Radiance – Catherynne M. Valente

Résumé : Severin Unck’s father is a famous director of Gothic romances in an alternate 1986 in which talking movies are still a daring innovation due to the patent-hoarding Edison family. Rebelling against her father’s films of passion, intrigue, and spirits from beyond, Severin starts making documentaries, traveling through space and investigating the levitator cults of Neptune and the lawless saloons of Mars. For this is not our solar system, but one drawn from classic science fiction in which all the planets are inhabited and we travel through space on beautiful rockets. Severin is a realist in a fantastic universe.
But her latest film, which investigates the disappearance of a diving colony on a watery Venus populated by island-sized alien creatures, will be her last. Though her crew limps home to earth and her story is preserved by the colony’s last survivor, Severin will never return.

Edition : Tor
Poche : Corsair

 

Mon Avis : Catherynne M. Valente fait partie de ces auteurs que j’ai découvert un peu par hasard, grâce son roman Immortel publié chez feu les éditions Eclipse que j’ai lu il y a quelques années. J’ai tout de suite était emballé par la plume de l’auteur qui était poétique et envoutante, mais aussi par sa qualité de conteuse. Vu que les éditions Eclipse ont disparu depuis, il était donc logique que je me lance dans la lecture de ces autres romans en version originale. Je me suis ainsi facilement laissé tenter par un de ses derniers livre : Radiance. Il faut dire que la couverture, je trouve, a un petit je ne sais quoi qui donne clairement envie de le découvrir même si le rouge me parait un peu flashy et le résumé a eu le don de m’intriguer.

Ce roman nous plonge dans un univers alternatif au nôtre, où Severin Unck, la fille du célèbre réalisateur Percival Unck, a mystérieusement disparu. Elle s’est volatilisée lors du tournage de son dernier documentaire concernant l’enquête qu’elle menait justement suite à la disparition d’un village entier sur Venus. Une fois la dernière page tournée, je dois bien admettre que l’auteur confirme tout le bien que je pensais de sa plume et de sa capacité à créer des histoires prenantes et uniques. Sauf que voilà, il va m’être compliqué de conseiller ce roman, car on est clairement, selon moi, dans un roman un peu OVNI, que ce soit aussi bien dans sa construction comme dans son univers, mais c’est aussi un récit que j’ai trouvé très dense. Le tout est ainsi porté par une narration qui est loin d’être classique. En effet elle est très disparate et étrange, à la fois mélange de script de films, articles, de souvenirs, d’interviews, des retranscriptions d’émissions de radio ou encore de pub. C’est une sorte de jeu avec nous, où différents indices sont donnés, mais les clés ne sont finalement dévoilées qu’à la fin du roman. Au fil des pages on reconstruit le puzzle ce qui demande un échange entre l’auteur et le lecteur. J’avoue que de mon côté ça fonctionne franchement bien tant elle maîtrise parfaitement son histoire, mais cela peut aussi ennuyer certains et donner l’impression de partir dans tous les sens, des lecteurs trouveront peut-être tout cela obscur.

Le gros point fort de ce roman, selon moi, vient de l’univers que construit l’auteur. On est dans un monde alternatif, très pulp, très coloré et vivant que j’ai trouvé franchement envoutant et fascinant à découvrir. Comme le dit l’auteur on est dans un univers décopunk, proposant un thriller space opéra où l’ensemble du système solaire est habitable. Oui ça peut paraître surprenant, voir incohérent, mais pourtant il se dégage une telle poésie et une telle beauté des différentes planètes croisées que franchement on se laisse porter en se disant pourquoi pas. Comme je l’ai dit ce qui m’intéresse dans un roman ce n’est pas que tout soit scientifiquement exact, juste que ce soit cohérent et que l’on y croit assez pour se laisser porter. Il faut dire que l’imagination de l’auteur joue aussi beaucoup, elle offre un vrai travail de fond, dense, construisant quelque-chose de certes impossible, mais qui s’avère logique dans cet univers, le tout porté par un travail descriptif soigné et séduisant.

Imaginez un univers où chaque planète possède ses particularités, sa beauté, son étrangeté, mais aussi où l’on peut croiser dans l’immensité de l’espace des baleines qui sont d’ailleurs au cœur du récit. L’autre grande force de son univers, outre le travail d’imagination, vient du fait que le lecteur ne se sent jamais perdu et ne s’ennuie jamais. Il y a énormément de références à notre monde, principalement de la période du début du siècle, pour qu’on se laisse happer très facilement. Ensuite vient l’aspect très cinématographique qui est mis en avant et qui, je trouve, apporte un vrai plus à l’ensemble, que ce soit dans l’ambiance qui fait très film noirs de la période du cinéma en noir et blanc, mais aussi dans le côté SF et fantastique qui vient parfaitement s’intégrer à ce que cherche à construire l’auteur et offre un vrai plus. Franchement un monde qui ne m’a pas laissé indifférent, qui m’a passionné et donné envie d’en apprendre plus surtout que même si l’ensemble est pulp il ne m’a jamais paru  kitsch pour autant.

En suivant plusieurs lignes narratives, l’auteur nous offre ainsi un plaidoyer à l’imagination, au fait de raconter une histoire, mais aussi sur la notion de vérité. En effet les différentes lignes de narration qui se dégagent de ce récit montrent finalement à chaque fois une histoire différente avec pourtant la même finalité : découvrir ce qui est arrivé à Severin. Que ce soit une histoire surréaliste comme l’hommage que cherche à rendre Percival à sa fille, mais qui cherche tellement à revoir son film pour le rendre parfait qu’il en perd toute logique. Une vérité comme celle que nous raconte Erasmo, sa vision des évènements tragiques survenus, ou bien encore ce récit, sorte de tentative de rédemption d’Anchises. Il y a un vrai travail de fond intéressant, où le lecteur se rend compte que chaque récit possède les mêmes grandes lignes, mais n’offre pas finalement la même histoire, ne propose pas le même chemin, le tout sans jamais se trouver redondant ou ennuyeux. Ce livre nous propose aussi de retracer dans les grandes lignes l’histoire du cinéma à Hollywood, celui en noir et blanc; celui qui est idéalisé avec flash, strass et paillettes, mais qui possédait pourtant une grosse zone d’ombre que ce soit dans l’intimité de chacun, mais aussi à cause des potins et journaux qui pouvaient détruire une carrière en chassant les secrets de tous. On y retrouve même Edison, avec toute cette ambiguïté qui tournait autour de lui.

Radiance nous présente aussi des visions différentes de ce que peut être le cinéma, mais aussi la vie, ainsi de ce que c’est de raconter une histoire, principalement à travers les visions différentes de Severin et son père. Lui considérant que la vie entière est un film qui doit être magnifié et retravaillé jusqu’à obtenir la perfection, là où sa fille va se diriger vers le documentaire, cherchant à montrer une réalité crue sans paillettes. Les personnages sont aussi très intéressants à découvrir, des protagonistes complexes, soignés, parfois torturés qui ont perdu un être cher et qui cherchent par tous les moyens à faire face que ce soit dans le déni, le fantasme, l’oubli ou encore la rédemption. Chacun d’entre eux cherchent ainsi à travers les pages à offrir une fin à leurs relations avec Severin, à tenter de surmonter sa perte, à tenter d’offrir la meilleure conclusion pour pouvoir continuer à avancer. C’est d’ailleurs un thème important du récit : la notion de fin. La grande force des personnages vient aussi de la capacité de l’auteur à les montrer humains, à ne pas dévoiler que leurs côtés lumineux, mais aussi les découvrir dans leurs doutes et leurs questionnements. Surtout l’ensemble sonne juste on a jamais l’impression de croiser des caricatures. Il y a aussi un vrai travail sur la notion de compréhension des autres, de communication, de la façon dont on perçoit les autres qui est souvent en décalage avec la vision qu’ils cherchent à donner, sur la notion de ce qui est vrai et de ce qui est compris. Cela se ressent aussi d’ailleurs dans le parallèle entre les deux cinémas dont je parlais plus haut. C’est aussi un roman d’acceptation de soi et de choix de vie, d’accomplir ce qu’on souhaite et non pas ce que les autres souhaitent pour nous.

La conclusion qui nous est offerte est clairement ouverte, n’offrant pas toutes les réponses, mais collant parfaitement au récit. Comme dit, un film se termine quand il a une fin, hors la vie n’a jamais clairement de fin et j’ai trouvé que la conclusion de ce récit collait alors parfaitement à ce précepte, laissant au lecteur la possibilité de faire jouer son imagination. J’aurais par contre peut-être un regret concernant ce livre c’est son côté parfois un peu froid. Oui les personnages sont intéressants à suivre et sont denses, mais émotionnellement ils sont parfois distants tant l’auteur travaille l’esthétique de son roman. Ce n’est en rien bloquant, loin de là, mais ça se ressent parfois à travers certaines scènes plus intimes qui se reposent justement sur l’émotion. Cela n’empêche pas pour autant certaines passages touchants comme par exemple la fin du récit. La plume de l’auteur est toujours aussi entraînante, poétique, fascinante et elle prouve avec ce roman qu’elle cherche régulièrement à sortir des sentiers battus, s’amusant clairement avec les genres et offrant un récit ainsi difficile à classer mais très réussi. Alors après comme je l’ai dit on est clairement dans le récit étrange à double tranchant, soit comme moi vous vous laissez porter par ce récit étonnant, soit vous y restez hermétiques. Il m’est donc difficile de le conseiller, même si j’aimerai bien le voir traduit en français tant l’auteur propose un récit unique selon moi.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman, mais il me sera compliqué de le conseiller tant Radiance est un peu un OVNI et qu’il peut autant captiver que bloquer. Le but du roman est de lever le mystère concernant la disparition de Severin Unck célèbre réalisatrice de documentaires, le tout à travers une narration étrange et disparate à la fois mélange de script de films, articles, de souvenirs, d’interviews, des retranscriptions d’émissions de radio ou encore de pub. L’auteur joue ainsi avec le lecteur, mais surtout offre un plaidoyer à l’imagination et à la façon de raconter une histoire et de la conclure. C’est d’ailleurs un point de réflexion intéressant cette notion de fin, chacun cherchant à offrir celle qui est juste à Séverin. Le gros point fort du roman vient, selon moi, de son univers étrange, bizarre mais qui pourtant m’a happé et fasciné bien porté par l’imagination de l’auteur et la façon dont elle le rend cohérent et accrocheur, bien porté par des descriptions envoutantes. Il y a aussi en fond une envie de retracer l’histoire du cinéma, mais aussi d’en dévoiler ses zones d’ombres. Concernant les personnages ils sont vraiment denses, soignés et intéressants à découvrir. Catherynne M. Valente arrive vraiment, je trouve, à les rendre justes et humains. Le roman offre aussi de nombreuses réflexions que ce soit concernant la notion d’acceptation de soi, de choix de vie d’acceptation des autres ou encore de communication. Après je regretterai par contre le côté un peu froid face à une esthétique très soignée, malgré quelques fulgurances qui m’ont quand même touché. Mais bon rien de bien bloquant. La conclusion, ouverte, colle parfaitement au récit sans trop nous perdre, nous rappelant aussi d’une certaine façon que la vie n’a pas de conclusion qu’elle continue après les dernières pages tournées. La plume de l’auteur est toujours aussi poétique, efficace et entraînante et je lirai sans soucis d’autre de ses écrits.

 

Ma Note :  8/10

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