SS-GB – Len Deighton

Résumé : Angleterre, 1941. Londres est occupé par l’armée nazie. Churchill est mort, le roi George croupit au fond d’une cellule et la loi martiale terrorise le pays. Douglas Archer, commissaire à Scotland Yard, se voit confier une enquête de la plus haute importance : le Dr Spode, brillant physicien qui travaillait pour les nazis, a été assassiné et retrouvé avec d’étranges brûlures sur les bras. Et si ce meurtre était le signe avant-coureur de bouleversements autrement plus graves? Et si le monde était sur le point de changer pour toujours?…

Edition : Denoël Sueurs Froides (parution le 12/01/2017)
Traduction : Jean Rosenthal

 

Mon Avis : Len Deighton je le connaissais plus comme auteur de romans d’espionnage. J’avoue n’avoir, avant la lecture de ce SS-GB, jamais lu un seul de ces romans, mais j’en ai croisé régulièrement quelques-uns dans les bibliothèques de connaissances féru de ce genre de récits. Concernant ce roman, je me suis principalement laissé tenter par son aspect Uchronique qui veut que l’Allemagne aurait gagné la seconde guerre mondiale. Certes de nombreux romans traitent de ce sujet, avec plus ou moins de réussite, mais le résumé accrocheur et le fait que l’auteur soit aussi historien m’ont convaincu de tenter ma chance à découvrir ce livre. A noter que ce roman a été initialement publié en VO en 1979 et devrait être prochainement adapté en série TV sur la BBC.

Février 1941, l’Angleterre capitule, l’Allemagne vient de conquérir le pays et par la même occasion signer une des plus grandes victoires de cette seconde guerre mondiale. Churchill est discrètement assassiné, le roi est enfermé dans une cellule et la famille royale restante a fuit le pays pour se réfugier en Nouvelle-Zélande. Le peuple se retrouve donc sous le joug de la force allemande, tentant de survivre comme il le peut entre résignation, acceptation et résistance. Novembre 1941, Archer, commissaire de Scotland Yard, est envoyé enquêté sur un meurtre facile aux premiers abords et qui pourtant va révéler des indices étranges aux yeux de l’enquêteur. Encore plus lorsqu’un membre proche de Himmler va venir superviser son enquête. Déjà, pour ceux qui souhaiteraient plus de renseignement, on est clairement ici dans le roman qui pose la question « Et si? ». Si vous vous attendez à une histoire étrange comme le proposait Le Maitre du Haut Château, alors vous risquez de ne pas vous y retrouver. Le but est clairement de proposer une histoire, une reconstitution d’une Angleterre qui se serait retrouvé sous le joug Allemand. Et je dois bien avouer que l’auteur réussit son pari dans l’ensemble, m’offrant un bon moment de lecture, le récit aurait pu être encore plus prenant si, selon moi, il n’était pas passé à côté d’un ou deux aspects qui m’ont laissé perplexe.

Déjà le gros point fort du roman vient justement de la reconstitution de cette Angleterre tombée, soumise, ayant à peine eu le temps de comprendre l’attaque éclair et qui est maintenant obligée d’obéir aux envahisseurs sans même avoir pu franchement se défendre. La paix est fragile, une résistance s’est mise en place et on découvre ainsi au fil des pages une grande variété de la population, qui tente de survivre du mieux qu’ils peuvent. C’est cette plongée dans le quotidien de ces gens, dans la façon dont ils survivent et ce qu’ils doivent traverser sous cette occupation. Entre rationnements, souffrances et arrestations en masse chacun d’entre eux se retrouve à faire des choix, que ce soit aussi bien dans la lutte que dans l’acceptation. C’est un peu le moteur du roman je trouve, de tenter de nous faire vivre ce qui aurait pu arriver (et ce qui est finalement arrivé en France) et pose ainsi la question au lecteur de savoir quel choix nous, on aurait pu faire. Il n’est jamais simple de prendre de telles décisions et je trouve que dans cette partie du roman, ce que propose l’auteur, sonne juste, principalement grâce au personnage d’Archer qui est obligé de travailler avec les Allemands. La scène de l’école est aussi pour moi le véritable point d’orgue de la vie sous l’occupation Allemande dans ce roman. Alors bien sûr il y en a toujours qui arrivent à s’en sortir, à s’enrichir et à vivre plus qu’honorablement à force de négociations, de magouilles et de courbettes, mais qui, même ici, sont loin d’être des personnes caricaturales voir manichéennes. On est véritablement happé par cet univers rude, difficile et sans pitié.

L’autre point très intéressant du récit, mais qui pourra peut-être en déranger certains, c’est la qualité du travail travail d’historien proposé tout le long du récit. Cela se ressent aussi bien dans les termes employés en Allemand, mais aussi concernant les grades, les positions ou encore les documents, ou bien encore dans le travail descriptif  des organisations. Dans l’ensemble on peut facilement situer ce qui nous est présenté, mais parfois cela pourra demander un travail de recherches, qui ne me dérange pas, mais pourra en bloquer certains. Cela permet ainsi, je trouve, de rendre l’ensemble plus réaliste, plus concret, sans justement jamais faire tomber le lecteur dans un livre d’histoire, restant cohérent, fluide et collant bien au récit. Surtout que l’auteur offre aussi un point de vue aussi plus interne de la machine, montrant une Allemagne certes supérieur, mais possédant aussi ces soucis bureaucratiques et ces rivalités. Enfin l’un des derniers points qui a réussi à m’accrocher, c’est le travail qui est réalisé sur le jeu de manipulations, de mensonges, de trahisons qui entourent les personnages. Chacun d’entre eux doit jouer sur de nombreux niveaux, au milieu d’une situation loin d’être claire et où tout pourrait s’écrouler. Entre résistance et acceptation le chemin n’est pas aisé et la conclusion offre son lot de révélation et de tension.

Mais voilà, quelques points font que ce roman, même s’il offre un bon moment, aurait pu je pense se révéler encore meilleur. Le premier vient de l’intrigue policière. Que l’auteur ait besoin de cette intrigue pour faire avancer son récit, c’est logique, mais qu’elle se révèle si nonchalante, voir même fainéante dans son évolution est un peu frustrant. Les indices tombent limite comme un cheveu sur la soupe et de nombreuses révélations reposent plus sur l’énorme chance de notre héros que sur ces véritables compétences d’enquêteur. D’ailleurs il réussit même à passer à côté du seul indice important. Cela ne dérange en rien le côté immersif du récit, mais bon un travail plus soigné aurait quand même été plus accrocheur. L’autre point qui m’a, on ne va pas dire complètement dérangé, mais laissé perplexe : il vient des personnages. Je ne le nie pas, l’auteur offre des protagonistes un minimum soignés et profonds, que ce soit dans leurs actes, leurs envies et leurs passés. Sauf que voilà, déjà, niveau émotion c’est zéro, je n’ai jamais ressenti le moindre tressaillement devant la mort de certains ou les arrestations.

On le retrouve ainsi par exemple dans la tentative de construction d’une histoire d’amour a notre héros qui n’a jamais réussi à me toucher. Pire je trouve même que la journaliste dont il tombe amoureux ne sert pas à grand chose. D’ailleurs ça se ressent même dans les actes des personnages qui restent amorphes devant les drames. Ensuite ils est clairement difficile de comprendre leurs actes. Si on prend Archer il fait différents choix qui vont changer sa vie, sans qu’on comprenne pourquoi. Limite il pourrait lancer une pièce en l’air pour décider  et j’ai trouvé ça un peu dommage. Alors on pourra me dire que c’est la guerre, mais je trouve qu’il y a une différence entre cacher ses émotions et ne rien ressentir du tout. Alors au final ces quelques points, comme je l’ai dit, ne gâche en rien le plaisir de lecture que j’ai ressenti et l’aspect immersif proposé lié à l’univers et à la survie à cette époque. L’ensemble est aussi porté par une plume qui s’avère solide, entraînante et offrant un rythme plutôt captivant sans tomber dans le côté effréné.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman qui nous propose d’imaginer ce que serait devenue l’Angleterre si elle avait perdu la guerre. Le principal intérêt du roman vient clairement de son côté immersif dans cette société qui se retrouve sous le joug de l’Allemagne et tente de survivre en prenant des choix. Cela nous force aussi à nous demander ce que l’on aurait fait si on s’était trouvé dans la même situation. L’autre point clairement intéressant, mais qui pourra en bloquer certains, et l’important travail d’historien mis en avant par l’auteur que ce soit dans les expressions allemandes, les grades, les documents et autre. Certes, parfois ça demande un peu de recherche, mais j’ai trouvé que cela rendait ce récit encore plus  réaliste et concret. Autre point intéressant l’angle d’approche mis en avant par l’auteur qui nous présente une armée Allemande certes puissante, mais avec ses travers, ses rivalités et sa bureaucratie. Là ou par contre j’ai un peu moins accroché c’est concernant l’intrigue policière, qui m’a paru un peu nonchalante et aux révélations trop faciles, et aussi, d’une certaine façon, concernant les personnages. Alors ils ne sont pas mauvais, se révélant soignés avec un minimum de profondeur, mais vil manque clairement d’empathie n’ayant jamais réussi à m’attacher à eux . De plus les choix qu’ils font sont parfois très difficilements compréhensible, comme s’ils avaient pris la décision sur un lancé de pièce. La plume de l’auteur est entraînante, efficace et solide offrant ainsi une rythme un minimum entraînant.

 

Ma Note : 7,5/10

 

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  1. J’ai lu son bouquin il y a un an et demi (avant la création de mon blog, je n’ai donc pas fait d’article sur lui). Je l’avais vraiment adoré. Comme toi j’ai beaucoup aimé le travail d’historien. Cela m’avait ainsi permis de bien me rendre compte des conflits entre les SS et l’armée allemande, voire même l’impact que pouvaient avoir des conflits de pouvoir entre SS.
    J’ajoute par ailleurs que ce roman présente mine de rien une bonne dose d’humour. L’évasion du roi est (volontairement) loufoque au possible ; et surtout le principe d’une cérémonie qui célèbre l’amitié soviético-nazie, avec la tombe de Marx déterrée, et la manière avec laquelle ça se termine, c’est génial : beaucoup d’humour historique.
    Je partage en partie tes critiques à l’égard de l’intrigue (peut-être de manière moins virulente que toi ^^). On ressent en tout cas que cette enquête est annexe dans le fond, et que le principal c’est le portrait de cette société.

    • C’est vrai qu’il y a une bonne dose d’ironie dans le livre dont, comme tu le dis, tout ce qui tourne autour du roi. Concernant l’intrigue policière ce qui m’a dérangé c’est surtout qu’elle parait être là pour faire avancer l’intrigue quand l’auteur a envie avec des indices qui apparaissent un peu par magie et des intuitions un peu facile. Après ça ne gâche en rien tout le travail un peu historique et d’ambiance que met en place l’auteur.

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