Vampires à Contre-Emploi – Anthologie dirigée par Jeanne-A Debats

vampires a contre-emploiRésumé : Onze auteurs, que rien dans leur oeuvre ne destinait à rencontrer le vampire, franchissent le pas et nous livrent leur version du vampire moderne, du vampire trans, post ou même méta humain. Ugo Bellagamba, Simon Bréan, Philippe Curval, Olivier Gechter, Thomas Geha, Raphaël Granier de Cassagnac, Marianne Leconte, Christian Léourier, Olivier Paquet, Timothée Rey et Christian Vilà.

Edition : Mnémos

 

Mon Avis : Fin 2013 j’ai décidé de participer pour la première fois aux rencontres de l’imaginaire de Sèvres et cette année étant la dixième édition du festival, une anthologie a été publiée pour célébrer cet anniversaire. Je me suis d’ailleurs rapidement laissé tenter par ce livre car, il faut bien l’avouer, les noms des auteurs qui composent le sommaire m’ont vraiment donné envie de le lire. Concernant la couverture, illustrée par Nicolas Fructus, je la trouve accrocheuse par son aspect justement à contre-emploi. Par contre juste un petit point perturbant dû à l’éditeur je pense, c’est le mélange des noms entre Xavier Dollo et Thomas Geha qui peut être déroutant. On retrouve donc ainsi onze textes qui visitent ou revisitent le mythe du vampire.

Pire que le Vent de Philippe Curval : La nouvelle qui introduit ce recueil nous plonge dans un univers futuriste dont l’intrigue débute par la disparition assez « violente » d’hommes et de femmes. Une nouvelle qui possède de bonnes idées avec cette idée de vampire sur l’aspect financier qui « pompent » l’argent, mais voilà je n’ai pas vraiment accroché à l’ensemble. Le tout m’a paru haché, un peu brusque dans son évolution avec des révélations qui tombent pile poil aux bons moments et des indics parfois un peu trop caricaturaux. De plus j’ai trouvé parfois les dialogues un peu trop simpliste. Dommage, je pense que cette histoire y gagnerait à être traitée de façon plus longue.

Quelques Moments dans la vie d’un homme d’affaires de Christian Léourier : Cette nouvelle nous plonge de façon intéressante dans le monde des affaires et de la finance. Une histoire qui se révèle vraiment efficace et prenante où l’auteur joue avec le lecteur pour essayer de déterminer qui est un véritable vampire, le tout dans un univers d’agent et de succès qui colle parfaitement à l’intrigue développée. Une lutte de pouvoir et aussi d’orgueil, qui prend des chemins différents de ce que l’on voit habituellement dans les récits de vampires et qui m’a captivé. Le tout bien porté par une plume efficace.

Trou Noir contre Vampire d’Olivier Paquet : Nouvelle variation sur le thème des vampires, avec cette fois un vampire qu’on peut considérer comme social. Un monstre qui a besoin de pirater vos comptes sur les réseaux sociaux et absorber vos « amis » pour vivre. Un texte vraiment intéressant qui vient aussi offrir une critique sociale sur ce besoin d’amis virtuels pour se sentir exister, voir même pour simplement vivre une vie par procuration. Je regrette juste un point technique ou le héros arrive à bloquer un piratage Facebook en déconnectant le PC. Le réseau social reposant sur des serveurs et non sur son propre PC cela me parait compliqué. En tout cas dans l’ensemble une bonne nouvelle, efficace avec son lot de surprises et qui rappelle aussi que parfois profiter de la vraie vie a ses avantages.

Femme Fatale de Marianne Leconte : Cette nouvelle plonge le lecteur dans un road trip dans les rues de Paris avec une héroïne en chasse d’une nouvelle proie avec sa moto comme seule compagne. Une plongée dans les nuits parisiennes qui se révèle vraiment sympathique, poétique, mais qui manque tout de même d’un peu de dynamisme à mon goût ce qui est dommage pour une ballade à plein gaz. La conclusion par contre offre son lot de surprise se révélant efficace et percutante.

Les ravageurs de Christian Vilà : On retrouve ici une variation plus classique du mythe du vampire, même s’il possède ses divergences que je vous laisse découvrir ne voulant pas spoiler. Une nouvelle lente, bien écrite où on retrouve dans le personnage du vampire cette violence, cette destruction et ce besoin de sang avec aussi ce côté un peu sensuel, fantasmé et érotique du personnage. Une nouvelle vraiment agréable à lire même si, j’avoue, elle se révèle un peu sans surprisse malgré cet intéressante variation sur le jeu de pouvoir entre les deux personnages principaux.

Les Miroirs de l’Éternité de Simon Bréan : Une nouvelle vraiment intéressante où on retrouve une société de vampire organisée, avec même son propre pôle de scientifique, jusqu’au jour où une nouvelle force inconnue va remettre en cause la race des Vampires, mais va surtout les forcer à découvrir qui ils sont. Une nouvelle, prenante, captivante avec un côté classique entouré de bonnes idées et qui possède sont lot de rebondissements et de retournements de situations efficaces. Un mélange de SF et de fantastique qui m’a accroché avec des personnages entrainants et complexes.

Icare Hermétique de Ugo Bellagamba : L’auteur nous plonge à travers cette nouvelle sur Mercure où les vampires sont en fait des humains contraints aux travaux forcés et qui ont été modifiés pour survivre sur cette planète. Une des meilleures nouvelles du récit selon moi, à la construction efficace et surprenante qui nous offre pas mal de réflexion sur une société auto-destructrice, mais aussi sur la liberté de chacun et qui va amener un geste final magnifique, pourtant inutile et tellement fort. Une nouvelle portée aussi par une plume vraiment passionnante et soignée et le tout dans une ambiance vraiment prenante.

S’il te plaît, désenzyme moi un inMouton de Timothée Rey : Cette nouvelle nous plonge dans les transmissions d’une IA dont la mission de transport spatial a dégénéré. Ce texte fait aussi parti de mes préférés, déjà par sa construction, le héros ne parlant qu’en alexandrin ce qui est assez remarquable, mais aussi dans le développement de l’histoire et de l’univers qui se révèle vraiment original, séduisant et plein de surprises. Un texte rythmé qui revisite le vampire de façon vraiment intéressante. Mais voilà, un léger point a un peu dérangé ma lecture, ce sont les notes en bas de pages, il y en a beaucoup trop à mon goût ce qui casse le rythme du récit. Mais bon rien de non plus bloquant ou dérangeant.

La Cure d’Olivier Gechter : Cette nouvelle nous plonge dans un vaisseau spatial qui a pour mission d’envoyer des hommes coloniser une planète. Un voyage éprouvant et mortel à cause des radiations dans l’espace. Une très bonne idée que ce texte qui nous propose de voir le vampire sous un autre de ses aspects, son sang immortel. Un texte qui offre aussi d’effleurer des réflexions concernant les préjugés et le rejet et qui joue de façon intelligente sur le pouvoir et la domination. Je regrette juste que la conclusion repose sur un Deus Ex Machina un peu facile qui contente tout le monde, mais rien de bien grave, car on a là un texte simple et efficace qui ne cherche pas à révolutionner le tout, mais qui se lit facilement.

La Vampire et Elle de Thomas Geha : Un texte court, qui nous dévoile un monde futuriste, un enfer, où on retrouve une héroïne et un vampire. Une nouvelle choc à l’ambiance vraiment sombre, qui se révèle déroutante par son univers, par ses personnages dont on ne connait rien et qui pourtant m’a plutôt bien accroché par son côté destructeur et survivant, même si clairement j’aurai aimé en savoir plus me sentant parfois un peu désorienté et frustré.  Comme si, aussi, je n’avais pas toutes les clés.

Beaucoup y Ont Cru de Raphaël Granier de Cassagnac : Cette nouvelle clôture de façon efficace ce recueil, déjà parce qu’elle prend à contrepied les textes précédents en nous proposant trois adolescents, un vampire, une sorcière et un loup-garou qui profitent de la nuit qui cachent bien leurs jeux. Un texte qui se révèle fun, plein d’humour et d’ironie, le tout se révélant rythmé et efficace. Dommage que l’ensemble soit au final assez linéaire et dont on devine la conclusion rapidement. Un texte plutôt sympathique qui termine cette anthologie avec le sourire.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec cette anthologie qui propose différentes nouvelles sur le vampire dans ses variations les plus larges. Alors, bien entendu, certains textes sortent du lot et un ou deux m’ont paru un peu en dessous, mais dans l’ensemble les onze textes se révèlent plaisant à découvrir se révélant souvent efficaces, rythmés et offrant pas mal de surprises et parfois même des idées vraiment originales. Je suis content d’avoir découvert cette anthologie qui m’a aussi donnée envie de découvrir certains des auteurs présents dans le sommaire.

Ma Note : 7,5/10

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  1. Je suis rassuré, parce qu’avec un tel titre, « Vampires à contre-emploi », j’avais quand même peur que ça tourne à des vampires malgré tout très classiques. Ouf donc ! 🙂

  2. Alors pour Icare Hermétique, c’est Mercure, pas Vénus… 😉
    Mais sinon merci beaucoup de ton enthousiasme et de ta lecture

    • Oups mince, oui, je vais corriger de ce pas et je me demande même comment j’ai fais pour mélanger les deux planètes. Merci pour le commentaire en tout cas 🙂

  3. ben justement si tu trouves la réponse , tu nous le dis, parce que tu es le deuxième à la faire, celle-là… je commence à me poser des questions…^^

    • Selon moi erreur de logistique, j’avais un doute sur la planète quand j’ai écrit ma chronique, j’ai donc ressorti mon exemplaire pour me confirmer le tout et j’ai relu le passage ou ils rejettent la Lune ainsi que les planète Venus et Mars pour choisir Mercure comme lieux de terraformation. Mon cerveau a donc dû décidé d’écrire Vénus, enfin c’est ce que je pense ^^

  4. Oh, ça a l’air intéressant. Je comprends un peu mieux la couverture qui paraissait un peu hors sujet au premier abord ! J’aime beaucoup les histoires qui prennent un thème à contrepied, du coup tu m’as donné très envie de le lire 🙂

  5. Ah ben voilà, c’est aussi ce qui a dû arriver à ton prédécesseur, ça me rassure, quelque part, j’ai cru qu’on avait laissé une coquille ou quelque chose du genre…
    (Pourtant j’ai cherché^^)
    merci encore

  6. Je viens de le finir et je partage ton enthousiasme ! Il y a seulement Simon Bréan qui m’a un peu perdue, au point que je n’ai finalement pas trop apprécié son texte. J’ai eu plus de mal avec la première moitié du recueil, ce qui fait que j’ai pas mal traîné sur le début de ma lecture, avant d’être plus emballée par le reste des nouvelles, sauf la dernière que je n’ai trouvée ni très drôle ni très intéressante, trop en déphasage avec le reste. (J’avoue, quand je vois des gens « dans un trip » comme ça je m’inquiète plus pour eux qu’autre chose, même si ce sont des ados. Pourtant j’ai fait du jdr.) J’ai retenu quelques noms qui me semblent très prometteurs, dont Bellagamba et Rey. Je ne dis rien pour le problème Vénus/Mercure, j’ai moi-même failli écrire qu’on exploitait le mercure sur… ah ben non ça doit pas être dans ce sens-là !
    Je recommande le recueil, c’est une incursion très sympa dans tout un tas de types de S-F assez différents.

    • Ah moi j’avais bien aimé celle de Simon Bréan, mélange de classique et de scientifique mais aussi mélange de Vampires et de SF, après c’est vrai qu’il fait beaucoup de mélanges justement. Concernant la dernière nouvelle, elle fait un pied de nez aux précédentes et ça m’a fait sourire je trouve, mais je comprends parfaitement qu’on n’accroche pas.

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