Le Regard – Ken Liu

Résumé : DEMAIN…
Dans son registre, celui de l’investigation, Ruth Law est la meilleure. D’abord parce qu’elle est une femme, et que dans ce genre de boulot, on se méfie peu des femmes. Parce qu’elle ne lâche rien, non plus, ne laisse aucune place au hasard. Enfin, parce qu’elle est augmentée. De manière extrême et totalement illégale. Et tant pis pour sa santé, dont elle se moque dans les grandes largeurs — condamnée qu’elle est à se faire manipuler par son Régulateur, ce truc en elle qui gère l’ensemble de ses émotions, filtre ce qu’elle éprouve, lui assure des idées claires en toute circonstance. Et surtout lui évite de trop penser. À son ancienne vie… Celle d’avant le drame…
Et quand la mère d’une jeune femme massacrée, énuclée, la contacte afin de relancer une enquête au point mort, Ruth sent confusément que c’est peut-être là l’occasion de tout remettre à plat. Repartir à zéro. Mais il faudra pour cela payer le prix.
Le prix de la vérité libérée de tout filtre, tout artifice. Tout regard…

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : Si vous suivez mon blog, vous devez savoir que je suis un grand fan des écrits de l’auteur Ken Liu. J’avoue que je me laisse tenter et me plonge assez facilement sur chacune de ses nouvelles publications. Il faut dire que l’auteur a toujours sur m’offrir de bons moments de lecture, à travers des récits proposant des intrigues intelligentes, prenantes, pleines d’émotions et de surprises. Ajouter à cela que, pour le moment, je n’ai loupé aucune sortie de la collection Une Heure Lumière du Bélial’, il est donc logique que cette novella ait rapidement rejoint ma PAL. Concernant la couverture, illustrée par Aurélien Police, elle est  superbe je trouve.

Cette novella nous plonge dans un avenir indéterminé, où les augmentations cybernétiques sont monnaies courantes, même si elles sont mal vues et très réglementées. On suit Ruth Law, une détective privée « augmentée » qui cherche à fuir son passé et est devenue l’une des meilleures dans son domaine. Un jour une jeun mère éplorée va venir la voir pour lui demander d’enquêter sur la mort de sa fille, Call Girl de luxe, que la police a très rapidement classé comme un crime liés aux triades. Ruth va alors accepter cette affaire, qui va se révéler beaucoup plus complexe que prévue. Alors, une fois la dernière page tournée, je dois bien admettre que cette novella se révèle franchement sympathique et ne laisse pas le lecteur indifférent face aux différentes questions qu’il propose, mais par rapport à ce que propose Ken Liu dans ses autres textes je l’ai trouvé tout de même moins marquant. J’ai eu l’impression que le format court ne permettait pas à ce récit de s’imposer complètement au lecteur. Ce n’est en rien bloquant, mais se révèle tout de même légèrement frustrant.

L’auteur nous propose ici une histoire construite façon polar avec tous les ingrédients du genre, soit un meurtre sordide, une détective privée torturée par son passé et une enquête plus sombre que prévue, mais le tout dans un monde futuriste sur fond de transhumanisme et de cyberpunk. Le récit à un côté entraînant, l’auteur maîtrisant assez le genre du thriller pour offrir une intrigue qui ne manque pas d’attrait et de rebondissements. La narration alternant entre deux points de vue, celui de Ruth la détective et celui du tueur, permet ainsi d’offrir deux visions différentes, l’ensemble ponctué de quelques flashbacks qui permettent d’en savoir plus sur chacun d’entre eux et de les rendre plus profonds et intéressants. D’ailleurs l’un des points forts, je trouve, du roman, vient justement de ses deux protagonistes, de la façon dans laquelle il s’intègre dans cette société, de leurs visions et leurs envies, de leur dualité, mais aussi à travers leurs passés. Principalement celui de Ruth qui, sans dire qu’il va se révéler le plus original qui soit, apporte une profondeur intéressante au personnage, bien amené par le récit et accentué par les questions soulevées par les nouvelles technologies présentées. Après on reste dans le thriller classique, l’ensemble suit une construction qui n’a rien de révolutionnaire, mais s’avère solide et, je trouve, efficace. Ce qui est dommage c’est qu’on a à peine le temps de plonger dans le récit qu’on aboutit à la conclusion. Certes le format court oblige cela, mais c’est frustrant et surtout cela donne l’impression que notre héroïne trouve le coupable un peu trop facilement, malgré un final qui ne manque pas de tension.

Concernant l’univers présenté, l’auteur nous présente un futur solide, prenant qui s’avère intéressant à découvrir à travers les nouvelles technologies qui sont présentées. Deux d’entre elles se dégagent d’ailleurs fortement, celle de l’oeil qui permet de prendre des vidéos dont je ne vais pas trop en dévoiler pour éviter de spoiler, et la seconde c’est le Régulateur qui permet de filtrer, de bloquer les émotions. C’est cette dernière qui va se révéler le point important du récit, car couplé au passé de l’héroïne il va soulever de nombreuses questions sur cette capacité de jouer sur nos émotions. D’une technologie qui, aux premiers abords, peut avoir ses avantages peut aussi limite devenir une « drogue », permettant de ne quasiment plus ressentir aucune souffrance. Cela ouvre aussi, je trouve, une réflexion sur l’importance des émotions, l’importance de travailler dessus plutôt que de vouloir les effacer ou bien encore sur la facilité qu’apporte ces nouvelles technologies et la facilité de chacun à s’y plonger au point de ne plus être soi-même. D’ailleurs cela permet aussi de mieux comprendre l’héroïne et son besoin maladif de s’améliorer, ne cherchent pas obligatoirement à être parfaite et imbattable, mais peut-être plus à oublier qu’elle a un jour fait un « mauvais » choix qui s’est révélé traumatisant. Par contre en ce qui concerne l’oeil, autant elle a son intérêt dans l’intrigue policière, autant elle m’a paru un peu bancale sur le fond et les explications proposées. Ce n’est pas trop bloquant non plus, mais c’est étrange je trouve.

Après, comme je l’ai dit, le principal soucis de ce texte c’est sa taille, proposant ainsi de nombreuses choses, mais donnant l’impression de ne faire que les survoler sans jamais entrer en profondeur. Ce qui est un peu dommage, car quand j’ai tourné la dernière page mon premier sentiment n’a jamais été que ce récit était mauvais, loin de là, mais plus qu’il aurait pu être tellement plus s’il avait pris un tout petit peu plus son temps. La plume de l’auteur s’avère, simple, efficace, entraînante ce qui fait qu’on se retrouve à tourner les pages avec plaisir et l’envie d’en apprendre plus. Au final un Ken Liu peut-être moins percutant que ce que j’ai lu d’autres de lui, mais qui offre tout de même une lecture sympathique avec des idées intéressantes.

En Résumé : J’ai passé un moment de lecture agréable avec ce texte qui, même si je trouve qu’il est un peu en dessous de ce que propose l’auteur d’habitude, ne manque pas de bonne idée et s’avère entraînant. On plonge dans un Thriller futuriste, dans un univers ou les améliorations cybernétiques existent. L’auteur nous offre ainsi un récit efficace, qui certes ne révolutionne pas le genre, mais s’avère solide et entraînant. Mon seul regret au niveau de l’intrigue c’est qu’une fois embarqué la conclusion arrive, format court oblige, ce qui donne une impression de précipitation et aussi de facilité malgré l’intensité de la conclusion. Les personnages principaux sont très intéressants à suivre et à découvrir, s’avérant complexes et donnant envie d’en apprendre plus. L’auteur va aussi nous faire réfléchir sur la technologie, son utilité, mais aussi la capacité à s’y perdre dedans pour oublier ou essayer de rendre sa vie meilleure. Le principal défaut de cette novella vient finalement qu’elle est trop courte et donne l’impression de n’avoir qu’un aperçu et qu’on aurait pu avoir tellement plus ce qui est légèrement frustrant. La plume de l’auteur s’avère, simple, efficace, entraînante ce qui fait qu’on se retrouve à tourner les pages avec plaisir et l’envie d’en apprendre plus.

 

Ma Note : 7/10

 

Autres avis : Apophis, Yogo, Lohrkan, Samuel Ziterman, Vert, L’Ours Inculte, Lutin, …

Le Moineau de Dieu – Mary Doria Russell

Résumé : Emilio Sandoz, linguiste et prêtre, est le seul survivant d’une mission de contact avec des extraterrestres sur une planète lointaine. Il en revient marqué du sceau de l’infamie : là-bas, il se serait prostitué et aurait tué un enfant… Que s’est-il réellement passé ? Que sont devenus les autres membres de l’expédition ? D’où viennent ces cicatrices terribles sur ses mains ?

Edition : ActuSF

 

Mon Avis : J’avoue concernant ma chronique de ce livre, je commence quand même à avoir du retard. J’ai terminé sa lecture il y a maintenant un mois, mais entre les vacances, la Worldcon, les chroniques de mon challenge Hugo Awards en retard j’ai clairement manqué de temps, mais voilà enfin mon avis. Quand on m’a proposé de lire ce roman je n’ai pourtant pas longtemps hésité, le quatrième de couverture se révélait accrocheur, j’en avais déjà entendu parler en bien et le roman a été couronné par de nombreux prix dont le Arthur C. Clarke Award ou encore le British Science Fiction Award. Il a donc rapidement terminé dans ma PAL. Concernant la couverture, illustrée par Fredrik Rattzen, je la trouve réussie et accrocheuse.

Ce roman suit trois lignes d’intrigues qui vont s’entrecroiser au fil des pages. La première, au début du 21ème siècle qui nous fait découvrir plusieurs personnages qui vont être témoins du premier signal alien qui va se révéler être des chants. L’un d’entre eux, le père Sandoz, va alors réussir à lancer une expédition jésuite pour les découvrir et offrir un premier contact. La seconde va nous faire plonger justement dans cette expédition. La troisième se passe en 2060, le père Sandoz est le seul survivant de l’expédition, il est revenu blessé, traumatisé, pire sur place il se serait prostitué et aurait tué un enfant. Les jésuites vont alors tenter de comprendre avec lui ce qu’il s’est passé là-bas. J’avoue une fois la dernière page tournée j’avais envie de vous dire à quel point ce roman est excellent et mérite ses nombreux prix. D’ailleurs je vais le faire, par de nombreux points ce récit mérite d’être lu, principalement dans les idées qu’il soulève et les réflexions qu’il offre. Sauf que voilà par d’autres aspects, qui m’ont paru mal maîtrisé, j’ai eu du mal à complètement entrer dans le récit. Attention la lecture reste plus que sympathique et, je pense mérite d’être découverte, mais voilà une fois terminé je pense qu’il aurait pu être encore plus cohérent et marquant. Tout dépend aussi, je pense, des attentes de chacun, mais j’y reviendrai.

Déjà le premier point fort du roman vient ici de la construction de son intrigue. On est clairement dans un roman de premier contact, mais au lieu de dévider le fil conducteur de son récit de façon linéaire, l’auteur le construit telle une mosaïque. Elle joue ainsi avec les lecteurs sur le fameux mystère lié à la fin troublante et mortelle de l’expédition, mais aussi sur la compréhension de son personnage principal le père Sandoz de la façon dont il a pu évoluer pour s’avérer être le « monstre » qui nous est présenté. Alors attention, je ne vais pas dire qu’elle renouvelle la narration, mais c’est une technique pas toujours facile et elle l’utilise de façon bien maîtrisée montant en tension pour aboutir à un final percutant. Le fait de suivre plusieurs personnages permet aussi d’offrir plusieurs points de vues et différentes explications en fonction de chacun. Elle joue ainsi habilement avec les révélations, les scènes de tension ou bien encore les scènes plus calmes et plus explicatives. On se laisse ainsi facilement prendre au jeu et on tourne les pages avec l’envie d’en apprendre plus. Certes, le démarrage peut paraître un peu lent, mais il pose bien les différents héros que l’on croise ainsi que les différents éléments de l’intrigue et les différents questionnements. Cette construction permet aussi d’offrir une évolution des protagonistes plus prenante, poussant le lecteur à régulièrement se questionner sur les actes de chacun avant de comprendre leurs choix et leurs visons.

L’autre point fort vient de la finesse des réflexions proposées, ainsi que du processus de questionnement qu’elle nous offre concernant cette idée de premier contact. Mary Doria Russell nous propose ainsi un véritable travail soigné et ambitieux d’un point de vue linguistique et ethnologique qui ne manque pas de se révéler passionnant et intrigant. Ainsi la représentation des extra-terrestres rencontré, leurs sociétés, leurs cultures et leurs façons de vivre sont ainsi soignés, captivantes et clairement efficaces. On sent que l’auteur connait son sujet (elle est Anthropologue), mais surtout qu’elle a voulu offrir quelque-chose de construit, de solide et de cohérent. Le travail sur le langage est un peu du même acabit se révélant dense et efficace, avec tout ce que cela entraîne quand deux « peuples » qui ne se connaissent pas et qui n’ont pas la même langue doivent communiquer entre eux. L’auteur à partir de là propose de nombreuses réflexions sur les différences sociales, la question de moralité et ce qu’on est prêt à faire pour faire évoluer les choses, le rôle d’observateur ou bien encore les nombreuses incompréhensions culturelles et linguistiques qui peuvent apparaitre. Il y a aussi un travail sur la Foi et les religions, de nombreux personnages sont de religions différentes voir athées et apportent alors une réflexion intéressante à travers leurs questionnements. J’avais un peu peur que ça se révèle un peu lourd, mais l’auteur ne tombe jamais dans l’envie d’imposer son point de vue ce qui rend l’ensemble prenant. Elle nous questionne aussi par la même occasion sur la possibilité de mélanger Foi et science.

Un autre des points intéressants du livre vient des personnages qui sont construits au fil du récit. On ne peut pas leur retirer le fait qu’ils s’avèrent charismatiques et donnent envie d’en apprendre plus sur eux. Chacun d’entre eux évite de tomber dans la caricature, l’auteur s’amusant même à les sortir des canons qu’on s’imagine les concernant pour mieux nous les rendre attrayants. On s’attache ainsi rapidement à eux au fur et à mesure qu’ils se dévoilent à travers leurs failles, leurs blessures, leurs erreurs et leurs envies. Mais surtout on les voit évoluer, avancer, devoir faire des choix qui vont les changer. C’est vrai, parfois, certains passages m’ont paru traités de façon un peu facile voir simpliste, mais franchement il se dégage quelque-chose d’eux. Alors après certains points m’ont tout de même dérangé avec  eux, comme le besoin de vouloir nous les présenter comme des pro dans leurs domaines et les voir quand même aligner des erreurs énormes qui ne servent juste à faire avancer l’intrigue. Je ne dis pas que parcequ’ils sont bons dans leurs domaines ils ne doivent jamais se tromper, mais parfois c’est trop flagrant. Le côté un peu Mary Sue de certains qui devient par moment très présent, ou bien encore le côté très prévisible des liens qui se créent entre chacun d’entre eux tant ils sont téléphonés m’a aussi un peu frustré. Mais voilà malgré ses défauts les héros sont quand même humains et ne devraient pas laisser indifférents.

L’ensemble des points positifs que je viens de soulever suffisent, je trouve, à rendre ce livre plus qu’intéressant à lire et à découvrir, pourtant le roman n’a jamais non plus réussi à me captiver complètement, la faute à un certain manque de logique et a un aspect scientifique parfois facile voir incohérent. J’ai eu l’impression que l’auteur avait un but à atteindre et qu’elle faisait tout pour l’atteindre en oubliant parfois de rester sensé. Déjà le premier point qui surprend c’est l’absence d’intérêt du monde entier à ce premier contact. Franchement on démontre un contact alien et personne n’a l’air de s’en soucier plus que cela. C’est dommage Concernant le travail scientifique, autant dans son domaine l’auteur offre un travail pointu, autant à côté ça laisse franchement à désirer. C’est bien simple, pour moi en SF, soit on m’explique les choses pour les rendre logique dans l’univers construit, soit on ne me l’explique pas, mais alors il s’intègre dans l’univers tout en restant plausible. Là, l’auteur ne choisit aucune de ces méthodes, offrant de vagues explications qui soulèvent plus de questions qu’elles n’apportent de réponse. Il ne suffit pas de me dire que pour mener une telle expédition on va vider une météorite lui mettre deux réacteurs et hop je vais atteindre 0,97 point de la vitesse de la lumière. Je suis désolé, mais mon esprit cartésien (certes peut-être un peu trop) fait sonner les alarmes. Alors que, c’est sûrement idiot, mais elle m’aurait dit « dans le futur on a trouvé un combustible untel qui permet d’atteindre 0,97 fois la vitesse de la lumière et on a construit une fusée à partir de matériaux XYZ » je l’aurai accepté. Mon cerveau aurait peut-être dit c’est un peu facile, mais ça serai passé.

Ensuite, l’autre point qui m’a dérangé c’est le montage de l’expédition en lui-même. Mary Doria Russell le dit elle-même et je la cite, elle a écrit ce récit en réponse à certaines révisions de l’histoire liées à des expéditions anthropologues jésuites où des hommes ont été accusés de n’avoir pas respecté les normes du multiculturalisme et reconnu la diversité plus de 500 ans après les faits. Franchement, pourquoi pas, sauf qu’on ne construit pas une expédition au 15ème siècle comme on en construirait une à notre époque. Outre le fait des Jésuites dans l’espace que j’accepte sans soucis, c’est surtout l’idée d’imaginer que la première expédition n’est composé que de 7 personnes qui ont tous un rôle important,  n’ayant pour autant aucune redondance dans leurs connaissance (genre un seul médecin, un pilote et demi, un cuisinier etc…), avec deux retraités. Surtout, il n’y a aucun professionnel de l’Espace, ni une personne ayant un tant soit peu des connaissances, franchement ça fait beaucoup. Le pire c’est qu’il n’existe aucun protocole, aucune norme, aucun mode opératoire. Pour  vous donner un exemple qui m’a franchement dérangé, pour vérifier si l’eau et la nourriture ne sont pas contaminées (nouvelle planète toussa toussa) ils vont mener des études en prenant des cobayes et leur faisant manger et boire de petites quantités … Je… je… non je crois que mon cerveau cartésien a de nouveau hurlé, mais franchement être prêt à voir mourir deux de ses collègues alors que parfois des simples tests chimiques, biologiques… suffisent j’avoue ça me fascine. J’ai ainsi eu du mal à complètement passer outre ses défauts, ce qui est dommage.

Alors après tout dépendra des attentes que vous pouvez avoir aussi, j’avoue passer à côté de ce roman est quand même dommage, puisqu’il développe de nombreuses idées intéressantes et le fait bien. Il nous offre aussi un travail humain, sur la foi et la notion de premier contact intéressante. La plume de l’auteur s’avère entraînante, efficace et simple et on se laisse finalement un minimum emporter par le récit. Pour peu qu’on n’ait pas l’esprit aussi scientifique que le mien, je pense qu’on pourra passer un excellent moment avec ce livre. Pour ma part d’ailleurs, même si je n’ai pas fait abstraction de ses défauts, j’ai tout de même passé un agréable moment avec ce livre qui ne m’a pas laissé indifférent. Il est d’ailleurs à noter qu’une suite a été écrite mais n’a jamais été traduite en France. Je ne sais pas du tout si une traduction est à l’ordre du jour, mais il faudrait que je me renseigne, car je ne serai pas contre la lire pour savoir ce que l’auteur va proposer.

En Résumé : Le Moineau de Dieu est un roman qui malgré le fait qu’il ait eu du mal à complètement me captiver, la faute à quelques défauts dont j’ai eu du mal à passer outre, mérite d’être découvert pour les réflexions qu’il offre. En effet l’auteur nous offre un roman de premier contact qui ne laissera pas indifférent et s’avère très intéressant d’un point de vue anthropologique et linguistique. On sent clairement que de ce point de vue là Mary Doria Russell a voulu nous offrir quelque chose de soigné, de dense et d’efficace. Elle soulève aussi des réflexions prenantes et réussies sur la notion de Foi, la place de la religion dans la science, la morale, les différences sociales et culturelles, les incompréhensions liées au langage ou bien encore la notion d’observateur. Les personnages ne manquent pas non plus d’attrait, s’avérant travaillés et charismatiques et dont on suit les péripéties avec plaisir. J’ai par contre trouvé dommage que l’auteur les pousse parfois à faire des erreurs trop grossières pour faire avancer on récit, mais rien de non plus trop dérangeant. Là où j’ai eu du mal avec ce roman, c’est parfois son absence de logique et de cohérence, principalement dans les aspects scientifique, comme par exemple concernant le voyage dans l’espace ou encore l’étude de la compatibilité de la planète qui m’ont paru aberrantes. De plus j’ai du mal à imaginer, au 21 ème siècle, une expédition aussi mal gérée et préparée. Je ne dis pas qu’on enverrai une expédition parfaitement préparée, mais je pense qu’il y aurait un peu plus de protocoles que 7 personnes qui font ce qu’ils veulent sur une planète. La plume de l’auteur est simple, efficace et entraînante, construit le récit un peu comme un puzzle ce qui fait qu’on se laisse assez facilement captiver par les mystères liés à cette expédition. Une suite a été écrite, je ne sais pas s’il est prévu de la publie en VF, mais si c’est le cas je pense que je la lirai.

 

Ma Note : 7/10

 

Autres avis : Yogo, Joyeux-Drille, Carolivre, …

Bilan de mon challenge personnel : Hugo Awards 2017

Il y a maintenant quatre mois, je me suis lancé comme défi de lire l’ensemble des romans nominés aux Hugo Awards. Ce fut un défi assez conséquent puisqu’en trois mois (la clôture des votes étant mi-juillet) j’ai lu 10 livres en Anglais, les 5 nominés plus les préquelles quand il s’agissait de cycles. Je suis content de moi, car même si je n’ai pas réussi à tout chroniquer avant la WorldCon, j’ai bien lu tous les livres, ce qui m’a permis de voter en connaissance de cause. Pour clore mon mini-challenge j’ai décidé non pas de vous faire un vrai bilan, mais plus un détail de mes choix lors du vote. Attention je ne parlerai ici que des romans, les prix Hugo proposant de nombreuses autres catégories.

Je vais donc découper cet article en trois courtes parties de la façon suivante :

  • Mon vote, en expliquant en quelques lignes pourquoi j’ai voté de telle façon.
  • Mes pronostics, en fonction de ce que j’ai pu voir sur le net et autre j’avais fait des pronostics qui ne sont pas toujours en accord avec mon vote ni avec le résultat final.
  • Le classement final, vu que la WorldCon est passée les lauréats ont été dévoilés.

 

Mon Vote

Vous trouverez ci-dessous le classement que j’ai validé suite à mes lectures. Vous pouvez cliquer à chaque fois sur le titre pour retrouver ma chronique :

  • The Machineries of Empire Book 1, Ninefox Gambit de Yoon Ha Lee. Le choix du trio de tête a été compliqué, se jouant dans un mouchoir de poche. Ninefox Gambit est finalement le roman que j’ai classé en première position, m’ayant offert un excellent moment de lecture, avec des très bonnes idées et une histoire bien rythmée et maîtrisée selon moi.
  • Terra Ignota Book 1, Too Like The Lightning d’Ada Palmer. J’ai classé le roman d’Ada Palmer en second, la faute a un démarrage peut-être légèrement moins maîtrisé, trop dense j’ai trouvé, et le côté « Latin » qui ont fait que je l’ai trouvé un chouïa moins prenant que le récit de Yoon Ha Lee. Franchement, au final ça s’est joué à quelques broutilles, mais il fallait faire un choix.
  • The Broken Earth Book 2, The Obelisk Gate de N.K. Jemisin. Alors pour la troisième place j’ai mis le second tome du cycle de N.K. Jemisin. Je l’ai trouvé un chouïa moins prenant que le premier, mais aussi pour une raison personnel. Le premier tome de ce cycle ayant déjà gagné le prix Hugo 2016, j’ai préféré laissé sa chance à d’autres romans. Attention, si il avait survolé tous les autres livres je l’aurai classé premier, mais là entre trois romans dont j’ai autant apprécié la lecture, j’ai décidé de privilégier un cycle qui n’avait pas encore gagné.
  • All The Birds in the Sky de Charlie Jane Anders se classe quatrième dans mon classement. Avec une conclusion peut-être un peu moins expéditive à mon goût le roman aurait pu venir jouer sa place dans le trio de tête.
  • Remembrance of Earth’s Past Book 3, Death’s End de Cixin Liu. Concernant les deux dernières places j’ai eu un peu moins de difficulté à classer, les deux romans étant un ton en-dessous du trio de tête pour moi. Le troisième tome du cycle de Cixin Liu se classe cinquième, il est moins prenant pour moi que les des deux premiers, même s’il fourmille toujours autant d’idées fascinantes et offre une vision du futur entraînante.
  • Wayfarers Book 2, A Closed and Common Orbit de Becky Chambers. Une lecture plutôt mitigée pour ma part, mais je n’étais pas non plus, je pense, le public cible. Une SF un peu trop Feel Good à mon goût et qui ne développe pas assez ses idées et réflexions j’ai trouvé.

Mes Pronostics 

Dans cette rubrique, je vais vous proposer mes prévisions concernant le classement gagnant. Par là je n’entends pas que je suis devenu devin, mais à travers différents forums, discussions sur Goodreads ou bien encore articles sur les blogs, je m’étais fait une image des romans qui se détachaient. Vous verrez que finalement je me suis quand même trompé, donc pas besoin de m’emmener au bûcher ^^

  • All The Birds in the Sky de Charlie Jane Anders. Je voyais bien ce roman gagner le prix Hugo, certes il a aussi un peu divisé les critiques, mais il possède une grosse communauté de fan et il a gagné les prix Nebula et Locus. De plus son mélange des genres et son côté assez accessible selon moi jouait en sa faveur.
  • The Broken Earth Book 2, The Obelisk Gate de N.K. Jemisin. Ce cycle possède une grosse communauté de fans et surtout ce second tome a été accueilli plus que positivement autant par les lecteurs, les bloqueurs que les critiques.
  • The Machineries of Empire Book 1, Ninefox Gambit de Yoon Ha Lee. J’aurai aimé le voir gagner vu que je l’ai mis en première position, c’est d’ailleurs le genre de roman qui pouvait créer la surprise comme celui d’Ada Palmer. Mais voilà je savais que la communauté de fan était moins grande et qu’un certain nombre de lecteurs ont abandonné ce roman, n’arrivant pas à entrer dans l’univers mathématique de l’auteur.
  • Terra Ignota Book 1, Too Like The Lightning d’Ada Palmer. Je suis parti sur le même argumentaire que Ninefox Gambit, ce roman pouvait créer selon moi la surprise, mais la communauté de fans plus réduite que le roman d’Anders et celui de Jemisin font que j’avais du mal à le voir gagner.
  • Remembrance of Earth’s Past Book 3, Death’s End de Cixin Liu. Ce cycle a clairement son lot de fan, le premier tome a gagné le Prix Hugo dans des conditions très étranges avec l’épisode des Puppies, mais les lecteurs sont toujours au rendez-vous. Sauf que selon moi le fait que ce soit un troisième tome est un cran en dessous et le fait que le second n’ait pas été nominé il y a un an ont joué sur mon pronostic.
  • Wayfarers Book 2, A Closed and Common Orbit de Becky Chambers. Ce roman a touché pas mal de lecteur, il y a une belle communauté de fan qui ont énormément apprécié ce cycle, mais voilà pas obligatoirement assez selon moi pour aller titiller les premières places.

Le classement final

Pour terminer je vous propose de retrouver le classement final de ces Hugo Awards 2017 concernant les romans :

  • The Broken Earth Book 2, The Obelisk Gate de N.K. Jemisin.
  • All The Birds in the Sky de Charlie Jane Anders.
  • The Machineries of Empire Book 1, Ninefox Gambit de Yoon Ha Lee.
  • Wayfarers Book 2, A Closed and Common Orbit de Becky Chambers.
  • Terra Ignota Book 1, Too Like The Lightning d’Ada Palmer.
  • Remembrance of Earth’s Past Book 3, Death’s End de Cixin Liu.

Vous pouvez retrouver l’ensemble des gagnants des différentes catégories ici, et les statistique de votes .

Voilà je déclare mon mini-challenge maintenant clos.

Remembrance of Earth’s Past Book 3, Death’s End – Cixin Liu

Résumé : Half a century after the Doomsday Battle, the uneasy balance of Dark Forest Deterrence keeps the Trisolaran invaders at bay.
Earth enjoys unprecedented hilosorosperity due to the infusion of Trisolaran knowledge and, with human science advancing and the Trisolarans adopting Earth culture, it seems that the two civilizations can co-exist peacefully as equals without the terrible threat of mutually assured annihilation. But peace has made humanity complacent.
Cheng Xin, an aerospace engineer from the 21st century, awakens from hibernation in this new age. She brings knowledge of a long-forgotten program dating from the start of the Trisolar Crisis, and her presence may upset the delicate balance between two worlds. Will humanity reach for the stars or die in its cradle?

Edition : Tor Books
Poche : Head of Zeus

 

Mon Avis : Voici donc ma dernière chronique concernant le mini challenge que je me suis lancé, celui de lire tous les romans nominé aux Hugo Awards pour pouvoir voter en connaissance de cause. Il me restera plus qu’un article récapitulatif à faire sur qui j’ai voté et pourquoi et ce sera bon. Cette dernière chronique sera donc, fort logiquement, sur le dernier tome de la trilogie de Cixin Liu dont, après deux premiers volumes plus que réussis, intelligents et efficaces (ma chronique du Tome 1, Tome 2), j’avais hâte de voir comment l’auteur allait conclure. Concernant l’illustration de couverture je la trouve très réussie. Par contre, comme ma chronique précédente, je risque de Spoiler les tomes précédents donc c’est à vos risques et périls.

Suite à la paix négociée grâce à un coup de poker par Luo Ji entre la Terre et les Trisloariens, l’humanité connait une avancée technologique spectaculaire et vit dans la sérénité. Certes, cette paix est fragile et repose simplement sur le fait que si la Terre est attaquée elle dévoilera les coordonnées des Trisolariens dans tous l’univers, mais l’avenir n’a jamais été aussi radieux. C’est à cette époque que Chen Xi va se réveiller, elle qui a été hibernée à l’époque de la grande crise et qui va se retrouver au centre de l’avenir de la planète. Bon je dois bien avouer que, même si ce troisième offre pour moi une fin solide au cycle, il est quand même clairement en-dessous des tomes précédents. On y retrouve ainsi les défauts que j’avais soulevé dans les tomes précédents et que j’ai trouvé encore accentué, mais aussi d’autres points qui m’ont laissé perplexe. Cela ne l’empêche pas pour autant de garder les qualités qui faisaient la réussite des précédents volumes et de s’avérer sympathique à lire et à découvrir.

Il faut dire aussi que l’auteur continue à nous offrir une histoire qui ne manque pas d’imagination et qui offre de nombreuses idées et de réflexions qui ne manquent pas de marquer le lecteur je trouve. Concernant l’intrigue, j’ai trouvé que ce tome dévoilait plutôt une histoire de l’humanité, une vision plus globale et large de la vie de notre planète et de l’avenir possible. On découvre ainsi cette évolution à travers les yeux de l’héroïne qui va traverser les âges sur plusieurs milliers d’années. L’intrigue paraît ainsi moins « prenante » que les livres précédents du cycle, n’offrant pas obligatoirement de mystères comme le premier tome, où de duel comme le second, mais cela ne l’empêche d’avoir tout de même quelques jeux de pouvoirs que ce soit entre humains, mais aussi avec les Trisolariens et d’autres encore, ainsi que quelques scènes tendues et efficaces. Il y a aussi un vrai travail de l’auteur à montrer une évolution de notre planète, nos mentalités et notre vision au fil des années, des péripéties, des souffrances, des guerres etc… Par contre, et cela risque peut-être d’en bloquer certains, mais j’ai trouvé le rythme de ce tome lent, parfois même un peu trop.

Comme je l’ai dit, le gros pont fort de ce tome vient encore des nombreuses idées que développe l’auteur au fil des pages. Il offre ainsi une imagination que je trouve débordante, le tout toujours porté par des concepts scientifiques intéressants et soignés, même si là on entre clairement dans le spéculatif au sens large tant on va loin dans l’avenir. Ce sont toutes les idées développées qui m’ont porté tout du long de cette trilogie et qui ont fait que je me suis encore laissé porter par ce troisième tome. C’est foisonnant, fascinant et surtout offre une vision possible de l’avenir dense, plausible et intéressante. Que ce soit aussi bien sur les notions scientifiques comme par exemple les dimensions, la vitesse de la lumière, les technologies d’armement ou de protection, mais aussi des réflexions plus philosophiques comme la notion de fin, de mort, de paix, la notion de coopération et de doute, de sacrifice ou bien encore de peur et des actes que l’on peut réaliser sous l’emprise de celle-ci, j’ai plongé avec intérêt dans ce récit. Il y a aussi un vrai travail tout du long sur la notion de coopération pour briser la crainte et la peur de ce qui est considéré comme différent et par conséquent risqué. Mais il y a aussi une certaine beauté, je trouve dans ce cycle, une notion d’espoir même si tout est sombre, une envie de lever les yeux au ciel et d’admirer la beauté que peut aussi nous réserver les étoiles et au-delà.

Je me suis aussi laissé émerveiller par l’image de fond qui est développé au long du récit, les différents paysages croisés, les différentes villes ou encore la vie dans l’espace qu’on voit se développer par la suite. Le tout est porté par des descriptions vivantes et visuelles qui donneraient presque envie de vivre là-bas, à une telle époque, dans ce futur, de le découvrir. L’aspect conte, dont je ne dirai rien pour ne pas trop en dévoiler, apporte aussi un vrai plus au récit. Et pourtant ce qui est une grande qualité du roman devient aussi par moment un défaut je trouve. Oui, les lieux visités sont magnifiques et visuellement attirants, sauf que l’auteur en fait parfois trop dans les descriptions. Il passe parfois des pages entières à nous présenter les évolutions architecturales et technologiques ce qui a, selon moi, pour effet de créer des longueurs dans le récit. Franchement ce roman avec 50 ou 100 pages de moins, je pense, qu’il aurait été encore plus prenant. Ensuite, certes, comme je l’ai dit, l’auteur fourmille d’idées sauf que là aussi il en fait de trop à mon goût. Certes développer son récit plus plusieurs milliers d’années ne peut qu’obliger beaucoup d’opinions et de théories, mais voilà il y en a trop. J’ai même eu l’impression qu’il y en avait plus dans ce troisième tome que dans les deux premiers, ce qui rend l’ensemble trop dense et surtout complexe à maîtriser par l’auteur. On a l’impression de se perdre un peu, ne comprenant pas exactement où tel concept cherche à nous emmener pour parfois se rendre compte qu’il est juste là simplement, car il est possible et plausible. Ce n’est pas en soit bloquant, mais voilà parfois ça se révèle frustrant et j’ai eu parfois envie de dire à mon exemplaire de synthétiser (je vous rassure il ne m’a pas répondu).

Concernant les personnages, de nouveau, ce n’est pas le point fort du récit, ni même du cycle d’ailleurs. Il faut aussi dire que l’auteur considère ces personnages comme des « outils » qui vont lui permettre de faire avancer son récit et développer ses concepts ainsi que ses réflexions. Alors c’est vrai, certains héros sortaient du lot dans les deux premiers tomes Yan Miao, Luo Ji, Ye Wenjie, je me suis même attaché à certains dans le second tome, mais là je dois bien avouer que dans ce troisième tome ils ont eu beaucoup de mal à être plus que de simples outils. Pire j’ai même eu envie régulièrement de secouer Cheng Xin tant elle arrivait à me frustrer. Après tout n’est pas non plus de sa faute à elle, mais plus de l’Humanité et des gens autour d’elle qui lui remettent régulièrement entre les mains le sort de l’univers entier, alors qu’on sait très bien qu’elle va prendre le plus « mauvais » choix. Je mets mauvais entre  »  » car tout est question de logique et de moral, je n’en dis pas plus pour ne pas vous en révéler et vous laisse découvrir, mais voilà quand on lui présente X fois un problème et qu’elle prend X fois la même solution, il ne faut pas s’étonner. Les personnages secondaires qui gravitent autour d’elle sont eux aussi facilement oubliables je trouve, mis à part peut-être Luo Ji qui refait quelques apparitions et que je trouve toujours aussi intéressant. Par contre, j’avoue que certaines évolutions psychologiques m’ont laissé perplexe comme cette idée que le seul but de l’héroïne est de trouver l’amour ou bien encore sur la notion de genre qui donne l’impression d’être figé. C’est très léger, mais je trouve ça dommage pour un roman qui va si loin dans l’avenir de rester figé sur certaines mentalités.

Attention, ma critique peut paraitre en demi-teinte, mais j’ai quand même passé un moment de lecture agréable et sympathique avec ce troisième tome. Il possède une bonne partie des ingrédients de ce que je cherche un peu dans un roman SF, c’est à dire un récit qui nous fait réfléchir, offre une vision plausible d’une avenir et qu’il me happe un minimum. Certes, certains défauts se font clairement ressentir et ce troisième tome est clairement un ton en-dessous du précédent, ce qui est quand même un peu dommage pour une conclusion, mais je ne suis pas déçu pour autant de l’avoir lu, offrant tout de même une fin solide à cette trilogie. La plume de l’auteur est toujours simple et efficace, même si certains dialogues s’avèrent un peu plats. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur. Je crois d’ailleurs que j’ai un recueil de nouvelles où il est présent dans ma bibliothèque.

En Résumé : J’ai trouvé ce troisième et dernier tome de ce cycle un niveau en dessous des précédents, mais cela ne l’empêche pas d’être sympathique à lire et d’offrir une fin que j’ai trouvé solide. La grande force de ce récit, mais aussi de ce cycle, vient de la vision de l’avenir que construit l’auteur, qui s’avère plausible et entraînante, mais aussi des idées qu’il soulève et véhicule tout du long. On sent ainsi une imagination débordante que ce soit aussi concernant les lieux visités, les technologies et idées qui reposent toujours sur des concepts scientifiques présentés de façon compréhensibles et aussi des réflexions morales soignées et intéressantes. Le soucis vient que ce troisième tome m’a paru trop dense, que ce soit dans les descriptions ce qui provoque des longueurs, mais aussi dans les idées. L’auteur donne l’impression de se lâcher complètement dans les notions qu’il développe ce qui provoque une certaine confusion. Alors rien de trop gênant, mais qui s’avère un peu frustrant et donne l’impression que le livre aurait pu être plus prenant avec 50 voir 100 pages de moins. Concernant les personnages, rien de nouveau ils restent des outils pour l’intrigue, mais autant dans les autres tomes j’arrive à accrocher à certains, autant là, même s’ils restent entraînants, il ne m’ont pas touché du tout. Par moment j’ai même eu envie de secouer l’héroïne, pas tant par son caractère qui est ce qu’il est, mais par la capacité des autres à se reposer sur elle alors qu’elle prendra toujours ce que je considère comme la mauvaise décision dans une telle période. Après ce roman a quand même remplit son rôle de me dépayser, de m’offrir un avenir plausible, logique et intéressant qui fourmille d’idées, certes il est un peu moins prenant et efficace que les précédents, mais je l’ai quand même lu avec un minimum de plaisir, le tout porté par une plume simple. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 7/10

Remembrance of Earth’s Past Book 2, The Dark Forest – Cixin Liu

Résumé : Earth is reeling from the revelation of a coming alien invasion — four centuries in the future. The aliens’ human collaborators have been defeated but the presence of the sophons, the subatomic particles that allow Trisolaris instant access to all human information, means that Earth’s defense plans are exposed to the enemy. Only the human mind remains a secret.
This is the motivation for the Wallfacer Project, a daring plan that grants four men enormous resources to design secret strategies hidden through deceit and misdirection from Earth and Trisolaris alike. Three of the Wallfacers are influential statesmen and scientists but the fourth is a total unknown. Luo Ji, an unambitious Chinese astronomer and sociologist, is baffled by his new status.

Edition : Tor Books
Poche : Head of Zeus

 

Mon Avis : On touche au but de mon mini challenge concernant les Hugo Awards 2017. En effet il ne me reste plus que deux chroniques à vous proposer, les deux derniers tomes du cycle de Cixin Liun. Après un premier tome qui m’avait offert un très bon moment de lecture, offrant une intrigue efficace et des aspects SF intelligents (ma chronique ici), je me suis plongé avec grand plaisir dans ce second tome en me demandant ce qu’allait bien pouvoir proposer l’auteur. Concernant la couverture, je la trouve très réussie et efficace. J’ai lu ce roman en Anglais traduit du Chinois par Joel Martinsen. Par contre, je ne peux pas chroniquer ce second tome sans spoiler le premier (qui d’après ce que j’ai cru comprendre était déjà dévoilé dans le résumé du premier tome en VF donc ne lisez pas le résumé du Problème à Trois Corps), par conséquent ne lisez pas cette chronique si vous n’avez pas lu le premier tome.

On plonge dans ce roman quelques années après la révélation de la fin du tome précédant, nous apprenant qu’un invasion alien était encours. Les Trisolariens ont ainsi fait infiltrer notre planète par les Sophons, nous espionnant et nous empêchant certaines avancés scientifique, pour leur permettre d’envahir la Terre d’ici 400 ans le temps de faire le voyage. Pour contrer cela le projet Wallfacer est mis en place, se reposant sur l’esprit et le secret, et quatre personnes sont choisies pour essayer de trouver une solution. Luo Ji fait parti de ses hommes et il se demande bien pourquoi, vu qu’il n’a rien d’un grand stratège, ni d’un politicien, ni d’un génie. J’avoue une fois la dernière page tournée j’ai passé de nouveau un très bon moment de lecture avec ce second tome. L’intrigue se déroule sur plus de 200 ans et offre un véritable jeu « du chat et de la souris » entre l’Humanité et les Trisolariens. Cette narration sur le long terme est possible grâce au fait que les héros sont régulièrement en hibernation. On plonge ainsi ici dans un roman très sombre, l’annonce de cette invasion va amener de nombreux questionnements, de nombreuses peurs concernant l’avenir et de ce qu’on va y trouver, mais offre aussi des comportements complètement différents selon chacun. Le pire c’est qu’il s’agit d’une peur lente et insidieuse, 400 ans à attendre, ce qui, je trouve, est bien retranscrit dans le roman avec cette lente montée en tension. On ressent ainsi clairement ces changements de visions et d’actes en fonction des dernières révélations et des dernières prouesses technologiques, oscillant régulièrement entre défaitisme et espoir.

L’auteur nous propose ici une narration assez déstructurée où l’on se retrouve à suivre différents héros, que ce soit les « élus » du projet Wallfacer, mais aussi le militaire Zhang Baihai, ce qui offre un développement du récit assez lent, jouant sur les mystères, mais qui pour moi est plutôt maîtrisé et vaut le coup quand les révélations et les surprises commencent à se dévoiler. Certes certains trouveront le démarrage peut-être trop lent. Je pense aussi que quelques pages en moins aurait pu être intéressant, mais cela n’empêche pas cette construction de s’avérer efficace, jouant pleinement sur les tensions et se révélant percutante et entraînante à travers des rebondissements et des révélations captivantes. Mais le roman est aussi très intéressant et passionnant dans les idées qu’il développe. Alors certes, certaines ont déjà été traitées dans d’autres romans, mais cela n’empêche pas l’auteur de nous offrir des réflexions solides, cohérentes et construites efficacement. Que ce soit sur la notion de politique qui va énormément évoluer sur toute la durée du roman, la notion d’économie et d’environnement, mais aussi sur l’aspect technologique et architectural, ou bien encore sur des questions plus intimes comme par exemple jusqu’où est-ont prêt à aller pour gagner, jusqu’où peut-on pousser notre moral, j’ai trouvé ce second tome encore plus intéressant. Il y a un vrai travail de fond sur ce qu’est possible de faire l’Homme en bien comme en mal. L’auteur s’offre même une explication sur le paradoxe de Fermi qui ne laisse pas indifférente et que j’ai trouvé plausible et efficace, même s’il y a de quoi débattre. L’évolution de l’humanité est aussi très intéressante, la façon dont elle va devoir avancer face à cette menace et comment elle va réagir m’a paru logique, sensée et même si elle est parfois amenée de façon succincte et rapide elle ne manque pas d’attrait.

Le fait de pouvoir développer son roman sur plus de 200 ans permet ainsi à l’auteur de nous offrir une vision futuriste intéressante, solide et que j’ai trouvé efficace. Alors certes, il ne révolutionne pas non plus pour autant tout l’aspect technologique, et ce n’est franchement pas ce que je lui demande, mais il nous offre une vision franchement fascinante et impressionnante, donnant envie d’en apprendre plus, d’en découvre plus. C’est d’ailleurs très intéressant la façon dont l’auteur montre le côté rassurant, sûre de la technologie, alors que ce n’est pas toujours le cas et à quel point on peut en dernier recours devenir fanatique. C’est un futur qui offre de nombreuses possibilités et dont l’immensité développée dans ce tome offre un vrai plus à l’ensemble. L’auteur n’oublie pas pour autant de nous offrir un récit où la science est aussi mise en avant. On entre avec ce tome dans un aspect scientifique plus spéculatif que le premier tome, permettant à Cixin Liu de montrer un travail d’imagination qui s’avère au fil des pages  très prenant, soigné, prenant et très visuel, porté par des descriptions qui font que les concepts scientifiques sur lesquels ils reposent deviennent accessibles. Comme pour le premier tome, certes on est dans de la Hard Science, mais qu’on pourrait qualifier d’abordable, du moins je l’espère ayant un petit bagage scientifique derrière moi, il n’est pas toujours facile de pouvoir faire ce genre de constatation. Bon après si vous n’accrochez pas à ce genre de travail scientifique, je ne suis pas sûr que vous accrochiez plus à ce cycle.

Concernant les personnages j’avoue que les héros principaux m’ont plus accroché dans l’ensemble, principalement d’un point de vue émotionnel, que ceux du premier tome. Certes on a toujours l’impression qu’il y a un léger filtre entre eux et le lecteur, mais cela se ressent moins que le précédent. Cela vient du fait que j’ai trouvé Luo Ji plus intéressant à suivre et qui surtout s’avère plus important, à mon avis, que Yang Miao. Il offre ainsi une évolution plus intéressante, car ses actes ont une répercussion visible sur l’avenir de la Terre. On peut ne pas l’apprécier, principalement dans ses choix en début de roman, mais on le comprend. Il offre aussi un aspect émotionnel plus prenant, principalement dans sa quête de lien au début du récit. Je suis par contre un peu déçu qu’on n’ait plus une héroïne comme Ye Wenjie qui offrait un vrai plus au premier tome. J’ai trouvé l’évolution de Shi Qiang très intéressante et, même s’il a toujours un peu ce sixième sens trop parfait du premier tome, il offre un personnage qui ne manque pas d’attrait. J’ai aussi bien accroché avec le personnage de Zhang Baihai, même s’il faut attendre avant de le comprendre complètement. En revanche à nouveaux l’auteur offre à ce tome le même défaut que dans le premier, les personnages secondaires n’ont d’intérêt que pour l’intrigue et se révèlent même parfois facilement oubliables alors qu’ils auraient pu offrir plus. C’est  dommage, comme par exemple Zhuang Yan. Outre le fait qu’elle apparait un peu facilement, elle ne donne l’impression d’être présente que pour faire évoluer Luo Ji ce qui est regrettable, car je pense qu’elle aurait pu offrir tellement plus, surtout quand on peut voir l’intensité et la profondeur que Cixin Liu peut proposer a certains passages, comme par exemple dans l’espace.

Après tout n’est pas non plus parfait dans ce roman, certaines longueurs se font ressentir ici ou là et par moment l’auteur a du mal à s’arrêter, ce qui rend certains passages un peu trop verbeux je trouve. Ensuite, le fait d’écrire un roman sur plus de 200 ans offre parfois des ellipses temporelles qui se révèlent légèrement frustrantes. Enfin, et je ne saurais dire si c’est dû à la traduction où à l’auteur, mais j’ai trouvé la plume un chouïa moins prenante, la faute par exemple à certains dialogues qui m’ont donné l’impression d’être un peu insipides. Après, malgré ces défauts, cela n’enlève en rien des qualités de ce second tome qui offre un récit efficace et intelligent sur l’Humanité et la façon dont elle peut gérer la catastrophe qui arrive. J’ai passé un très bon moment avec ce livre que j’ai trouvé tout aussi prenant que le précédent, il était donc logique que je me lance dans sa suite avec grand plaisir.

Il est à noter que ce second tome sera publié en VF chez Actes Sud sous le titre La Forêt Sombre en Octobre 2017.

En Résumé : J’ai de nouveau passé un très bon moment de lecture avec le second tome de cette trilogie qui, après les révélations de la fin du premier tome, offre un récit efficace et très intéressant sur la notion de peur et de premier contact. La narration déstructurée permet clairement à l’auteur de jouer avec le lecteur, offrant certes un rythme assez lent, mais qui est plutôt bien maîtrisé, montant en tension au fil des pages pour offrir un dernier tiers intense et pleine de surprises. Le fait de construire sur plus de 200 ans permet ainsi à Cixin Liu de développer un avenir intéressant à découvrir et assez envoutant et dépaysant. L’auteur se repose toujours sur des concepts scientifiques et spécule dessus pour nous offrir une imagination débordante et pleine d’idées, tout en restant sur un récit de Hard SF abordable. Le point fort du roman vient clairement des idées qu’il soulève et des réflexions qu’il propose que ce soit sur le futur, sur l’aspect politique et économique, sur ce que l’homme est capable de faire ou bien encore sur la notion de technologie. Concernant les personnages j’ai bien accroché aux héros que sont Luo Ji, Shi Qiang ou bien encore Zhang Baihai, de plus ils m’ont paru légèrement plus prenant et attachant émotionnellement que dans le tome précédent. En revanche l’auteur n’arrive toujours pas à offrir de personnages secondaires franchement intéressants, on sent qu’ils ne sont que là pour faire avancer l’intrigue. Après je regretterai aussi certaines longueurs ainsi que parfois un côté un peu verbeux, ensuite certaines ellipses temporelles frustrantes et enfin un style qui m’a paru par moment légèrement moins accrocheur. Cela n’enlève en rien les qualités de ce roman intelligent et que j’ai trouvé prenant.

 

Ma Note :8/10

Remembrance of Earth’s Past Book 1, The Three-Body Problem – Cixin Liu

Résumé : 1967: Ye Wenjie witnesses Red Guards beat her father to death during China’s Cultural Revolution. This singular event will shape not only the rest of her life but also the future of mankind.
Four decades later, Beijing police ask nanotech engineer Wang Miao to infiltrate a secretive cabal of scientists after a spate of inexplicable suicides. Wang’s investigation will lead him to a mysterious online game and immerse him in a virtual world ruled by the intractable and unpredicatable interaction of its three suns.
This is the Three-Body Problem and it is the key to everything: the key to the scientists’ deaths, the key to a conspiracy that spans light-years and the key to the extinction-level threat humanity now faces.

Edition : Tor Books
Poche : Head of Zeus

 

Mon Avis : Bon, je me lance dans la dernière ligne droite de mon mini-challenge concernant les roman nominés aux Hugo Awards. En effet il ne me reste plus qu’à chroniquer la trilogie de Cixin Liu et de faire un article qui expliquera mon vote et je serai libéré (non je ne chanterai pas ^^). Alors je sais que le gagnant du meilleur roman a déjà été dévoilé, que j’espérais pouvoir boucler toutes mes chroniques avant, mais bon je vais essayer de tout finaliser d’ici à 15 jours quand même. À noter que j’ai bien lu The Three Body Problem en Anglais (traduit par Ken Liu) mais que ce roman est disponible en France sous le titre Le Problème à Trois Corps aux éditions Actes Sud (traduit par Gwennaël Gaffric). Concernant l’illustration de la couverture je la trouve réussie et prenante.

Ce roman nous plonge dès la première page en pleine Révolution Culturelle, en 1967, où l’on suit le lynchage de Ye Zhetai, professeur de physique, par ses étudiants ainsi que de sa femme et une de ses filles qui ont rejoint les Gardes rouges. On va alors suivre le destin de son autre fille, Ye Wenjie, qui va t’enter de s’exiler pour sauver sa vie, mais qui va être rattrapée par son passé et la lâcheté de certains. Elle va être sauvée et trouvé refuge dans un projet militaire top secret : « Red Coast Base ». En parallèle on va découvrir, en 2007, Wang Miao expert en nanomatériaux qui va voir sa vie basculer le jour ou apparait un compte à rebours qui va lui faire découvrir le jeu vidéo The Three Body Problem qui simule la vie sur une planète qui possède des ères stables et des ères chaotiques. Une fois la dernière page de ce livre tournée, je dois bien avouer que j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman. Alors, on est clairement, selon moi, dans un roman de Hard SF, mais que l’auteur construit comme un jeu de piste, un peu comme un récit policier, levant les mystères et offrant des révélations de façon maîtrisée et efficace, tout en offrant de nombreuses réflexions. Alors le démarrage pourra peut-être s’avérer un peu lent pour certains, mais il a son importance.

Rien que les premiers chapitres suffisent, je trouve, à rendre ce roman intéressant, nous plongeant avec effroi et de façon percutante et glaciale au milieu de la Révolution Culturelle chinoise. J’en avais bien sûr déjà entendu parler, mais là je trouve qu’on est pris par cette période à la fois sombre et sanglante. On y découvre aussi une idéologie politique et un jeu de manipulation du pouvoir, qui n’est pas sans en rappeler d’autres et qui continue aussi à faire écho avec notre société actuelle, certes tout de même dans une moindre mesure. Enfin je l’espère. Le roman nous offre aussi une vision de la Chine, pays que finalement je ne connais qu’à travers ce qu’on m’en dit ainsi que par les médias. On découvre ainsi un pays qui s’isole complètement lors de cette révolution, qui rejette tout ce qui peut venir du mode capitaliste et de l’ennemi, où toutes les connaissances considérées comme venant de l’Est ou qui sont contre le socialisme chinois sont bannies et punies. C’est un pays qui va devoir attendre les années 70-80 pour commencer à s’ouvrir à nouveau. La partie contemporaine nous dévoile ainsi une Chine qui oscille entre tradition et modernité, à la recherche d’une nouvelle identité culturelle et scientifique. Cela ne veut pas dire que le pays est devenu un paradis, loin de là, mais on découvre une Chine en pleine évolution, en plein changement, mais qui reste aussi par certains aspects très traditionnel, limite parfois désuet. On oscille ainsi entre ville très développées et des villages ruraux qui ne possèdent pas grand-chose.

On plonge aussi ici dans un roman de science-fiction qui met clairement le mot science en avant, qui tend même vers le Hard Science, sans non plus se révéler trop ardu ou trop compliqué. Cixin Liu propose ainsi de nombreux concepts scientifiques existants captivants à découvrir et rigoureux, même dans le monde virtuel étrange que l’on découvre ; le problème à trois corps étant lui-même un problème mathématique connu. Le gros point fort, je trouve, vient de la façon dont l’auteur arrive à les intégrer dans son récit, à les rendre compréhensible et accessible au plus grand nombre, sans non plus tomber dans des notions trop complexes ou trop lourdes, surtout que l’ensemble est contrebalancé par le rythme lié à l’enquête, aux nombreux mystères qu’on découvre et aux trahisons qui se dévoilent. La simulation du Problème à Trois Corps offre aussi un plus au récit je trouve, avec tout ce travail sur cette planète virtuelle, la survie, l’aspect scientifique et économique qui change et offre un point de vue complètement différent. Un travail scientifique plein d’imagination et d’émerveillement qui s’avère accrocheur et prenant. Enfin l’auteur n’oublie pas pour autant de nous offrir des réflexions et des questionnements moraux efficaces et intéressants. Outre par la découverte de la Chine et des conséquences de la Révolution Culturelle, dont j’ai déjà parlé, il nous fait réfléchir aussi comme par exemple sur la notion de science et de religion, sur la notion d’humanité et ce côté sans avenir que l’on voit de plus en plus s’imposer, ou bien encore sur la notion de choix.

Concernant les personnages, je dois bien admettre qu’il s’agit peut-être, pour moi, du point faible du roman. Déjà mis à part les deux héros que sont Ye Wenjie et Yang Miao, qui s’avèrent être des protagonistes denses, complexes et travaillés dans leurs histoires et leurs passés, les autres personnages que l’on découvre manquent quand même un peu de profondeur. Ça ne veut pas dire qu’ils « sonnent » creux pour autant, mais voilà on sent qu’ils ne sont présent que pour permettre à un moment ou un autre à faire avancer l’intrigue et qu’au-delà de cela il est compliqué de les faire exister. Shi Qiang sort bien du lot, offrant un point de vue moins scientifique et plus terre-à-terre intéressant, mais son sixième sens qui tend régulièrement vers le Deus Ex Machina m’a un peu frustré. Ce n’est en rien complètement bloquant, on se laisse quand même porté par leurs aventures, mais voilà c’est un peu dommage. Autre point frustrant l’aspect émotionnel des différents personnages qui est assez limité. J’avais l’impression de lire un roman de SF de l’époque des Asimov ou Heinlein, où la science et l’intrigue sont clairement le point d’orgue du récit, hors c’est dommage car on a du mal alors à s’attacher complètement aux différents héros. Il y a bien quelques scènes plus profondes comme ce qui tourne autour du suicide de la fille de Ye Wenjie, mais elles sont trop rares pour faire disparaitre cette petite distance entre le lecteur et le personnage.

L’ensemble est porté par une plume que j’ai trouvé efficace, entraînante et soignée qui a fait que je me suis retrouvé plongé facilement dans ce roman que j’ai eu du mal à le lâcher. Si le côté un peu hard science vous dérange alors il vaudrait peut-être mieux passer votre chemin par contre. Alors certes tout n’est pas parfait, des défauts se font parfois ressentir et on est clairement dans un tome d’introduction où la révélation finale réussie, surprenante et captivante offre clairement l’ouverture pour la suite, mais j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce récit qui nous offre, je trouve, un grand roman de SF qui marque. Je lirai la suite avec grand plaisir en espérant qu’elle soit du même niveau.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui nous offre un récit de Hard SF abordable, efficace, prenant et offrant quelques réflexions intéressantes. On alterne ainsi entre la Chine en pleine révolution culturelle et une Chine contemporaine qui nous fait découvrir un peu l’évolution de ce pays, comment elle s’est refermée sur elle-même dans le sang et s’ouvre difficilement depuis quelques années, oscillant entre modernité et tradition. On y apprend aussi plus sur la culture de ce pays ainsi que tout ce qui concerne l’aspect social. Cixin Liu nous offre alors une enquête efficace, pleine de mystère et qui se situe dans le milieu de la science. On est ainsi dans un récit de Hard Science, mais qui reste tout de même assez facilement compréhensible et abordable tant il intègre parfaitement ses explications au récit sans jamais l’alourdir. Les nombreux concepts scientifiques sont réalistes et permettent à l’auteur d’apporter son imagination et une bonne dose d’émerveillement au récit. Concernant les personnages je suis un peu plus circonspect, les deux héros sont complexes et travaillés, mais les personnages qui gravitent autour manquent quand même de profondeur. De plus il manque un aspect émotionnel, je trouve, qui les aurait rendu attachants. Un peu comme les romans d’il y a quelques années qui mettaient plus en avant l’intrigue et le côté scientifique que l’attachement aux héros. La plume de l’auteur est soignée, entraînante et efficace et je me suis laissé porter facilement par l’histoire. Certes on est clairement dans un tome d’introduction, mais une très bonne introduction. La conclusion est percutante, efficace et je lirai la suite sans soucis

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Lutin82, Apophis, Lune, Xapur, Lorhkan, Yogo, RSF Blog, …