Contes du Soleil Noir : Invisible – Alex Jestaire

Résumé : À la dérive dans les rues de Bruxelles, un SDF prend conscience qu’il est en train de devenir invisible aux yeux des passants – réellement invisible. Facétieux, il tire parti de cette nouvelle donne en se jouant des barmen, des touristes, des policiers et des femmes…

 

Edition : Au Diable Vauvert

 

Mon Avis : Alex Jestiare nous livre avec Invisible le troisième conte de son cycle qui tourne autour des Contes du Soleil Noir. Après Crash, qui m’avait offert un sympathique moment de lecture et des réflexions intéressantes (ma chronique ici), puis Arbre qui m’avait laissé sur ma faim devant une certaine incompréhension du côté mystique et de la conclusion (ma chronique ), je me demandais bien ce qu’allait pouvoir proposer l’auteur dans ce troisième tome. Concernant la couverture, illustrée par Olivier Fontvieille, je la trouve moins intéressante que celles des autres tomes. Le personnage version kaléidoscope me fascine moins je trouve. Le livre est toujours porté par des illustrations internes de Pablo Melchor qui apportent un petit plus à l’ambiance du récit.

Ce récit reprend un peu le même genre de construction que Crash, le Geek nous présentant ainsi Joffrey, un SDF qui vit dans les rues de Bruxelles avec son chien et qui tente de survivre. Le genre d’individu que personne ne remarque jamais ; cela en devient d’ailleurs à un tel point que quand il se réveille il est devenu invisible. Il a beau tout tenter pour se faire voir et entendre, personne ne le remarque. Il se rend rapidement compte de l’intérêt de ce pouvoir, des avantages qu’il offre et des nombreuses « blagues » qu’il va pouvoir faire. Sauf que très vite Joffrey va découvrir que ce don est finalement une malédiction. Ce court roman se révèle finalement plus classique, la notion d’invisibilité d’un point de vue sociale ayant déjà été traité plusieurs fois, mais voilà j’ai trouvé que l’auteur s’en sortait plutôt bien. Le traitement légèrement angoissant, avec ce côté un peu misérabiliste qui, sans tomber dans la caricature, fait réfléchir et offre un certain intérêt au récit, font que j’ai trouvé que ce tome offrait un moment de lecture plus que sympathique et divertissant.

L’auteur reprend ici, comme je l’ai dit, le même type de construction que Crash, se concentrant plus sur une seule ligne d’intrigue, celle de Joffrey, ce qui permet ainsi à l’auteur d’offrir un héros très intéressant à découvrir. Alors pas tant dans ce qu’il montre obligatoirement, que dans ce qui est sous-entendu et les non-dits. La plume est toujours aussi incisive dans la construction de ce personnage, paumé, abandonné du système, qui a bien tenté pendant de trouver sa voie, pour mieux retomber dans la rue. Il est un peu le soucis d’un système d’élite qui ne s’intéresse pas, et ne veut surtout pas s’y intéresser, aux personnes qui ne n’arrivent pas à s’y intégrer. Mais surtout ce qui marque c’est cette lente compréhension du « don » que reçoit notre héros. Cette lente transition entre un pouvoir qui peut lui permettre de réaliser ce qu’il a envie, jusqu’à plonger au fur et à mesure dans une solitude encore plus angoissante, douloureuse et dérangeante. On découvre ainsi au départ un Joffrey tragi-comique, parfois jusqu’à l’absurde idiot, qui va peu à peu se rendre compte du manque des autres. Il découvre alors que la vie sans contact, sans rencontre, sans discussion n’est finalement qu’horreur et angoisse. Autant on peut ne pas être accroché par le personnage en lui-même, tant parfois j’ai trouvé que l’auteur en faisait un peu trop, mais sa descente aux « enfers » ne manque pas de faire réfléchir et de soulever de nombreuses questions et parfois même de toucher le lecteur.

Les réflexions que soulève l’auteur sont d’ailleurs un des axes principaux des différents contes qu’il propose. Il cherche ainsi clairement à offrir un conte social, à nous présenter une vision du monde sombre, angoissante, ou finalement notre société se dirigerait vers sa fin, le tout de façon cohérente et efficace. On se retrouve ainsi à se poser de nombreuses questions que ce soit concernant les laissé pour compte, ces SDF qui n’intéressent personne, sur la technologie et la manière dont elle est présente en permanence dans nos vies et enregistre tout ou bien aussi d’un point de vue social. On se met ainsi d’un certaine façon à se poser des questions sur notre société, cette façon qu’elle a d’isoler finalement chacun d’entre nous, de nous rendre indifférent à ce qui peut se passer autour de nous. Les axes de réflexions sont durs, percutants, mais ne sont jamais non plus imposés ; chacun se faisant son propre avis. Alors parfois, c’est vrai, ils se révèle traités de façon un peu facile voir simpliste. Il faut dire que le format est assez court, ce qui joue forcément, mais c’est quand même un peu dommage. J’ai par contre bien accroché à la conclusion de ce récit, teinté de fantastique, qui reste ouverte et colle bien au récit.

Concernant notre narrateur, le Geek, j’ai trouvé les passages le concernant mieux maîtrisé que dans Crash, même si par moment il continue à en faire un peu trop. Les passages où on le suit m’ont paru plus fluides et plus intéressants dans ce tome. Il continue par contre a en faire légèrement trop sur la véracité de son récit, cherchant à faire germer le doute dans la tête du lecteur, mais je ne trouve pas que cela apporte grand-chose, même si ça ne dérange pas non plus de trop la lecture. La plume de l’auteur est toujours aussi vive, incisive, percutante et efficace ce qui rend ainsi cette histoire encore plus saisissant. Je vais ainsi me laisser tenter par le quatrième tomes de ces contes qui devrait sortir dans quelques mois, histoire de voir ce que va proposer l’auteur.

En Résumé :  J’ai passé un sympathique moment de lecture avec ce troisième conte du soleil noir. On découvre ainsi ici Joffrey, un SDF qui va se rendre compte qu’il est devenu invisible. Il va alors décider de profiter de ce don, mais va se rendre rapidement compte qu’il en devient une malédiction. On plonge ainsi dans un récit dont l’angoisse va monter lentement au fil des pages, dévoilant une certaine solitude qui entoure notre héros, accentué par son nouveau « pouvoir ». L’auteur ne cherche pas l’horreur de son récit, mais plus le questionnement qui se dégage devant ce récit troublant. On se retrouve ainsi à se poser des questions sur notre société, la technologie, mais aussi principalement d’un point de vue social, sur ces laissés pour compte, ces abandonnés sur lesquels on ferme les yeux. Surtout les réflexions ne sont jamais imposées ou forcé, chacun se fait ainsi on propre avis. Alors c’est vrai, parfois elles sont quand même amenées de façon un peu simpliste et facile, mais rien de non plus trop bloquant. Les passages sur le Geek m’ont paru plus intéressant que dans Crash, même s’il continue à en faire un peu trop sur la véracité de son récit, cherchant trop à instiller le doute, mais bon rien de gênant. La plume est toujours incisive, efficace et percutante et je pense que je vais me laisser tenter par le quatrième conte prévu dans quelques mois.

 

Ma Note : 7/10

Contes du Soleil Noir : Arbre – Alex Jestaire

Résumé : Une journaliste use du pouvoir du Soleil Noir pour obtenir le matériau de ses articles, tandis qu’en Inde, l’ascension d’un Soleil Noir au-dessus d’un arbre sacré connecte un couple d’éleveurs, un riche philanthrope et un temple hindouiste.

 

Edition : Au Diable Vauvert

 

Mon Avis : Après avoir découvert le premier conte de cette série, Crash, qui sans non plus se révéler exceptionnelle, s’avérait sympathique à découvrir avec quelques axes de réflexions intéressants (ma chronique ici), je me suis donc lancé dans la lecture d’un second Conte du Soleil Noir : Arbre. J’étais intrigué de savoir ce qu’allait bien pouvoir nous proposer l’auteur. Je ne reviendrai pas trop sur les références cités, j’en ai déjà dit assez lors de ma précédente chronique, juste que je confirme qu’elles me paraissent trop « lourdes » à porter pour cette série je trouve. Concernant la couverture, illustrée par Olivier Fontvieille, je la trouve plutôt réussie et les illustration intérieures de Pablo Melchor offrent toujours une ambiance légèrement angoissante.

On retrouve ainsi le Geek, notre guide de ses différents contes, qui après l’histoire de Malika vient ici nous présenter deux lignes d’intrigues. La première concerne Janaan, jeune indienne qui officie à Londres en tant que journaliste et qui possède le pouvoir en parlant, grâce au soleil noir, d’imposer sa volonté aux autres. Comme personne ne lui résiste, elle arrive ainsi à récolter toutes les informations qu’elle le souhaite, même les plus sensibles. Elle va ainsi se retrouver à enquêter auprès de la jeunesse aristocratique anglaise la plus riche, mais aussi la plus décadente. Sauf que rien ne va franchement se passer comme elle l’espérait. La seconde intrigue nous emmène en Inde, où un sage va tenter, suite à d’étranges phénomènes qu’il ressent, d’en découvrir la cause. Alors j’avoue ce second conte est moins, l’on va dire, ésotérique que le premier, le fantastique est clairement annoncé ici et pourtant j’ai moins accroché. Certains points et certaines transitions m’ont ainsi laissé plus que perplexe j’avoue.

Alors, il y a quand même des points intéressants dans ce court roman. Le récit se révèle plus énergique que Crash, peut être aussi moins introspectif aussi dans le piège que cherche à tendre Janaan, mais qui va finalement se retourner contre elle où de chasseuse elle va en devenir la proie. On est ainsi porté par un rythme plus tendu. L’héroïne offre aussi une approche différente que celle de Malika du précédent tome. Toutes les deux « étrangères », elles offrent pourtant des trajectoires diamétralement opposées qui font obligatoirement réfléchir. L’ambiance est aussi saisissante, que ce soit dans le côté angoissant que développe l’auteur autour du récit proposé ici, mais du sentiment d’impuissance qui est ressenti lorsque le piège se referme sur Janaan. On y retrouve aussi cette lucidité dans la plume qui se veut sobre, simple et pourtant tellement incisive. Autre point qui ne laisse pas indifférent c’est finalement la représentation de cette société, que ce soit Janaan qui abuse de son pouvoir pour ses simples envies personnels de réussite, ou bien les personnes qui vont la piéger et qui sont loin d’être des saints.

L’auteur nous offre aussi, même si j’ai trouvé cela moins marquant que dans Crash, de nombreux points de réflexions. En effet on y découvre ainsi une bourgeoisie Anglaise totalement déconnectée, qui se plonge dans la dépravation, les drogues et les fêtes pour son simple plaisir. On y voit aussi apparaitre une différence de classes accentuées où seuls les sélectionnés sont acceptés, que va être obligée de découvrir Janaan par la force des choses, allant jusqu’à en apercevoir les désirs les plus pervers et aberrants. On en vient à se poser des questions sur les envies humaines les plus sombres, Ce vernis de morale qui s’effrite, mais aussi sur l’inhibition qu’apporte l’argent et le pouvoir. Certes c’est du déjà vu, mais pourtant cela fonctionne ici plutôt bien, porté grâce à cette ambiance étrange et dérangeante. Obligatoirement, si on extrapole et qu’on sort du premier degré du récit, on pense aussi se questionner sur la violence présente dans notre société, à cette impuissance que l’on ressent qu’elle soit aussi bien physique, morale que même plus globale.

Sauf que voilà une fois la dernière page tournée, je dois bien avouer que je ne suis pas sûr d’avoir tout compris, principalement dans le dernier tiers quand les deux lignes d’intrigues se rejoignent. Il faut dire que toute la partie Indienne n’a pas totalement réussi à me happer, se perdant dans des notions mystiques que j’ai eu du mal à comprendre et à appréhender. Par conséquent quand on arrive dans le dernier tiers où tout se relie, je me suis senti un peu perdu. Certes c’est étonnant, surprenant, mais énormément de questions restent ouvertes, trop même pour moi qui pourtant aime ce genre de conclusion. J’en ai compris le côté un peu philosophique sur Janaan qui va découvrir son côté sombre, l’appréhender et s’en relever, mais de mon côté ça s’arrête là, ce qui est quand même frustrant. Alors après quelques recherches j’ai vu que l’auteur a construit ces contes sous la forme de 30 textes qui pourraient se répondre, on pourrait donc trouver nos réponses dans un autre livre de l’auteur, mais je trouve cela quand même un peu dommage. Je suis peut-être aussi passé à côté, n’ayant que peu de connaissances que le côté mystique indien que met en avant l’auteur. La plume de l’auteur est par contre toujours aussi fluide, entraînante et efficace et je lirai le troisième conte histoire de me faire un avis plus complet.

En Résumé : Je suis sorti de ma lecture de ce court roman Arbre, deuxième récit des contes du Soleil noir, avec un sentiment mitigé. J’avoue avoir bien accroché à la partie sur Janaan qui cherche à tendre un piège, mais qui va finalement se refermer sur elle. On ressent l’angoisse et ce léger sentiment d’horreur que met en avant l’auteur, ainsi que les réflexions qu’il soulève. On se trouve ainsi à se poser des questions sur la violence dans notre société, notre sentiment d’impuissance générale face à une population déconnectée, ou bien encore sur cette part sombre qui se cache en chacun d’entre nous et qui peut surgir. Le soucis c’est que je suis complètement passé à côté de toute la mythologie Indienne qu’on découvre dans la seconde ligne d’intrigue, ce qui fait que quand les deux se rejoignent dans la conclusion je ne suis pas sûr d’avoir tout compris ce qui est quand même un peu dommage. Certes cela peut venir clairement de moi, mais voilà cela a forcément jouer sur mon ressenti. La plume de l’auteur est fluide, vive et efficace et je lirai le troisième tome histoire de me faire un avis plus complet.

 

Ma Note : 6/10

Contes du Soleil Noir : Crash – Alex Jestaire

Résumé : La vie précaire d’une jeune mère isolée tourne au cauchemar après un accident. Clouée sur son lit d’hôpital, face à la télévision, elle se dissout peu à peu dans le flux de l’information mondiale catastrophiste.

 

Edition : Au Diable Vauvert

 

Mon Avis : Ce livre a terminé sa course dans ma PAL un peu par hasard. En effet on m’a proposé, il y a peu, de découvrir les premiers exemplaires de la série de contes écrite par l’auteur. Il y a ainsi cinq volumes qui vont être publiés courant de l’année 2017, chacun d’entre eux proposant une histoire et un personnage qui lui est propre. J’avoue alors avoir été intrigué par le concept, ainsi que par le côté très fantastique qui se dégageait des premiers résumés. À noter aussi une couverture, illustrée par Olivier Fontvieille, qui je trouve colle parfaitement à l’ambiance un peu étrange que veux mettre en avant l’auteur. Les illustrations intérieures, réalisées par Pablo Melchor, fonctionne bien aussi, proposant des dessins étranges et légèrement oppressants qui collent parfaitement au récit.

Je vais par contre faire un point. Je reviens rarement sur les références citées en quatrième de couverture, souvent parce que je trouve qu’elles ne servent à pas grand-chose et qu’à force de trop vouloir faire de comparaison on en oublie finalement l’auteur. Pour Crash je vais faire une exception, car je trouve que les noms cités en quatrième de couverture (King, Barker, Cronenberg ou encore Moore) me paraissent de trop pour les épaules de ce récit, ne sachant pas encore pour les autres tomes. Il serait ainsi dommage de se lancer dans la lecture de ce livre grâce à ces simples arguments, on risquerait d’en sortir déçu alors qu’il possède quand même une certaine originalité je trouve.

Plonger dans Les Contes du Soleil Noir c’est un peu comme plonger, si je devais proposer une référence (qui comme toute référence est bancale), dans Les Contes de la Crypte, mais avec un côté plus angoissant d’un pont de vue social. Le narrateur n’est pas ici un squelette, mais un geek qui dans les tréfonds du réseau à noter de drôles d’irrégularités et se retrouve à mener différentes enquêtes pour nous offrir des histoires. On y croit où pas, chacun est libre en fonction de ce qu’il présente, mais le doute est toujours là. Crash va nous faire suivre l’histoire de Malika qui tente de survivre dans le 94. Séparée d’un mari qui s’est « radicalisé » dans la religion, elle se retrouve à élever seul son fils grâce à un boulot pourri et est forcée à compter chaque sous deux fois avant de le dépenser. Un jour en rentrant du boulot elle subit un AVC ce qui provoque un grave accident de voiture. Enfermée dans un hôpital et devenue limite un légume, elle passe ses journées devant la TV. Elle va alors commencer peu à peu à voyager, à se « dissoudre » dans les programmes. Alors j’avoue une fois la dernière page tournée, tout n’a pas fonctionné avec moi concernant ce récit, mais dans l’ensemble j’ai passé un sympathique moment de lecture.

Déjà ce qui marque, selon moi, c’est l’acuité de la plume de l’auteur dans la construction du personnage de Malika. On découvre ainsi une héroïne, pure produit de notre société qui a de plus en plus de mal, qui s’avère profondément humaine dans ses blessure et ses envies. Elle évite ainsi de tomber dans un côté cliché, misérable et propose un personnage émouvant, dont on sent les failles, mais aussi le besoin de s’en sortie d’avancer. Entre rêve et réalité on se rend compte ainsi qu’elle a dévié, plus par la force des choses que par véritable choix, du chemin qu’elle s’imaginait plus jeune. D’une certaine façon elle arrive, je trouve, à toucher le lecteur car on a tous, à un moment ou un autre, été confronté à des choix importants, à être pressé par notre société. Ainsi on comprend un peu, d’une certaine façon, qu’elle lâche prise après l’accident et préfère s’évader dans la télévision, vivant de voyages qu’elle ne fera jamais, plutôt que vivre d’une réalité morne et qui parait foncer dans un cul de sac. Le tout est aussi porté par une ambiance légèrement stressante, angoissante, qui monte doucement en tension au fil des pages.

Cela ouvre par conséquent de nombreuses réflexions, que ce soit sur notre société, notre façon d’aborder notre vie et de faire nos choix, l’influence de la technologie aussi à travers l’enquête que mène le Geek, mais aussi le besoin de faire disparaitre les informations les contrôler. Surtout l’idée qui, selon moi, se démarque, vient de l’évasion de l’héroïne à travers la télévision, sa capacité à fuir une réalité pour rejoindre un rêve, une vision. L’auteur la présente ainsi de façon neutre, ne cherchant pas à juger ou à montrer une dévire de notre société comme on le voit souvent à droite ou à gauche, mais nous dévoilant plus un constat dont chacun doit en tirer ses propres conclusions. Certes la technologie permet d’une certaine façon de « fuir », mais est-ce si grave de vouloir parfois se libérer des contraintes qui nous bloquent. Après c’est à chacun de ne pas dépasser les limites. Cela ne veut pas dire pour autant que ces avancées technologiques sont le rêve. Reste aussi, sans trop en dévoiler ni trop spoiler (j’espère), un questionnement sur l’avenir de notre monde, mais là je vous laisse découvrir.

Pourtant, quelques points m’ont tout de même dérangé. Déjà, comme je l’ai dit, le récit propose de nombreux points de réflexions, mais au vu de la taille du roman (une centaine de pages environ) parfois certaines ne sont à peines qu’esquissés ce qui est parfois frustrant. Ensuite, certains messages et certains axes de développements sont construits de façon un peu convenus à mon goût. De plus, l’auteur tente de s’amuser avec le lecteur, en jouant sur la véracité ou non de ses faits, sauf que parfois ça n’apporte rien, je trouve, à l’intrigue. Qu’il y ait du mystère je le comprends, mais voilà j’ai eu l’impression qu’il appuyait trop dessus pour tenter de nous dérouter sans que cela fonctionne complètement. Enfin le dernier point vient de la narration, le récit nous étant présenté à travers le geek qui en partie romance l’histoire de Malika et en partie vient lui-même apporter des précisions au lecteur et j’avoue que je n’ai pas toujours trouvés ces détails pertinents, alourdissant même parfois le récit. La plume de l’auteur est concise, simple, fluide et efficace qui vient coller parfaitement au récit, proposant ainsi un portrait à la fois tragique et intéressant qui, certes, et loin d’être parfait, mais m’a offert un sympathique moment de lecture.

En Résumé : J’ai passé un moment de lecture sympathique avec cette novella qui nous propose de découvrir un conte contemporain intéressant et légèrement angoissant, même si tout n’a pas réussi à m’accrocher. L’un des points forts du récit c’est la capacité de l’auteur à brosser une héroïne complexe, blessée par la vie et qui a du mal à tout gérer dans une société qui oublie de plus en plus la notion de social, le tout sans jamais tomber dans la caricature. On s’attache ainsi un minimum à elle et on la comprend. L’ambiance, légèrement oppressante, colle parfaitement à l’histoire et monte doucement en tension au fil des pages. De nombreuses réflexions nous sont proposés que ce soit sur l’influence de la technologie, sur nos choix de vie, sur la société mais aussi sur le besoin de fuir une réalité parfois trop oppressante. Alors parfois elles sont traités de façon un peu trop simplistes, ou rapides, mais dans l’ensemble ce récit ne laisse pas indifférent et nous questionne. Je regretterai aussi que certains axes de développements soient un peu convenus. Ensuite que l’auteur cherche un peu trop à créer le doute chez le lecteur ce qui ne fonctionne pas toujours bien. Enfin j’ai trouvé que les interventions du geek ne sont pas toujours utiles et alourdissent même, je trouve, le récit. La plume de l’auteur s’avère simple, efficace, incisive et fluide et je me laisserai tenter par les autres contes qu’il propose.

 

Ma Note : 7/10

Les Dieux Sauvages Tome 1, La Messagère du Ciel – Lionel Davoust

Résumé : Mériane est une trappeuse, une paria, une femme. Autant de bonnes raisons d’en vouloir aux Dieux qui ont puni le peuple de la Rhovelle pour les fautes de ses aïeux. Car depuis la chute du glorieux Empire d’Asrethia, le monde est parcouru de zones instables qui provoquent des mutations terrifiantes, les gens ont faim, et une religion austère qui prêche la haine des femmes soutient un système féodal.
Pourtant, quand les Dieux décident de vider leur querelle par l’intermédiaire des humains, un rôle crucial échoit à Mériane. Pour elle débute une quête qui la verra devenir chef de guerre et incarner l’espoir de tout un peuple.

Edition : Critic

 

Mon Avis : Lionel Davoust est un auteur dont je suis assidument les différentes publications depuis ma lecture de son premier livre La Volonté du Dragon. Il faut dire que, outre sa capacité à proposer des romans accrocheurs et efficaces, la construction de son univers Evanégyre au travers des différentes textes indépendants qu’il propose est vraiment fascinante et complexe. Cela permet aussi de proposer une large panel d’histoires, sur une ligne temporelle assez grande. D’ailleurs pour situer ce texte dans la chronologie il se situe avant Port d’Âmes, mais après la chute Saint Empire d’Asrethia. Cette fois l’auteur nous propose de revisiter  dans cet univers l’histoire de Jeanne d’Arc. Concernant la couverture, illustrée par Alain Brion, colle bien à l’ambiance du roman.

On plonge ainsi dans le royaume de Rhovelle, composé de sept duchés et gouverné par le roi Eol. Sauf que le roi n’a plus toute sa tête et a été obligé de laisser le pouvoir à un conseil composé d’un membre de chaque duché et de la reine. Sauf que certains se verraient bien redorer le blason du royaume à la place d’un roi malade. D’un autre côté les dieux Wer, dieu actuel de la Rovelle, et Aska se préparent à livrer une grande bataille, mais pour mener à bien cette bataille décisive ils vont devoir se reposer sur des Hérault. Mériane va alors se retrouver Hérault de Wer. Problème, la religion mise en avant par le dieu est une religion patriarcale, où les femmes n’ont pas d’autres rôle que de gérer le foyer et faire des enfants. Une fois la dernière page tournée j’ai passé un très bon moment de lecture avec le premier tome de cette trilogie. Certes, on ressent un peu le tome d’introduction, servant aussi bien à mettre en avant les personnages qu’à poser les bases de l’intrigue, mais le récit le fait de façon très efficace, pertinente et réussie. L’auteur construit ainsi son histoire en se servant d’une narration multiple, ce qui permet d’enchevêtrer de façon prenante différentes intrigues, que ce soit aussi bien Mériane qui devient Héraut du dieu, les dieux et leurs querelles, ou bien encore les jeux de pouvoirs et de trahisons porté par différents personnages. L’ensemble s’avère ainsi maîtrisé, bien porté par une tension qui monte lentement au fil des pages.

J’ai aussi replongé avec plaisir dans l’univers d’Evanégyre qui a bien changé depuis l’empire d’Asrethia bien connu avec ses technologies et son énergie quasi mystique, l’Artech, qui s’est depuis effondré pour laisser un monde en pleine reconstruction. Un avenir finalement plus moyenâgeux, mais contaminé par des zones instables qui transforment tout ce qu’il touche en abomination et poison. Une fusion entre biologie et technologie des plus immonde et effrayante. L’auteur montre ainsi qu’il continue clairement à s’amuser avec son univers, ce qui au final est plutôt une bonne chose, car cela permet d’éviter de s’enfermer dans la routine et par la même occasion offrir au lecteur régulièrement quelque chose de nouveau. Alors oui, c’est toujours risqué, mais je trouve que Lionel Davoust s’en sort bien, offrant ainsi un monde solide, plus âpre, plus violent et plus sauvage, mais qui aussi questionne sur ce qui a bien pu l’amener à une telle situation. On plonge aussi dans une construction qui peu paraitre binaire, avec d’un côté les fervents religieux et de l’autre les fervents technologiques, mais qui va finalement se révéler plus complexe au fil des récits. On découvre ainsi que chaque camp est loin de proposer le paradis et qu’en plus les humains ne sont pas non plus en reste pour venir tout compliquer. Au final j’ai plongé avec plaisir dans l’univers qui est proposé ici, bien porté par une ambiance sombre et efficace et qui offre de nouvelles perspectives. L’aspect politique est toujours bien présent et même s’il se révèle plutôt classique dans ces révélations (surtout si on connait un peu l’histoire de France) cela ne l’empêche pas de se révéler prenant et d’offrir tout de même quelques surprises.

Concernant les personnages le gros point fort du roman est ainsi d’arriver à offrir plusieurs points de vues, sans jamais vraiment donner l’impression d’ennuyer le lecteur ou de le perdre dans quelque chose de trop dispersé ou qui manque d’harmonie. Au final, ce roman propose des personnages sortent vraiment du lot. Je pense par exemple à Mériane l’héroïne qui ne cherche qu’à vivre sa vie en marge d’une société qui la rejette pour ses idées, ses choix de vie, et qu’elle ne comprend pas, qui va se retrouver guider par le dieu qui a justement crée cette société. C’est d’ailleurs elle qui soulève le plus de questions que ce soit sur la religion, notre regard sur les autres et sur les femmes ou bien encore la notion de bonheur et de connaissance. Il y a aussi Juhel, plus classique dans sa construction, mais qui s’avère efficace et offre quelques surprises. Les dieux Wer et Askaqui, au fil du récit, dévoilent une relation plus complexe qu’une simple haine. Je pense aussi à Chunsène qui a eu un peu de mal à me convaincre au début, mais qui très vite offre un regard intéressant et surtout permet de croiser certains personnages qui, je pense, vont se révéler par la suite. Au fil du récit l’auteur propose ainsi de suivre de nombreux protagonistes intéressants, certes parfois un peu convenus par moment, mais qui s’avèrent plus que solides, entraînants et proposant une intrigue captivante avec son lot de rebondissements entre complots, trahisons et conquêtes. Les dialogues ne manquent pas non plus de se révéler percutants.

Alors après, je ne regretterai finalement que deux petits points qui m’ont légèrement dérangés. Le premier, c’est une transition dans l’intrigue autour du Duc Juhel qui m’a paru un peu trop rapide. L’ellipse utilisé m’a paru peut-être un chouïa précipitée par rapport aux évolutions qui surviennent, surtout quand parfois l’auteur donne l’impression de bien prendre son temps pour expliquer d’autres changements, principalement au début. Enfin, j’ai trouvé que dans les scènes de batailles, l’utilisation de l’arc par Mériane m’a paru un peu trop facile. Elle donne franchement l’impression de positionner une flèche et de tirer trop rapidement je trouve ce qui fait qu’elle parait enchaîner les tirs à une vitesse hors norme. Bon après ce ne sont que deux petits points qui n’ont en rien gâché ma lecture, tant l’auteur offre un premier tome réussi, captivant, qui vient tout mettre en place pour la suite tout en offrant une tension qui monte crescendo et qui fait que je me suis retrouvé à tourner les pages avec plaisir et envie d’en apprendre plus. La plume de l’auteur est fluide, dense, prenante et j’ai hâte de découvrir la suite des aventures de Mériane tant j’ai de nombreuses questions qui me trottent dans la tête pour la suite.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce premier tome de cette trilogie qui offre une intrigue qui, certes, fait un peu à penser à un tome d’introduction, mais remplit parfaitement son rôle. On plonge ainsi dans une intrigue solide, efficace et entraînante avec son lot de rebondissements et de trahisons. J’ai replongé avec plaisir dans l’univers d’Evanégyre qui continue surtout à évoluer, proposant même une sacrée variation avec ce qu’on connaissait. C’est finalement ce que je trouve intéressant, arriver à renouveler l’univers, à lui proposer des variations logiques et solides. C’est à nouveau le cas ici, avec un univers âpre, violent, sauvage et prenant, avec un aspect social et politique intéressant. Les personnages ne manquent clairement pas d’attrait, certains sortant vraiment du lot comme Mériane, Juhel ou bien encore Chunsène et les protagonistes secondaires ne sont pas non plus en reste, me donnant envie d’en apprendre plus sur certains d’entre eux. Après, je regretterai peut-être une transition que j’ai trouvé un peu précipité, ainsi que la capacité à Mériane d’utiliser son arc, qui m’a paru un peu trop facile, mais rien de trop bloquant. La plume de l’auteur est fluide, soignée et prenante et j’ai maintenant hâte de découvrir la suite.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Phooka, Dup, …

Poumon Vert – Ian R. MacLeod

Résumé : LORS DE SA DOUZIÈME ANNÉE standard, pendant la saison des Pluies Douces habarienne, Jalila quitte les hautes plaines de Tabuthal. Un voyage sans retour — le premier. Elle et ses trois mères s’installent à Al Janb, une ville côtière bien différente des terres hautes qui ont vu grandir la jeune fille. Jalila doute du bien-fondé de son déménagement. Ici, tout est étrange. Il y a d’abord ces vaisseaux, qui percent le ciel tels des missiles. Et puis ces créatures d’outre-monde inquiétantes, qu’on rencontre parfois dans les rues bondées. Et enfin, surtout, la plus étrange des choses étranges, cet homme croisé par le plus pur des hasards — oui, un… mâle. Une révélation qui ne signifie qu’une chose : Jalila va devoir grandir, et vite ; jusqu’à percer à jour le plus extraordinaire secret des Dix Mille et Un Mondes…

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : J’avoue, avant de me lancer dans la lecture de cette novella, je n’avais jamais rien lu de Ian R. MacLeod. J’avais déjà entendu parler de l’auteur, principalement parce que j’ai l’habitude depuis plusieurs années de suivre de loin les différents prix internationaux, mais jamais aucun de ses écrits n’a rejoint ma bibliothèque. Je profite donc de la publication de cette novella, dans l’excellente collection Une Heure Lumière de la maison d’édition Le Bélial’, pour le découvrir. A noter la couverture, illustrée par Aurélien Police, que je trouve franchement superbe offrant comme toujours avec cette collection un superbe écrin au livre.

Ce récit nous fait suivre Jalila qui, lors de sa douzième année avec ses mères, quitte son chez soi dans les plaines qu’elle a toujours connu, pour aller vivre dans une ville côtière. Cette nouvelle vie ne va pas être de tout repos et on va la suivre au grès de ses pérégrinations, la voir grandir, évoluer et changer. Alors je dois bien admettre qu’une fois la dernière page de cette novella tournée, j’ai passé un très bon moment de lecture. Certes on est dans un récit qui ne plaira clairement pas à tous, mais moi il m’a réussi à m’emporter et à me fasciner à travers sa toile de fond et aussi dans ce qu’il développe. On plonge ainsi dans un récit profondément mélancolique, porté par un rythme lent qui va se révéler, je trouve, envoutant. Il n’y a ainsi pas ou peu d’action, mais plus la plongée dans une tranche de vie de l’héroïne, d’éléments et de découvertes qu’elle partage et qui la font avancer et évoluer. On découvre ainsi ce monde comme elle le voit elle-même, ce qui pourrait légèrement dérouter, mais de mon côté a réussi à me captiver. Il n’y a pas de véritable but ni de quête dans cette novella, simplement une jeune fille qui grandit dans un monde différent, à la fois du lecteur, mais aussi de ce qu’elle a toujours connu dans les plaines et qui va découvrir que devenir adulte n’est jamais simple.

Le premier point qui fascine dans ce texte c’est l’univers que développe l’auteur qui s’avère franchement originale, dense, soigné et fascinant. On plonge ainsi sur Habara une planète à la fois pleine de beauté et d’étrangeté, bien porté par un travail de description poétique, prenant et séduisant. Il y a quelque chose de réellement magique et magnifique qui se dégage de ce monde, travaillé jusqu’au moindre détail et qui dépayse clairement le lecteur. Je pense par exemple à cette idée de Poumon Vert, une spore qui permet à chacun de respirer l’air de cette planète. Ce côté vaste est aussi présent dans les non-dits, dans cette idée de Dix Mille et Un Mondes, dans cette façon qu’il va faire lever les yeux du lecteur et de l’héroïne vers les étoiles, ou bien encore dans la mythologie et l’Histoire qu’il construit montrant un univers d’une plus grande richesses encore. De mon côté ce fut à la fois enchanteur de le découvrir, mais aussi parfois légèrement frustrant, car obligatoirement une telle densité dans un format si court fait que de nombreux aspects restent à peine esquissés. Alors après ce n’est en rien bloquant tant l’ensemble est plus que réussi, mais voilà j’ai trouvé cela légèrement déroutant.

L’autre point intéressant, je trouve, du récit vient surtout du côté social qui est développé, l’auteur nous plongeant ainsi dans une société matriarcale. L’héroïne ne découvrant finalement son premier homme qu’une fois dans la ville d’Al Janb où un père et son fils se sont installés. L’intérêt principal de ce récit est finalement de ne jamais tenter d’offrir de comparatif, de vouloir essayer de montrer l’intérêt premier de sa société par rapport à une autre comme celle que l’on connaît. Il prend même le parti qu’il n’y a parfois que peu de différences entre une société d’hommes et une société de femmes, surtout quand on est adolescent et que les émotions priment parfois sur la logique. Attention je ne dis pas qu’elles sont identiques, juste que chacune d’entre elle aura ses forces et ses faiblesses et que parfois on y retrouve les mêmes défauts, juste qu’ils sont présentés différemment. Qui dit changement social, dit aussi pour l’auteur altération du langage qui devient à majorité féminin ce qui rend l’ensemble encore plus immersif. Cet ensemble fait qu’on se retrouve ainsi à se poser des questions, où l’on découvre aussi une société qui parait plus ouverte, mais qui finalement offre aussi ses jugements, ses rejets et sa violence. L’auteur traite ainsi de nombreux sujets de réflexions qui ne laissent pas indifférent allant de l’acceptation de soi, des autres mais aussi de ses différences, ou bien encore sur la notion d’avenir, d’amour de rêve et d’adolescence.

En ce qui concerne les personnages, là aussi Ian R. MacLeod nous propose quelque chose de profond, de solide, d’humain et de passionnant. Il aborde ainsi le passage de l’adolescence à l’âge adulte de Jalila avec une terrible acuité et une finesse qui font qu’on s’attache assez rapidement et facilement avec elle. L’auteur traite ainsi de la découverte, des premières fois et des premiers émois de cette période de la vie avec justesse et efficacité. Jalila quitte ainsi le monde de l’enfance où tout parait féérique et facile, pour entrer dans un monde où les relations deviennent compliqués et où il faut faire des choix pas toujours faciles. Jalila va ainsi se rendre compte que la vie est parfois complexe, dure, que ses rêves et ses envies changent, que ses choix et ses actes ont des conséquences sur elle-même, mais aussi sur les autres. On découvre ainsi une héroïne avec ses forces et ses faiblesses, ses doutes et ses envies, qui va devoir apprendre à trouver sa propre voie. Les protagonistes qui gravitent autour d’elle ne sont pas non plus en reste, apportant aussi leurs écots à la construction de Jalila tout en possédant leurs personnalités propres, progressant et allant aussi de l’avant au fil des pages.

Au final j’ai plongé avec plaisir dans ce récit qui m’a clairement dépaysé, nous rappelant la beauté des étoiles, tout en offrant une histoire finalement très ordinaire mais qui est magnifiée par sa justesse, par la fantaisie et l’imagination de l’auteur, ainsi que par les réflexions qu’il soulève de façon intelligente et efficace. Mon principal regret vient du fait que le récit est tellement dense, que ce soit dans ce qu’il présente que dans les questions qu’il propose, que le format novella ne me parait pas assez suffisant pour traiter l’ensemble de façon efficace. Ce n’est pas vraiment bloquant, mais c’est parfois légèrement frustrant tant j’aurais aimé que certains aspects soient un peu plus travaillés. La plume de l’auteur s’avère soignée, dense, poétique, envoutante et je lirai sans soucis et avec plaisir d’autres de ses écrits.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui, aux premiers abords, parait nous offrir une histoire ordinaire d’une adolescente qui grandit et évolue, mais qui finalement va se révéler bien plus que cela. J’ai ainsi plongé avec plaisir dans l’univers futuriste que construit l’auteur autour de l’héroïne que ce soit par la beauté des paysages et leurs dépaysements, comme par l’aspect social d’une société matriarcale, où ne sont présents que deux hommes, qui fait réfléchir. Un univers riche, dense et soigné qui donne envie d’en apprendre plus. On découvre des personnages humains, avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs envies et leurs doutes et suit avec plaisir Jalila, héroïne attachante qui va devoir grandir et évoluer pour continuer à avancer. L’auteur offre aussi de nombreuses réflexions que ce soit sur l’acceptation de soit, des autres, mais aussi sur la notion de choix, d’amour ou bien encore sur l’adolescence. L’ensemble est porté par un rythme lent, limite mélancolique qui pourra en déranger certains, mais qui je trouve colle parfaitement au récit et offre une ambiance envoutante. Je regretterai simplement que face à la densité proposée dans ce récit, le format novella fait que certains aspects sont à peine esquissés ce qui est parfois un peu frustrant. Rien de non plus trop bloquant ou dérangeant. La plume de l’auteur est poétique, dense, soignée et je lirai sans soucis d’autres de ses écrits.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Apophis, L’Ours Inculte, Yuzine, Boudicca (Bibliocosme), …

Sharp Ends – Joe Abercrombie

Résumé : The Union army may be full of bastards, but there’s only one who thinks he can save the day single-handed when the Gurkish come calling: the incomparable Colonel Sand dan Glokta.
Curnden Craw and his dozen are out to recover a mysterious item from beyond the Crinna. Only one small problem: no one seems to know what the item is.
Shevedieh, the self-styled best thief in Styria, lurches from disaster to catastrophe alongside her best friend and greatest enemy, Javre, Lioness of Hoskopp.
And after years of bloodshed, the idealistic chieftain Bethod is desperate to bring peace to the North. There’s only one obstacle left – his own lunatic champion, the most feared man in the North: the Bloody-Nine …

Edition : Gollancz

 

Mon Avis : Pour ceux qui suivent mon blog depuis un petit moment, vous avez du vous rendre compte que je suis fan des différents écrits de Joe Abercrombie. Que ce soit les romans qui se situent dans l’univers de La Première Loi ou même ses romans plus adolescents, j’ai toujours bien accroché à ces récits souvent sombres, bien porté par des personnages charismatiques et efficaces. C’est donc sans surprises que ce recueil de nouvelles, venant s’intégrer à nouveau dans son univers de La Première Loi, ait rapidement trouver une place dans ma PAL. Concernant la couverture, je la trouve très sympathique. A noter que ce livre comporte treize nouvelles et qu’on retrouve certains personnages dans plusieurs textes, ainsi que certains de ses romans.

A Beautiful Bastard : Cette nouvelle nous fait suivre Salem Rews, quartier maître du régiment du colonel Glotka avant la terrible bataille contre les Gurkish qui verra ce dernier se faire capturer, défigurer et torturer avant de le retrouver dans la trilogie de La Première Loi. Une nouvelle sympathique, où l’auteur comme souvent nous montre un peu le côté le moins brillant de l’armée avec des personnages loin d’être des héros, avec leurs forces et leurs faiblesses. Le texte permet surtout de présenter Glotka pas encore tout à fait le monstre manipulateur de la trilogie, mais un personnage arrogant, fier, égoïste et sans scrupules. Le récit reste par contre très linéaire et sans surprises, mais se lit facilement et offre une agréable introduction au recueil.

Small Kindnesses : Ce texte nous présente Shev, une voleuse un peu trop « gentille », qui cherche à se caser et à vivre une vie normale, mais qui va se voir forcer à effectuer une « dernier » larcin. Bien entendu, rien ne va se passer comme prévu. Le texte s’avère efficace, bien porté par un rythme tendu et une gouaille des personnages franchement percutants. On suit les aventures de notre héroïne avec plaisir, de nombreux rebondissements et de nombreuses trahisons vont ainsi parsemer le chemine de Shev. Mais l’élément principal qui va se dégager de ce récit c’est la conclusion et la la rencontre entre Shev et Javre que l’on va retrouver dans plusieurs textes du recueil et qui se démarque clairement, dévoilant un duo captivant.

The Fool Jobs : Avec cette nouvelle, on plonge à nouveau au milieu de la bande de Craw, déjà rencontré dans Les Héros, qui a pour mission d’aller récupérer un objet dans un village ennemi. Alors, j’avoue ça fait plaisir de retrouver cette équipe farfelue, bien porté par des personnages charismatiques et percutants. Un texte qui ne manque pas non plus d’action et de dialogues entrainants. Sauf que voilà cette nouvelle est loin d’être marquante, se révélant finalement prévisible et assez linéaire, même si la fin ne manque pas de faire sourire. Un texte que je classe finalement dans la catégorie vite lu, apprécié, mais finalement vite oubliée.

Skipping Towns : On retrouve dans cette nouvelle le duo Javre et Shev, qui ont pas mal voyagé et ont connu pas mal de déboires. Cette fois Shev veut faire les choses bien et rembourser leurs dettes, sauf que bien entendu ça va tourner mal et le passé de Javre va les rattraper. Une bonne petite nouvelle qui se révèle très classique, mais finalement tiens parfaitement la route, principalement par la force du duo, les mystères liés à Javre et le charisme qu’ils dégagent. Le rythme est tendu, efficace et je me suis facilement laissé porter par ce texte qui permet de développer Javre qui prouve à nouveau la capacité de l’auteur a créer des personnages complexes, mais fascinants.

Hell : Cette nouvelle nous replonge au milieu du siège de Dagoska où l’on suit Temple, perdu au milieu de la ville en ruine, abandonnée par l’Union et les plus aisés. Il ne reste ainsi plus que le peuple pour souffrir aux mains des Gurkish. La nouvelle en soit se révèle plutôt efficace, bien porté par cette ambiance sombre, violente et angoissante, ainsi que la tension qui monte au fil des pages. La détresse est plutôt bien retranscrite et la rencontre avec Mamun offre un final à couper au couteau. Un texte au final que j’ai trouvé réussi et qui ne manque pas d’attrait, même si la fin, finalement un peu convenue, l’empêche d’être encore meilleur.

Two’s Company : On retrouve à nouveau Javre et Shed, perdus dans le nord et qui vont malencontreusement rencontrer Whirrun déjà croisé dans Les Héros. Cette rencontre va ainsi créer des étincelles dans tous les sens du terme. On plonge ici dans une nouvelle qui va offrir son lot de combat et d’humour souvent caustique. J’avoue d’ailleurs m’être bien marré en suivant les péripéties de nos héros ainsi que la « joute » entre Javre et Whirrun devant les yeux ébahis de Shev qui porte porte limite à elle seule cette nouvelle. La plume de l’auteur joue aussi énormément, maîtrisant parfaitement le rythme et la tension sans jamais se révéler trop lourde ou ennuyeuse.

Wrong Place, Wrong Time : Cette nouvelle cherche offrir un visage différent du conflit qui a démarré dans Servir Froid par Monza Murcatto, essayant de montrer l’envers du décor et les effets qu’ont pu avoir sa vengeance sur différents personnages. Le soucis de cette nouvelle c’est qu’elle n’est intéressante que si on a lu le roman auquel elle se raccorde. Ensuite j’ai trouvé qu’elle manquait clairement de force pour franchement marquer le lecteur et réussir à l’emporter. C’est bien simple pour écrire cette chronique j’ai été obligé de la survoler à nouveau pour me rappeler de quoi elle parlait.

Some Desperado : Cette nouvelle a déjà été chroniquée suite à ma lecture de l’anthologie Dangerous Women. Retrouvez ma chronique ici.

Yesterday, Near a Village Call Barden … : Cette nouvelle cherche à nous montrer les conséquences de la guerre, mais du point de vue de deux camps. On se retrouve ainsi dans un épisode qu’on peut situer contectuellement dans le roman Les Héros, où l’on suit Bremer avec ses hommes qui ont installé leur campement dans la ferme de Tinder. Franchement le texte est sympathique, on y retrouve le côté cynique de la guerre, nous présentant différents points de vues et différentes visions de celle-ci. On y trouve aussi quelques scènes épiques avec une dose d’humour, de cynisme ainsi que des personnages assez charismatiques. La chute de la nouvelle fait sourire. Pourtant même si j’ai apprécié ce texte, il lui manquait un petit truc pour se révéler encore plus marquant.

Three’s a Crowd : On retrouve à nouveaux le duo qui s’impose franchement dans cette anthologie : Javre et Shred. On plonge ainsi bien des années après leurs rencontres, Shev va enfin pouvoir vivre honnêtement grâce à une amnistie, sauf que son passé va se rappeler à elle et elle va de nouveau devoir contacter Javre et tous les emmerdements que cela peut provoquer. J’ai apprécié ce texte car en l’associant avec les autres on a une vraie évolution du duo de personnages, bien construite et qui ne manque pas d’intérêt. On ressent ainsi clairement la force de leur amitié, mais aussi cette inimité qui s’est installée que ce soit dans les non-dits comme dans les changements de leur relation. L’auteur manie toujours le côté humour et cynique avec brio et l’intrigue offre son lot de surprises avec une conclusion efficace. J’ai aussi apprécié le travail de l’auteur sur le côté humain et relationnel, pas que pour nos héros, mais aussi pour tous les autres protagonistes qui finalement s’avère complexe. Une très bonne nouvelle selon moi.

Freedom! : Une nouvelle qui nous propose de découvrir une campagne du fameux mercenaire Nicomo Cosca, mais racontée par un historien qui offre clairement un fort parti pris et une vision très romancée de l’aventure. Une nouvelle plutôt sympathique, qui vaut principalement par le décalage entre ce qui nous est présenté, le côté flamboyant et altruiste du mercenaire, alors que l’on sait très bien, à travers les romans, que c’est loin d’être le cas. Cela nous rappelle, de façon un peu exagérée certes, de l’importance du regard de l’historien et de son influence dans ce qu’il raconte, mais aussi que le beau rôle est toujours écrit par les vainqueurs. Maintenant le texte a tout de même du mal à être plus qu’une nouvelle juste divertissante à mon goût, justement parce-qu’elle cherche à en faire trop.

Tough Times All Over : une nouvelle que j’ai trouvé intéressante dans sa construction et sa narration, car elle ne suit pas un ou plusieurs personnages, mais un mystérieux paquet qui va transiter de mains en mains entre vols et échanges. Une nouvelle par contre étrange, car elle fait de nouveau intervenir Shev et Javre quelques temps après Three’s a Crowd, mais sans franchement se servir des éléments de cette dernière. Comme si rien ne s’était passé et c’est frustrant de ne rien savoir, de ne pas comprendre. Ensuite, vu le nombre de personnages que l’on croise, c’est légèrement dommage de ne pas les voir un peu plus développé. Par contre la conclusion légèrement ouverte sur ce mystérieux paquet m’a bien plu.

Made a Monster : Cette nouvelle nous propose de retrouver Logen, mais qui va nous proposer une visage complètement différent du héros « sympathique » que l’on avait découvert dans la trilogie La Première Loi. En effet on le suit ici à l’époque où il était le champion de Bethod. Un texte plutôt réussi, tendu, avec des personnages qui offrent finalement une vision différente de ce que l’on pouvait connaître. Une tension se dégage du début à la fin de ce récit, même si finalement il se révèle un peu trop linéaire et prévisible. Un texte que j’ai trouvé tout de même très sympathique et agréable.

En Résumé : J’ai passé un sympathique moment de lecture avec ce recueil qui m’a fait replonger avec un minimum de plaisir dans l’univers de La Première Loi. Alors après tous les textes ne sont clairement pas au même niveau, certains se détachant plus que d’autres, mais dans l’ensemble ça se lit bien et j’avoue avoir été facilement happé par les aventures de Shev et Javre qui se dégagent vraiment des autres textes. Par contre, j’aurai du mal à recommander ce recueil a quelqu’un qui ne connait pas l’univers et qui souhaiterait le découvrir, certaines des nouvelles étant trop ancrées dans les précédents romans de l’auteur. Au final un recueil qui est loin de révolutionner le genre, mais qui offre un divertissement agréable et dans lequel on retrouve ce qui fait la force de l’auteur avec des moments épiques, du cynisme et certains personnages très charismatiques.

 

Ma Note : 7/10