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Bilan de mon challenge personnel : Hugo Awards 2017

Il y a maintenant quatre mois, je me suis lancé comme défi de lire l’ensemble des romans nominés aux Hugo Awards. Ce fut un défi assez conséquent puisqu’en trois mois (la clôture des votes étant mi-juillet) j’ai lu 10 livres en Anglais, les 5 nominés plus les préquelles quand il s’agissait de cycles. Je suis content de moi, car même si je n’ai pas réussi à tout chroniquer avant la WorldCon, j’ai bien lu tous les livres, ce qui m’a permis de voter en connaissance de cause. Pour clore mon mini-challenge j’ai décidé non pas de vous faire un vrai bilan, mais plus un détail de mes choix lors du vote. Attention je ne parlerai ici que des romans, les prix Hugo proposant de nombreuses autres catégories.

Je vais donc découper cet article en trois courtes parties de la façon suivante :

  • Mon vote, en expliquant en quelques lignes pourquoi j’ai voté de telle façon.
  • Mes pronostics, en fonction de ce que j’ai pu voir sur le net et autre j’avais fait des pronostics qui ne sont pas toujours en accord avec mon vote ni avec le résultat final.
  • Le classement final, vu que la WorldCon est passée les lauréats ont été dévoilés.

 

Mon Vote

Vous trouverez ci-dessous le classement que j’ai validé suite à mes lectures. Vous pouvez cliquer à chaque fois sur le titre pour retrouver ma chronique :

  • The Machineries of Empire Book 1, Ninefox Gambit de Yoon Ha Lee. Le choix du trio de tête a été compliqué, se jouant dans un mouchoir de poche. Ninefox Gambit est finalement le roman que j’ai classé en première position, m’ayant offert un excellent moment de lecture, avec des très bonnes idées et une histoire bien rythmée et maîtrisée selon moi.
  • Terra Ignota Book 1, Too Like The Lightning d’Ada Palmer. J’ai classé le roman d’Ada Palmer en second, la faute a un démarrage peut-être légèrement moins maîtrisé, trop dense j’ai trouvé, et le côté « Latin » qui ont fait que je l’ai trouvé un chouïa moins prenant que le récit de Yoon Ha Lee. Franchement, au final ça s’est joué à quelques broutilles, mais il fallait faire un choix.
  • The Broken Earth Book 2, The Obelisk Gate de N.K. Jemisin. Alors pour la troisième place j’ai mis le second tome du cycle de N.K. Jemisin. Je l’ai trouvé un chouïa moins prenant que le premier, mais aussi pour une raison personnel. Le premier tome de ce cycle ayant déjà gagné le prix Hugo 2016, j’ai préféré laissé sa chance à d’autres romans. Attention, si il avait survolé tous les autres livres je l’aurai classé premier, mais là entre trois romans dont j’ai autant apprécié la lecture, j’ai décidé de privilégier un cycle qui n’avait pas encore gagné.
  • All The Birds in the Sky de Charlie Jane Anders se classe quatrième dans mon classement. Avec une conclusion peut-être un peu moins expéditive à mon goût le roman aurait pu venir jouer sa place dans le trio de tête.
  • Remembrance of Earth’s Past Book 3, Death’s End de Cixin Liu. Concernant les deux dernières places j’ai eu un peu moins de difficulté à classer, les deux romans étant un ton en-dessous du trio de tête pour moi. Le troisième tome du cycle de Cixin Liu se classe cinquième, il est moins prenant pour moi que les des deux premiers, même s’il fourmille toujours autant d’idées fascinantes et offre une vision du futur entraînante.
  • Wayfarers Book 2, A Closed and Common Orbit de Becky Chambers. Une lecture plutôt mitigée pour ma part, mais je n’étais pas non plus, je pense, le public cible. Une SF un peu trop Feel Good à mon goût et qui ne développe pas assez ses idées et réflexions j’ai trouvé.

Mes Pronostics 

Dans cette rubrique, je vais vous proposer mes prévisions concernant le classement gagnant. Par là je n’entends pas que je suis devenu devin, mais à travers différents forums, discussions sur Goodreads ou bien encore articles sur les blogs, je m’étais fait une image des romans qui se détachaient. Vous verrez que finalement je me suis quand même trompé, donc pas besoin de m’emmener au bûcher ^^

  • All The Birds in the Sky de Charlie Jane Anders. Je voyais bien ce roman gagner le prix Hugo, certes il a aussi un peu divisé les critiques, mais il possède une grosse communauté de fan et il a gagné les prix Nebula et Locus. De plus son mélange des genres et son côté assez accessible selon moi jouait en sa faveur.
  • The Broken Earth Book 2, The Obelisk Gate de N.K. Jemisin. Ce cycle possède une grosse communauté de fans et surtout ce second tome a été accueilli plus que positivement autant par les lecteurs, les bloqueurs que les critiques.
  • The Machineries of Empire Book 1, Ninefox Gambit de Yoon Ha Lee. J’aurai aimé le voir gagner vu que je l’ai mis en première position, c’est d’ailleurs le genre de roman qui pouvait créer la surprise comme celui d’Ada Palmer. Mais voilà je savais que la communauté de fan était moins grande et qu’un certain nombre de lecteurs ont abandonné ce roman, n’arrivant pas à entrer dans l’univers mathématique de l’auteur.
  • Terra Ignota Book 1, Too Like The Lightning d’Ada Palmer. Je suis parti sur le même argumentaire que Ninefox Gambit, ce roman pouvait créer selon moi la surprise, mais la communauté de fans plus réduite que le roman d’Anders et celui de Jemisin font que j’avais du mal à le voir gagner.
  • Remembrance of Earth’s Past Book 3, Death’s End de Cixin Liu. Ce cycle a clairement son lot de fan, le premier tome a gagné le Prix Hugo dans des conditions très étranges avec l’épisode des Puppies, mais les lecteurs sont toujours au rendez-vous. Sauf que selon moi le fait que ce soit un troisième tome est un cran en dessous et le fait que le second n’ait pas été nominé il y a un an ont joué sur mon pronostic.
  • Wayfarers Book 2, A Closed and Common Orbit de Becky Chambers. Ce roman a touché pas mal de lecteur, il y a une belle communauté de fan qui ont énormément apprécié ce cycle, mais voilà pas obligatoirement assez selon moi pour aller titiller les premières places.

Le classement final

Pour terminer je vous propose de retrouver le classement final de ces Hugo Awards 2017 concernant les romans :

  • The Broken Earth Book 2, The Obelisk Gate de N.K. Jemisin.
  • All The Birds in the Sky de Charlie Jane Anders.
  • The Machineries of Empire Book 1, Ninefox Gambit de Yoon Ha Lee.
  • Wayfarers Book 2, A Closed and Common Orbit de Becky Chambers.
  • Terra Ignota Book 1, Too Like The Lightning d’Ada Palmer.
  • Remembrance of Earth’s Past Book 3, Death’s End de Cixin Liu.

Vous pouvez retrouver l’ensemble des gagnants des différentes catégories ici, et les statistique de votes .

Voilà je déclare mon mini-challenge maintenant clos.

Remembrance of Earth’s Past Book 3, Death’s End – Cixin Liu

Résumé : Half a century after the Doomsday Battle, the uneasy balance of Dark Forest Deterrence keeps the Trisolaran invaders at bay.
Earth enjoys unprecedented hilosorosperity due to the infusion of Trisolaran knowledge and, with human science advancing and the Trisolarans adopting Earth culture, it seems that the two civilizations can co-exist peacefully as equals without the terrible threat of mutually assured annihilation. But peace has made humanity complacent.
Cheng Xin, an aerospace engineer from the 21st century, awakens from hibernation in this new age. She brings knowledge of a long-forgotten program dating from the start of the Trisolar Crisis, and her presence may upset the delicate balance between two worlds. Will humanity reach for the stars or die in its cradle?

Edition : Tor Books
Poche : Head of Zeus

 

Mon Avis : Voici donc ma dernière chronique concernant le mini challenge que je me suis lancé, celui de lire tous les romans nominé aux Hugo Awards pour pouvoir voter en connaissance de cause. Il me restera plus qu’un article récapitulatif à faire sur qui j’ai voté et pourquoi et ce sera bon. Cette dernière chronique sera donc, fort logiquement, sur le dernier tome de la trilogie de Cixin Liu dont, après deux premiers volumes plus que réussis, intelligents et efficaces (ma chronique du Tome 1, Tome 2), j’avais hâte de voir comment l’auteur allait conclure. Concernant l’illustration de couverture je la trouve très réussie. Par contre, comme ma chronique précédente, je risque de Spoiler les tomes précédents donc c’est à vos risques et périls.

Suite à la paix négociée grâce à un coup de poker par Luo Ji entre la Terre et les Trisloariens, l’humanité connait une avancée technologique spectaculaire et vit dans la sérénité. Certes, cette paix est fragile et repose simplement sur le fait que si la Terre est attaquée elle dévoilera les coordonnées des Trisolariens dans tous l’univers, mais l’avenir n’a jamais été aussi radieux. C’est à cette époque que Chen Xi va se réveiller, elle qui a été hibernée à l’époque de la grande crise et qui va se retrouver au centre de l’avenir de la planète. Bon je dois bien avouer que, même si ce troisième offre pour moi une fin solide au cycle, il est quand même clairement en-dessous des tomes précédents. On y retrouve ainsi les défauts que j’avais soulevé dans les tomes précédents et que j’ai trouvé encore accentué, mais aussi d’autres points qui m’ont laissé perplexe. Cela ne l’empêche pas pour autant de garder les qualités qui faisaient la réussite des précédents volumes et de s’avérer sympathique à lire et à découvrir.

Il faut dire aussi que l’auteur continue à nous offrir une histoire qui ne manque pas d’imagination et qui offre de nombreuses idées et de réflexions qui ne manquent pas de marquer le lecteur je trouve. Concernant l’intrigue, j’ai trouvé que ce tome dévoilait plutôt une histoire de l’humanité, une vision plus globale et large de la vie de notre planète et de l’avenir possible. On découvre ainsi cette évolution à travers les yeux de l’héroïne qui va traverser les âges sur plusieurs milliers d’années. L’intrigue paraît ainsi moins « prenante » que les livres précédents du cycle, n’offrant pas obligatoirement de mystères comme le premier tome, où de duel comme le second, mais cela ne l’empêche d’avoir tout de même quelques jeux de pouvoirs que ce soit entre humains, mais aussi avec les Trisolariens et d’autres encore, ainsi que quelques scènes tendues et efficaces. Il y a aussi un vrai travail de l’auteur à montrer une évolution de notre planète, nos mentalités et notre vision au fil des années, des péripéties, des souffrances, des guerres etc… Par contre, et cela risque peut-être d’en bloquer certains, mais j’ai trouvé le rythme de ce tome lent, parfois même un peu trop.

Comme je l’ai dit, le gros pont fort de ce tome vient encore des nombreuses idées que développe l’auteur au fil des pages. Il offre ainsi une imagination que je trouve débordante, le tout toujours porté par des concepts scientifiques intéressants et soignés, même si là on entre clairement dans le spéculatif au sens large tant on va loin dans l’avenir. Ce sont toutes les idées développées qui m’ont porté tout du long de cette trilogie et qui ont fait que je me suis encore laissé porter par ce troisième tome. C’est foisonnant, fascinant et surtout offre une vision possible de l’avenir dense, plausible et intéressante. Que ce soit aussi bien sur les notions scientifiques comme par exemple les dimensions, la vitesse de la lumière, les technologies d’armement ou de protection, mais aussi des réflexions plus philosophiques comme la notion de fin, de mort, de paix, la notion de coopération et de doute, de sacrifice ou bien encore de peur et des actes que l’on peut réaliser sous l’emprise de celle-ci, j’ai plongé avec intérêt dans ce récit. Il y a aussi un vrai travail tout du long sur la notion de coopération pour briser la crainte et la peur de ce qui est considéré comme différent et par conséquent risqué. Mais il y a aussi une certaine beauté, je trouve dans ce cycle, une notion d’espoir même si tout est sombre, une envie de lever les yeux au ciel et d’admirer la beauté que peut aussi nous réserver les étoiles et au-delà.

Je me suis aussi laissé émerveiller par l’image de fond qui est développé au long du récit, les différents paysages croisés, les différentes villes ou encore la vie dans l’espace qu’on voit se développer par la suite. Le tout est porté par des descriptions vivantes et visuelles qui donneraient presque envie de vivre là-bas, à une telle époque, dans ce futur, de le découvrir. L’aspect conte, dont je ne dirai rien pour ne pas trop en dévoiler, apporte aussi un vrai plus au récit. Et pourtant ce qui est une grande qualité du roman devient aussi par moment un défaut je trouve. Oui, les lieux visités sont magnifiques et visuellement attirants, sauf que l’auteur en fait parfois trop dans les descriptions. Il passe parfois des pages entières à nous présenter les évolutions architecturales et technologiques ce qui a, selon moi, pour effet de créer des longueurs dans le récit. Franchement ce roman avec 50 ou 100 pages de moins, je pense, qu’il aurait été encore plus prenant. Ensuite, certes, comme je l’ai dit, l’auteur fourmille d’idées sauf que là aussi il en fait de trop à mon goût. Certes développer son récit plus plusieurs milliers d’années ne peut qu’obliger beaucoup d’opinions et de théories, mais voilà il y en a trop. J’ai même eu l’impression qu’il y en avait plus dans ce troisième tome que dans les deux premiers, ce qui rend l’ensemble trop dense et surtout complexe à maîtriser par l’auteur. On a l’impression de se perdre un peu, ne comprenant pas exactement où tel concept cherche à nous emmener pour parfois se rendre compte qu’il est juste là simplement, car il est possible et plausible. Ce n’est pas en soit bloquant, mais voilà parfois ça se révèle frustrant et j’ai eu parfois envie de dire à mon exemplaire de synthétiser (je vous rassure il ne m’a pas répondu).

Concernant les personnages, de nouveau, ce n’est pas le point fort du récit, ni même du cycle d’ailleurs. Il faut aussi dire que l’auteur considère ces personnages comme des « outils » qui vont lui permettre de faire avancer son récit et développer ses concepts ainsi que ses réflexions. Alors c’est vrai, certains héros sortaient du lot dans les deux premiers tomes Yan Miao, Luo Ji, Ye Wenjie, je me suis même attaché à certains dans le second tome, mais là je dois bien avouer que dans ce troisième tome ils ont eu beaucoup de mal à être plus que de simples outils. Pire j’ai même eu envie régulièrement de secouer Cheng Xin tant elle arrivait à me frustrer. Après tout n’est pas non plus de sa faute à elle, mais plus de l’Humanité et des gens autour d’elle qui lui remettent régulièrement entre les mains le sort de l’univers entier, alors qu’on sait très bien qu’elle va prendre le plus « mauvais » choix. Je mets mauvais entre  »  » car tout est question de logique et de moral, je n’en dis pas plus pour ne pas vous en révéler et vous laisse découvrir, mais voilà quand on lui présente X fois un problème et qu’elle prend X fois la même solution, il ne faut pas s’étonner. Les personnages secondaires qui gravitent autour d’elle sont eux aussi facilement oubliables je trouve, mis à part peut-être Luo Ji qui refait quelques apparitions et que je trouve toujours aussi intéressant. Par contre, j’avoue que certaines évolutions psychologiques m’ont laissé perplexe comme cette idée que le seul but de l’héroïne est de trouver l’amour ou bien encore sur la notion de genre qui donne l’impression d’être figé. C’est très léger, mais je trouve ça dommage pour un roman qui va si loin dans l’avenir de rester figé sur certaines mentalités.

Attention, ma critique peut paraitre en demi-teinte, mais j’ai quand même passé un moment de lecture agréable et sympathique avec ce troisième tome. Il possède une bonne partie des ingrédients de ce que je cherche un peu dans un roman SF, c’est à dire un récit qui nous fait réfléchir, offre une vision plausible d’une avenir et qu’il me happe un minimum. Certes, certains défauts se font clairement ressentir et ce troisième tome est clairement un ton en-dessous du précédent, ce qui est quand même un peu dommage pour une conclusion, mais je ne suis pas déçu pour autant de l’avoir lu, offrant tout de même une fin solide à cette trilogie. La plume de l’auteur est toujours simple et efficace, même si certains dialogues s’avèrent un peu plats. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur. Je crois d’ailleurs que j’ai un recueil de nouvelles où il est présent dans ma bibliothèque.

En Résumé : J’ai trouvé ce troisième et dernier tome de ce cycle un niveau en dessous des précédents, mais cela ne l’empêche pas d’être sympathique à lire et d’offrir une fin que j’ai trouvé solide. La grande force de ce récit, mais aussi de ce cycle, vient de la vision de l’avenir que construit l’auteur, qui s’avère plausible et entraînante, mais aussi des idées qu’il soulève et véhicule tout du long. On sent ainsi une imagination débordante que ce soit aussi concernant les lieux visités, les technologies et idées qui reposent toujours sur des concepts scientifiques présentés de façon compréhensibles et aussi des réflexions morales soignées et intéressantes. Le soucis vient que ce troisième tome m’a paru trop dense, que ce soit dans les descriptions ce qui provoque des longueurs, mais aussi dans les idées. L’auteur donne l’impression de se lâcher complètement dans les notions qu’il développe ce qui provoque une certaine confusion. Alors rien de trop gênant, mais qui s’avère un peu frustrant et donne l’impression que le livre aurait pu être plus prenant avec 50 voir 100 pages de moins. Concernant les personnages, rien de nouveau ils restent des outils pour l’intrigue, mais autant dans les autres tomes j’arrive à accrocher à certains, autant là, même s’ils restent entraînants, il ne m’ont pas touché du tout. Par moment j’ai même eu envie de secouer l’héroïne, pas tant par son caractère qui est ce qu’il est, mais par la capacité des autres à se reposer sur elle alors qu’elle prendra toujours ce que je considère comme la mauvaise décision dans une telle période. Après ce roman a quand même remplit son rôle de me dépayser, de m’offrir un avenir plausible, logique et intéressant qui fourmille d’idées, certes il est un peu moins prenant et efficace que les précédents, mais je l’ai quand même lu avec un minimum de plaisir, le tout porté par une plume simple. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 7/10

Remembrance of Earth’s Past Book 2, The Dark Forest – Cixin Liu

Résumé : Earth is reeling from the revelation of a coming alien invasion — four centuries in the future. The aliens’ human collaborators have been defeated but the presence of the sophons, the subatomic particles that allow Trisolaris instant access to all human information, means that Earth’s defense plans are exposed to the enemy. Only the human mind remains a secret.
This is the motivation for the Wallfacer Project, a daring plan that grants four men enormous resources to design secret strategies hidden through deceit and misdirection from Earth and Trisolaris alike. Three of the Wallfacers are influential statesmen and scientists but the fourth is a total unknown. Luo Ji, an unambitious Chinese astronomer and sociologist, is baffled by his new status.

Edition : Tor Books
Poche : Head of Zeus

 

Mon Avis : On touche au but de mon mini challenge concernant les Hugo Awards 2017. En effet il ne me reste plus que deux chroniques à vous proposer, les deux derniers tomes du cycle de Cixin Liun. Après un premier tome qui m’avait offert un très bon moment de lecture, offrant une intrigue efficace et des aspects SF intelligents (ma chronique ici), je me suis plongé avec grand plaisir dans ce second tome en me demandant ce qu’allait bien pouvoir proposer l’auteur. Concernant la couverture, je la trouve très réussie et efficace. J’ai lu ce roman en Anglais traduit du Chinois par Joel Martinsen. Par contre, je ne peux pas chroniquer ce second tome sans spoiler le premier (qui d’après ce que j’ai cru comprendre était déjà dévoilé dans le résumé du premier tome en VF donc ne lisez pas le résumé du Problème à Trois Corps), par conséquent ne lisez pas cette chronique si vous n’avez pas lu le premier tome.

On plonge dans ce roman quelques années après la révélation de la fin du tome précédant, nous apprenant qu’un invasion alien était encours. Les Trisolariens ont ainsi fait infiltrer notre planète par les Sophons, nous espionnant et nous empêchant certaines avancés scientifique, pour leur permettre d’envahir la Terre d’ici 400 ans le temps de faire le voyage. Pour contrer cela le projet Wallfacer est mis en place, se reposant sur l’esprit et le secret, et quatre personnes sont choisies pour essayer de trouver une solution. Luo Ji fait parti de ses hommes et il se demande bien pourquoi, vu qu’il n’a rien d’un grand stratège, ni d’un politicien, ni d’un génie. J’avoue une fois la dernière page tournée j’ai passé de nouveau un très bon moment de lecture avec ce second tome. L’intrigue se déroule sur plus de 200 ans et offre un véritable jeu « du chat et de la souris » entre l’Humanité et les Trisolariens. Cette narration sur le long terme est possible grâce au fait que les héros sont régulièrement en hibernation. On plonge ainsi ici dans un roman très sombre, l’annonce de cette invasion va amener de nombreux questionnements, de nombreuses peurs concernant l’avenir et de ce qu’on va y trouver, mais offre aussi des comportements complètement différents selon chacun. Le pire c’est qu’il s’agit d’une peur lente et insidieuse, 400 ans à attendre, ce qui, je trouve, est bien retranscrit dans le roman avec cette lente montée en tension. On ressent ainsi clairement ces changements de visions et d’actes en fonction des dernières révélations et des dernières prouesses technologiques, oscillant régulièrement entre défaitisme et espoir.

L’auteur nous propose ici une narration assez déstructurée où l’on se retrouve à suivre différents héros, que ce soit les « élus » du projet Wallfacer, mais aussi le militaire Zhang Baihai, ce qui offre un développement du récit assez lent, jouant sur les mystères, mais qui pour moi est plutôt maîtrisé et vaut le coup quand les révélations et les surprises commencent à se dévoiler. Certes certains trouveront le démarrage peut-être trop lent. Je pense aussi que quelques pages en moins aurait pu être intéressant, mais cela n’empêche pas cette construction de s’avérer efficace, jouant pleinement sur les tensions et se révélant percutante et entraînante à travers des rebondissements et des révélations captivantes. Mais le roman est aussi très intéressant et passionnant dans les idées qu’il développe. Alors certes, certaines ont déjà été traitées dans d’autres romans, mais cela n’empêche pas l’auteur de nous offrir des réflexions solides, cohérentes et construites efficacement. Que ce soit sur la notion de politique qui va énormément évoluer sur toute la durée du roman, la notion d’économie et d’environnement, mais aussi sur l’aspect technologique et architectural, ou bien encore sur des questions plus intimes comme par exemple jusqu’où est-ont prêt à aller pour gagner, jusqu’où peut-on pousser notre moral, j’ai trouvé ce second tome encore plus intéressant. Il y a un vrai travail de fond sur ce qu’est possible de faire l’Homme en bien comme en mal. L’auteur s’offre même une explication sur le paradoxe de Fermi qui ne laisse pas indifférente et que j’ai trouvé plausible et efficace, même s’il y a de quoi débattre. L’évolution de l’humanité est aussi très intéressante, la façon dont elle va devoir avancer face à cette menace et comment elle va réagir m’a paru logique, sensée et même si elle est parfois amenée de façon succincte et rapide elle ne manque pas d’attrait.

Le fait de pouvoir développer son roman sur plus de 200 ans permet ainsi à l’auteur de nous offrir une vision futuriste intéressante, solide et que j’ai trouvé efficace. Alors certes, il ne révolutionne pas non plus pour autant tout l’aspect technologique, et ce n’est franchement pas ce que je lui demande, mais il nous offre une vision franchement fascinante et impressionnante, donnant envie d’en apprendre plus, d’en découvre plus. C’est d’ailleurs très intéressant la façon dont l’auteur montre le côté rassurant, sûre de la technologie, alors que ce n’est pas toujours le cas et à quel point on peut en dernier recours devenir fanatique. C’est un futur qui offre de nombreuses possibilités et dont l’immensité développée dans ce tome offre un vrai plus à l’ensemble. L’auteur n’oublie pas pour autant de nous offrir un récit où la science est aussi mise en avant. On entre avec ce tome dans un aspect scientifique plus spéculatif que le premier tome, permettant à Cixin Liu de montrer un travail d’imagination qui s’avère au fil des pages  très prenant, soigné, prenant et très visuel, porté par des descriptions qui font que les concepts scientifiques sur lesquels ils reposent deviennent accessibles. Comme pour le premier tome, certes on est dans de la Hard Science, mais qu’on pourrait qualifier d’abordable, du moins je l’espère ayant un petit bagage scientifique derrière moi, il n’est pas toujours facile de pouvoir faire ce genre de constatation. Bon après si vous n’accrochez pas à ce genre de travail scientifique, je ne suis pas sûr que vous accrochiez plus à ce cycle.

Concernant les personnages j’avoue que les héros principaux m’ont plus accroché dans l’ensemble, principalement d’un point de vue émotionnel, que ceux du premier tome. Certes on a toujours l’impression qu’il y a un léger filtre entre eux et le lecteur, mais cela se ressent moins que le précédent. Cela vient du fait que j’ai trouvé Luo Ji plus intéressant à suivre et qui surtout s’avère plus important, à mon avis, que Yang Miao. Il offre ainsi une évolution plus intéressante, car ses actes ont une répercussion visible sur l’avenir de la Terre. On peut ne pas l’apprécier, principalement dans ses choix en début de roman, mais on le comprend. Il offre aussi un aspect émotionnel plus prenant, principalement dans sa quête de lien au début du récit. Je suis par contre un peu déçu qu’on n’ait plus une héroïne comme Ye Wenjie qui offrait un vrai plus au premier tome. J’ai trouvé l’évolution de Shi Qiang très intéressante et, même s’il a toujours un peu ce sixième sens trop parfait du premier tome, il offre un personnage qui ne manque pas d’attrait. J’ai aussi bien accroché avec le personnage de Zhang Baihai, même s’il faut attendre avant de le comprendre complètement. En revanche à nouveaux l’auteur offre à ce tome le même défaut que dans le premier, les personnages secondaires n’ont d’intérêt que pour l’intrigue et se révèlent même parfois facilement oubliables alors qu’ils auraient pu offrir plus. C’est  dommage, comme par exemple Zhuang Yan. Outre le fait qu’elle apparait un peu facilement, elle ne donne l’impression d’être présente que pour faire évoluer Luo Ji ce qui est regrettable, car je pense qu’elle aurait pu offrir tellement plus, surtout quand on peut voir l’intensité et la profondeur que Cixin Liu peut proposer a certains passages, comme par exemple dans l’espace.

Après tout n’est pas non plus parfait dans ce roman, certaines longueurs se font ressentir ici ou là et par moment l’auteur a du mal à s’arrêter, ce qui rend certains passages un peu trop verbeux je trouve. Ensuite, le fait d’écrire un roman sur plus de 200 ans offre parfois des ellipses temporelles qui se révèlent légèrement frustrantes. Enfin, et je ne saurais dire si c’est dû à la traduction où à l’auteur, mais j’ai trouvé la plume un chouïa moins prenante, la faute par exemple à certains dialogues qui m’ont donné l’impression d’être un peu insipides. Après, malgré ces défauts, cela n’enlève en rien des qualités de ce second tome qui offre un récit efficace et intelligent sur l’Humanité et la façon dont elle peut gérer la catastrophe qui arrive. J’ai passé un très bon moment avec ce livre que j’ai trouvé tout aussi prenant que le précédent, il était donc logique que je me lance dans sa suite avec grand plaisir.

Il est à noter que ce second tome sera publié en VF chez Actes Sud sous le titre La Forêt Sombre en Octobre 2017.

En Résumé : J’ai de nouveau passé un très bon moment de lecture avec le second tome de cette trilogie qui, après les révélations de la fin du premier tome, offre un récit efficace et très intéressant sur la notion de peur et de premier contact. La narration déstructurée permet clairement à l’auteur de jouer avec le lecteur, offrant certes un rythme assez lent, mais qui est plutôt bien maîtrisé, montant en tension au fil des pages pour offrir un dernier tiers intense et pleine de surprises. Le fait de construire sur plus de 200 ans permet ainsi à Cixin Liu de développer un avenir intéressant à découvrir et assez envoutant et dépaysant. L’auteur se repose toujours sur des concepts scientifiques et spécule dessus pour nous offrir une imagination débordante et pleine d’idées, tout en restant sur un récit de Hard SF abordable. Le point fort du roman vient clairement des idées qu’il soulève et des réflexions qu’il propose que ce soit sur le futur, sur l’aspect politique et économique, sur ce que l’homme est capable de faire ou bien encore sur la notion de technologie. Concernant les personnages j’ai bien accroché aux héros que sont Luo Ji, Shi Qiang ou bien encore Zhang Baihai, de plus ils m’ont paru légèrement plus prenant et attachant émotionnellement que dans le tome précédent. En revanche l’auteur n’arrive toujours pas à offrir de personnages secondaires franchement intéressants, on sent qu’ils ne sont que là pour faire avancer l’intrigue. Après je regretterai aussi certaines longueurs ainsi que parfois un côté un peu verbeux, ensuite certaines ellipses temporelles frustrantes et enfin un style qui m’a paru par moment légèrement moins accrocheur. Cela n’enlève en rien les qualités de ce roman intelligent et que j’ai trouvé prenant.

 

Ma Note :8/10

Remembrance of Earth’s Past Book 1, The Three-Body Problem – Cixin Liu

Résumé : 1967: Ye Wenjie witnesses Red Guards beat her father to death during China’s Cultural Revolution. This singular event will shape not only the rest of her life but also the future of mankind.
Four decades later, Beijing police ask nanotech engineer Wang Miao to infiltrate a secretive cabal of scientists after a spate of inexplicable suicides. Wang’s investigation will lead him to a mysterious online game and immerse him in a virtual world ruled by the intractable and unpredicatable interaction of its three suns.
This is the Three-Body Problem and it is the key to everything: the key to the scientists’ deaths, the key to a conspiracy that spans light-years and the key to the extinction-level threat humanity now faces.

Edition : Tor Books
Poche : Head of Zeus

 

Mon Avis : Bon, je me lance dans la dernière ligne droite de mon mini-challenge concernant les roman nominés aux Hugo Awards. En effet il ne me reste plus qu’à chroniquer la trilogie de Cixin Liu et de faire un article qui expliquera mon vote et je serai libéré (non je ne chanterai pas ^^). Alors je sais que le gagnant du meilleur roman a déjà été dévoilé, que j’espérais pouvoir boucler toutes mes chroniques avant, mais bon je vais essayer de tout finaliser d’ici à 15 jours quand même. À noter que j’ai bien lu The Three Body Problem en Anglais (traduit par Ken Liu) mais que ce roman est disponible en France sous le titre Le Problème à Trois Corps aux éditions Actes Sud (traduit par Gwennaël Gaffric). Concernant l’illustration de la couverture je la trouve réussie et prenante.

Ce roman nous plonge dès la première page en pleine Révolution Culturelle, en 1967, où l’on suit le lynchage de Ye Zhetai, professeur de physique, par ses étudiants ainsi que de sa femme et une de ses filles qui ont rejoint les Gardes rouges. On va alors suivre le destin de son autre fille, Ye Wenjie, qui va t’enter de s’exiler pour sauver sa vie, mais qui va être rattrapée par son passé et la lâcheté de certains. Elle va être sauvée et trouvé refuge dans un projet militaire top secret : « Red Coast Base ». En parallèle on va découvrir, en 2007, Wang Miao expert en nanomatériaux qui va voir sa vie basculer le jour ou apparait un compte à rebours qui va lui faire découvrir le jeu vidéo The Three Body Problem qui simule la vie sur une planète qui possède des ères stables et des ères chaotiques. Une fois la dernière page de ce livre tournée, je dois bien avouer que j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman. Alors, on est clairement, selon moi, dans un roman de Hard SF, mais que l’auteur construit comme un jeu de piste, un peu comme un récit policier, levant les mystères et offrant des révélations de façon maîtrisée et efficace, tout en offrant de nombreuses réflexions. Alors le démarrage pourra peut-être s’avérer un peu lent pour certains, mais il a son importance.

Rien que les premiers chapitres suffisent, je trouve, à rendre ce roman intéressant, nous plongeant avec effroi et de façon percutante et glaciale au milieu de la Révolution Culturelle chinoise. J’en avais bien sûr déjà entendu parler, mais là je trouve qu’on est pris par cette période à la fois sombre et sanglante. On y découvre aussi une idéologie politique et un jeu de manipulation du pouvoir, qui n’est pas sans en rappeler d’autres et qui continue aussi à faire écho avec notre société actuelle, certes tout de même dans une moindre mesure. Enfin je l’espère. Le roman nous offre aussi une vision de la Chine, pays que finalement je ne connais qu’à travers ce qu’on m’en dit ainsi que par les médias. On découvre ainsi un pays qui s’isole complètement lors de cette révolution, qui rejette tout ce qui peut venir du mode capitaliste et de l’ennemi, où toutes les connaissances considérées comme venant de l’Est ou qui sont contre le socialisme chinois sont bannies et punies. C’est un pays qui va devoir attendre les années 70-80 pour commencer à s’ouvrir à nouveau. La partie contemporaine nous dévoile ainsi une Chine qui oscille entre tradition et modernité, à la recherche d’une nouvelle identité culturelle et scientifique. Cela ne veut pas dire que le pays est devenu un paradis, loin de là, mais on découvre une Chine en pleine évolution, en plein changement, mais qui reste aussi par certains aspects très traditionnel, limite parfois désuet. On oscille ainsi entre ville très développées et des villages ruraux qui ne possèdent pas grand-chose.

On plonge aussi ici dans un roman de science-fiction qui met clairement le mot science en avant, qui tend même vers le Hard Science, sans non plus se révéler trop ardu ou trop compliqué. Cixin Liu propose ainsi de nombreux concepts scientifiques existants captivants à découvrir et rigoureux, même dans le monde virtuel étrange que l’on découvre ; le problème à trois corps étant lui-même un problème mathématique connu. Le gros point fort, je trouve, vient de la façon dont l’auteur arrive à les intégrer dans son récit, à les rendre compréhensible et accessible au plus grand nombre, sans non plus tomber dans des notions trop complexes ou trop lourdes, surtout que l’ensemble est contrebalancé par le rythme lié à l’enquête, aux nombreux mystères qu’on découvre et aux trahisons qui se dévoilent. La simulation du Problème à Trois Corps offre aussi un plus au récit je trouve, avec tout ce travail sur cette planète virtuelle, la survie, l’aspect scientifique et économique qui change et offre un point de vue complètement différent. Un travail scientifique plein d’imagination et d’émerveillement qui s’avère accrocheur et prenant. Enfin l’auteur n’oublie pas pour autant de nous offrir des réflexions et des questionnements moraux efficaces et intéressants. Outre par la découverte de la Chine et des conséquences de la Révolution Culturelle, dont j’ai déjà parlé, il nous fait réfléchir aussi comme par exemple sur la notion de science et de religion, sur la notion d’humanité et ce côté sans avenir que l’on voit de plus en plus s’imposer, ou bien encore sur la notion de choix.

Concernant les personnages, je dois bien admettre qu’il s’agit peut-être, pour moi, du point faible du roman. Déjà mis à part les deux héros que sont Ye Wenjie et Yang Miao, qui s’avèrent être des protagonistes denses, complexes et travaillés dans leurs histoires et leurs passés, les autres personnages que l’on découvre manquent quand même un peu de profondeur. Ça ne veut pas dire qu’ils « sonnent » creux pour autant, mais voilà on sent qu’ils ne sont présent que pour permettre à un moment ou un autre à faire avancer l’intrigue et qu’au-delà de cela il est compliqué de les faire exister. Shi Qiang sort bien du lot, offrant un point de vue moins scientifique et plus terre-à-terre intéressant, mais son sixième sens qui tend régulièrement vers le Deus Ex Machina m’a un peu frustré. Ce n’est en rien complètement bloquant, on se laisse quand même porté par leurs aventures, mais voilà c’est un peu dommage. Autre point frustrant l’aspect émotionnel des différents personnages qui est assez limité. J’avais l’impression de lire un roman de SF de l’époque des Asimov ou Heinlein, où la science et l’intrigue sont clairement le point d’orgue du récit, hors c’est dommage car on a du mal alors à s’attacher complètement aux différents héros. Il y a bien quelques scènes plus profondes comme ce qui tourne autour du suicide de la fille de Ye Wenjie, mais elles sont trop rares pour faire disparaitre cette petite distance entre le lecteur et le personnage.

L’ensemble est porté par une plume que j’ai trouvé efficace, entraînante et soignée qui a fait que je me suis retrouvé plongé facilement dans ce roman que j’ai eu du mal à le lâcher. Si le côté un peu hard science vous dérange alors il vaudrait peut-être mieux passer votre chemin par contre. Alors certes tout n’est pas parfait, des défauts se font parfois ressentir et on est clairement dans un tome d’introduction où la révélation finale réussie, surprenante et captivante offre clairement l’ouverture pour la suite, mais j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce récit qui nous offre, je trouve, un grand roman de SF qui marque. Je lirai la suite avec grand plaisir en espérant qu’elle soit du même niveau.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui nous offre un récit de Hard SF abordable, efficace, prenant et offrant quelques réflexions intéressantes. On alterne ainsi entre la Chine en pleine révolution culturelle et une Chine contemporaine qui nous fait découvrir un peu l’évolution de ce pays, comment elle s’est refermée sur elle-même dans le sang et s’ouvre difficilement depuis quelques années, oscillant entre modernité et tradition. On y apprend aussi plus sur la culture de ce pays ainsi que tout ce qui concerne l’aspect social. Cixin Liu nous offre alors une enquête efficace, pleine de mystère et qui se situe dans le milieu de la science. On est ainsi dans un récit de Hard Science, mais qui reste tout de même assez facilement compréhensible et abordable tant il intègre parfaitement ses explications au récit sans jamais l’alourdir. Les nombreux concepts scientifiques sont réalistes et permettent à l’auteur d’apporter son imagination et une bonne dose d’émerveillement au récit. Concernant les personnages je suis un peu plus circonspect, les deux héros sont complexes et travaillés, mais les personnages qui gravitent autour manquent quand même de profondeur. De plus il manque un aspect émotionnel, je trouve, qui les aurait rendu attachants. Un peu comme les romans d’il y a quelques années qui mettaient plus en avant l’intrigue et le côté scientifique que l’attachement aux héros. La plume de l’auteur est soignée, entraînante et efficace et je me suis laissé porter facilement par l’histoire. Certes on est clairement dans un tome d’introduction, mais une très bonne introduction. La conclusion est percutante, efficace et je lirai la suite sans soucis

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Lutin82, Apophis, Lune, Xapur, Lorhkan, Yogo, RSF Blog, …

Terra Ignota Book 1, Too Like The Lightning – Ada Palmer

Résumé : Mycroft Canner is a convict. For his crimes he is required, as is the custom of the 25th century, to wander the world being as useful as he can to all he meets. Carlyle Foster is a sensayer–a spiritual counselor in a world that has outlawed the public practice of religion, but which also knows that the inner lives of humans cannot be wished away.
The world into which Mycroft and Carlyle have been born is as strange to our 21st-century eyes as ours would be to a native of the 1500s. It is a hard-won utopia built on technologically-generated abundance, and also on complex and mandatory systems of labeling all public writing and speech. What seem to us normal gender distinctions are now distinctly taboo in most social situations. And most of the world’s population is affiliated with globe-girdling clans of the like-minded, whose endless economic and cultural competition is carefully managed by central planners of inestimable subtlety. To us it seems like a mad combination of heaven and hell. To them, it seems like normal life.
And in this world, Mycroft and Carlyle have stumbled on the wild card that may destabilize the system: the boy Bridger, who can effortlessly make his wishes come true. Who can, it would seem, bring inanimate objects to life…

Edition : Tor Books

 

Mon Avis : On continue dans les chroniques de mes lectures de romans liés à mon challenge personnel qui m’a ainsi permis de voter pour le prix Hugo du meilleur roman de l’année. Il s’agit, si je ne me trompe pas, du premier roman classé dans la catégorie Imaginaire de l’auteur, qui a plutôt publié avant cela des travaux historiques sur la renaissance C’est donc une totale découverte pour moi. Concernant l’illustration de couverture, je la trouve clairement réussie et elle donne envie de plonger dans le livre.

Ce roman nous plonge dans un avenir lointain, le récit se situant en 2424, où l’on se retrouve à suivre Mycroft Canner, un célèbre criminel qui pour expier sa faute doit de proposer ses services à quiconque qui le demande en échange de sa nourriture. Cela l’a amené à aider Bridger, un jeune garçon qui a le pouvoir de donner littéralement vie à ce qu’il souhaite. Sauf que voilà le vol d’une liste, qui pourrait remettre en cause le système politique en place, va aussi amener Mycroft à mener l’enquête ce qui va amener de nombreux bouleversements. Franchement, je dois bien avouer qu’une fois la dernière page tournée j’ai passé un excellent moment de lecture avec ce livre, même si certains points m’ont tout de même légèrement dérangé. L’intrigue s’avère entraînante, offrant de nombreux mystères ainsi que sont lot de révélations, de rebondissements et de surprises.

Déjà il faut le savoir, Ada Plamer nous propose un roman qui brise d’une certaine façon le quatrième mur, puisqu’il s’agit de Mycroft, le héros, qui nous écrit  l’histoire, il sait qu’il va être lu et par conséquent il interagit avec le lecteur en lui parlant, lui expliquant son procédé d’écriture et son époque. Cela peut surprendre, mais j’ai trouvé que cela offrait aussi une narration plus prenante, premièrement par le fait que le récit n’étant pas omniscient on est obligé de croire ce qui nous est raconté. Ensuite, il est clairement précisé que ce récit a été validé par les sept, ce qui rajoute encore une couche de doute et de réflexion. La narration offre ainsi quelque chose d’intéressant, à la fois confidente, complice avec nous, mais plus on avance plus les secrets sont révélés plus on commence alors à se questionner aussi bien sur le narrateur, sur l’univers développé, mais aussi par les nombreux changements survenus dans ce futur. Je prends comme exemple l’utilisation des pronoms genrés qui ne sont plus utilisés en 2424, mais que pourtant le narrateur pour éviter de nous perdre, essaie d’utiliser.

C’est d’ailleurs l’un des points forts de ce roman pour moi, l’univers. Ada Palmer nous propose un futur complètement différent, original et qui pourtant y trouve ses racines dans notre présent. On y retrouve ainsi une union européene, un roi d’Espagne, etc …. et pourtant tout est divergent, le pouvoir n’appartient plus aux différents pays, mais plutôt à différents groupes ou factions, qu’ils soient classiques comme l’union Européenne, où bien encore certaines familles influentes, mais aussi surprenantes comme cette nation basée sur le volontariat. Chaque zone de pouvoir à ses règles, ses lois, sa propre vision du monde et de l’avenir et pourtant cela ne les empêche pas de cohabiter d’une façon pacifique qui se base sur les échanges. On sent clairement que tout cela n’est pas arrivé facilement, il a fallu de nombreux évènements catastrophiques obscurs et de nombreuses guerres pour qu’un tel avenir puisse prendre forme. Le récit donne aussi l’impression de plonger dans une Utopie tant le taux de criminalité parait extrêmement faible et les délits graves quasiment disparu, sauf que plus on avance plus on se rend compte que cette Utopie a ses failles et caches des secrets. On plonge dans un univers complexe, dense qu’on sent que l’auteur travaille depuis un certains temps et qu’elle a réussi à lui donner vie et à le rendre cohérent.

Il m’est d’ailleurs compliqué de parler de cet univers sans trop en dire et sans non plu trope vous perdre dans une chronique qui deviendrait rapidement trop longue. Pourtant il s’agit d’un univers qui donne envie d’en apprendre plus, ne jouant pas sur le surplus d’information pour noyer le lecteur, mais en montrant clairement les choses au fur et à mesure des évènements. Certes au début on peut se sentir un peu perdu dans ce monde, mais plus on le découvre, plus on le comprend plus, je trouve, qu’on se laisse porter par lui. Il donne clairement envie d’en apprendre plus, surtout qu’il est loin de s’être complètement dévoilé et garde encore de nombreux mystères à offrir. On se rend aussi compte que malgré cette croyance de perfection et d’idéal cet avenir montre aussi une certaine ambiguïté, un visage caché moins parfait, plus pervers qui offre une complexité supplémentaire à l’ensemble.

Même les religions ont changé, on le voit clairement avec le fait que les religions sont maintenant interdites et que tout ce qui concerne l’aspect spirituel passe par les Sensayer. Dieu est ainsi mis de côté pour un travail plus psychologique et métaphysique des questions d’ordres morales et spirituelles. Les technologies aussi ont avancé, ont changés et même elles restent classiques pour un lecteur habitué, elles paraîtront peut-être parfois un peu obscur pour quelqu’un qui voudrait se lancer dans la SF avec ce roman. Enfin je trouve, comme dans d’autres romans nominés cette année aux Hugo, que l’univers mélange les genre avec cet aspect futuriste que ce soit dans la technologie, la société ou encore la politique, mais en parallèle il y a de la magie avec Bridger.

Autre point intéressant du roman vient des nombreuses réflexions et questions, justement philosophiques, que soulève Ada Palmer tout du long. De nombreux philosophes sont ainsi cités, en grande majorité français d’ailleurs, comme Diderot, Sade ou bien encore Voltaire. Cela peut clairement en déranger certains, les points étant fortement débattus, mais j’ai trouvé cela très intéressant et surtout s’intègre parfaitement dans le récit et la narration. Il y a aussi de nombreuses autres réflexions, que ce soit sur la censure, la sexualité l’importance de la technologie dans notre vie, la façon dont on traite les prisonniers, l’avenir de notre planète, mais aussi la notion de genre qui est très présente. En effet comme je l’ai dit la narration nous montre que dans le futur les pronoms genrés n’existent plus, pourtant le narrateur fait l’effort d’en utiliser, mais au fur et à mesure qu’on avance dans le récit on se rend compte qu’il mélange les genres souvent en fonction des situations. Cela perturbe, dérange même parfois dans la fluidité, mais montre clairement, je trouve, que cela importe peu sur le charisme et l’important de tel protagoniste. Que je le prenne pour un garçon ou une fille cela ne le rend pas moins intéressant à suivre et à découvrir. Alors parfois, c’est vrai, elle en fait peut-être un peu trop, mais bon rien de bien dérangeant. L’auteur nous offre aussi une réflexion intéressante sur la notion de groupe, de famille avec les Bash’ qui ne reposent pas obligatoirement sur la notion de lien génétique, mais plus sur des choix et des acceptations.

Concernant les personnages, j’avoue, ils ont clairement un côté étrange. Tous autant qu’ils sont, ils sont loin de rentrer dans les normes que l’on connait et pourtant avec moi cela a fonctionné. Je me suis ainsi facilement laissé porter par eux, par leurs évolutions au fil des pages. Plus on les découvre, plus, je trouve, ils surprennent dans leurs actes, leurs envies ou encore leurs motivations. Certains donnent aussi l’impression de dégager une certaine folie qui peut bloquer, mais qui est contrebalancé par la capacité de l’auteur à les rendre intéressants et charismatiques. Le personnage le plus ambigu, c’est Mycroft le narrateur. Il arrive clairement à allier le héros attachant et entraînant, avec le héros plus sombre et dérangé. Plus on le découvre au fil du récit plus on se rend compte qu’il est loin d’être le chevalier blanc et qu’il possède une part sombre, voir même très sombre. Pourtant, je me suis laissé porté par lui, par son histoire, par l’envie de le comprendre, de comprendre ses motivations et de voir ce qu’il cherche à obtenir. Les personnages secondaires ne sont pas non plus en reste, offrant des protagonistes solides, voir mystérieux qui donne envie d’en apprendre plus sur eux par la suite comme J.E.D.D. Mason.

Alors après, malgré toutes les qualités que possède ce livre, certains points m’ont quand même légèrement dérangé. J’ai trouvé le démarrage du roman peut-être un peu trop dense, il donne énormément d’informations et présente pas mal de personnages en peu de pages, ce qui fait qu’il y a énormément à assimiler. Parfois je me suis ainsi senti légèrement perdu. Ensuite j’ai trouvé que l’auteur en faisait parfois un peu trop, cherchant un peu trop à travailler la construction au profit du rythme et de l’émotion. J’ai aussi trouvé les passages où Mycroft fait parler le lecteur frustrants, car finalement pas en accord avec mon questionnement justement. Que le narrateur parle au lecteur cela apporte un plus ici, que le narrateur fasse parler le lecteur c’est à double tranchant et ça ne marche pas toujours. Enfin Ada Palmer, dans son univers futuriste, ramène le Latin comme langue vivante. Pourquoi-pas ! L’idée n’est pas mauvaise, par contre un chapitre entier où tous les dialogues sont en latin (traduit en anglais entre parenthèse à côté) j’ai trouvé cela un peu lourd, voir un peu trop théâtral. Après rien de non plus bloquant tant je me suis laissé porter par l’intrigue et l’univers. La plume est dense, soignée, entraînante et je lirai la suite qui est sortie il y a quelques mois sans soucis et avec plaisir.

En Résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman qui nous plonge dans un avenir lointain complètement différent, étrange, original et entraînant. On sent ainsi clairement que l’auteur maîtrise son univers, qui s’avère du dense, complexe et captivant. Que ce soit à travers l’aspect politique, l’aspect social, les religions, ou encore les langues beaucoup de choses ont changés, et pourtant l’ensemble reste lié à notre présent ce qui rend l’ensemble encore plus prenant. Elle nous offre aussi de nombreuses réflexions, ainsi qu’un travail philosophique un minimum soigné qui en dérangera peut-être certains mais qui, j’ai trouvé, s’intégrait parfaitement bien dans le récit. Elle questionne ainsi le lecteur sur la sexualité, la famille, la notion de genre, la politique etc… L’intrigue est efficace, bien porté par révélation et rebondissements, offrant de nombreux mystères et donnant envie d’en apprendre plus. Les personnages sont vraiment intéressants à découvrir, s’avérant étranges, entraînants et prenants. Mycroft sort vraiment du lot, tant on s’attache un minimum à lui, mais plus on le découvre plus on se rend compte qu’il se révèle ambigu. Alors après tout n’est pas parfait le démarrage m’a paru trop dense, j’ai trouvé que par moment l’auteur en faisait un peu trop, ensuite le narrateur brise le quatrième mur et parle au lecteur sauf que quand il fait parler le lecteur je n’ai pas toujours accroché, enfin les dialogues en latins traduit m’ont paru un peu lourds et théâtraux. La plume de l’auteur est entraînante, dense et soignée et je lirai la suite sans soucis.

 

Ma Note : 8/10

The Machineries of Empire Book 1, Ninefox Gambit – Yoon Ha Lee

Résumé : Captain Kel Cheris of the hexarchate is disgraced for using unconventional methods in a battle against heretics. Kel Command gives her the opportunity to redeem herself by retaking the Fortress of Scattered Needles, a star fortress that has recently been captured by heretics. Cheris’s career isn’t the only thing at stake. If the fortress falls, the hexarchate itself might be next.
Cheris’s best hope is to ally with the undead tactician Shuos Jedao. The good news is that Jedao has never lost a battle, and he may be the only one who can figure out how to successfully besiege the fortress.
The bad news is that Jedao went mad in his first life and massacred two armies, one of them his own. As the siege wears on, Cheris must decide how far she can trust Jedao–because she might be his next victim.

Edition : Solaris

 

Mon Avis :  Je suis toujours plongé dans mes chroniques des livres lus dans le cadre de mon mini challenge qui m’a permis de voter pour le meilleur roman nominé aux Hugo Awards. Cette fois je me lance dans le premier roman de Yoon Ha Lee, auteur que je ne connaissais pas du tout avant de me plonger dans ce livre, malgré plusieurs nouvelles publiées dans différents magazines anglophones. Concernant l’illustration de couverture, je la trouve plutôt jolie et elle met directement dans l’ambiance. Il est à noter que ce roman a déjà gagné le prix locus du premier roman.

Alors autant être clair dès le départ, j’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman, pourtant je dois bien admettre que les deux, trois premiers chapitres ont failli avoir de raison de moi. Attention, je ne veux pas dire par là qu’ils soient mauvais ou bien mal écrits, loin de là, mais l’histoire nous plonge directement dans son univers sans nous donner aucune explication. C’est bien simple le premier chapitre est à lui seul représentatif du sentiment déstabilisant que j’ai ressenti à travers ses règles, ses lois scientifiques, ses clans et sa technologie. Pourtant, j’ai décidé de laisser une chance à ce récit et j’ai bien fait, car peu à peu les choses se dessinent, l’intrigue prend forme, une logique se dessine et le lecteur trouve ses marques avec l’univers. Finalement, ce que je prenais pour un point bloquant, dévoile ses atouts, se basant sur le fait qu’on ne plonge pas toujours dans un nouveau lieu guide et clé en main. Il faut parfois un temps d’adaptation. J’avoue le fait de ne pas trop me tenir la main et me pousser à faire mes propres déductions et mes propres analyses pour comprendre cet univers ont aussi joué fortement dans le côté captivant et entraînant du roman, surtout que l’auteur le fait de façon maîtrisé, sans jamais chercher à embrouiller le lecteur plus qu’il l’est déjà.

Mais qu’à-t-il de si étrange cet univers ? Déjà sur le fond il peut paraître classique, on est ainsi dans un monde gouverné par l’Hexarcate, qui cache de nombreux jeux de pouvoirs et qui doit aussi faire face à des hérétiques rebelles. La forteresse de Scattered Needles est d’ailleurs tombée récemment aux mains des rebelles et, pour la récupérer, l’Hexarcate envoie la capitaine Kel Cheris la reconquérir. Jusque-là tout va bien, maintenant imaginer un univers où les lois, l’ensemble des règles qui le définisse ne sont pas immuables, mais sont plutôt basés sur les mathématiques, la cohérence des schémas et aussi les croyances. Imaginez un monde où tant que l’orthodoxie de l’Hexarcate est présente et accepté par la majorité, les technologies fonctionnent, mais où dès que l’hétérodoxie rebelle prend le dessus alors tout est bouleversé. Imaginez un univers où la science et les technologies sont basées sur la manipulation des nombres et l’observation d’un calendrier. La puissance repose ainsi clairement sur l’acceptation et la croyance de tous. On plonge ainsi clairement, selon moi, dans un univers de science-fantasy où la magie est mathématique. Fun et original je trouve, mais qui pourrait peut-être en bloquer plus d’un.

Alors attention, même si je parle de mathématiques, on n’est pas obligatoirement dans de la hard SF, l’ensemble restant ainsi expliqué de façon très simple, claire, succincte, accessible et qui surtout ne tombe jamais dans le côté lourd ou dans l’envie de trop en faire. Cela rend ainsi l’univers assez facilement accessible je trouve, une fois qu’on en a compris les bases, et on se retrouve assez rapidement emporté et fasciné dans la façon dont l’auteur « s’amuse » avec, mais aussi dans l’attente de voir ce qu’il va nous proposer par la suite. L’autre point fort et qu’il rend la logique de son univers sans chercher à expliquer en profondeur le pourquoi comme le système de calendrier ou encore certaines technologies. Il arrive à rendre ses idées réelles et cohérentes dans son univers pour qu’on les accepte sans qu’on cherche à en disséquer leurs existences ce qui démontre une maîtrise du récit qui fait qu’on se laisse facilement emporter. L’aspect politique s’avère aussi captivant à suivre, complexe, avec de nombreux jeux de pouvoirs que ce soit aussi bien en interne de l’hexarcate qu’en externe avec cette guerre contre les hérétiques. Après on est clairement dans un roman de SF militaire, qui est construit de façon un peu classique et même si certains passages sont un peu linéaire, Yoon Ha Lee nous offre rebondissements et surprises de façon maîtrisée et percutante. Un véritable jeu d’échec s’installe où il n’est pas toujours facile de connaître les véritables motivations de tous. Je me suis ainsi retrouvé à tourner les pages avec envie d’en apprendre plus.

Pour mener cette guerre Cheris va demander à ce que soit ressuscité le célèbre général Shuos Jedao qui est connu pour être un génie et n’avoir jamais perdu une bataille, mais aussi pour être un meurtrier de masse ayant permis la mort de deux armées dont la sienne. Sauf qu’on est dans un monde où on ne ramène pas les morts à la vie, on implante plutôt l’esprit de Jedao dans la tête de Cheris. Et là aussi l’idée fonctionne très bien. Pourtant les deux personnages sont finalement assez classiques, Cheris surdouée mais humaine qui doit tout faire pour aider le pouvoir tout en sachant qu’elle peut tout perdre, Jedao héros cynique, mystérieux et froid possédant un passé lourd et ombrageux, pourtant l’auteur arrive à les rendre passionnants non pas à travers ce qu’ils sont, mais dans la façon dont il construit leurs relations, dont il fait avancer leurs interactions et les fait évoluer. On est ainsi happé par leurs différences, par la façon dont ils vont la gérer, mais aussi par les révélations qu’ils vont devoir faire pour mieux se comprendre. On s’attache à Cheris qui se retrouve coincé dans un étau de complots, sans alliés ne pouvant se fier à un traitre comme Jedao, et qui va se retrouver à devoir faire des choix parfois drastiques et sombres pour tenter de continuer à survivre. Une relation à la fois complémentaire et pourtant si différente de deux héros aux points de vues proches mais aux méthodes opposés. De cette relation va aussi voir apparaître les prémices du fil rouge du cycle dont je ne dis rien, mais que je vous laisse découvrir. Concernant les personnages secondaires ils se révèlent eux aussi intéressants que ce soit dans leurs relations avec le pouvoir, leurs croyances, leurs envies, même si je trouve que certains auraient quand même mérité d’être plus développés.

Alors après c’est vrai que certains passages m’ont paru un peu linéaires et certaines transitions un peu convenues, mais franchement rien de bien dérangeant tant j’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman, bien porté par une plume efficace, vive et entraînante qui fait que, malgré un démarrage laborieux une fois rentré dans le récit j’ai eu du mal à le lâcher. Je lirai sans soucis la suite qui m’attends d’ailleurs dans ma PAL.

En Résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce récit qui nous offre un récit de SF militariste que j’ai trouvé efficace, percutante, prenante et originale, malgré c’est vrai 2 ou 3 premiers chapitres un peu laborieux. Il faut dire que le roman nous plonge directement dans son univers étrange sans nous préparer. Mais voilà au final ce que j’ai trouvé dérangeant devenait de plus en plus un point fort du récit, amenant un aspect découverte différent, me laissant faire mes propres explorations. L’univers présenté peut paraitre étranger et perturbant, se reposant sur les mathématiques, les croyances et un calendrier millimétré, mais que j’ai trouvé originale et captivant. Ainsi toute modification dans l’orthodoxie existante amène ses bouleversements dans les lois de ce monde, ce qui permet clairement à l’auteur de « s’amuser ». J’ai trouvé cela fun et original, même si je ne doute pas que certains pourront être bloqués. L’ensemble est aussi finalement bien amené, offrant une construction cohérente et logique sans trop se perdre dans les détails et les explications. Les personnages peuvent paraitre classiques aux premiers abords, mais c’est surtout dans leurs interactions, leurs appréhensions et leurs évolutions qu’ils vont peu à peu nous happer dans leurs aventures. Les personnages secondaires ne manquent pas d’attraits, même si je trouve que certains auraient mérité d’être plus développés.  Après certains passages m’ont paru un peu linéaires et certaines transitions un peu convenues, mais franchement rien de dérangeant. La plume est efficace, entraînante et vive et je lirai la suite avec grand plaisir.

 

Ma Note : 8/10