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Dragon – Thomas Day

dragonRésumé : Bangkok. Demain.
Le régime politique vient de changer.
Le dérèglement climatique global a enfanté une mousson qui n’en finit plus.
Dans la mégapole thaïlandaise pour partie inondée, un assassin implacable s’attaque à la facette la plus sordide du tourisme sexuel. Pour le lieutenant Tannhäuser Ruedpokanon, chargé de mettre fin aux agissements de ce qui semble bien être un tueur en série, la chasse à l’homme peut commencer. Mais celui que la presse appelle Dragon, en référence à la carte de visite qu’il laisse sur chacune de ses victimes, est-il seulement un homme ?

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : Les éditions du Bélial’ ont décidé, en ce début d’année 2016, de mettre en avant le récit court à travers une nouvelle collection : Une Heure-Lumière. Ce format faisant partie des lectures que j’affectionne, comme vous vous en doutez si vous suivez ce blog, j’avoue avoir été rapidement intrigué par les premiers textes qui ont été annoncés par la maison d’édition. Ajouter à cela un aspect maquette et graphisme que je trouve franchement superbe, et un résumé accrocheur, il n’a donc pas fallu longtemps pour que ce petit livre termine sa course dans ma PAL.

On plonge ainsi avec ce court récit dans la ville de Bangkok, où un tueur en série c’est lancé dans l’élimination du tourisme sexuel sur enfant. Pour éviter une mauvaise publicité de son pays, le Général Wongkrachang décider de mettre le lieutenant Tann Ruedpokanon sur la traque de cet assassin qui fait un peu trop parler de lui. L’intrigue parait aux premiers abords  classique, ce que je ne nie pas, mais il ne faut pas s’arrêter au résumé, car là n’est pas le point central du récit, même si l’aspect polar noir se suffit à lui-même pour offrir un récit tendu et efficace. Dragon est un texte qui a surtout pour but de prendre aux tripes, de réveiller le lecteur à grands coup, lui ouvrir les yeux sur un problème : la prostitution enfantine. L’auteur nous offre ainsi ici un texte qui se révèle percutant que ce soit, comme je l’ai dit, sur le fond, mais aussi dans la forme que ce soit dans la construction du récit monté dans le désordre, ce qui permet ainsi d’offrir un rythme accrocheur et une narration énergique, mais aussi dans l’utilisation de la violence, d’une certaine brutalité, qui lui évite de tomber dans une certaine consensualité et bien mettre le lecteur devant la réalité des faits. Surtout que l’auteur cherche nullement la violence gratuite, il ne veut pas choquer ou vouloir plonger son récit dans l’extrême, car même si l’ensemble pourra se révéler dur pour certains lecteurs, il a son utilité dans la fureur qui est dévoilée et montrée. La traque en elle-même se révèle aussi intéressante, bien menée, offrant de nombreux rebondissements et de nombreuses surprises, porté par un duel qui ne manque pas d’intérêt et de charisme.

Le format court apporte aussi un véritable plus au récit, en effet je pense que dans un format plus long le récit aurai clairement perdu en intensité et dans son côté incisif et marquant. Ce Bangkok futuriste que nous dévoile l’auteur en image de fond ne manque pas non plus d’attrait, offrant ainsi une ville poisseuse, humide, clivée, où tout est fait pour contenter le touriste, oubliant un peu les autres au point de limite noyer une partie de la ville. Une ville mélange d’ombre et de lumière. C’est aussi un endroit où l’ont peut tout trouver dès qu’on cherche un peu, sans aucune limite. Entre corruption, jeux de pouvoir, trahisons et mensonge cette cité offre ainsi une ambiance sombre, déroutante, limite sauvage dès qu’on sort des sentiers battus, qui colle dès les premières pages au lecteur, bien porta par un travail de description visuel terriblement efficace. L’autre aspect intéressant vient de la légère notion de fantastique qui commence à se développer au fil des pages et dont je ne dirai rien, de peur de trop en dévoiler, mais qui ajoute une dose de mystère intéressante à l’ensemble du récit. Une touche de fantastique qui, selon moi, colle d’ailleurs parfaitement bien à ce pays et à l’intrigue.

Comme je l’ai dit le duel entre Tann et le Dragon se révèle prenant, il faut bien l’admettre, principalement grâce à des personnages qui ne manquent pas de se révéler captivants. Je ne dirai pas que je me suis obligatoirement attaché à eux, mais cela ne les a pas empêché d’être passionnants à découvrir dans leurs complexités, leurs humanités et leurs besoins. Ils ne sont pas là que pour faire avancer l’intrigue, ils possèdent ainsi une voix propre, principalement l’inspecteur Trann qui vient nous faire réfléchir sur la notion de genre, lui qui est attiré par les « Ladyboys » à la recherche de l’amour parfait, mais aussi dans sa quête d’une place dans ce mode, de liberté. Il offre ainsi un protagoniste proche de chacun, avec ses doutes, ses soucis, qui a du mal à reconnaitre le monde qui l’entoure, à s’y imposer tel qu’il est vraiment, mais qui va trouver finalement sa voix dans cette quête. Dragon n’est pas en reste non plus, offrant un tueur, certes classique, mais qui soulève une question de moralité concernant sa quête : Faut-il arrêter un assassin de monstres? Chacun y fera son propre avis. Les personnages secondaires se révèlent efficaces, même si le format court, forcément, empêche de les développer complètement, offrant rebondissements et surprises.

Alors après on pourrait regretter une certaine linéarité dans l’ensemble qui fait que la fin devient finalement prévisible, mais franchement ce n’est qu’un détail tant l’ensemble réussi son coup de nous secouer et de nous faire poser de nombreuses questions, pas toujours aisées. La plume de l’auteur se révèle ainsi vive, entrainante, incisive et nous happe dès le début du texte pour ne plus nous lâcher avant la fin, laissant le lecteur en parti lessivé, chamboulé. Une très bonne nouvelle pour ouvrir une collection qui me tente énormément.

En Résumé : Dragon est au final un court récit qui ne m’a pas laissé indifférent. Au-delà de son intrigue qui peut paraitre classique, il offre un récit percutant, tentant de secouer le lecteur sur un sujet bien particulier qu’est la prostitution d’enfants. L’auteur nous offre un récit tendu, entrainant ou la violence sourde sans no plus chercher à trop en faire ou à tomber dans l’extrême. Chaque scène, chaque passage se révèle ainsi avoir son importance dans le message qui est mis en avant. Cette  ville de Bangkok futuriste se révèle ainsi un décor parfait, se révélant ambigu, entre ombre et lumière, offrant ainsi une ambiance sombre et poisseuse. Les personnages sont captivants à découvrir, principalement dans le duel qui oppose l’inspecteur Tann, héros ambigu, et le Dragon où chacun va se révéler. Alors après on pourrait regretter une certaine linéarité dans le récit, ce qui rend la fin prévisible, mais rien de très marquant ou dérangeant tant l’ensemble a réussi à me captiver et à me lessiver, porté par une plume vive, entrainante et incisive.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : L’ours inculte, Cornwall, Efelle, Boudicca, Just A World, …

CRAAA

Challenge CRAAA 9ème lecture

Bifrost n°76 – Spécial J.R.R. Tolkien

bifrost jrr tolkienEdition : Le Bélial’

 

 

 

 

 

Mon Avis : Nouvelle plongée dans un magazine de l’imaginaire avec ce numéro de Bifrost consacré a pas n’importe quel auteur, puisqu’il s’agit de J.R.R Tolkien qui fait franchement parti de ces écrivains qui m’ont fait aimé la Fantasy. Je me lançais donc dans cette lecture avec envie, mais aussi un peu de retenu tant la renommé de l’auteur fait qu’il est parfois difficile d’apporter quelque chose de nouveau. Concernant la couverture, qui est illustrée par John Howe, habitué des œuvres de Tolkien, je la trouve vraiment magnifique. À noter que trois nouvelles sont présentes, une de Michael Swanwick, une de Xavier Mauméjan et une de Thomas Day.

Le Récit du Changelin de Michael Swanwick : Avant la lecture de cette nouvelle je dois bien avouer que je ne connaissais pas cet auteur qui nous propose ici de découvrir le destin tragique et mélancolique d’un jeune garçon qui a décidé de tout quitter pour suivre des elfes. Une nouvelle de Fantasy assez classique dans son univers et ses différentes sociétés, mais qui se révèle ambigu et alambiqué dans sa construction, nous proposant, en une vingtaine de pages à peine, des passages épiques, nostalgiques, remplis d’émotions et aussi une jolie dose de lyrisme. Un texte qui colle d’ailleurs parfaitement à l’univers de Tolkien et qui s’amuse à jouer avec le lecteur, le forcer à associer le puzzle qui lui est présenté, lui offrant ainsi le choix avec cette conclusion ouverte qui m’a accrochée, bien porté aussi par une plume efficace et que j’ai trouvé soignée. J’ai d’ailleurs maintenant bien envie de découvrir de nouveaux écrits de l’auteur.

Freud, Auteur de Tolkien de Xavier Mauméjean : Une nouvelle très courte qui développe l’idée que Freud aurait un lien, voir même une influence sur Tolkien et son oeuvre. Un texte qui se révèle soigné, travaillé, possédant de nombreuses références et bien porté par une plume efficace et didactique, mais qui a eu du mal à vraiment me convaincre, d’une par son aspect très court et de deux par argumentation qui m’a paru un peu trop « facile » on va dire.

Noc-kerrigan de Thomas Day : Cette nouvelle nous fait découvrir le destin de Haïnee, dont la vie va basculer après sa rencontre avec Hrolf, chasseur de dragon, qui a été vaincu et se cache. Un récit de Fatansy sombre, cru et sauvage dans un monde où la violence et la haine sont partout. Un texte intense, même s’il est difficile de savoir, au début, où veut nous emmener l’auteur gardant de nombreux indices par devers lui pour mieux nous surprendre par la suite. Une histoire de violence et de sexe qui se densifie ainsi au fil des pages, offrant des personnages soignés, forts et qui ne laissent pas le destin les détruire quand ils le peuvent mais qui doivent faire des choix. Je regretterai juste quelques facilités dans certains rebondissements que j’ai trouvé dommage. Il est à noter que ce texte est aussi lié à La Femme aux Abeilles parue dans l’anthologie des Utopiales 2013 (ma chronique ici), complexifiant un peu plus un univers qui devient de plus en plus captivant et offrant encore de nombreuses questions sans réponses.

Concernant le reste du magazine on y retrouve, comme d’habitude, le cahier des critiques à la fois sur les livres et les magazines que je survole de plus en plus à chaque numéro. Je suis resté de marbre concernant la rubrique de maître Doc’Stolze nous offrant son avis sur quelques DVD et dont je me suis demandé pourquoi ne pas créer simplement un cahier critique DVD plutôt qu’une rubrique complète. La rubrique Paroles de Libraire, qui nous fait découvrir Trollune librairie Lyonnais où il m’arrive d’aller faire mes achats livresques quand je passe dans le coin, et une interview pour les 10 ans de la Volte qui ne manque pas d’attrait, même si je l’ai trouvé un peu lisse. Vient enfin le gros du magazine le dossier sur J.R.R Tolkien qui se révèle finalement plus qu’intéressant, même si la majorité des informations ne m’étaient pas inconnues. Les retrouver à travers un seul et même support ne manque pas d’intérêt allant d’une biographie claire et efficace jusqu’au guide de lecture, certes peut-être tronqué, mais qui m’a donné envie de lire certaines de ses œuvres et même de relire certaines que j’ai déjà lu. On notera aussi l’article passionnant de Jean-Philippe Jaworski qui essaie de nous expliquer le succès et l’influence de l’oeuvre de Tolkien. Seul l’article de Francis Valéry m’a laissé plus que perplexe. Au final certes pas grand-chose de neuf sur l’auteur, mais un dossier qui se révèle concis, clair et précis. Puis, pour finir, on réfléchira sur le dialogue humain/machine.

 

Ma Note : 7,5/10

 

Autres avis : Lorkhan, Xapur, …

Bifrost n°73 – Spécial H.P. Lovecraft

bifrost 73 HP LovecraftEdition : Le Bélial’

 

 

 

 

 

Mon Avis : Encore un nouveau numéro de Bifrost, il s’agit du dernier publié, sorti au mois de janvier et qui cette fois se lance dans le décryptage d’un auteur connu pour ses récits, mélange de fantastique et de terreur, je parle bien entendu de H.P. Lovecraft. Un auteur qui a toujours réussi à me captiver et me faire frissonner en jouant plus sur l’imagination et l’ambiance que la description et le sanglant. Alors j’avoue, je suis légèrement déçu, le magazine a beau être consacré à l’auteur aucune nouvelle de lui n’est présente, choix de l’éditeur car tous les textes sont encore disponibles, ce qui est compréhensible, mais une lettre ou deux de l’auteur aurait pu être sympathique. On retrouve donc des textes de Thomas Day, Claude Ecken, Céline Zufferey et China Miéville. À noter la couverture, illustrée par Nicolas Fructus, qui est vraiment magnifique selon moi.

Forbach de Thomas Day : Une nouvelle très Lovecraftienne dans son univers, mais aussi dans sa construction, qui nous plonge dans une histoire d’héritage qui cache de lourds secrets. L’un des points les plus intéressants de cette nouvelle est sa narration à rebours qui part du présent et remonte dans le passé pour dévoiler au lecteur l’origine du mystère et des horreurs qui se cachent à Forbach. Mais surtout l’auteur a vraiment réussi à rendre cette ambiance angoissante, sombre avec son lot de puissance qui dépasse l’entendement qui sied si bien à Lovecraft, même dans la mythologie, et laisse une fin ouverte qui fait froid dans le dos. Un texte réussi qui m’a accroché dès le début et m’a fait tourner les pages pour en apprendre plus même si, j’avoue, je l’ai trouvé un tout petit peu moins incisifs que les dernières nouvelles que j’ai lu l’auteur.

Une Épouvantable Odeur de Lavande de Claude Ecken : Cette nouvelle est plus fantastique que terrifiante, difficile de la lier complètement à Lovecraft. En tout cas elle se révèle plaisante à lire. On suit un homme qui a été agressé et qui a perdu la mémoire. Pour l’aider à la retrouver il va suivre une thérapie olfactive, la mémoire étant liée aux odeurs. Un récit qui ne manque pas de charme et offre son lot de mystères et de rebondissement. C’est sur la construction du personnage que l’auteur m’a captivé, certes l’amnésie est courante dans l’écriture, mais à travers ses flashbacks il a tout de même réussi à me surprendre et à me donner envie d’en savoir plus. Dommage que le lecteur se rend un peu trop rapidement compte de la conclusion qui se dessine, peut-être que le texte est trop long. Malgré cela l’ensemble reste sympathique à lire.

Géomorpho de Céline Zufferey : Cette fois on rentre dans le cyberpunk, genre qui est encore plus éloigné de Lovecraft, mais surtout, je dois l’avouer, ce texte ne m’a pas accroché du tout. Bifrost cherche sûrement à mettre en avant de nouveaux écrivains et propose, ce qui parait être, le premier texte de cet auteur, mais voilà ça se sent clairement. Je pense qu’un véritable travail de fond aurait dû être mené, car entre un style un peu mou, une histoire de vengeance classique et pas mal d’aspects qui tombent dans la caricature et ne sont jamais expliqués, comme par exemple les riches en haut et pauvres en bas, le bad-boy ou encore la jeune bourgeoise qui cherche à se faire dévergonder, je n’ai jamais réussi à rentrer dans ce texte. Pourtant, l’auteur a l’air de posséder une imagination débordante. Dommage.

Les Détails de China Miéville : L’un des meilleurs textes du recueil avec celui de Thomas Day, cette nouvelle revient vers une ambiance à la Lovecraft pour nous plonger dans le quotidien d’un jeune garçon qui va tous les jours apporter à manger à Mme Miller qui vit recluse dans son appartement. Un texte qui joue fortement sur la vérité, qui se dévoile lentement au fil des pages et des indices que l’auteur distille au fur et à mesure, mais aussi sur les genre, comme souvent avec l’auteur, se situant entre thriller, fantastique et frisson. L’ambiance proposée se révèle vraiment moite, oppressante avec dès le départ ce sentiment de tension, de frisson qui monte au fil des pages pour aboutir à cette conclusion percutante. Un texte qui fait aussi réfléchir sur ce qu’on voit, qu’on imagine et ce qui est caché. L’auteur joue justement entre folie, vérité et maladie pour laisser ouverte certaines questions, que ce soit sur Mme Miller elle-même ou encore sur l’ivrogne, ce qui oblige le lecteur à se faire sa propre idée, sa propre croyance même si l’auteur en dit parfois un peu trop selon moi.

Dans la suite du magazine on retrouve, comme d’habitude, les critique des livres ainsi qu’un article intéressant sur deux livres de SF écrits pas des dames qui m’a donné envie d’en apprendre plus sur ces textes. On n’oublie pas la parole donnée à un libraire, cette fois le Libraire de Scylla et Charybde qui offre une interview vraiment captivante aussi bien sur son travail que sur l’avenir du métier. Vient ensuite le gros morceau, le dossier sur Lovecraft qui se révèle vraiment réussi, complet, passionnant et qui vient justement tordre le cou à certaines fausses idées qui restent accrochées à l’auteur, nous dévoilant sa vie, ses influences, une analyse de ses écrits ou encore une explication sur les mythes que l’auteur a développé. L’article scientifique vient analyser de façon pertinente le film Pacific Rim  et pour finir on retrouve les gagnants du prix des lecteurs 2013. Un numéro de Bifrost très intéressant pour bien démarrer l’année.

 

Ma Note : 7,5/10 (Note ne reposant que sur les nouvelles)

7 Secondes pour Devenir un Aigle – Thomas Day

7 secondes pour devenir un aigleRésumé : Lumière Noire a dit : « J’ai mes croisés, mes anges, et maintenant ma papesse… »
Une île du Pacifique à la fois tombeau de Magellan et unique territoire d’un arbre à papillons endémique…
Un homme au visage arraché par un tigre mais qui continue de protéger « la plus belle créature sur Terre », coûte que coûte…
Un Sioux oglala sur le chemin du terrorisme écologique…
Un trio de jeunes Japonais qui gagne sa vie en pillant la zone d’exclusion totale de Fukushima…
Des Aborigènes désœuvrés cherchant dans la réalité virtuelle un songe aussi puissant que le Temps du Rêve de leur mythologie…
Une Terre future, post-Singularité, inlassablement survolée par les drones de Dieu…

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : De Thomas Day j’ai lu il y a un peu plus d’un an son recueil de nouvelles, Women In Chains, traitant de la violence sur les femmes, qui s’était révélé être une lecture choc, vraiment percutante, prenante, dérangeante et qui poussait clairement à la réflexion (ma chronique ici). Je n’ai donc pas mis longtemps à faire rentrer dans ma PAL le dernier recueil de l’auteur. Surtout qu’il faut bien l’avouer les différentes illustrations d’Aurélien Police, que ce soit celle de couvertures ou celles à l’intérieur du livre, se révèlent vraiment magnifiques. À noter que ce recueil comporte six nouvelles de l’auteur ainsi qu’une postface de Yannick Rumpala sur la science fiction.

Mariposa : Cette nouvelle va nous plonger dans la découverte de l’île mystérieuse qu’est Mariposa, une petite île du Pacifique qui a vu mourir Magellan. Un texte intrigant, qui est clairement porté par le jeu de style proposé par l’auteur, mélange de narration sur différentes époques, jouant avec le lecteur pour l’amener vers cette révélation finale. Une conclusion qui se révèle surprenante, efficace et qui fait clairement réfléchir le lecteur sur le lien entre l’Homme et la nature, même si j’avoue j’avais deviné rapidement l’aspect fantastique de cette fin, ressemblant à un autre roman. Au final une nouvelle forte, touchante montrant aussi que les hommes peuvent aussi bien détruire que s’associer malgré les différences, les haines et les adversités. Mon seul regret est qu’elle m’a paru trop courte.

Sept Secondes pour Devenir un Aigle : Cette nouvelle nous plonge dans la vie d’un jeune amérindien qui va découvrir la vérité sur son origine et se retrouver dans un voyage avec celui qui est son véritable père. Un texte qui se révèle sans fioriture, plongeant de façon franche et directe le lecteur dans son intrigue pour ne jamais vraiment le lâcher jusqu’à la fin. Un texte qui va se révéler vraiment prenant, rempli de fureur et de passion nous présentant un personnage en lutte contre une société consumériste et destructrice. La force de l’auteur est justement de ne jamais juger ou imposer ses idées, le héros ne cherchant pas à faire changer son fils mais simplement à lui ouvrir les yeux à travers ce voyage. Mais surtout c’est la symbolique de la conclusion qui m’a marqué avec cet acte, limite inutile et futile et pourtant tellement fort.

Éthologie du Tigre : Cette nouvelle nous raconte l’histoire d’un homme, marqué à vie par les tigres, qui se bat pour leur survie. Il se retrouve à devoir enquêter sur la présence d’un tigre sur un chantier de construction d’un hôtel de luxe au Cambodge. Les thématiques de ce récit se révèlent vraiment intéressante avec cette lutte d’une espèce en voie de disparition qui tente de survivre face à une humanité envahissante, ou encore cette critique efficace sur le fameux tourisme écologique, ou bien ce rapport trouble entre le héros et les tigres. Mais voilà je n’ai pas réussi à accrocher à la relation ambiguë que va naitre entre le héros et sa guide. Ce qui ne gâche en rien l’aspect cynique du texte sur les différentes idées misent en avant, mais fait que je n’ai pas non plus accroché totalement.

Shikata ga nai : Cette nouvelle m’a faite clairement penser à Stalker; que j’ai lu il n’y a pas longtemps, sauf qu’ici au lieu de braver une zone contaminée par les aliens, les pilleurs doivent braver les radiations de Fukushima. Un texte court, sans concession sur la vie et la survie de certaines populations dans une région sinistrée. Un texte fort et crédible avec des personnages cohérents et qui vivent leurs vies pleinement tant qu’ils n’ont rien à perdre.

Tjukurpa : J’avoue je ressors mitigé de ma lecture de cette nouvelle. J’ai été vraiment saisi par les passages de l’héroïne, son esprit simple offrant une vision vraiment sans concession et cynique de sa vie et son univers. J’ai apprécié aussi les réflexions intéressantes, comme par exemple la recherche, dans un monde en perdition, d’une vie virtuelle meilleure et qui repose sur des bases définies plus saines par certains, ou encore sur l’influence de l’avatar qui nous transforme et peut grandement nous influencer. Mais voilà je n’ai pas vraiment accrocher à cette intrigue sur l’élimination des colons qui sert de fil rouge.

Lumière Noire : La plus longue des nouvelles, qui nous propose ici une histoire post apocalyptique à la Terminator où l’IA lumière noire cherche à changer le monde selon son idée. Une histoire qui va se révéler vraiment efficace, où l’auteur joue habilement avec le lecteur au fil des pages pour aboutir à une conclusion vraiment surprenante, captivante et qui offre même une certaine forme d’espoir. Ce texte nous fait aussi réfléchir sur la tendance actuelle à tout reposer sur l’internet, le cloud et le tout connecté. Alors bien sûr cela a déjà été fait dans d’autres récits, mais Thomas Day arrive vraiment à apporter sa propre voix, sa propre vision de la chose. Un récit soigné et surtout cohérent, principalement dans sa façon de présenter l’évolution de notre monde, mais aussi dans ses descriptions comme celles informatiques. Un récit sombre et saisissant.

À noter aussi la postface de Yannick Rumpala qui discute de la Science-Fiction, de sa vision et de ses messages. Vous pouvez retrouver ce texte ici. Un texte qui se révèle vraiment intéressant avec de nombreux exemples, principalement sur le lien entre l’Homme et son habitat. J’y ai trouvé aussi pas mal d’idées de lecture.

Alors c’est vrai on peut dire que le style de l’auteur s’est un peu assagi, a gagné en maturité et cherche moins les passages chocs pour surprendre le lecteur. Pour moi je vois la chose de la façon suivante, à force de crier, maintenant qu’il espère avoir l’attention de son lectorat, il cherche à lui ouvrir les yeux, à le faire réfléchir en profondeur sans trop le secouer. Ce qui n’empêche en rien la plume de l’auteur de se révéler incisive, souvent percutante, sombre et captivante. Mais surtout il développe des thématiques d’actualité de façon soignée et intelligente. Des nouvelles où l’humain prend une place importante, dans une toile de fond rarement rose, mais toujours probable, réaliste et passionnante. Mais surtout des récits qui offrent un espoir si on sait le capter et le voir. Même si certains textes sont un peu en dessous, une très bonne lecture.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce recueil de 6 nouvelles de l’auteur.  On retrouve à chaque fois des histoires qui se révèlent efficaces, percutantes, et captivantes, mais qui surtout nous offrent des axes de réflexions vraiment intéressants et soignés. L’humain est souvent au centre de l’histoire, apportant sa vision et son espoir d’un monde qui est souvent malmené par l’Homme. Comme on l’annonce dans la préface, on sent bien que la plume de l’auteur s’est un peu assagie, moins de violence et de sexe, mais elle se révèle toujours aussi puissante et percutante, juste plus mature. A noter aussi une postface intéressante sur la science-fiction de Yannick Rumpala. Alors bien sûr un ou deux textes m’ont paru légèrement en dessous ou m’ont un peu moins accroché, mais au final un très bon recueil de nouvelles qui mérite d’être découvert.

 

Ma Note : 8/10

 

chalengeChallenge JLNN 17ème lecture

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