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Utopiales 2016, Anthologie – Collectif

Résumé : En 2016, les treize nouvelles de l’anthologie officielle des Utopiales s’interrogent sur la thématique de la machine.
Pèle-mêle, on y croise ainsi une vieille dame artificielle pas décidée à mourir, un diable lumineux gardant un terrible secret, un homme dont plus de 50 % du corps a été remplacé par des prothèses, une femme robot aux charmes ambigus…
… mais aussi un concert virtuel plus vrai que nature, des tofus permettant de voyager dans l’espace, une course-poursuite de magiciens, un étrange artefact martien, un gentleman aux manières trop parfaites, un jeu vidéo meurtrier, une montre à l’origine de curieux décalages temporels, des truites psalmodiant en choeur «Innsmouth» et même André Brahic et une licorne.
Treize textes pour s’émerveiller, s’interroger et se marrer franchement, portés par treize plumes incontournables de l’imaginaire actuel, francophone comme étranger.

Edition : Actu SF

 

Mon Avis : On ne change pas une tradition et, comme depuis maintenant quelques années, quand je participe à un festival je repars dans la majorité des cas avec l’anthologie associée. Concernant les Utopiales, c’est aussi pouvoir se lancer dans une lecture commune avec Marie-Juliet, mon acolyte de LC depuis quelques temps maintenant. Cette année le thème de l’anthologie est « La Machine », et le recueil est composé de treize nouvelles d’auteurs différents. Concernant la couverture, illustrée par Denis Bajram et reprenant l’affiche du festival, je la trouve très sympathique et efficace. Comme souvent on retrouve une préface efficace, qui nous offre de bonnes réflexions sur le thème du recueil et s’avère soignée, même si parfois pas facile d’accès.

La Vieille Dame de Simon Bréan : Cette nouvelle nous plonge dans un monde futuriste ou les IA ont, d’une certaine façon, pris le contrôle du bien-être de l’humanité. On se retrouve à suivre un homme, dont le métier est d’accompagner les IA « en fin de vie » dans leurs derniers instants. On découvre ainsi un texte qui se révèle efficace, bien porté par la tension qui se développe entre les deux protagonistes dans leur duel. Le texte offre aussi quelques réflexions intéressantes, qui ne manquent pas d’apporter un plus à l’ensemble et le tout est soutenu par une plume simple et entraînante. Au final une nouvelle solide, qui ouvre plutôt bien ce recueil des Utopiales.

Pour Hesperia et Pour la Gloire d’Ann Leckie : Cette nouvelle propose de découvrir la lettre d’un homme qui cherche à expliquer à un certain Mr Stephens les évènements étranges qui sont survenus chez lui. Franchement cette nouvelle est principalement un hommage à la SF pulp, un peu comme le proposait Brackett et Hamilton ou bien encore John Carter. Le soucis c’est que mis à part cette ambiance suranné intéressante, le reste ne suit pas. Le mystère n’a pas le temps d’exister qu’il est déjà résolu, la fin manque clairement de tension et d’intérêt et l’intrigue est traitée trop rapidement. Le tout m’a ainsi paru trop court, comme si le format nouvelle ne suffisait pas, ce qui est dommage. Reste une nouvelle qui se lit vite, mais qui s’oublie tout aussi vite je trouve. Après cette nouvelle a été initialement publié en VO pour un magazine dont le numéro proposait comme thème le cliché, ce qui lui correspond mieux et m’aurai moins dérangé que dans une anthologie tournant autour des machines

Deep Space Mine de Catherine Dufour : Cette nouvelle est une réédition d’un texte de l’auteur : Mémoires Mortes. On suit ainsi une jeune fille, dans un monde futuriste de plus en plus connecté, qui va mener l’enquête après la disparition de son frère. Mon ressenti concernant cette nouvelle est plutôt ambigu, autant les axes de réflexions présents sur l’adolescence et ce monde futuriste ne manquent pas d’attrait, le rythme est percutant et entraînant, et pourtant le côté un peu « trash » du style, quelques transitions étranges et certaines révélations un peu tiré par les cheveux ont fait que je n’ai jamais vraiment réussi à complètement entrer dans le récit. Cela vient clairement de moi, je lirai quand même le recueil de l’auteur pour me faire un avis plus tranché.

La Machine de l’Année de Raphaël Granier de Cassagnac : Cette nouvelle nous fait découvrir un homme possédant plus de 50% de son corps greffé cybernétiquement. Une nouvelle que j’ai trouvé sympathique, plutôt efficace par sa narration alternant plusieurs époques, un peu comme un puzzle, et qui offre une réflexion, certes un peu convenu, mais intéressante, sur la notion d’Homme et de machine. Cette nouvelle s’intègre dans l’univers des romans de l’auteur, ce qui se fait parfois un peu ressentir, mais rien de trop dérangeant. Pas obligatoirement un grand texte, mais au final un récit divertissant.

Fin de Partie de Lev Grossman : Alors cette nouvelle est étrange, on se retrouve à suivre une jeune femme, magicienne, en mission d’entrainement. Pourquoi elle est étrange? Car on est clairement dans le genre de nouvelles tellement imbriquées dans un univers déjà existant, à travers les romans de l’auteur, que j’ai l’impression que si on ne les a jamais lus on a du mal à en comprendre l’utilité et à entrer dans le récit. Pourtant, le texte ne manque pas d’action, de rebondissements et se révèle sans temps mort, mais voilà une fois la dernière page tournée je suis beaucoup trop resté sur ma faim pour vraiment accrocher. C’est frustrant.

Le Diable d’Estelle Faye : Cette nouvelle est la première qui, je trouve, se détache  franchement de ce recueil. Elle nous plonge dans un futur post-apocalyptique où la technologie est interdite par la religion. Un texte, comme souvent avec l’auteur, qui s’avère sombre, poétique et humain. Gabriel, le personnage principal, a réussi à me happer rapidement que ce soit à travers sa complexité,  ses réflexions comme son évolution. L’auteur nous propose aussi de réfléchir sur de nombreux sujets comme la religion, l’importance de la technologie et ses conséquences ou bien encore sur nous-même. Un très bon texte, prenant et bien maîtrisé qui m’a captivé du début à la fin.

La Montre de Ménéas Marphil : On plonge avec cette nouvelle dans la ville de Montpellier, où des étudiants, fan de la série Fringe, décident de faire une blague à l’un de leur ami. Franchement l’idée de base n’est pas mauvaise et aurait pu se révéler sympathique, sauf que voilà je n’ai jamais clairement réussi à entrer dans ce récit. L’auteur en fait trop, principalement dans les explications, ce qui fait que j’ai trouvé cette nouvelle trop longue. De plus certains tics de langage est un style trop didactique à mon goût ont fait que je ne me suis pas obligatoirement senti le public cible pour cette nouvelle. Il faut dire aussi que je ne suis pas le genre de lecteur qui apprécie trop qu’on lui tienne la main, j’aime un peu de mystère et de découverte, hors là tout est aussi trop balisé pour moi je trouve.

Purple Brain d’Ugo Bellagamba : Cette nouvelle est plus, selon moi, une nouvelle hommage à André Brahic, scientifique reconnu qui a participé au festival et qui est décédén en 2016. Personnellement, concernant le texte, il n’est pas mauvais, se laisse lire et possède même une certaine poésie à travers certaines scènes dans l’espace. Mais voilà, pour moi ,il tombe justement un peu trop dans l’hommage, à travers un récit un peu trop simple et une conclusion convenue qui ne sert juste à mettre en avant con héros. Au final une nouvelle plutôt sympathique, qui se laisse lire, qui est loin de m’avoir marqué, mais qui devrait, je pense, toucher les lecteurs qui ont connu André Brahic.

Tokyodôme d’Olivier Paquet : Suite à la séparation d’un groupe de rock japonais, un de leur plus grand admirateur décide de créer virtuellement leur concert au Tokyodôme qui n’a jamais pu avoir lieu. Ce concert va alors rencontrer un succès inattendu et exceptionnel. J’ai trouvé cette nouvelle très réussie que ce soit dans le monde que développe l’auteur, comme dans la complexité des personnages présentés, mais aussi des réflexions présentées. Ce concert va ainsi profondément faire évoluer les membres de ce groupe et le tout est présenté de façon humaine et plus que convaincante. Il y a aussi tout du long ce travail sur la virtualité qui permet parfois de magnifier le réel et les questions que cela peut soulever. Au final une nouvelle réussie et prenante, qui m’a offert un très bon moment de lecture.

Modèle Mika de Paolo Bacigalupi : De nouveau une très bonne nouvelle avec ce texte qui nous plonge dans un avenir indéterminé, ou un policier voit débarquer une jeune femme qui vient se rendre pour un meurtre qu’elle vient de commettre. Le problème c’est que la jeune femme est en fait un robot. Le récit est bien construit, maîtrisé et surprenant offrant un texte intéressant à découvre et intelligent. Certes la notion d’humanité de la machine a déjà été traité de nombreuses fois, mais cela n’empêche ce récit de le faire de façon solide et intéressante. J’aurai peut-être aimé qu’il soit un peu plus long, mais cela ne l’empêche pas de s’avérer très réussi avec des personnages efficaces et complexes et quelques surprises.

Un Gentleman de Gérard Klein : Cette nouvelle est une réédition d’un texte de l’auteur de 1968. On découvre ainsi un homme, grand gentleman, qui n’arrive pas à trouver l’amour de sa vie dans un futur où être un gentleman est devenu désuet. On est ici dans une nouvelle à chute qui se laisse lire, mais n’a rien de vraiment marquant. La chute est devinable très rapidement et l’ensemble est parfois un peu trop simpliste pour vraiment s’avérer percutant. Cela n’a pas empêché un débat entre Marie Juliet et moi concernant la conclusion, mais je n’en dirai pas plus pour ne pas vous gâcher la fin. Un texte que je classerai dans le vite lu, apprécié un minimum, mais rien de transcendant.

La Caverne aux Tofus de Jean Pettigrew : Alors ce texte est un peu étrange, on est clairement dans de la SF pleine d’humour et avec un côté absurde, sauf que j’avoue je suis resté hermétique à l’humour présenté. Il faut dire que l’auteur propose un monde où les règles et les lois scientifiques deviennent de plus en plus loufoque sans aucune véritable explication, ni tentative de cohérence, simplement pour faire de l’humour ce qui a du sûrement me bloquer. Je ne doute pas que cela fera rire d’autre lecteurs, mais j’avoue de mon côté je suis complètement passé à côté.

Le Truc qui Ressemble à une Machine de Karim Berrouka : De nouveau une nouvelle pleine d’humour où un homme récupère une drôle de machine. Un jour il va vouloir la tester et, à partir de là, les ennuis commencent. J’avoue j’ai plus accroché à ce genre d’humour, certes c’est barré mais l’ensemble ne donne pas l’impression de partir dans tous les sens. Une nouvelle plus que divertissante, qui m’a fait sourire, bien porté par des personnages loufoques et entraînants. Alors après c’est vrai que ce n’est pas le premier texte de l’auteur que je lis, loin de là, ce qui fait que certaines mécaniques, que ce soit dans la construction du récit ou des blagues, sont prévisibles, mais cela n’empêche pas l’ensemble de s’avérer plus que sympathique.

En Résumé : Je dois bien admettre que le cru 2016 de l’anthologie des Utopiales est loin de m’avoir vraiment captivé comme avait pu le faire celle de l’année dernière. Il y a bien trois textes qui sortent du lot, mais le reste oscille entre le moment de lecture plutôt sympathique et ceux qui ne m’ont pas accrochés. L’ensemble des nouvelles propose pourtant des récits variés avec beaucoup d’idées développées, même si toutes ne répondent pas pour moi à la thématique initiale, mais voilà il manquait un petit quelque-chose pour complètement m’emporter je pense. Au final un sentiment plutôt mitigé, même si l’ensemble se laisse tout de même lire facilement.

 

Ma Note : 5,5/10

 

L’avis de Marie Juliet.

 

Autres avis : Xapur, Au Pays des Cave Trolls,  …

Le Club des Punks contre l’Apocalypse Zombie – Karim Berrouka

le-club-des-punks-contre-l-apocalypse-zombieRésumé : Paris n’est plus que ruines.
Et le prix de la cervelle fraîche s’envole.
Heureusement, il reste des punks.
Et des bières.
Et des acides.
Et un groupe électrogène pour jouer du Discharge.
Le Club des punks va pouvoir survivre à l’Apocalypse.
Enfin, si en plus des zombies, les gros cons n’étaient pas aussi de sortie…

Il est grand temps que l’anarchie remette de l’ordre dans le chaos !

Edition : ActuSF

 

Mon Avis : De Karim Berrouka, j’ai lu sa nouvelle qui avait été publiée dans l’anthologie Lancelot (ma chronique ici), ainsi que son roman Fées, Weed & Guillotines (ma chronique ), qui m’avaient chacun offert un bon moment de lecture à la fois plein d’humour barré et d’énergie. Il est donc logique que je me sois laissé facilement tenter par son dernier roman publié, qui a décidé de revisiter à sa façon le mythe du zombie. On notera la couverture, illustrée par Diego Tripodi, qui a le chic pour nous mettre directement dans l’ambiance.

On se retrouve ainsi à suivre un groupe de punks qui squatte une ancienne fabrique de vitraux, le collectif 25, luttant chacun à leur façon contre certaines idéologies. Sauf que voilà, en cette nuit de juin tout va basculer, les zombies vont apparaitre. L’idée même de mélanger le concept de Punks et de zombies à quelque chose d’intéressant, entre le no futur rebelle, sauvage et l’apocalypse mangeur de cervelles, il y a de quoi offrir des idées originales ce qu’il faut bien admettre le récit offre justement.  Je me suis ainsi rapidement retrouver happé par les aventures que vont vivre cette bande de keupons. Il faut dire aussi que le début se révèle terriblement efficace, que ce soit dans l’introduction de l’apocalypse qui est du pur délire, comme à travers la façon dont vont la vivre chacun des héros, entre survie et rêves les plus fous. L’ensemble se révèle ainsi clairement barré et surtout possède une énergie communicative qui fait qu’on se laisse ainsi facilement emporter, tant par le délire proposé que par les péripéties qu’ils vont rencontrer. Chaque page  fait sourire le lecteur, que ce soit dans la façon dont l’auteur met en avant sa vision de cette fin du monde, mais aussi dans chacun des personnages. Pour bien rentrer dans ce livre il faut par contre oublier une partie de la logique, mais j’y reviendrai plus tard.

Le point le plus intéressant du récit, autre que l’aspect déconne, vient clairement des personnages. Dire qu’on sort des héros classiques de ce genre de récit est un euphémisme, on est loin ainsi des survivants apeurés qui fuient pour survivre ou des militaires baraqués, et la façon dont chacun des personnages principaux va « gérer » cette apocalypse va se révéler vraiment intéressante, percutante et frénétique. Surtout que bon, libéré de la société, de ses règles, il y a de quoi parfois s’épanouir au mépris de la plus grand logique. L’intérêt principal vient principalement que l’auteur a réussi à nous offrir des personnages complexes, humains, avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs combats et leurs envies. Il offre ainsi une diversité qui, d’une certaine façon, ne tombe jamais dans la caricature et permet ainsi d’amener quelque chose de plus dense et de plus travaillé. On est loin de l’image que se font la plupart des gens du mouvement punk, offrant ainsi au final des gens comme vous et moi à la vision simplement et fortement différente de la vision générale du monde. Alors parfois on tombe un peu trop dans certains stéréotypes, mais rien de non plus trop gênant. Par contre, je regrette un léger manque d’émotion, principalement dans certaines scènes dont je ne dirai rien pour ne pas spoiler, mais qui paraissent un peu « surjouées » ce qui fait qu’on se doute qu’il y a quelque chose de plus.

Concernant l’univers, d’un point de vue zombie on reste dans le classique et le solide, avec les morts qui reviennent à la vie, avec  la grande force et l’effet de masse, et toutes les faiblesses qu’on connait. L’auteur s’offre bien une originalité avec la musique, que je vous laisse découvrir, mais qui par moment m’a paru offrir un peu trop de facilités.. Non, l’intérêt vient principalement quand l’auteur profite de cette apocalypse pour y glisser une réflexion sur notre société et principalement sur le capitalisme qui amène la « mort » de notre société à travers exacerbation de l’individualité de chacun ou encore par notre consumérisme outrancier. J’évite de trop en dire, car certaines analogies liées aux zombies sont vraiment délirantes. Le parallèle se révèle ainsi efficace, percutant et ne laisse pas indifférent, même si c’est vrai on tombe parfois un peu trop dans le binaire avec les gentils d’un côté, les méchants de l’autre et les moutons au milieu. Sauf que voilà cette « caricature » accentuée permet surtout d’exacerber le message qui est transmis, à le rendre plus marquant, pousser le lecteur d’une certaine façon à se sentir troubler, déranger, pour mieux se poser des questions. Ça ne marche pas toujours selon moi, tant parfois l’auteur en fait trop, et tombe dans un message trop simpliste, ce qui fait qu’il passe moins, mais dans l’ensemble ça reste efficace.

Autre point fort du récit, toute la culture punk, révolutionnaire, qui est mise en avant tout au long du récit. Je ne suis pas familier du milieu, mais on sent que Karim Berrouka, lui-même chanteur dans un groupe de punk, en est imprégné et nous la fait partager que ce soit dans la musique, les titres de chaque chapitre ou dans les grandes figures. Il arrive surtout à lier les deux univers pour nous le partager sans se révéler trop lourd ou ennuyeux. Enfin dernier point concernant l’univers, il vient de l’aspect mystique, car oui l’auteur y a ajouté une touche de religion et de vision, tout en gardant toujours cet esprit acerbe et critique. J’avoue je suis resté un peu perplexe, parfois je trouvais que ça n’apportait pas grand chose, mais au final je l’ai trouvé intéressant face à la conclusion qu’il va proposer. En effet la fin est le point d’orgue, cette façon de retourner la situation de façon cynique, je l’ai trouvé réussie et efficace.

Sauf que voilà malgré toutes les qualités que possède ce roman et son esprit complètement barré, certains points m’ont un peu dérangé. Déjà je trouve qu’au niveau du rythme après une première partie plus qu’efficace, l’ensemble s’essouffle doucement, un peu comme si l’auteur tirait un peu trop l’intrigue en longueur ce qui se ressent au milieu du récit, avant de repartir de plus belle. Ensuite, j’ai eu un peu de mal avec la construction du récit, certes c’est énergique, mais l’utilisation récurrente des flashback m’a légèrement frustré, nous faisant vivre des scènes déjà passées qui ne méritaient peut-être pas autant de développement. Enfin j’ai trouvé un peu dommage certains Deus Ex Machina qui finalement servent un peu trop l’intrigue, comme je l’ai dit plus haut il faut parfois oublier la logique et je n’ai pas toujours réussi. Au final cela n’empêche pas non plus ce récit de se révéler très  sympathique et divertissant. La plume de l’auteur se révèle efficace, entraînante et simple, plongeant finalement assez facilement le lecteur dans son délire, offrant ainsi quelques sourires et quelques rires.  Si vous aimez les romans barrés, la révolution, le no future ou encore les zombies, alors pourquoi ne vous laisseriez-vous pas tenter?

En Résumé : J’ai passé un sympathique moment de lecture avec ce roman qui nous propose de découvrir l’apocalypse zombie à travers un groupe de Punks. Le récit démarre fort, se révélant énergique et surtout offre un pur délire qui nous fait sourire régulièrement, voir même rire. Les personnages sortent clairement des carcans de ce genre de récit, mais surtout l’auteur offre des personnages humains, loin des caricatures et de l’image que peut se faire le grand public des punks ce qui les rend attachants. Je regretterais peut-être juste un léger manque d’émotion par moment. L’univers zombie se révèle classique, ce qui ne l’empêche pas de s’avérer solide et entraînant avec cette originalité concernant la musique qui possède quand même ses limites. C’est surtout concernant toute la culture punk qu’on sent toute la passion de l’auteur ; qu’il cherche à nous faire partager. Il n’oublie pas non plus de chercher à nous faire réfléchir sur notre société, certes parfois de façon frontale, parfois tombant trop dans la caricature, mais dans l’ensemble c’est efficace. Alors après, je reprocherais tout de même un certain essoufflement vers le milieu du récit, une utilisation un peu trop systématique des flashbacks ou encore un peu trop de Deus Ex Machina. Cela n’empêche pas l’ensemble de se révéler plus que divertissant, mais l’empêche de se révéler vraiment marquant. Le tout est porté par une plume simple, efficace et captivante.

 

Ma Note: 7/10

 

Autres avis : L’Ours Inculte, …

Fées, Weed & Guillotines : Petite Fantasie Pleine d’Urbanité – Karim Berrouka

fees, weed & guillotinesRésumé : La dernière fois que Jaspucine a mis un pied dans le monde des hommes, elle en a littéralement perdu la tête : la Révolution française n’a pas été une période très profitable pour les créatures féeriques. Sauf pour Zhellébore, l’enfoirée qui l’a envoyée à l’échafaud. La vengeance étant un plat qui se mange froid, Jaspucine est bien décidée à retrouver la traîtresse. Même si pour cela elle doit s’attacher les services d’un détective. Mais à force de remuer ciel et terre, c’est sur une conspiration bien plus grande que la fée et l’enquêteur vont tomber.

Edition : Actu SF

 

Mon Avis : Ce roman n’a pas fini par hasard dans ma PAL, a force d’en entendre parler, souvent en bien, depuis sa sortie je me suis laissé intriguer.  Présenté comme un roman noir, mais à l’humour qui parait déjanté, je ne pouvais que le faire entrer dans ma bibliothèque, ce qui fut chose faite lors des dernières Imaginales. De plus la nouvelle écrite par l’auteur dans l’anthologie Lancelot (chronique ici) et qui reprenait des personnages du livre, m’a encore plus donné envie de le découvrir. Vu que ce roman est nominé pou le prix Julia Verlanger lors des prochaines Utopiales, j’ai donc décidé de me faire par la même occasion mon propre avis. À noter la couverture, illustrée par Diego Tripodi, que je trouve réussi, reprenant bien les codes du polar avec un vernis de fantasy.

L’histoire nous propose ici de découvrir Jaspucine, Fée de son état, qui est renvoyée pour la première fois sur terre depuis son fiasco lors de la révolution française, pour y retrouver la traitresse Zhellébore. Pour cela elle va s’adjoindre l’aide d’un détective prive, mais par n’importe lequel : Marc-Aurèle Abdaloff. Très vite les choses vont se révéler beaucoup plus compliqués et rien ne va, bien entendu, se passer comme prévu. On plonge finalement assez rapidement et facilement dans ce récit qui démarre sur les chapeaux de roues, reprenant les codes classiques du polar noir, avec cette histoire de kidnapping de bébé, mais qui va aussi rapidement se révéler complètement barré. L’auteur maîtrise parfaitement bien le démarrage de son récit entre humour, cynisme, action et aventures et le lecteur se retrouve alors à tourner les pages avec plaisir et envie d’en apprendre plus. Surtout que l’auteur n’oublie pas pour autant son intrigue qui va se révéler beaucoup plus complexe qu’initialement prévue avec son lot de complots, de trahisons et de mensonges. Entre roman d’aventure, roman policier, fantasy urbaine et aspect humoristique c’est un début réussi, entrainant et assez fascinant que nous propose l’auteur.

Le problème avec ce genre de récit, qui certes mélange les genre astucieusement, c’est de tenir sur la longueur et là je dois bien admettre que j’ai trouvé que l’auteur ne remplissait pas parfaitement le cahier des charges. Rien de bien méchant, ni de bloquant non plus, mais vers le milieu du livre j’ai commencé à ressentir un léger essoufflement, l’intrigue se retrouve alors en transition et redémarre avec quelques coups de pouces un peu trop faciles, partant d’ailleurs un peu dans tous les sens, et l’humour se révèle aussi alors moins mordant, moins percutant. Ça se lit quand même assez facilement et le rythme fait qu’on tourne toujours les pages avec un minimum de plaisir, mais voilà le lecteur se sent légèrement moins emporté par l’ensemble. Il faut ainsi attendre les 100 dernières pages pour de nouveau repartir tambour battant et à nouveau se retrouver happé avec entrain et envie d’en apprendre plus. D’ailleurs à noter que l’auteur nous offre une conclusion que j’ai trouvé réussie, énergique, tout en restant assez ouverte pour pouvoir offrir de possible suites.

L’univers de Fantasy Urbaine qui est construit au fil des pages se révèle solide, efficace et ne manque clairement pas de charme. On y retrouve la classique différenciation entre l’univers des fées et celui des humains, mais l’auteur joue astucieusement là-dessus pour nous offrir des aspects intrigants et fantaisistes qui se révèlent efficaces, offrant aussi de nombreuses anicroches entre les deux peuples qui sont des plus savoureuses. D’ailleurs c’est justement sur cette différence que l’auteur s’amuse pour nous offrir quelques piques sur notre société et notre façon de vivre toujours trop vite, sans prendre le temps, sans parfois réfléchir à ce qui est bon pour nous. Le tout possède aussi un vernis historique original, en effet le récit décide de revisiter l’histoire à sa façon, principalement concernant la révolution française, tout en restant cohérent et sans jamais alourdir ni la narration, ni le récit. L’aspect féérique et mystique ne manque pas d’intérêt, avec son lot de magie et de mystères qui se développe au fil des pages et se révèle prenant. L’aspect politique chez les fées ne manque pas non plus, lui aussi, d’ironie et de surprises, ressemblant au final assez fortement à celui des Hommes, avec sa reine, son conseil et ses nombreux complots pour obtenir le pouvoir.

La grande force du récit vient pour moi des personnages, principalement de leurs interactions, qui se révèlent fascinantes et ne manquent pas de faire sourire. Comment ne pas réagir devant Jaspucine qui redécouvre un monde qui a profondément changé et dont elle est loin d’en comprendre toutes les règles, ce qui amène de sacrées occasions surprenantes et cocasses. Comment ne pas rire non plus devant l’association de Jaspucine avec Marc-Aurèle, qui rêvait justement d’une vie plus mouvementée, dont l’alchimie marche à la perfection ; tous les deux si différents et pourtant complémentaires qui nous offrent des dialogues des plus savoureux et percutants. À ces héros viennent s’ajouter Etienne Petiot inspecteur complètement dépassé par les évènements et qui au fond de lui ne cherche qu’une vie normale, ou bien encore Bugnard personnage tout en muscle qui ne manque pas surprendre, mais aussi et surtout Premier de la Classe qui à lui seul vaut le déplacement par sa grande intelligence, sa façon de voir la vie, mais aussi les nombreux mystères qui planent sur lui. Des héros qui se révèlent donc efficaces, truculents, loufoques et pourtant humains, on s’accroche facilement à eux et j’aurai plaisir à les retrouver dans d’autres aventures, surtout s’ils continuent autant à me faire rigoler.

La plume de l’auteur se révèle assez soignée, jouant sur les mots et les phrases pour mieux surprendre le lecteur, même si elle tombe parfois un peu trop facilement dans le familier ce qui peut être lassant. Rien de bien gênant non plus. J’avoue qu’au moment où j’ai entamé ce livre j’avais Les Petites Fées de New-York en tête, mais l’auteur a réussi à finalement offrir quelque chose de vraiment différent dans le ton et la présentation, même si c’est vrai un tout petit peu moins drôle que ce que j’espérais. Dans tous les cas j’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman et si l’auteur se propose d’écrire des suites je les lirai avec grand plaisir.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman qui nous propose une intrigue très polar noir mélangé à de la Fantasy et le tout complètement barré. Le démarrage nous happe dès les premières pages et on se retrouve entrainer avec plaisir dans les aventures de ces héros complètement truculents et aux dialogues percutants. Alors c’est vrai, j’ai ressenti un léger essoufflement vers le milieu du récit, l’enquête devenant calme s’offrant aussi quelques facilités et l’humour se révèle moins mordant. Mais une fois dans les 100 dernières pages on se retrouve de nouveau emporté pour aboutir à une conclusion efficace et réussie qui laisse la porte ouverte à des suites. L’univers de Fantasy Urbaine qui est développé au fil des pages est solide et offres des aspects originaux. La plume de l’auteur s’avère soignée jouant sur les mots et les expressions, même si parfois un peu trop familier. Au final un roman qui se lit facilement, qui m’a fait sourire et qui m’a envie de lire les suites si jamais l’auteur y revient un jour.

 

Ma Note : 7,5/10

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