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Le Regard – Ken Liu

Résumé : DEMAIN…
Dans son registre, celui de l’investigation, Ruth Law est la meilleure. D’abord parce qu’elle est une femme, et que dans ce genre de boulot, on se méfie peu des femmes. Parce qu’elle ne lâche rien, non plus, ne laisse aucune place au hasard. Enfin, parce qu’elle est augmentée. De manière extrême et totalement illégale. Et tant pis pour sa santé, dont elle se moque dans les grandes largeurs — condamnée qu’elle est à se faire manipuler par son Régulateur, ce truc en elle qui gère l’ensemble de ses émotions, filtre ce qu’elle éprouve, lui assure des idées claires en toute circonstance. Et surtout lui évite de trop penser. À son ancienne vie… Celle d’avant le drame…
Et quand la mère d’une jeune femme massacrée, énuclée, la contacte afin de relancer une enquête au point mort, Ruth sent confusément que c’est peut-être là l’occasion de tout remettre à plat. Repartir à zéro. Mais il faudra pour cela payer le prix.
Le prix de la vérité libérée de tout filtre, tout artifice. Tout regard…

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : Si vous suivez mon blog, vous devez savoir que je suis un grand fan des écrits de l’auteur Ken Liu. J’avoue que je me laisse tenter et me plonge assez facilement sur chacune de ses nouvelles publications. Il faut dire que l’auteur a toujours sur m’offrir de bons moments de lecture, à travers des récits proposant des intrigues intelligentes, prenantes, pleines d’émotions et de surprises. Ajouter à cela que, pour le moment, je n’ai loupé aucune sortie de la collection Une Heure Lumière du Bélial’, il est donc logique que cette novella ait rapidement rejoint ma PAL. Concernant la couverture, illustrée par Aurélien Police, elle est  superbe je trouve.

Cette novella nous plonge dans un avenir indéterminé, où les augmentations cybernétiques sont monnaies courantes, même si elles sont mal vues et très réglementées. On suit Ruth Law, une détective privée « augmentée » qui cherche à fuir son passé et est devenue l’une des meilleures dans son domaine. Un jour une jeun mère éplorée va venir la voir pour lui demander d’enquêter sur la mort de sa fille, Call Girl de luxe, que la police a très rapidement classé comme un crime liés aux triades. Ruth va alors accepter cette affaire, qui va se révéler beaucoup plus complexe que prévue. Alors, une fois la dernière page tournée, je dois bien admettre que cette novella se révèle franchement sympathique et ne laisse pas le lecteur indifférent face aux différentes questions qu’il propose, mais par rapport à ce que propose Ken Liu dans ses autres textes je l’ai trouvé tout de même moins marquant. J’ai eu l’impression que le format court ne permettait pas à ce récit de s’imposer complètement au lecteur. Ce n’est en rien bloquant, mais se révèle tout de même légèrement frustrant.

L’auteur nous propose ici une histoire construite façon polar avec tous les ingrédients du genre, soit un meurtre sordide, une détective privée torturée par son passé et une enquête plus sombre que prévue, mais le tout dans un monde futuriste sur fond de transhumanisme et de cyberpunk. Le récit à un côté entraînant, l’auteur maîtrisant assez le genre du thriller pour offrir une intrigue qui ne manque pas d’attrait et de rebondissements. La narration alternant entre deux points de vue, celui de Ruth la détective et celui du tueur, permet ainsi d’offrir deux visions différentes, l’ensemble ponctué de quelques flashbacks qui permettent d’en savoir plus sur chacun d’entre eux et de les rendre plus profonds et intéressants. D’ailleurs l’un des points forts, je trouve, du roman, vient justement de ses deux protagonistes, de la façon dans laquelle il s’intègre dans cette société, de leurs visions et leurs envies, de leur dualité, mais aussi à travers leurs passés. Principalement celui de Ruth qui, sans dire qu’il va se révéler le plus original qui soit, apporte une profondeur intéressante au personnage, bien amené par le récit et accentué par les questions soulevées par les nouvelles technologies présentées. Après on reste dans le thriller classique, l’ensemble suit une construction qui n’a rien de révolutionnaire, mais s’avère solide et, je trouve, efficace. Ce qui est dommage c’est qu’on a à peine le temps de plonger dans le récit qu’on aboutit à la conclusion. Certes le format court oblige cela, mais c’est frustrant et surtout cela donne l’impression que notre héroïne trouve le coupable un peu trop facilement, malgré un final qui ne manque pas de tension.

Concernant l’univers présenté, l’auteur nous présente un futur solide, prenant qui s’avère intéressant à découvrir à travers les nouvelles technologies qui sont présentées. Deux d’entre elles se dégagent d’ailleurs fortement, celle de l’oeil qui permet de prendre des vidéos dont je ne vais pas trop en dévoiler pour éviter de spoiler, et la seconde c’est le Régulateur qui permet de filtrer, de bloquer les émotions. C’est cette dernière qui va se révéler le point important du récit, car couplé au passé de l’héroïne il va soulever de nombreuses questions sur cette capacité de jouer sur nos émotions. D’une technologie qui, aux premiers abords, peut avoir ses avantages peut aussi limite devenir une « drogue », permettant de ne quasiment plus ressentir aucune souffrance. Cela ouvre aussi, je trouve, une réflexion sur l’importance des émotions, l’importance de travailler dessus plutôt que de vouloir les effacer ou bien encore sur la facilité qu’apporte ces nouvelles technologies et la facilité de chacun à s’y plonger au point de ne plus être soi-même. D’ailleurs cela permet aussi de mieux comprendre l’héroïne et son besoin maladif de s’améliorer, ne cherchent pas obligatoirement à être parfaite et imbattable, mais peut-être plus à oublier qu’elle a un jour fait un « mauvais » choix qui s’est révélé traumatisant. Par contre en ce qui concerne l’oeil, autant elle a son intérêt dans l’intrigue policière, autant elle m’a paru un peu bancale sur le fond et les explications proposées. Ce n’est pas trop bloquant non plus, mais c’est étrange je trouve.

Après, comme je l’ai dit, le principal soucis de ce texte c’est sa taille, proposant ainsi de nombreuses choses, mais donnant l’impression de ne faire que les survoler sans jamais entrer en profondeur. Ce qui est un peu dommage, car quand j’ai tourné la dernière page mon premier sentiment n’a jamais été que ce récit était mauvais, loin de là, mais plus qu’il aurait pu être tellement plus s’il avait pris un tout petit peu plus son temps. La plume de l’auteur s’avère, simple, efficace, entraînante ce qui fait qu’on se retrouve à tourner les pages avec plaisir et l’envie d’en apprendre plus. Au final un Ken Liu peut-être moins percutant que ce que j’ai lu d’autres de lui, mais qui offre tout de même une lecture sympathique avec des idées intéressantes.

En Résumé : J’ai passé un moment de lecture agréable avec ce texte qui, même si je trouve qu’il est un peu en dessous de ce que propose l’auteur d’habitude, ne manque pas de bonne idée et s’avère entraînant. On plonge dans un Thriller futuriste, dans un univers ou les améliorations cybernétiques existent. L’auteur nous offre ainsi un récit efficace, qui certes ne révolutionne pas le genre, mais s’avère solide et entraînant. Mon seul regret au niveau de l’intrigue c’est qu’une fois embarqué la conclusion arrive, format court oblige, ce qui donne une impression de précipitation et aussi de facilité malgré l’intensité de la conclusion. Les personnages principaux sont très intéressants à suivre et à découvrir, s’avérant complexes et donnant envie d’en apprendre plus. L’auteur va aussi nous faire réfléchir sur la technologie, son utilité, mais aussi la capacité à s’y perdre dedans pour oublier ou essayer de rendre sa vie meilleure. Le principal défaut de cette novella vient finalement qu’elle est trop courte et donne l’impression de n’avoir qu’un aperçu et qu’on aurait pu avoir tellement plus ce qui est légèrement frustrant. La plume de l’auteur s’avère, simple, efficace, entraînante ce qui fait qu’on se retrouve à tourner les pages avec plaisir et l’envie d’en apprendre plus.

 

Ma Note : 7/10

 

Autres avis : Apophis, Yogo, Lohrkan, Samuel Ziterman, Vert, L’Ours Inculte, Lutin, …