Tag Archives: robert charles wilson

La Cité du Futur – Robert Charles Wilson

Résumé : Pour cinq ans seulement, jusqu’en 1877, la cité de Futurity dresse ses immenses tours jumelles au-dessus des grandes plaines de l’Illinois. Depuis Futurity, des hommes du futur viennent visiter le XIXe siècle. Et, contre une fortune en métaux précieux, les autochtones peuvent dormir dans la tour n° 1, véritable vitrine technologique d’un incompréhensible XXIe siècle.
C’est dans cette cité, construite à partir d’un futur parallèle, que travaille, comme agent de sécurité, Jesse Cullum, un autochtone. Parce qu’il a sauvé le président Ulysse Grant d’une tentative d’assassinat, Jesse se voit proposer une promotion : assisté d’une femme du XXIe siècle, il va devoir mener l’enquête.
Mais que va-t-il réellement découvrir? Un complot pour tuer le président… ou les inavouables secrets de Futurity?

Edition : Denoël (parution le 18/05/2017)
Traduction : Henry-Luc Planchat

 

Mon Avis : J’avoue, depuis ma découverte de Robert Charles Wilson avec son roman Spin, je me laisse facilement convaincre par ses différentes publications qui m’offrent régulièrement une SF intéressante et humaine, bien porté par des personnages efficaces et charismatiques. C’est donc sans surprise que son dernier roman ait rapidement rejoint ma bibliothèque, surtout que le quatrième de couverture se révélait franchement accrocheur. Concernant la couverture, illustrée par Aurélien Police, je la trouve très réussie et colle bien à l’ambiance décalé du récit entre science-fiction et western.

Ce roman va ainsi nous plonger dans un 1877 alternatif, où des hommes du futur venant du 21ème siècle viennent s’installer pendant cinq ans. Le passé et le futur deviennent ainsi lieu de tourisme et des échanges entre le futur et le passé vont commencer à se créer. Bien entendu cela n’est pas sans conséquences et de la contrebande apparait. On se retrouve ainsi à suivre Jesse Cullum, embauché par cette cité du futur pour mener plusieurs enquêtes. Bon j’avoue une fois la dernière page tournée, je n’ai pas détesté ce roman, j’y ai même trouvé un certain plaisir de lecture dans ce qu’il développe et l’ensemble se révèle divertissant, mais voilà je ne l’ai pas trouvé non plus pour autant marquant que ce que j’espérais. Il lui manque, selon moi, un petit quelque-chose qui aurait pu le faire passer de roman simplement sympathique et distrayant, à quelque chose d’un peu plus marquant. Ce qu’on ne peut pas enlever à ce roman c’est qu’il se révèle facile à lire, fluide et un minimum entraînant. On se retrouve ainsi à tourner les pages avec un minimum de plaisir et d’envie d’en apprendre plus, surtout que l’auteur parait partir sur une narration un peu plus « légère », plus humoristique par moment et ça fonctionne plutôt bien.

Concernant l’univers on ne peut pas dire que l’auteur offre quelque chose de révolutionnaire, l’incursion du futur dans le passé avec toutes les notions et idées que cela soulève est plutôt déjà vu, mais cela ne l’empêche pas pour autant de nous offrir quelque chose de solide et d’efficace. L’intérêt principal vient surtout, selon moi, de la façon dont l’auteur amène cette collision entre le passé et le présent. Cela se ressent principalement dans la relation entre Jesse et Elisabeth, ce qui a pour conséquence d’apporter un certain choc des cultures, amené de façon assez subtile et efficace. Surtout un questionnement apparait alors sur l’influence que va obligatoirement avoir les gens du futur sur le passé, mais aussi inversement. Alors c’est vrai, parfois c’est un peu simpliste et, il faut bien l’admettre, Jesse a une capacité de résilience parfois un peu trop surprenante, tant il accepte avec facilité les choses, mais rien de non plus trop bloquant. L’aspect social est aussi intéressant, les changements et les bouleversements que vont apporter cette intrusion dans le passé ne manquent pas d’attrait et soulèvent de nombreuses idées intéressantes. Ce qui est dommage de ce point c’est que ce soit parfois traité qu’en surface. Je prends pour exemple toute la partie sur la fille de Kemp et ses revendications qui manque quand même d’un peu de profondeur, surtout concernant les causes et les conséquences que cela va avoir. L’autre intérêt du récit, je trouve, est de concentrer sa narration sur le passé. On voit des gens du futur, mais on ne va jamais dans ce futur. Celle offre une petite dose de mystère intéressante, et surtout permet une caractérisation des personnages différente je trouve, principalement dans les questionnements.

D’ailleurs, comme toujours avec Robert Charles Wilson, l’un des points forts du roman vient clairement des héros. On y retrouve à nouveau ce côté profondément humain, proche de nous et touchant qui les caractérise toujours dans ces différents romans. Il arrive clairement, en quelques mots, à rendre ses personnages vrais. Cela ne veut pas dire qu’ils ne tombent pas parfois dans certains archétypes, mais voilà il arrive à créer cette alchimie qui fait qu’on s’attache facilement à eux je trouve. Ainsi Jesse, le personnage principal que l’on découvre tout du long, ne manque ainsi pas d’attrait et surtout se révèle intéressant à suivre dans son évolution. Alors certes, comme je l’ai dit il accepte par moment un peu facilement les choses, mais on sent clairement que l’auteur l’a travaillé pour créer un personnage d’époque crédible dans sa vision du monde et dans ses réflexions. Il va aussi offrir de nombreux questionnements, principalement sur cette société futuriste proche de la nôtre avec toutes ces révolutions sociales et à travers les rencontres qu’il fait va montrer que, futur ou passé, le paradis social n’existe pas. Elisabeth ne manque pas non plus d’attrait, même si elle est un peu moins travaillée que Jesse, et se révèle elle aussi complexe, mélange à la fois de mère, de femme et de guerrière sans jamais tomber dans la caricature. Par contre, les personnages secondaires m’ont paru un peu léger, je pense principalement à la famille Kemp qui sans non plus se révéler creuse, l’auteur les travaillant tout de même un minimum, ils auraient quand même mérité, je trouve, d’être un peu plus soigné.

La narration est majoritairement celle contée par Jesse, excepté trois ou quatre passages qui offrent un narrateur différent. Alors j’en comprends l’utilité, elle permet de développer des passages ou Jesse n’est pas obligatoirement présent et surtout offrent aussi un peu d’action différente, mais voilà d’un point de vue personnel ce genre de narration me laisse toujours un peu sceptique. Concernant les réflexions qu’apporte ce récit, comme je l’ai dit, elles ne manquent pas non plus d’intérêt, surtout dans le travail entre le futur et le passé comme par exemple concernant les idéologies sur la position de la femme, le racisme ou encore d’un point de vue on va dire « colonial » ; la population du futur ayant une vision très figée et « sauvage » de cette époque alors qu’ils ne sont finalement pas si différent les uns des autres. Il y a aussi un travail intéressant sur l’Homme et sa capacité à gérer les nouvelles technologies, le voyage dans le temps ne servant finalement ici qu’à créer un grand parc d’attraction dans le passé pour se faire de l’argent. Il y a aussi un travail intéressant sur le côté un peu « divin » de ce voyageur du futur et sur les actes qui sont menés. Doit-il ou non modifier le passé ? Doit-il apporter des technologies et des avancées qui vont obligatoirement bouleverser l’Histoire ? L’auteur laisse, de façon efficace, à chacun le choix de se faire son propre avis.

Ce qui est dommage c’est que parfois ces réflexions sont à peine survolées. Je prends pour exemple cette idée, sans trop en révéler, qui tourne autour de comment a été obtenue la technologie pour voyager dans le temps, qui est franchement intéressante, mais étant à peine développée en devient légèrement décevante. L’auteur voulait peut-être rester dans un format court pour conserver le côté énergique du récit, mais c’est parfois légèrement frustrant. Je regretterai aussi une collusion d’évènements téléphonés qui amènent à la conclusion, je pense principalement à tout ce qui tourne au passé du héros. Enfin un autre regret vient de l’intrigue un peu policière que construit l’auteur sur les enquêtes du héros. Certes elle n’est pas mauvaise, mais bon sang ce que je l’ai trouvé mollassonne. Alors c’est vrai, elle sert simplement à travailler le propos de l’auteur, mais un peu de tension n’est jamais une mauvaise chose, surtout que bon certaines résolutions sont aussi un peu faciles. La plume de l’auteur est simple, efficace et un minimum entraînante. Au final on a là, selon moi, un roman qui n’est pas mauvais, avec de bonnes idées, mais qui aurait pu être tellement plus. Cela ne m’a pas empêché d’avoir passé un sympathique moment de lecture, mais il lui manque un petit quelque-chose, je trouve, pour se révéler marquant, surtout face à d’autres romans de l’auteur, ou alors Robert Charles Wilson recherchait simplement ce côté détente.

En Résumé : J’ai passé un sympathique moment de lecture avec ce roman qui se lit plutôt bien et assez rapidement, mais j’avoue une fois terminé je pense que j’en attendais tout de même plus. L’univers présenté n’a rien de révolutionnaire, ce qui n’empêche pas l’auteur de le rendre efficace et intéressant, principalement dans le choc des cultures et dans les questions qu’il soulève. Les personnages sont comme souvent un point fort des récit de l’auteur, nous proposant des héros humains, vrais et touchants, même si je trouve que certains personnages secondaires auraient mérité d’être un peu plus travaillés. Les nombreuses idées et réflexions développées ne manquent pas d’attrait, que ce soit dans les différentes comme les ressemblances entre présent et passé, dans la gestion de la technologie ou bien encore dans cette idée un peu « divine » de l’influence des hommes du futur sur l’Histoire. Ce qui est dommage c’est que l’auteur reste parfois trop en surface de ses idées ce qui est par moment légèrement frustrant. Je regretterai aussi quel le recoupement des différentes sous-intrigues dans la conclusion m’a, sur certains points, paru téléphonés et surtout une intrigue policière sur fond d’enquête qui s’avère quand même plutôt mou. Cela n’enlève en rien le côté divertissant du récit et les questions qu’il soulève, mais je trouve qu’il lui manque un petit quelque-chose pour se révéler encore plus marquant. La plume de l’auteur est toujours aussi fluide, entraînante et efficace et même si j’ai trouvé ce roman un peu en dessous par rapport à d’autres de l’auteur, je lirai sans soucis ses autres publications.

 

Ma Note : 6,5/10

 

Autres avis : Apophis, Yogo, Lune, Le Fictionaute, …

Les Affinités – Robert Charles Wilson

les affinitesRésumé : Adam Fisk s’est installé à Toronto pour suivre des études de graphisme que lui finance sa grand-mère. Là, il s’est inscrit à un programme payant pour déterminer à laquelle des vingt-deux Affinités il appartient. Adam est un Tau, une des cinq plus importantes de ces nouvelles familles sociales théorisées par le chercheur Meir Klein. Quand la grand-mère d’Adam, diminuée par une attaque, est placée dans une maison de retraite, le jeune homme n’a plus les moyens de suivre ses études. Mais être un Tau confère des avantages qu’il va vite découvrir : travail rémunérateur, opportunités sexuelles, vie sociale pleine et satisfaisante. Tout est trop beau, trop facile. Tout va très vite pour Adam… et il en est de même pour le reste du monde, car le modèle social des Affinités est en train de s’imposer. Malheureusement, dans l’histoire de l’Humanité, aucun changement radical ne s’est fait sans violence.

Edition : Denoël Lunes d’Encre

 

Mon Avis : Pour ceux qui suivent mon blog depuis un long moment maintenant, vous devez avoir remarque que Robert Charles Wilson fait partie de ces auteurs que je suis avec grand plaisir, offrant régulièrement des récits de Science-Fiction humains avec des personnages régulièrement attachants. C’est donc sans surprise que, quand j’ai vu qu’un nouveau roman de l’auteur était publié, il a rapidement rejoint ma PAL. Surtout que le résumé accrocheur se révélait différent de ce que pouvait proposer habituellement l’auteur. J’avais donc hâte de découvrir ce récit. A noter aussi la magnifique couverture, illustrée par Aurélien Police.

Ce roman se construit ainsi de façon un peu habituelle avec l’auteur avec l’auteur, proposant de découvrir un personnage tout ce qu’il y a de plus ordinaire qui va se retrouver plonger dans des évènements qui vont, souvent, bouleverser l’ensemble de la planète. Ici le basculement va se faire au moment où le héros va passer un test d’affinité qui va le classer dans une des 22 affinités existantes (enfin 23 si on compte les rejetés) : les Tau. Attention ce n’est en rien un reproche, cette construction offrant de nombreuses possibilités. L’auteur a ainsi décidé avec Les Affinités de nous offrir une réflexion sur les réseaux sociaux, les sites de rencontre, le fait de tenter de lier les gens à travers des algorithmes, de vouloir définir qui s’associe avec qui d’un point de vue social et une chose est sure l’auteur réussi son pari, offrant un récit que j’ai trouvé réussi, affuté et qui ne laisse pas, selon moi, indifférent, même si certains aspects m’ont tout de même légèrement frustrés. Mais j’y reviendrai plus tard.

Robert Charles Wilson évite par contre de se lancer dans le sensationnel et nous propose ainsi un récit plus, on va dire, intimiste, autour d’Adam Fisk qui va ainsi voir sa vie chambouler, d’avoir l’impression de trouver enfin une vraie famille, remettant ainsi en cause la force du lien biologique par un lien « affinitaire » de ressemblance. Ainsi comme on peut le voir ce qui ressort surtout de ce récit ce sont les nombreuses réflexions sociales que soulève l’auteur, que ce soit sur le bien fondé des algorithmes, sur les groupes sociologiques crées « artificiellement », sur ce que deviennent les libertés face, finalement, à ces affinités, et surtout les nombreuses conséquences que vont entraîner l’existence de ces groupes, principalement dans une certaine violence qui va obligatoirement apparaître dès qu’il y a cloisonnement. L’auteur n’oublie pas non plus de parler, en image de fond, des soucis plus généraux que doit faire face la planète, mais aussi de l’influence ainsi que les ouvertures que peuvent apporter ces groupes. Ces affinités deviennent ainsi au fil des pages, au choix, de nouveaux états, de nouvelles religions, des groupes qui montrent leurs limites, se refermant sur elles-mêmes, préférant ne pas vraiment se consacrer à ceux qui ne les correspondent pas. On se retrouve ainsi en tant que lecteur à se poser des questions sur finalement nos propres cloisonnements, nos propres rejets et nos cloisonnements face à des gens qu’on considère comme « différents ». Des réflexions qui résonnent pleinement avec notre société. Alors certes, parfois ce n’est qu’esquivé, parfois les idées m’ont paru un peu brouillonnes, voir simplistes, mais dans l’ensemble c’est le gros point fort du roman, surtout que l’auteur sait jouer avec le lecteur et lui offrir un récit qui va se révéler entraînant et clairement efficace.

Concernant les personnages on ne peut pas nier que l’auteur sait, de façon plus que réussi, nous offrir des personnages captivants, percutants et prenants. On s’attache ainsi assez facilement à Adam, héros tout en ambiguïté, qui au fil des pages ne sait pas trop ou se situer, possédant une empathie forte. Sa « fusion » avec la fratrie Tau va le stabiliser, mais va aussi le faire réfléchir, le faire évoluer, l’amener à changer sa vision envers lui-même et les autres, le tout de façon cohérente, logique et captivante. Concernant les personnages qui gravitent autour de lui, on ne peut le nier, ils sont un peu moins travaillés, mais cela ne les empêche pas de se révéler efficaces , entraînants et un minimum soignés pour les rendre intéressant à découvrir. Même des personnages qui n’apparaissent que quelques pages donnent envie d’en apprendre plus sur eux je trouve. Il faut dire qu’il s’agit d’une des grandes forces de l’auteur de savoir poser des personnages plus que crédibles, humains et attrayants je trouve.

Sauf que comme je l’ai dis plus tôt, certains aspects de ce roman m’ont laissé légèrement perplexes, voir frustrés. Une impression que l’auteur n’a voulu aller qu’à l’essentiel, ne se concentrant que sur tous les péripéties et les réflexions qui tournent autour du héros, alors qu’il y avait plus à développer à côté selon moi tant les réflexions sont denses. J’ai trouvé ainsi dommage que l’auteur n’ait pas décidé de développer plus la montée des « affinités » sur la planète entière, les différentes affinités, ce qui les caractérise, les font se détester, le récit préférant se concentre sur Tau et un peu Het ainsi que  les tensions que cela crée entre ses affinités et aussi avec les différents pouvoirs classiques qui vont se sentir menacé. L’exemple le plus marquant selon moi vient d’une loi, élément primordial de la troisième partie, qui est citée sans jamais être développée et dont j’ai du mal à en comprendre l’argumentation légale qui la fait exister. Alors ce n’est en rien bloquant pour savourer ce récit qui s’avère original, efficace et intelligent, sauf que voilà il y avait la possibilité pour tellement plus selon moi. Attention cela ne m’a pas empêché de passer un bon moment de lecture avec ce roman, bien porté par une plume efficace, percutante et entrainante et si jamais l’auteur veut revenir sur le sujet ce sera avec plaisir.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce dernier roman de Robert Charles Wilson, même si certains points m’ont légèrement frustrés. Cette idée des Affinités, dans un monde où les réseaux sociaux et les sites de rencontres prennent de plus en plus d’importance, se révèle vraiment intéressant et permet de soulever de nombreux points de réflexions intéressants que ce soit dans notre comportement, comme dans nos libertés ou encore au niveau de nos envies et de nos besoins. C’est vraiment le gros point fort du roman, surtout qu’à côté l’auteur offre un récit entraînant et tendu. Les personnages ne sont pas non plus en reste, se révélant clairement humains, attachants et captivants, même si c’est vrai que certains protagonistes secondaires auraient peut-être mérité plus de développement mais ne dérange en rien. Sauf que voilà mon regret vient, finalement, plus d’une attente que d’une vraie critique, mais au vu de la densité qui était soulevé je trouvais que l’auteur survolait trop certains aspects pour ne se consacrer que sur quelques-uns, ce que j’ai trouvé légèrement dommage. Rien de non plus bloquant. Le style de l’auteur se révèle toujours aussi fluide, percutant et captivant et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 7,5/10

 

Autres avis : Gruz, Lorhkan, Cornwall, …

Les Perséides – Robert Charles Wilson

les perseidesRésumé : C’est l’histoire de deux géographies intriquées : celle des ruelles nocturnes de Toronto et celle de l’étrange librairie Finders, deux géographies qui ne sont pas ce qu’elles semblent être car non, décidément, la carte n’est pas le territoire… C’est l’histoire des abîmes vertigineux de l’espace et du temps et de ce qu’ils abritent, de l’étrange et de l’occulte, là, au coin de la rue, au détour d’un rayonnage de bibliothèque ou sur une case d’échiquier… C’est l’histoire de ce qui ne peut être vu et que l’on voit quand même, de ce qui ne peut être dit et qu’il nous faut dire, malgré tout… C’est l’histoire des Perseides, neuf récits se répondant les uns les autres pour tisser l’ébauche d’un paysage indicible, un livre à l’ombre des grands maîtres tutélaires de l’œuvre wilsonienne : Jorge Luis Borges, Howard Phillips Lovecraft et Clifford D. Simak en tête. Peut-être le livre le plus personnel de Robert Charles Wilson.

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : De Robert Charles Wilson je me suis finalement rendu compte que je n’avais quasiment lu que des romans et très peu de nouvelles. En fait la seule nouvelle que j’ai lu de lui c’est, L’Observatrice, publié initialement dans l’anthologie Utopiales 2012 et qu’on retrouve d’ailleurs aussi dans ce livre. Donc quand a été annoncé ce recueil de nouvelles de l’auteur, j’avoue que je n’ai pas mis longtemps à me laisser tenter. Puis, il faut bien avouer que la couverture, illustrée par Manchu, se révèle très jolie et possède quelque chose de poétique qui donne envie de le lire je trouve. À noter que ce recueil contient neuf nouvelles.

Les Champs d’Abraham : Cette nouvelle nous plonge dans le quotidien de Jacob, en 1911, jeune juif intelligent qui gagne sa vie de petits boulots et doit élever sa sœur qui souffre de troubles mentaux. Son seul moment de détente et quand il rejoint la librairie Finders pour jouer aux échecs avec son patron, Oscar Ziedler. Une nouvelle qui pose une ambiance que j’ai trouvé intéressante, se révélant étrange et de plus en plus dérangeante au fil des pages avec l’ambiguïté qui transparait doucement de cette librairie et principalement de son propriétaire Oscar Ziedler. Je trouve par contre légèrement dommage que le reste ne suit pas toujours, que ce soit dans l’univers qui essaie de dévoiler la pauvreté de l’époque, mais restant toujours en surface, ou bien encore dans les choix qui m’ont paru mal amené, trop rapides et dont certaines explications m’ont paru manquer. Dommage car le personnage principal de Jacob se révèle attachant, devant faire face à des choix et des décisions pas toujours faciles  à prendre, principalement vis-à-vis de sa sœur. Une nouvelle au final juste sympathique à l’ambiance sombre et la conclusion surprenante, mais dont certains aspects manquent de consistance.

Les Perséides : Une nouvelle plus contemporaine qui nous fait découvrir Thomas, amateur d’astronomie, qui suite à un divorce se retrouve à changer de vie, va trouver un petit boulot dans une librairie et va alors rencontrer Robin. Un texte que j’ai trouvé efficace, principalement grâce, de nouveau, à son ambiance qui plonge lentement le lecteur au fil des pages d’une situation banale vers quelque chose de plus dérangeant, horrible et troublant. On se retrouve entrainé par ses personnages humains et légèrement paumés qui vont peu à peu se retrouver embarquer dans un groupe et qui nous rappelle que le ciel est finalement bien plus que ce qu’on peut croire, qu’il peut s’y cacher de nombreuses choses. Le parallèle avec l’aspect des sectes est aussi présent et l’auteur y ajoute une petite dose de chamanisme qui apporte une touche supplémentaire, je trouve, de mystère. J’en dévoile pas trop pour ne pas trop spoiler mais j’ai bien aimé ce récit à la conclusion surprenante et déroutante.

La Ville dans la Ville : Cette nouvelle nous présente un groupe de personnes érudites qui se retrouvent régulièrement pour discuter se lancer différents challenges. Un jour un des participants les plus discret va proposer de développer une nouvelle religion et la meilleure serait déclarée gagnante. Le grand intérêt de cette nouvelle vient principalement de la ville de Toronto qui devient ici clairement le centre de l’histoire. Elle en est le pivot et se révèle tout à fait fascinante à découvrir, possédant ses zones d’ombres et de mystères où se mélangent mythes, imaginations et réalité. Au fil des pérégrinations du héros on va se rendre compte aussi que quelque-chose s’y cache, quelque chose de plus profond. Une histoire efficace où l’auteur s’amuse à manipuler le lecteur jusqu’à cette conclusion trouble, percutante, pleine de rebondissements et passionnante.

L’Observatrice : Comme je l’ai dit j’ai déjà lu cette nouvelle dans l’anthologie des Utopiales 2012. Vous pouvez retrouver ma chronique ici. Cette deuxième lecture ne lui a rien enlevé de son charme avec cette rencontre captivante entre une jeune fille et Edwin Hubble qui traite de façon humaine, à travers l’idée de l’enlèvement par des extra-terrestres, de la différence et de la solitude.

Protocoles d’Usage : Cette nouvelle fait, selon moi, partie des meilleurs du recueil elle nous fait découvrir un personnage bipolaire sous traitement au Lithium et qui se retrouve à suivre une thérapie de groupe. L’auteur nous plonge alors dans une histoire déroutante, ambigu et offrant alors un lien bien trouvé avec les phéromones qui permettent aux insectes de communiquer. La tension est parfaitement bien gérée par l’auteur, montant lentement au fil des pages pour véritablement happer le lecteur et lui donner envie d’en savoir plus. Les personnages se révèlent humains avec leurs problèmes à gérer. Un texte intelligent et réussi qui traite aussi de la médication, de la façon dont on plonge de plus en plus facilement dedans, pas toujours à bon escient y cherchant parfois plus un bien-être chimique qu’une véritable solution.

Ulysse voit la lune par la fenêtre de sa chambre : Cette courte nouvelle, j’avoue, je ressors plutôt mitigé de ma lecture. L’auteur cherche ici à développer un texte à chute, traitant d’une conscience supérieure dont on ne serait rien car on ne pourrait pas la voir ni la reconnaitre comme tel. Elle nous fait alors découvrir un couple qui bat de l’aile dont le mari invite un soir un de leur meilleur ami, qui a secrètement des vues sur sa femme. J’ai trouvé que l’ensemble manquait un peu de profondeur, j’ai bien senti que les idées étaient là, je vois bien le jeu de manipulation, le doute qui s’installe, mais il m’a paru manquait quelque-chose. L’ensemble aurait peut-être mérité d’être un peu plus long.

Le Miroir de Platon : Cette nouvelle nous fait découvrir un écrivain a succès, coureur de jupons qui va alors voir sa vie bouleverser le jour où une jeune admiratrice vient lui offrir en cadeau un miroir. Une histoire à la construction assez classique avec cette idée de « monstres » dans le miroir qui, même si elle ne révolutionne pas le genre, se révèle pertinente, efficace et plutôt réussie. L’aspect ambigu du personnage principal narcissique, égoïste et qui pourtant parait cacher quelque-chose de plus profond apporte aussi un plus, je trouve à l’ensemble le tout dans une ambiance très fêtarde voir hippie avec mélange d’alcool et de drogue qui plonge peu à peu dans l’étrange et l’angoissant. Au final un texte agréable et qui se lit bien avec une conclusion efficace.

Divisé par l’Infini : Cette nouvelle nous présente un homme qui a du mal à se remettre de la mort de sa femme, devenu limite suicidaire et dont la vie va basculer après sa visite à la librairie Finders ou a travaillé sa femme durant des années. Il va en repartir avec des livres de SF d’anciens auteurs connus, mais qui n’ont jamais été écrit. Cette nouvelle se repose clairement sur les plausibilités des univers parallèles et monte clairement en tension au fil des pages. L’auteur tire au fil des pages le fil de son imagination pour nous offrir un récit qui se révèle de plus en plus éblouissant, débridé, SF et aux multiples chemins, ce qui peut soit fasciné, soit rebuté. J’avoue, de mon côté, avoir été accroché par les différentes possibilités présentées, l’univers ainsi que par la conclusion ouverte qui nous est proposé. L’aspect humain du héros, sa souffrance joue aussi énormément. Un texte efficace et réussi.

Bébé Perle : Cette nouvelle nous fait découvrir Deirdre, personnage qu’on retrouve dans différentes autres textes du recueil et qui est vendeuse à la libraire Finders. L’auteur cherche alors à construire ici une nouvelle qui penche beaucoup plus vers le côté angoissant et horreur que les précédentes, se rapprochant même légèrement de Lovecraft. L’ambiance ne manque pas de se révéler prenante et les idées sont présentes, mais voilà je n’ai jamais réussi complètement à m’accrocher à ce texte. Le personnage principal se révèle plutôt intéressant mais les personnages secondaire ne donnent l’impression de servir à rien, le rythme m’a paru trop haché avec un début trop lent et une fin trop rapide, ou bien encore certains aspects et certaines scènes m’ont paru manquer d’intérêt. L’auteur annonce clairement dans la Postface qu’il a écrit ce texte en 10 minutes, c’est peut-être là que ça bloque, car pour moi ce texte aurai mérité d’être plus travaillé. Dommage

 

Ce recueil, finalement, nous fait découvrir Robert Charles Wilson dans un registre un peu différent de ce que je connaissais de lui à travers mes différentes lectures, proposant toujours de la SF mais cherchant plus le côté troublant, angoissant, dérangeant et je dois bien avouer qu’il s’en sort plutôt bien. Alors certes tous les textes ne sont pas au même niveau, certains m’ayant même laissé perplexe, mais dans l’ensemble il propose des récits que j’ai trouvé efficaces, qui savent jouer avec la tension et le merveilleux et dont j’ai même parfois été surpris. On sent bien que l’auteur possède une imagination débordante, nous faisant aussi découvrir la ville de Toronto sous un regard assez magique. Au final ce recueil m’a offert une lecture très agréable.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce recueil de nouvelles qui nous permet de découvrir Robert Charles Wilson dans un genre différent, cherchant plus à développer des textes étranges et déroutants. Alors bien entendu tous les textes ne sont pas au même niveau, un ou deux ayant même eu du mal à me convaincre, mais dans l’ensemble ils se révèlent tout de même efficace et nous font découvrir la ville de Toronto sous un autre jour, pleine de magies et de mystères. Les personnages se révèlent toujours aussi humains et attachants. En tout cas j’ai maintenant envie d’en apprendre encore plus sur cette librairie Finders.

 

Ma Note : 7/10

Les Derniers Jours du Paradis – Robert Charles Wilson

les derniers jours du paradisRésumé : Alors que l’Amérique se prépare à fêter les cent ans de l’Armistice de 1914, un siècle de paix mondiale, d’avancées sociales et de prospérité, Cassie n’arrive pas à dormir. Au milieu de la nuit, elle se lève et va regarder par la fenêtre. Elle remarque alors dans la rue un homme étrange qui l’observe longtemps, traverse la chaussée… et se fait écraser par un chauffard. L’état du cadavre confirme ses craintes : la victime n’est pas un homme mais un des simulacres de l’Hypercolonie, sans doute venu pour les tuer, son petit frère et elle. Encore traumatisée par l’assassinat de ses parents, victimes sept ans plus tôt des simulacres, Cassie n’a pas d’autre solution que fuir.
L’Hypercolonie est repartie en guerre contre tous ceux qui savent que la Terre de 2014 est un paradis truqué.

Edition : Denoël Lunes d’Encre (Parution le 04-09-2014)
Traduction : Gilles Goullet

 

Mon Avis : Je suis un grand admirateur des écrits de Robert Charles Wilson, principalement par sa capacité à offrir une science-fiction mélangeant efficacement l’inexplicable au contemporain et surtout porté par des personnages qui se révèlent humains dans leurs réactions et leurs évolutions. J’ai déjà lu six livres de l’auteur et je n’ai jamais été vraiment déçu, même si tous ne sont pas au même niveau. C’est donc sans surprise que lorsque l’on m’a proposé de découvrir son dernier livre, je me suis rapidement laissé tenter. Il faut bien avouer que le résumé se révèle accrocheur. Concernant la couverture, de nouveau illustré par Manchu, j’avoue être moins fan que d’habitude même si elle reste sympathique.

L’intrigue de ce roman rappelle clairement les histoires de SF d’il y a quelques années, celle où la terre se révèle infiltrée par un organisme supérieur, pour des raisons que personne ne connait, et qui manipule l’humanité à l’insu de son plein grès. Malgré ce côté assez classique, l’auteur s’en sort très bien dans la construction de son histoire, dès le premier chapitre il nous happe à travers Cassie qui se retrouve à fuir suite à la mort par accident d’un sim devant chez elle. On se retrouve alors plongé dans une fuite en avant, qui monte doucement en tension et en intensité face à cette traque et cette envie de survie de nos héros qui va alors les pousser parfois aux pires exactions. Une aventure pleine de suspens qui fait qu’on tourne les pages avec un minimum d’envie. L’utilisation de deux points de vue dans l’histoire, avec le premier qui suit le groupe jeune que comprend Cassie et l’autre plus adulte que comprend son Oncle Ethan, permet aussi d’offrir un plus à l’ensemble, que ce soit dans ces différents sentiments d’insécurité qui les obligent à toujours courir, comme dans les différents angles d’explication qui se dévoilent au fur et à mesure, aussi bien concernant l’Hypercolonie que sur le monde et la résistance de certains.

L’univers que construit l’auteur nous propose un monde parallèle où la guerre a quasiment disparu depuis l’armistice de 1914, offrant ainsi un monde qui devrait paraitre plus sûr, géré de façon complètement différente et offrant des alliances que personne n’imaginait, le tout bien entendu manipulé par l’Hypercolonie. J’avoue qu’il y a quelques chose de fascinant dans la construction de cette Histoire alternative que l’auteur dévoile lentement, insérant des indices et des éléments ici ou là au milieu de son intrigue. Un monde qui donne une impression un peu désuète, style années 60, comme si la technologie était mauvaise pour l’homme.  L’auteur nous offre alors des réflexions qui ne manquent pas d’intérêt comme par exemple sur le libre arbitre, sur le fait que l’humanité se laisse aller avec une facilité déconcertante dans le conflit et la destruction. Qu’est-ce qui est le plus intéressant, d’avoir la sécurité, mais sous le contrôle d’une entité supérieure ou avoir la liberté en sachant que cela mène souvent à des conflits mondiaux? L’auteur propose aussi un aspect scientifique intéressant comme par exemple ce parallèle avec certaines castes d’insectes, expliqué de façon simple et compréhensible. Mais voilà malgré ces points qui se révèlent réussis, j’aurai pourtant aimé en savoir plus sur ce monde, l’auteur ne construisant parfois que ce dont il a besoin pour son histoire et offrir un minimum de densité, mais laissant certaines questions en suspens comme par exemple concernant la géopolitique ou encore, pourquoi pas, la démographie.

Concernant les personnages il s’agit, comme souvent avec l’auteur, d’un des points forts de ce roman. Il nous offre comme toujours des héros qui s’annoncent denses, complexes et profondément humains au fil des pages. On arrive à s’attacher où à s’intéresser facilement à chacun d’eux, offrant une palette de point de vue assez large et diversifiée. Chaque protagoniste possède ses doutes et ses certitudes, guidé par ses émotions et son vécu ; entre Cassie jeune fille d’à peine 19 ans qui a  toujours vécue à la marge de la société, dans la peur, suite à la mort de ses parents ou bien encore Ethan son oncle scientifique qui a perdu énormément et qui cherche pourtant d’une certaine façon à avancer à lutter. Tous vont se retrouver à devoir faire des choix pas toujours faciles et qui vont les marquer durablement et c’est là-dessus qu’ils arrivent à nous captiver, devant la façon dont chacun va devoir évoluer, leurs interactions les uns les autres face aux différents problèmes qui se posent à eux. Un des aspects intéressant vient aussi de leurs différentes perceptions qu’ils ont de cette Hypercolonie, allant du très scientifique à un aspect peu-être un peu plus romantique d’un monde meilleur.

Pourtant, malgré pas mal d’aspects plutôt positifs, ce livre se révèle loin de m’avoir marqué autant qu’a pu le faire Spin ou Julian du même auteur qui sont, ses meilleurs romans dans ceux que j’ai lu. On y retrouve cependant un certain parallèle avec Spin, cette main supérieure qui influence l’humanité, mais j’ai eu l’impression que l’auteur restait un peu trop en surface, cherchant peut-être plus à offrir un roman de science-fiction qui recherche un public plus large, ce roman pouvant se lire très facilement par un adolescent. De plus j’ai trouvé que par moment l’auteur se répétait un peu, principalement dans certains dialogues qui ressassaient les même questionnements et argumentations; mais de façon différente. J’avoue aussi avoir remarqué une petite facilité, que je ne peux dévoiler sans spoiler, mais qui contredit une statistique qui parait importante, mais sur ce point rien de bien gênant. Au final ce roman se lit tout de même facilement, on y retrouve pas le côté fascinant et émerveillant de certains de ces romans, mais cela n’empêche pas à ce livre d’être divertissant et d’offrir un agréable moment de lecture.

La plume de l’auteur est toujours aussi efficace, fluide, entrainante et plus on avance dans le livre et plus on se sent emporter, le tout pour aboutir à une conclusion que j’ai trouvé fascinante, explosive et évitant le happy-end qui aurait été un peu facile. Finalement j’ai un peu l’impression d’avoir le même ressenti qu’avec Blind Lake, un roman très agréable, efficace avec un concept de départ intéressant et de bonnes idées, mais qui aurait pu être meilleur, manquant peut-être d’un peu plus d’ambition. Peut-être que j’attends un peu trop de l’auteur aussi. En tout cas cela ne m’empêchera pas de lire d’autres écrits de Robert Charles Wilson car l’ensemble se révèle toujours aussi prenant.

En Résumé : J’ai passé un agréable moment de lecture avec ce roman, certes il n’est pas le meilleur de l’auteur, mais cela ne l’empêche pas d’offrir une histoire qui se révèle efficace, pleine de suspens où la tension monte au fil des pages pour happer le lecteur, même si construite sur des bases classiques. L’univers parallèle que développe l’auteur est très intéressant même si j’aurai aimé avoir plus d’informations concernant certains aspects. Les personnes construit au fil des pages sont, comme souvent avec l’auteur, humains et attachants face à leurs évolutions et leurs choix pas toujours facile. La plume de l’auteur se révèle fluide et efficace pour aboutir à une conclusion fascinante, pleine d’émotion et explosive. Je reproche en fait à ce roman certaines répétitions dans certains arguments, mais surtout un léger manque d’ambition par rapport à ce que proposait l’auteur ces dernières années, peut-être aussi pour viser un public plus large. Cela n’empêche pas pour autant ce roman d’offrir une lecture divertissante et efficace. Je lirai sans soucis d’autres romans de l’auteur.

 

Ma Note : 7/10

 

Autres avis : Ly lit, …

Blind Lake – Robert Charles Wilson

blind lakeRésumé : Utilisant une technologie quantique qu’ils ne comprennent pas totalement, les scientifiques des complexes de Crossbank et Blind Lake observent des planètes extraterrestres distantes de la Terre de plusieurs dizaines d’années-lumière. À Blind Lake, Minnesota, Marguerite Hauser s’intéresse tout particulièrement à un extraterrestre qu’elle appelle « le Sujet », mais que tout le monde surnomme « le homard », à cause de sa morphologie. Et voilà qu’un jour, personne ne sait pourquoi, le Sujet entreprend un pèlerinage qui pourrait bien lui être fatal. Au même moment, l’armée américaine boucle Blind Lake et instaure une quarantaine qui tourne à la tragédie quand un couple qui tentait de s’échapper en voiture est massacré par des drones de combat. Que se passe-t-il à Blind Lake ?

Edition : Denoël Lunes d’Encre
Poche : Folio SF

 

Mon Avis : Je me suis dernièrement rendu compte que cela faisait un petit moment déjà que je n’avais pas lu de livres de Robert Charles Wilson, auteur de Science-Fiction que j’apprécie énormément, proposant régulièrement des histoires soignées et efficaces avec des personnages qui se révèlent denses, riches et profondément humains ; ce qui fait la grande force de ses récits. Sachant que j’avais encore des romans de l’auteur qui trainait dans ma PAL je suis allé fouiller un peu et j’ai décidé d’en sortir ce Blind Lake, au quatrième de couverture accrocheur et à la magnifique couverture illustrée par Manchu.

Je dois dire que, une fois la dernière page tournée, je ressors avec un sentiment ambigu concernant ma lecture. Alors rien à dire, le roman se révèle intéressant et m’a offert un bon moment de lecture, mais plusieurs points me laissent perplexe, j’avoue. Concernant le récit l’auteur nous offre deux lignes de conduites principales celle liée à cette technologie quantique inexplicable qui permet l’observation de planètes alien et, plus précisément, un de ses membres appelé « le sujet », et une seconde à propos de cette quarantaine où on se retrouve à suivre différents personnages face à cet enfermement, cet isolement ainsi que leurs façons de réagir principalement devant l’absence d’information et l’incapacité de sortir sous peine de mort.

En soi l’histoire se révèle efficace et entrainante, jouant justement sur le mystère, le lecteur se posant alors énormément de questions, amenées de façon intelligente par l’auteur, et cherchant le lien qu’il peut y avoir entre le sujet, son observation, l’isolation de Blind Lake et le fait que les militaires abattent sans sommation toute personne qui cherche à sortir. La grande force du roman est justement qu’on ne sait pas vraiment où on va aller, mais le chemin pour y aller se révèle tellement malin et entrainant qu’on se laisse porter. La tension monte graduellement au fil des pages de façon réussie, ayant pour effet que le lecteur tourne les pages assez facilement pour essayer alors d’en apprendre et d’en découvrir plus. L’auteur sait garder son lectorat en alerte lâchant rebondissements et informations au bon moment et parfois de façon surprenante. L’ambiance se révèle, elle aussi, assez prenante avec ce sentiment d’enfermement, loin de toute communication, dans ce complexe, sans rien savoir, ce qui pousse les habitants cloisonnés à spéculer et à ne pas toujours dévoiler le meilleur d’eux-même.

Mais voilà deux points m’ont quand même dérangé. On se retrouve ici dans un univers futuriste, où les technologies ont fortement évolué et l’auteur chercher à nous livrer un récit tout de même un minimum scientifique, pourtant le principe de base de ce télescope quantique, qui se révèlent auto-évolutifs, d’une ne repose donc sur aucune véritable logique (mais cet aspect est encore négligeable) et de deux le fait que personne ne comprenne comment il marche me laisse terriblement perplexe sur le fait qu’ils soient donc si facilement acceptés utilisés. Je côtoie un peu le monde scientifique, il a l’habitude de chercher justement  le maximum possible pour en connaitre le fonctionnement évitant justement ainsi toute mauvaise surprise. J’avoue cela m’a rendu le postulat de départ un peu frustrant. Autre point qui m’a un peu surpris c’est l’aspect vase clos que met en place l’auteur, certes je l’ai dit, cela offre une ambiance assez stressante et prenante, mais l’ensemble n’explose jamais complètement non plus. On laisse plus d’une centaine d’hommes enfermé sans communication, loin de leurs familles et pourtant ils restent quasiment tous civilisés. Que personne ne tente de sortir je le comprends, vu que la mort parait inévitable, mais que personne ne craque psychologiquement ou autre à l’intérieur me paraît un peu trop gentil.

Concernant les personnages je dois bien avouer qu’il s’agit de nouveau d’une des grande réussites du roman, comme c’est souvent le cas avec l’auteur, même si je les ai trouvés légèrement moins bons que dans certains de ces autres romans. Pourtant les personnage présenté (mis à part un dont je reparlerai après) se révèlent profondément humains, avec une psychologie riche et soignée, que ce soit par exemple Chris le journaliste désabusé qui, suite à un livre polémique, se rend compte que le monde est beaucoup plus complexe qu’il le croyait ; Marguerite jeune divorcée qui cherche à reconstruire sa vie à Blind Lake, fascinée par le sujet, mais qui se retrouve à devoir lutter contre son ex-mari ou encore Tess la jeune fille renfermée, au bord de la folie face aux visions qu’elle a de son double appelé la « fille miroir ». Mais voilà malgré les héros fascinants que l’auteur dessine au fil des pages, j’ai quand même trouvé qu’il avait parfois un peu de mal à les caractériser, cherchant à trop en faire là où l’imagination devrait prendre la place, à trop les caractériser, ce qui les rend parfois un peu trop rigide. De plus je n’ai pas réussi à accrocher à l’un des personnage, Ray, l’ex-mari de Marguerite et le père de Tess. L’auteur cherche clairement à en faire le personnage ambigu, qui va sombrer au fil des pages, le soucis c’est que finalement il l’a rendu trop détestable. On se rend rapidement compte qu’il n’a que des défauts et les qualités qu’on nous présente, voir les motivations qui expliqueraient ce qu’il est manquent de force où sont retournés contre lui dans la foulée. Je n’ai jamais réussi à clairement le comprendre donc à m’intéresser à lui.

L’auteur n’oublie pas non plus d’essayer de nous faire réfléchir, de nous faire voir les choses de façon différente, comme par exemple cette idée sur la science sans réflexion qui se laissent dépasser par leurs inventions, car même si j’ai dis que le postulat me paraissait trop bancal présenté ici il n’empêche certaines observations et certaines remarques pertinentes et intelligentes. On trouve aussi des axes intéressants sur le côté froid de la science. Autre point, qu’on retrouve souvent chez l’auteur, c’est la découverte de cette vie alien à travers le sujet observé qui offre aussi son lot de révélations avec cette idée pertinente d’un quotidien répétitif et des modifications que peuvent apporter de ne plus se savoir seul dans l’univers. À noter d’ailleurs aussi l’aspect poétique de cette planète extraterrestre porté par des descriptions sobres et magnifiques d’un monde à la fois civilisé et sauvage qui m’a clairement donné envie d’en savoir plus.

Puis arrive cette conclusion et, j’avoue, je m’attendais à quelque chose de plus grandiose, je ne sais pas trop pourquoi, mais vu tout ce que mettait l’auteur en place je prévoyais une fin de haut vol. Alors attention, la fin est toute de même réussie et intéressante, mais voilà elle parait quand même légèrement convenue et surtout se résout un peu facilement. Une belle fin, ouverte, mais qui aurait pu être mieux je pense. Finalement cela résume bien aussi le livre, un bon livre, sympathique, mais qui aurait pu être supérieur, avec des défauts qui font que c’est loin d’être le meilleur Robert Charles Wilson. La plume de l’auteur se révèle par contre toujours aussi entrainante, fluide et subtile, sachant jongler entre thriller et SF et surtout entrainant finalement assez facilement le lecteur dans son histoire. Dans tous les cas je continuerai à me plonger dans les œuvres de l’auteur sans soucis.

En Résumé : Je ressors de ma lecture de ce roman avec un sentiment légèrement ambigu, j’ai passé un bon moment de lecture mais certains aspects m’ont laissé perplexe. L’histoire se révèle intéressante, efficace et entrainante jouant de façon réussie au fil des pages sur l’ambiance et la tension ce qui fait que le lecteur se retrouve rapidement happer. Le monde futuriste, les technologies ainsi que le monde alien se révèlent eux aussi de qualité avec même des aspects et des descriptions poétiques. Les personnages sont, comme souvent avec l’auteur, profondément humains et travaillés, même si par moment je les ai trouvés un peu trop figé. Par contre je n’ai jamais complètement accroché à Ray, trop désagréable. Mais voilà j’avoue avoir bloqué sur le postulat de base qui veut qu’on se serve d’une technologie quantique que personne ne comprend ni ne maitrise clairement, ce qui m’a paru un peu gros, et aussi le fait que les gens restent civilisé malgré près de six mois d’enfermement sans communications et loin de leurs familles. J’attendais aussi peut-être aussi un peu plus de la conclusion même si elle se révèle tout de même plutôt réussie et intéressante. La plume de l’auteur se révèle toujours aussi soignée, entrainante et fluide. Blind Lake est au final un bon roman de Robert Charles Wilson, mais loin d’être le meilleur. Je lirai sans soucis d’autres récits de lui.

 

Ma Note : 7/10

 

Autres avis : julien le naufragé, Nefertari, etc…

Vortex – Robert Charles Wilson

vortexRésumé : «Je m’appelle Turk Findley et je vais vous raconter ce que j’ai vécu longtemps après la disparition de tout ce que j’aimais ou connaissais.»
C’est par ces mots que commence le premier des dix carnets lignés trouvés dans le cartable d’Orrin Mather, jeune vagabond interné dans un centre d’accueil de Houston. Ces carnets racontent l’histoire de ce Turk Findley qui, en passant un arc temporel des Hypothétiques, a fait un bond de dix mille ans dans le futur et s’est retrouvé sur Vox, un archipel artificiel sur le point de franchir l’arc pourtant fermé qui fait communiquer Equatoria avec le berceau de l’humanité – une Terre à l’agonie devenue toxique et inhabitable.
Pour Sandra Cole, le médecin en charge d’Orrin, ce récit est un roman de science-fiction plein d’élucubrations sur les Hypothétiques, mais certains faits contredisent cette confortable théorie, car Orrin connaît bien un monsieur Findley, un trafiquant très dangereux…

Edition : Denoël

 

Mon Avis : Ce livre fait partie des livres que j’attendais depuis quelques temps, venant boucler la trilogie Spin lancé par l’auteur. En effet après avoir passé un excellent moment avec Spin et un bon Moment avec Axis (chronique de Spin ici, Chronique d’Axis ) j’avais hâte de savoir ce qu’allait nous réserver l’auteur dans ce troisième tome venant ainsi clôturer l’histoire et ainsi apporter les réponses tant attendues sur les hypothétiques. En tout cas je dois dire que je trouve la couverture, illustrée par Manchu, vraiment magnifique.

Vortex se révèle différent des autres tomes précédents sur la narration, en effet il propose deux histoires, sur deux époques temporelles différentes, les deux histoires se croisant dans les chapitres et se liant au fur et à mesure de l’histoire, et pourtant, malgré sa différence il se révèle efficace et plaisant à découvrir. Comme à son habitude l’auteur nous offre vraiment une intrigue soignée, travaillée que ce soit sur l’aspect scientifique, sans jamais ennuyer ou perdre le lecteur, ou bien encore sur l’aspect humain qui est l’une des grandes forces des romans de l’auteur. On ne s’ennuie jamais dans se livre et on se laisse entrainer avec une grande facilitée dans ces deux histoires cherchant régulièrement les liens de cause à effet. On a du mal à lâcher ce livre, car, malgré un rythme légèrement lancinant, l’auteur sait jouer au bon moment des effets de surprises et des rebondissements pour vraiment happer le lecteur.

Ma grande crainte avec ce tome venait surtout des réponses qu’allait apporter l’auteur sur ces Hypothétiques, cette race alien qui apparaît depuis le premier tome mais dont, au final, on ne sait que peu de choses, et pourtant j’ai été agréablement surpris par le tournant pris par l’auteur pour dévoiler ces êtres venus d’ailleurs. Il évite vraiment les clichés et nous offre une explication efficace, solide et qui ne manque pas d’intérêt selon moi. De plus l’auteur continue à agrémenter son histoire d’axe de réflexions intéressant, mais souvent ambigus, sans jamais vraiment prendre de parti, et laissant le lecteur devant les erreurs qui ont amené l’évolution de cette humanité. L’écrivain nous offre des situations, sans jamais les accentuer ou les pointer du doigt, et laisse pour seul juge le lecteur.

L’univers mis en place par l’auteur est vraiment intéressant et solide avec dans une phase temporelle un univers juste après la fin du spin et proche du nôtre, et dans une autre phase temporelle un univers futuriste avec ses évolutions. J’ai trouvé vraiment intéressant le développement des aspects politiques mis en place par l’auteur dans l’univers futuriste principalement par la présentation des gouvernements limbiques ou corticales qui, au final, n’ont pas l’air si différent de ce qu’on actuellement, simplement mieux maîtrisés. Je trouve juste dommage que ces façons de gouverner soient si peu développés, elles sont bien expliquées, mais manquaient de faits concrets pour les rendre palpables. Je reproche aussi un peu que, malgré la solidité de l’univers, il reste un peu « light » à mon goût, j’aurai aimé en apprendre plus surtout sur les différentes planètes présentées, mais bon rien de gênant.

Concernant les personnages comme à l’habitude de l’auteur ils se révèlent finalement proches de nous, ce ne sont pas vraiment des héros mais simplement des personnes, comme vous et moi, embarqués souvent dans une histoire qui les dépassent. Ils se révèlent vraiment humains dans leurs façons de gérer les évènements, des protagonistes pleines d’émotions et de sentiments qui tentent d’avancer avec leurs envies et leurs peurs. On s’attache vraiment facilement à ses personnages travaillés et soignés. Chaque personnage à son importance et tente de jouer son rôle dans cette histoire qui les dépasse.

La plume de l’auteur est vraiment plaisante, captivante transformant ce récit en une lecture vraiment prenante du début à la fin, sans véritable temps morts. La conclusion de cette trilogie se révèle agréable, efficace, solide et, même si elle risque de ne pas plaire à tout le monde, elle m’a convaincu et parue vraiment intéressante. Finalement les deux grosses faiblesses de ce roman, qui finalement se rejoignent, sont premièrement qu’il s’agit d’un roman assez court, 341 pages comparés aux 388 pages d’Axis et aux 550 pages de Spin, ce qui fait que certains points m’ont parus à peine esquissés et auraient mérités plus amples explications, et deuxièmement finalement c’est qu’il s’agit de la suite de Spin et, même si le roman reste bon et plaisant à lire, il n’atteint pas la densité de Spin ni même son impact. Au final un bon roman, légèrement meilleur qu’Axis, qui clôture parfaitement cette trilogie.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce livre qui vient clore de façon intéressante et efficace la trilogie entamée par l’auteur avec Spin. L’histoire se révèle solide, soignée et plaisante à lire le tout porté par une plume vraiment efficace et captivante qui fait qu’on a du mal à lâcher le livre une fois emporté par les premières pages. L’univers se révèle solide mais aurait, selon moi, mérité plus de développements sur certains aspects comme les différentes façons de gouverner dans le futur. Les personnages sont, comme à l’habitude de l’auteur, proches de nous, humains et vraiment attachants. La conclusion présentée par l’auteur sur les hypothétiques ne convaincra peut-être pas tout le monde, mais moi m’a vraiment accroché et paru intéressante. Les seuls défauts de l’oeuvre sont premièrement, comme je l’ai déjà dit, un manque de développements de certains points qui auraient mérité plus amples explications et deuxièmement être finalement la suite de Spin, car malgré toutes les qualités de cette oeuvre on est quand même un cran en dessous de la densité de Spin. Mais au final ce troisième tome se révèle tout de même efficace et vraiment plaisant à lire.

 

Ma Note : 8/10