Résumé : Au nord, les Kel’yon ; au sud, les Kel’bai – et entre eux dix mille ans de rivalité… À travers le continent de Kaek’tun, les trompettes des Deux-Empereurs annoncent une nouvelle guerre. Kel’yon et Kel’bai, Noble et Fils du Peuple, Oshin Ieran est né à la frontière entre mille mondes. Ni d’un côté ni de l’autre, il s’efface dans l’obscurité appropriée pour ceux de son sang. Mais la déesse Destin est une divinité capricieuse – et la déesse Honneur, vénérée par les Kel’yon et les Kel’bai, est plus cruelle encore. Les cors du Dragon et du Phénix tonnent à travers le Continent et en pays kel’bai, le sang-mêlé du nord est appelé à brandir un drapeau que jamais il n’avait imaginé porter, pour défendre ceux que jamais il n’avait imaginé protéger.

Edition : Rebelle

Mon Avis : Il y a quelques années maintenant on m’a proposé de découvrir cette série de Fantasy. Je m’étais facilement laissé tenter, malgré le côté un peu classique du résumé du premier tome et j’avais été agréablement surpris tant l’histoire s’avérait solide, captivante et entraînante (ma chronique ici). Les tomes 2 et 3 venaient confirmer le bien que je pensais de cette série, se révélant même plus denses et plus aboutis encore à mon goût (chronique du tome 2, du tome 3). C’est donc sans surprise que je me suis rapidement lancé dans la lecture de ce quatrième volume et, malgré ce que je pensais, avant-dernier tome de la série. En effet un cinquième tome devrait être publié. Concernant la couverture, elle reste dans le même thème que les précédentes et je la trouve très sympathique.

Ce quatrième volume est construit de la même façon que les trois premiers, nous présentant, d’une certaine façon, en protagoniste un « nouveau » personnage. Je mets nouveau entre guillemet, car il ne l’est pas vraiment, il a été un personnage secondaire important du premier tome et il est aussi apparu dans d’autres tomes : il s’agit d’Oshin Ieran. Sauf que ce tome va enfin le mettre en avant, dévoilant son histoire et ce qui a fait de lui le personnages qu’on découvre dans les autres volumes. J’avoue, j’avais hâte d’en apprendre plus sur ce protagoniste ambigu et complexe. Pourtant une fois la dernière page tournée, je dois bien avouer que, sans trouver ce roman mauvais, loin de là, il est pour moi clairement un ton en dessous des précédents. Attention il reste une lecture plus que sympathique et agréable, et le travail sur le héros se révèle prenant, mais voilà je pense qu’il n’a pas complètement répondu aux attentes que je pouvais avoir. Après, contrairement aux tomes précédents qui avaient, d’une certaine façon, leurs propres fins, ici le tome 4 est lié au tome 5. Par contre je soulèverai un point, plus sur l’édition que sur le récit en lui-même, il y a énormément de familles et de noms qui gravitent dans ce cycle, un petit lexique des personnages et des familles aurait, je pense, apporté un plus. Je n’ai jamais été franchement perdu, cela n’a pas gâché ma lecture, mais parfois j’ai pris du temps à retrouver qui est qui.

Comme je l’ai dit plus haut, l’auteur construit son récit un peu comme les trois précédents, présentant un personnage qu’on découvre et qu’on voit évoluer au fil du temps. Le tour de force qu’elle réussit à chaque tome est d’arriver à proposer une intrigue qui, certes dans les grandes lignes ressemble aux autres, maais arrive finalement à se différencier que ce soit dans le travail sur le personnage et sa découverte, comme dans la vision qui est proposée. D’une certaine façon elle arrive ainsi à se renouveler et à proposer quelquechose de différent qui fait que j’ai de nouveau été happé assez facilement dans le récit. Le fait d’avoir un nouveau personnage central à chaque fois joue aussi, car cela oblige le lecteur à avoir une vision différente du monde présenté et des jeux de pouvoirs, mais cela oblige aussi à s’attacher de nouveau à un héros. Et là Andrea Schwartz a démontré qu’à chaque nouveau tome elle a réussi à construire un personnage central qui donne toujours envie d’en apprendre plus. D’autant qu’ici, le personnage a une grande importance dan le cycle.

Certes, je ne le nie pas, certains aspects dans la construction du récit possèdent un air de déjà-vu par rapport les tomes précédents, ce qui rend parfois  l’histoire prévisible, sans que cela soit dérangeant, tant dans l’ensemble le récit s’avère solide et efficace. Le rythme, plutôt lent, permet d’offrir une certaine densité à la narration, tout en sachant offrir des scènes plus vives et percutantes pour ne pas ennuyer le lecteur. Je regretterai peut-être tout de même quelques facilités ici ou là, comme par exemple la capacité des personnages à se retrouver gravement blessés et pourtant à être en pleine forme et tenir leurs rangs quelques jours à peine après l’incident.

Un autre point intéressant est, comme je l’ai dit, la découverte du passé de Ieran qu’on avait rencontré déjà dans le premier tome quand il avait décidé d’aider Shelun. Ce n’est jamais facile de construire le passé complet d’un personnage qu’on suit déjà depuis quelques temps et à propos duquel l’imagination du lecteur a déjà pas mal travaillé, mais je trouve que ce tome s’en sort plutôt bien, sans non plus trop révolutionner le genre. On découvre ainsi un héros, coincé entre deux mondes, mi Kel’yon mi Kel’bai, fils d’un homme influent. Quand les circonstances le demandent il va découvrir que finalement, malgré ce qu’il espérait, il doit s’effacer et n’avoir aucune place dans la guerre qui arrive, non à cause ses capacités mais simplement de par sa situation familiale. Son évolution au fil des pages, les découvertes qu’il va faire, les changements que vont opérer sur lui cette guerre sont bien menés et efficaces. On découvre ainsi un personnage complexe, qui ne connait la guerre qu’à travers sa formation et qui va tomber de haut. C’est un héros qui se trouve coincé entre deux fronts du fait de son sang et de sa naissance. A la fois naïf et surprenant, on suit ses aventures avec intérêt et envie d’en apprendre plus. J’attends de voir ce que va proposer l’auteur dans la suite, car son histoire est loin d’être terminée, mais pour le moment elle réussit à nous offrir un personnage dense, soigné et prenant. Les personnages secondaires ne sont pas non plus en reste, s’avérant efficaces et complexes, amenant leurs propres réflexions, leurs visions spécifiques et leurs envies. J’ai hâte de savoir comment certains vont se développer dans le dernier tome.

L’univers, même s’il paraît évidemment moins nouveau depuis quatre tomes, s’avère toujours solide, même si j’avoue que j’aurai aimé un peu plus de renouvellement sur certains points. En effet comme on découvre durant tout ce tome un long flashback, on plonge finalement dans une nouvelle dualité entre Kel’bai et Kel’yon. Alors attention, même si le conflit est dans les grandes lignes un peu le même, les motivations de chacun sont différentes, c’est ce qui fait que les complots, trahisons et jeux de pouvoir sont toujours intéressants à suivre et à découvrir. Sauf que les trois premiers tomes avaient déjà amené énormément d’intrigues de ce type et j’espérais les voir évoluer, ce qui joue obligatoirement sur le ressenti du lecteur. Cela ne m’a pas non plus empêché de plonger de nouveau avec plaisir dans le monde que nous présente Andrea Schwartz qui est toujours aussi vivant, immersif et qui donne envie d’en apprendre plus. porté par des descriptions vives et soignées. Le jeu des différentes familles ainsi que des différents clans, les tensions que cela crée et les questions que soulève la guerre, la violence et la haine sont bien amenées et ne laissent pas indifférent, même si parfois j’avoue que l’argumentaire est un peu facile, mais là je chipote. Les scènes d’actions sont très visuelles, efficaces et offrent clairement un plus à l’ensemble et une certaine tension.

Mais alors au vu de ma chronique vous devez vous demander pourquoi j’ai un peu moins accroché à ce tome, c’est bien simple pour moi il est trop indépendant du cycle qu’a construit l’auteur. Les trois précédents tomes étaient plus ou moins liés et avaient amenés en ligne de fond de nombreux jeux politiques et questions. Ce quatrième volume nous entraine dans un flashback qui, finalement, met un peu les trois autres tomes en « pause » le temps de tracer le vie du général ce qui j’avoue m’a légèrement frustré. Je ne m’y attendais pas obligatoirement. Qui plus est, ce tome donne l’impression d’un tome d’introduction, vu qu’on ne découvre que la première partie de la vie du héros, ce qui est quand même dommage quand on parle de quatrième tome. C’est ainsi clairement au niveau de mes attentes que s’est joué mon ressenti et non sur les qualités du livre, je ne m’attendais pas à un tome qui aurait peut-être mérité d’être traité de façon indépendante, je ne sais pas. Cela ne m’a pas non plus empêché de passer un agréable moment de lecture avec ce roman, toujours bien porté par une plume fluide, dense et terriblement efficace qui a fait que j’ai tourné les pages avec plaisir. Je lirai sans soucis le dernier tome de ce cycle.

En Résumé : J’ai passé un agréable moment de lecture avec ce quatrième tome, même si j’avoue il n’a pas non plus répondu à mes attentes. Ce livre nous propose ainsi de découvrir l’histoire d’Ieran, personnage que l’on a déjà rencontré dans les tomes précédents en tant que héros secondaire. Comme les tomes précédents l’auteur nous présente un nouveau personnage et elle arrive à le faire de façon entraînante et efficace. C’est une des grandes forces du cycle de se renouveler en proposant à chaque fois un nouveau personnage central tout en arrivant à le rendre dense, touchant et captivant à découvrir. Alors certains passages sont légèrement prévisible, voir parfois offrent quelques facilités, mais rien de bloquant dans ma lecture. Les personnages secondaires que l’on découvre ne sont pas non plus en reste, offrant des protagonistes complexes et intéressants. L’univers, même s’il parait moins nouveau, reste solide et attrayant, bien porté par des descriptions soignées et denses. L’intrigue est portée sur un rythme plutôt lent qui permet de bien développer le récit, tout en offrant des scènes d’actions vivantes et percutantes qui font qu’on ne s’ennuie jamais. Au final mon regret vient du fait que ce roman étant un flashback, il donne l’impression de mettre en pause tous les éléments mis en avant depuis trois tomes et, limite, d’être un récit indépendant. Ce tome donne aussi l’impression d’être un tome d’introduction, ne présentant qu’une partie de la vie du héros, ce que je trouve un peu dommage pour un quatrième tome. Reste tout de même une lecture très sympathique, bien porté par une plume soignée et entraînante. Je lirai le cinquième tome avec grand plaisir.

Ma Note : 7/10