Mois : novembre 2015 (Page 1 of 2)

Je Suis la Reine – Anna Starobinets

Résumé : Tous les enfants s’inventent des règles à respecter. Mais pour Sacha, transgresser les Règles pourrait avoir de terribles conséquences. Lorsque Dima monte dans le train, il est loin de se douter qu’il va retrouver sa famille – une famille qu’il n’a jamais vue. Oublier une soupe dans un réfrigérateur peut avoir des répercussions inattendues. Que s’est-il vraiment passé ce chaud dimanche d’août pour que Maxime, huit ans, change au point d’affirmer à sa mère : «Je suis la reine»? Il y a quelque chose d’étrange chez Yacha, ce matin, mais quoi? Est-ce vraiment son cœur qui s’est arrêté de battre?

Edition : Mirobole
Poche : Folio SF

 

Mon Avis : Ce livre, j’en entends parler depuis un petit moment déjà. Il faut bien avouer qu’un recueil de nouvelles fantastiques a aussi toujours le don de m’attirer, surtout qu’il s’agit d’un genre qui a, je trouve, de plus en plus de mal à se faire publier. Pourtant il a fallu attendre sa sortie en poche pour que je me laisse enfin tenter et fasse rentrer ce livre dans ma PAL. Manque de temps, d’espace et surtout j’attendais les premiers retours pour savoir à quoi m’en tenir. Une fois rassuré, même si je manque toujours de temps et d’espace, je me suis rapidement laissé tenter par ce livre. Concernant la couverture, illustrée par Bastien Lecouffe-Deharme, je la trouve réussie. Il est à noter que ce recueil contient six nouvelles de l’auteur.

Les Règles : Ce texte se base sur une idée toute simple, les règles qu’un enfant se fixe sans lesquelles le monde ne tournerait plus si bien pour lui. Qui ne s’est d’ailleurs jamais lancé dans ce genre de règle de marcher un carreau sur deux, d’avancer selon une contrainte bien précise ou encore par exemple considérer que tel élément doit être obligatoirement rangé de cette façon sous peine de voir des catastrophes? C’est sur cette idée que l’auteur nous fait découvrir un enfant dont les règles tendent vers les TOC. Un texte court, incisif, percutant et surtout lentement insidieux et dérangeant, offrant ainsi un fantastique léger, qui joue avec la folie et qui se révèle terriblement accrocheur. Vérité ou jeu de l’esprit, le lecteur se fait sa propre idée, mais surtout se retrouve emporté par ce récit à la conclusion glaçante.

La Famille : Cette nouvelle nous offre aussi ici un récit qui peut paraitre classique, avec un homme qui va voir sa vie se déconstruire et prendre une tournure qu’il ne pensait pas voir, se retrouvant marier, et surtout qu’il va finalement relativiser. Sauf que voilà l’auteur rend l’ensemble clairement fascinant à suivre avec cette ambiance déroutante, perturbante, parfois légèrement angoissante, jouant de nouveau entre folie et fantastique, réalité et imagination, où chacun se laisse emporter, se faisant sa propre idée. Elle y ajoute aussi une légère pointe d’humour, d’absurde et de cynisme qui apporte un plus à l’ensemble, déroutant un peu plus de façon positive le lecteur. De nouveau un texte réussi et efficace, même si je l’ai trouvé légèrement moins réussi que le premier par un sentiment légèrement « brouillon » dans sa construction.

J’Attends : Cette fois on quitte un peu le fantastique angoissant, pour quelque chose de plus léger, un fantastique où l’humour se retrouve bien présent, mélangé toujours à cet aspect de folie qui se développe lentement au fil des pages. On découvre ainsi un homme qui va laisser une soupe par inadvertance se transformer dans son frigo en quelque-chose qui va changer sa vie. Un très court texte poisseux, déroutant, surprenant, qui certes, j’ai trouvé qu’il possédait un avait de déjà-vu, mais qui se révèle au final solide et efficace.

Je Suis la Reine : On plonge ici dans le gros morceau de cette anthologie avec le texte qui a donné son nom au recueil. De nouveau l’auteur joue ainsi avec le lecteur, nous plongeant dans le quotidien d’une mère divorcée de jumeau, Maxime et sa soeur Vika, qui va voir son fils sombrer dans une sorte de folie douce, de rejet et de solitude. Je me suis rapidement retrouvé happé par ce texte qui, finalement, traite de problème clairement d’actualité, comme celle de famille décomposée ou encore l’adolescence, en y ajoutant une bonne couche de fantastique, étrange, surprenant, perturbante, offrant ainsi une ambiance assez sombre qui monte en tension au fil de l’avancée du récit. L’angoisse de cette mère ne laisse pas le lecteur indifférent tant elle se révèle palpable, incompréhensible et tellement réaliste. Le dernier tiers va ainsi proposer une réponse, une conclusion, que j’ai trouvé efficace et surprenante malgré les nombreux indices. L’ensemble est aussi porté par des personnages humains et soignés, des protagonistes comme vous et moi avec leurs forces, leurs faiblesses, leurs doutes et leurs questionnements qui cherchent à vivre une vie normale et offre un travail de fond travaillé. Une belle réussite tant j’ai tourné les pages avec envie d’en apprendre plus concernant cette nouvelle qui devient de plus en plus sombre, plongeant dans l’horreur de façon prenante et captivante plus on avance dans le récit.

L’Agent : Cette nouvelle nous plonge finalement dans la vie d’un agent, une personne tout ce qu’il y a de plus banale, qui mettent en place et font respecter des scénario de vie, de vengeance ou autre. Un texte qui va se révèle vraiment captivant, porté par une ambiance froide et le tout porté par une narration détachée qui fait qu’on se retrouve encore plus intrigué par cet agent, ce qu’il propose et sur tous les mystères qui entourent cette société et son but. Surtout on y retrouve cet aspect de jeu avec le lecteur, entre réalité et imaginaire. Un texte étrange, à la fois intriguant et déroutant par son personnage principal, la place qu’il prend et les révélations qui vont survenir. Une nouvelle de nouveau réussie, même si je reste légèrement frustré de la conclusion qui m’a paru manqué de complexité. Mais bon rien de dérangeant.

L’Eternité selon Yacha : La dernière nouvelle du recueil nous plonge ainsi à la découverte de Yasha qui un jour constate que son coeur ne bat plus et va, par conséquent, être déclaré mort alors qu’il continue à exister. On se retrouve ainsi embarquer dans une nouvelle qui prend le parti pris de l’absurde, offrant au lecteur de nombreuses scènes pleines d’humour noir et de cynisme, et qui au fil des pages va changer ; l’émotion et la pitié lié à ce personnage qui se retrouve complètement perdu prenant le pas sur l’absurdité de la situation, tout en restant cohérent et efficace. Le travail psychologique de son personnage joue beaucoup dans l’intérêt qu’on porte au récit, dans sa façon de sombrer lentement dans une folie devant une telle situation et ses conséquences. Autre point intéressant, la conclusion que j’ai trouvé réussie par son côté surprenant.

 

Au final ce qui transparait à travers ces six textes c’est la façon dont l’auteur travaille sur des situations souvent réels, des maux et des folies qui existent, du quotidien, et à y insuffler une légère dose de fantastique, de dérangeant, de sombre, d’horreur pour facilement happer le lecteur à travers des textes qui se révèle dans l’ensemble maîtrisé, percutant, déroutant et surprenant. Il faut dire aussi que la plume de l’auteur, possédant ce je ne sais quoi de poétique et de troublant joue énormément à la réussite de la construction de ces textes. Les personnages ne sont pas non plus en reste, chacune se révélant attachant, touchant à sa façon, que ce soit dans sa folie comme dans son incompréhension de ce qui arrive. Cela n’empêche pas non plus parfois de traiter de chaque sujet comme la famille, l’adolescence, le couple ou encore par exemple la vie et la mort, le tout avec justesse. Alors certes on pourrait reprocher un certain aspect « classique » aux récit que nous propose l’auteur, mais franchement rien de bien dérangeant tant Anna Starobinets s’en sort parfaitement bien, offrant des textes réussis et captivants. En tout cas de quoi me donner envie de lire d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce recueil de six nouvelles qui nous propose des récits, mélange à la fois complexe et réussi de fantastique, de psychologie,  d’émotion et de personnages denses. L’univers fantastique qui se développe à chaque texte, certes reste très classique, mais se révèle solide, efficace et parfaitement maîtrisé par l’auteur. Surtout chaque texte possède sa propre voix, son propre style, sa propre construction ce qui évite clairement les longueurs et permet au lecteur de se plonger avec un plaisir renouvelé dans chacune d’entre elle. Alors après, c’est vrai que un ou deux textes possèdent quelques légers défauts, mais franchement rien de non plus dérangeant tant j’ai été emporté par ce mélange d’aspect dérangeant, étrange et parfois très sombre, où l’humour noir et le cynisme ne sont pas non plus en reste. Il faut aussi bien dire que l’ensemble est très bien porté par une plume qui se révèle accrocheuse, dérangeante et d’une certaine façon poétique et humaine. En tout cas je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

Ma Note : 8/10

Autres avis : Lelf, Cornwall, Cachou, …

Challenge CRAAA 5ème lecture

Dr Adder – K.W. Jeter

Résumé : L.A. est partagé entre d’un côté la Zone-Rat, où échouent les marginaux et les membres du Front de libération, et de l’autre le comté d’Orange, repaire des nantis drogués à leur poste de télévision. Entre les deux, l’Interface, zone neutre où déambulent les putes modelées selon les désirs et pulsions secrètes des clients par le bistouri du Dr Adder, idolâtré par certains, voué aux gémonies par d’autres.
E. Allen Limmit a quitté son Phoenix natal et son Unité de ponte pour vivre lui aussi la grande aventure de L.A. Poussé à rencontrer le fameux chirurgien, il ne se doute pas qu’il va être pris entre les feux croisés du docteur et ceux de son ennemi juré, John Mox, télévangéliste à la tête de l’armée des Forces morales au sein d’une ville à l’âme aussi vérolée que désespérée…

Edition : ActuSF

 

Mon Avis : Ce roman traine dans ma PAL depuis les Utopiales 2014 où l’auteur avait été invité. Présenté comme un classique de la SF, il avait, à ce moment-là, terminé dans ma PAL suite à plusieurs recommandations et à quelques conférences de l’auteur qui m’avait donné envie de le découvrir, surtout que l’auteur m’avait très agréablement surpris avec sa nouvelle Dernières Volontés publiée dans l’anthologie 2014 des Utopiales. C’est donc sans surprises, malgré c’est vrai un temps un peu long, que j’ai décidé de me laisser tenter par ce livre, surtout que la couverture, illustrée par Eric Holstein, se révèle accrocheuse par son côté sobre et clinique et le résumé du livre annonce clairement une lecture choc.

On plonge ainsi dans un Los Angeles futuriste, partagé entre en plusieurs zones, toutes avec leurs vices et leurs vertus et où deux hommes se livrent une guerre sans merci ; le Dr Adder, symbole de liberté pour une jeunesse en perdition et sans repères, chirurgien « esthétique » de renom complètement barré qui réalise les fantasmes les plus tordus et John Mox télévangéliste, prônant la morale et la religion, contrôlant les foules par sa prêche. C’est au milieu de cette « guerre » que va plonger E. Allen Limmit qui cherche à devenir quelqu’un. Déjà je souhaite clarifier un point, ce livre est présenté comme un roman cyberpunk et j’avoue que je ne l’ai jamais ressenti comme tel. Punk dans sa fougue, son rejet et sa violence je veux bien, cyber pour moi non et l’utilisation d’écran et de quelques connections ne me suffit pas à tenter de le classer dans cette catégorie pour moi.

Sinon ce roman? Je dois bien avouer qu’il s’est révélé percutant et terriblement efficace que ce soit dans son ambiance sombre, son rythme tendu et ses questionnements. Alors autant vous avertir, la violence, le cynisme et le sexe sont très présents dans ce récit, je ne parle pas obligatoirement d’une présence saturé à l’extrême qui tombe dans le morbide ou le cul gratuit, mais plus dans son côté légèrement dérangeant. La ville de LA, ou plus précisément l’interface, est ainsi tombée dans une véritable décadence ou les fantasmes les plus sombres sont devenues les plus demandés. C’est d’ailleurs de là que tient son pouvoir le Dr Adder, étant le seul à disposer de la capacité de ressortir les fantasmes les plus sombres de chacun et surtout à leur offrir vie sous son scalpel, transformant ainsi les prostituées en monstre (au sens parfois littéral du terme par amputation et autres procédés) de plaisir. On se retrouve ainsi plongé dans une univers très sombre, exacerbant deux grands aspects liés aux USA, voir même au monde entier que sont cet intégrisme souvent lié à la morale, au puritanisme et à la religion ainsi que cette liberté totale, cette montée de la violence et du libertinage souvent lié à une génération en perte de repère. Alors attention je ne dis pas que cette violence et cette sexualité se révèlent bloquant, loin de là, mais elles peuvent surprendre certains lecteurs. Car oui, ce que cherche l’auteur finalement par cet aspect « choc » c’est de nous secouer, nous ouvrir les yeux sur des problématiques de fond qui, pour ma part, m’ont paru intéressantes et surtout toujours d’actualité malgré un roman publié il y a plus de 30 ans (écrit en 1973 et publié en 1984).

Le grand intérêt du récit vient ainsi du message que le récit cherche à faire passer, les nombreuses réflexions qu’il soulève souvent avec force et percussion, principalement sur cette jeunesse perdue, sans avenir, qui n’arrive pas à se trouver une place, trouver sa place, dans un monde qui ne les corresponds pas vraiment et qu’ils n’arrivent pas à changer. Il ressort de ce récit une sorte de désespoir qui est balancé au visage du lecteur qui le marque et qui, finalement, reste bien présente même dans notre société actuelle. Il nous plonge aussi au plus profond de l’Homme, nous rappelant que nous ne sommes pas toujours très reluisants, que nous possédons clairement un côté sombre, voir très sombre qui peut parfois aller très loin, où les vices les plus tordus et les plus détraqués trouvent finalement corps dans les zones de non-droits. On n’oubliera pas non plus cette guerre entre le côté puritain et religieux, qui lui aussi cache ses propres folies, et cette liberté amenée ici à son paroxysme, ne laissant pas le lecteur indifférent le poussant à se poser de nombreuses questions que ce soit finalement sur notre société, mais aussi sur soi-même. On y trouve aussi une critique efficace sur la presse, la télévision et plus précisément sa « lobotomisation » par les images ou encore sur la littérature et son aspect subversif si facilement manipulable. Ce roman propose ainsi au final un récit qui dérange, mais plus dans le sens où il cherche à réveiller le lecteur, à le secouer, sans non plus le forcer à suivre un chemin balisé, le laissant faire ses propres raisonnements. Alors certes, certains aspects ont un peu vieilli, mais le message de fond reste toujours bien présent et prenant.

Le récit ne manque pas non plus de rythme, ni de souffle, se révélant haletant du début à la fin avec son lot de surprises, de rebondissements et d’action qui font qu’on tourne les pages avec l’envie d’en apprendre plus. On est pourtant parfois dérouté par cette plongée dans ce monde, ne comprenant pas toujours où il veut en venir, avant que les pièces se mettent en place pour offrir une conclusion explosive et haletante. Autre point qui se révèle vraiment intéressant ce sont les personnages, principalement le héros Allen ainsi que le Dr Adder. Ils se révèlent complètement différents dans leurs façon de voir la vie et surtout de la vivre, Alen se révélant plus attentiste là où Adder représente la fougue et la violence, Adder représentant finalement une sorte de folie et d’impulsivité là ou Allen et lui son antithèse la logique, le calme, la réflexion, mais qui pourtant paraissent les deux faces d’une même pièce. Un peu comme dit dans le roman, les deux couches d’un esprit. Alors certes, on pourrait reprocher un léger manque d’épaisseur dans leurs constructions, mais l’ensemble est balayé tant leurs interactions et surtout les dialogues qui les porte se révèlent percutants et travaillés. Les personnages secondaires ne manquent pas non plus d’intérêt, offrant une palette de protagonistes large dans les idées et les folies. Alors certes il manquent parfois un peu d’émotion j’ai trouvé, mais rien de non plus trop dérangeant.

On sent par contre qu’il s’agit d’un premier roman à travers certains passages qui m’ont paru manquer d’un peu de fluidité, ou encore par rapport à une ou deux idées qui m’ont paru traités un peu trop superficiellement. Je regrette aussi finalement une dualité un peu binaire entre la religion et le « vice » alors que le personnage de Mary aurait pu, je trouve, apporter une autre voie, un autre message, mais qui est complètement « étouffé » par cet affrontement. Au final rien de non plus bloquant tant l’ensemble se révèle corrosif, puissant et qui, sous son image très sulfureuse, offre une réflexion sur notre société qui reste d’actualité et ne laisse pas indifférent le lecteur. L’ensemble se révèle aussi bien porté par une plume percutante, sombre, entrainante qui porte assez facilement le lecteur dans ce récit. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui, au travers d’un aspect choc et sulfureux, offre de nombreuses réflexions que ce soit sur la jeunesse désabusée, la presse, l’influence de l’image ou encore sur l’extrémisme religieux et son pendant l’extrémisme libertaire. Un récit puissant et percutant qui ne laissera pas indifférent et qui fait réfléchir, dont on tourne les pages facilement, bien porté par un rythme efficace et entrainant qui monte en tension pour aboutir à une conclusion explosive et haletante. L’univers sombre, sans concession, sans véritable loi autre que celle du pouvoir et sans espoir développé par l’auteur se révèle finalement intéressant et colle parfaitement au récit et à ce que souhaite mettre en exergue l’auteur. Les personnages se révèlent intéressants à suivre, principalement les deux héros que sont Allen et Adder à la fois par leurs antagonismes et leurs ressemblances. Les personnages secondaires offrent aussi une palette de protagonistes intéressant, même si parfois ils manquent un peu d’émotion. Après je reprocherai parfois une certaine fluidité ainsi qu’une dualité un peu binaire dans la confrontation alors qu’une troisième voie était possible, mais rien de bloquant tant l’ensemble possède une force telle que je me suis laissé emporter. La plume de l’auteur est percutante, entraînante et vive et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

Le Fil Rouge – Paola Barbato

Résumé : Antonio Lavezzi mène une existence solitaire et monotone depuis le jour où Michela, sa fille de treize ans, a été sauvagement assassinée. Sa femme l’a quitté, et le meurtrier n’a jamais été arrêté. Antonio travaille dans le bâtiment avec un ami d’enfance. Ce dernier lui présente inlassablement de petites amies potentielles qui ne l’intéressent pas. Lorsqu’un corps est découvert sur le chantier dont il est responsable, des éléments troublants amènent Antonio à penser que cette affaire et son histoire personnelle sont liées. Contacté par un homme mystérieux, baptisé l’Assassin, qui lui ordonne d’exécuter des criminels ayant échappé à la justice, Antonio décide d’obéir et va s’extraire peu à peu de sa torpeur et de son silence. L’Assassin semble savoir qui a tué Michela, et Antonio, pris dans une spirale meurtrière, est plus que déterminé à venger sa fille.

Edition : Denoël (paru le 05/11/2015)
Traducteur : Anaïs Bouteille-Bokobza

 

Mon Avis : Je dois bien avouer que je ne connaissais aucun livre de l’auteur avant de me laisser tenter par ce roman. Il s’agit de son second récit publié en France, toujours dans la collection Sueur Froides des éditions Denoël. Je me suis laissé tenter par la découverte de ce roman, je l’avoue, pour son résumé que je trouvais accrocheur autant dans son aspect thriller que dans les aspects psychologiques possible et je me demandais comme l’auteur allait le traiter.

On plonge ainsi dans le quotidien millimétré d’Antonio Lavezzi qui parait vivre une vie banale, terne, mais dont on se rend très vite compte qu’il ne s’agit que d’une façade pour cacher une terrible blessure : la perte de sa fille. Sa vie va basculer le jour ou un assassin va le contacter pour l’aider à éliminer des criminels, et par les rencontres qu’il va alors faire. J’avoue avoir eu un peu de mal à démarrer la plongée dans ce thriller qui décide non pas de nous plonger dans la traque d’un tueur, mais plus dans la quête d’un père  dans une vengeance qu’on lui offre, le début se révélant très lent et répétitif, même si c’était nécessaire. Alors certes le sujet du tueur de criminels a déjà aussi été traité de nombreuses fois, que ce soit à travers des romans, des films ou encore des série TV, mais finalement malgré une introduction un peu longue, l’auteur s’en sort efficacement, nous proposant ici un récit qui ne manque pas de profondeur psychologique, tout en faisant monter la tension au fil des pages. Il faut dire que l’aspect de ce héros résigné à vivre une vie d’oubli qui se réveille peu à peu par la force des choses et des évènements et qui va ensuite commencer à douter et à se questionner sur ses actes et surtout sur son besoin de justice se révèle bien mené, intéressant et entrainant. Une fois la mise en place des personnages et l’intrigue lancée je me suis retrouvé happé par ce récit dont je tournais les pages pour en apprendre plus sur les nombreuses questions soulevées, que ce soit aussi bien morale, que celle mises en avant sur le mystère lié à l’identité de l’assassin et son but.

La grande force du roman vient ainsi de la construction de son personnage principal, de sa façon de gérer sa vie. On découvre au départ un homme qui fuit la réalité, préfère ne pas se poser de question, de vivre de façon automatique, mais très vite face aux évènements il va être forcé à changer à évoluer, à devoir se poser de nombreuses questions. L’aspect psychologique du héros joue grandement dans l’intérêt qu’on lui porte, car finalement on se rend rapidement compte qu’il est humain, à la fois demandeur de vengeance, jaloux et pourtant c’est un homme pas si mauvais que cela. Surtout que l’ensemble se révèle bien porté par une narration et principalement un rythme que j’ai trouvé maîtrisé et efficace, accentuant chaque changement de point de vue du héros par une sorte de cassure dans le tempo du récit, évitant ainsi au lecteur de trop tomber dans la répétition. On s’attache ainsi assez facilement à ce père, aux pertes qu’il a subi, à sa façon de voir les choses, de vivre sa vie, aux réflexions qu’il se fait, à son besoin de comprendre. Il se révèle aussi finalement ambigu, à la fois tueur et vertueux, se poser la question de vouloir faire le bien en faisant finalement du mal. Surtout il nous ramène, en toile de fond, à l’instantanéité de notre société dans sa façon de traiter les affaires, de ne pas prendre en compte les conséquences, mais aussi le regard qu’ont les autres sur notre héros, de le juger, vouloir le mettre dans une case. Les autres protagonistes qui gravitent autour se révèlent eux-aussi intéressant, même si parfois convenus, avec un intérêt tout particulier pour l’assassin, son côté mystérieux et ses attentes.

La conclusion gagne ainsi en intensité, jouant efficacement sur les révélations, les surprises et les rebondissements pour happer le lecteur dans un dernier tiers haletant et captivante qui, j’avoue, ne laisse pas indifférent et retourne le problème de façon intéressante poussant ainsi notre héros dans ses derniers retranchements. Alors après, je dois bien l’admettre, certains passages des révélations ont quand même manqué de force, se révélant tout de même facilement devinables et certains aspects m’ont paru ne pas apporter obligatoirement grand-chose au récit, comme les différents passages avec le chien Danko, mais rien de non plus trop dérangeant tant l’ensemble se révèle percutant, entrainant et prenant. La plume de l’auteur se révèle simple, incisive, jonglant efficacement entre la violence liée aux situations et la sensibilité liée à la psychologie du personnage principal. Au final un roman qui m’a offert un très bon moment et donné envie de découvrir le premier livre publié de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui nous offre un thriller qui, certes a un peu de mal à démarrer se révélant un peu répétitif dans ses premières pages, mais qui ensuite à réussi à me happer. L’intrigue, certes déjà-vu sur un assassin qui élimine des criminels et entraine un père en quête de vengeance, se révèle être plus que solide, jouant habilement avec les rebondissements, les révélations et les surprises, montant en tension au fil des pages, ce qui fait que le lecteur se laisse ainsi facilement entrainer par le récit qui offre aussi quelques réflexions intéressantes. Une des grandes forces du récit vient principalement du héros, qui nous dévoile une psychologie dense et soignée, se révélant finalement humain et attachant dans ses périodes de doute, de jalousie, d’envie, de vengeance et de souffrance. Les protagonistes secondaires qui gravitent autour de lui sont solides et efficaces. L’ensemble aboutit à une conclusion qui se révèle haletante et surprenante et qui ne laisse pas indifférent. Je reprocherai juste au roman certaines révélations qui se révélaient facilement devinables ainsi que certains passages qui ne m’ont pas paru apporter grand-chose au récit, mais rien de non plus trop bloquant. La plume de l’auteur se révèle simple, incisive et vivante alternant efficacement action, violence et sentiment. J’ai bien envie maintenant de lire le premier roman de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10 

Moxyland – Lauren Beukes

Résumé : Le Cap, dans un futur proche.
Le monde virtuel a pris le pas sur le réel. Le téléphone portable, qui contient systématiquement les données personnelles de chaque citoyen, est un passeport obligatoire, sinon vital. Par ce biais que le contrôle de l’individu est devenu l’apanage de puissants groupes économiques pour lesquels la police sert de bras armé. L’apartheid, jadis axé sur la ségrégation raciale, a déplacé sa ligne de partage. Seuls ceux qui appartiennent au monde omnipotent de l’entreprise et se soumettent à ses règles ont leur place dans la société, les autres en sont exclus.

Edition : Presses de la Cité

 

Mon Avis : J’ai découvert la plume de Lauren Beukes il y a quelques années avec feu les éditions Eclipse (format de l’époque j’entend) qui publiait le roman Zoo City, offrant une histoire de science-fiction qui nous présentait une société sombre, complexe et offrant des personnages captivants (ma chronique ici). L’auteur m’a ensuite convaincue avec un récit, mélange de science-fiction et de thriller, Les Lumineuses (ma chronique ) qui se révélait efficace et haletant. C’est donc sans surprise que je me suis laissé facilement tenter par ce livre qui se révèle être le troisième édité en France, mais le tout premier publié par l’auteur. A noter la couverture, illustrée par Joey Hi-Fi, un peu dans le même style que celle de Zoo City et que je trouve très réussie.

Ce roman nous plonge dans une Afrique du Sud futuriste, où la technologie a pris encore plus d’importance dans la vie de chacun au point d’en devenir indispensable, ne pas être connecté signifiant ici ne pas exister, être marginalisé sans aucun accès. On va alors suivre quatre personnages dont le destin va s’entrecroiser dans ce monde au bord de l’explosion. On se retrouve ainsi plongé dans un univers qui décide de faire le croisement entre l’aspect totalement sécuritaire de 1984 et une petite nuance de Cyberpunk ce qui, j’avoue pour ma part, s’est révélé être un monde intéressant et complexe à découvrir. J’ai accroché à ce futur où la plus grande peur de chacun est de se retrouver déconnecté, ou l’Homme devient une marchandise et un objet commercial, où la surveillance à travers toutes ces nouvelles technologies trouve son paroxysme, où le contrôle de la population par la communication est accrue par toutes les nouvelles technologies et où les termes de vie privée et liberté devient rapidement flou. Certes parfois il tombe légèrement dans une caricature, voir par certains aspects parait un peu simpliste et aurai mérité plus de développement, mais il fonctionne bien, se révélant solide, efficace et ne laisse pas le lecteur indifférent soulevant son lot de réflexions. Comme par exemple sur les inégalités qui ne sont pas pour autant supprimées dans cette vision futuriste, elles se révèlent clairement exacerbées et de ce point de vue-là on sent que l’auteur arrive à faire passer un message. La grande force de l’univers se révèle finalement dans sa densité, que ce soit dans l’imaginaire de l’auteur sur toutes les nouvelles technologies, comme dans les nombreuses questions qu’elle soulève, surtout qu’elle ne tombe jamais vraiment dans des passages lourds ou ennuyeux.

C’est dans cette ville du Cap futuriste qu’on va découvrir quatre héros, quatre jeunes en pleine désillusions, blasés, immatures, cyniques, rebelles et égoïstes, n’ayant aucun grand projet que de vivre leurs vies du mieux qu’ils peuvent sans vraiment se soucier du reste. Un concentré de ce que produit ce monde de technologie ou l’humanité passe au second plan, où les gens fuient dans une virtualité tellement facile car maîtrisée. On suit ainsi au fil des pages une programmeuse informatique de génie et arrogante, un gosse de riche qui veut devenir la nouvelle star du stream, un jeune révolutionnaire qui cherche à faire bouger les choses et enfin une jeune artiste qui veut trouver son indépendance et qui, pour cela, décide d’offrir son corps devenant ainsi une pub humaine pour une marque de boisson.  Ce qui fascine dans ces personnages c’est que finalement on les comprend, ils sont clairement l’évolution de notre société, ce besoin de s’affirmer, d’être reconnu par de plus en plus de monde, d’être écouté, entendu et vu de tout, de faire quelque chose de marquant de sa vie. Voilà ce que sont, d’une certaine façon, chacun d’entre eux à une exception près. Alors certes on peut clairement ne pas les trouver attachants par moment, tant certaines de leurs réactions peuvent paraitre poussées à leur paroxysme dans leurs lâchetés, leurs faiblesses, mais d’une certaine façons on les comprend tout de même sauf quelques exceptions où, c’est vrai, on a quand même un peu envie de les baffer.L’exception vient d’un personnage dont je n’ai jamais réussi à vraiment ni m’accrocher, ni m’attacher, ce qui est vraiment dommage.

L’ensemble proposé se révèle ainsi, selon moi, efficace, nous proposant une plongée prenante et captivante, sans temps morts ou l’on alterne les points de vue, faisant monter cette tension, cette rébellion jusqu’à aboutir à une conclusion assez tendue et explosive. L’auteur arrive vraiment à faire tourner les pages de son lecteur en jouant de façon habile, et sans tomber non plus dans la frénésie d’action et de nervosité, avec les surprises, les rebondissements et surtout en jouant sur les interactions des personnages, ainsi que la critique qui s’en détache en toile de fond. On sent que les origines sud-africaines de Lauren Beukes joue dans le message qu’elle cherche à faire passer, sans non plus se révéler parasitaire ou tenter de s’imposer. Alors après, tout n’est pas non plus parfait dans ce roman, déjà on sent qu’il s’agit d’un premier roman, certes il est efficace, mais j’ai eu l’impression certains passages étaient mal gérés comme par exemple la conclusion qui accélérait trop par rapport au reste du récit et surtout me paraissait amené un peu trop rapidement. Ensuite vouloir mettre en avant quatre personnages est un projet ambitieux, car chacun d’entre eux doit posséder sa propre voix et j’avoue que par moment, principalement dans le dernier tiers du livre, l’auteur a du mal à maintenir cet état de fait tant on commence à avoir l’impression qu’ils se ressemblent de plus en plus tous, ce qui est tout de même frustrant. J’aurai aussi une remarque à faire concernant le lexique de mots d’argot mis en place à la fin, c’est une bonne idée, mais ici il n’apporte pas grand-chose et surtout parait utilisé par les personnages parfois de façon trop aléatoire.

La plume de l’auteur se révèle entrainante, efficace simple et percutante et on y constate clairement déjà ce qui m’a fait apprécier ces récits dans ses précédents romans que j’ai lu. Un premier roman qui se révèle sympathique, même si avec certains défauts et qui surtout pousse le lecteur à se poser de nombreuses questions que ce soit sur notre société comme l’importance de la technologie dans celle-ci. Il ne me reste plus qu’à me procurer le dernier roman publié par l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un agréable moment de lecture avec ce roman qui, certes possède quelques défauts, mais se révèle vraiment intéressant et propose de nombreuses réflexions. L’univers futuriste mis en avant dans ce récit est clairement dense, efficace et pose de nombreuses questions sur notre société et aussi sur l’importance de la technologie ou encore sur les inégalités, même si c’est vrai parfois traité de façon un peu simpliste. Les personnages ne manquent pas d’attraits, se révélant un pur produits de cette société se révélant désabusés, égoïstes, cyniques dont le seul but est de trouver une place. Alors certes parfois ils se révèlent parfois à baffer, mais on le comprends. Par contre gérer quatre personnages différents n’est pas facile et on s’en rend compte dans le dernier tiers ou l’auteur a du mal à leur faire garder leurs voix propres, ce qui est légèrement frustrant. On sent aussi qu’il s’agit d’un premier roman, certains aspects me paraissant légèrement mal géré , mais rien de non plus dérangeant. La plume de l’auteur se révèle entrainante, simple et efficace et m’a offert une histoire sympathique. Il ne me reste plus qu’à faire rentrer le dernier roman de l’auteur dans ma PAL.

 

Ma Note : 7/10

Autres avis : nymeria, gruz, Chiwi, …

L’Adjacent – Christopher Priest

Résumé : En Anatolie, l’infirmière Melanie Tarent a été victime d’un attentat singulier : totalement annihilée, elle n’a laissé au sol, comme seul vestige de son existence, qu’un impossible cratère noir et triangulaire.
De retour en République Islamique de Grande-Bretagne, son mari, le photographe free-lance Tibor Tarent, apprend qu’un attentat a eu lieu le 10 mai à Londres, qu’il a fait cent mille morts, peut-être le double. Là aussi, la vaste zone touchée était inscrite dans un triangle parfait.
Alors qu’il est emmené dans une base secrète afin d’être interrogé sur ce qu’il a observé en Anatolie (globalement rien, en dehors de l’étrange point d’impact), Tibor entend parler pour la première fois du phénomène d’adjacence. Mais à bien y réfléchir, est-ce vraiment la première fois?

Edition : Denoël Lunes D’Encre

 

Mon Avis : Cela fait quelques mois que je me dis qu’il serait peut-être temps de sortir l’un des nombreux romans de Christopher Priest qui sont coincés dans ma PAL, surtout que le premier roman que j’ai lu de lui il y a quelques temps, malgré ses quelques défauts, me donnait envie de découvrir plus de la bibliographie de l’auteur. Par conséquent quoi de mieux que de se lancer dans son dernier roman publié en France qui, il faut bien l’avouer, propose un résumé assez intriguant et offre une couverture, illustrée par Aurélien Police, que je trouve vraiment très jolie.

Alors je préviens d’avance, maintenant que je me lance pleinement dans ma chronique, L’Adjacent fait partie de ses romans qu’il me sera difficile de chroniquer pour en faire ressortir pleinement mon ressenti. Il faut dire que l’auteur nous propose un récit qui va se révéler dense en réflexion, en questionnement philosophique et pratique, mais aussi en ramification concernant toute l’image de fond et ces théories sur le multivers, tout en proposant quelque chose d’onirique et de mystérieux. Il s’agit aussi d’un roman vraiment ouvert, que ce soit dans le déroulement de ses intrigues, comme dans ses idées et qui laisse par conséquent la part belle au lecteur où, je pense, chacun se fera se forgera sa propre opinion. En gros si je devais faire un résumé en quelques mots de ma lecture j’ai trouvé ce roman passionnant et pourtant une fois la dernière page tournée je reste légèrement frustré.

On plonge ainsi dès les premières pages dans le quotidien de Tibor qui vient de perdre sa femme suite à un attenta étrange et qui revient dans une Angleterre futuriste complètement différente que celle que l’on connait, où les perturbations climatiques ont changé le paysage et où l’Islam a l’air d’avoir gagner en influence transformant la Grande-Bretagne en Royaume islamique de Grande-Bretagne. Sauf que voilà, l’histoire de Tibor n’est pas la seule que l’on va suivre, plusieurs récits vont ainsi se dévoiler, s’entrecroiser parfois de façon abrupte, au fil des parties. J’avoue m’être senti légèrement dérouté à travers les différentes histoires que l’on croise et qui ne paraissent pas obligatoirement être liées les unes entre les autres et je dois bien le dire que j’ai apprécié être ainsi déconcerté, car il permet ainsi à l’auteur de nous offrir de nombreux axes de réflexions tout en nous proposant un voyage superbe.

En effet, pour peu qu’on accroche à cette narration et à la liberté laissé au lecteur, je me suis retrouvé intriguer et emporter par le récit qui va se révéler, si on gratte un peu, plus complexe qu’on peut le penser. Outre le fait que Christopher Priest est un excellent conteur, ce qui fait que chaque récit se révèle fluide et entrainant possédant sa propre vie, l’ensemble offre aussi quelque chose d’universel. Car même si on ne s’en rend vraiment compte qu’à la fin un des fils rouges est finalement une histoire d’amour qui va se révéler d’une grande force, même si parfois, j’avoue, maladroite sur certains aspects. Surtout l’auteur s’amuse clairement avec le lecteur, jouant sur la réalité, sur la possibilité d’exister dans plusieurs espace-temps quantiques à la fois. En fait pour faire simple et reprendre l’idée du livre, Priest joue au magicien, à l’illusionniste, avec le lecteur, le déroutant par l’adjacence, pour finalement mieux le surprendre par la suite tout en le faisait réfléchir sur de nombreux points comme l’identité, la vie, la perception de la réalité ou encore l’avenir et les mondes parallèles. Après je peux comprendre clairement que ce roman puisse dérouter le lecteur, car il s’agit aussi d’un roman perturbant par son aspect  totalement ouvert tout du long ; où chaque lecteur devra y puiser et y « écrire » ses propres réponses.

Les différents univers que l’on croise, que ce soit ce futur imaginaire, la première et la seconde guerre mondial ou encore Parchoux, qui à ce que j’ai compris est présent aussi dans d’autre romans de l’auteur, se révèlent vraiment intéressants à découvrir et surtout solides et bien documentés. On sent bien que l’auteur a pris le temps à chaque fois de travailler son sujet, pour nous offrir une image de fond à chaque fois unique et soignée. Ils partage aussi avec nous sa passion pour la magie, mais aussi par l’aviation et, je dois bien avouer, qu’il arrive à la communiquer de façon efficace, curieuse et vivante, sans jamais tomber dans l’ennui ou la lourdeur. D’ailleurs ces deux passions vont avoir un rôle à jouer dans le récit, mais aussi la notion de temps et d’espace qui sont développés de façon simples, sans trop tomber dans le scientifique, et qui pourtant se révèlent captivante avec cette Adjacent qui en est le point central. Mais une des grandes forces du récit vient de ses personnages qui paraissent tous différents, mais le sont-ils vraiment? Ne sont-ils pas à chaque fois les mêmes personnages qui se perdent et se retrouvent au fil des lieux, des univers et des époques? Le héros est-il le même à chaque fois, qui vit différentes vies? possède-t-il différents avatars dans des mondes parallèles? ou est-il devenu schizophrène et s’imagine des choses? Ou bien s’agit-il simplement de différent personnages à chaque fois qui possèderait la même essence? C’est ce questionnement tout du long qui, finalement, fascine, mais peut aussi repousser le lecteur qui aime les histoires construites de façons à fournir toutes les réponses. L’aspect « romantique » est traitée de façon fine et intéressante, avec cet amour complexe et fort qui se déchire pour mieux se reconstituer.

La plume de l’auteur joue aussi son rôle dans le fait qu’on tourne facilement les pages du livre. En effet ele se révèle poétique, fluide, et entrainante ce qui fait que, malgré un rythme finalement assez lent, on se retrouve véritablement happé par ce récit, emporté par les nombreuses idées que propose l’auteur au lecteur, le poussant ainsi régulièrement à devenir acteur de l’histoire, proposant et disposant de ses propres réponses. Comme je l’ai dit il est un peu difficile pour moi de véritablement retranscrire mon sentiment avec cette lecture tant l’oeuvre se révèle complexe, denses et surtout dépendra aussi fortement du lecteur et de sa façon de s’investir dans ce roman, ou chacun construire le puzzle mis en place par l’auteur à sa façon. Et finalement c’est peut-être là que vient aussi mon léger sentiment de frustration, avoir l’impression de louper une clé du récit, un élément révélateur, mais rien de vraiment dérangeant car au final l’auteur a réussi le pari de me donner envie de relire un jour le roman pour justement essayer de voir si je n’ai pas loupé un point, où si ma vision à ce moment là n’aura pas changé. Il va falloir maintenant que je sorte d’autres romans de l’auteur de ma PAL.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce nouveau roman de Christopher Priest dont il m’est difficile d’en écrire mon ressenti tant l’ensemble se révèle finalement dense et possédant une certaine complexité. En effet l’auteur nous propose ici un récit qui joue avec le lecteur, un peu comme un illusionniste, avec le temps, l’espace et la réalité, proposant ainsi différentes histoires qui paraissent liées entre elles et dont on dévoile un peu plus au fil de la lecture les mystères. Le grand intérêt du roman vient que chaque lecteur, finalement, se fera son propre avis, son propre « puzzle » des pièces laissées par l’auteur, ce qui pourrait déranger ceux qui aiment un récit ou tout est expliqué, mais qui pour m’a part m’a fasciné et offert une lecture différente. Surtout l’auteur nous offre un récit universel, une histoire d’amour, certes qui parait se jouer des frontières physiques, mais qui pourtant se révèle touchante dans son évolution. L’univers construit par l’auteur est solide, efficace où l’auteur nous partage ses passions pour la magie et l’aviation le tout de façon soignée et sans tomber dans les longueurs ou les lourdeurs. Alors après c’est un roman ouvert, où comme je l’ai dit chacun y trouvera ses propres réponses, mais je ne peux m’empêcher de me sentir tout de même légèrement frustré, comme si j’avais l’impression d’avoir manqué une clé ou un élément important. Rien de non plus bloquant, car cela me donne envie de relire ce livre un jour ou l’autre. Il faut dire aussi que la plume de l’auteur fluide, poétique et entrainante y joue aussi pour beaucoup, happant le lecteur assez facilement.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Vepug, Mariejuliet, joyeux-drille, julien le naufragé, Felina, Koré, …

Lucifer Box Tome 1, Le Club Vesuvius – Mark Gatiss

Résumé : Portraitiste de talent, dandy, bel esprit, mauvais garçon… et le plus irrésistible des agents secrets de Sa Majesté. Lorsque les meilleurs scientifiques du royaume sont mystérieusement assassinés, Lucifer se lance dans une enquête trépidante, des clubs de gentlemen londoniens aux bas-fonds volcaniques de Naples, tout en déterminant la façon la plus seyante de porter un œillet blanc à sa boutonnière. Une immersion étourdissante dans les arcanes d’un ordre occulte aux pratiques décadentes – et de ses secrets les plus sulfureux.

Edition : Bragelonne

 

Mon Avis : J’avoue que je me suis laissé tenter par ce roman pour la simple et bonne raison que l’auteur est Mark Gatiss. Pour situer un peu cette personne, pour ceux qui ne le connaitrait pas, il est Mycroft dans la série Sherlock Holmes ainsi que son co-créateur et son co-producteur, il a aussi écrit des épisodes de Doctor Who, des livres, et y a même joué quelques rôles. Deux séries que je suis assidûment. J’étais donc assez curieux de savoir ce qu’il allait bien pouvoir nous proposer en tant qu’auteur. Bon, je ne vais pas le nier non plus, je pense que je me serai tout de même penché sur ce livre, publié lors du mois du cuivre de Bragelonne, qui se révèle un magnifique objet et possède une couverture, illustrée par Noëmie Chevalier, que je trouve vraiment joli et des illustrations intérieures qui apportent un plus.

Une chose est sûre les premières pages démarrent sur les chapeaux de roues, il faut dire que le personnage de Lucifer Box se révèle quand même fascinant par son côté irrévérencieux, dandy, imbu de lui même et de son talent d’artiste. Il nous happe ainsi dans son histoire tant le début est nerveux, cynique, sans concession et efficace. Puis on découvre qu’en fait notre héros est un agent secret et qu’il se retrouve à devoir enquêter sur la mort mystérieuse de brillants savants. Et à partir de là, je dois bien avouer que le soufflé retombe un peu, car sans non plus se révéler mauvais, je n’ai pas non plus été complètement embarqué par le récit. L’intrigue repose sur des meurtres mystérieux qui aurait franchement mérité un peu plus d’aspect dramatique, plus d’intensité et surtout plus de complexité. Car c’est un peu finalement le gros soucis que je reproche à l’intrigue, elle parait par certains moments caricaturale, trop simpliste parfois dans sa résolution et repose un peu trop sur quelques deus ex machina frustrants. Alors certes, l’auteur compense cela par une débauche d’énergie et un personnage totalement décalé et impertinent, mais bon ça a du mal à complètement compensé les lacunes de l’enquête.

Cela n’empêche pas ce roman d’offrir quelques surprises et quelques bons rebondissements, offrant un complot qui ne manque pas non plus d’attrait, mais voilà parfois un peu de difficulté est toujours bienvenue. Pareil concernant l’ambiance « légère » et pleine d’humour que cherche à mettre en avant l’auteur, j’ai qu’à moitié accroché. Alors après l’humour comme je l’ai déjà dit, ça dépend vraiment de chacun, mais là, certains aspects certes m’ont fait sourire, mais certains passages m’ont paru tellement éculé qu’ils perdaient de leurs charmes. Par contre on sent bien la douce ironie du super agent qui doit sauver le monde face au méchant psychopathe, l’auteur s’amuse clairement à retourner les codes de roman d’agent secret et le fait clairement ressentir au lecteur.

Concernant l’univers, déjà on va être clair, Bragelonne a proposé ce roman dans son mois du cuivre, on pouvait donc espérer du Steampunk, ce qui n’est pas tout à fait le cas. Certes on se retrouve bien plongé durant la période de l’Angleterre Victorienne, que ce soit dans les décors comme dans la façon de s’habiller, par contre on ne retrouve pas l’apparition prématurée de technologies futuristes ou différentes comme on pourrait s’y attendre. Au final on a plus un roman d’espionnage oscillant entre Londres et Naples à ce qui parait être l’époque du 19ème siècle, ce qui change quand même un peu la donne et pourrait surprendre quelques lecteurs qui chercheraient un roman Steampunk. Si on en revient à un polar, le Londres Brumeux qui nous est proposé offre un cadre assez intéressant pour les aventures de notre héros, et l’aspect décalé permet de s’y intéresser un minimum facilement. Je regretterai par contre un certain manque de profondeur, je ne sais pas trop comment le définir, mais même si le background n’est pas non plus mauvais, je ne l’ai pas non plus trouvé énormément palpable comma pu l’être la ville de Londres dans d’autres romans. En gros il ne sert finalement que de simple image de fond, sans en chercher plus, alors qu’il se dégage un certain potentiel.

Concernant les personnages c’est peut-être là que tout risque de se jouer avec le lecteur. En effet le héros principal qu’est Lucifer est construit de telle façon pour, on va dire, s’imposer, éclipser les autres points ainsi que leurs lacunes. L’auteur construit ainsi un véritable personnage sans véritable morale, charismatique, percutant par ses visions et ses prises de positions. On sent clairement l’influence d’Oscar Wilde dans l’image de ce Dandy, auquel on a ajouté une grosse pincée de James Bond et une légère pincée d’irrévérence et d’humour, sauf que voilà, le personnage a bien réussi à m’intéresser, mais ne m’a pas non plus attaché ou fasciné et cela pour deux raisons. La première vient que j’ai trouvé que le héros finalement cabotinait de trop, c’est purement personnel mais là ou certains trouveront sûrement ça drôle et différent, j’ai simplement eu l’impression que parfois il en faisait des tonnes pour pas grand-chose. Le second point vient que finalement, et cela se ressent sur l’ensemble des personnages, ils manquent quand même un peu de profondeur. Qui est Lucifer Box? C’est un dandy libertin, agent secret et mauvais garçon, voilà c’est tout. Quid de ses sentiments, de ses envies, de sa vie, de son passé de ses émotions? Il faudra peut-être attendre la suite pour en apprendre plus, mais je trouve cela dommage.

La plume de l’auteur se révèle énergique, simple et assez efficace, on ne peut pas nier que l’ensemble possède un certains punch qui fait qu’on se laisse tout de même un minimum emporter par le récit malgré sa simplicité. Je ne nie pas que mettre ce livre en série ne manquerait pas non plus d’attrait et surtout permettrait de rendre l’ensemble plus « intense », masquant par la même occasion certaines lacunes ressenties, mais voilà je n’attends pas obligatoirement les même choses d’un roman que d’un épisode d’une série télé. Cela ne veut pas dire que l’ensemble est mauvais, il reste divertissant, mais voilà j’avoue que j’en espérais quand même plus. La suite, si jamais elle est publiée, ne fera pas parti de mes priorités de lectures je pense, même si, un jour je pourrai me laisser tenter tout de même pour voir si l’auteur fait évoluer son personnage principal.

En Résumé : Je ressors de ma lecture avec un sentiment mitigé, certes l’ensemble se lit assez facilement possédant une énergie telle qu’on s’intérese aux aventures du héros, mais voilà j’en attendais plus. L’intrigue, déjà, m’a paru un peu trop simpliste, voir par moment caricaturale, avec quelques deus ex machina frustrants. Certes elle reste fun et entrainante et surtout possède un côté décalé et cynique intéressant, mais cela n’arrive pas à cacher complètement les lacunes de l’histoire à mon goût. L’univers, déjà pour clarifier les choses, n’est pas stempunk, ensuite même s’il reste plaisant, je trouve que son potentiel n’est pas assez exploité à mon goût. Concernant les personnages, soit on s’accroche totalement à Lucifer Box et on oublie le reste, soit comme moi on n’est pas complètement fasciné par le personnage. Oh attention il est charismatique, sans morale et percutant, mais voilà j’apprécie les personnages avec un minimum de profondeur et là j’avoue que les protagonistes du roman en manque. La plume de l’auteur se révèle simple, assez efficace et entrainante. La suite ne fait pas parti de mes priorités, même si pourquoi pas un jour me laisser tenter pour savoir comment l’auteur fait évoluer son héros.

 

Ma note : 6/10

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