Lud-en-Brume – Hope Mirrlees

lud-en-brumeRésumé : Aux frontières de la Faërie, Lud-en-Brume est une cité prospère et paisible. Mais les secrets hérités du royaume voisin ne sauraient rester indéfiniment dans l’ombre. Les fruits féeriques, drogue nocive et bannie de la société luddite, circulent dans la région. Ranulph semble en être victime, et son père, le Maire Nathaniel Chantecler, qui faisait jusqu’à maintenant régner la Loi d’une poigne molle et tranquille, se doit bientôt de faire l’impensable pour sauver son fils et sa cité. Mais heureusement pour Lud-en-Brume, Nathaniel est doté d’un esprit des plus pragmatiques… et d’une tête dans la lune.

Edition : Callidor

 

Mon Avis : Cela fait un petit moment que je souhaitais découvrir la maison d’éditions Callidor, motivée par la littérature de l’imaginaire, qui propose de mettre en avant des auteurs disparus et, soit peu connus, soit plus édités depuis un long moment. Je me suis ainsi laissé tenté par ce Lud-en-Brume, car présenté par Neil Gaiman comme l’un des romans qui a fortement influencé son imaginaire et ses écrits. J’avais donc hâte de voir ce que ce classique de la fantasy allait bien pouvoir proposer. En tout cas je trouve les illustrations de ce livre, que ce soit celles intérieurs comme celle de la couverture, réalisées par Hugo de Faucompret franchement magnifiques.

Lud-en-Brume, dans la région du Dorimare, est ville qui vit paisiblement depuis le soulèvement de la ville qui a fait fuir le Duc Aubrey, membre éminent du pays de Faërie qui est situé juste derrière les montagnes de la contrée. Faërie est ainsi devenue une région interdite, rejetée, dont il ne faut pas parler, ainsi que de leurs produits considéré comme maléfiques. sauf que voilà, un jour Ranulph, le fils du maire  Nathaniel Chanteclerc aurait soit-disant mangé un des fruits interdits et doit, pour se soigner, aller vivre un temps à la campagne. Alors, au final, ce roman mérite-t-il les éloges de Neil Gaiman? Clairement je dirais oui, j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce livre, construit comme un conte, qui propose de nombreux niveaux de lectures, offrant ainsi un récit terriblement efficace et entraînant.

Clairement, on trouve ici un roman qui s’impose par son ambiance, le tout à travers un démarrage et une première partie qui peut paraître lente, mais prend finalement le temps de bien poser son univers et son ambiance. Cela en dérangera sûrement plus d’un, si vous cherchez un récit plus nerveux, surtout que l’auteur peut donner l’impression de se perdre en circonvolution, mais la plume soignée et poétique m’a véritablement happé dès la première page, rendant son récit fascinant à découvrir. Sauf que voilà, contrairement à L’Epée de l’Hiver que j’ai lu il y a peu et qui reposait aussi beaucoup sur l’ambiance, ici Hope Mirrlees ne fait pas passer non plus l’intrigue au second plan. En effet après cette phase de présentation elle commence à se dévoiler, à travers cette histoire de trafic de fruits féeriques, cette enquête, mais qui va prendre de plus en plus d’ampleurs. L’intrusion du fabuleux dans cette ville va ainsi bouleverser la vie quotidienne des habitants qui pensaient en avoir fini avec Faërie. Une enquête qui va ainsi gagner en tension et en révélations pour aboutir à un final que j’ai trouvé plutôt réussi et efficace.

L’univers que construit l’auteur se situe clairement dans le merveilleux féérique, avec toujours dans l’ombre le rôle mené par les faes. On découvre ainsi ici au fil des pages un monde à la fois fascinant, dense et magnifique, porté par de longues phases de descriptions qui rendent clairement l’ensemble palpable, réaliste et vivant. On a clairement l’impression de découvrir la ville, mais aussi les différentes régions que l’on va croiser au fil du récit, d’en découvrir leurs traditions, leurs moeurs, leurs petites habitudes. L’ambiance, à la fois envoutante et hypnotique, happe  facilement et rapidement le lecteur pour peu qu’il se laisse porter. Autre point intéressant, si on remet le roman dans son contexte soit écrit en 1926, c’est clairement l’aspect politique qui met en avant une république ce qui était plutôt rare. En effet après l’expulsion du duc le pouvoir ne repose ainsi plus sur une seule personne, mais sur un sénat ce qui est plutôt rare pour l’époque. Après, si on continue à parler du contexte du roman, certains aspects ont peut-être tout de même un peu mal vieilli, comme la position de la femme. Mis à part femme de Nathaniel Chanteclerc qui sort un peu du lot, les autres sont trop ancrés dans leur époque où l’avenir repose sur un bon mariage, savoir danser, coudre…

Comme dit dans la préface, ce roman ne cherche pas à parler de lutte des classes, ce n’est en rien son message premier, il cherche plutôt à nous rappeler l’importance de l’imaginaire dans nos vies. Les habitants de Lud-En-Brume démontrent ainsi une société aseptisée, cyclique dans sa routine et l’intrusion de Faërie va ainsi apporter une dose de folie et d’amusement, certes parfois poussé à l’extrême. Le récit cherche ainsi à montrer que la magie et la beauté ne sont jamais loin et qu’il faut savoir la trouver et surtout l’accepter. Le rêve est ainsi important dans la vie de chacun. Il contient aussi de nombreuses paraboles intéressantes, que chacun interprétera à sa façon tant elles possèdent de multiples lectures, que ce soit sur l’interdiction et le contrôle, la justice, l’acceptation du changement ou bien encore sur la vie et la société. C’est d’ailleurs aussi l’une des forces du récit, cette capacité à soulever de nombreuses questions, à laisser de nombreux petits axes de réflexions ouverts. Au final un monde fascinant, principalement par sa beauté, son lyrisme et une certaine étrangeté qui s’en dégage, le tout dans une ambiance poétique, légèrement cynique et décadente aussi pour un roman de l’époque selon moi, ce qui apporte un plus à l’ensemble.

Concernant les personnages je dois bien avouer qu’ils s’avèrent eux aussi de qualité. L’auteur arrive à brosser des protagonistes hauts en couleurs, soignés et intéressants à voir découvrir et évoluer. Il y a un vrai travail de fond sur eux tout du long, que ce soit à travers leurs émotions comme leurs histoires, qui font qu’ils s’avèrent complexes, ne tombant jamais dans le manichéisme qu’on peut parfois retrouver dans ce genre de récit. Même les quelques êtres de Faërie que l’on croise sont loin d’être les monstres que l’on veut bien nous faire croire aux premiers abords. Que ce soit lé héros Nathaniel Chanteclerc, qui parait dans les premières pages un bourgeois hautain, égoïste, mou, coincé dans un mariage peu satisfaisant mais qui va dévoiler une certaine imagination et une certaine passion quand son fils sera impliqué, sa femme personnage secondaires mais qui en quelques lignes brossent une héroïne qui peut paraitre futile mais s’avère finalement solide et forte ou bien encore le médecin Endymion, tous possèdent une certaine ambiguïté, une ambivalence, des imperfections qui font qu’on s’attache assez rapidement à eux et à leurs aventures. Je pourrai peut-être regretter un aspect émotionnel parfois légèrement distant, mais franchement rien de bien dérangeant tant ils paraissent vivants et cohérents dans cet univers.

Je regretterai peut-être deux petites choses, d’abord l’utilisation parfois de certaines simplicité pour faire avancer l’intrigue qui m’ont paru amené de façon trop précipité, et une conclusion un chouïa trop rapide dans ce qu’elle cherche à mettre en avant par rapport à son message principal, mais franchement rien de trop dérangeant tant j’ai été emporté par ce roman. Il faut dire aussi que le gros point fort vient clairement de la plume de l’auteur que j’ai trouvé magnifique, poétique, envoûtante, dense et qui a réussi à me happer de la première à la dernière page. Je ne regrette absolument pas la découverte de ce roman et je comprends parfaitement qu’il ait pu influencer de nombreux auteurs.

En Résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman, publié initialement en 1926, qui nous plonge dans une histoire prenant place dans ce que j’appelle le merveilleux féerique. L’auteur développe un conte qui va se révéler dense, prenant son temps à bien poser son univers dans une premi-re partie avant de monter doucement en tension pour aboutir à une conclusion plutôt efficace. L’ensemble peut paraître partir de trop dans circonvolution, surtout si vous cherchez un roman nerveux, mais de mon côté j’ai rapidement été happé par le côté envoûtant et magique du récit. L’univers présenté du début à la fin est captivant à découvrir, bien porté par des descriptions soignées et on découvre avec plaisir les us et les coutumes de cette cité. Le récit soulève aussi de nombreuses questions, à laisser de nombreux axes de réflexions ouverts où chaque lecteur y trouvera sa propre conclusion ; la principale étant l’acceptation de l’imaginaire, du rêve dans la réalité. Les personnages s’avère être eux-aussi intéressant à découvrir et à suivre, l’auteur nous offrant des personnages ambigüs, complexes et attrayants, même si les personnages féminins sont peut-être un peu trop d’époque. Je regretterai peut-être juste une ou deux simplicités dans l’intrigue et une consluion un chouïa trop rapide dans l’acceptation de son message, mais franchement rien de trop dérangeant. La plume de l’auteur est hypnotique, dense, soignée et envoutante, pleine de poésie, de mystèrs et de féérie qui m’a facilement plongé dans son récit. Je suis bien content de la découverte.

 

Ma Note : 8,5/10

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  1. Il faudra que je le rattrape celui-là un jour ! (et pas que pour la préface de Neil Gaiman xD)

  2. Ça risque de beaucoup me plaire en effet.

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