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Etoiles Mourantes – Ayerdhal & Jean-Claude Dunyach

etoiles mourantesRésumé : Les AnimauxVilles, gigantesque cités biologiques et conscientes, capables de défier les lois de l’Espace-Temps, ont permis à l’humanité de coloniser l’espace. Mais celle-ci s’est divisée en quatre rameaux, les Mécanistes, les Connectés, les Organiques et les Originels. Entre ces factions que trop de choses séparent, la guerre menace d’éclater.
Face à ce danger, un AnimalVille tente de tracer une autre voie. Les rameaux sont invités à assister ensemble à un spectacle unique : la mort par supernova d’une étoile binaire. Leurs représentants seront-ils à la hauteur de cet événement cosmique ? Et quelles seront les conséquences de ces retrouvailles ?
À la fois porté par un souffle tragique et une réflexion intimiste, hanté par la passion de l’art, le pouvoir mortifère de la technologie ou la quête sans fin de l’immortalité, Étoiles Mourantes dépeint la fresque d’une post-humanité en prise avec son plus grand défi : sa propre extinction.

Edition : Mnemos

 

Mon Avis : Étoiles Mourantes est un roman écrit à quatre mains entre deux très grands auteurs de la Science-Fiction française que sont Ayerdhal et Jean-Claude Dunyach. Dit comme ça, ce livre ne pouvait que me tenter fortement, surtout considérant le fait que je sois complètement passé à côté au moment de sa sortie. Initialement publié en 1999, il a rencontré un fort succès auprès des lecteurs et a même gagné deux prix. Cette période étant pour moi une année « pauvre » en lecture il n’a donc jamais transité entre mes mains. Par conséquent quand j’ai vu que les éditions Mnemos proposait une édition de luxe du livre, disponible aux dernières Utopiales, je n’ai pas mis longtemps a le faire rentrer dans ma PAL. Il est aussi à noter que la couverture ainsi que les illustrations sont réalisées par Gilles Francescano et se révèlent vraiment superbes, même si, j’avoue, j’attendais peut-être un peu plus d’illustrations intérieures.

Le récit démarre alors fort, nous proposant un prologue qui se révèle flamboyant, envoûtant et mystérieux posant les bases d’un profond bouleversement qui va profondément changer les bases de l’univers et happant le lecteur dès les premières pages. La suite se révèle ensuite plus posé, proposant un rythme assez lent permettant de présenter les héros et de mettre en place les bases de l’histoire et de l’univers. On découvre ainsi que l’humanité, au bord de l’explosion devant son incapacité à s’accepter et à s’harmoniser, s’est retrouvé scindé, il y a plusieurs siècles, aux quatre coins de l’univers grâce aux AnimauxVilles, êtres extraterrestres capables de voyager en utilisant les singularités. La première partie du roman va alors nous faire découvrir chaque rameaux que sont les Mécanistes puissants guerriers enfermé dans une armure et à la vision social étriquée, les Originels qui ont eux décidé de rester et qui sont, pour la plupart, des âmes sauvegardées, les Organiques modifiés grâce à un symbiote et qui vivent dans des AnimauxVilles, et les Connectés qui ne peuvent vivre longtemps sans être connecté au réseau, le tout à travers un récit choral nous dévoilant de nombreux personnages. La deuxième partie va se révéler alors plus intense, plus épique, amenant les retrouvailles des différents ambassadeurs choisis pour chaque peuple, ce qui va alors amener son lot de trahisons et de mensonges, jouant avec le lecteur et faisant monter la tension au fil des pages pour aboutir à une conclusion des plus fascinante et éclatante.

Ce livre propose clairement un récit qui cherche à faire réfléchir le lecteur offrant finalement une histoire qui se révèle profondément humaniste, montrant ainsi l’Homme sans artifices et sous son vrai visage, à la fois plein de qualités, mais aussi énormément de défauts et d’incompréhensions, le poussant à s’entre-déchirer, à vouloir dominer tout ce qu’il ne connait pas sans chercher à comprendre pour mieux l’avilir et le transformer en quelque chose d’utile voir une arme. Il cherche aussi à nous montrer l’importance de la communication, du mélange ; les clivages que peuvent entraîner l’absence de discussion, la découverte et le partage, ce qui fige alors obligatoirement les relations dans des « images », portant souvent son lot de haine et de différences, qui se retrouvent ainsi véhiculées à travers les générations. Il nous fait aussi réfléchir sur de nombreux autres points comme par exemple sur le fait de ne pas confondre société et individualité, tout un peuple n’est pas toujours coupables, mais aussi sur le pouvoir et les aspects générationnels qui bousculent les certitudes, la jeunesse se révélant finalement l’avenir, ou encore sur la peur de la mort et de l’extinction. Il s’agit d’un récit clairement dense, complexe, soigné et terriblement efficace, mais qui demande un minimum de concentration lors de la lecture, demandant à être assimilé  à la fois par les idées qu’il véhicule, mais aussi par les nombreuses manipulations qu’il propose.

L’univers développé tout du long se révèle vraiment soigné, captivant, travaillé et entraînant, le tout basé sur des aspects scientifiques pointu, mais pourtant compréhensible à travers des explications claires et accessibles. On sent bien aussi que les auteurs possèdent une belle imagination, nous dévoilant finalement deux univers séparés entre les organiques, avec les AnimauxVilles, les symbiotes et les évolutions génétiques, et les technologiques avec armures, intelligences artificielles ou encore vaisseaux spatiaux. Une dualité qui n’est pas sans conséquence. L’ensemble donne clairement envie d’en apprendre plus, d’en découvrir plus et surtout ne tombent jamais dans l’absurde ou même dans la caricature. Les différentes sociétés qui nous sont dévoilés ne manquent pas non plus d’attraits chacune possédant ses avantages et ses inconvénients, ses défenseurs et ses détracteurs. Comment ne pas se retrouver à avoir envie de naviguer sur ces immenses et magnifiques AnimauxVilles et découvrir leurs mœurs, revêtir ces armures qui deviennent indissociables de son propriétaire ou encore de pouvoir se connecter à une base de données aussi gigantesque que celle des Connectés. Chaque caste, chaque planète, chaque ville, tout se révèle détaillé et passionnant à imaginer. J’aurai aimé que le récit soit plus long rien que pour continuer à le visiter.

Concernant les personnages ils ne manquent pas non plus d’attraits, se révélant travaillés, complexes, efficaces et entraînants. Chaque personnage, de chaque société, possède ainsi sa propre individualité, sa propre vision des choses et sa propre façon de penser. C’est d’ailleurs sur cette différence que joue les auteurs pour nous faire comprendre qu’avancer est toujours plus facile et pratique ensemble, que séparément, apportant ainsi des émulsions. J’avoue avoir eu une préférence pour les protagonistes des Organiques ainsi que Tecamac des Mécanistes là où j’ai peut-être eu un peu plus de mal avec les Connectés qui, justement, m’ont paru trop s’enfermer sur eux-mêmes. C’est le but, je le sais bien, mais voilà l’héroïne Nadiane a parfois eu un peu de mal à me toucher. J’attendais peut-être aussi plus du Charon ou du frère de Nadiane. Mais bon rien de bloquant. Par contre je regrette certaines facilités au niveau de l’évolution des relations de certains d’entre eux, principalement quand on approche de la conclusion, ainsi que parfois un certain manque d’émotion qui se dégageaient d’eux, comme si les sentiments étaient voilés par l’écriture et la philosophie proposée. Rien de bloquant, mais parfois légèrement frustrant.

Alors après autant le dire tout de suite, si vous cherchez un roman plein de frénésie et d’action, passez votre chemin ce récit n’est sûrement pas fait pour vous, même s’il possède quelques scènes pleines d’adrénaline. Finalement, les seules reproches que je pourrai faire au roman sont : une première moitié de roman peut-être un chouïa trop verbeuse par moment, ainsi qu’une conclusion légèrement trop happy-end même si, c’est vrai, elle colle parfaitement à ce que veulent faire passer les auteurs. Peut-être mon côté un peu trop cynique. En tout cas des broutilles, tant je me suis retrouvé plongé dans ce récit qui nous fait réfléchir et nous offre une image cohérente et réaliste de l’Homme.

J’avais un peu peur, concernant le mariage du style des deux auteurs, que l’ensemble soit un peu haché, mais finalement il se révèle efficace, entraînant et riche où les points politiques, qui me paraissent venir d’Ayerdhal, se marient parfaitement bien avec le travail scientifique et détaillé de Jean-Claude Dunyach. J’ai passé un excellent moment avec ce livre dont j’aurai aimé, tout de même, qu’il dure plus longtemps. J’ai vu que le Roman Étoiles Mortes, se passait dans le même univers mais plusieurs siècles avant, je pense qu’il va prochainement finir dans ma PAL pour continuer à découvrir et voyager avec ces AnimauxVilles.

En Résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman qui nous propose de découvrir une histoire dense, complexe, qui force le lecteur à réfléchir, proposant de nombreux axes de réflexion, principalement sur l’Homme, et qui et ne laisse pas indifférent. Un récit humaniste et efficace, bien porté par un univers pointu et des plus captivant, détaillé, qui se dévoile avec plaisir à l’imagination du lecteur sans jamais le perdre grâce à des explications abordables. Comment ne pas tomber sous le charme de ces AnimauxVilles, ces armures, ces vaisseaux etc… Les personnages ne manquent pas d’attraits et se révèlent soignés et entraînants même si j’ai trouvé que parfois l’aspect émotionnel était un peu voilé par le message que cherche à faire passer les auteurs. La plume des auteurs se révèle efficace, vivante, riche, faisant monter la tension au fil des pages pour un final explosif, immersif et flamboyant. Je regretterai juste peut-être une première partie légèrement verbeuse ainsi qu’une conclusion qui s’offre quelques facilités dans les relations des personnages et un petit peu trop happy-end par certains aspects, mais franchement des broutilles tant je me suis retrouvé happé par ce texte.

 

Ma Note : 8,5/10

Demain, une Oasis – Ayerdhal

demain une oasisRésumé : Il était moitié médecin moitié technocrate, à Genève. Il avait un nom. Il n’en a plus : on le lui a retiré un soir, avec le reste de son existence. Une limousine devant, une derrière, un coup de freins, des portières qui claquent, un pistolet-mitrailleur, deux baffes bien assénées, une cagoule, des jours dans une cave sous perfusion et somnifères… Normal pour un kidnapping !
C’est au réveil que ça commence à clocher, quelque part dans un désert africain, à côté d’un vieillard gravement gangrené, quand un commando humanitaire lui confie la responsabilité médicale du village dans lequel il l’abandonne…

Edition : Au Diable Vauvert

 

Mon Avis : Je continue ma plongée dans l’univers littéraire d’Ayerdhal, auteur qui m’a toujours marqué par ses récits régulièrement percutants, réfléchis et surtout entrainants. Je n’ai jamais été déçu par les différents textes que j’ai lu de lui. C’est donc sans surprise que je suis reparti des dernières Imaginales avec ce roman sous le bras que je n’avais pas encore lu (il m’en reste encore un certain nombre à découvrir) et qui fait partie de ses premiers romans publiés puisque sorti en 1992. Concernant l’illustration de couverture je la trouve sympathique, même si finalement loin de ce que laisse entrevoir le résumé.

L’histoire en elle-même se révèle assez simple, notre héros, le narrateur, se met à conter l’histoire de sa vie. Il était un simple médecin, devenu analyste de probabilités dans une organisation à Genève le jour où sa vie a changé, le jour où il a été kidnappé puis débarqué en Afrique. L’auteur nous offre dès les premières pages une intrigue qui se révèle sans temps mort, remplie de rebondissements, de retournements de situation et de surprises. Chaque chapitre apporte son lot d’action et d’adrénaline ce qui fait que le lecteur se met à tourner les pages avec un minimum d’envie et de plaisir pour apprendre ce qui a bien pu arriver au héros. Une chose est sûre c’est que Ayerdhal sait parfaitement maîtriser le tempo du récit, offrant un rythme soutenu et tendu du début à la fin. Il propose un personnage principal qui va clairement se retrouver malmené, poussé à bout et qui à force va découvrir la vérité et se découvrir lui-même.

La grande force du récit vient, comme souvent avec l’auteur, des différentes idéologies et réflexions qu’il développe au fil des pages. Ici on n’est pas happé, mais on est littéralement « kidnappé » par les différentes idées qui sont développées. Il cherche clairement à nous ouvrir les yeux sur un problème qui devient de plus en plus capital, l’Afrique, ou plus précisément l’abandon de ce continent par les pays considérés comme développés, voire en voie de développement, la laissant dans son coin tout en lui demandant de ne pas faire de bruit. Une Afrique longtemps gouvernée par des dictateurs qui savent se vendre au plus offrant, ne se souciant ni de leurs pays, ni de leurs populations mais plus d’eux-même. Il nous parle de ces pays riches, de ces industriels qui préfèrent financer des programmes exorbitants sur des études et des travaux pas toujours nécessaires plutôt que de fournir une infime partie de leurs budgets à l’humanitaire. On découvre un système de  santé à double vitesse qui repose sur des laboratoires qui voient plus le profit que la guérison. Cette Afrique a perdu tout intérêt dans ce futur, elle est oubliée, laissée pour compte et surtout subit nos erreurs, la désertification et la sécheresse gagnant de plus en plus de surface. L’auteur n’y va pas avec le dos de la cuillère, il est là pour réveiller le lecteur et pour cela y va franchement, c’est une véritable claque qu’on se prend du début à la fin, on retient sa respiration au fil des pages. L’auteur veut nous ouvrir les yeux et il le fait de façon percutante et efficace je trouve. Ce qui marque aussi c’est que, comme je l’ai dit, ce roman a été écrit en 1992 et pourtant il se révèle encore terriblement d’actualité, voir même s’est révélé visionnaire à l’époque.

Mais voilà l’auteur ne se sert pas de la Science-Fiction que pour nous secouer, au fil des pages il relâche doucement la pression et devient alors un peu idéaliste, essayant d’offrir un espoir et ainsi éviter de noyer le lecteur dans le cynisme. Il imagine un continent dont les nations commenceraient à se rassembler, avec un idéal, essayer de relever ce continent oublié, certes par des voies pas toujours légales, comme le terroriste ou le kidnapping de personnels adaptés pour les aider. C’est d’ailleurs cette réflexion qui marque et dérange le lecteur, je trouve, tout du long : La survie d’une nation doit-elle passer par des actions illégales ? Nous, pays « civilisés », avons-nous fait les choses mieux et de façon différente ? À chacun de se faire son avis. En tout cas ils n’ont plus décidé de se faire marcher dessus et ont des idées à défaut de moyens. Alors j’avoue, l’auteur va parfois trop loin, cherchant à trop en faire, à trop secouer le lecteur, c’est parfois légèrement agaçant, mais vu que le roman est assez court on passe très vite au-dessus de ces quelques légers désagréments, qui sont finalement assez vite oublier devant l’ampleur du message à faire passer. Par contre, j’ai trouvé l’idée finale peut-être un peu trop utopiste, mais rien de bien gênant.

Concernant les personnages, je dois dire qu’on s’attache assez rapidement et facilement au narrateur, personnage lambda d’une nation aisée qui se retrouve dans ce qu’il considère initialement comme un enfer et qui va peu à peu découvrir et ouvrir les yeux. D’ailleurs le fait que l’auteur ne lui donne jamais de nom, mais simplement des surnoms joue aussi sur cette identification, car finalement il pourrait être n’importe qui. Concernant les autres personnages ils ne manquent pas d’intérêt, chacun ayant une vision et un vécu différent du conflit, de l’abandon. Mais voilà je trouve qu’ils manquent quand même de profondeur, ce sont des héros qui ne vivent que dans le présent, il leur manque un peu de background, d’histoire selon moi, et c’est parfois frustrant de ne pas en savoir plus sur certains. De plus j’ai trouvé l’histoire d’amour un peu trop facile et aussi un peu trop pratique, rien de dérangeant, juste on sent qu’elle est là car elle sert l’intrigue.

La plume de l’auteur se révèle toujours aussi incisive, mordante, efficace et entrainante, nous plongeant avec facilité dans son histoire pour ne jamais relâcher le lecteur avant la fin, malgré j’avoue quelques métaphores surprenantes. Un roman clairement engagé, politique, intelligent, qui mérite d’être découvert, même si on peut ne pas toujours être d’accord avec ce qui est mis en avant. Au final j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman et je continuerai donc à découvrir d’autres récits de l’auteur sans souci et avec plaisir.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce livre qui propose de nous faire un sujet encore d’actualité qui est l’Afrique, sa pauvreté et son abandon. L’auteur construit alors un récit sans temps mort, plein d’adrénaline au cours duquel on suit les aventures du narrateur, médecin kidnappé et livré sur ce continent. Mais c’est surtout sur le message que l’auteur cherche à faire passer qu’on prend une véritable claque, car il cherche à ouvrir les yeux de ses lecteurs sur un véritable problème de société, et il le fait de façon percutante et directe. Ce roman possède même un aspect limite visionnaire quand on sait qu’il a été écrit au début des années 90 et qu’on voit ce qui se passe aujourd’hui. Par contre j’ai trouvé l’idée de conclusion un peu trop utopiste. Le personnage principal se révèle attachant et on s’identifie rapidement à lui, les personnages secondaires sont intéressants même si j’aurai aimé en savoir plus sur certains. En revanche, j’ai trouvé l’histoire d’amour un peu facile, même si rien de non plus bloquant. La plume de l’auteur se révèle vraiment incisive, entrainante et efficace, malgré parfois quelques métaphores un peu surprenantes. Un livre qui mérite d’être découvert selon moi si on ne veut pas fermer les yeux. En tout cas je continuerai à lire des romans de l’auteur sans souci.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Lorhkan, A.C. de Haenne, Julien le Naufragé, …

Bastards – Ayerdhal

bastardsRésumé : Depuis qu’il a été récompensé par le prix Pulitzer, Alexander Byrd est à court d’inspiration. En désespoir de cause, il envisage de s’inscrire au cours d’écriture créative de Colum McCann, qui attire son attention sur un curieux fait divers, une très vieille dame qui se serait débarrassée de trois agresseurs avec un outil de jardin et la seule aide d’un chat, Cat-Oldie.
Entre l’écrivain et la vieille dame naît une relation étrange.
Des femmes aussi félines que fatales, sensuelles, protectrices et violentes, font leur apparition dans sa vie, se révélant impliquées dans une étrange guerre dont les racines plongent profondément dans l’histoire…
La quête d’Alexander se transforme en une dangereuse investigation qui ravive une guerre entre services spéciaux impliquant cette mystérieuse matriarche, et le conduit à requérir l’assistance de ses amis Norman Spinrad et Jerome Charyn…

Edition : Au Diable Vauvert

 

Mon Avis : Si vous suivez ce blog vous savez que Ayerdhal fait partie des auteurs qui ne m’ont jamais vraiment déçu et dont chaque nouveau roman me donne envie de le lire. C’était déjà le cas il y a environ un an avec la sortie de son Thriller politique Rainbow Warriors qui m’avait fait passer un très bon moment de lecture avec une histoire percutante et intelligente (ma chronique ici). Quand on m’a proposé de découvrir son tout dernier roman, publié il y a quelques semaines, je me suis rapidement laissé tenter. À noter la belle illustration de couverture que je trouve vraiment sympathique.

À travers ce roman l’auteur confirme encore une fois tout le bien que je pense de ses écrits, en effet l’auteur nous offre ici un mélange de genre toujours aussi efficace et prenant. Ici il démarre doucement et de façon intéressante par un polar de base, lançant un écrivain victime du syndrome de la page blanche à la recherche de l’inspiration en retrouvant une vieille dame qui a éliminé trois agresseurs avec son chat, pour glisser lentement au fil des pages dans une histoire plus mystique avec cette bataille ancestrale qui remonte à l’Egypte antique et plongeant aussi clairement dans le fantastique. L’auteur proposait déjà ce genre de mélange avec Transparence et Résurgence et il prouve encore une fois qu’il le manie de façon vraiment réussie, haletante et captivante, arrivant surtout à rendre l’ensemble logique et cohérent du début à la fin. On sent d’ailleurs bien qu’il maîtrise parfaitement son histoire que ce soit en terme de rythme, de suspens et encore de rebondissements.

L’autre aspect vraiment intéressant du roman vient de sa construction, j’ai eu l’impression il était clairement pensé comme une histoire à épisode, un peu comme une série TV tout en conservant une densité littéraire. Chaque chapitre est, selon moi, construit comme un épisode avec ses pauses et ses changements de plans, ce qui offre ainsi à l’histoire sont lot de cliffangher et aussi un rythme vraiment entrainant ; le lecteur tournant les pages avec envie pour en apprendre plus et savoir comment va s’en sortir notre héros face aux nombreux secrets, complots et trahisons qu’il découvre au fil des pages. Malgré une légère impression que tout part dans tous les sens, rien n’est laissé au hasard et très vite au fil des pages on se rend compte que chaque détail, chaque révélation va avoir son importance et que l’auteur sait donner au bon moment le petit rebondissement qui fait qu’on ne s’ennuie jamais. D’ailleurs en parlant de série j’ai trouvé que ce roman possède un petit côté Dark Angel, que ce soit à travers certaines idées comme sur le côté nerveux du récit.

Mais voilà cet aspect possède aussi ses quelques défauts, en effet à trop vouloir jouer sur le rythme, par moment tout va un peu trop vite, les révélations et les secrets trouvant parfois leurs réponses un peu trop rapidement avec le bon personnage qui a la bonne information et cela toujours au bon moment. Autre point qui m’a légèrement surpris, et qui se révèle peut-être plus personnel, l’auteur m’avait habitué dans ses différents romans que j’ai lu à une critique sociale souvent acerbe, percutante et intelligence. On retrouve bien ici toujours cet aspect, avec des réflexions intéressantes sur le monde des finances, la gouvernance, les complots ou encore sur la place des personnes âgées, mais le tout m’a paru moins développé, plus dilué dans l’adrénaline et l’action ce qui me laisse légèrement sur ma faim. Mais rien de non plus vraiment dérangeant tant le lecteur se retrouve happé.

Par contre, Ayerdhal développe un aspect que j’ai trouvé vraiment intéressant et qui m’a bien accroché, c’est sur le rôle d’écrivain qui prend une place importante dans l’histoire. Il part de ce syndrome de la page blanche pour nous dévoiler un peu l’aspect de création, d’histoire dans l’histoire, qui va aussi avoir son importance par la suite du roman par la façon dont le héros va appréhender les épreuves. D’avoir un écrivain comme personnage principal permet aussi à l’auteur d’offrir un hommage à différentes auteurs connus et reconnus ce qui offre des clins d’œil intéressants je trouve, même si souvent un peu trop fictifs. À noter aussi une scène de course poursuite en moto qui se révèle vraiment décapante et vivante.

Concernant les personnages ils se révèlent tous intéressants, touchants, soignés et vraiment efficaces. On retrouve ainsi un panel de personnages qui accroche le lecteur facilement et rapidement, entre Alexander qui se révèle un héros profondément humain portant un regard intéressant sur le monde et ce qui l’entoure avec ses émotions et ses sentiments, Cat-Oldie, elle, capte vraiment par sa répartie et son humour souvent décapant, mais aussi par sa capacité à voir énormément de choses et à manipuler les autres, ou encore tous les autres protagonistes qui vont graviter autour d’eux qui se révèlent tous, d’une façon ou d’une autre, prenants avec leurs qualités et leurs défauts. L’aspect qui tourne autour du chat m’a aussi vraiment plu, se révélant traité de façon efficace, principalement dans la construction hiérarchique du clan. J’ai juste peut-être un léger reproche à faire, c’est concernant la facilité à laquelle le héros se fait des amis qui sont prêts à énormément de choses pour lui, c’est parfois un peu trop facile.

La plume de l’auteur se révèle vraiment vive, percutante et entrainante plongeant le lecteur dès la première page dans son histoire pour ne jamais le lâcher tout en restant d’actualité et offrant un humour des plus efficace à travers ce personnage fascinant de Cat-Oldie. Au final on obtient un roman au rythme haletant du début à la fin avec son lot d’action et de course poursuite très visuelles. J’ai passé un bon moment avec ce roman même si j’avoue certaines idées auraient pu être plus développées. La conclusion laisse des questions en suspens, à voir si un jour une suite sera écrite. En tout cas je lirai sans soucis d’autres romans de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman qui m’a plongé dans une histoire décapante, démarrant comme un polar pour finir dans une histoire mystique avec une pointe de fantastique qui se révèle vraiment passionnante. L’ensemble est vraiment bien rythmé, rempli d’action et on a du mal à lâcher le livre. La construction du récit se révèle intéressante, un peu comme une série TV où chaque chapitre représente un épisode. Les personnages se révèlent tous intéressants, attachants et efficaces. Alors certes, certaines révélations m’ont paru trop facile, certains liens se nouent parfois trop rapidement et j’ai trouvé la critique sociale un peu soft, surtout au vu des autres romans de l’auteur, mais ces défauts sont vite balayés par la frénésie qui emporte le lecteur pour peu qu’il se laisse aller. La plume se révèle vraiment vive, efficace et entrainante. La conclusion laisse des questions en suspens, peut-être pour une suite. En tout cas je lirai sans soucis d’autres romans de l’auteur.

Ma Note : 8/10

Rainbow Warriors – Ayerdhal

rainbow-warriorsRésumé : Mis à la retraite sur requête du Bureau ovale, le général de division Geoff Tyler se voit proposer par l’ancien secrétaire général des Nations Unies de prendre la tête d’une armée privée financée par des célébrités de toutes obédiences.

Son objectif : renverser le dictateur d’un État africain et permettre la tenue d’élections en bonne et due forme. Ses moyens : l’argent n’est pas un problème. Son effectif : un encadrement d’une centaine de professionnels et 10 000 soldats dont il faut parfaire la formation. Jusqu’ici tout va bien. Il y a toutefois un détail.

Cette armée est presque exclusivement constituée de LGBT. Lesbian, Gay, Bi, Trans.

Edition : Au Diable vauvert

 

Mon Avis : Je dois bien avouer que les livres d’Ayerdhal ne me sont pas inconnus, ayant lu ces deux derniers thrillers que sont Transparences et Résurgences, et qui m’ont fait passer un très bon moment de lecture avec des histoires efficaces et intelligentes. Le dernier roman de l’auteur s’annonçant clairement comme un livre alléchant et surtout d’actualité, et connaissant déjà la plume incisive de l’auteur je savais qu’il allait rentrer rapidement dans ma PAL. Donc quand on m’a proposé de le découvrir je n’ai pas attendu longtemps avant de me laisser tenter. Je remercie donc les éditions Au Diable Vauvert de m’avoir fait découvrir ce livre.

Ce roman ne va pas laisser indifférent, nous proposant une histoire véritablement d’actualité, intelligente et vraiment efficace tout en nous plongeant dans un roman prônant, d’une certaine manière, la tolérance et l’acceptation de soi et des autres malgré les différences de chacun. Tout dans ce livre se révèle être une critique sociale intelligente, percutante et bien construite sur différents sujets tel que l’exploitation du continent africain par les multinationales et les pays riches laissant en place des dictateurs, sur la géopolitique internationale et les services secrets ou encore sur l’acceptation des LGBT (Lesbian Gay Bi Trans). L’auteur cherche à faire réagir le lecteur, parfois même à le surprendre et il le fait de façon efficace et prenante du début à la fin à travers ce qu’on peut considérer comme une révolution des « rejetés ». Le début manque peut être un peu de rythme, le temps à l’auteur de poser ces différents personnages, ainsi que l’évolution de son intrigue et la préparation de cette révolution, mais une fois plongée dans l’histoire, j’avoue que j’ai eu beaucoup de mal à lâcher le livre malgré, j’avoue, peut être quelques longueurs ici ou là surtout quand l’auteur prend parfois trop de temps sur les pensées de certains personnages.

Une des forces de l’auteur est déjà de ne pas complètement poser son histoire dans notre monde, pas qu’il soit complètement différent, on retrouve tout ce qui concerne notre planète, les différents pays et autres, mais le pays africain est inventé et certains des personnages qu’on retrouve dans le livre sont aussi inventés tout en restant proche de ce qu’on connait pour les reconnaitre. Cette façon de présenter l’histoire permet aussi à l’intrigue une certaine universalité, on peut coller ce pays à quasiment tout pays africains instable, on obtiendra le même résultat, ce qui permet au lecteur de ne pas trop se focaliser sur le background du pays en lui-même, mais de clairement se concentrer sur le message que souhaite faire passer l’auteur.

Alors, bien sûr, on peut être ou ne pas être d’accord avec les arguments que met en avant l’auteur, mais une chose est sûre, cette histoire ne laissera pas le lecteur indifférent et le forcera, d’une certaine façon, à approfondir son avis sur pas mal de sujets comme la politique internationale, l’acceptation des différences, l’importance des médias ou celle encore plus grandissante de l’influence d’internet et de ces hackers qui peuvent, d’une certaine façon, à eux seuls, influencer une guerre. Certains sujets peuvent paraitre incongrus aux premiers abords,  mais s’intègrent parfaitement dans l’histoire. La conclusion, forte et choc ne devrai pas laisser indifférent le lecteur même si, par contre, j’ai trouvé que le dernier chapitre en faisait un peu trop et se révélait peut être légèrement trop « happy end ».

Concernant les personnages ils se révèlent vraiment travaillés, denses, efficaces et surtout l’auteur arrive à les faire vivre en quelques lignes à peine. Il n’a besoin que de quelques phrases pour les rendre captivants, offrant un background un minimum soigné et surtout une motivation qui les poussent à intervenir, ce qui fait qu’ils se révèlent un minimum attachants et surtout humains malgré leurs différences. C’est d’ailleurs ces différences qui font qu’ils vont se révéler unis dans cette histoire. Chaque personnage va rapidement se révéler avoir ses qualités et ses défauts, ses sentiments et ses émotions et on se laisse facilement emporter par leurs aventures. Le seul problème, à mon gout, c’est le côté un peu trop foisonnant des personnages, l’auteur a voulu mettre en place énormément de personnages tous plus hétéroclites les un que les autres, mais parfois on se retrouve à les mélanger, alternant régulièrement d’un point de vue à l’autre. Rien de complètement dérangeant, mais parfois c’est légèrement perturbant étant obligé de prendre un peu de temps pour remettre en place le personnage et qui il est exactement, surtout dans les personnages un peu plus secondaires. Ce qui n’empêche pas certains personnages de vraiment sortir du lot où chaque lecteur devrait y trouver son compte. Par contre, autre petit reproche, parfois l’auteur nous offre des personnages un peu trop efficaces, je pense principalement à Pilar qui est limite invincible ou encore le sniper, rien de bien gênant, mais parfois on tique un peu devant leurs exploits.

La plume de l’auteur se révèle toujours aussi intelligente, soignée et surtout sert à délivrer un message, qui se révèle d’actualité, de façon efficace, captivante et parfois même de façon cynique et surprenante. Ce roman ne plaira peut être pas à tout le monde, mais en tout cas il force à réfléchir sur certains aspects et surtout offre une vision pas toujours rose de notre monde actuel, à chacun de faire son avis maintenant. En tout cas moi j’ai passé un excellent moment avec ce livre, même si par moment je trouve que l’auteur prêche un peu trop par le socialisme, et je ne suis pas du tout déçu de ma lecture des aventures de cette armée qui nous font vivre un large panel d’émotions. Encore une fois Ayerdhal fait mouche et met clairement en ébullition l’esprit critique du lecteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman percutant qui nous offre une histoire efficace et critique sur pas mal de sujet d’actualité. Le début peut paraître un peu lent, mais une fois l’histoire posée et les personnages présentés on a du mal à lâcher le livre qui offre un rythme haletant à travers cette révolution. Un roman qui amène le lecteur à réfléchir sur des sujets divers et d’actualité que sont les multinationales, l’influence des pays riches, l’acceptation des autres ou encore la géopolitique. Les personnages sont vraiment attachant et soignés et se révèlent denses et attachants, je reproche juste le fait qu’il y en ait énormément, ce qui fait que parfois je me suis légèrement perdu dans qui est qui. La plume de l’auteur se révèle toujours aussi incisive et nous plonge facilement dans une histoire percutante qui nous fait traverser un panel d’émotion du rire aux larmes en passant par la camaraderie et la souffrance. Au final un roman efficace qui mérite, je pense, d’être découvert, au moins pour son message.

 

Ma Note : 8/10

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