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Mes Vrais Enfants – Jo Walton

Résumé : Née en 1926, Patricia Cowan finit ses jours dans une maison de retraite. Très âgée, très confuse, elle se souvient de ses deux vies. Dans l’une de ces existences, elle a épousé Mark, avec qui elle avait partagé une liaison épistolaire et platonique, un homme qui n’a pas tardé à montrer son véritable visage. Dans son autre vie, elle a enchaîné les succès professionnels, a rencontré Béatrice et a vécu heureuse avec cette dernière pendant plusieurs décennies. Dans chacune de ces vies, elle a eu des enfants. Elle les aime tous… Mais lesquels sont ses vrais enfants : ceux de l’âge nucléaire ou ceux de l’âge du progrès? Car Patricia ne se souvient pas seulement de ses vies distinctes, elle se souvient de deux mondes où l’Histoire a bifurqué en même temps que son histoire personnelle.

Edition : Denoël Lunes D’Encre

 

Mon Avis : J’ai découvert Jo Walton il y a quelques années avec son premier roman publié en France, Morwenna, qui m’avait offert un excellent moment de lecture et m’avait touché. Depuis je me suis régulièrement laissé tenter par ses différentes publications sans jamais ressortir déçu de mes lectures. Il était donc logique que le dernier roman de l’auteur termine assez rapidement dans ma PAL et que je me laisse rapidement tenter. Concernant la couverture, illustrée par Aurélien Police, je la trouve magnifique.

On découvre à travers ce roman Patricia , une femme âgée atteinte de sénilité qui finit ses jours dans une maison de repos. Elle va alors nous raconter non pas sa vie, mais ses  vies, car Patricia en a vécue deux. Le point de divergence viendra de la demande en mariage effectuée par son fiancé où le choix de Patricia va différer. Dans une histoire, elle va accepter de se marier, dans la seconde elle va refuser. Alors autant le dire tout de suite, on est plus ici dans un roman intimiste, porté par un rythme lent, qui pourrait bloquer ceux qui chercheraient un récit nerveux, mais qui permet ainsi de plonger pleinement dans la « double » vie de l’héroïne. En tout cas une chose est sûre, une fois la dernière page tournée j’ai été captivé par ce récit principalement par son héroïne mais aussi par les messages qu’il soulève, ainsi que les émotions qu’il procure. C’est surtout une histoire qui joue de façon efficace avec le lecteur sur la véracité du récit proposé par Patricia. En effet du début à la fin on ne sait pas trop si la narratrice a vécu ses différentes vies, ou bien si c’est sa maladie qui la fait délirer. L’auteur joue ainsi efficacement sur cette subtilité et laisse le lecteur se faire, au fil du récit, son propre avis.

La grande force du roman vient clairement des deux vies que construit l’auteur,  surtout de la façon dont elle le traite et des personnages que l’on croise. J’avais un peu peur, en me lançant dans ce récit, concernant la capacité de l’auteur à écrire deux histoires qui soient différentes tout en se révélant convaincantes et efficaces, sans pour autant trahir l’héroïne ni rendre les deux personnalités trop contradictoires. Et à l’inverse ne pas proposer deux fois la même histoire et offrir trop de redondances. Et c’est finalement là la grande force du récit, offrir deux vies différentes tout en restant fidèle à son héroïne, à garder ce qui fait d’elle Patricia, tout en la présentant de deux façons différentes. Je me suis ainsi facilement laissé porter par ses deux tranches de vies, ses deux visions de l’héroïne qui a aussi le don de nous faire réfléchir sur nous-même, nos choix et ce qu’aurait bien entendu pu être notre vie. Surtout, ce qui rend cet aspect accrocheur c’est le travail et la caractérisation réalisée par l’auteur des personnages que l’on croise tout du long et principalement de cette héroïne.

En effet que ce soit l’un ou l’autre des versions de Patricia,on découvre à chaque fois une héroïne différente mais qui s’avère complexe, sensible, touchante, humaine qui doit faire face à des hauts et des bas et qui fait tout ce qu’elle peut pour les surmonter. La narration qui alterne entre ces deux vies permet aussi de faire une sorte de parallèle entre chacune d’entre elle, de se rendre compte des changements qui sont opérés, mais aussi de leurs ressemblances comme par exemple l’amour profond que chacune des Patricia porte à ses enfants. J’ai franchement été ému et touché par chacune des vies de l’héroïne, par les périples de la vie qui va les toucher, mais aussi par les bonheurs qu’elle va rencontrer. On découvre ainsi qu’il n’y a pas de bons ou de mauvais choix, juste une décision à prendre qui apportera ses points positifs ou négatifs. Les personnages qui gravitent autour de l’héroïne dans chacune de ses vies présentées ne manquent pas non plus d’attrait, apportant ainsi un intérêt et une complexité supplémentaire au récit je trouve. Ils s’avèrent eux aussi un minimum soignés, denses, chacun d’entre eux possédant une personnalité propre et plus ou moins marquante.

L’aspect uchronique du récit n’est pas qu’au niveau de la vie de Patricia, il est aussi présent en toile de fond dans les mondes qui se dévoilent au fil. C’est comme si le choix de l’héroïne avait une influence plus globale et de se dire que nos choix ont ainsi un impact beaucoup plus vaste qu’on peut le croire. Mais surtout les deux mondes que l’on découvre sont différents aussi du nôtre, ils ne connaissent pas la même évolution tout en restant pourtant un minimum proche du nôtre. Un aspect uchronique qui est ainsi présenté de façon subtil et qui apporte un vrai plus à l’ensemble offrant un travail différent que ce soit d’un point de vue social, politique ou humain. L’auteur soulève aussi de nombreuses réflexions dans ce roman et surtout elle le fait avec finesse et sans jamais le faire de façon trop lourde ou trop imposante. Les thèmes soulevés sont vaste et le premier qui marque est ainsi la position de la femme. En effet Patricia en est ainsi le symbole, car à travers ses deux vies elle est à la fois victime et pionnière, mais je vous laisse découvrir. On traite aussi de la tolérance principalement vis-à-vis de la sexualité de chacun, de la religion, de l’art, de la science, de la maladie et dont la façon dont elle est perçue, du traitement des personnes âgées ou encore de la famille. L’auteur brasse ainsi de vastes sujets, mais toujours de façon efficace et pertinente qui pousse le lecteur à se poser des questions.

Alors après je soulèverai juste deux points qui m’ont légèrement dérangés. Le premier vient que parfois que l’auteur en faisait un peu trop dans les descriptions, principalement au niveau de certaines marques un peu trop cités à mon goût. Enfin l’autre point vient de la conclusion qui m’a paru en fait convenue au point qu’elle perd, pour moi, de son intérêt. Je m’explique, la fin proposée par l’auteur n’est pas mauvaise, mais je m’y attendais depuis le début. C’est le genre de final qu’on retrouve souvent pour ce type de roman, restant ouvert au choix du lecteur, sauf que voilà je comme je l’ai vu venir elle n’a pas eu l’impact, ni l’intérêt recherché je pense. Alors rien de non plus trop léchant tant j’ai été emporté par ce roman touchant et entraînant, bien porté par une plume efficace, soignée et vive. Je lirai sans soucis d’autres romans de l’auteur, ce qui est une bonne chose car une prochaine publication est annoncée courant de l’année.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman qui nous fait découvrir non pas la vie, mais les deux vies de Patricia. L’auteur nous propose ainsi un récit qui, certes est conté sur un rythme lent ce qui pourra en bloquer certains, mais qui m’a offert finalement une histoire sensible, touchante et intelligente qui fait réfléchir. J’avais un peu peur qu’en racontant deux vies d’une même personne ce soit trop redondant, ou à l’inverse offrir deux Patricia trop différentes, mais finalement l’auteur s’en sort très bien offrant deux récits cohérents et finalement assez différents pour m’emporter. La caractérisation de l’héroïne est clairement complexe, offrant un personnage dense, humain et touchant. Les personnages secondaires ne sont pas non plus en reste, s’avérant aux aussi travaillés et intéressant à découvrir. L’auteur offre de nombreuses réflexions que ce soit sur la société, la position de la femme, la tolérance, l’art, la science, la maladie, les personnes âgées ou encore la famille le tout de façon subtil et sans trop en faire ou imposer son point de vue. Après je regretterai peut-être par moment un travail trop descriptif ainsi qu’une conclusion un peu trop convenue, mais rien de trop bloquant. La plume de l’auteur est toujours aussi soignée, efficace et entraînante et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Lune, Lorhkan, Xapur, Apophis, Bibliocosme, Lutin, Samuel Ziterman, Celindanaé, Marie Juliet,  …

Une Demi-Couronne – Jo Walton

une demi couronneRésumé : Londres. 1960. Dix ans ont passé depuis l’attentat contre Hitler déjoué par Peter Carmichael. L’homme qui fut un brillant inspecteur de Scotland Yard dirige maintenant le Guet, la redoutable police secrète créée par Mark Normanby pour juguler l’opposition et traquer les Juifs. Il a adopté Elvira Royston, la fille de son ancien adjoint.
Alors que la jeune Elvira se forge lentement mais sûrement une conscience politique et découvre avec effroi les coulisses d’une Angleterre vendue au fascisme, de nouveaux mouvements sur l’échiquier politique secouent le pays. Le retour du duc de Windsor, fasciné par Hitler, n’étant pas le moindre.
En danger, plus que jamais, Carmichael va être confronté au plus grand défi de son existence.

Edition : Denoël Lunes d’Encre

 

Mon Avis : Il y a un peu plus d’un an, les éditions Denoël ont eu la bonne idée de se lancer dans la publication de cette trilogie de Jo Walton, qui m’avait déjà fasciné avec son roman Morwenna (chronique ici), traitant de façon uchronique de la seconde guerre mondiale. Le Cercle de Farthing (chronique ) et Hamlet au Paradis (chronique ) m’avaient  ainsi chacun offert un très bon moment de lecture et c’est donc sans surprise que ce dernier tome a rejoint ma PAL. Chaque tome peut, selon moi, être lu de façon indépendante, mais ce serait dommage, car le lecteur pourrait passer sur l’évolution de certains personnages ainsi que de l’univers. La couverture reste dans le même style que les précédentes, nous mettant clairement dans l’ambiance.

Près de 11 ans après la fin du tome précédent, on retrouve l’inspecteur Carmichael, devenu depuis le patron du Guet, l’équivalent de la Gestapo allemande. L’Angleterre est en paix et pas mal de notions pas très morales et fascistes sont entrées dans les mœurs et acceptées par le peuple. Sauf que de nouveaux mouvements politiques violents vont réveiller le pays et sa population. Au vu de la construction des précédents romans qui dit nouveau tome, dit nouvelle héroïne et on découvre Elvira, pupille de Carmichael, qui est devenue un peu comme sa nièce, qui va ainsi ici représenter cette jeunesse insouciante et qui accepte de nombreuses lois discutables, bien coincé dans leurs conforts et leurs potins. Ce tome oublie ainsi un peu le côté policier des tomes précédents pour clairement se consacrer à l’uchronie développé par l’auteur. Cette idée de départ qui veut que l’Angleterre ait négocié une pais avec l’Allemagne Nazi, amenant ainsi une nouvelle vision de cette guerre.

Pour ce troisième tome on se retrouve ainsi dans l’après-guerre, avec toutes les réflexions que cela soulève sur la valeur de cette paix, la capacité des peuples à accepter certaines « horreurs » pour garder leurs conforts et cette tranquillité acquise. Cet univers devient ainsi la grande force du récit, le lecteur ne reste pas indifférent devant les nombreuses réflexions offertes qui font d’ailleurs parfois encore écho à notre société qui serait parfois prête à certaines extrémités pour leur bien-être. Mais comme toujours il suffit d’un élément déclencheur, un peu trop explosif et marquant pour mettre le feu aux poudres et réveiller le peuple. C’est ce que vont découvrir ici nos héros face à l’apparition de nouvelles voix, parfois violentes, qui vont mettre à mal le gouvernement et le pousser à la répression. Le monde n’est pas non plus en reste, la Russie en a subi les conséquences, mais je vous laisse découvrir sous peine de trop spoiler. Entre les réflexions sur la guerre, le peuple ou encore sur des sujets tels que la position de la femme l’auteur offre ainsi un récit dense. Alors parfois l’auteur développe ses notions de façon un peu simpliste, comme la rencontre d’un des personnages avec une famille juive qui va lui faire ouvrir les yeux qui m’a paru un peu facile, mais dans l’ensemble un univers intelligent, solide et plus qu’efficace qui donne envie d’en apprendre plus.

Les personnages ne sont pas non plus en reste et se révèlent réussis, entraînants et captivants. L’inspecteur Carmichael se dévoile clairement dans ce tome, démontrant un personnage troublé entre son rôle de « monstre » qui doit faire la traque aux juifs et aux ennemis du pouvoir, ainsi que son rôle de sauveur tentant de sauver le maximum de personnes possibles à travers une organisation secrète qui pourrait lui coûter très cher. Il est aussi toujours autant torturé par son amour interdit et secret envers Jack, son domestique, son incapacité à lui offrir la vie qu’il rêve, et aussi la pression que lui met le pouvoir, au courant de ce secret, et qui se sert de lui comme d’un pantin. Elvira elle représente la jeunesse de ce pays, l’avenir et montre à quel point on peut être aveuglé devant certaines horreurs et qu’il faut parfois des situations explosives pour remettre complètement en question son histoire et sa vie. 3Elle représente pourtant un changement, loin de la femme qui voit son avenir dans le rôle de femme au foyer. C’est son évolution qui happe le lecteur, selon moi, la façon dont elle va ouvrir les yeux parfois de façon percutante. Je regretterai par contre que certains personnages secondaires manquent parfois de profondeurs ceux qui influe sur l’impact de certains évènements. Mais bon rien de non plus bloquant au niveau du récit.

J’ai aussi trouvé ce troisième tome mieux maîtrisé dans son intensité, dans son côté prenant qui nous happe dès les premières pages pour ne plus nous relâcher. L’auteur manie ainsi de façon maîtrisée rebondissements et révélations pour offrir un rythme efficace qui nous fait tourner les pages, tout en nous proposant de nombreuses scènes intelligentes et réfléchies qui ne laissent pas le lecteur indifférent. Pourtant deux points ont fait que, malgré que le récit soit très bon, il me manquait un petit quelque chose pour qu’il soit encore meilleur. Le premier vient de certaines facilités qui apparaissent pour faire avancer l’intrigue, mais qui manquent de profondeur comme certains informateurs cru un peu trop facilement. La seconde vient de la conclusion, elle a un côté un peu facile dans sa résolution et surtout beaucoup trop rapide, ce qui fait qu’on tourne la dernière page en se demandant si je n’ai pas loupé un chapitre. Comme si l’auteur se sentait bloqué en nombres de pages.

Alors après comme je l’ai dit cela n’enlève en rien les qualités qui sont présentes dans ce livre, et au final j’ai passé un très bon moment de lecture, mais je suis légèrement frustré car il aurait pu être tellement plus. La plume de l’auteur se révèle efficace, entraînante et soignée, nous plongeant assez facilement dans sa façon de revisiter l’histoire. Il y a toujours ce parallèle que je trouve efficace dans le récit entre ce côté un peu sombre et dérangeant d’un monde fasciste et le côté un peu plus léger. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : J’ai de nouveau passé un très bon moment de lecture avec ce troisième qui vient conclure cette trilogie uchronique sur la seconde guerre mondiale. L’histoire nous plonge 11 ans après le tome précédent et nous offre une histoire que j’ai trouvé mieux maîtrisé encore que les tomes précédents que ce soit dans la tension comme dans l’intelligence du récit. En effet c’est le gros point fort du récit, l’univers uchronique de l’auteur prend beaucoup plus d’ampleur et offre ainsi de nombreuses réflexions intelligentes et qui font parfois encore écho à notre société comme la capacité des peuples à accepter certaines lois au prix de la liberté ou de la morale ou encore sur la position de la femme. Les personnages ne sont pas non plus en reste avec un Carmichael tout en ambiguïté, à la fois pantin du pouvoir et rouage d’une section révolutionnaire ou bien encore Elvira qui nous offre un personnage féminin qui va évoluer de façon très intéressante. Je regretterai par contre que certaines évolutions soient simplistes ou que certains personnages secondaires auraient mérité plus de profondeur, mais rien de non plus gênant. La plume de l’auteur se révèle toujours aussi fluide, entrainante et efficace mais voilà deux points ont fait, je trouve, que ce roman manque d’un petit quelque-chose pour se révéler excellent. Le premier vient de certaines simplicités dans la façon de faire avancer l’intrigue, la seconde vient de la conclusion que j’ai trouvé trop rapide et trop facile. Le roman reste très bon, mais il y a un côté frustrant, car il aurait pu être tellement plus. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Acr0, Lune, Mariejuliet, Cyrille, julien, …

Hamlet au Paradis – Jo Walton

hamlet au paradisRésumé : Londres. 1949.
Viola Lark a coupé les ponts avec sa noble famille pour faire carrière dans le théâtre. Quand on lui propose de jouer le rôle-titre dans un Hamlet modernisé où les genres ont été chamboulés, elle n’hésite pas une seconde. Mais l’euphorie est de courte durée, car une des actrices de la troupe vient de mourir dans l’explosion de sa maison de banlieue.
Chargé de l’affaire, l’inspecteur Carmichael de Scotland Yard découvre vite que cette explosion n’est pas due à une des nombreuses bombes défectueuses du Blitz. Dans le même temps, Viola va cruellement s’apercevoir qu’elle ne peut échapper ni à la politique ni à sa famille dans une Angleterre qui embrasse la botte allemande et rampe lentement vers un fascisme de plus en plus assumé.

Edition : Denoël Lunes D’Encre

 

Mon Avis : Jo Walton, depuis ma lecture de Morwenna (chronique ici) qui m’avait fasciné, fait partie des auteurs dont je suis assidument les publications en VF. Il y a donc quelques mois, je me suis laissé tenter par le premier tome d’une trilogie mélangeant policier anglais et uchronie sur la seconde guerre mondiale, Le Cercle de Farthing, qui m’avait offert un très bon moment de lecture nous faisant découvrir un univers parallèle solide et qui méritait d’être approfondi (ma chronique ). Justement, Hamlet au Paradis qui en est le second tome, a sans surprises fini rapidement dans ma PAL puis entre mes mains. Concernant la couverture elle est dans le même style que celle du premier tome et met clairement dans l’ambiance uchronique, je trouve.

L’histoire nous plonge quelques semaines après les évènements du premier tome et on y retrouve l’inspecteur Carmichael qui va devoir cette fois enquêter sur la mort d’une actrice suite à l’explosion d’une bombe à son domicile. Première surprise, autant on retrouve Carmichael qui mène l’enquête, autant les personnages de Lucy et David Khan ne sont pas présents, mis à part quelques citations ici ou là, ce qui fait qu’on plonge dans ce qu’on pourrait considérer, d’une certaine façon, comme une nouvelle histoire. Un peu comme un livre policier qui suit toujours le même héros à travers différentes enquêtes, mais ici avec un intérêt tout particulier venant de l’évolution de cet univers parallèle. On y retrouve toujours bien l’idée de polar anglais, mais ici pas véritablement de jeux de manipulations ni de mystère à dévoiler pour déterminer un coupable, mais plus une lente montée en tension, qui se révèle réussie et prenante, pour essayer d’arrêter une menace terroriste.

L’ensemble se révèle ainsi du point de vue de l’intrigue vraiment réussi, offrant une sorte de course contre la montre, mais le tout présentant ainsi des axes de réflexions intelligents, servant au lecteur à se poser des questions sur cet attentat et les conséquences que cela peut avoir sur la face du monde ; en bien ou en mal. L’auteur évite d’ailleurs de tomber dans la simplicité et le manichéisme, présentant quelque chose de plus complexe, à travers plusieurs points de vues. J’ai d’ailleurs trouvé cette intrigue un tout petit peu plus intéressante que celle du Cercle de Farthing, même si celle du premier tome se révélait aussi très efficace. Certes le choix peut paraitre simple, mais ici, dans le contexte, prend plus d’ambiguïté et de difficulté. On y retrouve aussi cette sorte de décalage très British entre le côté finalement sombre de l’intrigue et de l’univers et de son appréhension par les personnages et l’ambiance mise en place qui, je trouve, offre un aspect assez percutant.

Concernant l’univers, le premier tome servait clairement d’introduction, offrant un monde parallèle solide, mais dont on espérait plus. C’est justement le cas dans ce second tome où cette fameuse paix de Farthing qui a mis fin à la participation de l’Angleterre à la seconde guerre mondiale, l’alliant d’une certaine façon à l’Allemagne d’Hitler, et permettant à ses derniers de conquérir l’Europe, excepté la Russie, va soulever de nombreuses réflexions intelligentes, captivantes et soignées. En effet le gouvernement anglais glisse de plus en plus vers le modèle allemand et on se retrouve à en découvrir, en toile de fond, les conséquences, mais aussi et surtout la façon dont ses changements sont pressentis et jugés par la population. L’indifférence du peuple, face aux manipulations politiques qui tendent de plus en plus vers le fascisme, mais que personne ne voit vraiment par soucis de sécurité, de faiblesse, de méconnaissance, de désaveu etc… Surtout tout ce que soulève l’auteur continue, d’une certaine façon, à avoir des échos par rapport à notre société actuelle tant ses questions continuent à faire réagir, polémique de nos jours. L’auteur n’oublie pas non plus pour autant de nous brosser une société anglaise des années 40-50 assez fascinante et colorée, avec une bonne dose de flegme, policée, mais qui pourtant cache de nombreuses failles et de nombreux secrets. On ressent aussi toujours de façon pernicieuse, et qui colle parfaitement au récit, cette ambiance malsaine sur les classes, mais aussi discriminatoire, parfois violente, démontrant une méconnaissance et une non-envie d’en savoir plus parfois sur certains sujets graves.

Les personnages, comme je l’ai déjà dit on retrouve l’inspecteur Carmichael, que menait déjà l’enquête dans le premier volume, et dont j’avoue j’étais intéressé de savoir comment il allait évoluer suite aux révélations de la fin du Cercle de Farthing. Je dois bien avouer qu’il prend de l’ampleur. Il dévoile ainsi un personnage complexe, ambigu, à la fois un homme qui doit se cacher, cacher sa vie, qui aime son métier de policier et qui doit jouer dans un jeu qui le dépasse. On découvre ainsi un héros humain, qui fait parfois des choix contestables et contestés, mais qui arrive à accrocher le lecteur car on le comprend.

Comme dans le roman précédent l’auteur utilise deux narrations avec deux personnages principaux, une narration à la troisième personne avec Carmichael et une autre à la première personne avec cette fois une nouvelle héroïne, Viola actrice de théâtre et fille d’une famille Noble et respectée. Et je dois bien avouer qu’avec cette dernière j’ai eu un tout petit peu plus de mal à complètement m’accrocher à elle, elle représente pourtant une Angleterre insouciante de ce qui se passe autour d’elle, fascinée par son univers du Théâtre et du divertissement, qui va se retrouver par la force des choses plongé dans un monde qui va la déstabiliser et de ce point de vue là elle se révèle vraiment intéressante. Mais voilà, je ne sais pas trop, je trouvais qu’elle me paraissait un peu trop déconnectée de la réalité et surtout un peu trop « souple » dans sa façon d’assimiler de telles informations sans jamais vraiment les remettre en question voir les rejeter malgré le fait qu’elles viennent choquer ses convictions. Mais bon ce n’est non plus en rien bloquant, juste un léger sentiment de décalage. Les personnages secondaires offrent aussi un panel intéressant de personnages, offrant différents points de vues

Concernant la plume de l’auteur elle se révèle efficace, soignée, fluide et entrainante, qui happe finalement assez rapidement le lecteur dans son récit, que j’ai eu du mal à lâcher avant la fin, offrant une conclusion percutante et efficace. Je regretterai par contre certains dialogues qui m’ont paru surfaits, voir parfois légèrement inutiles, comme si l’auteur cherchait à trop en faire là où il n’y avait pas besoin, mais rien de non plus dérangeant tant l’ensemble se révèle efficace. Au final un second tome réussi, qui m’a offert un très bon moment de lecture et dont je lirai la suite avec grand plaisir, histoire de savoir comment seront résolus certaines questions.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce livre, qui est le second tome d’une trilogie et qui offre une intrigue qui diffère des mystères du premier tome pour nous offrir une course contre la montre qui soulève de nombreuses questions. L’univers uchronique prend ici de l’ampleur avec cette Angleterre alliée d’Hitler et offre alors à travers les héros et leurs actes de nombreux axes de réflexions qui font encore échos à notre société actuelle tant les sujets arrivent encore à faire débat. Concernant les personnages, j’aime beaucoup l’évolution que prend Carmichael, offrant un personnage ambigu qui doit faire des choix parfois contestable et contestés mais qu’on comprend. J’ai par contre eu légèrement plus de mal avec Viola qui m’a paru parfois un peu trop conciliante et superficielle, mais bon rien de bloquant. La plume de l’auteur se révèle soignée, fluide et efficace et nous plonge facilement dans son récit, je regretterai juste certains dialogues qui m’ont paru surfaits voir inutiles, comme si l’auteur cherchait à trop en faire. Rien de dérangeant. Je lirai en tout cas le troisième tome avec grand plaisir.

 

Ma Note : 8/10

Le Cercle de Farthing – Jo Walton

walton-farthingRésumé : Huit ans après que «la paix dans l’honneur» a été signée entre l’Angleterre et l’Allemagne, les membres du groupe de Farthing, à l’origine de l’éviction de Churchill et du traité qui a suivi, fin 1941, se réunissent au domaine Eversley pour le week-end. Bien qu’elle se soit mariée avec un Juif, ce qui lui vaut d’habitude d’être tenue à l’écart, Lucy Kahn, née Eversley, fait partie des invités. Les festivités sont vite interrompues par le meurtre de Sir James Thirkie, le principal artisan de la paix avec Adolf Hitler. Sur son cadavre a été laissée en évidence l’étoile jaune de David Kahn. Un meurtre a eu lieu à Farthing et un coupable tout désigné se trouvait sur les lieux du crime. Convaincue de l’innocence de son mari, Lucy trouvera dans le policier chargé de l’enquête, Peter Antony Carmichael, un allié. Mais pourront-ils ensemble infléchir la trajectoire d’un Empire britannique près de verser dans la folie et la haine?

Edition : Denoël Lunes D’Encre

 

Mon Avis :  J’ai découvert Jo Walton il y a quelques mois avec ma lecture de Morwenna, premier roman publié de l’auteur en France, mais l’un de ses dernier édité en VO, qui m’avait offert une excellente lecture que ce soit par l’attachement ressenti pour la jeune héroïne mais aussi à travers cette déclaration d’engouement pour la lecture de l’imaginaire (ma chronique ici). C’est donc sans surprise que lorsque j’ai appris qu’un nouveau roman de l’auteur était édité, certes plus ancien puisqu’initialement publié en 2006,  il a rapidement terminé dans ma PAL. À noter une couverture qui se révèle plutôt efficace et met directement dans l’ambiance malgré le fait qu’elle ne devrait pas laisser indifférent.

On découvre ici une histoire complètement différente de ce que proposait Morwenna, puisqu’on plonge dans un mélange d’univers uchronique et de policier anglais. On se retrouve ainsi plongé dans une Angleterre, en 1949, qui vit dans la paix après avoir signé un accord avec l’Allemagne d’Adolf Hitler en 1941, laissant ainsi le reste de l’Europe dans la tourmente nazi. Cet accord a ainsi changé la donne politique et mis en avant un cercle influent d’hommes de pouvoir communément appelé le cercle de Farthing. Alors quand un meurtre vient secouer ce cercle cela risque de laisser des traces. Malgré un changement complet de genre j’ai de nouveau été accroché par ce récit qui nous offre ainsi un mélange maîtrisé entre enquête policière, flegme anglais légendaire et aspect sociétal des plus intéressant et fascinant. Clairement on n’est pas dans un Thriller violent, âpre et haletant, mais plus dans une résolution d’enquête dans le plus pur style anglais du genre à la Agatha Christie ou encore du film Gosford Park. Par conséquent si vous cherchez plus le côté sans temps morts et sombre vous risquez d’être déçu. Autrement laissez vous tenter par ce roman qui démarre d’une enquête à huis-clos pour se révéler de plus en plus complexe, de plus en plus haletante, ou les manipulations, les mensonges et les fausses pistes viennent embrouiller un peu plus le lecteur, mais aussi l’inspecteur, pour notre plus grand plaisir.

L’autre point intéressant vient de l’univers  qui est construit au fil du roman. Certes il n’est ici qu’esquissé suffisamment pour offrir un background solide à l’histoire, mais cela ne l’empêche pas de se révéler complexe, réfléchi et intrigant amenant le lecteur à se poser de nombreuses questions sur ce qu’aurait pu devenir l’Europe si l’Angleterre avait cédé voir négocié avec l’Allemagne. Mais l’auteur offre aussi un travail des plus captivant sur les mœurs, que ce soit dans l’hypocrisie des classes ou encore dans le rejet de certaines castes et de certaines pratiques, mais aussi sur la façon dont la société peut se retrouver blasée et manipulée pour accepter le pire et le plus sombre grâce à une politique jouant sur les peurs. On ressent ainsi clairement une ambiance malsaine, voir de discrimination qui se dégage ainsi de cet univers, qui se révèle cohérente et qui colle parfaitement à ce que cherche à nous faire réfléchir l’auteur et qui n’est d’ailleurs pas sans ressembler à ce qui peut se passer ainsi encore parfois de nos jours et qui nous rappelle qu’il faut rester vigilant. L’aspect purement politique n’est pas non plus en reste, avec son lot de jeux de pouvoir, de manipulations et de complots. Un univers qui se révèle donc travaillé et efficace, avec une petite dose de cynisme, mais qui est loin encore d’avoir dévoilé toutes ses facettes.

La narration utilisée par ce roman nous fait suivre deux personnages, Lucy Eversley, qui a choisi au grand dam de sa mère d’épouser David Khan un banquier juif, personnage complexe et ouverte malgré l’impression de simplicité qu’elle dégage, et l’inspecteur Carmichael qui se retrouve chargé de l’enquête, personnage intelligent qui ne se laisse pas éblouir. On découvre ainsi à travers leurs yeux un panel de protagonistes complètement différents, qui se révèlent soignés, avec leurs propres idéologies et leurs propres ressentis. Des personnages ambigus, qui cachent bien leurs jeux et leurs ambitions pour ainsi mieux surprendre le lecteur. On se retrouve ainsi à suivre leurs nombreuses machinations avec intérêt et l’envie de mieux comprendre le puzzle qui se dessine, de mieux deviner leurs ambitions. Ils sont aussi portés par des dialogues qui se révèlent en majorité efficaces, avec ce flegme anglais d’époque des plus savoureux. Je regretterai juste certaines facilités par moment dans les déductions de certains personnages qui parfois reposent un peu trop sur l’intuition et se révèlent toujours exacts, mais bon rien de bien dérangeant non plus.

L’auteur possède une plume qui se révèle efficace, soignée que ce soit du point de vue historique comme de l’intrigue et qui a réussi à me happer rapidement dans cette toile d’araignée de manipulations et de mensonges. J’aurai peut-être juste un petit regret concernant cette histoire c’est une impression de légère baisse de tension, de lenteur, vers le début du dernier tiers du récit comme si l’auteur cherchait un peu trop à ralentir la révélation de sa conclusion et remplissait un peu ses chapitres de bavardages pas toujours des plus intenses et intéressants. Mais voilà rien de bloquant tant la conclusion qui est lancée nous fait oublier cette impression pour nous captiver de nouveau dans une fin qui va se révéler haletante, sombre et loin du happy end facile. Une fin qui peut, d’une certaine façon, se suffire à elle-même, mais qui ouvre aussi la porte à de nombreuses questions. Il est d’ailleurs à noter qu’il s’agit d’une trilogie et que les deux autres tomes sont déjà publiés en VO, j’espère donc les voir sortir prochainement en France tant j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce livre.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui propose de nous plonger dans un mélange d’enquête policière au flegme anglais et d’uchronie liée à la période de la seconde guerre mondiale. Un véritable puzzle de manipulations et de trahisons se dessine alors et happe le lecteur qui se retrouve à chercher la vérité. L’univers parallèle développé se révèle solide, offrant de nombreuses réflexions que ce soit sur les possibilités de l’époque comme sur certaines manipulations politiques qu’on retrouve encore de nos jours, le tout mâtiné d’aristocratie anglaise, offrant une ambiance à la fois cynique et sombre qui colle parfaitement au récit. Les personnages ne manquent pas d’attraits, se révélant denses, complexes et attachants, malgré parfois quelques facilités, principalement dans les capacités de déductions de certains. La plume de l’auteur se révèle soignée, efficace, alternant deux points de vue de façon efficace, un à la première personne et l’autre à la troisième personne jouant ainsi sur les différentes visions qu’on peut avoir des protagonistes. Je regretterai juste une impression de lenteur dans le début du dernier tiers du récit, mais rien de gênant tant la conclusion a réussi à me happer, me surprendre, évitant le happy-end facile. Ce livre étant le premier tome d’une trilogie déjà publiée en VO j’ai maintenant hâte de découvrir la suite.

 

Ma Note : 8/10

Morwenna – Jo Walton

morwennaRésumé : Morwenna Phelps, qui préfère qu’on l’appelle Mori, est placée par son père dans l’école privée d’Arlinghurst, où elle se remet du terrible accident qui l’a laissée handicapée et l’a privée à jamais de sa sœur jumelle, Morganna. Là, Mori pourrait dépérir, mais elle découvre le pouvoir des livres de science-fiction. Delany, Zelazny, Le Guin et Silverberg peuplent ses journées, la passionnent.
Un jour, elle reçoit par la poste une photo qui la bouleverse, où sa silhouette a été brûlée. Que peut faire une adolescente de seize ans quand son pire ennemi, potentiellement mortel, est une sorcière, sa propre mère qui plus est? Elle peut chercher dans les livres le courage de combattre.

Edition : Denoël Lunes d’Encre

 

Mon Avis : Ce livre fait clairement parti des romans dont j’attendais impatiemment la sortie cette année. Il faut dire qu’il a beaucoup fait parler de lui au moment de sa sortie en VO au point de se voir récompenser par le prix Hugo, Nebula et le British Fantasy Award. Alors, bien entendu, les distinctions ne reflètent pas toujours le niveau du livre et dépendent des années ainsi que du lecteur, Blitz en est la preuve de mon côté, mais voilà rien que le quatrième de couverture a réussi à me convaincre par son aspect magique et humain. Je n’ai donc pas attendu longtemps, une fois le récit publié en France, pour le faire entrer dans ma PAL et me lancer dans sa lecture. À noter aussi une illustration de couverture qui, je trouve, donne envie par son aspect un peu féérique et qui colle parfaitement au récit.

Une fois la dernière page tournée, j’avoue, j’ai été vraiment emporté et touché par ce récit. Mais déjà mettons au point certaines choses, si vous cherchez dans ce roman de l’action, du rythme ou bien une histoire de fantasy avec quête, gobelins, nains et autres passez votre chemin, ce n’est aucunement le but de ce livre. L’auteur cherche plus ici quelque chose d’intime, à dévoiler, à faire découvrir. On suit une tranche de vie, mélange de conte de fées et de souffrance, d’une jeune adolescente blessée de façon physique et psychologique, qui a perdu sa sœur jumelle suite à un accident et obligée d’aller vivre avec un père inconnu après avoir fuie une mère sorcière et un peu folle. Donc au final pas de véritable intrigue dans le sens premier du terme, mais simplement l’évolution de cette héroïne qui cherche à se construire et à se reconstruire, un roman profond aux nombreux points qui m’ont conquis et font que ce récit se révèle comme une très belle révélation de lecture.

Déjà le premier point qui ne pouvait que m’accrocher c’est l’amour de l’héroïne pour la lecture et les livres sous toutes ses formes, aussi bien par l’achat en librairie ou en prêt à la bibliothèque, et plus principalement sur la littérature de l’Imaginaire, même si elle laisse sa chance à tout type de livre. Lire est une véritable passion pour Morwenna et ça se ressent, elle arrive à retransmettre cet amour au fil des pages et surtout m’a clairement donné envie de relire certaines des œuvres qu’elle cite tout au long du roman, principalement à travers ses mots simples ses avis énergiques et exaltés. Elle arrive vraiment à parler au lecteur et à donner envie de plonger ou replonger dans ces récits. En tant que lecteur de ce genre de romans depuis mon adolescence je ne pouvais que me reconnaitre et me sentir captivé. Mais surtout la lecture a aussi une importance capitale pour elle, car elle lui permet premièrement de s’évader, mais aussi de support pour avancer dans sa vie aussi bien personnelle que ses relations avec autrui. Elle se sert de ses différentes lectures pour se définir elle-même et aussi développer son esprit sur tout ce qui l’entoure.

Ce roman nous offre aussi une belle leçon d’acceptation, que ce soit des pensées et idéologies différentes, mais aussi des autres, de tous les autres. Cela se ressent premièrement par son travail tout en finesse et en émotion de son héroïne ouverte d’esprit et de cœur qui vit dans un monde ou tout est jugé, apprécié et validé selon des normes implicites comme l’argent, l’apparence ou la position sociale. Mori en est la preuve, galloise au milieu d’anglais, obligée de marcher avec une canne suite à son accident, elle va découvrir le rejet des autres et pourtant cela ne l’empêche pas de vivre, de rencontrer des gens et d’être aimée. Mais c’est aussi une leçon d’acceptation pour le lecteur qui doit accepter Morwena avec toutes ses différences et aussi le fait qu’elle voit des fées. Vrai ou pas? Destin ou fée? c’est au lecteur de faire son propre choix, de ne pas la juger et finalement de se rendre compte que ce sont ses différences et ses souffrances qui font la grande force de cette adolescente, qui font aussi qu’elle est unique et profondément humaine.

Morwenna est d’ailleurs au final une des grandes réussites de ce récit, comment ne pas s’accrocher, une fois sa différence acceptée, à cette petite fille à la fois fragile et forte, sincère, qui doit gérer seule son adolescence, son entrée dans la vie d’adulte et qui doit aussi surmonter le deuil de sa sœur. On ressent à travers ses écrits ses moments de doutes, de plaisir, de joie, de souffrance mais aussi de changements, que ce soit vis-à-vis de sa vie de tous les jours, des relations familiales, de la sexualité ou encore des amitiés, qu’elle essaie de surmonter, à sa façon, par la lecture en premier lieu et quand la lecture lui fait défaut par la magie qu’elle semble manipuler. Il faut dire que rien n’est fait, non plus, pour l’aider, son entourage n’étant pas vraiment présent pour la soutenir comme il devrait avec une mère a moitié folle et sorcière, un père qu’elle découvre alors qu’il l’a abandonné à la naissance et une famille qui l’a élevée mais qu’elle ne peut quasiment pas voir. Tout est aussi toujours remis en question, elle doute comme toute adolescente qui grandit pour devenir adulte. L’auteur a vraiment réussi a offrir un personnage riche en émotion et en sentiments, avec une touche de candeur devant les changements et les évolutions qui s’opèrent. Une héroïne véritablement humaine et remplie de tristesse face à la mort de sa jumelle dont, pudique, on n’en apprendra que le minimum, et qui pourtant ne l’empêche pas de continuer à avancer, à aimer la vie et tout ce qu’elle peut lui apporter même si rien n’est acquis et rien n’est facile.

Le cadre et l’environnement choisi par l’auteur n’est pas non plus anodin , déjà par le choix de faire son héroïne une jeune fille Galloise ; le Pays de Galles faisant partei des contrées où il est logique de rencontrer des fées, mais aussi état plus rustique et ouvert, le tout en opposition avec l’Angleterre où les fées ignorent et sont ignorées, où il est obligatoire de respecter certaines conventions. La grande force de cet univers est aussi de pouvoir faire entrer le surnaturel de façon vraiment logique et cohérente à travers le regard de son héroïne, que l’on y croit ou pas elle rend l’ensemble vrai et magique. D’ailleurs l’auteur nous offre une vision du mystérieux qui est, d’une certaine façon, mélancolique et différent, hantant les anciens bâtiments et lieux industriels que la nature reconquiert doucement, n’ayant pas de véritable forme, ni de noms, se révélant parfois affaiblis, loin de la splendeur que certains imaginent. Il propose de réaliser des souhaits mais d’une façon totalement aléatoire et sans jugement, un peu comme l’idée qu’on se fait de l’effet papillon ; effectuer une petite action comme lâcher une feuille dans une marre pouvant amener de lourdes conséquences. Mais voilà magie ou hasard c’est au lecteur de décider. Le choix de l’époque se révèle aussi important, la fin des années 70 et le début des années 80, début de nombreux changements de société et d’évolution qui colle justement bien aux changements de Mori.

L’aspect qui m’a, par contre, dérouté dans ce roman vient de son style. Présenter comme un journal intime j’avoue qu’il tendait plus vers une accumulation de faits avec pas mal de petites répétitions ici ou là. J’avais un peu de mal à complètement accrocher à la façon dont présentait l’héroïne les choses. C’est plus une accroche jouant sur les non-dits et les aspects cachés que quelque chose de direct, il force ainsi le lecteur à faire ses propres choix sur pas mal de points et à se faire ses propres idées. Il m’a fallu un léger temps d’adaptation, mais une fois le tout assimilé je ne pouvais plus lâcher ce livre. J’avoue aussi avoir trouvé la conclusion un peu trop flamboyante, comme si l’auteur avait cherché à trop en faire. Je ne nie pas la symbolique, dont je pense en avoir pleinement compris le sens, mais elle m’a semblé un peu trop déconnecté, principalement dans les actions et les connaissances de Morwenna, par rapport à ce qui avait été présenté précédemment. Mais franchement ce ne sont là que des broutilles tant je me suis retrouvé emporté par ce roman, poignant, féérique, véritable déclaration d’amour à la littérature et qui fait vraiment réfléchir. Si les littératures intimistes, humaines, sans action et pleines de réflexions vous tentent alors lancez-vous dans ce livre il risque de vous plaire.

Vous pouvez retrouver la liste des livres cités dans ce roman sur le blog de Lorhkan ici.

En Résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman qui m’a offert de découvrir une tranche de vie à travers le journal intime de Morwenna. Ici pas d’intrigue ou d’action, simplement la vie d’une jeune fille qui croit voir les fées et qui doit avancer après la mort de sa sœur jumelle, retrouvant un père jamais connu après avoir fuie sa mère à moitié folle et sorcière. Ce récit est une véritable histoire d’amour à la littérature, et principalement à la littérature de l’imaginaire, mais offre aussi un véritable hommage à la différence et à l’acceptation des autres. L’héroïne se révèle véritablement attachante, étant meurtrie et qui pourtant, à travers ses livres et sa « foi » en les fées, va se construire et se reconstruire vers sa vie d’adulte. L’environnement mis en avant par l’auteur colle parfaitement au récit. L’auteur arrive aussi vraiment à faire entrer le surnaturel dans le réel de façon vraiment logique et cohérente et surtout propose au lecteur le choix de croire ou non dans la capacité de Mori de voir les fées et de faire de la magie. J’avoue j’ai tout de même été perturbé au début par le style, très factuel et qui joue beaucoup sur les non-dits, poussant le lecteur à faire ses propres décisions, mais une fois dans l’histoire je n’ai alors plus lâché ce livre tournant les pages avec plaisir. La conclusion se révèle aussi un peu trop flamboyante selon moi même si j’en ai pleinement compris la symbolique. Mais bon ce ne sont que des broutilles tant j’ai été captivé par Morwenna. Si ce genre de récit vous plait, c’est un roman à découvrir.

 

Ma Note : 9/10

 

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