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Utopiales 2016, Anthologie – Collectif

Résumé : En 2016, les treize nouvelles de l’anthologie officielle des Utopiales s’interrogent sur la thématique de la machine.
Pèle-mêle, on y croise ainsi une vieille dame artificielle pas décidée à mourir, un diable lumineux gardant un terrible secret, un homme dont plus de 50 % du corps a été remplacé par des prothèses, une femme robot aux charmes ambigus…
… mais aussi un concert virtuel plus vrai que nature, des tofus permettant de voyager dans l’espace, une course-poursuite de magiciens, un étrange artefact martien, un gentleman aux manières trop parfaites, un jeu vidéo meurtrier, une montre à l’origine de curieux décalages temporels, des truites psalmodiant en choeur «Innsmouth» et même André Brahic et une licorne.
Treize textes pour s’émerveiller, s’interroger et se marrer franchement, portés par treize plumes incontournables de l’imaginaire actuel, francophone comme étranger.

Edition : Actu SF

 

Mon Avis : On ne change pas une tradition et, comme depuis maintenant quelques années, quand je participe à un festival je repars dans la majorité des cas avec l’anthologie associée. Concernant les Utopiales, c’est aussi pouvoir se lancer dans une lecture commune avec Marie-Juliet, mon acolyte de LC depuis quelques temps maintenant. Cette année le thème de l’anthologie est « La Machine », et le recueil est composé de treize nouvelles d’auteurs différents. Concernant la couverture, illustrée par Denis Bajram et reprenant l’affiche du festival, je la trouve très sympathique et efficace. Comme souvent on retrouve une préface efficace, qui nous offre de bonnes réflexions sur le thème du recueil et s’avère soignée, même si parfois pas facile d’accès.

La Vieille Dame de Simon Bréan : Cette nouvelle nous plonge dans un monde futuriste ou les IA ont, d’une certaine façon, pris le contrôle du bien-être de l’humanité. On se retrouve à suivre un homme, dont le métier est d’accompagner les IA « en fin de vie » dans leurs derniers instants. On découvre ainsi un texte qui se révèle efficace, bien porté par la tension qui se développe entre les deux protagonistes dans leur duel. Le texte offre aussi quelques réflexions intéressantes, qui ne manquent pas d’apporter un plus à l’ensemble et le tout est soutenu par une plume simple et entraînante. Au final une nouvelle solide, qui ouvre plutôt bien ce recueil des Utopiales.

Pour Hesperia et Pour la Gloire d’Ann Leckie : Cette nouvelle propose de découvrir la lettre d’un homme qui cherche à expliquer à un certain Mr Stephens les évènements étranges qui sont survenus chez lui. Franchement cette nouvelle est principalement un hommage à la SF pulp, un peu comme le proposait Brackett et Hamilton ou bien encore John Carter. Le soucis c’est que mis à part cette ambiance suranné intéressante, le reste ne suit pas. Le mystère n’a pas le temps d’exister qu’il est déjà résolu, la fin manque clairement de tension et d’intérêt et l’intrigue est traitée trop rapidement. Le tout m’a ainsi paru trop court, comme si le format nouvelle ne suffisait pas, ce qui est dommage. Reste une nouvelle qui se lit vite, mais qui s’oublie tout aussi vite je trouve. Après cette nouvelle a été initialement publié en VO pour un magazine dont le numéro proposait comme thème le cliché, ce qui lui correspond mieux et m’aurai moins dérangé que dans une anthologie tournant autour des machines

Deep Space Mine de Catherine Dufour : Cette nouvelle est une réédition d’un texte de l’auteur : Mémoires Mortes. On suit ainsi une jeune fille, dans un monde futuriste de plus en plus connecté, qui va mener l’enquête après la disparition de son frère. Mon ressenti concernant cette nouvelle est plutôt ambigu, autant les axes de réflexions présents sur l’adolescence et ce monde futuriste ne manquent pas d’attrait, le rythme est percutant et entraînant, et pourtant le côté un peu « trash » du style, quelques transitions étranges et certaines révélations un peu tiré par les cheveux ont fait que je n’ai jamais vraiment réussi à complètement entrer dans le récit. Cela vient clairement de moi, je lirai quand même le recueil de l’auteur pour me faire un avis plus tranché.

La Machine de l’Année de Raphaël Granier de Cassagnac : Cette nouvelle nous fait découvrir un homme possédant plus de 50% de son corps greffé cybernétiquement. Une nouvelle que j’ai trouvé sympathique, plutôt efficace par sa narration alternant plusieurs époques, un peu comme un puzzle, et qui offre une réflexion, certes un peu convenu, mais intéressante, sur la notion d’Homme et de machine. Cette nouvelle s’intègre dans l’univers des romans de l’auteur, ce qui se fait parfois un peu ressentir, mais rien de trop dérangeant. Pas obligatoirement un grand texte, mais au final un récit divertissant.

Fin de Partie de Lev Grossman : Alors cette nouvelle est étrange, on se retrouve à suivre une jeune femme, magicienne, en mission d’entrainement. Pourquoi elle est étrange? Car on est clairement dans le genre de nouvelles tellement imbriquées dans un univers déjà existant, à travers les romans de l’auteur, que j’ai l’impression que si on ne les a jamais lus on a du mal à en comprendre l’utilité et à entrer dans le récit. Pourtant, le texte ne manque pas d’action, de rebondissements et se révèle sans temps mort, mais voilà une fois la dernière page tournée je suis beaucoup trop resté sur ma faim pour vraiment accrocher. C’est frustrant.

Le Diable d’Estelle Faye : Cette nouvelle est la première qui, je trouve, se détache  franchement de ce recueil. Elle nous plonge dans un futur post-apocalyptique où la technologie est interdite par la religion. Un texte, comme souvent avec l’auteur, qui s’avère sombre, poétique et humain. Gabriel, le personnage principal, a réussi à me happer rapidement que ce soit à travers sa complexité,  ses réflexions comme son évolution. L’auteur nous propose aussi de réfléchir sur de nombreux sujets comme la religion, l’importance de la technologie et ses conséquences ou bien encore sur nous-même. Un très bon texte, prenant et bien maîtrisé qui m’a captivé du début à la fin.

La Montre de Ménéas Marphil : On plonge avec cette nouvelle dans la ville de Montpellier, où des étudiants, fan de la série Fringe, décident de faire une blague à l’un de leur ami. Franchement l’idée de base n’est pas mauvaise et aurait pu se révéler sympathique, sauf que voilà je n’ai jamais clairement réussi à entrer dans ce récit. L’auteur en fait trop, principalement dans les explications, ce qui fait que j’ai trouvé cette nouvelle trop longue. De plus certains tics de langage est un style trop didactique à mon goût ont fait que je ne me suis pas obligatoirement senti le public cible pour cette nouvelle. Il faut dire aussi que je ne suis pas le genre de lecteur qui apprécie trop qu’on lui tienne la main, j’aime un peu de mystère et de découverte, hors là tout est aussi trop balisé pour moi je trouve.

Purple Brain d’Ugo Bellagamba : Cette nouvelle est plus, selon moi, une nouvelle hommage à André Brahic, scientifique reconnu qui a participé au festival et qui est décédén en 2016. Personnellement, concernant le texte, il n’est pas mauvais, se laisse lire et possède même une certaine poésie à travers certaines scènes dans l’espace. Mais voilà, pour moi ,il tombe justement un peu trop dans l’hommage, à travers un récit un peu trop simple et une conclusion convenue qui ne sert juste à mettre en avant con héros. Au final une nouvelle plutôt sympathique, qui se laisse lire, qui est loin de m’avoir marqué, mais qui devrait, je pense, toucher les lecteurs qui ont connu André Brahic.

Tokyodôme d’Olivier Paquet : Suite à la séparation d’un groupe de rock japonais, un de leur plus grand admirateur décide de créer virtuellement leur concert au Tokyodôme qui n’a jamais pu avoir lieu. Ce concert va alors rencontrer un succès inattendu et exceptionnel. J’ai trouvé cette nouvelle très réussie que ce soit dans le monde que développe l’auteur, comme dans la complexité des personnages présentés, mais aussi des réflexions présentées. Ce concert va ainsi profondément faire évoluer les membres de ce groupe et le tout est présenté de façon humaine et plus que convaincante. Il y a aussi tout du long ce travail sur la virtualité qui permet parfois de magnifier le réel et les questions que cela peut soulever. Au final une nouvelle réussie et prenante, qui m’a offert un très bon moment de lecture.

Modèle Mika de Paolo Bacigalupi : De nouveau une très bonne nouvelle avec ce texte qui nous plonge dans un avenir indéterminé, ou un policier voit débarquer une jeune femme qui vient se rendre pour un meurtre qu’elle vient de commettre. Le problème c’est que la jeune femme est en fait un robot. Le récit est bien construit, maîtrisé et surprenant offrant un texte intéressant à découvre et intelligent. Certes la notion d’humanité de la machine a déjà été traité de nombreuses fois, mais cela n’empêche ce récit de le faire de façon solide et intéressante. J’aurai peut-être aimé qu’il soit un peu plus long, mais cela ne l’empêche pas de s’avérer très réussi avec des personnages efficaces et complexes et quelques surprises.

Un Gentleman de Gérard Klein : Cette nouvelle est une réédition d’un texte de l’auteur de 1968. On découvre ainsi un homme, grand gentleman, qui n’arrive pas à trouver l’amour de sa vie dans un futur où être un gentleman est devenu désuet. On est ici dans une nouvelle à chute qui se laisse lire, mais n’a rien de vraiment marquant. La chute est devinable très rapidement et l’ensemble est parfois un peu trop simpliste pour vraiment s’avérer percutant. Cela n’a pas empêché un débat entre Marie Juliet et moi concernant la conclusion, mais je n’en dirai pas plus pour ne pas vous gâcher la fin. Un texte que je classerai dans le vite lu, apprécié un minimum, mais rien de transcendant.

La Caverne aux Tofus de Jean Pettigrew : Alors ce texte est un peu étrange, on est clairement dans de la SF pleine d’humour et avec un côté absurde, sauf que j’avoue je suis resté hermétique à l’humour présenté. Il faut dire que l’auteur propose un monde où les règles et les lois scientifiques deviennent de plus en plus loufoque sans aucune véritable explication, ni tentative de cohérence, simplement pour faire de l’humour ce qui a du sûrement me bloquer. Je ne doute pas que cela fera rire d’autre lecteurs, mais j’avoue de mon côté je suis complètement passé à côté.

Le Truc qui Ressemble à une Machine de Karim Berrouka : De nouveau une nouvelle pleine d’humour où un homme récupère une drôle de machine. Un jour il va vouloir la tester et, à partir de là, les ennuis commencent. J’avoue j’ai plus accroché à ce genre d’humour, certes c’est barré mais l’ensemble ne donne pas l’impression de partir dans tous les sens. Une nouvelle plus que divertissante, qui m’a fait sourire, bien porté par des personnages loufoques et entraînants. Alors après c’est vrai que ce n’est pas le premier texte de l’auteur que je lis, loin de là, ce qui fait que certaines mécaniques, que ce soit dans la construction du récit ou des blagues, sont prévisibles, mais cela n’empêche pas l’ensemble de s’avérer plus que sympathique.

En Résumé : Je dois bien admettre que le cru 2016 de l’anthologie des Utopiales est loin de m’avoir vraiment captivé comme avait pu le faire celle de l’année dernière. Il y a bien trois textes qui sortent du lot, mais le reste oscille entre le moment de lecture plutôt sympathique et ceux qui ne m’ont pas accrochés. L’ensemble des nouvelles propose pourtant des récits variés avec beaucoup d’idées développées, même si toutes ne répondent pas pour moi à la thématique initiale, mais voilà il manquait un petit quelque-chose pour complètement m’emporter je pense. Au final un sentiment plutôt mitigé, même si l’ensemble se laisse tout de même lire facilement.

 

Ma Note : 5,5/10

 

L’avis de Marie Juliet.

 

Autres avis : Xapur, Au Pays des Cave Trolls,  …

Jardin D’Hiver – Olivier Paquet

jardin d'hiverRésumé : Dans le contexte du réchauffement climatique, un conflit est né en Europe entre des ingénieurs réunis sous la bannière du Consortium et des groupes écoterroristes de la Coop. Cette guerre dure depuis près de 20 ans, suite à un incident appelé « le crime du siècle ». Chaque camp a développé ses propres armes : des animaux-robots pour les ingénieurs, des plantes mécanisées pour les écologistes.
La Tchaïka, que pilote Natalia, abrite une bande de cosaques qui récupèrent des pièces détachées après les combats et dont la philosophie se résume à cette maxime : « Nous sommes des contrebandiers, des gens qui refusent d’appartenir à un camp au nom de notre choix d’emmerder le monde. »
Un soir, sur un champ de bataille, ils tombent sur un inconnu amnésique au comportement étrange. Cette découverte leur fera traverser l’Europe à la recherche du passé de l’homme qu’ils ont accueilli et des germes du futur.

Edition : L’Atalante

 

Mon Avis : Pour ceux qui suivent ce blog, ils savent qu’Olivier Paquet fait parti des auteurs dont je suis les sorties littéraires avec attention. En effet ces précédents romans m’ont toujours fait passer de bons moments de lecture, offrant des récits intelligents, poétiques et efficaces. C’est donc sans surprise que, quand son dernier roman a été publié, ait rejoint rapidement ma PAL avec l’envie de découvrir ce qu’il allait bien pouvoir offrir. A noter aussi la couverture, illustrée par Aurélien Police, que je trouve franchement magnifique.

On se retrouve ainsi avec ce roman, plongé dans un futur incertain pour l’Europe, où une guerre fait rage entre ce qui pourrait être considéré comme le clan des ingénieurs et le clan des écologistes. Chaque parti a ainsi développé des armes de plus en plus meurtrières et destructrices, pourtant le conflit s’enlise. On suit ici des contrebandiers, « chasseurs » de pièces détachées, qui vont recueillir un jeune homme amnésique. Cette rencontre va alors amener son lot de bouleversement, voir même modifier le conflit. Une fois la dernière page tournée, je dois bien avouer que j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce livre. L’auteur nous propose ainsi un roman d’aventures qui, dès le premier chapitre, a réussi me happer, offrant ainsi un récit vivant, sans véritable temps mort, énergique. Entre rebondissement, retournements de situations et surprises, le rythme du récit s’avère efficace et entrainant et je me suis retrouvé à tourner les pages avec plaisir et envie d’en apprendre plus concernant cette intrigue complexe, dense et pleine de manipulations. Il arrive aussi, entre des phases plus nerveuses, à poser efficacement son récit et ses réflexions. Alors après on pourrait reprocher certaines coïncidences un peu faciles et certaines péripéties traitées rapidement qui, certes, maintiennent un rythme tendu, mais sont parfois légèrement simples, mais bon, franchement, rien de non plus trop dérangeant tant je me suis laissé porté par cette intrigue percutante, entraînante, mais aussi intelligente et travaillée.

L’univers construit tout le long du récit m’a clairement paru intéressant et prenant, mais surtout m’a paru franchement immersif. On découvre ainsi une Europe déchirée, en pleine guerre destructrice, qui est franchement crédible, logique que ce soit dans son aspect politique comme dans sa géographie qui a changé suite au réchauffement climatique. L’auteur a aussi fait évoluer les villes, dans leurs architectures et leurs constructions. L’ensemble se révèle ainsi cohérent et ne manque pas non plus de résonner avec notre société actuelle. L’aspect politique ne manque pas non plus d’attrait, que ce soit d’un point de vue globale avec cette guerre entre les deux factions, comme dans les jeux et les trahisons de chacun. On pourrait reprocher que les deux camps, ingénieurs et écolo, rendent l’ensemble un peu binaire, mais il arrive à insérer assez de nuances dans chaque camp pour éviter d’avoir un tel ressenti. Aucun des deux camps n’est ainsi blanc ou noir, ils sont capables tous les deux du pire. De plus le Sanctuaire, même si pas aussi imposant que les deux autres factions, joue un peu le rôle de contre-poids.

Attention ce roman n’est nullement un roman politique, cette guerre repose sur des grandes idées concrètes, mais qui restent un peu abstraites vu que l’intérêt du roman est plus d’en montrer l’absurdité et surtout de suivre les aventures des héros. Mais là où j’ai le plus accroché à l’univers c’est, j’avoue, dans les nombreuses technologies qui sont dévoilées au fil des pages. L’imagination de l’auteur, foisonnante, nous présente de nombreuses idées captivantes qu’il arrive à lier de façon efficace les unes avec les autres. Que ce soit les daemons, les IA ou encore les plantes intelligentes, l’ensemble est plus que convaincant. Il y a aussi un petit côté « manga », que je ne dévoilerai pas, qui ressort de cet univers, qui pourrait certes en bloquer peut-être certains, mais qui, je trouve, apporte un plus à l’ensemble. Au final un univers qui donne clairement envie d’en apprendre plus.

L’autre point intéressant du roman vient des idées que soulève le récit. Principalement dans cette idée de vouloir remettre la technologie en avant, de ne pas vouloir tomber dans une sorte de diabolisation de celle-ci comme on peut le voir régulièrement. Il nous rappelle ainsi clairement que, du point de vue de la nature comme des inventions, ce sont les Hommes qui s’en servent qui les pervertissent souvent. Par contre je ne sais pas si c’est souhaité, mais j’ai trouvé qu’Olivier Paquet prenait le contre-pied d’Asimov dans sa vision, ne mettant pas en place de loi à ses machines et en offrant une explication intéressante. Il y a ainsi une vraie notion de fond sur ce sujet qui, sans nous être imposé, s’avère pertinente, nous montrant qu’on peut vivre avec la technologie si elle est réfléchie. L’auteur ne s’arrête pas là, il développe aussi des réflexions sur la façon dont on traite la planète, qu’on la transforme selon nos désirs sans aucune réflexion. Mais aussi sur la morale de nos actes, sur notre rapport avec les autres ou encore avec la nature, mais aussi sur l’avenir. Enfin il nous offre aussi un travail intéressant sur ce qui nous définit, notre identité, principalement à travers les deux héros, personnages perdus dans ce qu’on a fait d’eux, leurs rêves, leurs attentes. Ils se cherchent, ils évoluent, ils mentent aux autres et même à eux mêmes, et vont devoir trouver une place. Au final un travail de fond intéressant qui, certes parfois, s’offre quelques facilités, mais ne manque pas d’intérêt et m’ont fait réfléchir.

Concernant les personnages, ils sont très intéressants à découvrir et à suivre. ils sont humains, possédant leurs forces et leurs faiblesses, loin de tout manichéisme. Je me suis ainsi rapidement attaché au couple Laurée et Innocent qui, dans leur façon d’avancer, d’évoluer et de voir le monde, m’ont touchés. On se retrouve avec deux héros efficaces, complexes, soignés, que ce soit dans leurs côtés sombres, comme dans leurs côtés clairs. Au fil de leurs évolutions une véritable alchimie se dégage d’eux. Les personnages des contrebandiers ne sont pas en reste, on y retrouve un peu cette idée de « pirates » plein de gouaille, charismatiques, qui ne veulent pas prendre de camp, ne cherchent qu’à vivre libre, sans entraves et j’avoue cela fonctionne bien. Concernant les autres protagonistes, ils ne manquent pas non plus d’attrait, apportant ce qu’il faut à l’intrigue tout en se révélant soigné,. Je regretterai peut-être juste que le père de Laurée soit si peu présent, devenant ainsi un peu trop l’image « d’épouvantail », mais rien de bien dérangeant.

Alors après, je regretterai peut-être que certains rebondissements, certaines coïncidences, voir certaines évolutions, paraissent un peu trop faciles, ou que la solution arrive un peu trop rapidement. Certains liens entre les personnages paraissent aussi un peu précipités parfois. Enfin, j’avoue, j’aurai aimé que certains points soient plus développés, mais franchement rien de non plus dérangeant ou bloquant, tant j’ai été facilement emporté par le récit du début à la fin offrant aussi une conclusion efficace, explosive et intéressante. La plume de l’auteur est toujours aussi soignée, poétique, efficace, entraînante nous plongeant facilement dans son intrigue et son univers. En tout cas je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui nous plonge en plein milieu d’un conflit dans une Europe futuriste entre la faction des Ingénieurs et celles des Ecologistes. L’intrigue se révèle percutante, soignée, dense, proposant de nombreux rebondissements et de nombreuses surprises tout en évitant de tomber dans le binaire, offrant de nombreuses nuances dans sa politique et ses personnages. L’univers est captivant à découvrir que, ce soit à travers sa technologie à l’imagination foisonnante comme dans son contexte géo-politique mais aussi géographique. Les personnages ne manquent pas d’intérêts, se révélant complexes et humains. Je me suis rapidement attaché aux deux héros principaux dans leurs évolutions comme dans leurs questionnements. Un des points forts du récit vient des réflexions que soulève l’auteur que ce soit sur la dédiabolisation des machines, sur la technologie, la nature, l’environnement l’identité ou encore sur l’avenir. Alors après j’ai trouvé que certains rebondissements, certaines évolutions paraissent un peu trop faciles ou que la solution apparaissent un peu vite. Certains liens entre les personnages paraissent un peu rapides et j’avoue j’aurais aimé que certains aspects soient plus développés, mais franchement rien de dérangeant tant j’ai été emporté. La plume de l’auteur est soignée, poétique, entrainante et je lirai sans soucis d’autres de ses écrits.

 

Ma Note : 8/10

Structura Maxima – Olivier Paquet

structura maximaRésumé : La structure est un univers vertigineux de poutrelles et de niveaux, où s’est développée une civilisation dont les racines se perdent dans la nuit des temps et qui a atteint son point de rupture. Entre la Vapeur, la communauté qui produit l’électricité à partir du magma, et les Poutrelles qui, au nom de leur dieu, interdisent l’ouverture du dôme recouvrant la cité, la guerre se prépare.
Dans cette atmosphère étouffante, Victor Mégare et son fils Jehan cherchent un destin différent. Victimes de la Vapeur et des Poutrelles, ils explorent les origines de cet antagonisme. Que protègent les Poutrelles derrière leurs interdits divins ? Quel but cherche à atteindre la Vapeur en encourageant la Structure tout entière à bouleverser les anciens équilibres ? Et où se trouvent les réponses ? Entre l’ombre et la lumière, dans la vapeur des chaudières et le gigantisme des poutrelles, ou bien derrière le décor, de l’autre côté de la paroi du dôme ?

Edition : L’Atalante

 

Mon Avis : Structura Maxima est le tout premier roman de l’auteur publié initialement aux éditions Flammarion il y a une dizaine d’années, qui bénéficie aujourd’hui d’une nouvelle édition chez L’Atalante. Il s’agit d’ailleurs du seul roman que je n’avais pas encore lu de l’auteur, je suis donc content de cette réédition, puisqu’elle m’a permis de pouvoir le faire entrer dans ma PAL et ainsi de pouvoir me faire mon avis. Il s’agit d’un roman qui peut être lu de façon indépendante, mais qui, d’une façon ténue, se situe aussi dans le même univers que la trilogie du Melkine ou encore du livre Les Loups de Prague. Concernant la couverture, illustrée par Raphaël Defossez, je la trouve réussie et qui colle plutôt bien à l’univers.

 On se retrouve ainsi plongé au fil du récit dans un monde complètement fermé par un dôme, la structure, mais où la révolution et le changement gronde entre les Vapeuriers et les Poutrelliers. Au milieu de cette guerre qui s’annonce va se croiser ainsi le destin de plusieurs personnages. La première chose qui m’a marqué dans la lecture de ce roman c’est l’univers que construit l’auteur au fil des pages. Une cité aux fortes tendances industrielles, remplie de métal, de vapeur, de puissance, d’huile mais qui possède aussi un aspect clairement fascinant, tout en verticalité, en hauteur, en évasion, ces cheminements de niveau en niveau par poutrelles ou par ascenseur qui offre ainsi au lecteur une cité tout à fait fascinante à découvrir. Attention ici je ne parle pas de Steampunk ou autres, non un simple futur qui a évolué pour aboutir à cet équilibre entre technologie et espoir.

Au milieu de tout cela viennent se positionner deux factions complémentaires pour la survie de tous et pourtant de plus en plus antagonistes dans leurs besoins d’avancer, de changer. Entre la Vapeur, qui correspond aux scientifiques, aux ingénieurs, aux terres-à-terres, qui nous font découvrir de façon prenante et captivante le coeur de la machine, son battement de vie journalier, sa puissance et  les Poutrelles qui eux nous font nous élever, nous font rêver, découvrir un brin de folie, mais aussi de mystère, fortement teinté de poésie et de mysticisme, le torchon brûle. On sent d’ailleurs que l’ensemble se révèle clairement maîtrisé, que ce soit dans la partie technique, comme dans la partie politique, tant l’ensemble parait cohérent, palpable et n’est pas non plus sans rappeler certains aspects encore bien présents de nos jours. Une légère touche « manga » vient aussi colorer ce monde, que ce soit à travers la cité, pour laquelle la référence dans le quatrième de couverture au Château dans le Ciel n’est pas usurpée, mais aussi sur d’autres aspects, ce qui apporte, je trouve, un véritable plus à l’ensemble. En tout cas un univers captivant qui donne envie de plonger dedans et d’en apprendre plus, d’en découvrir plus. L’intrigue, construite sur un rythme lent, se révèle de plus en plus prenante dans ses machinations et ses jeux de pouvoirs, pour monter lentement en tension au fil des pages et des révélations.

Mais voilà ce roman n’est pas que la découverte d’une simple cité, aussi fascinante soit-elle, l’auteur cherche aussi à nous faire réfléchir, principalement sur notre besoin d’avancer, d’évoluer. Ainsi on dévoile au fil des pages deux identités qui sont figées dans une routine et commencent peu à peu à mourir dans un monde figé, clos par la structure avec ses contraintes et dont le seul changement parait être la guerre. Pourtant une troisième voie est toujours possible. On se retrouve ainsi à se poser de nombreuses questions que ce soit sur le point de vue de l’identité, de la façon dont une simple idéologie, un langage, peut gripper le rouage, mais aussi sur la définition du bonheur, de l’absence de recul qui fait que parfois on ne se rend pas compte de ce que l’on possède. Après tout la structure est-elle si horrible que cela? Le développement de la civilisation doit-il se faire dans le mouvement et la violence? C’est ce que le lecteur va découvrir au fil des pages,  à travers de nombreux secrets qui vont se révéler, aboutissant à une conclusion intéressante dans le message qu’elle partage, avec une touche de mélancolie et de mystère qui, je trouve, colle parfaitement au récit.

Concernant les personnages l’auteur nous dévoile au fil des pages une palette de personnalités assez larges, qui ne manquent pas d’intérêts, se révélant complexes, allant du héros blessé qui s’enfonce dans la souffrance et l’auto-destruction, en passant par le jeune adulte insouciant, avide de changement ou encore des personnages féminins à la fois tendres et dures, qui vont fortement changer le héros principal. Ils se révèlent tous attachants et  nous plongent assez facilement, que ce soit dans leurs réflexions, comme dans leurs aventures, possédant chacun d’entre eux leurs émotions, leurs envies, leurs défaites, leurs qualités et leurs défauts, les rendant ainsi profondément humains. Sauf que voilà, je ne vais pas le nier, ils se révèlent tout de même un peu trop prévisibles, que ce soit dans leurs façon d’avancer comme dans leurs réactions. Cela ne dérange en rien la lecture tant le but du roman n’est pas là, mais peut légèrement frustrer par moment. Les personnages secondaires ne sont pas non plus en reste, apportant leurs propres voix à l’ensemble, leurs propres visions, leurs propres folies et leurs propres besoins.

Mes seuls regrets concernant ce roman viennent en premier lieu que sur la fin l’ensemble semble s’accélérer un peu trop rapidement, apportant ainsi quelques facilités et quelques révélations un peu trop rapides pour franchement se révéler efficaces. Ensuite, l’histoire parait peut-être par moment un peu trop linéaire dans son ensemble, certes il sert parfaitement le message que cherche à faire passer l’auteur, mais un peu plus de surprises aurait pu apporter un plus. Enfin, la conclusion sur cette guerre, sans la révéler, m’a paru légèrement facile, même si c’est vrai elle possède aussi une force qui la rend intéressante. Au final rien de non plus très dérangeant, et qui n’enlève ou ne gâche en rien les qualités de cette histoire qui à la fois nous rappelle l’importance de rêver et du changement, mais qui nous fait aussi réfléchir sur l’importance des idées et la façon dont on s’en sert. Le tout est aussi porté par une plume qui se révèle soignée, efficace, dense, malgré parfois quelques dialogues un peu surjoués, et qui a réussi à me happer dès les premières pages.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman qui nous offre une histoire qui se révèle fluide, certes à un rythme assez lent, mais qui nous dévoile un univers futuriste fascinant, empli de métal, de vapeur, de hauteurs et de rêve qui fait qu’on se retrouve rapidement happé par ce que nous propose l’auteur. Mais voilà il s’agit ici bien plus que la découverte d’une cité, l’auteur n’oublie pas pour autant de nous faire réfléchir que ce soit sur l’immobilisme, le besoin de changement, d’évoluer, mais aussi sur la puissance d’une idéologie, la façon dont elle peut tout faire gripper, mais aussi sur la définition du bonheur. Les personnages qu’on découvre au fil du récit se révèlent complexes, attachants, denses et surtout humains, avec leurs forces et leurs faiblesses, dont mon seul reproche vient du fait qu’ils sont peut-être un peu trop prévisibles. Concernant les personnages secondaires ils apportent eux aussi leurs propres voix au récit. Je regretterai finalement que la conclusion se révèle un peu trop rapide et parfois légèrement facile dans sa résolution, mais aussi l’ensemble parait légèrement linéaire. Rien de non plus gênant, tant le message fonctionne bien et l’ensemble se révèle fluide, bien porté par une plume soignée et dense, malgré c’est vrai quelques dialogues un peu surjoués. Je lirai sans souci les prochains écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 7,5/10

Trolls et Licornes – Anthologie 2015 des Imaginales dirigée par Jean-Claude Dunyach

trolls et licornesRésumé : Quoi de commun entre la lourdeur disgracieuse d’un troll et la noble légèreté d’une licorne ? Entre une créature que la légende populaire associe à la virginité et une autre qui patauge dans la boue des bas-fonds ? Dix auteurs (dont un bicéphale) ont imaginé des rencontres improbables entre ces deux figures classiques de l’imaginaire, pour bousculer un brin les évidences et rappeler que les contes sont faits pour être détournés. L’anthologie comporte des textes plus gais que désespérants, l’époque ayant bien besoin de tendresse, d’humour et de licornes. De trolls aussi, soyons justes…

Edition : Mnemos

 

Mon Avis : Ceux qui ont l’habitude de suivre ce blog savent que la lecture de l’anthologie du festival des Imaginales se révèle une tradition que je perpétue depuis maintenant quelques années. Il faut dire qu’elle permet de découvrir des textes variés des grandes plumes de l’imaginaire français, tout en confrontant deux figures mythiques. Ces deux dernières années j’ai effectué une Lecture Commune de ce recueil avec Snow et Mariejuliet. A noter un changement tout de même avec cette édition 2015 puisque ce ne sont plus Lionel Davoust & Sylvie Miller qui dirige l’anthologie mais Jean-Claude Dunyach. Cette anthologie comporte 10 nouvelles, ainsi qu’une préface pleine d’humour qui ouvre de façon efficace ce recueil .

 Jötnar de Jeanne-A Debats : On plonge ici dans une nouvelle fortement teintée de mythologie, principalement nordique, dont le peuple voit sa culture disparaitre face à la guerre au Christien. Un texte que j’ai trouvé efficace, bien écrite, sombre, mâtiné légèrement de Science-Fiction, qui possède son lot de rebondissements et aussi une bonne petite dose de réflexion, peut-être même un peu trop sur certains aspects, avec un léger pied-de-nez en guise de conclusion sur le mythe de la licorne. Un texte très sympathique mais qui par contre dénote complètement par rapport à la préface bourrére d’humour.

La Chasse à la Licorne d’Estelle Faye : Cette nouvelle nous fait découvrir deux aventuriers qui cherchent à capturer une Licorne. Un texte qui se révèle assez sympathique à lire, bien écrit, mais qui m’a paru manquer quand même d’effet de surprises. J’ai trouvé ça assez linéaire et prévisible ce qui est un peu dommage. cela n’empêche pas cette nouvelle de se lire facilement, mais je la classerai dans la catégorie vite lue, appréciée, vite oubliée.

Ekasrinn de Pierre Bordage : Cette nouvelle se démarque complètement par rapport aux autres puisque notre troll est un jeune caïd et la licorne une jolie jeune fille que notre héros cherche à tout prix à mettre dans son lit, de gré ou de force. Franchement l’aspect original est là, l’auteur souhaitait visiblement partir sur quelque chose de différent, sauf que voilà je ne suis jamais rentré dedans. Notre caïd tend un peu trop vers la caricature et l’histoire m’a paru trop simple et trop stéréotypée. Si encore notre héros avait une vraie prise de conscience, mais on a du mal à la voir.

Bienvenue à Magicland de Lionel Davoust : On découvre ici un troll, grand fan des licornes, qui se retrouve à travailler dans un parc animalier pour se rapprocher d’elles. Une très bonne nouvelle que nous propose l’auteur, avec une véritable réflexion sur les parcs animaliers, la liberté et la société, bien porté par les échanges entre le troll et son psy ainsi que l’évolution de leurs relations. La conclusion se révèle vraiment surprenante et intéressante. Au final j’ai passé un très bon moment avec cette nouvelle, bien écrite, portée par son humour et ses idées.

Touellerezh d’Olivier Paquet : On plonge avec ce texte dans la Bretagne médiévale où un magicien part en mission pour retrouver la fille de son seigneur kidnappée par un troll. Un texte assez classique et linéaire dans sa construction mais que j’ai tout de même trouvé sympathique à lire, bien porté par une densité historique soignée et avec quelques réflexions intéressantes. Au final pas un excellent texte, mais un divertissement agréable.

Le Troll Médecin de Silène Edgar : L’auteur nous propose avec cette nouvelle une variation sur un texte de Molière qui se révèle assez sympathique et intéressante, principalement dans le message qu’elle cherche à faire passer sur la lecture, mais surtout sur le choix des livres qu’on peut imposer à quelqu’un pour débuter. Un texte agréable qui se lit facilement, avec une dose d’humour légère, mais qui manque quand même d’un peu de mordant pour se révéler plus marquant.

Le Double Destin du Taquin de Raphaël Albert : L’auteur nous propose ici un poème et, je dois bien avouer qu’il s’agit pour moi du meilleur texte du recueil que ce soit dans sa construction ou encore le travail sur les rimes, mais aussi par l’humour, le cynisme et la fluidité qui s’en dégage. Je ne suis pas pourtant un grand fan de poésie, mais ce texte se lit très facilement et se savoure.

Les Yeux du Troll de Sophie Jomain : Sophie Jomain nous propose ici de découvrir un jeune garçon qui se fait raconter un conte par sa grand-mère. Un texte pas mauvais, enfantin, à la morale gentillette sur l’importance de l’imagination et du cœur, et qui se lit assez facilement, même s’il n’est pas non plus marquant. Finalement, je trouve qu’il détonne un peu par rapport au reste l’anthologie, ou tout du moins vis-à-vis de son placement. Je l’aurai, je pense, plus apprécié en ouverture permettant ainsi de rentrer dans ce recueil tout en douceur.

Trolls, Licornes et Bolognaise d’Adrien Tomas : L’auteur nous propose de plonger dans une univers de Fantasy Urbaine où Tia doit mener l’enquête sur un meurtre dans le milieu surnaturel. Franchement ce texte a du potentiel, je ne le nie pas, mais l’auteur tombe un peu trop dans les stéréotypes du genre de la fantasy urbaine et surtout le texte est bien trop court. En effet la résolution de l’enquête se fait un peu par magie et frustre le lecteur tant le deus ex machina est un peu dur à admettre. Quelques pages de plus aurait été appréciées. Cela n’empêche pas le texte d’avoir des qualités et qui sait l’auteur reviendra peut-être dans cet univers.

Dans la Tête de Georges Trollevitch de Sylvie Miller & Philippe Ward : Cette nouvelle, qui vient clôturer l’anthologie, nous plonge dans un univers parallèle qui lance un grand festival en honneur de l’Human Fiction. Un texte de nouveau sympathique, avec une dose d’humour et de détente agréable, malgré parfois un humour scatologique qui me laisse perplexe. Un récit qui contient de nombreuses références qui devraient toucher les habitués du festival, tout en restant accessible aux autres lecteurs, et qui offre une conclusion avec une réflexion intéressante au moment de reposer ce livre. Au final une histoire divertissante et qui se lit facilement.

En Résumé : J’attendais avec impatience de voir ce qu’allait proposer cette anthologie opposant les Trolles et les Licornes et j’avoue que, sans m’avoir offert un moment inoubliable, elle se révèle assez sympathique à lire et à découvrir. Les nombreuses variations sur le thème se révèlent souvent intéressantes voir originales, ne manquant pas de se révéler sombres, pleines d’humour, critiques, voir cyniques. Tous les textes ne sont pas au même niveau, certains ayant eu du mal à me convaincre, là où d’autres se sont révélés excellents à découvrir et sortent vraiment du lot, mais au final une anthologie 2015 plutôt agréable. C’est donc sans surprise que j’annonce que l’anthologie 2016 viendra rejoindre ma PAL l’année prochaine.

 

Ma Note : 7/10

 

Avis de mes collègues de LC : Snow, Mariejuliet.
Autres avis : Bibliocosme, …

CRAAA

Challenge CRAAA 2ème lecture

Bleu Argent – Olivier Paquet

bleu argentRésumé : Dans un futur où l’espèce humaine a gagné l’espace, chaque planète abrite une colonie dans la culture est censée se perpétuer au fil des siècles. Mais certains jeunes esprits ne peuvent s’en satisfaire…
C’est un monde isolé, un monde de contes, deux anneaux emmêlés en suspension dans l’espace : Poéia.
C’est un monde de mystères, de cette navette nommée Bleu Argent qui tourne depuis un siècle autour de l’étoile centrale, jusqu’à ces habitants qui choisissent de partir sans donner de raisons.
C’est un monde de lumières, celles qui brille dans les yeux de Lyzia, impatiente de devenir Conteuse, ou dans les rêves de son ami Joris quand il imagine voyager au milieu des étoiles.
C’est l’histoire de la rencontre entre deux légendes, celle qui habite Origine, la station à l’intérieur des anneaux, et celle du Melkine, un navire-université mythique.

Edition : L’Atalante Young Adult

 

Mon Avis : Il y a environ deux ans je me lançais dans le premier tome de la trilogie sur le Melkine d’Olivier Paquet, un cycle qui m’a offert un très bon moment de lecture avec une histoire à la fois sombre, dure, intelligente, mais aussi pleine d’espoir et touchante (Chronique du Tome 1, Tome 2, Tome 3). Par conséquent quand j’ai vu que l’auteur avait décidé de revenir dans cet univers avec ce roman, annoncé aussi un peu plus jeunesse, je n’ai pas mis longtemps avant de l’avoir entre les mains. J’ai l’impression de me répéter, mais je trouve la couverture, illustrée par Manchu, magnifique.

Ce roman nous propose de découvrir Joris et Lyzia deux adolescents qui vivent sur Poéia et cherchent à profiter des derniers instants qu’ils peuvent avoir ensemble avant de devoir se séparer pour vivre leurs rêves. Mais rien ne va se passer comme prévu et ils vont devoir faire face à de nombreux bouleversements. L’auteur construit alors une histoire qui, dès les premiers chapitres, se révèle solide et efficace. Le lecteur se laisse clairement emporter face aux nombreuses péripéties et révélations que vont rencontrer nos héros. L’intrigue se construit d’abord lentement, telle un conte, travaillant le fond pour immerger son public avant d’accélérer le rythme au fil des pages pour aboutir à un final qui se révèle sans temps mort et explosif. Mais voilà ce qui importe surtout ici c’est surtout le chemin qui va se dévoiler. On savoure chaque instant passé avec ces héros, chaque lieu qu’ils nous font voir, chaque découverte et chaque réflexion.

Car oui, l’auteur n’oublie pas pour autant de nous offrir un texte qui se révèle intelligent, proposant ainsi plus qu’un récit divertissant, tout en offrant de l’espoir et du rêve au lecteur. Il nous propose ainsi des axes de réflexions soignés sur la vérité, la connaissance, la curiosité qui pousse parfois les gens à remettre en cause certains aspects, à vouloir évoluer, changer ce qui est figé et démodé , à réfléchir sur leur condition et tenter de mieux comprendre qui ils sont. Il nous offre aussi une explication, ou plutôt une interprétation, de l’histoire très intéressante et efficace sur l’Expansion, comment les Hommes, face à leurs folies destructrices, se sont lancés dans la conquête des étoiles. Mais comme je l’ai dit il nous propose aussi un texte plein d’ambition et de rêve, principalement cristallisés par nos deux héros ; Joris dont l’objectif est de voyager et vivre des histoires dans les étoiles à travers le Melkine et Lydia qui, elle, cherche à devenir conteuse, à se servir de sa voix et de son imagination pour faire vivre des histoires aux autres. Derrière ce livre se cache au final un récit rempli d’optimisme, qui nous rappelle que malgré toutes les incertitudes, tous les doutes ou encore les mensonges il ne faut jamais abandonner son rêve, car qui sait il se réalisera peut-être et le tout de façon touchante et sensible.

Ce qu’il y a de bien avec l’univers qui nous est proposé c’est qu’il permet, à travers les différents romans, de découvrir de nombreuses planètes toutes différentes les unes des autres, possédant leurs propres coutumes et originalités. Poéia n’échappe pas à la règle et on découvre un monde fascinant, déjà par son aspect à travers un double anneau monde rempli de mystères et de surprises qui donne envie d’être découvert, même si je trouve que l’aspect des anneaux emmêlés aurait pu être traité encore plus en profondeur. Mais là c’est plus mon côté lecteur de SF qui parle. En tout cas il s’agit d’une planète intrigante, où les contes sont au coeur de la politique ce qui offre d’ailleurs une narration où ceux-ci viennent s’insérer dans l’intrigue, ce qui, je trouve, apporte un véritable plus à l’ensemble, tout en restant fluide et cohérent. Des petites perles disséminées au milieu des pages qui se savourent avec plaisir. Mais voilà c’est aussi un monde qui n’est pas non plus que lumière, il possède aussi ses parts d’ombre et cache, comme souvent dans l’Expansion, un terrible secret ainsi que son lot de manipulations.

Concernant les personnages j’ai trouvé Lyzia et Joris profondément attachants au fil des pages, principalement à travers leur relation, qu’ils savent impossible sur la durée, suivant deux trajets différents, mais qui pourtant sont liés comme les deux doigts de la main. Une relation émouvante entre dits et non-dits de ces deux adolescents qui, au fil des pages, deviennent de plus en plus adultes, devant faire des choix et accepter. Le personnage de Virgile se révèle aussi intéressant, il remplit parfaitement son rôle de changement, de boussole qui servira à guider nos deux ado au fil de leurs aventures, un héros intelligent même s’il reste par moment un peu trop mystérieux. Concernant les autres protagonistes ils sont plus esquissés, juste ce qu’il faut pour apporter les révélations nécessaires pour faire avancer intrigue et personnages, sans non plus se révéler ennuyeux, même si j’avoue j’aurai peut-être apprécié qu’un de ces personnages soit un peu plus développé. Mais je chipote un peu, ils remplissent parfaitement leurs rôles.

Alors après, cela reste un roman qui doit aussi bien toucher les jeunes et les moins jeunes, ce qui fait que j’ai trouvé parfois que certaines révélations s’obtenaient un peu trop rapidement, mais rien de non plus bien gênant. Par contre, j’ai trouvé que la conclusion était peut-être traitée un peu trop rapidement, cette découverte finale m’a parue être acquis finalement assez facilement. Mais cela n’enlève en rien les qualités de ce livre, venant seulement de mon esprit qui aime bien, je pense, complexifier les choses.

La plume de l’auteur se révèle toujours aussi soignée, entrainante et poétique au fil des pages, plongeant efficacement le lecteur dans l’histoire. Au final un bon roman qui peut être lu par les adolescents comme par les adultes, qui nous parle d’enfance, de magie, de conte, de rêves et d’étoiles, qui nous offre aussi des réflexions intéressantes sur la vérité et une  jolie dose d’optimisme et d’espoir, nous montrant que même si parfois tout va trop vite, que rien n’est facile il faut peut-être prendre le temps de lever les yeux au ciel pour y voir les étoiles ou bien regarder en soi pour y trouver cette petite étincelle de magie. Vous l’aurez remarqué c’est un livre qui m’a touché malgré quelques petits défauts. En tout cas je lirai sans souci d’autres romans de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui, en plus de nous proposer une histoire efficace et entrainante, ne manque pas d’offrir des réflexions intéressantes sur l’évolution, la curiosité, la vérité ou la connaissance tout en y ajoutant une bonne dose de rêves, d’étoiles et d’espoir. La planète de Poéia se révèle fascinante et intrigante, reposant sur ses deux anneaux emmêlés en suspension et où le conte possède une place importante. Les personnages se révèlent attachants et touchants, principalement Joris et Lyzia, et nous entrainent facilement dans leurs aventures. J’aurai peut-être aimé qu’un des personnages secondaires soit un peu plus développé, mais rien de bien gênant. Par contre j’ai trouvé la conclusion traitée peut-être un peu trop rapidement, mais cela ne diminue pas les qualités du récit. La plume de l’auteur est toujours aussi soignée et poétique offrant ici une narration alternée, entre histoire et contes, réussie et passionnante. Au final un très bon récit pour jeunes et moins jeunes et je lirai avec grand plaisir d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

L’Esprit du Melkine – Olivier Paquet

l'esprit du melkineRésumé : Il a quinze ans et s’appelle Prodige. Encore enfant dans sa tête, il passe son temps les yeux levés vers le ciel. Le fils d’Ismaël est le dernier porteur d’un rêve qui appartient désormais au passé. Alors que le conflit des Fréquences entame sa dernière phase, alors que la Technoprophète savoure son triomphe imminent sur le Cheik noir et les conditionnements, un adolescent n’aspire qu’à rejoindre les étoiles.
Pour y réussir, il aura besoin du Melkine et de ses professeurs. Le navire a disparu mais, malgré le chaos général, il reste capable de miracles.

Edition : L’Atalante

 

Mon Avis : Il y a à peu près un an je me lançais dans ce cycle de Space-Opera qui me tentait vraiment. Après un premier tome intéressant, mais un peu introductif (ma chronique ici) et un second tome que j’ai trouvé vraiment efficace avec son univers fascinant et ses réflexions intéressantes (ma chronique ), j’avais hâte de voir ce qu’allait proposer l’auteur avec ce dernier tome. Vu que les Utopiales proposait ce livre en avant-première, je me suis dépêché de le faire entrer dans ma PAL. À noter la magnifique couverture, toujours illustrée par Manchu, qui reste dans le même esprit que les deux premiers tomes.

Quinze ans ont passés depuis la fin du second tome et donc trente ans depuis la fin du premier. La guerre des fréquences touche à sa conclusion, la technoprophète dominant le cheik noir et la dernière bataille approchant. Les lignes d’intrigues développées dans les tomes précédents commencent donc à dévoiler leurs conclusions, proposant toujours autant de machinations, de rebondissements et de complots. Un développement de l’histoire qui se révèle vraiment efficace même si assez linéaire dans sa construction et ses surprises.

Car voilà, ce qui marque dans ce récit n’est pas totalement l’histoire, même si elle sert de support et se révèle cohérente et intéressante, non ce qui happe le lecteur c’est la véritable fresque humaine que l’auteur nous dévoile au fil des pages, nous plongeant dans ce Space-Opera avec fascination et passion. Le rythme du récit se révèle posé et attentif, ce qui permet ici clairement de poser et développer les différents points importants ainsi que travailler l’émotion et dévoiler l’univers, mais pourrait peut-être en rebuter certains, donnant l’impression de stagner. Ce qui est dommage, car ce récit ouvre tellement de possibilités.

Rien que les personnages se révèlent vraiment fascinants, on les retrouve tous changés après tant d’années, ils ont évolué. La vie ne leur a pas toujours fait de cadeaux. Ils se révèlent toujours aussi complexes, denses et ambigus et reposent dans ce tome clairement sur les émotions, les sentiments et l’espoir qu’ils arrivent à partager et surtout à transmettre au lecteur. On retrouve aussi avec plaisir des anciens personnages du premier tome, même si parfois on aurait aimé en savoir plus sur ces années perdues. En tout cas les personnages ont un rôle prépondérant dans l’histoire, le lecteur s’attachant clairement à eux, à leurs réflexions, leurs besoins, leurs envies, leurs souffrances et surtout à leurs rêves. J’aurai juste un léger reproche concernant la technoprophète, elle tombe un peu dans le manichéisme dans ce tome ne servant que comme symbole de l’ennemi dans l’histoire, là où elle a toujours été au final un rêve brisé, mais rien de bien dérangeant.

Autre point vraiment intéressant, efficace et soigné dans ce roman ce sont les réflexions misent en avant par l’auteur concernant l’influence de la communication instantanée, principalement celle de banquise, sur la vie des peuples, sur leurs conditionnements. Elle cherche à les abrutir, en reniant leurs passés, détruisant tout aspect de pensée, de diversité, les forçant à tous rentrer dans un seul et unique moule creux et sans âme. Mais aussi la mise en avant de l’influence du passé dans la construction de soi et de son avenir, ou bien encore l’apprentissage et la découverte par soi-même. Des réflexions vraiment marquantes, mais surtout misent en avant et développées de façon intelligentes poussant le lecteur à se poser des questions sans jamais non plus trop le forcer.

Mais surtout là où l’œuvre a réussi à me toucher c’est, d’une certaine façon, en me faisant rêver d’étoiles. En me rappelant l’importance de simplement lever la tête et les admirer, se rendre compte de leurs beautés, de notre insignifiance. Le roman nous rappelle à travers un être simple tel que Prodige que notre vie finalement dépend de nos rêves, de nos véritables liens et pas simplement d’une reconnaissance virtuelle ou d’une liberté vide de sens et de compréhension. La conclusion pleine d’espoir se révèle vraiment accrocheuse, même si peut-être légèrement trop happy-end par certains aspects.

L’univers développé dans le livre montre justement bien ces dégradations misent en avant par ce travail des fréquences, remplaçant des mondes qu’on avait connus flamboyants et fascinants par des mondes en plein abrutissement, qui ne vivent que par procuration de leurs écrans, cherchant le regard et l’amour de gens qui ne sont que virtuels ou ne les regardent pas. Des planètes qui se croient libres, mais se révèlent en fait manipulés, où les différents peuples se révèlent perdus, se croyant aimés par une technoprophète qui ne cherche en fait qu’à imposer son point de vue. Les différents conditionnements et leurs effets néfastes, mais prônant une diversité, ont explosés, laissant place à quelque chose sans âme, sans esprit, des mondes où l’Histoire, les cultures et les mythes disparaissent au profit d’un message de rêve et de liberté factice, vide de sens et de racines. Parfois l’auteur va peut-être un peu trop loin, c’est vrai, dans sa façon de présenter cette évolution.

Alors, bien sûr, quelques points paraissent de temps en temps traités trop rapidement, des personnages évoluent parfois trop vite, des situations auraient pu mériter d’être un peu plus développés, ou encore certains retournements de situations se révèlent sans surprises. Mais voilà le tout est vraiment balayé par l’ambiance et le fait que l’auteur arrive à faire rêver, à nous emporter dans son univers plein d’étoiles et de mystères. Comme je l’ai dit ce cycle est une fresque, un roman choral à la fois fascinant, empli de rêve et d’étoiles, le tout porté pas une plume toujours aussi soignée, poétique et efficace qui nous happe vraiment dès les premières phrases. Le message portera sûrement différemment selon le lecteur, en tout cas pour moi il m’a touché.

Ma seule véritablement critique, plus globales, concerne le fait d’avoir découpé le livre en trois, car mis à part trois couvertures de Manchu l’intensité de l’histoire aurait gagné à ne pas être séparée. Mais bon simple avis personnel. En tout cas je sors ravi de ma lecture de ce troisième tome et de ce cycle qui a vraiment réussi au final à m’emporter.

En résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture avec le troisième tome de ce cycle, qui vient ainsi clôturer les différentes intrigues misent en avant depuis le premier tome. Une intrigue au rythme posé et parfois un peu linéaire, mais qui m’a vraiment emporté par son message d’étoiles et de rêves ainsi que par ses réflexions vraiment soignées et intelligentes sur l’influence de la technologie et de la communication dans nos vies, sur notre passé et notre avenir. Il est parfois bon de simplement lever la tête et admirer le ciel. On retrouve un univers en pleine décadence qui colle parfaitement au message que cherche à faire passer le roman, même si parfois il pousse un peu loin. Les personnages sont toujours aussi fascinant, complexes et attachants, même si j’ai trouvé que la technoprophète tombait parfois un peu dans la caricature de la méchante. Quelques petits points m’ont dérangés comme certains aspects traités trop rapidement ou encore un ou deux retournements de situations qui manquent de surprises, mais rien de bien gênant tant au final j’ai été emporté par le message véhiculé par ce cycle. Le seul commentaire que je ferai, c’est que je trouve dommage d’avoir coupé cette histoire en trois livres.

Ma Note : 8,5/10