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L’Homme-Soleil – John Gardner

l'homme-soleilRésumé : Dans la petite ville de Batavia, en 1966, un homme partiellement défiguré inscrit AMOUR en lettres gigantesques sur le macadam d’Oak Street. À l’arrivée de la police, il réussit à détruire ses papiers d’identité. Emprisonné, l’inconnu se fait appeler l’Homme-Soleil. Après une évasion spectaculaire, il revient délivrer un de ses codétenus, mais un drame a lieu : un policier trouve la mort. Commence alors une chasse à l’homme au cours de laquelle, contre toute attente, la proie va devenir le chasseur. Qui est l’Homme-Soleil? Un étudiant anarchiste comme il le prétend? Un magicien fou qui voit le futur? L’incarnation du mal, comme le croit le chef de la police Fred Clumly?

Edition : Denoël Lunes D’Encre

 

Mon avis : J’ai découvert John Gardner il y a un an environ avec la lecture de Grendel, livre qui m’avait offert un excellent moment de lecture, offrant une perspective du monstre du poème de Beowulf assez fascinante, déroutante, étrange et même cynique, le tout à travers une plume superbe et entrainante (ma chronique ici). C’est donc sans surprise que ce roman, réédité en début d’année 2014, ait terminé son chemin dans ma PAL assez rapidement. Il faut aussi avouer que je trouve la couverture accrocheuse par son aspect finalement sombre et intriguant.

On se retrouve ici à suivre l’enquête du chef de la police, Fred Clumly, qui cherche à arrêter un homme qui se fait appeler l’Homme-Soleil, qui a déjà été emprisonner une première fois pour avoir tenter de peindre AMOUR en majuscule sur la route, mais qui a réussi à s’évader, avec un autre prisonnier, ce qui a causé la mort d’un policier. Alors autant le dire tout de suite ce roman parait se présenter, aux premiers abords, comme un Thriller mais finalement se révèle bien plus que cela. L’auteur, à travers un long travail dense, complexe et soigné sur près de 800 pages qui se révèlent touffus, nous offre finalement une vision d’une humanité en pleine transition entre les années 60 et les années 70, en plein doute face à l’avenir. À la fois drame familial, enquête policière, roman contemporain, introspection des personnages, réflexion philosophique et subtilités, l’auteur brasse les genres pour offrir ainsi une histoire qui ne se laisse pas facilement apprivoiser, le tout sur un rythme extrêmement lent, offrant finalement que peu de rebondissements, mais qui pourtant a réussi à me captiver.

Que ce soit par ses nombreuses réflexions, aussi bien sur la position des hommes et des femmes, sur le couple, sur la vie, mais aussi sur la guerre, plus précisément celle du Vietnam, sur le racisme ou bien encore sur la religion, mais également par son ambiance à la fois pesante, stressante, dévoilant des drames humains et qui restent d’actualité, ce roman ne laisse pas indifférent pour peu qu’on se laisse entrainer. Il se révèle sans concession, offrant ainsi une vision de l’Homme sans aucun artifice qui voit le monde changer autour de lui, mais qui pourtant possède encore en lui de nombreuses peurs ainsi que de nombreux doutes. Un travail soigné sur la société qui est clairement toujours d’actualité dans la façon par exemple d’imaginer les lois ou encore le pouvoir et l’influence des religions sur notre vie, ou bien sur le mariage. On a finalement ici un roman qui parait intemporel devant pas mal d’idées qui nous sont offerts, poussant le lecteur à se questionner, à se remettre en question et à remettre en question le monde actuel. Une vision qui est parfois peut-être un peu trop sombre, comme si l’auteur était lui-même possédé par des démons qu’il cherche à exorciser dans ses romans, mais rien de vraiment dérangeant non plus.

Ce roman n’est, selon moi, pas à mettre entre toutes les mains. Si vous cherchez du Thriller, une histoire qui possède un minimum de rythme ou qui se révèle plus qu’un simple constat humain et profond, oscillant entre loi et anarchie, alors passer votre chemin. Se lancer dans l’Homme-Soleil n’est pas chose aisée, même moi qui d’habitude possède un rythme de lecture soutenu, j’ai mis plus de temps à finir ce roman que d’autres de même taille, pas parce qu’il est lourd ou long, simplement car il demande une certaine assimilation. Il me parait impossible de lire ce livre d’une traite, voir en quelques jours à peine, régulièrement l’histoire demande à être « digérée », à être réfléchi. Certains trouveront sûrement cela indigeste, j’avoue que ça ne m’a pas le moins du monde dérangé.

Le point fort du récit, celui qui m’a véritablement fasciné, ce sont les personnages qui nous sont dessinés au fil des pages. Chacun possède une psychologie propre qui se révèle vraiment dense, profonde et soignée, lié autant à leurs environnements qu’à leurs propres évolutions. Il est assez fascinant de les voir changer, de voir leurs visions se transformer suite à l’apparition de cet Homme-Soleil, un peu comme un caillou qui fait des vagues quand on le lance dans l’eau ; il va clairement bouleverser la ville entière. L’ensemble est porté par deux personnages forts que sont le shérif Clumly et, justement, l’Homme-Soleil, principalement à travers leur dualité, représentant les deux faces d’une même pièce l’un représentant « L’ordre et la Loi » là où l’autre représente plus la subversion, d’une certaine façon le chaos. Deux visions complètement différentes, mais pas si idiotes, de notre monde, mais surtout, finalement, deux déments. Entre la folie déjà bien présente de cet inconnu qui cherche à se venger et à réveiller les consciences et cette lente plongée du shérif qui découvre que son monde, d’une certaine façon, s’effondre et ne sera plus jamais le même, ces deux héros passionnent et dérangent. Les autres personnages ne sont pas non plus en reste avec une mention spéciale pour Millie, présenté comme la garce, qui n’est finalement qu’une femme qui cherche a être libre dans une époque où c’est terriblement compliqué. Chaque personnage représente en fait l’une des nombreuses faces de l’humanité. Je regrette juste que un ou deux personnages secondaires paraissent ne pas servir à grand-chose mis à part développer des idées propres à l’auteur, qui certes ne manquent pas d’attrait, mais ont un peu de mal à vraiment s’imbriquer dans le récit.

L’ensemble possède tout de même quelques défauts, la frontière est mince entre un rythme très lent et des longueurs, une frontière que l’auteur quelques fois franchit, mais qui reste tout de même passager. Certains morceaux, je pense, auraient pu être condensés ce qui aurait permis à l’ensemble d’y gagner un peu plus en fluidité. Comme je l’ai dit les idées qui sont développées ne manquent pas de fasciner et restent surtout contemporaines, mais il arrive que certaines réflexions aient un peu vieillis, paraissent un peu obsolètes par rapport aux différents changements survenus depuis des années, ce qui rend alors le propos un peu désuet. Mais bon rien de non plus bloquant ou dérangeant.

La plume de l’auteur se révèle clairement dense, fascinante, riche, soignée, vivante, jouant avec différents styles et présentations pour mieux surprendre le lecteur, offrant ainsi un travail intelligent et empli de réflexions qui ne manquent pas de faire réfléchir. L’homme-Soleil se révèle être un roman dur à classer et encore plus dur à conseiller. J’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman, qui ne se laisse pas si facilement amadouer, mais dont j’ai trouvé une certaine force et surtout une certaine beauté dans ce qu’il offre. Maintenant je laisse au lecteur de cette chronique décider s’il se trouve tenter ou non par la découverte de ce livre, j’aurai du mal à le conseiller à moins de bien vous connaitre. Par contre, je me pose la question du parti pris de publier ce récit chez Lunes D’Encre qui me parait plus être le label Imaginaire de l’éditeur, alors qu’il n’y en a finalement pas. En tout cas je lirai sans soucis d’autres textes de l’auteur.

En Résumé : L’Homme-Soleil fait partie de ces romans qu’il est difficile de conseiller et de chroniquer, offrant quelque-chose de complètement différent qu’un simple thriller, cherchant ainsi à soulever de nombreuses réflexions sur une humanité en perpétuel changement, pleine de contradiction et aussi à offrir une image, parfois glaçante, de la société. Un roman au rythme particulièrement lent, qui ne cherche pas à surprendre son lecteur, mais plus à le faire raisonner, à l’obliger à se questionner continuellement, offrant au fil des pages, et sans aucune fioriture, de nombreux drames humains le tout porté par des personnages qui se révèlent fascinants et soignés. J’ai passé un bon moment de lecture avec ce livre, mais si vous cherchez un récit un minimum énergique, ou si les romans aux idéologies denses et complexes vous rebutent je pense que vous pouvez passer votre chemin. Alors tout n’est pas parfait non plus, l’auteur tombe parfois dans les longueurs, certaines réflexions ont un peu vieilli, ou encore certains personnages secondaires ont du mal à complètement captiver, mais rien de très bloquant non plus. La plume de l’auteur se révèle riche et fascinante, jouant avec les styles pour mieux dérouter le lecteur et, d’une certaine façon, le happer. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

Grendel – John Gardner

grendelRésumé : Grendel, qui narre l’épopée de Beowulf du point de vue du monstre, s’est imposé en moins de quarante ans comme un des grands classiques de la fantasy anglo-saxonne. Court, brutal, d’un humour ravageur, ce conte philosophique frappe le lecteur avec la force d’une comète, dans l’éblouissement.

Edition : Denoël Lunes D’Encre

 

Mon Avis : Ce livre, j’en ai longtemps entendu parler comme d’un véritable chef-d’œuvre à lire et à découvrir. Il y a donc plusieurs mois j’ai fais entrer ce livre dans ma PAL où il a attendu un petit moment au final. J’avais un peu peur de me lancer dans cette œuvre dont j’avais tellement entendu parler, peur de ne pas être prêt à me lancer dans ce texte qui s’annonçait un peu exigeant, peur d’avoir trop idéalisé ce court roman et me retrouver déçu. Ne voulant pas faire de ce livre un fossile de ma PAL j’ai donc décidé de le lire et de me faire mon avis. En tout cas la couverture, illustrée par Lasth, se révèle vraiment intéressante, représentant l’angoisse qu’est le monstre Grendel.

Alors, je le dis tout de suite de Grendel et la légende de Beowulf je ne connais très peu de choses du poème dont ils sont issus, mis à part quelques films plus ou moins réussis. Pourtant, dès le début j’ai été vraiment captivé par ce récit qui, certes, demande de la concentration pour bien assimiler ce livre à l’histoire dense, ainsi que tous les aspects intellectuels et philosophiques que met en avant l’auteur. Un récit complexe aux multiples interprétations. L’auteur a déjà décidé de prendre le poème de façon différente nous contant ainsi l’histoire du monstre, Grendel, et finalement c’est un peu de sa vie entière, de sa quête qu’on découvre tout le long du récit, de son évolution de sa quasi « naissance » dans le monde des hommes, quand il sort du lac, à sa fin dessinée, écrite et pourtant d’une cruelle ironie face à ce héros qu’est Beowulf.

Mais surtout ce que propose l’auteur c’est la vision des hommes vu par le monstre lui-même. Un monstre qui a autant besoin de l’humanité que l’inverse pour exister et vivre. On découvre ainsi une humanité vaine de sens et de véritables quêtes qui tourne en rond dans une recherche de pouvoir, de domination, d’héroïsme pour être reconnus et devenir légende, pour qu’on parle d’eux. La vision de ce monde à travers les yeux de Grendel se révèle vraiment percutante, pleine d’humour et d’ironie et offre aussi de quoi réfléchir sur énormément de sujets allant de la vie à la mort en passant par soi-même. Le tout est cristallisé par cette scène avec le dragon être avide d’or et cupide, mais qui pourtant nous offre un raisonnement philosophique intense sur le vide du temps et de l’avenir. Une scène primordiale qui va ouvrir les yeux de Grendel sur l’absence d’importance des hommes sur la durée qu’ils compensent par la magie des mots et du souvenir.

Grendel possède plusieurs visages, qui se révèlent autant fascinants que repoussants. Ils mettent clairement en avant son côté monstrueux à travers les différents massacres qu’il perpétue. Des passages beaucoup plus philosophiques, passionnants et intenses, mis en avant au cours des différentes étapes de sa vie, étonnent le lecteur. Un personnage qui surtout remet clairement en perspective les autres protagonistes qui gravitent autour de lui. On s’en rend principalement compte dans la scène finale avec Beowulf, jamais nommé dans le récit, qui se révèle n’être qu’une caricature du héros et qui sert qu’à mettre fin à un cycle pour en commencer un autre. Grendel cherche clairement quel est son rôle dans un monde qui tourne sans personne aux commandes et il va le découvrir, il est celui qui permet aux hommes de plonger dans une fois vide de sens, dans le rassemblement, dans la science et dans une quête d’héroïsme sans aucune récompense.

Un roman qui se révèle percutant, intrigant, dérangeant et intelligent, mais voilà le fait de ne pas connaître grand-chose de l’œuvre original du poème a aussi eu une influence sur la lecture, donnant l’impression quelquefois de ne pas totalement comprendre ce que veut mettre en avant l’auteur. Rien de bien gênant, car on peut très bien apprécier ce livre, mais offre tout de même une petite limite de compréhension sur quelques passages. De plus parfois j’ai trouvé que l’auteur en faisait un tout petit peu trop à travers ses axes de réflexions et de philosophie qui parfois se révèlent un peu suranné ou longuet. Ce qui n’empêche en rien ce roman de posséder énormément de qualités et de se révéler vraiment fascinant.

L’auteur est un spécialiste de la littérature, principalement médiéval, et cela se ressent dans son style qui se révèle vraiment dense, philosophe et réfléchi jouant aussi bien avec les personnages, l’histoire voir même la présentation alternant par exemple le récit , au chant, au poème ou encore au théâtre. Parfois il est peut-être un peu trop solennel dans sa présentation, mais rien de bien dérangeant. Il faut ajouter à ce récit la postface de Xavier Mauméjean qui, finalement, présente le mieux ce récit et cet auteur, une postface à lire et à découvrir qui offre un regard différent sur le récit. Je sors donc de ma lecture ravi, car malgré quelques légers défaut, j’ai passé un excellent moment de lecture avec ce court roman intense, réfléchi, dérangeant.

En Résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce court roman qui nous permet de découvrir le monstre Grendel de la légende de Beowulf. Un récit fascinant, percutant, passionnant, intelligent qui risque de ne pas laisser indifférent le lecteur et qui offre une vision de l’Homme bien particulière. Grendel fascine et effraie à la fois et pourtant se révèle d’une certaine façon attachant par sa vision de voir les choses et de les partager, mais aussi par sa philosophie. L’auteur se laisse parfois un peu aller à en faire un peu trop dans ses axes philosophiques et parfois on sent que la méconnaissance du poème originale empêche la bonne compréhension de quelques passages mais rien de vraiment bien gênant car au final on retrouve une histoire magnifique, poétique, troublante et violente. La plume de l’auteur se révèle vraiment dense et soignée. À noter aussi l’excellente postface de Xavier Mauméjean sur le livre et son auteur.

 

Ma Note : 9/10

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