout de 100/150 pages, je l’ai trouvé fort long.
    Je ne me suis pas vraiment accroché aux perso, et ai trouvé peu d’interet au deroulement.
    Idem pour la fin… lol je comprends la noyade dans la guimauve
    Malgré tout, la plume de Walton reste top. J’ai bien apprécié les traits d’humour qu’on pouvait lire à travers la voix du narrateur.

    • C’est vrai la plume de Jo Walton est toujours présente et top, maintenant voilà c’est le genre d’hommage que soit on comprend soit on passe à côté. Je crois que nous sommes passés à côté tout simplement, tout comme moi j’ai adoré Morwenna et certains l’ont trouvé ennuyeux et le considère comme un simple listing de romans.

      • Le « style victorien » ne m’a pas trop dérangé. Elle immergeait bien dans l’ambiance. Maintenant, pareil, je ne suis pas experte, et je dois ENCORE découvrir Jane Austen 😉 (wais wais PAL sans fond et sans âge…)
        OOOh oui! Morwenna. J’ai découvert Walton avec la Trilogie. Puis Morwenna, et j’ai vibré avec Mes vrais enfants. Elle sait vraiment plonger ses lecteurs dans son univers. (Même si on adhère moins ;-))
        Peut-être que je l’ai trouvé un peu trop « enfantin » à mon goût, ce Griffes & Crocs.
        (Comme tu disais aussi, au niveau de la résolution etc.)

        • Alors la dernière fois que j’ai dis que Jane Austen proposait des romans Victoriens je me suis fait mordre par une Marmotte déchainée ^^
          En fait pour être précis Jane Austen vient surtout de l’époque Georgienne si je ne me trompe pas.

          C’est vrai que la conclusion est assez facile et simpliste avec un happy-end tellement gros que ça m’a laissé de marbre.

          • 😉 AHAH 🙂
            Merci du tuyau.
            Oui enfin bon, je n’ai pas une maîtrise en histoire. Bin Victorien, c’est bon non? (je m’en file aller lire un peu de documentation sur le sujet tiens :-))
            Oui dans le sens où George était au pouvoir et pas Victoria… dans ce sens… (en même temps, je ne connais pas bien « ses dates de publi » :-))

          • C’est ça, Jane Austen étant décédé 2 ans avant la naissance de Victoria et 20 ans avant qu’elle devienne reine il est dur de dire que ces romans sont victoriens 🙂

          • Et est-ce qu’on pense au fait que Jane aurait pu voyager dans le temps!?!
            AhAaah!!
            🙂

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