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Utopiales 2016, Anthologie – Collectif

Résumé : En 2016, les treize nouvelles de l’anthologie officielle des Utopiales s’interrogent sur la thématique de la machine.
Pèle-mêle, on y croise ainsi une vieille dame artificielle pas décidée à mourir, un diable lumineux gardant un terrible secret, un homme dont plus de 50 % du corps a été remplacé par des prothèses, une femme robot aux charmes ambigus…
… mais aussi un concert virtuel plus vrai que nature, des tofus permettant de voyager dans l’espace, une course-poursuite de magiciens, un étrange artefact martien, un gentleman aux manières trop parfaites, un jeu vidéo meurtrier, une montre à l’origine de curieux décalages temporels, des truites psalmodiant en choeur «Innsmouth» et même André Brahic et une licorne.
Treize textes pour s’émerveiller, s’interroger et se marrer franchement, portés par treize plumes incontournables de l’imaginaire actuel, francophone comme étranger.

Edition : Actu SF

 

Mon Avis : On ne change pas une tradition et, comme depuis maintenant quelques années, quand je participe à un festival je repars dans la majorité des cas avec l’anthologie associée. Concernant les Utopiales, c’est aussi pouvoir se lancer dans une lecture commune avec Marie-Juliet, mon acolyte de LC depuis quelques temps maintenant. Cette année le thème de l’anthologie est « La Machine », et le recueil est composé de treize nouvelles d’auteurs différents. Concernant la couverture, illustrée par Denis Bajram et reprenant l’affiche du festival, je la trouve très sympathique et efficace. Comme souvent on retrouve une préface efficace, qui nous offre de bonnes réflexions sur le thème du recueil et s’avère soignée, même si parfois pas facile d’accès.

La Vieille Dame de Simon Bréan : Cette nouvelle nous plonge dans un monde futuriste ou les IA ont, d’une certaine façon, pris le contrôle du bien-être de l’humanité. On se retrouve à suivre un homme, dont le métier est d’accompagner les IA « en fin de vie » dans leurs derniers instants. On découvre ainsi un texte qui se révèle efficace, bien porté par la tension qui se développe entre les deux protagonistes dans leur duel. Le texte offre aussi quelques réflexions intéressantes, qui ne manquent pas d’apporter un plus à l’ensemble et le tout est soutenu par une plume simple et entraînante. Au final une nouvelle solide, qui ouvre plutôt bien ce recueil des Utopiales.

Pour Hesperia et Pour la Gloire d’Ann Leckie : Cette nouvelle propose de découvrir la lettre d’un homme qui cherche à expliquer à un certain Mr Stephens les évènements étranges qui sont survenus chez lui. Franchement cette nouvelle est principalement un hommage à la SF pulp, un peu comme le proposait Brackett et Hamilton ou bien encore John Carter. Le soucis c’est que mis à part cette ambiance suranné intéressante, le reste ne suit pas. Le mystère n’a pas le temps d’exister qu’il est déjà résolu, la fin manque clairement de tension et d’intérêt et l’intrigue est traitée trop rapidement. Le tout m’a ainsi paru trop court, comme si le format nouvelle ne suffisait pas, ce qui est dommage. Reste une nouvelle qui se lit vite, mais qui s’oublie tout aussi vite je trouve. Après cette nouvelle a été initialement publié en VO pour un magazine dont le numéro proposait comme thème le cliché, ce qui lui correspond mieux et m’aurai moins dérangé que dans une anthologie tournant autour des machines

Deep Space Mine de Catherine Dufour : Cette nouvelle est une réédition d’un texte de l’auteur : Mémoires Mortes. On suit ainsi une jeune fille, dans un monde futuriste de plus en plus connecté, qui va mener l’enquête après la disparition de son frère. Mon ressenti concernant cette nouvelle est plutôt ambigu, autant les axes de réflexions présents sur l’adolescence et ce monde futuriste ne manquent pas d’attrait, le rythme est percutant et entraînant, et pourtant le côté un peu « trash » du style, quelques transitions étranges et certaines révélations un peu tiré par les cheveux ont fait que je n’ai jamais vraiment réussi à complètement entrer dans le récit. Cela vient clairement de moi, je lirai quand même le recueil de l’auteur pour me faire un avis plus tranché.

La Machine de l’Année de Raphaël Granier de Cassagnac : Cette nouvelle nous fait découvrir un homme possédant plus de 50% de son corps greffé cybernétiquement. Une nouvelle que j’ai trouvé sympathique, plutôt efficace par sa narration alternant plusieurs époques, un peu comme un puzzle, et qui offre une réflexion, certes un peu convenu, mais intéressante, sur la notion d’Homme et de machine. Cette nouvelle s’intègre dans l’univers des romans de l’auteur, ce qui se fait parfois un peu ressentir, mais rien de trop dérangeant. Pas obligatoirement un grand texte, mais au final un récit divertissant.

Fin de Partie de Lev Grossman : Alors cette nouvelle est étrange, on se retrouve à suivre une jeune femme, magicienne, en mission d’entrainement. Pourquoi elle est étrange? Car on est clairement dans le genre de nouvelles tellement imbriquées dans un univers déjà existant, à travers les romans de l’auteur, que j’ai l’impression que si on ne les a jamais lus on a du mal à en comprendre l’utilité et à entrer dans le récit. Pourtant, le texte ne manque pas d’action, de rebondissements et se révèle sans temps mort, mais voilà une fois la dernière page tournée je suis beaucoup trop resté sur ma faim pour vraiment accrocher. C’est frustrant.

Le Diable d’Estelle Faye : Cette nouvelle est la première qui, je trouve, se détache  franchement de ce recueil. Elle nous plonge dans un futur post-apocalyptique où la technologie est interdite par la religion. Un texte, comme souvent avec l’auteur, qui s’avère sombre, poétique et humain. Gabriel, le personnage principal, a réussi à me happer rapidement que ce soit à travers sa complexité,  ses réflexions comme son évolution. L’auteur nous propose aussi de réfléchir sur de nombreux sujets comme la religion, l’importance de la technologie et ses conséquences ou bien encore sur nous-même. Un très bon texte, prenant et bien maîtrisé qui m’a captivé du début à la fin.

La Montre de Ménéas Marphil : On plonge avec cette nouvelle dans la ville de Montpellier, où des étudiants, fan de la série Fringe, décident de faire une blague à l’un de leur ami. Franchement l’idée de base n’est pas mauvaise et aurait pu se révéler sympathique, sauf que voilà je n’ai jamais clairement réussi à entrer dans ce récit. L’auteur en fait trop, principalement dans les explications, ce qui fait que j’ai trouvé cette nouvelle trop longue. De plus certains tics de langage est un style trop didactique à mon goût ont fait que je ne me suis pas obligatoirement senti le public cible pour cette nouvelle. Il faut dire aussi que je ne suis pas le genre de lecteur qui apprécie trop qu’on lui tienne la main, j’aime un peu de mystère et de découverte, hors là tout est aussi trop balisé pour moi je trouve.

Purple Brain d’Ugo Bellagamba : Cette nouvelle est plus, selon moi, une nouvelle hommage à André Brahic, scientifique reconnu qui a participé au festival et qui est décédén en 2016. Personnellement, concernant le texte, il n’est pas mauvais, se laisse lire et possède même une certaine poésie à travers certaines scènes dans l’espace. Mais voilà, pour moi ,il tombe justement un peu trop dans l’hommage, à travers un récit un peu trop simple et une conclusion convenue qui ne sert juste à mettre en avant con héros. Au final une nouvelle plutôt sympathique, qui se laisse lire, qui est loin de m’avoir marqué, mais qui devrait, je pense, toucher les lecteurs qui ont connu André Brahic.

Tokyodôme d’Olivier Paquet : Suite à la séparation d’un groupe de rock japonais, un de leur plus grand admirateur décide de créer virtuellement leur concert au Tokyodôme qui n’a jamais pu avoir lieu. Ce concert va alors rencontrer un succès inattendu et exceptionnel. J’ai trouvé cette nouvelle très réussie que ce soit dans le monde que développe l’auteur, comme dans la complexité des personnages présentés, mais aussi des réflexions présentées. Ce concert va ainsi profondément faire évoluer les membres de ce groupe et le tout est présenté de façon humaine et plus que convaincante. Il y a aussi tout du long ce travail sur la virtualité qui permet parfois de magnifier le réel et les questions que cela peut soulever. Au final une nouvelle réussie et prenante, qui m’a offert un très bon moment de lecture.

Modèle Mika de Paolo Bacigalupi : De nouveau une très bonne nouvelle avec ce texte qui nous plonge dans un avenir indéterminé, ou un policier voit débarquer une jeune femme qui vient se rendre pour un meurtre qu’elle vient de commettre. Le problème c’est que la jeune femme est en fait un robot. Le récit est bien construit, maîtrisé et surprenant offrant un texte intéressant à découvre et intelligent. Certes la notion d’humanité de la machine a déjà été traité de nombreuses fois, mais cela n’empêche ce récit de le faire de façon solide et intéressante. J’aurai peut-être aimé qu’il soit un peu plus long, mais cela ne l’empêche pas de s’avérer très réussi avec des personnages efficaces et complexes et quelques surprises.

Un Gentleman de Gérard Klein : Cette nouvelle est une réédition d’un texte de l’auteur de 1968. On découvre ainsi un homme, grand gentleman, qui n’arrive pas à trouver l’amour de sa vie dans un futur où être un gentleman est devenu désuet. On est ici dans une nouvelle à chute qui se laisse lire, mais n’a rien de vraiment marquant. La chute est devinable très rapidement et l’ensemble est parfois un peu trop simpliste pour vraiment s’avérer percutant. Cela n’a pas empêché un débat entre Marie Juliet et moi concernant la conclusion, mais je n’en dirai pas plus pour ne pas vous gâcher la fin. Un texte que je classerai dans le vite lu, apprécié un minimum, mais rien de transcendant.

La Caverne aux Tofus de Jean Pettigrew : Alors ce texte est un peu étrange, on est clairement dans de la SF pleine d’humour et avec un côté absurde, sauf que j’avoue je suis resté hermétique à l’humour présenté. Il faut dire que l’auteur propose un monde où les règles et les lois scientifiques deviennent de plus en plus loufoque sans aucune véritable explication, ni tentative de cohérence, simplement pour faire de l’humour ce qui a du sûrement me bloquer. Je ne doute pas que cela fera rire d’autre lecteurs, mais j’avoue de mon côté je suis complètement passé à côté.

Le Truc qui Ressemble à une Machine de Karim Berrouka : De nouveau une nouvelle pleine d’humour où un homme récupère une drôle de machine. Un jour il va vouloir la tester et, à partir de là, les ennuis commencent. J’avoue j’ai plus accroché à ce genre d’humour, certes c’est barré mais l’ensemble ne donne pas l’impression de partir dans tous les sens. Une nouvelle plus que divertissante, qui m’a fait sourire, bien porté par des personnages loufoques et entraînants. Alors après c’est vrai que ce n’est pas le premier texte de l’auteur que je lis, loin de là, ce qui fait que certaines mécaniques, que ce soit dans la construction du récit ou des blagues, sont prévisibles, mais cela n’empêche pas l’ensemble de s’avérer plus que sympathique.

En Résumé : Je dois bien admettre que le cru 2016 de l’anthologie des Utopiales est loin de m’avoir vraiment captivé comme avait pu le faire celle de l’année dernière. Il y a bien trois textes qui sortent du lot, mais le reste oscille entre le moment de lecture plutôt sympathique et ceux qui ne m’ont pas accrochés. L’ensemble des nouvelles propose pourtant des récits variés avec beaucoup d’idées développées, même si toutes ne répondent pas pour moi à la thématique initiale, mais voilà il manquait un petit quelque-chose pour complètement m’emporter je pense. Au final un sentiment plutôt mitigé, même si l’ensemble se laisse tout de même lire facilement.

 

Ma Note : 5,5/10

 

L’avis de Marie Juliet.

 

Autres avis : Xapur, Au Pays des Cave Trolls,  …

Un An dans les Airs – Raphaël Albert & Jeanne-A Debats & Raphaël Granier de Cassagnac & Johan Heliot & Nicolas Fructus

un an dans les airsRésumé : Avec Un an dans les airs, découvrez en exclusivité mondiale l’unique voyage extraordinaire entrepris par Jules Verne lui-même! Dans Un an dans les airs, vous rencontrerez les véritables Capitaine Nemo, Phileas Fogg et autres Robur le Conquérant. Dans un périple à vous couper le souffle. vous survolerez la jungle africaine, l’Antarctique, les Indes et les Amériques ; vous franchirez l’Himalaya! Et ceci à bord de la plus incroyable des machines volantes jamais conçue!

Edition : Mnémos

 

Mon Avis : Après avoir sorti Kadath de ma PAL, je profite aussi de cette période de vacances pour sortir un autre Livre Objet que je considère comme intransportable, sous peine d’avoir peur de l’abîmer, et qu’il vaut donc mieux lire chez soi bien au chaud ; il s’agit de Un An dans les Airs. Surtout que lorsque j’ai acheté ce livre, lors des dernières Imaginales, je n’ai pas mis longtemps à me décider tant le quatrième de couverture de l’histoire m’avait accroché et la couverture du livre se révélait magnifique et j’avais donc hâte de le découvrir.

Ce livre va nous plonger, à travers les carnets de bord de nos quatre héros que sont Jules Verne, Félix Nadar, Julie Servadac et Philippe Daryl, dans une expédition des plus fantastique, puisqu’ils vont se retrouver à vivre pendant une année dans une cité dans les airs, Célesterre, porté par des ballons. L’intrigue qui se dessine au fil des différentes lettres et écrits des personnages se révèle vraiment entrainante, efficace et possède aussi son lot de surprises et d’aventures. On ne s’ennuie jamais dans cette histoire qui mélange de façon vraiment soignée et captivante le côté découverte, que ce soit des personnages comme de la ville, ses inventions et ses habitants, mais aussi son lot de machinations, de rebondissements, de manipulations et de trahisons. Le lecteur tourne vraiment les pages avec plaisir devant la densité, mais aussi la beauté de ce livre, son côté énergique, vivant et aussi devant le travail de réflexion sur cette cité utopique ; son but recherché et la folie humaine qui y couve toujours.

Ce qui fascine dans ce livre graphique c’est le travail vraiment dense et prenant concernant cette cité fascinante et entrainante, déjà du point de vue de l’histoire qui nous dévoile une ville volante vraiment captivante qu’on découvre au fur et à mesure, mais aussi clairement du point de vue des illustrations. Comme à son habitude Nicolas Fructus nous offre un travail vraiment remarquable et splendide, plus lumineux que celui de Kadath, et possédant aussi un côté steampunk et historique vraiment passionnant. Les inventions misent en avant se révèlent elles aussi vraiment intéressantes à découvrir, entre l’utilisation de l’électricité par la foudre ou encore par exemple le train périmétrique elles possèdent toutes ce charme un peu désuet, tout en offrant une avance technologique pour le récit vraiment séduisante. C’est d’ailleurs ce mélange d’imagination, de rêve et d’invention qui fait que l’ensemble colle parfaitement à ce que proposait Jules Verne dans ses récits. Ajouter à cela une découverte du monde pleine de surprises et d’aventures et un contexte historique soigné qui ajoute une dimension supplémentaire, on se retrouve à vraiment vouloir plonger dans cet univers et découvrir cette cité resplendissante.

Concernant les personnages je dois dire qu’ils sont vraiment intéressants et fascinants à suivre dans leurs péripéties. Surtout on sent bien que chaque auteur colle parfaitement au rôle qu’il s’est donné, nous offrant ainsi une représentation des personnages qui se révèle vraiment dense et soignée et surtout chaque interaction se révèle fluide et cohérente. Une fois la dernière page tournée je me suis rendu compte que chaque auteur, à travers mes connaissances de leur style, collaient parfaitement à leurs personnages et je n’aurai vu personne d’autre, selon moi, pour jouer leurs rôles. Autre point vraiment intéressant c’est aussi la rencontre au fur et à mesure des pages d’autres personnages secondaires connus, qui ont fortement influencé cette ville aérienne, tel que par exemple Nikola Tesla, ce qui apporte son lot de surprise et ajoute aussi, d’une certaine façon un peu de mystère dans la vie reconnue de ces protagonistes.

Par contre j’avoue ne pas avoir complètement accroché aux interventions de Philippe Daryl, qui sert d’une certaine façon de liant entre chaque histoire, reprenant les notes de chacun et les commentant, mais qui tombe parfois un peu trop dans le catalogage des références entre les personnes rencontrées dans la cité et les œuvres de Jules Verne et des autres, ce qui casse parfois légèrement le rythme à mon goût. Rien non plus de complètement gênant tant le lecteur est happé par ce récit et ses rebondissements.

On sent aussi tout au long de ce livre un véritable respect de Jules Verne ainsi que de son œuvre, que ce soit à travers l’imagination débordante, la recherche d’un bonheur parfait, l’Homme et sa quête de pouvoir et de puissance ainsi que son égoïsme ou encore sur la partage. On retrouve aussi avec plaisir ce côté rempli d’aventures qui se révèle fun et sans temps morts, le tout avec des personnages hauts en couleurs et des idées vraiment intéressantes. Le lecteur prend vraiment du plaisir à tourner ses pages et à plonger dans cette histoire et cette ville. Au final une lecture  qui se révèle prenante, réussie et passionnante avec des graphismes vraiment sublimes et saisissants dont le prix peut, certes, décourager certains (environ 36€), mais qui, selon moi, mérite vraiment d’être découverte. J’ai d’ailleurs maintenant franchement envie de me replonger dans l’œuvre de Jules Verne. Vous êtes prévenu.

En Résumé : Un An dans les Airs se révèle être un livre vraiment magnifique et immersif qui nous plonge, d’une part, dans une histoire qui se révèle palpitante, pleine d’aventures et de surprises avec aussi son lot de réflexions vraiment intéressante ; et d’autre part dans la découverte d’une cité dans les airs utopique qui se révèle vraiment saisissante et fascinante. Les graphismes de Nicolas Fructus se révèlent toujours aussi magnifiques et  offrent une représentation vraiment sublime de cette histoire, de ces lieux et des personnages. Les héros se révèlent vraiment soignés, complexes et surtout la plume des auteurs qui les représente colle parfaitement. On sent aussi au fil des pages tout le respect pour l’univers et l’œuvre de Jules Verne. Mon seul regret vient des interventions de Philippe Daryl qui tombent parfois légèrement dans le catalogage à mon goût, mais franchement rien de dérangeant. Attention une fois la dernière page tournée on a envie de replonger dans les livres de Verne.

 

Ma Note : 9/10

 

Autres avis : Lune, …

Kadath, Le Guide de la Cité Inconnue – David Camus & Mélanie Fazi & Raphaël Granier de Cassagnac & Laurent Poujois & Nicolas Fructus

kadathRésumé : David Camus, Mélanie Fazi, Raphaël Granier de Cassagnac et Laurent Poujois, quatre auteurs pour rendre hommage au talent et à l imagination fondatrice du grand écrivain américain Howard Philip Lovecraft.Dans un guide magnifiquement illustré par Nicolas Fructus, ils nous font partager quatre récits se déroulant à Kadath, la ville mythique rêvée, mais très peu décrite par Lovecraft dans ses nouvelles parlant des Contrées du Rêve.À travers les quatre nouvelles, le lecteur suivra les péripéties de plusieurs héros dont Randolph Carter, héros des romans de Lovecraft, tous à la recherche et à la découverte de Kadath.

Edition : Mnémos

 

Mon Avis : Je dois bien l’admettre cela fait quelques temps que ce livre-objet traine dans ma PAL, pour être exact depuis les Imaginales de 2012. Pourtant, ce livre me faisait vraiment envie et je dois bien avouer que je suis un fan de l’univers de Lovecraft, mais voilà ce n’est pas le genre de livre qui peut se transporter facilement sans avoir peur de l’abîmer, ce qui serait vraiment dommage. J’ai donc attendu de pouvoir en profiter pleinement et voilà pourquoi je l’ai ressorti il y a peu de ma PAL.

Au final je suis bien content d’avoir sorti ce livre, car j’ai passé un excellent moment. Il faut dire que le livre se révèle vraiment réussi, mêlant des illustrations magnifiques à des courtes histoires, digne de Lovecraft et saisissantes. Ce livre nous propose donc de découvrir la cité mystérieuse qu’est Kadath à travers la plongée de cinq rêveurs qui vont ainsi nous dévoiler les secrets de la ville. Ce récit nous propose au final quatre textes qui oscillent de façon vraiment passionnante entre folie, magie, mystère et divinité le tout dans une ambiance sombre et énigmatique. Cette douce plongée en abysse où l’angoisse s’élève lentement au fil des pages à travers le voyage de Randolph Carter, Aliénor, L’Innomé ainsi que le Saigneur qui n’est autre que Abd Al-Azard l’arabe dément lui-même.

Les récits se révèlent vraiment efficaces, prenants, alternant l’aspect découverte de cette cité des rêves avec quête initiatique comme par exemple celle d’Aliénor et son besoin de faire retrouver la foi dans les dieux. Mais surtout chaque récit apporte à son héros une certaine frénésie et une certaine folie que, parfois, il ne peut pas contrôler et qui s’insinue lentement. Mon récit préféré est celui d’Aliénor qui se révèle un profond mélange de questions et de mysticisme où elle découvre la vérité sur les dieux, leurs multitudes, leurs oublies. Un récit rempli de nostalgie et d’espoir. Ceux de L’Innomé et du Saigneur se révèlent aussi réussis et vraiment intéressants entre voyage et manipulation. L’innomé servant au final de lien de cohésion entre les différents récits et celui du Saigneur nous présentant l’histoire de Abd entre tragédie, manipulation et amour perdu. Mais j’avoue, le texte de Carter mettant en scène Lovecraft m’a paru un ton en dessous des autres, un peu plus fade. Peut-être la faute au fait justement que ce soit HPL le héros, trop changeant à mon goût, principalement vis-à-vis de ses émotions et de ses réactions. Tous ses textes sont aussi densifiés par des annotations vraiment intéressantes dans les marges, qui permettent de développer et de mieux comprendre certains lieux ou certaines races de cette ville magique.

Concernant la ville de Kadath elle se révèle vraiment magnifique et saisissante entre émerveillement et démence elle accroche rapidement le lecteur fan des écrits de Lovecraft. Elle est aussi superbement portée par les illustrations de Nicolas Fructus qui sont vraiment splendides, sombres, entre beauté et angoisse et ajoute une certaine fascination à ce guide. On se promène avec grand plaisir au fil des aventures des héros à travers ses rues, ses allées, ses lieux de mystères, de cultes, de repos ou encore de folie. Une ville tentaculaire, labyrinthique qui varie parfois en fonction des rêveurs avec en point de mire le château d’onyx, résidence des dieux reclus. La mythologie se révèle aussi soignée, dense et vraiment passionnante entre les Dieux et les Anciens. Il ne reste maintenant plus qu’à nous, rêveur, de rejoindre ce lieu improbable qui nous attire tel un aimant malgré tous les risques, les violences et les manipulations possible. D’ailleurs un guide pratique se trouve en fin de ce livre pour vous aider à vous en sortir.

Les différents personnages secondaire sont loin de se révéler insignifiants, les auteurs s’en servant au fil des pages, les faisant croiser, de façon ingénue, les différents héros apportant leurs lots d’indices, de mystères et de surprises. Rien n’est laissé au hasard et on sent un véritable respect de l’œuvre de Lovecraft que ce soit dans les écrits comme dans les représentations, même si cela n’empêche pas certaines libertés que j’ai trouvé intéressantes. À noter que la présentation des récits, saccadés, alternant chaque personnage peut dérouter le lecteur mais c’est à lui de choisir s’il se laisse porter par lire chaque récit en entier ou se laisser porter au fil des pages, découvrant au fur et à mesure chaque personnage et chaque mystère.

En revanche, ce livre est plus à réserver pour ceux qui connaissent déjà l’œuvre de Lovecraft et qui l’apprécient, les autres risquant sûrement d’être surpris voir même de ne pas obligatoirement accrocher. Au final un guide qui se révèle abouti, vraiment efficace, passionnant et magnifique et qui vaut le détour pour tous les amoureux de HPL malgré son prix qui pourrait en rebuter quelques-uns (il est dernièrement à 36,50€). J’avoue ne pas avoir accroché plus que cela aux notes de Folie et de Mythe qui, clairement sert plus à ceux qui font des jeux de rôles qu’au lecteur, mais ce n’est que broutille car n’empêchent en rien la lecture et la fascination qui découle de ce livre.

En Résumé : Voilà une belle réussite que ce guide de Kadath qui se révèle être un livre vraiment magnifique, oscillant entre des histoires sombres, captivantes et efficaces ainsi que des images, plans de la ville ainsi que des représentations de ses habitants qui se révèlent de toute beauté. Comment ne pas être fasciné par cette cité, entre son côté splendide et sa folie qu’on peut retrouver à chaque coin de rue. La mythologie des dieux se révèle vraiment dense et intéressante. Les héros qu’on découvre au fil des pages nous offre des aventures passionnantes même si j’avoue j’ai un peu moins accrocher à l’histoire de Randolph Carter. Mais rien de bien dérangeant tant le tout se révèle réussi. Par contre un livre qui devrait plaire principalement à ceux qui connaissent et apprécient l’œuvre de Lovecraft. Au final un pari risqué que ce guide, mais une belle réussite.

 

Ma Note : 9/10

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