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Le Regard – Ken Liu

Résumé : DEMAIN…
Dans son registre, celui de l’investigation, Ruth Law est la meilleure. D’abord parce qu’elle est une femme, et que dans ce genre de boulot, on se méfie peu des femmes. Parce qu’elle ne lâche rien, non plus, ne laisse aucune place au hasard. Enfin, parce qu’elle est augmentée. De manière extrême et totalement illégale. Et tant pis pour sa santé, dont elle se moque dans les grandes largeurs — condamnée qu’elle est à se faire manipuler par son Régulateur, ce truc en elle qui gère l’ensemble de ses émotions, filtre ce qu’elle éprouve, lui assure des idées claires en toute circonstance. Et surtout lui évite de trop penser. À son ancienne vie… Celle d’avant le drame…
Et quand la mère d’une jeune femme massacrée, énuclée, la contacte afin de relancer une enquête au point mort, Ruth sent confusément que c’est peut-être là l’occasion de tout remettre à plat. Repartir à zéro. Mais il faudra pour cela payer le prix.
Le prix de la vérité libérée de tout filtre, tout artifice. Tout regard…

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : Si vous suivez mon blog, vous devez savoir que je suis un grand fan des écrits de l’auteur Ken Liu. J’avoue que je me laisse tenter et me plonge assez facilement sur chacune de ses nouvelles publications. Il faut dire que l’auteur a toujours sur m’offrir de bons moments de lecture, à travers des récits proposant des intrigues intelligentes, prenantes, pleines d’émotions et de surprises. Ajouter à cela que, pour le moment, je n’ai loupé aucune sortie de la collection Une Heure Lumière du Bélial’, il est donc logique que cette novella ait rapidement rejoint ma PAL. Concernant la couverture, illustrée par Aurélien Police, elle est  superbe je trouve.

Cette novella nous plonge dans un avenir indéterminé, où les augmentations cybernétiques sont monnaies courantes, même si elles sont mal vues et très réglementées. On suit Ruth Law, une détective privée « augmentée » qui cherche à fuir son passé et est devenue l’une des meilleures dans son domaine. Un jour une jeun mère éplorée va venir la voir pour lui demander d’enquêter sur la mort de sa fille, Call Girl de luxe, que la police a très rapidement classé comme un crime liés aux triades. Ruth va alors accepter cette affaire, qui va se révéler beaucoup plus complexe que prévue. Alors, une fois la dernière page tournée, je dois bien admettre que cette novella se révèle franchement sympathique et ne laisse pas le lecteur indifférent face aux différentes questions qu’il propose, mais par rapport à ce que propose Ken Liu dans ses autres textes je l’ai trouvé tout de même moins marquant. J’ai eu l’impression que le format court ne permettait pas à ce récit de s’imposer complètement au lecteur. Ce n’est en rien bloquant, mais se révèle tout de même légèrement frustrant.

L’auteur nous propose ici une histoire construite façon polar avec tous les ingrédients du genre, soit un meurtre sordide, une détective privée torturée par son passé et une enquête plus sombre que prévue, mais le tout dans un monde futuriste sur fond de transhumanisme et de cyberpunk. Le récit à un côté entraînant, l’auteur maîtrisant assez le genre du thriller pour offrir une intrigue qui ne manque pas d’attrait et de rebondissements. La narration alternant entre deux points de vue, celui de Ruth la détective et celui du tueur, permet ainsi d’offrir deux visions différentes, l’ensemble ponctué de quelques flashbacks qui permettent d’en savoir plus sur chacun d’entre eux et de les rendre plus profonds et intéressants. D’ailleurs l’un des points forts, je trouve, du roman, vient justement de ses deux protagonistes, de la façon dans laquelle il s’intègre dans cette société, de leurs visions et leurs envies, de leur dualité, mais aussi à travers leurs passés. Principalement celui de Ruth qui, sans dire qu’il va se révéler le plus original qui soit, apporte une profondeur intéressante au personnage, bien amené par le récit et accentué par les questions soulevées par les nouvelles technologies présentées. Après on reste dans le thriller classique, l’ensemble suit une construction qui n’a rien de révolutionnaire, mais s’avère solide et, je trouve, efficace. Ce qui est dommage c’est qu’on a à peine le temps de plonger dans le récit qu’on aboutit à la conclusion. Certes le format court oblige cela, mais c’est frustrant et surtout cela donne l’impression que notre héroïne trouve le coupable un peu trop facilement, malgré un final qui ne manque pas de tension.

Concernant l’univers présenté, l’auteur nous présente un futur solide, prenant qui s’avère intéressant à découvrir à travers les nouvelles technologies qui sont présentées. Deux d’entre elles se dégagent d’ailleurs fortement, celle de l’oeil qui permet de prendre des vidéos dont je ne vais pas trop en dévoiler pour éviter de spoiler, et la seconde c’est le Régulateur qui permet de filtrer, de bloquer les émotions. C’est cette dernière qui va se révéler le point important du récit, car couplé au passé de l’héroïne il va soulever de nombreuses questions sur cette capacité de jouer sur nos émotions. D’une technologie qui, aux premiers abords, peut avoir ses avantages peut aussi limite devenir une « drogue », permettant de ne quasiment plus ressentir aucune souffrance. Cela ouvre aussi, je trouve, une réflexion sur l’importance des émotions, l’importance de travailler dessus plutôt que de vouloir les effacer ou bien encore sur la facilité qu’apporte ces nouvelles technologies et la facilité de chacun à s’y plonger au point de ne plus être soi-même. D’ailleurs cela permet aussi de mieux comprendre l’héroïne et son besoin maladif de s’améliorer, ne cherchent pas obligatoirement à être parfaite et imbattable, mais peut-être plus à oublier qu’elle a un jour fait un « mauvais » choix qui s’est révélé traumatisant. Par contre en ce qui concerne l’oeil, autant elle a son intérêt dans l’intrigue policière, autant elle m’a paru un peu bancale sur le fond et les explications proposées. Ce n’est pas trop bloquant non plus, mais c’est étrange je trouve.

Après, comme je l’ai dit, le principal soucis de ce texte c’est sa taille, proposant ainsi de nombreuses choses, mais donnant l’impression de ne faire que les survoler sans jamais entrer en profondeur. Ce qui est un peu dommage, car quand j’ai tourné la dernière page mon premier sentiment n’a jamais été que ce récit était mauvais, loin de là, mais plus qu’il aurait pu être tellement plus s’il avait pris un tout petit peu plus son temps. La plume de l’auteur s’avère, simple, efficace, entraînante ce qui fait qu’on se retrouve à tourner les pages avec plaisir et l’envie d’en apprendre plus. Au final un Ken Liu peut-être moins percutant que ce que j’ai lu d’autres de lui, mais qui offre tout de même une lecture sympathique avec des idées intéressantes.

En Résumé : J’ai passé un moment de lecture agréable avec ce texte qui, même si je trouve qu’il est un peu en dessous de ce que propose l’auteur d’habitude, ne manque pas de bonne idée et s’avère entraînant. On plonge dans un Thriller futuriste, dans un univers ou les améliorations cybernétiques existent. L’auteur nous offre ainsi un récit efficace, qui certes ne révolutionne pas le genre, mais s’avère solide et entraînant. Mon seul regret au niveau de l’intrigue c’est qu’une fois embarqué la conclusion arrive, format court oblige, ce qui donne une impression de précipitation et aussi de facilité malgré l’intensité de la conclusion. Les personnages principaux sont très intéressants à suivre et à découvrir, s’avérant complexes et donnant envie d’en apprendre plus. L’auteur va aussi nous faire réfléchir sur la technologie, son utilité, mais aussi la capacité à s’y perdre dedans pour oublier ou essayer de rendre sa vie meilleure. Le principal défaut de cette novella vient finalement qu’elle est trop courte et donne l’impression de n’avoir qu’un aperçu et qu’on aurait pu avoir tellement plus ce qui est légèrement frustrant. La plume de l’auteur s’avère, simple, efficace, entraînante ce qui fait qu’on se retrouve à tourner les pages avec plaisir et l’envie d’en apprendre plus.

 

Ma Note : 7/10

 

Autres avis : Apophis, Yogo, Lohrkan, Samuel Ziterman, Vert, L’Ours Inculte, Lutin, …

The Dandelion Dynasty Book 1, The Grace of Kings – Ken Liu

the-grace-of-kingsRésumé : Two men rebel together against tyranny—and then become rivals—in this first sweeping book of an epic fantasy series from Ken Liu, recipient of Hugo, Nebula, and World Fantasy awards.
Wily, charming Kuni Garu, a bandit, and stern, fearless Mata Zyndu, the son of a deposed duke, seem like polar opposites. Yet, in the uprising against the emperor, the two quickly become the best of friends after a series of adventures fighting against vast conscripted armies, silk-draped airships, and shapeshifting gods. Once the emperor has been overthrown, however, they each find themselves the leader of separate factions—two sides with very different ideas about how the world should be run and the meaning of justice.

Edition : Saga Press

 

Mon Avis : Pour ceux qui suivent régulièrement ce blog, vous devez vous être rendu compte que je suis tombé sous le charme de la plume de Ken Liu qui, à travers ses nombreuses nouvelles et novellas publiées en France, a toujours réussi à me toucher (retrouvez mes chroniques ici). Donc quand j’ai appris que l’auteur se lançait dans de la Fantasy, qui plus à travers un cycle, j’avoue j’ai rapidement craqué et fait entrer ce premier tome dans ma PAL histoire de voir ce qu’il allait bien pouvoir proposer. Bon, après il a un peu traîné dans ma bibliothèque, mais il faut admettre un roman de près de 650 pages en anglais, j’ai certes toujours une certaine hâte à le découvrir, mais d’un autre côté un peu peur aussi devant le pavé (je cache d’ailleurs Words of Radiance pour les mêmes raisons mais je vais me motiver, je le promets). La suite devant être publiée prochaine m’a motivé à le découvrir. Concernant la couverture  je la trouve sobre et réussie.

Les îles de Dara ont longtemps été séparées en différents royaumes se déchirant régulièrement selon intrigues diverses et mouvances politiques, jusqu’à ce que Madipéré, bien aidé par de nouvelles technologies, unisse les royaume suite à une guerre sanglante. Des années plus tard l’empereur Madipéré, devenu un tyran, est sur le point de mourir et sa succession va amener les îles de Dara a de nouveau s’entredéchirer. Je me lançais dans la lecture de ce roman avec une certaine appréhension, connaissant plus l’auteur pour ses textes courts que de longs romans, et pourtant je dois bien avouer qu’une fois la dernière page tournée mes doutes ont été balayés. J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman, y retrouvant la Fantasy que j’apprécie et que j’aime lire et découvrir.

Alors après c’est vrai que le début demande un travail de compréhension et de concentration tant l’auteur développe son univers complexe et nous propose de nombreux personnages. D’ailleurs, c’est plutôt rare, mais je revenais régulièrement vers la carte et vers le lexique des personnages tant il y avait une vraie densité derrière. Ce n’est en rien un mauvais point de ma part, même si je pense que cela pourra en bloquer certains. On est clairement dans une phase d’introduction de l’histoire, qui ne laisse rien au hasard et montre que le roman va développer de multiples voix dans un univers soigné. Je ne dirais donc pas que ces 150 à 200 premières pages sont laborieuses, car je les ai trouvés finalement fluides et maîtrisées, mais on peut les considérer comme introductives et si vous cherchez un récit nerveux alors vous risquez d’être frustré par cette multiplicité des points de vues, d’intrigues et des sous-intrigues qui se dévoilent.

Une fois ce démarrage et les principaux personnages posés, alors là je dois avouer que c’est que du bonheur, plongeant dans un Fantasy épique, pleine de complots et d’intrigues dont on découvre les conséquences des actes pour tous, allant aussi bien de la noblesse au peuple. L’auteur ne laisse ainsi rien au hasard et c’est ainsi l’avantage ici des multiples voix, elles permettent d’offrir de nombreux points de vues et de visions sur les évènements, surtout que le tout s’avère entrainant avec une dose d’ironie et de cynisme, qui font que je me suis retrouvé à tourner les pages avec plaisir et envie d’en apprendre plus. On est ainsi rapidement happé par cette « toile » que nous dévoile l’auteur au fil des pages, à la fois dense, complexe et fascinante. Il arrive à rendre son récit vivant, porté par de nombreux personnages captivants et charismatiques, surtout que l’intrigue, aux premiers abords, pourrait paraitre classique avec une quête de pouvoir, d’amitié et de batailles. Mais voilà Ken Liu arrive à apporter sa propre voie, à y ajouter sa propre patte, son propre style au récit et à le rendre unique et fascinant, tout en y apportant aussi quelques originalités.

La grande force du roman vient clairement de son univers. L’auteur développe ainsi un monde que j’ai trouvé magnifique, soigné, travaillé que ce soit aussi bien dans son aspect historique, dans sa mythologie mais aussi aussi dans sa géographie et son côté social. On sent bien que l’auteur l’a énormément travaillé pour ne rien laisser au hasard. Chaque région se révèle ainsi différentes, avec leurs forces, leurs faiblesses, leurs beautés, leurs cultures et donnent franchement envie d’en apprendre plus. Le côté extrême-orient apporte aussi quelque chose de différent, que ce soit de façon globale comme aussi dans les batailles héroïques comme dans l’idée de l’honneur. Si j’ai bien compris, Ken Liu a construit son univers un peu comme Georges R.R. Martin qui se basait sur Les Rois Maudit, mais en prenant comme base le roman historique Les Trois Royaumes sur la Chine. Cela n’empêche pas ce roman d’avoir son identité propre, même si les bases historiques sont en partis là c’est un vrai monde de Fantasy,où l’auteur propose un imaginaire chinois original intrigant et fascinant ne demandant aucune base de connaissance pour y plonger.

On se retrouve ainsi plonger dans un univers dépaysant, que l’auteur présente comme du « Silkpunk », avec peu de magie, mais de la technologie comme des machines volantes ou autres. Peu de magie ne veut pas dire pour autant aucune magie, on y retrouve ainsi des dieux et une légère couche de surnaturel que j’ai trouvé très intéressante, apportant un plus à l’ensemble. D’ailleurs la présence des dieux n’est pas anodine, remettant ainsi en cause la notion de hasard ce qui, je trouve, amène le lecteur à se questionner sur la réussite des personnages et leurs victoires. Dans tous les cas, un univers qui donne envie d’y replonger tant certains aspects ne paraissent par moment qu’esquisser et donne envie d’en apprendre plus.

Concernant les personnages, là de nouveau j’ai trouvé que l’auteur frappait juste, nous offrant des héros charismatiques, soignés et fascinants. Certes, comme l’intrigue, ils peuvent paraître stéréotypés avec un grand guerrier, un stratège et autres, mais voilà j’ai trouvé que Ken Liu arrivait à les rendre vivants et à les faire avancer et évoluer de façon crédibles. Que ce soit Kuni Garu petit bandit de village à l’éloquence et l’intelligence vive qui va se retrouver, un peu contre son gré, forcer de devoir faire des choix et prendre du pouvoir pour aider les autres, mais qui va découvrir que cela n’est pas sans sacrifice, ou bien encore Mata le guerrier noble dans son aspect le plus pur, qui considère la guerre selon la force et un code d’honneur bien précis, mais qui va apprendre que tout ne repose pas toujours sur l’honneur, mais aussi Luan Zya génie tourmenté par la guerre et les pertes qu’il a vécu, chacun d’entre eux se révèlent ainsi unique, attachant, fascinant et qui, je trouve, marque.

Même les personnages secondaires ne sont pas en restes, se révélant tout aussi soignés et percutants. Après, on pourrait être un peu déçu du fait qu’il faut attendre le dernier tiers du roman pour voir se dégager des personnages féminins clairement percutants (d’ailleurs je viens de me rendre compte après avoir écrit cette chronique que c’est l’un des gros débats aux US), mais voilà j’ai trouvé que chacune d’entre elles avaient leurs importances et surtout celle qui se dégagent franchement sur la fin devrait avoir une ampleur supplémentaire par la suite selon moi. Au final des personnages charismatiques, loin de tout manichéisme, dont on comprend les motivations de chacun et que j’ai trouvé attachants et touchants dont le travail sur leurs sentiments, leur réflexions et leurs émotions m’ont happé.

Le récit, en plus de nous offrir selon moi une histoire terriblement efficace, n’oublie pas pour autant de nous offrir quelques réflexions intéressantes, même si pour une ou deux, j’avoue, je les ai trouvé un peu binaires et légèrement simplistes. Que ce soit concernant le pouvoir, les sacrifices à faire pour répondre à un idéal, la notion de liberté ou bien encore la notion d’égalité elle s’avèrent efficaces. Alors après quelques longueurs se font ressentir ici ou là ou bien encore certains aspect ainsi qu’un personnage m’ont paru amené un peu trop brusquement, mais franchement là je chipote tant j’ai trouvé l’ensemble épique, intelligent, réussi et entraînant. La plume de l’auteur s’avère efficace, soignée, jonglant habilement entre batailles, réflexions et construction tout en mélangeant sérieux avec une légère touche humoristique et cynique qui colle parfaitement à l’ensemble. Hâte de lire la suite qui sort dans quelques jours en VO. À noter aussi que se livre possède une conclusion propre.

A noter que ce premier tome devrait sortir prochainement en VF chez Outre fleuve.

En Résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman qui nous plonge dans une Fantasy à l’imaginaire chinois fascinante et entraînante. L’intrigue, certes, prend son temps à démarrer posant ainsi de nombreux personnages et un monde dense et complexe et qui m’a demandé de revenir quelquefois sur la carte ou le lexique des personnages. Cela pourra en bloquer certains, mais ça ne m’a pas dérangé tant ce démarrage, malgré c’est vrai  une certaine lenteur, m’a paru fluide et intéressant. Par la suite Ken Liu m’a offert un récit épique remplie de complots, d’intrigues politique et de batailles héroïques. L’univers est l’un des gros points forts du roman se révélant dense, complexe, originale dans son imaginaire et nous proposant un monde Silkpunk (moins de magie et de la technologie) même si la magie n’est pas non plus en reste avec dieux et sorcellerie. Le côté extrême-orient permet aussi d’offrir quelque chose de différent. Les personnages sont charismatiques, efficaces, percutants et marquent assez facilement le lecteur je trouve. On pourrait regretter par contre un léger manque de personnages féminins marquant dans les deux premiers tiers du roman, même si certaines se dégagent vraiment dans le dernier tiers et devraient avoir une grande importance par la suite. Le récit propose aussi quelques réflexions intéressant que ce soit sur la notion d’égalité, de pouvoir ou d’idéal. Certes quelques longueurs se font ressentir ici ou là et quelques aspects ainsi qu’un personnage m’ont paru amener trop brusquement, mais franchement rien de dérangeant tant j’ai été emporté. La plume de l’auteur est maîtrisée, fluide, soignée et vivant avec une légère pointe d’humour et de cynisme. Je lirai la suite avec grand plaisir.

 

Ma Note : 8,5/10

L’Homme qui mit fin à l’Histoire – Ken Liu

lhomme-qui-mit-fin-a-lhistoireRésumé : Futur proche.
Deux scientifiques mettent au point un procédé révolutionnaire permettant de retourner dans le passé. Une seule et unique fois par période visitée, pour une seule et unique personne, et sans aucune possibilité pour l’observateur d’interférer avec l’objet de son observation. Une révolution qui promet la vérité sur les périodes les plus obscures de l’histoire humaine. Plus de mensonges. Plus de secrets d’État.
Créée en 1932 sous mandat impérial japonais, dirigée par le général Shiro Ishii, l’Unité 731 se livra à l’expérimentation humaine à grande échelle dans la province chinoise du Mandchoukouo, entre 1936 et 1945, provoquant la mort de près d’un demi-million de personnes… L’Unité 731, à peine reconnue par le gouvernement japonais en 2002, passée sous silence par les forces d’occupation américaines pendant des années, est la première cible de cette invention révolutionnaire. La vérité à tout prix. Quitte à mettre fin à l’Histoire.

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : Je continue ma plongée dans la collection Une Heure Lumière des éditions Le Bélial’ qui nous propose de découvrir des nouvelles et des novella riches et souvent ambitieuses. Cette fois je me lance dans la lecture d’une novella de Ken Liu, auteur que je suis assidument depuis que j’ai lu plusieurs de ses nouvelles ainsi que son recueil de nouvelles La Ménagerie de Papier (chronique ici). Ajouter à cela un sujet traité qui m’intéressait clairement et une couverture illustrée par Aurélien Police qui est toujours aussi magnifique, il ne pouvait de toute façon que finir rapidement entre mes mains.

Cette novella, à travers son aspect SF, a décidé de traiter d’un sujet plutôt méconnu de l’histoire, du moins en Occident, l’Unité 731. Il s’agissait d’une structure japonaise qui a permis les pires horreurs possibles sur des chinois pour permettre à la fois de faire des avancées scientifiques, mais aussi de former des médecins. Entre vivisections, tortures, expérimentations aussi bien bactériologiques que médicales,  il s’agit vraiment d’une part de l’histoire très sombre qu’a décidé de traiter l’auteur. Il faut aussi savoir qu’encore aujourd’hui le Japon reconnait à peine cette période de l’histoire et que les USA préférent éviter de parler du sujet, ayant clairement profité de ses « retour d’expériences » en échange d’une certaine immunité. Je me lançais donc dans ce texte avec des attentes un peu particulière, car pour moi ce genre de récit doit vraiment trouver son équilibre entre Histoire, horreur et émotion, ce qui n’est pas toujours gagné d’avance car il faut éviter de tomber dans le gratuit voir le sensationnel. Je dois bien admettre que l’auteur réussit ici un véritable coup de force avec cette excellente novella, à la fois puissante, humaine et pleine de réflexions. Elle ne m’a clairement pas laissé indifférent, jouant avec finesse et efficacité avec le lecteur et offrant une histoire marquante.

Ken Liu décide de construire son récit sous la forme d’un reportage, évitant ainsi d’offrir une vision unique, mais proposant au contraire la possibilité à tous les points de vues de s’exprimer. On y retrouve ainsi la vision des descendants de gens qui ont vécu cette époque, de ceux qui y ont survécus, mais aussi d’extrêmes qui le remette en doute, ou préfèrent éviter le sujet. On y suit ainsi principalement le professeur Wei qui, grâce à sa femme Akemi Kirino qui a inventé un procédé pour revenir dans le passé en tant que « spectateur » sans aucune possibilité d’intervenir, veut faire éclater la vérité sur l’Unité 731. Sauf que voilà cette technique a une contrainte, une fois le passé revisité on ne peut jamais y retourner, ce qui va être une importante problématique, car pour tout témoignage récupéré, le retour à ce moment précis est impossible. Vu qu’Evan Wei préfère envoyer des descendants de victimes plutôt que des « observateurs neutres », comment les croire?

En effet privilégié la justice et le droit de vérité aux familles va entrainer une véritable réflexion sur la notion justement de Vérité. Comment une personne émotionnellement impliquée peut-elle rapporter l’Histoire sans la dénaturer ou la transformer. L’Histoire dans son aspect neutre est ainsi faussée au profit de la passion. Une réflexion vraiment fascinante, qui résonne avec notre société actuelle et certains mouvements qui remettent en cause certains éléments du passé dont ils considèrent le manque de preuve comme essentiel. On se pose ainsi des questions sur la notion de vérité, de faits, d’Histoire, de savoir su quoi elle repose, sur des témoignages, des écrits, des recoupements de preuves?

Mais ce n’est pas le seul axe de réflexion, car outre mettre en avant un sujet de l’histoire qui peut être méconnu du lecteur, l’auteur nous offre aussi des réflexions intéressantes sur l’humanité. Sa capacité à offrir le meilleur et le pire, à douter, à remettre en cause et à s’illusionner. Ou bien encore sur les médias, leur traitement de l’information qui ne cherche pas toujours la neutralité, mettant en avant justement la contradiction pour y chercher la confrontation et ainsi l’audience. Le récit nous offre aussi une réflexion humaniste, sur le combat que mène ce héros qui va se retourner contre lui, la capacité de chacun à oublier ou à ne pas se focaliser dessus, ou bien encore sur les réactions extrêmes qui en découlent que ce soit de ceux qui acceptent cette part de l’Histoire comme ceux qui la refuse.

Il nous présente aussi un aspect politique qui fait froid dans le dos, complexe, où chacun y a des intérêts ce qui fait qu’Evan Wei, malgré ces tentatives de vouloir rester neutre dans ses recherches, va se voir cataloguer, mais aussi dans la façon dont certains pays évitent le sujet, car il y ont trouvé un intérêt et préfère éviter de créer des vagues. Les personnages qu’on découvre au fil des pages sont intéressants et soignés, proposent des visions différentes et construites de notre société et de la réaction de chacun. Le côté documentaire joue peut-être un peu sur le côté émotion, certains twists peuvent paraitre convenus, mais là je chipote un peu tant j’ai été emporté par cette novella. La grande force du texte est aussi de construire son récit avec intensité, passion, mais sans jamais vraiment influencer le lecteur, lui laisser faire ses propres réponses à de nombreuses questions ce qui est, je trouve, une grande force.

La plume de l’auteur s’avère efficace, percutante, soignée et captivante, j’ai eu clairement du mal à lâcher ce livre et une fois terminé il a encore raisonné dans ma tête pendant des jours. Il m’est franchement difficile de parler de la densité de ce récit, qui propose de nombreux axes de réflexions, d’idée et de nombreuses originalités, le tout en une centaine de pages. Ou alors je vous propose une chronique à rallonge ce qui n’est pas ce que je recherche. Au final, ce que je peux dire c’est qu’il s’agit une excellente nouvelle qui, je pense, mérite d’être découverte, au moins pour se faire son propre avis. En tout cas selon moi l’auteur se positionne vraiment comme un écrivain marquant et ce texte confirme tout le bien que j’en pensais. Je lirai sans soucis d »autres de ses écrits.

En Résumé : Ken Liu nous offre avec cette novella un texte marquant, puissant, sur une phase de l’histoire qui peut être méconnue en occident : l’unité 731. Présenté comme un documentaire il soulève ainsi de nombreux axes de réflexions aussi bien sur notre société, l’Histoire, la façon dont on la traite, dont on la voit, ou bien encore sur l’Homme, sa capacité du meilleur comme du pire, mais aussi sur les médias ou sur la façon dont chacun perçoit le passé qui est imperceptible. L’aspect SF n’est pas anodin et ajoute une originalité supplémentaire au récit, ainsi qu’un travail de fond, car vu qu’il est possible de voir le passé qu’une seule fois, comment valider l’information retenue. Ken Liu nous offre aussi une véritable quête humaine sur la vérité, avec toutes les nuances que ce mot peut bien posséder. Une nouvelle qui offre aussi un aspect politique non négligeable, entre déni, oubli, rejet et neutralité. Les personnages qu’on découvre au fil des pages offre ainsi une vision complexe, fascinante et légèrement dérangeante, le tout sans jamais imposer ses idées, laissant chacun se faire ses propres réponses. La plume de l’auteur s’avère efficace, soignée et entraînante et happe rapidement le lecteur. Alors le côté documentaire pourrait jouer sur l’aspect émotionnel et certains twists paraissent un peu prévisibles, mais franchement je chipote tant j’ai été marqué par cette nouvelle qui ne m’a pas laissé indifférent et qui, je pense, mérite d’être découverte.

 

Ma Note : 9/10

 

Autres avis : Apophis, Lutin82, Lune, Just a Word, …

Récits en meute ! (1)

Bon, nouvelle chronique que je lance. A voir si je la tiendrai sur la durée et si vous, lecteurs de ce blog, êtes intéressé. En effet depuis quelques semaines maintenant, je me suis mis à lire des nouvelles, voir des novella, qui sont disponible sur le net, que ce soit par des éditeurs, des magazines ou d’autres sites.  Vu qu’écrire un article complet sur une nouvelle me paraissait exagéré j’ai donc décidé de créer une chronique qui regrouperait ce genre de lecture. Je pense aussi y inclure les textes achetés à l’unité qu’il m’arrive de me procurer. N’hésitez pas à me faire des retours sur l’intérêt que vous portez à ce genre d’articles.

the lithany of earth

The Litany of Earth de Ruthanna Emrys : Cette nouvelle est un peu particulière puisqu’il s’agit d’un hommage à la mythologie Lovecraft, reprenant les mythes et l’univers des grands anciens. On y suit Aphra Marsh, de la famille des Marsh bien connue de ceux qui suivent l’auteur, qui après l’intervention de l’état à Innsmouth, a fui pendant plusieurs années. Revenue à San Francisco elle cherche à retrouve une vie paisible, mais le FBI la contacte. Au final je dois bien admettre que j’ai bien aimé cette nouvelle. L’auteur a déjà pris le parti de se placer de l’autre côté, en nous proposant une héroïne qui ne se retrouve pas par hasard mêlée aux grand anciens, mais dont la famille faisait partie de ceux qui lui vouait un culte. Cela lui permet clairement de travailler un autre point de vue qui, certes, jouera peut-être un peu moins sur la peur et l’angoisse, mais offre ainsi un travail plus intimiste sur l’héroïne et ce qu’elle  a perdue, le tout dans une ambiance étrange qui colle bien au récit.

L’univers se révèle solide, cela fait longtemps que je n’ai pas lu de Lovecraft, mais je n’ai pas noté d’éléments qui m’ont fortement troublé ou dérangé dans la mythologie. L’ensemble reste cohérent et ajoute une ambiance un peu sombre, mystérieuse à ce récit et à cette héroïne. Car finalement oui, le point fort, je trouve, c’est Aphra Marsh, sa vision du monde suite à son enfance, sa façon de gérer les évènements, soulevant ainsi quelques petites questions sur le rôle de l’état dans la liberté des autres. On découvre ainsi un personnage sensible, humain, captivant, mais qui possède une certaine force de caractère. Après, le récit ne peut éviter la comparaison avec ceux de Lovecraft et même si j’ai bien aimé ce texte et qu’il se lit très facilement, il ne m’a pas autant marqué. Maintenant le texte est assez court, ce qui fait que, selon moi, la fin est un peu précipitée, malgré un dernier paragraphe touchant et intéressant. L’auteur a prévue d’écrire d’autres récits avec cette héroïne et je me laisserai sûrement tenté principalement par son traitement différent du sujet, son héroïne et pour voir ce qu’elle va proposer.

 

Ma Note : 7/10
Vous pouvez lire cette nouvelle en VO ici.

 

Ratspeak de Sarah Porter : Cette nouvelle nous fait découvrir Van, qui rêve d’apprendre le langage des rats. Après être intervenu pour sauver l’un d’entre eux, il va demander a ce que son rêve se réalise. Sauf que voilà, les rats ne sont pas des plus intéressés par cette idée, mais ils ont une dette envers le jeune homme. Il s’agit ici d’une nouvelle à chute, qui cherche à construire au fil du récit une ambiance dérangeante entre ces rats qui ne veulent pas que leur langage, et par la même occasion leurs secrets, soient dévoilés, et ce jeune homme qui rêve de devenir un rat, quitter ce monde qui ne le comprend pas vraiment et inversement. Une sorte de lutte psychologique va ainsi s’instaurer entre les deux camps. L’auteur cherche clairement le divertissement, l’ensemble se lisant assez facilement et rapidement, sans trop d’anicroches.

Sauf que voilà, même si la nouvelle reste assez sympathique, le côté très court de celle-ci l’empêche de vraiment pouvoir offrir plus. Le héros manque un peu de profondeur, que ce soit sur son sentiment de rejet comme ce qui tourne autour de sa famille, et les évènements son traités trop rapidement pour bien réussir à mettre en avant cette ambiance légèrement angoissante et dérangeante que cherche l’auteur. Les personnages secondaires sont juste là pour tenter de travailler le climax sans vraiment captivé. Les questions soulevées sur l’importance du langage manquent un peu de densité aussi. Au final je classe ce récit dans le vite lu, un minimum apprécié, mais vite oublié.

 

Ma Note : 6/10
Vous pouvez lire cette nouvelle en VO ici.

 

The Weight of Memories de Cixin Liu (traduit par Ken Liu) : Il s’agit ici d’une très courte nouvelle qui nous propose de réfléchir sur l’idée de réveiller la mémoire de ces ancêtres à un foetus. La construction du récit repose ainsi, dans un futur lointain, sur un dialogue entre la mère, le foetus et le docteur qui a permis ce prodige. Un texte qui repose sur une idée vraiment très intéressante et qui n’était pas sans me rappeler l’enfant génie d’une nouvelle de Egan (Eugène si je ne me trompe pas), mais proposant un traitement complètement différent. De nombreuses réflexions sont ainsi soulevées, que ce soit sur l’aspect scientifique, sur la mémoire, sur les conséquences d’une telle expérience, ou bien encore sur cette question : si on implante la mémoire d’une personne dans une autre est-elle toujours la même personne ? Je dois bien avouer que l’ensemble s’avère franchement percutant, intelligent et ne laisse pas indifférent le lecteur. J’ai posé ce texte avec encore pleine de questions et de thèmes qui se bousculaient dans ma tête.

L’aspect scientifique est minimisé au possible, évitant ainsi de tomber dans le hard science pour un si court texte, et permet à un large public de le lire, mais possède aussi l’effet inverse de se demander si une telle expérience est réalisable ou pas et de remettre ainsi en question sa véracité. Mais là c’est mon côté scientifique qui parle. Là où par contre je suis resté plus circonspect c’est sur la construction de récit, sous forme de dialogue, qui n’a pas complètement réussi à m’embarquer. J’ai eu l’impression que le récit manquait d’une certaine empathie, d’un peu d’émotion pour encore mieux porter ses idées et ses personnages. C’est un choix de l’auteur pour rendre son texte plus percutant, mais qui m’a un peu dérouté. Cela n’empêche pas cette nouvelle de se révéler très intéressante sur le fond et me donne envie de lire The Three-Body Problem qui est dans ma PAL.

 

Ma Note : 7/10
Vous pouvez lire cette nouvelle en VO ici.

 

Memories of my Mother de Ken Liu :  On plonge ici dans une très courte nouvelle où, une jeune maman atteinte d’une maladie incurable, pour pouvoir voir sa fille grandir, décide d’aller régulièrement dans l’espace. Elle se sert des lois de la physique, de la relativité, pour ralentir le temps et ainsi revenir la voir régulièrement. Sauf que quand sa fille gagne des années de vie, elle ne vieillit que de quelques mois. L’auteur nous propose ici un thème fort et traité de façon vraiment intelligente. Une relation mère/fille fascinante par son côté étrange, la fille vieillissant plus vite que la mère, mais qui est se révèle finalement naturelle, surprenante, efficace et pas si différente des relations classiques. L’auteur nous dresse en quelques mots des personnages attachants et humains, avec leurs forces et leurs faiblesses, mais c’est surtout un sentiment d’amour qui se dégage, je trouve, de ce texte. Cet amour filial qui brave le temps et l’espace, mais qui possède toujours ses hauts et ses bas. Une nouvelle réussie, d’une grande qualité, avec une conclusion intime et touchante. J’ai d’autres récits de Ken Liu dans ma PAL ils ne vont pas faire long feu.

 

Ma Note : 8/10
Vous pouvez lire cette nouvelle en VO ici.

La Ménagerie de Papier – Ken Liu

la menagerie de papierRésumé : « Elle plaque la feuille sur la table, face vierge exposée, et la plie. Intrigué, j’arrête de pleurer pour l’observer. Ma mère retourne le papier et le plie de nouveau, avant de le border, de le plisser, de le rouler et de le tordre jusqu’à ce qu’il disparaisse entre ses mains en coupe. Puis elle porte ce petit paquet à sa bouche et y souffle comme dans un ballon.
“Kan, dit-elle. Laohu.” Elle pose les mains sur la table, puis elle les écarte.
Un tigre se dresse là, gros comme deux poings réunis. Son pelage arbore le motif du papier, sucres d’orge rouges et sapins de Noël sur fond blanc.
J’effleure ce qu’a créé Maman. Sa queue bat et il se jette, joueur, sur mon doigt… »

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : De Ken Liu j’avais précédemment lu deux nouvelles, Faits pour être Ensemble qui était initialement publié dans le Bifrost consacré à Poul Anderson et Mono no Aware qui était initialement publié dans le Galaxie(s) n°25. À travers ces deux textes, l’auteur a réussi à me convaincre d’en découvrir plus de sa bibliographie, offrant des récits soignés, humains et intelligents. C’est donc sans surprise, quand j’ai appris qu’une recueil de nouvelles de l’auteur était publié, que je l’ai rapidement fait entrer dans ma PAL. Il faut dire aussi que la couverture, illustrée par Aurélien Police, se révèle magnifique et donne tout autant envie de le lire. Ce livre est ainsi composé de 19 nouvelles, dont les deux déjà lu.

Renaissance : Ce texte nous dévoile un avenir où l’humanité, après une guerre sanglante avec une race alien, vit maintenant en quasi symbiose avec elle. Une nouvelle que j’ai trouvé très réussi, nous offrant une réflexions efficace sur le travail et l’importance que l’on donne à la mémoire, mais aussi sur l’influence qu’elle peut avoir sur notre façon d’évoluer et d’avancer. Un véritable travail de fond sur ce qui, finalement nous définit, bien porté par un héros efficace et travaillé. Je trouve juste légèrement dommage que l’ensemble soit finalement un peu trop, par moment, prévisible, mais rien de bien bloquant non plus.

Avant et après : Ce très court texte se révèle être un véritable travail stylistique, puisque l’ensemble est écrit en une seule phrase, mais qui surtout arrive à ne pas alourdir le récit, voir ennuyer ou perdre le lecteur. Le travail de fond, en à peine deux pages se révèle aussi vraiment intéressant et soigné, mais je vous laisse le découvrir pour éviter de trop spoiler.

Les Algorithmes de l’amour : Cette nouvelle nous fait suivre Elena, qui est créatrice de poupées réalistes et avec un processeur leur permettant d’interagir et d’apprendre. Je préfère ne pas trop en dévoiler pour éviter de trop vous spoiler, mais l’auteur offre ici un texte vraiment réussi, premièrement à travers son travail de réflexion sur la conscience, voir l’intelligence, mais aussi sur notre réalité. Le sens point bien du travail de construction des personnages. En effet les héros se révèlent ici profondément humains, touchants et poignants, à travers les nombreux drames qui vont survenir et qui ne laissent pas le lecteur indifférent. Une nouvelle passionnante, émouvante et d’une grande justesse.

Nova Verba, Mundus Novus : Une nouvelle qui nous fait suivre une expédition en ballon qui va se rendre compte que le monde est plat, posé sur dos d’éléphants, eux-mêmes sur la carapace d’une tortue (référence à Terry Pratchett) et qui vont descendre puis remonter. On y retrouve les réflexions de l’auteur sur ce qui nous caractérise, avec cette fois en ligne de mire le langage, mais voilà j’ai trouvé le texte peut-être un peu trop court pour vraiment réussir à m’emporter. Les idées sont là, mais je ne sais pas j’avais l’impression qu’il manquait un petit quelque chose. Cela reste tout de même très sympathique à lire.

Faits pour être ensemble : J’avais déjà chronique cette nouvelle ici. Cette nouvelle lecture ne change pas mon point de vue, que ce soit dans ses qualités comme ses défauts.

Emily vous répond : Cette courte nouvelle décide de traiter de la possibilité d’effacer la mémoire, le tout à travers un échange type courrier des lecteurs de certains magazines. Une idée traitée avec un cynisme qui se révèle efficace et percutante, et même si les arguments sont légèrement simplistes elle a parfaitement fonctionné avec moi.

Trajectoire : Cette nouvelle nous fait découvrir la vie d’une jeune femme au parcours chaotique dans un monde en pleine évolution technologique et qui découvre l’immortalité. Un texte percutant et efficace, pas tant par l’aspect technologique, mais plutôt par son côté profond et humain, offrant au lecteur une réflexion ouverte sur la vie, entre ses hauts et ses bas, ses envies et ses pertes. Un texte touchant, bien porté par une héroïne attachante, avec ses forces et ses faiblesses, le tout porté par une plume que j’ai trouvé ici sensible et poétique.

Le Golem au GMS : On retrouve ici une nouvelle un peu plus légère puisqu’on découvre Rebecca, qui est un jour est contacté par Dieu pour une mission capitale, fabriquer un Golem pour attraper 150 rats. Un texte qui m’a fait rire du début à la fin avec une histoire, certes un peu linéaire, mais qui se révèle percutante, pleine d’entrain, mais aussi de finesse à travers les nombreuses réflexions qu’on dévoile que ce soit aussi bien sur la religion comme sur la famille et son importance. Un divertissement réussi qui offre un moment de détente bienvenu au milieu du recueil.

La Peste : Cette nouvelle nous fait suivre la rencontre entre un homme et une jeune fille contaminée dans un monde qui est complètement bouleversé. Un texte sympathique, qui cherche à nous faire réfléchir sur la capacité de communiquer, mais surtout de se comprendre, nous montrant que parfois les drames peuvent simplement survenir d’un manque de tolérance et d’explication. Sauf que voilà même si le texte se laisse lire et se révèle divertissant il m’a paru un peu trop classique dans sa construction.

L’Erreur d’un seul bit : Peut-être le texte qui m’a le moins accroché du recueil, pas qu’il soit mauvais, mais comparé aux autres textes de ce livre il m’a paru clairement un cran en dessous. Sur le fond les idées sont là, cherchant à nous ouvrir une réflexion sur la religion, la foi, le bonheur et la liberté, mais sur la forme j’ai trouvé l’ensemble brouillon avec un démarrage un peu « bordélique », puis une alternance pas toujours percutante. On y retrouve pourtant la qualité de style de l’auteur, mais voilà, je ne sais pas, je n’ai pas complètement réussi à accrocher.

La Ménagerie de papier : Au contraire du texte précédent, cette nouvelle fait partie de celle qui m’a le plus touchée, nous dévoilant la vie de Jack, jeune sino-américain, fils d’une mère dont son père est tombé amoureux sur catalogue et qui en grandissant va se rendre compte de sa différence et la rejeter pour s’intégrer. Un texte vraiment poignant qui fait réfléchir le lecteur aussi bien sur l’adolescence, des difficultés liées au regard des autres quand on grandit, mais aussi sur l’acceptation et le racisme. La plume de l’auteur colle parfaitement bien au texte pour happer le lecteur dès la première, offrant une touche de fantastique des plus originale. Une excellente nouvelle.

Le Livre chez diverses espèces : Un texte vraiment agréable à lire, qui n’est peut-être pas le plus marquant du recueil, mais qui se révèle tout de même efficace, l’auteur offrant ici un large panel sur différents peuples aliens et leurs relations avec le livre. On découvre ainsi une réflexion efficace sur l’importance de la communication à travers le livre et cela quel que soit le format et la façon de l’écrire. On notera aussi, je trouve, une imagination débordante de l’auteur à travers les nombreuses descriptions.

Le Journal intime : Cette nouvelle nous fait rencontrer une femme qui va commencer à ne plus pouvoir lire après avoir eu le journal intime de son mari entre les mains ; les mots s’échappant à chaque fois qu’elle cherche à le faire. De nouveau un texte qui se révèle efficace et abouti, avec comme axe de réflexion la communication, celle entre un mari et une femme qui après des années ne paraissent plus se comprendre, ni vivre pleinement leur couple, le tout à travers une lente plongée dans la folie des plus tendue et captivante.

L’Oracle : Cette nouvelle nous fait découvrir une technologie qui permet de voir, de façon très aléatoire, un moment arbitraire de son avenir. Certes le thème de pouvoir voir l’avenir est connu, mais je trouve que l’auteur s’en sort très bien, nous offrant un texte prenant et qui nous fait réfléchir sur la vie, sa spontanéité et surtout le besoin de la vivre pleinement, sans s’enfermer dans une vision d’avenir qui pourrait se révéler bloquante. De nouveau les personnages sortent du lot, sonnant juste et se révélant soignés, humains.

La Plaideuse : Cette nouvelle nous plonge dans une Chine du passé, où une jeune femme décide de reprendre le rôle de plaideuse laissé vacant suite à la mort de son père, pour sauver une servante accusée de meurtre. Franchement concernant le texte il n’y a pas grand-chose à souligner, l’ensemble est maîtrisée, offrant une enquête policière courte et soignée, mais voilà l’ensemble m’a paru rester très convenu et sans surprises ce qui est dommage je trouve.

Le Peuple de Pélé : Un texte qui nous plonge en pleine conquête spatiale avec l’arrivée d’un vaisseau colonisateur humain sur la planète de Pelé. Un texte surprenant qui cherche à nous offrir des réflexions sur la vie tout en nous offrant un contexte politique des plus fascinant puisqu’il y a un décalage de 28 ans entre les deux planètes. À partir de là comment pleinement obéir à des ordres qui ont plusieurs années. Comme je l’ai on réfléchit aussi sur le principe de la vie puisque la révélation sur le peuple de Pelé va se révéler captivante, même si c’est vrai déjà traité aussi dans d’autres textes d’autres auteurs. Au final un texte bien rythmé et qui offre un très bon moment de lecture

Mono no aware : J’ai déjà chroniqué cette nouvelle lors de ma lecture d’un Galaxie(s) et dont vous pouvez retrouver ma chronique ici.

La Forme de la pensée : Cette nouvelle nous dévoile le premier contact entre des humains et une race extra-terrestre qui n’est pas sans rappeler certaines colonisations de notre passé, dévoilant une incapacité à communiquer et à se comprendre face à la différence et l’incompréhension. Un texte qui  nous montre aussi l’importance du passé et de l’Histoire dans sa façon de voir la vie et les changements. Il s’agit aussi clairement d’un texte d’espoir et de sentiments qui a clairement réussi à me happer.

Les Vagues : Avec ce texte l’auteur reprendre l’idée déjà développé dans Trajectoire concernant l’immortalité, mais le tout traité de façon complètement différente en offrant ainsi une réflexion plus importante sur par exemple notre évolution, ou encore notre capacité à accepter le changement, sur fond de mythes et de légendes sur la création. L’auteur n’oublie pas pour autant le côté humain qui est toujours présent et efficace. Un très joli texte qui ne manque pas d’attrait et d’intérêt.

Ce recueil de nouvelles confirme tout le bien que je pensais de Ken Liu et me donne clairement envie de découvrir d’autres de ses textes, voir pourquoi pas de ses romans. Ce qui marque, je trouve, c’est sa capacité à ne pas se figer dans un genre tout en offrant des histoires qui se révèlent profondément humaines et sensibles, n’oubliant pas pour autant de faire réfléchir le lecteur et d’offrir un background solide, soigné jusque dans les moindres détails, le tout parfois en quelques pages à peine. Alors certes, tous les textes ne m’ont pas touché de la même façon et un ou deux m’ont même paru un cran en dessous, mais franchement rien de dérangeant tant j’ai apprécié la lecture de ce livre.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce recueil de 19 nouvelles qui nous propose de découvrir des textes soignés et percutants qui font réfléchir, le tout à travers des personnages sensibles, touchants et dans un background qui se révèle travaillé. Alors certes, toutes les histoires ne sont peut-être pas au même niveau, mais cela n’enlève en rien des nombreuses qualités que possède ce recueil et que je ne peux que conseiller de lire, si vous appréciez les Nouvelles, surtout que l’auteur ne reste jamais figé dans un seul genre, ce qui permet de varier clairement les univers. En tout cas de mon côté je lirai sans soucis d’autres écrits de Ken Liu et pourquoi pas un de ses romans.

 

Ma Note : 8,5/10

 

Autres avis : Dup,

Galaxie(s) n°25

galaxies 25Edition : Galaxies

 

 

 

 

 

Mon Avis : Je continue ma découverte des revues consacrées à l’imaginaire et, après avoir bien entamé les Bifrost et débuter la nouvelle édition de Fiction, je me lance cette fois dans les Galaxie(s). J’avoue que ce magazine je ne le connais pas vraiment, malgré le fait d’en avoir entendu parler à droite à gauche. J’ai donc décidé de faire rentrer quelques numéros dans ma PAL pour pouvoir me faire un avis plus complet. À noter que ce numéro fête aussi les 60 ans de Galaxie (toutes éditions confondues) et offre un dossier consacré à Pierre Stolze dont j’avoue ne connaitre que sa rubrique dans Bifrost. Ce numéro comporte cinq nouvelles d’auteurs différents.

L’Enfant qui S’avance vers Nous de Gulzar Joby : Je ne connaissais pas l’auteur avant de lire cette nouvelle, ce fût donc une première découverte. J’avoue, une fois le récit terminé je suis loin d’être convaincu. L’auteur nous propose ici pourtant de traiter d’un sujet intéressant qu’est la mère porteuse, dans un futur où la scission des classes sociales atteint un haut niveau et où les technologies ont énormément évolué et se révèlent limite invasives. clairement les idées sont là que ce soit sur l’exploitation des pauvres, de la recherche de l’enfant parfait, l’ingérence des parents, ou encore de la surutilisation de technologies le tout dans un monde qui parait post-apocalyptique. Dommage que le reste ne suit pas, l’auteur nous proposant des personnages tellement froids et peu consistants qu’on ne s’accroche jamais vraiment à eux, certaines scènes n’apportent rien à l’histoire, le style de l’auteur m’a paru manqué de force et d’intérêt, novice, se cherchant encore et voulant trop en faire et le chapitre de conclusion, pour moi, est de trop. J’ai l’impression d’être passé à côté, dommage.

L’Erreur de Rosa Montero : Tout comme la nouvelle précédente je ne connaissais rien de l’auteur avant de me lancer dans la lecture de ce texte. On retrouve ici une nouvelle à chute, cherchant à emmener le lecteur vers une conclusion qui doit normalement le surprendre, le tout dans un univers futuriste totalement automatisé, où les machines ont pris une importance démesurée. Mais que se passe-t-il quand un soucis apparait? Une nouvelle que j’ai trouvé agréable et divertissante, mais qui a du mal à être plus que cela. Il faut dire que la conclusion, malgré quelques axes de réflexions classiques et efficaces, n’a justement pas vraiment rempli son rôle de me surprendre. De plus, il ne faut pas le nier, cette nouvelle en soit n’a rien de révolutionnaire, une impression de déjà-vu m’est resté tout le long de ma lecture. Cela ne l’empêche pas d’être plutôt bien écrite et efficace à découvrir. Je la classe dans la fameux, vite lu, bien apprécié, vite oublié.

Mono no Aware de Ken Liu : J’ai découvert mon premier texte de Ken Liu dans le dernier Bifrost, consacré à Poul Anderson, qui m’a offert un bon moment de lecture. J’avais donc hâte de savoir ce qu’allait bien proposer l’auteur ici. Cette nouvelle nous plonge dans un avenir où une météorite va bientôt percuter la terre et où la population cherche à fuir. Je n’en dévoile pas plus sous peine de trop spoiler, mais pour moi il s’agit du meilleur texte du recueil par son aspect poignant, humain, porté par des personnages désabusés, plein d’espoirs et d’envies d’un futur meilleur tout en cherchant à ne pas oublier le passé. L’auteur nous offre aussi un avenir très contemporain où, malgré toutes les évolutions technologiques, l’Homme restera toujours fidèle à lui-même ce qui est en total contradiction avec la nationalité japonaise du héros; qui recherche la cohésion au point de tout perdre. La fin a beau être logique, elle a réussi à me toucher. Je regrette juste par contre l’aspect un peu caricatural lié à la nationalité du héros, comme si le japon se limitait au Go, à ses kanjis et ses mangas. Mais rien de non plus trop dérangeant. Un très joli texte.

Vaisseau Sœur d’Aliette De Bodard : J’ai lu plusieurs écrits de l’auteur et pour le moment j’avoue que je n’ai jamais été déçu. J’attends d’ailleurs la suite du cycle Les Chroniques Aztèques depuis plusieurs mois maintenant avec impatience. Cette nouvelle nous plonge au milieu d’une famille où un frère et une sœur s’entredéchirent depuis la naissance de cette dernière dont l’accouchement a affaibli leur mère. Sauf que sa sœur n’est pas n’importe qui, elle est l’IA d’un vaisseau spatial avec tout ce que cela implique. Une nouvelle que j’ai trouvé réussi, touchante, sur les éléments de la famille, les bouleversements qu’elle peut connaitre avec l’arrivée d’un nouvel élément. L’ensemble gagne aussi en profondeur et en intérêt avec le background que construit l’auteur, que ce soit aussi bien dans cet avenir futuriste où les IA sont misent au monde naturellement mais aussi dans tout cet aspect culturel et traditionnel qui vient du Vietnam. Un texte profond, entrainant, avec une conclusion efficace.

Taï Chi Chuan à Tchernobyl-sur-Moselle  de Pierre Stolze : Cette nouvelle est la première que je découvre de l’auteur et, j’avoue, je l’ai trouvé très sympathique. L’auteur place son récit à Thionville, ville que je connais bien, dans un futur proche suite à une catastrophe nucléaire qui a vidé les lieux. Pourtant quelque chose détruit les technologies envoyées là-bas. Mis à part la catastrophe qui m’a paru basé sur des aspects un peu facile, même si se basant sur des faits concrets, le reste m’a paru efficace. Ce récit offre au lecteur une réflexion intéressante sur notre monde, l’environnement et les risques qu’il encourt même certains aspects m’ont paru simple, comme celle sur les scientifiques. Un texte nerveux, qui se lit rapidement et se révèle vraiment divertissant avec une conclusion qui offre de l’espoir pour l’avenir même si ce n’est pas gagné. Les personnages se révèlent intrigant et leurs développements réussis. J’ai bien envie de découvrir d’autres écrits de l’auteur maintenant.

 

Le reste du magazine nous propose un long entretien avec Pierre Stolze qui s’est révélé très intéressant, même si je n’ai pas toujours le même point de vue que lui, et qui m’a donné envie de découvrir un peu plus sa bibliographie, même si je pense que certains de ses écrits me paraissent trop barrés pour moi à première vue. Le principe du Projet équateur, travail de l’auteur sur la vision qu’il a de son passé et de son avenir d’écrivain, est intriguant et prenant. On retrouve un article, peut-être un peu court, sur les 60 ans de Galaxie (toutes formules confondues), un article pour nous faire découvrir ou redécouvrir Noëlle Roger, ainsi que le traditionnel cahier critique qu’on retrouve dans tous les magazines. Au final une première plongée intéressante dans cette revue, il ne me reste plus qu’à découvrir les autres qui attendent dans ma PAL.

 

Ma Note : 7/10 (Note ne reposant que sur les nouvelles)