Yellowstone – L. Albar

yellowstoneRésumé : Dans une Europe gangrénée par des états-policiers, les fascismes ethniques, la déroute citoyenne, recruté par le Bureau des enquêtes fédérales, Frank Malissol devient un flic d’élite. Envoyé à Paris, il est chargé d’une mission à haut risque : enquêter sur les dérives du Département de contrôle des Zones, ces no man’s lands où s’entassent les « Feujs », les « Barbus », les « Niaks » et les « Slavos ». Mais traquer les origines de l’explosion sociale a un prix : accepter d’être le poing de l’État ou son cerveau malade.
Et si cette apocalypse était pour demain, vous, vous qui n’êtes pas des flics, que feriez-vous à leur place ?

Edition : Mnémos

 

Mon Avis : Ce livre a un peu terminé sa course dans ma PAL par hasard, un peu sur un coup de tête. Lors de mes nombreux passages dans la librairie lors des Utopiales, j’ai été rapidement intrigué et attiré par la couverture de ce livre qui se révèle pourtant sobre. Après la lecture du résumé, accrocheur, qui annonçait un thriller futuriste, sombre, ainsi qu’une discussion avec l’auteur pour essayer de mieux situer le livre, j’ai donc décidé de tenter ma chance en le faisant rentrer dans ma bibliothèque.

Ce livre va alors nous plonger sur une terre futuriste où l’humanité et les nations s’entredéchirent de plus en plus, que ce soit pour leurs différences, comme pour leur besoin de montrer qu’ils sont les meilleurs. On se retrouve ainsi à suivre Frank Malissol, flic manipulé par les hautes instances, qui est obligé, pour sauver sa carrière, d’infiltrer la police française. J’avoue avoir finalement eu un peu de mal au début à me laisser happer par ce roman. C’est pas mauvais, mais je me sentais un peu perdu. Il faut dire que les cent premières pages ne laissent rien présager de l’intrigue, je n’arrivais pas vraiment à situer l’importance des personnages, ni les fils d’intrigues que cherchait à mettre en avant l’auteur. Certes ça permet clairement de mettre en avant l’univers et les héros, mais voilà j’avais l’impression que l’auteur cherchait à m’asséner ses idées sur les possibilités futurs de nos choix actuels, me matraquant à chaque page un univers sombre, violent, haineux et en pleine déliquescence, ce qui fait que par moment c’était tellement oppressant que j’en étais dérangé. Surtout que je suis le genre de lecteur qui aime réfléchir un minimum seul, pas besoin de jouer la surenchère pour tenter de me faire réagir ou pour m’ouvrir les yeux, c’est plutôt le genre à me bloquer, hors parfois c’est clairement ce que proposait cette première partie. Je comprends que l’auteur cherchait à planter la base de son histoire, mais plus dilué aurait sûrement, je pense, évité ce démarrage en dent de scie.

La suite va par contre se révéler beaucoup plus réussie et efficace. Notre héros va enfin se lancer dans son enquête et doucement, au fil des pages, les pièces du puzzle vont commencer à se mettre en place pour nous dévoiler une intrigue sociale, environnementale et politique de grande ampleur, le tout mené sans temps morts. On se retrouve ainsi plongé dans une enquête tentaculaire, mélange de thriller, de science-fiction voir même par moment de métaphysique, qui ne va pas manquer de happer le lecteur, le plonger avec un certain plaisir au milieu de jeux de manipulations, de pouvoir et de survie. Le tout est porté par des personnages réussis, denses, ambigus, ce qui empêche peut-être de complètement s’attacher à eux, mais on les comprend et d’une certaine façon les voir tenter de nager à travers toutes les horreurs et les mensonges qu’ils rencontrent cela les rend, d’une certaine façon, fascinants à suivre. Des personnages humains, qui font par moments des choix discutables et ont des visions liés à leurs évolutions, mais qui se révèlent toujours cohérents. Mon seul regret et qu’au départ on suit trois personnages Vlad, Frank et MC, très vite Vlad et Mc vont peu à peu être moins présent, ce qui est dommage, car il y avait peut-être le potentiel pour faire plus.

L’univers qui est développé ici est, comme je l’ai déjà dit, sombre, oppressant, voir même pessimiste. L’auteur est parti des pires tournants possibles de l’histoire pour nous dévoiler un avenir où la planète s’est peu à peu déchirée, consumé par une haine sans raison, qu’elle soit raciale, politique ou encore religieuse. Les clivages n’ont jamais été aussi importants, au bord de la rupture vers ce qui parait une nouvelle guerre. À côté de cela la planète continue à mourir, consumée par l’Homme et seule la conquête de l’espace offre un espoir. Un mince espoir tant les attentats gangrènent ces chantiers spatiaux et la course poursuite entre la Chine et les USA pour terminer son vaisseau le premier amène de nombreux coups bas. Voilà la Terre qui nous est présentée, une Terre sous respirateur artificiel qu’on continue à détruire sans réfléchir, un avenir sans espoir. L’auteur a-t-il raison? Je ne sais pas et vu l’actualité je ne répondrai pas, d’ailleurs là n’est pas, je pense, le propos. Non le propos de l’auteur est de retourner le lecteur, de le pousser à réfléchir, à essayer de se poser des questions, d’imaginer quel avenir on recherche. Après comme je l’ai dit, parfois l’auteur parait chercher plus le conflit que le débat, certaines idées paraissent un peu trop exacerbés, et parfois on peut tout simplement ne pas être d’accord, mais ça n’empêche pas de trouver des échos de la réalité dans ce futur sans espoir. À chaque lecteur de voir s’il accroché ou pas à la réalité de cet univers, ce qui influencera obligatoirement la lecture. J’aurai juste peut-être souhaite des aspects géopolitiques plus complets, l’auteur ne s’attardant finalement qu’en grande partie sur l’UE et un peu sur les USA et la Chine. Par contre, l’aspect technologique se révèle solide, plein de bonnes idées, même si un peu trop dense aussi, comme par exemple cet IRIA ou ce Quan qui ne paraissent qu’esquisser.

Après malgré les qualités de cette seconde partie j’ai quand même ressenti quelques imperfections comme par exemple parfois la facilité dont les informations arrivent jusqu’à notre héros, à croire qu’il n’a pas besoin d’enquêter ça lui tombe directe dans la main. Certains passages que l’auteur développe pour ne quasiment plus en parler par la suite, comme par exemple ce reportage TV qui va couler la couverture du héros mais qu’on oublie. Certains passages un peu trop bavards par moments ce qui crée quelques petites longueurs. Enfin j’ai eu aussi l’impression que l’auteur cherchait un peu par moment à trop en faire que ce soit dans le familier, les idées ou dans les anecdotes, à croire qu’il avait énormément de choses à mettre, mais pas toujours le liant pour parfaitement l’intégrer dans le récit.

La plume de l’auteur se révèle vraiment percutante, incisive et entrainante, malgré parfois un langage parfois un peu trop familier, avec son lot d’insultes facile, mais qui nous plonge facilement dans son récit. J’avoue au final avoir bien accroché à ce livre qui, certes, est loin d’être parfait, mais a réussi au moins à me faire réfléchir sur notre avenir, même si la vision qui nous est dévoilée ici est peut-être un peu trop pessimiste à mon goût sur certains points. À chacun de se faire son avis. En tout cas ce roman m’a donné envie de me laisser tenter par la trilogie Quantex de l’auteur pour voir ce qu’elle propose.

En Résumé : J’ai passé un plutôt bon moment de lecture avec ce roman et cela malgré un démarrage un peu laborieux, la faute à une centaine de pages dont on ne comprend pas bien les tenants et les aboutissants, plongé dans un monde sombre et sans espoir, cherchant plus à nous secouer qu’à vraiment offrir le débat. Puis l’intrigue commence à se mettre en place avec son lot de manipulations et de mensonges et je me suis retrouvé alors happé par cette enquête policière sans temps morts, efficace et prenante. Les personnages se révèlent cohérents, humains, ambigus et même s’il est parfois difficile d’être d’accord avec eux, ils sont efficaces. Je trouve juste dommage que deux des héros soient moins présents au fil des pages malgré leurs potentiels. L’univers présenté par l’auteur se révèle très sombre, violent, rempli de haines et de clivages sur une planète à bout de souffle. Un monde pessimiste qui fait qu’on se pose énormément de questions sur l’avenir, ce qui parait être le but premier du livre. Après je regrette quand même certaines facilités, quelques sous-intrigue mal gérées ainsi qu’une impression que parfois l’auteur cherche à trop en faire. Rien de bien gênant tant le livre remplit son rôle de nous faire réfléchir le tout porté par une plume incisive et entrainante. Maintenant j’ai bien envie de me laisser tenter par Quantex.

 

Ma Note : 7/10

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  1. Je l’ai totalement loupé lors des Utopiales, et je pense me laisser tenter. Merci pour la découverte.

  2. Intéressante, cette dimension sociale et ethnique ! Par contre ça a l’air bien sombre…

  3. Cher BlackWolf, bonjour. Merci pour votre critique. Je ne réponds d’habitude jamais sur des blogs, et encore moins à des critiques, mais je trouve la votre très précise, argumentée et très enrichissante. Et si vous avez réussi à dépasser ces 100 pages « difficiles », je vous suis très reconnaissant, car j’avoue qu’elles m’ont aussi donné un petit peu de mal. Etonnant, non ? ;o)
    Merci encore. L. Albar.
    PS : j’attends avec intérêt votre opinion sur Quantex.
    http://www.facebook.com/Ludovic.Albar

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