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The Broken Earth Book 3, The Stone Sky – N.K. Jemisin

Résumé : THIS IS THE WAY THE WORLD ENDS… FOR THE LAST TIME.
The Moon will soon return. Whether this heralds the destruction of humankind or something worse will depend on two women.
Essun has inherited the power of Alabaster Tenring. With it, she hopes to find her daughter Nassun and forge a world in which every orogene child can grow up safe.
For Nassun, her mother’s mastery of the Obelisk Gate comes too late. She has seen the evil of the world, and accepted what her mother will not admit: that sometimes what is corrupt cannot be cleansed, only destroyed.

Edition : Orbit

 

Mon Avis : Je dois bien admettre que j’attendais le troisième et dernier tome de ce cycle, dont j’ai découvert les premiers volumes il y a quelques mois, lors de mon mini challenge pour les prix Hugo avec impatience . J’avais été rapidement emporté par un premier tome excellent, proposant un univers riche et prenant avec des personnages attachants (ma chronique ici), puis un second tout aussi prenant, même s’il faisait un peu transition (ma chronique ). C’est donc sans surprise que ce troisième et dernier tome a dès sa sortie rejoint ma PAL et que je me suis rapidement jeté dessus, en espérant que l’auteur maintienne le niveau des deux premiers tomes. A noter que ceux-ci ont gagné les prix Hugo de 2015 et 2016. Alors, comme souvent lors de chroniques de séquelles, il risque d’y avoir des spoilers sur les tomes précédents.

Ainsi, après un premier tome de révolution, un second tome de guerre, nous plongeons dans ce troisième tome qui va s’annoncer comme une reconstruction, une sorte de rédemption. On se retrouve toujours à suivre Essun et Nassun, la mère et la fille, dont l’affrontement est inévitable, mais The Stone Sky va aussi nous permettre d’en apprendre plus sur le passé de ce monde. Franchement, j’avoue que j’avais un peu peur de m’ennuyer dans ce tome, les grandes lignes étant tracé à la fin du second tome, pourtant une fois la dernière page tournée je dois bien admettre que j’ai à nouveau passé un excellent moment avec ce livre qui conclut de façon très très intéressante et réussie ce cycle. L’auteur a réussi à garder une certaine tension, une construction prenante qui fait que même si la rencontre finale est prévisible, le voyage des deux héroïnes ne va pas manquer de nous captiver et de nous emporter. On se retrouve ainsi à tourner les pages avec l’envie d’en apprendre plus, surtout que l’auteur a rajouté un nouveau fil rouge à son intrigue. En effet le narrateur du cycle, Hoa le Stoneater, nous raconte comment le monde s’est déchiré. Les trois fils narratifs viennent ainsi se répondre d’une façon que j’ai trouvé judicieuse, proposant de façon réussie aventures, réflexions et surprises ce qui compense largement l’impression que le récit peut paraitre balisé dans ses grandes lignes. On retrouve aussi cette tension face aux évènements qui arrivent, aux choix qui vont devoir être faits, qui monte lentement au fil des pages jusqu’à la conclusion. Alors attention, le cycle The Broken Earth n’a jamais cherché à proposer de l’action pure ou un récit sans temps morts, mais cela ne l’empêche pour autant d’offrir un climax prenant et entraînant.

L’univers que développe l’auteur depuis le premier tome s’avère toujours aussi réussi, solide et efficace surtout qu’il continue à gagner en profondeur. Ce qui me fascine surtout c’est la façon dont il est présenté, sans chercher à se plonger dans de longues descriptions, l’auteur parvient en quelques mots à rendre vivant et dense ce monde proche de la fin. On ressent ainsi clairement ce côté âpre, sauvage, violent et survivaliste qui nous est présenté, dans un style concis. C’est un vrai tour de force, car il faut trouver le juste milieu entre happer le lecteur et éviter de l’ennuyer ou de le frustrer par des vides, des absences. On découvre ainsi une planète de plus en plus proche de la fin, situation exacerbant les haines, l’envie de survivre coûte que coûte, faisant ainsi disparaitre toute morale et poussant chacun dans ses derniers retranchements. Sauf que ce dernier tome nous montre une lueur d’espoir, une possibilité d’un tant soit peu améliorer les choses. Des structures sociales vont ainsi commencer à  se mettre en place, mais cela ne se fera pas sans mal. Le jeu sur les genres de l’imaginaire devient ici de plus en plus marqué, le monde présenté n’étant pas obligatoirement un avenir possible du nôtre,mais y faisant néanmoins écho.

D’ailleurs l’autre intérêt de cet univers vient des révélations dévoilées au fil des pages sur le passé de cet univers. On va ainsi découvrir à travers les yeux de Hoa ce qui a amené l’apocalypse, l’apparition des saisons et j’avoue que l’explication présenté par l’auteur s’avère, selon moi, accrocheuse, intéressante, percutante et intelligente. Sans trop en dévoiler on découvre une sorte de monde utopiste où la technologie est très présente et cherche à en maîtriser encore plus d’aspects, certes avec un but qui reste bienveillant et honorable, mais qui n’est jamais sans conséquences. On découvre aussi que cette utopie a des failles, qu’elle cache de nombreux secrets que je vous laisse découvrir. Un flashback captivant, qui ne laisse pas indifférent. On y retrouve aussi, comme dans les deux premiers, de nombreux axes de réflexions que ce soit aussi bien sur la notion d’oppression, de différence, de rejet, d’amour, de famille, de discrimination, d’environnement, de la façon dont on gère nos ressource, notre planète, le tout traité avec énormément de justesse pour pousser le lecteur à se questionner. Un vrai travail qui ne manque pas non plus de faire écho à notre société. Un univers dur, qui est là pour nous pousser à nous demander vers quoi nous nous dirigeons, quelles influences vont avoir les actes et les choix que nous faisons actuellement. Un vrai tour de force qui prend encore plus d’ampleur avec le flashback pour moi.

Tout cela est aussi porté efficacement par les deux héroïnes que sont Essun et Nassun qui s’avèrent charismatiques et marquantes dans leur construction. N.K. Jemisin nous présente ainsi deux personnages qui ont été forgé par le monde qui les entoure, elles n’ont jamais pu franchement profiter de leurs vies à cause de leurs différences, la haine et la peur des autres. Elles ont dû faire face à un monde qui ne voulait pas vraiment d’elles et qui, dans la haine et la violence, ont continué à chercher une parcelle d’amour, un peu d’acceptation de ce qu’elles sont sans les juger, à être appréciées pour elles-mêmes et non pour l’image qu’elles projettent. Une mère et une fille qui paraissent finalement si proches dans la façon dont elles ont avancées, mais qui pourtant ont une vision différente, là où l’une continue à croire en l’espoir, l’autre sait que le seul moyen de faire disparaitre la haine est peut-être une solution plus radicale. On découvre ainsi deux héroïnes humaines, touchantes, attachantes et dont on comprend, par leur construction et leur évolution, les choix qu’elles sont amenées à faire. Un tome qui met clairement en avant la notion de lien mère/fille, ce qui rapproche l’une de l’autre, la notion d’amour, mais aussi la distance qui apparait obligatoirement devant leur évolution individuelle, le fait que Nassun n’est plus une enfant et peut prendre ses propres décisions. Une vraie réflexion sur la notion de famille et le fait de voir, d’une certaine façon, son enfant grandir, de ne pas avoir su la protéger comme il faudrait. Les personnages secondaires ne sont pas non plus en reste, proposant des profils intéressants, complexes qui apportent à l’intrigue, même si parfois j’aurai quand même aimé que certains soient un peu plus développés.

Alors certes on pourrait peut-être regretter une voir deux facilités, une fin à moitié prévisible, mais franchement, rien de bien dérangeant tant j’ai trouvé que ce dernier tome venait conclure de façon très réussie et efficace ce cycle. D’ailleurs c’est bien simple je trouve que cette trilogie mérite clairement d’être découverte tant elle offre un excellent moment de lecture, ne laisse pas indifférent et pousse à la réflexion en offrant un miroir à un possible futur plausible de notre monde. Bien entendu ce n’est que mon avis, vous pourriez tout aussi bien passer à côté, voir ne pas accrocher, mais je conseille de lui laisser une chance. Concernant la plume de l’auteur elle s’avère toujours aussi soignée, efficace et entraînante trouvant les mots justes pour happer le lecteur dans son histoire et son univers. N.K. Jemisin confirme ainsi tout le bien que je pensais de ses écrits après sa première trilogie et je lirai sans souci d’autres de ses récits.

En Résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce troisième et dernier tome de cette série qui vient clore de façon efficace et réussie The Broken Earth. J’étais un peu inquiet de ne pas accrocher à cette fin tant le chemin pouvait paraitre balisée suite à la conclusion du second tome, mais l’auteur a su relever le défi et offrir une conclusion maîtrisée et captivante. Elle a ainsi réussi à garder une certaine tension dans la dualité entre Essun et Nassun, tout en y ajoutant une nouvelle ligne d’intrigue avec un flashback sur ce qui abouti à l’apocalypse qui ne manque pas de passionner. Elle oscille ainsi efficacement entre ses trois narrations, offrant surprise, rebondissements et réflexions. L’univers construit s’avère toujours aussi fascinant à découvrir, surtout que le retour dans le passé permet de le densifier encore un peu plus. Un passé d’une certaine façon utopiste dans ses envies et ses ambitions, mais qui va se dévoiler comme on s’en doute plus complexe qu’on peut le croire. Le présent avec Nassun n’est pas en reste, avec toujours ce monde sauvage, âpre, violent mais qui amener les prémices de changement et d’espoir. Le gros point fort vient ainsi des nombreuses réflexions qui sont soulevées au fil des pages. Que ce soit sur les discriminations, le rejet, l’extinction, le fanatisme, l’environnement, la façon dont on gère notre planète, la famille, l’amour ou encore l’endoctrinement cela ne laisse pas le lecteur indifférent. Surtout que N.K. Jemisn le fait avec justesse, sachant nous toucher et, je trouve, nous pousser à nous remettre en cause. Les personnages sont captivants, denses nous présentant deux héroïnes charismatiques, touchantes et attachantes. Deux visions d’un monde sans merci et violent, mais où l’une garde espoir, là où la seconde, face à l’horreur, ne voit que la fin pour permettre de tout arranger. Les personnages secondaires ne sont pas non plus en reste s’avérant réussis. Alors certes on pourrait reprocher une deux facilités, une fin en partie attendue, mais le tout est balayé par la réussite de l’œuvre bien porté par une plume efficace, soignée et entrainante. Je conseille la découverte de cette œuvre, je ne dis pas qu’elle vous plaira obligatoirement, mais faites-vous une idée car il serait, pour moi, dommage de passer à côté.

 

Ma Note : 9/10

The Broken Earth Book 2, The Obelisk Gate – N.K. Jemisin

Résumé : THIS IS THE WAY THE WORLD ENDS… FOR THE LAST TIME.
The season of endings grows darker as civilization fades into the long cold night. Alabaster Tenring – madman, world-crusher, savior – has returned with a mission: to train his successor, Essun, and thus seal the fate of the Stillness forever.
It continues with a lost daughter, found by the enemy.
It continues with the obelisks, and an ancient mystery converging on answers at last.
The Stillness is the wall which stands against the flow of tradition, the spark of hope long buried under the thickening ashfall. And it will not be broken.

Edition : Orbit

 

Mon Avis : Après The Fifth Season, premier tome du cycle, qui m’avait offert un excellent moment de lecture (ma chronique ici), je me suis rapidement lancé dans la lecture de cette suite, The Obelisk Gate qui est nominée aux Hugo Awards de cette année. J’avoue que j’avais hâte de savoir ce qu’allait proposer l’auteur dans ce second tome. Concernant l’illustration de couverture elle est dans la même lignée que le premier tome et je la trouve sympathique. Alors par contre, je vous préviens tout de suite, je pense que je vais devoir spoiler le premier tome donc évitez peut-être de vous lancer dans la lecture de cette chronique avant d’avoir lu le précédent roman.

On avait quitté à la fin du premier tome Essun qui, a défaut d’avoir pu retrouver sa fille et se venger de son mari, avait été accueilli au sein d’une communauté qui cherche à vivre de façon égalitaire avec les orogènes. Elle y avait aussi retrouvé Albaster, très mal en point, qui lui avoue que c’est lui qui a lancé la dernière grande catastrophe qui a plongé la terre dans cette nouvelle saison apocalyptique et qui lui demande de poursuivre son œuvre qui aurait un but plus grand. Alors que dire de ce second tome. Il ne manque clairement pas de qualités et se révèle encore plus dense, je trouve, que le premier tome à travers les nouveaux personnages présentés ou bien encore dans les développements de l’intrigue. Pourtant, je dois bien admettre que j’ai trouvé ce second tome un chouïa moins prenant que le précédent, souffrant très légèrement de la malédiction du second tome qui fait qu’il m’a paru un peu trop attentiste à certains moments histoire de garder encore plus de mystères pour la suite. Cela n’empêche pas pour autant l’intrigue de gagner en intérêt et en complexité, principalement avec le développement de personnages secondaires absents du premier tome comme Schaffa ou encore Nassun la fille d’Essun.

Concernant l’univers, même s’il perd un peu de son aspect nouveauté, il reste franchement captivant à découvrir et surtout il gagne encore un peu en densité dans cette suite tout en offrant quelques révélations sur les buts de certains camps. Je trouve que ce tome joue aussi plus sur les genre, donnant l’impression que ce monde à l’agonie pourrait être un avenir possible du nôtre. L’insouciance de l’Homme aurait-elle amené peu à peu le monde à sa perte, rien n’est clairement défini, l’auteur restant exprès dans le flou, mais en tout cas ce doute questionne le lecteur, comme par exemple sur l’idée de ce que nous faisons de notre planète. On en apprend aussi un peu plus sur la conséquence de ces instabilités géologiques, sur les obélisques, mais aussi sur les orogènes, les Stone Eaters et leur importance. Les pions se mettent en place et Essun va devoir faire un choix, entre devoir apprendre le maximum d’Alabaster pour tenter un dernier geste de folie et de génie ou bien simplement retrouver sa fille dans une quête de pardon et de vengeance.

L’univers présenté s’avère aussi encore un peu plus sombre. Il faut dire qu’il va entrer dans une ère obscure, une des plus longues saisons ou l’humanité n’est pas sûre de s’en sortir au vu des dernières prévisions. Cela exacerbe obligatoirement les tensions, mettant hors-jeu toutes les règles qui existaient et offraient un vernis de moral, pour ne se concentrer que sur la survie. Les communautés doivent donc se souder, mais ne peut empêcher les guerres d’autres communautés jalouses ou moins préparés, les pillages et le conflit liés aux dernières ressources. Mais même en interne des tensions ne peuvent qu’apparaitre, il faut que tout le monde œuvre pour la survie de la communauté sinon des choix devront être fait. La politique évolue donc vers quelque-chose de plus centré sur les congrégations et aussi plus directe, plus vraiment de lois, mais des choix à prendre et parfois rapidement. C’est ce que va découvrir Essun qui va surtout devoir faire face à de nombreux péripéties et parfois devoir entrer en conflit pour mieux avancer même si elle ne souhaiterait finalement que vivre une vie paisible.

Le récit nous pousse ainsi à nous questionner, nous offrant des réponses à des actes et des actions menés par certains tout en nous faisant réfléchir sur les choix que l’on aurai pu faire à leur place. Il nous questionne aussi, d’une certaine façon, sur quels sont nos réponses à une planète qu’on laisse s’éteindre de plus en plus vite, d’année en année et dont on préfère peut-être croire des faits alternatifs. Tout du moins c’est ce que m’a fait ressentir ce roman. Mais la réflexion principale vient clairement de cette notion de discrimination des orogènes, qu’on ressent principalement au niveau de la narration qui tourne autour de Nassun et surtout de sa relation étrange avec son père qui la pousse à changer, à abandonner sa différence, ce qu’elle est, pour le simple fait de la rendre comme les autres et ainsi pouvoir l’aimer à nouveau. C’est abject, mais pourtant ça sonne tellement juste et on peut y trouver de nombreux parallèles avec notre société. Alors oui, l’auteur nous propose un récit plein de réflexions, engagé, mais elle le fait de façon raisonnée et intelligente ce qui rend l’ensemble encore plus saisissant à mon avis.

Concernant les personnages, ils s’avèrent toujours aussi denses et intéressants à découvrir et surtout ils doivent évoluer, faire des choix devant un monde en plein bouleversement. J’avais un peu peur que des nouveaux protagonistes principaux viennent diluer l’intérêt du récit et pourtant, même si le démarrage casse un peu le rythme je trouve, ils viennent s’insérer de façon plus qu’efficace dans le récit. Schaffa et Nassun viennent ainsi offrir une nouvelle vision de l’intrigue, de ce monde et, en plus de s’avérer être des personnages intrigants, entrainants et soignés, ils apportent ainsi quelque chose de neuf, de différent. Essun, elle, nous happe facilement par les changements auxquels elle va devoir faire face, elle va devoir apprendre rapidement et surtout s’imposer dans ses actes. Sa relation avec Albaster est toujours aussi intense et percutante. Mais surtout ce qui se démarque c’est la diversité des personnages présentés, chacun d’entre eux ayant une personnalité et une vie propres. L’intrigue voit aussi les fils rouges s’éclaircir, les « clans » se dessinent peu à peu et les objectifs des uns et des autres deviennent ainsi plus claires. Les pièces se mettent doucement en place et on a l’impression de voir commencer à se dessiner les choses, même si de nombreux mystères restent encore voilés.

Alors après, comme je l’ai dit, on sent un peu que ce roman est un second tome, comme par exemple dans le rythme qui se veut par moment légèrement attentiste, ainsi que dans certaines révélations qui prennent un peu trop leur temps je trouve. Il n’y a rien de franchement bloquant là-dedans, mais cela m’a donné l’impression d’un second tome un petit peu moins prenant que le premier. J’ai tout de même passé un très bon moment de lecture avec ce roman, toujours porté par une plume efficace, soignée et entrainante. A noter aussi que la narration à la seconde personne prend tout son sens dans ce second tome. Je pense me lancer rapidement dans le troisième tome qui devrait sortir en VO le 15 août 2017.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec la suite de ce cycle, malgré le fait que je l’ai trouvé un peu moins prenant que le premier. Oh rien de très dérangeant, mais il subit un peu la malédiction du tome deux, avec sur certains aspects un sentiment attentiste peut-être un chouïa trop poussé. Cela n’empêche pas pour autant l’univers de gagner en densité et intérêts, les fils rouges commencent à se révéler, les camps à se dévoiler ainsi que les buts de chacun. Le monde dévoilé continue à jouer, je trouve, avec les genres et les lecteurs , mais surtout il continue à nous faire réfléchir sur de nombreux points que ce soit dans la façon dont nous voyons notre terre, mais aussi sur le rejet des différences principalement à travers la narration sur Nassun qui ne laisse pas indifférente. Concernant les personnages ils continuent à se développer à se densifier et l’arrivée des nouveaux protagonistes principaux vient apporter quelque-chose de neuf. Les personnages secondaires ne sont pas non plus en reste et leur diversité vient aussi apporter un plus à l’ensemble. Les héros vont devoir faire des choix dures, dans un univers sombre et sans pitié et on se retrouve facilement happé par ce récit. Au final même si sur certains aspects le côté attentiste se fait ressentir, ce second tome m’a tout de même fait passé un très bon moment de lecture bien porté par une plume efficace, soignée et entraînante. Je lirai la suite, qui sortira en VO le 15 août 2017, avec grand plaisir.

 

Ma Note : 8/10

The Broken Earth Book 1, The Fifth Season – N.K. Jemisin

Résumé : This is the way the world ends…for the last time.
A season of endings has begun.
It starts with the great red rift across the heart of the world’s sole continent, spewing ash that blots out the sun.
It starts with death, with a murdered son and a missing daughter.
It starts with betrayal, and long dormant wounds rising up to fester.
This is the Stillness, a land long familiar with catastrophe, where the power of the earth is wielded as a weapon. And where there is no mercy.

Edition : Orbit

 

Mon Avis : Je continue de me lancer dans les chroniques des lectures liées aux Hugo Awards, de cette année pour lesquels j’ai voté pour la catégorie meilleur roman. Cette fois je me lance dans la nouvelle trilogie de N.K Jemisin : The Broken Earth. L’auteur ne m’est pas inconnue (contrairement aux autres auteurs nominés dont je n’avais encore rien lu), puisque je m’était laissé emporté dans sa Trilogie de l’Héritage (chronique du Tome 1, Tome 2, Tome 3) qui m’avait offert un excellent moment de lecture. Concernant l’illustration de la couverture je la trouve très sympathique. À noter que ce roman à gagné par le prix Hugo 2016 du meilleur roman.

Ce roman nous plonge sur une terre instable, traversée régulièrement par des mouvement géologiques plus ou moins importants et mortels. Des villes entières peuvent ainsi disparaitre. Les Hommes tentent d’y survivre comme ils peuvent, dans l’attente d’une nouvelle grande catastrophe qui remettra tout en cause et ouvrira une nouvelle saison. On se retrouve ainsi à suivre trois fils de narration, à travers trois femmes : Essun, Damaya et Syenite qui sont toutes le trois des orogènes. Les orogènes sont des gens capables de manipuler les forces géologiques, mais voilà ils sont loin d’être appréciés. Je dois admettre qu’une fois la dernière page tournée j’ai passé un excellent moment de lecture avec ce premier tome. N.K. Jemisin nous offre une introduction captivante à son nouveau cycle, que ce soit dans l’univers qu’elle construit, dans les personnages que l’on découvre, mais aussi dans les nombreuses questions qu’elle soulève. Pour moi ce roman est à la fois percutant, sombre, fort, touchant et intelligent, tout en se révélant juste et maîtrisé. L’auteur nous offre aussi un travail sur la narration assez étrange, puisque celle qui concerne Essun est à la deuxième personne, qui pourra peut-être en déranger certains, mais que j’ai trouvé pourtant prenante. D’ailleurs je me demande comment va s’en sortir le traducteur avec le choix entre le tu et le vous.

Concernant l’univers qui est présenté, l’auteur, je trouve, nous propose quelque-chose d’original, où la magie est aussi liée aux « catastrophes » de ce monde et où tout repose sur la géologie et les mouvements tectoniques. Franchement je trouve l’idée de base intéressante et l’auteur la développe de façon clairement efficace, soignée et prenante. De plus cette magie repose sur des explications simples et très didactiques, sans jamais en faire de trop ou se révéler trop lourdes. Alors, mes cours de géologie remontent à trop loin pour que je propose une comparaison scientifique, mais en tout cas l’ensemble se fond parfaitement dans l’univers qui est construit et parait logique et cohérent. L’aspect politique et social s’avère aussi intéressants à découvrir, où l’on découvre un monde perpétuellement en survie, où l’on peut disparaitre à tout moment par une catastrophe inattendue. Cela donne l’impression d’être sur un monde en fin de vie où la terre, la nature est devenue le plus grand ennemi de tous. D’ailleurs le fait que Father Earth soit aussi au centre de leur culture n’est pas anodin.

Cela a ainsi fortement impacté l’aspect aussi bien sociologique et politique de ce monde, il a ainsi fallu s’adapter à la dangerosité de ce monde ce qui a obligatoirement amené une certaine disparité entre les zones sûres des zones à risques. Les villes sont ainsi autonomes les unes des autres, pour éviter tout danger de dépendance, tout en maintenant des liens commerciaux. Pourtant cela n’empêche pas un ordre plus grand d’exister comme cette loi en cas de saison qui montre clairement qu’au moindre danger on devient égoïste. Fermeture des villes avec interdiction de sortir, encore moins d’entrer sauf si vous apportez un plus à la communauté, obligation à tous d’œuvrer pour la communauté. On découvre ainsi un monde âpre, violent voir sauvage, qui ne laisse pas insensible et nous pousse à nous poser des questions sur la façon dont nous réagirions dans la même situation. Mais le plus fascinant vient des règles qui sont ancrées depuis la naissance, qui ne sont jamais remises en cause, acceptées comme des vérités alors que l’on découvre peu à peu au fil du récit qu’elles ont connu de nombreux changement et de nombreuses variations qui ont été oubliées et effacées. On se retrouve ainsi à réfléchir sur la notion d’histoire, l’importance des écrits et aussi de les remettre en cause si nécessaire pour se faire son propre avis. En effet pourquoi le faire quand tout est écrit et que, de toute façon, les chances de survivre ne sont pas très grandes.

Cela se ressent ainsi principalement sur tout ce qui concerne les orogènes qui sont clairement considérés comme des monstres par l’ensemble de la population alors qu’ils ont le pouvoir de tous les sauver, mais aussi d’un autre côté de les détruire. A partir de là ils deviennent des rejetés et sont soit tués dans la plus grande impunité, soit envoyés au Fulcrum qui se sert d’eux. On le voit ainsi à travers les trois portraits que nous développe et qu’entrecroise l’auteur. On rencontre ainsi la jeune Damaya qui a subi la haine de sa famille depuis qu’elle a découvert qu’elle était orogène et est envoyée au Fulcrum. Elle espère y trouver une vie plus saine, une famille, mais va se rendre compte que dans un tel monde la souffrance règne. On suit aussi Syenite qui est envoyée en mission avec l’un des plus puissant orogène, Alabaster, mais à qui on ordonne aussi de coucher avec lui pour permettre la naissance de nouveau orogènes puissants. Enfin on découvre Essun qui a découvert que son mari a assassiné son fils lorsqu’il a constaté que celui-ci était orogène et qui se lance à sa poursuite pour sauver sa fille et se venger. Trois portraits de femmes franchement charismatiques, denses, qui ne m’ont pas laissés indifférent se révélant humains, avec leurs forces et leurs faiblesses et devant composer avec un monde qui ne les accepte pas et qui ne manque pas de leur faire savoir. Des femmes qui doivent se défendre, se battre régulièrement pour avoir le droit d’exister. Mais aussi des orogènes qui n’ont d’autres choix que de se soumettre à des règles qui ne sont pas faites pour eux, mais pour le bien des autres. Et au milieu de tout cela, on trouve les Gardiens que je vous laisse découvrir.

Comme je l’ai dit ce roman nous offre aussi de nombreuses réflexions que ce soit sur la survie, l’amour, la sexualité, notre vision du monde ou bien encore sur l’endoctrinement et notre capacité à trouver la vérité, une vérité qui nous convient. C’est, je trouve, un roman qui ne laisse pas indifférent, et s’avère percutant et travaillé dans les questions qu’il soulève. Une certaine tension se met ainsi en place qui monte au fil des pages, nous happe pour aboutir à une conclusion qui s’avère percutante et pleines de surprises. Le rythme mis en place ne cherche ainsi pas le sensationnel et l’explosif à chaque page, mais ne manque pas d’offrir un récit maîtrisés entre construction d’univers, de personnages et ses rebondissements, ses révélations offrant ainsi de nombreux mystères à peine dévoilés qui nous poussent à vouloir lire la suite. Alors c’est vrai, parfois l’auteur tire peut-être un peu trop en longueur un ou deux passages, mais franchement rien de dérangeant. La plume de l’auteur est soignée, efficace et nous plonge facilement dans ce premier tome qui offre, je trouve, une introduction excellente et intelligente qui me donne franchement envie de lire la suite.

À noter que ce roman sera publié en VF le 6 septembre 2017 aux éditions J’ai Lu Nouveaux Millénaires sous le titre La Cinquième Saison.

En Résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman qui nous offre un premier tome intelligent, percutant efficace et qui ne manque pas d’originalité. Déjà l’univers nous plonge sur une terre instable où des mouvements géologiques occasionnent des catastrophes plus ou moins graves. L’humanité se retrouve ainsi continuellement à s’adapter, avec peu de chances de survies. Au milieu de tout cela se trouve les orogènes, magiciens qui peuvent influencer ces mouvements géologiques. Un univers original, qui ne manque pas d’attrait et que l’auteur développe de façon efficace, captivante et maîtrisée. Mais surtout cet univers ne laisse pas indifférent que ce soit dans la façon dont il a évolué, dans son aspect politique comme dans son aspect social. On se retrouve ainsi à réfléchir et à se poser des questions comme par exemple sur les règles, leurs survies ou encore sur les orogènes considérés comme des monstres pour mieux les maîtriser. Cela se ressent dans le destin des trois femmes que l’on suit tout du long, où l’on découvre des héroïnes fortes, charismatiques, humaines avec leurs forces et leurs faiblesses qui doivent faire face à un monde qui ne les comprendre, ne cherche pas à les comprendre et ne les accepte pas. Le récit nous fait aussi réfléchir sur de nombreux sujets comme la notion de choix, l’amour, la sexualité, le rejet de ce qui est différent et d’autres encore et surtout le fait de façon efficace et percutante. La plume de l’auteur est soignée, efficace et même si un ou deux passages m’ont paru un peu long elle nous happe très facilement dans son récit. Une excellente introduction qui donne envie de lire la suite.

 

Ma Note : 8,5/10