Mois : février 2016 (Page 1 of 2)

Les Décharnés, Une Lueur au Crépuscule – Paul Clément

Résumé : Une journée de juin comme une autre en Provence. Blessé à la cheville, Patrick, un agriculteur de la région, asocial et vieillissant, ne souhaite qu’une chose : se remettre au plus vite pour retrouver la monotonie de sa vie, rythmée par un travail acharné.
Mais le monde bascule dans l’horreur lorsque les automobilistes, coincés dans un embouteillage non loin de chez lui, se transforment soudain en fous assoiffés de sang… de sang humain. S’il veut survivre, Patrick doit non seulement faire face à ces démons qui frappent à sa porte mais aussi à ceux, plus sournois, qui l’assaillent intérieurement. Et si cette petite fille, qu’il prend sous son aile, parvenait à le ramener, lui, vieux loup solitaire, dans le monde des vivants ?

Edition : Auto-Edition

 

Mon Avis : On ne va pas le cacher, depuis quelques années la mode est aux zombies, que ce soit aussi bien au cinéma qu’en librairie, il est revenu en force. Voir même un peu trop parfois à mon goût. Pourtant j’aime bien le roman de zombie, alors pas tant le monstre en lui-même qui n’a rien de non plus exceptionnel, mais plutôt tout ce qu’il permet de soulever comme questions que ce soit sur la société comme sur nous-mêmes. Il m’arrive donc de me laisser attraper par un roman de zombie et le dévorer (oui il m’arrive de faire des jeux de mots pourris, vous allez devoir vivre avec). Par conséquent quand l’auteur, que vous connaissez peut-être sous le pseudo de Squeletor rédacteur en chef du site my zombie culture, m’a proposé de découvrir son livre j’avoue que je me suis rapidement laissé tenté, surtout que les quelques avis que j’avais vu passer se révélaient plus que positifs.

Les Décharnés nous plonge ainsi en Provence où Patrick, agriculteur de profession, profite d’un peu de repos pour se moquer des citadins coincés dans les embouteillages sur une route en plein milieu de son champ. Toutefois, tout va basculer pour lui quand, suite à plusieurs incidents, les morts vont se relever. Patrick n’a alors qu’une seul idée en tête survivre. Alors clairement dis comme ça, ce n’est pas non plus le pitch le plus original qui soit concernant les zombies, mais voilà c’est parfois dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes. Paul Clement connait ainsi trop bien ses bases sur les zombies pour tomber dans l’écueil et il vient nous offrir un récit solide et terriblement efficace qui se lit avec plaisir. Il faut dire que l’ensemble démarre fort, dès le premier chapitre on sent que l’histoire va se révéler rythmer, entrainante et on se retrouve rapidement happé par cette survie, cette fuite en avant. J’ai eu un peu peur au début car, après ce premier chapitre percutant, l’ensemble retombait un peu, j’avais peur que le soufflé s’effondre dans une langueur et une lenteur un peu trop descriptive, introspective et contemplative, mais une fois la ferme quittée le rythme du récit s’emballe de plus belle pour ne plus jamais vraiment retomber. La découverte d’autres survivants vient aussi exacerber cette tension, principalement face à la notion de morale qui va bien entendu en prendre un coup. Je me suis ainsi retrouvé à tourner les pages avec envie d’en apprendre plus, alternant action et scènes plus intimistes au fil du récit, pour aboutir à un final réussi et saisissant évitant le happy-end facile.

Concernant l’aspect sur les zombies, il reste finalement très classique. De toute façon, il est quand même difficile de pouvoir tout de même renouveler le zombie dans ses caractéristiques vous me direz. Cela ne l’empêche pas pour autant de se révéler solide et d’offrir de bons moments de frissons et angoissants à travers quelques scènes efficaces et bien menées. L’image de fond qu’est la Provence apporte un intérêt au récit, premièrement par le fait que l’auteur a décidé d’éviter les grandes villes, comme on peut le retrouver régulièrement dans d’autres écrits, et ensuite aussi d’apporter du soleil au récit. Cela crée pour moi un parallèle intéressant et cynique entre une certaine luminosité du décor et le côté plus sombre des zombies et de l’apocalypse. On y retrouve aussi quelques réflexions intéressantes que ce soit sur notre société, le côté égoïste de chacun, ou bien encore sur la notion d’amour, de famille, mais aussi sur la capacité à l’homme d’aller de la douceur à la haine et la violence. Les descriptions arrivent à retranscrire de façon réussie et fluide cette horreur sans non plus tomber dans le gratuit. Au final sans révolutionner non plus le genre et sans non plus trop chercher à en faire, l’univers se révèle réussi et garde une bonne dose de mystère, comme par exemple la cause de l’épidémie, ce qui est une bonne chose, permettant au récit de se consacrer pleinement à la survie de nos deux héros.

Concernant les personnages, je dois bien avouer que le début est assez troublant Patrick est un véritable anti-héros, solitaire qui déteste tout le monde et qui ne veut rien d’autre que rester seul et en paix. Il apparait donc légèrement antipathique, mais voilà il va croiser le chemin de la petite Emma et va devoir changer. C’est d’ailleurs cette relation entre le vieil agriculteur et la petite fille qui est, je trouve, la grande force du récit, permettant ainsi d’apporter sentiments et émotions, mais tout en restant sobre et réaliste. Patrick ne quitte ainsi pas son rôle de « vieux con » bourré de cynisme comme par magie, mais progressivement, dévoilant aussi par la même occasion un personnage plus torturé et blessé qu’il ne laissait paraitre aux premiers abords. D’ailleurs j’ai trouvé le parallèle très intéressant entre Patrick, qui va peu à peu retrouver goût à la vie, et la mort semble être partout. La seconde partie va développer l’interaction entre nos deux héros et un groupe, avec tout ce que cela peut engendrer comme conséquences. On découvre ainsi d’autres protagonistes qui se révèlent efficaces, mais qui auraient mérités pour certains, je pense, un peu plus de profondeur, principalement pour des personnages comme Karim ou encore, dans une moindre mesure Gisèle. Karim car il a une véritable importance dans le récit, mais que certaines de ses actions restent parfois nébuleuses et Gisèle qui m’a paru caricatural alors qu’elle possède un petit potentiel de réflexion dans sa vision du « groupe », sa capacité à s’aveugler, même si cela ne dérange en rien la lecture.

La plume de l’auteur se révèle travaillée, entrainante, on sent qu’il cherche à soigner son récit, ce qui permet à l’histoire de se révéler fluide, entrainante et efficace. Alors après quelques légers défauts se font quand même ressentir, comme par exemple l’impression que quelquesfois l’auteur cherche à trop en faire, premier roman oblige, cherchant trop la phrase parfaite ou bien tombant dans la métaphore de trop, même si rien de non plus trop bloquant, ensuite, outre les quelques légères longueurs dans le passage de transition entre la ferme et la fuite des héros, j’ai aussi constaté une ou deux facilités ainsi qu’un flashback que j’ai trouvé légèrement mal amené. Rien de non plus trop méchant ou frustrant. Au final l’auteur nous offre ici un récit de zombies qui ne manque pas d’intérêt, se révélant efficace, solide et entrainant qui, je pense, pourrait plaire aussi bien aux habitués du zombies qu’à ceux qui souhaiteraient les découvrir.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman qui, certes, nous propose une intrigue qui, aux premiers abords, peut paraitre classique avec cette quête de survie de Patrick et la petite Emma, mais se révèle solide et entrainante. Le rythme, mis à part une légère perte de vitesse après le premier chapitre, se révèle haletant, entrainant et efficace, alternant efficacement action, nervosité et scènes plus intimes et de réflexions. L’univers ne manque pas d’être solide, offrant des scènes bien angoissantes et des réflexions sur l’Homme et notre façon de réagir classiques mais bien menés et intéressantes. Les personnages sont l’un des points forts du récit, principalement par la relation entre Patrick et Emma, son évolution au fil des pages qui va amener notre héros à changer et se révéler. J’aurai par contre souhaiter que certains personnages secondaires soient plus développés. La plume de l’auteur se révèle travaillée et entrainante, même si parfois, premier roman oblige, il cherche à trop en faire. Alors après quelques légers défauts se font sentir, comme quelques facilités ici ou là, ou bien encore un flashback mal amené, mais franchement rien de dérangeant tant ce roman de zombie remplit parfaitement son rôle et se révèle plaisant à lire et à découvrir au fil des pages, aboutissant à une conclusion réussie et percutante.

 

Ma Note : 7,5/10

 

Nom d’un Chien – André Alexis

Résumé : Tout commence par un pari alcoolisé entre Hermès et Apollon : si les animaux avaient l’intelligence humaine, seraient-ils aussi malheureux que les hommes? Les deux dieux décident alors d’accorder conscience et langage à un groupe de chiens passant la nuit dans une clinique vétérinaire de Toronto. Tout à coup capable d’élaborer des raisonnements plus complexes, la meute se divise : d’un côté les chiens qui refusent de se soumettre à ce nouveau mode de pensée, de l’autre les canidés progressistes qui y adhèrent sans condition. Depuis l’Olympe, les dieux les observent, témoins de leurs tâtonnements dans ce nouveau monde qui s’offre à eux. Car, si Hermès veut l’emporter, au moins un des chiens doit être heureux à la fin de sa vie.

Edition : Denoël (paru le 18-02-2016)
Traduction : Santiago Artozqui

 

Mon Avis : Avant de me lancer dans la lecture de ce récit, je ne connaissais rien d’André Alexis. C’est quand on m’a proposé de découvrir ce roman que j’avoue m’être rapidement laissé tenter, principalement grâce à son résumé accrocheur et la réflexion qu’il pouvait soulever, ainsi qu’au traitement qu’allait donner l’auteur à l’ensemble. Après je dois bien avouer aussi que je trouve l’illustration de couverture très sympathique.

Mais alors que nous raconte ce livre, et bien c’est simple, suite à un pari entre deux dieux grec, Hermès et Apollon. Après une soirée alcoolisée, ils vont offrir l’intelligence à une quinzaine de chien pour essayer de déterminer si ce don va les rendre plus heureux ou pas. On ne peut le nier, le récit possède un petit air de La Ferme des Animaux de Georges Orwell, cherchant ainsi à faire réfléchir le lecteur et à le faire philosopher sur de nombreuses notions. Je dois bien avouer que l’auteur s’en sort pas trop mal de ce point de vue ; on se retrouve ainsi à se poser de nombreuses questions sur l’intelligence, l’influence qu’elle a sur notre bonheur, mais aussi sur le langage, la capacité que nous avons à parler clairement tout en échouant à nous comprendre, car nous ne possédons pas obligatoirement les mêmes règles d’analyse, ou bien encore aussi sur les animaux en général, la façon dont on pose le regard sur eux, une certaine supériorité qui se dégage de nous, mais aussi sur ce qui fait la complexité de l’humanité. C’est finalement une critique et une réflexion sur nous-mêmes qui ressort de ce récit. On sent l’auteur clairement à l’aise sur cet aspect, ne forçant ainsi jamais la main au lecteur, mettant plus ainsi en avant avec la vie de plusieurs de ses chiens les contradictions qui apparaissent qu’elles soient aussi bien sociologiques, théologiques, liées au pouvoir ou bien encore à la connaissance. Chacun se retrouve ainsi à se faire son propre avis, et j’avoue que, une fois la dernière page tournée, je continue à cogiter, même si parfois l’auteur se permet d’utiliser des raccourcis qui m’ont paru un peu faciles.

Malgré le travail fin et soigné sur le message, j’ai trouvé que la construction du récit desservait la lecture. Pourtant l’ensemble démarre bien, avec ces chiens qui vont se découvrir de nouvelles habilités, de nouvelles compétences avec toutes les conséquences que cela peut occasionner. Le premier chapitre monte ainsi légèrement en tension, chacun se forgeant une personnalité, entre ceux qui cherchent à développer et travailler cette intelligence, comme Prince le chien poète, et ceux qui la considèrent comme mauvaise et néfaste pour leurs vies. Il se dégage même un petit côté Sa Majesté des Mouches dans l’ambiance délétère qui apparait sur quelques pages et l’affrontement inévitable. Sauf que voilà, à la fin du premier chapitre j’ai su qu’un aspect du récit allait vite me frustrer : le Deus Ex Machina. Et attention je ne parle pas de celui qu’on retrouve parfois dans les romans, qui sert à facilement débloquer une situation un peu coincée, non, là je parle du Deus Ex Machina au sens le plus littéral du terme, c’est-à-dire l’intervention des dieux.

Car oui, l’auteur a certes beaucoup de chose à dire sur le fond, mais pour éviter de se prendre la tête à chercher une cohérence dans la forme autant faire intervenir un dieu pour diriger son récit comme il en a envie. Un chien important sur qui j’ai encore de nombreux points à développer doit mourir? bah attends un dieu apparait et le sauve. Un chien se lie de trop à une famille humaine et y trouve trop de bonheur? Attends un dieu va trouver ça gênant et va faire « exploser » cette famille. Certains lecteurs ne seront pas dérangés par l’idée, vu que les réflexions sous-jacentes sons plus que solides, mais moi j’avoue ça m’a frustré, me donnant plus l’impression d’être forcé que de me laisser happer. J’apprécie que la logique de l’univers construit soit un minimum respecté, car sinon à partir de là autant écrire un simple essai philosophique. Je regrette aussi que certains personnages, comme Atticus au potentiel énorme, soit peu développés ce qui le rend parfois caricatural.

Après, cela n’empêche pas non plus le récit d’avoir des moments très plaisants et réussis, je pense principalement au premier chapitre dont j’ai parlé et que j’ai trouvé terriblement efficace. Ou bien encore tous les passages qui concernent la relation entre Majnoun avec Nira et Miguel qui se révèlent touchants, captivants et soignés, principalement dans la façon dont se construit cette relation, même si, c’est vrai, parfois l’auteur use de quelques facilités mal amenées, mais franchement rien de non plus trop bloquant.  C’est d’ailleurs l’un des éléments importants du récit, permettant de développer l’interaction entre les chiens intelligents et les humains, et c’est dommage que les changements de règles réguliers selon le bon plaisir de l’auteur viennent rendre sa conclusion moins percutante, même si je trouve qu’il se rattrape sur la fin. Autre passage intéressant, tout ce qui concerne Prince, le chien poète, qui je trouve offre une fraicheur au récit là où la vie des autres chiens est peut-être plus sombre et plus complexe, sa vision de la vie et de son don est vraiment attrayante. La vie de ces chiens qui va évoluer au fil des pages ne manque pas non plus de se révéler remplie d’émotions allant de la joie à la tristesse qui font qu’on s’attache ainsi un minimum à eux.

La plume de l’auteur se révèle simple et entrainante, même si parfois un peu trop solennelle, rendant ainsi le travail de fond compréhensible et accessible. Au final je ne ressors pas complètement convaincu de ce récit, dans l’ensemble il me laisse un sentiment positif, principalement par le travail de réflexion, mais voilà avec les nombreux deus ex machina que met en place l’auteur pour faire avancer son livre j’ai plus eu l’impression d’être forcé à suivre sa pensée plutôt que de me laisser emporter ce qui est légèrement dommage.

En Résumé : Je ressors de ma lecture pas complètement convaincu, même si l’ensemble reste sympathique. On se laisse ainsi captiver par les nombreuses réflexions que l’auteur développe sur ces chiens a qui on donne l’intelligence, que ce soit sur les problèmes que cela va engendrer, sur l’importance du langage ou encore sur nous-même. Mais j’ai trouvé que l’auteur, dans la construction de son récit, abusait des Deus Ex Machina au bon plaisir de l’auteur ce qui me donnait  l’impression de suivre le chemin qu’il voulait plutôt que me laisser emporter. Je reprocherai aussi certaines facilités et certains personnages qui manquent de profondeur. Après ce livre possède aussi des passages intéressants, tout le travail sur la relation entre Majnoun, Nira et Miguel ou bien aussi Prince le poète et l’ensemble est porté par une plume simple et entrainante, même si parfois un peu trop solennelle. Au final un contact philosophique qui, sur le fond, m’a fait réfléchir, mais qui sur la forme m’a légèrement frustré.

 

Ma Note : 6,5/10

En Revenir aux Fées – Nathalie Dau

Résumé : La Terre, futur proche.
À force de mépris, l’humanité a provoqué l’Échec. La technologie a régressé. La Nature a grandement souffert. L’air et le sol sont si pollués que les gens vivent confinés, mal nourris.
De leur côté du monde, les fées s’interrogent. Faut-il agir pour sauver ce qui peut l’être, ou doit-on achever de purger la planète de ceux qui l’ont défigurée ?
Follette plaide en faveur des ingénieurs, des rêveurs et des artistes – surtout son cher Julian, dont les rimes et les récits lui ont permis de subsister.
Mais seule une très ancienne divinité, défigée après cinq mille ans, a vraiment le pouvoir de trancher la question.

Edition : Mythologica

 

Mon Avis : Nathalie Dau fait partie des auteurs dont je suis les publications avec plaisir, m’offrant ainsi régulièrement des textes que je trouve touchants, magiques et entrainants, mélange des genres de l’imaginaire, ne laissant pas non plus de côté l’aspect réflexion. Il était donc logique que ce recueil de textes finisse rapidement dans ma PAL. A noter aussi une couverture que je trouve sympathique, collant plutôt bien au récit. Ce livre est finalement, comme le dit l’éditeur, un roman mosaïque de plusieurs textes (nouvelles et poèmes) qui vont ainsi former une histoire globale, je vais donc construire ma chronique plus sur l’ensemble que sur chaque texte.

On plonge ainsi dans un futur où le monde a connu le grand Echec, a été obligé de s’enfermer tant l’air est devenu irrespirable et l’environnement a été détruit. Le monde féérique a quasiment disparu, seuls quelques membres continuent à visiter les Hommes. Sauf que voilà des évènements vont venir tout basculer, annonçant de grands changements. L’intrigue que construit Nathalie Dau au fil des récits nous présente ainsi un univers sombre, post-apocalyptique, où l’humanité a trop tiré sur la corde de la technologie, de la consommation sans se soucier de la planète et de ses limites au point de sombrer et de tout perdre. On découvre aussi un monde à deux vitesses, où les plus aisés s’en sortent ainsi beaucoup mieux que les autres, où le silence et l’apathie sont de mise. Un futur , certes classique, mais qui se révèle solide et efficace gardant assez de mystères pour que chacun se fasse son propre avis. Un monde qui finalement vient aussi nous poser des questions sur notre avenir et ce qu’on est en train d’accepter, de ce qu’on est prêt à laisser faire. L’auteur vient alors compenser cette noirceur par sa mythologie qui se révèle plus lumineuse, plus magique, mélange de faits qui vont changer ce monde en perdition et d’histoires qui vont émerveiller et réveiller le lecteur. On se retrouve ainsi emporté, enchanté par toute l’imagination que développé l’auteur au fil des pages, qui, sans non plus révolutionner l’aspect féérique et les légendes, offre un ensemble qui se révèle assurément réussi, entrainant, efficace et enchanteur. L’ensemble est aussi bien porté par des descriptions denses, poétiques et marquantes, que ce soit dans le côté sombre de notre terre en souffrance, comme dans l’aspect féérique superbe. Un univers foisonnant qui donne ainsi envie d’en apprendre plus, bien porté justement par cette dualité troublante.

Mais ce que construit l’auteur ici est un récit d’espoir, de magie, car malgré l’aspect post-apocalyptique, le message qui se diffuse au fil des pages essaie plutôt de réenchanter et de faire revivre ce monde. L’espoir qu’une autre voie est possible qui ne soit pas obligatoirement totalement destructrice mais qui repose sur une harmonie. Une voie de partage, de réflexion et de beauté. Un message qui se révèle aussi ambigu, qui va chercher à nous faire réfléchir, à nous faire réagir, notre avenir ne pouvant reposer sur un deus ex machina, mais plus finalement sur chacun d’entre nous, sur nos actes. On se laisse ainsi happer assez facilement par la mosaïque que construit l’auteur autour des personnages de Follette et de Julian, des artistes amoureux du mots, du plaisir et de la joie. Des personnages, avec leurs sentiments et leurs émotions, qui vont devoir ainsi faire des choix, pas toujours faciles pour aller au bout de leurs convictions, qui vont devoir se battre et se faire entendre pour offrir une nouvelle chance à la Terre. La narration par alternance entre nouvelles et poésie se révèle, selon moi, très intéressante, offrant ainsi un certain rythme à l’ensemble et une certaine élégance. Chaque légende contée, chaque mythe travaillé vient ainsi apporte une pierre supplémentaire à tout l’aspect mythologie qui est développé et vient dépayser le lecteur de façon captivante.

Alors après j’avoue tout de même que certains points m’ont tout de même dérangés dans ma lecture. Certaines nouvelles avaient déjà été publiées dans des précédents recueils, jusque là rien de gênant, mais j’ai trouvé qu’un ou deux ici avaient du mal à s’intégrer dans la mosaïque qui est construite comme par exemple la réécriture de Lancelot qui parait un peu à part dans le livre. Ensuite, certains textes, malgré la beauté et l’intérêt qui s’en dégage, m’ont paru jouer légèrement trop sur la simplicité des retournements de situations et une certaine notion binaire un peu facile entre la technologie et la nature, ce qui m’a légèrement frustré et aurait mérité un peu plus de complexité. Enfin un point sûrement plus personnel, j’ai trouvé que certains personnages auraient mérité d’être plus développé tant ils possèdent un fort potentiel, mais là rien de bloquant ou de dérangeant.

La plume de l’auteur se révèle toujours aussi soignée, poétique, captivante et entrainante, pleine de mystères et de magie qui viennent éblouir le lecteur et l’immerger dans ces histoires. Certains textes sortent ainsi clairement du lot, comme par exemple cette histoire d’amour impossible entre un être féérique de la nuit et un du jour qui a clairement réussi à me toucher. Au final un livre de toute beauté qui, malgré quelques légers défauts, nous propose des récits enchanteurs, mystérieux et sensibles où vient se mélanger de nombreuses émotions allant de l’espoir à la mélancolie et qui devraient en toucher plus d’un.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman mosaïque qui nous propose plusieurs récits et poèmes qui viennent former ainsi une intrigue plus complexe nous dévoilant un monde post-apocalyptique qui suite au grand Echec voit sa population cloitrée sous peine de mourir par la pollution. Un univers mélange de sombre et de lumière, entre ce monde en plein effondrement et cet univers féérique qui vient illuminer l’ensemble par bribes de magie, de mystère et de beauté. L’auteur vient aussi nous offrir une réflexion, classique, mais bien menée et intéressante, sur la façon dont nous gérons la Terre et nos ressources, et vient ainsi ici apporter une lueur d’espoir, une autre voie même si pour cela les personnages devront faire des choix. Alors après certains point m’ont dérangé, un certain aspect binaire qui se dégage, quelques simplicités, ou encore l’impression que certaines nouvelles, précédemment publiées, ont un peu de mal à s’intégrer à l’ensemble, mais rien de non plus bloquant. La plume de l’auteur se révèle toujours aussi soignée, poétique et entrainante, nous plongeant dans un univers féérique et superbe, offrant d’une certaine façon espoir et réenchantement.

 

Ma Note: 8/10

 

Challenge CRAAA 11ème lecture

Le Nexus du Docteur Erdmann – Nancy Kress

Résumé : Henry Erdmann est un physicien de haut vol, l’un des pères de l’Opération Ivy et de la puissance nucléaire américaine. Était, plutôt, car aujourd’hui, vieux et perclus, Henry Erdmann n’est que le triste reflet de celui qu’il fut, quand bien même il continue de donner quelques cours à l’université pour des étudiants qu’il ne comprend plus depuis bien longtemps… Aussi, lorsque cette douleur impensable lui vrille le cerveau, c’est presque avec soulagement qu’il accueille ce qu’il croit être une attaque cérébrale. Sauf qu’il ne s’agit pas de cela… De nombreux pensionnaires de la maison de retraite dans laquelle il réside semblent avoir subi le même sort. Et tous, bientôt, commencent à voir des choses… Des choses impossibles…

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : Après Dragon, premier livre de la collection, Une Heure Lumière, j’ai décidé de sortir de ma PAL ce livre de Nancy Kress qui fût Prix Hugo du roman court 2009. De l’auteur je n’ai au final lu que deux textes, une nouvelle, La Finale, dans l’Anthologie des Utopiales 2012 (ma chronique ici) que j’avais bien apprécié et Après La Chute (ma chronique ) qui m’avait laissé un sentiment légèrement mitigé même si positif. Mais voilà avec une couverture, illustrée par Aurélien Police, que je trouve magnifique et un résumé intriguant j’ai rapidement décidé de me faire mon avis sur ce texte.

Le récit nous propose ainsi de découvrir Henry Erdmann, physicien connu et reconnu, qui a travaillé sur le projet nucléaire Ivy. Toute sa vie il s’est toujours reposé sur son cerveau et qui, aujourd’hui à plus de 90 ans, vit dans une maison de retraite tout en continuant à offrir quelques cours à l’université. Un jour il va ressentir de fortes activités cérébrales qui vont le laisser désorienté voir épuisé. Lui qui a toujours compté sur son esprit, redoute une attaque cérébrale, sauf que voilà d’autres membres de  l’hospice ont connu au même instant de tels incidents. Bon, autant le dire tout de suite, le texte de Nancy Kress, sans se révéler complètement mauvais, n’a pas non plus répondu à toutes mes attentes. Un peu comme l’avait fait Après la Chute, il y a du potentiel, mais selon moi le format court n’est pas obligatoirement le meilleur.

J’ai eu ainsi l’impression d’avoir un récit sans grande originalité qui se lit avec un minimum de plaisir, mais sans non plus se révéler marquant. Pourtant l’ensemble possède tout de même des points positifs, le mélange entre fantastique, une légère pointe de Hard SF et une touche de policier ne manque pas d’attrait, offrant ainsi un rythme un minimum entrainant. Les nombreuses questions que soulève l’auteur, font que le lecteur tourne un minimum les pages pour essayer d’en apprendre plus, offrant aussi quelques rebondissements et quelques surprises efficaces. L’autre intérêt du roman vient aussi des réflexions que développe l’auteur en fond de son récit, comme la reconnaissance de nos personnes âgées qui se retrouve « abandonnée » dans des hospices, oubliées, ou encore les violences conjugales qui se révèlent sobres et efficaces, ne cherchant pas à s’imposer au lecteur. On ne peut pas dire que ça se lise mal.

Le personnages ne sont pas non plus en reste, ce qui ressortait déjà des précédents écrits de l’auteur, cherchant à construire des héros humains et complexes avec leurs sentiments, leurs envies, leurs souffrances et leurs faiblesses. Cela les rend ainsi assez facilement attachants, allant du Docteur Erdmann scientifique légèrement arrogant, qui ne croit qu’en des explications théoriques réalistes mais qui va remettre en cause pas mal de choses, Gina  qui est l’inverse du Docteur Erdmann, ouverte à toutes les possibilités même les plus mystiques, Carrie la jeune femme qui a du mal à se poser sentimentalement, ou bien encore Evelyn la commère de service à la recherche de sensations et surtout d’existences dans les potins qu’elle transmet aux autres. Chacun d’entre eux est ainsi proche, d’une certaine façon, de nous, offrant aussi un panel assez large de notre société, et vont devoir des choix parfois surprenant, principalement à la fin. Certains points m’ont tout de même dérangé, mais j’y reviendrai plus tard. Par contre, j’ai un peu moins accroché aux personnages secondaires, principalement au policier qui tombe un peu trop dans la caricature ou encore le jeune médecin qui manque quand même de profondeur alors qu’il a un rôle à jouer.

Sauf que voilà malgré ces qualités, certains points ont eu du mal à m’accrocher. Déjà, l’intrigue en soit n’avait rien de révolutionnaire, offrant une impression de déjà-vu, ce qui fait que quand l’auteur nous fait sa révélation finale, bah elle n’a rien de vraiment surprenant, manquant ainsi l’effet escompté, et parait même, selon moi, amené un peu trop rapidement, limite comme s’ils avaient une illumination. Ensuite tous les passages concernant le vaisseau spatial m’ont paru sans intérêt, même si les descriptions scientifiques de sa propulsion se révèlent intéressantes, ce qui crée, je trouve, quelques légères longueurs. Autre point, comme je l’avais dit, certains aspects concernant les personnages m’ont légèrement frustrés, je pense principalement au fait d’avoir de nombreux personnages humains et intéressants, mais qui parfois ne paraissent pas obligatoirement servir l’intrigue, ou encore traités un peu trop rapidement comme Carrie et son histoire anxiogène avec son ex-copain alors qu’elle aurait pu apporter tellement plus, principalement dans sa relation avec le Docteur Erdmann.

La plume de l’auteur ne manque pas de se révéler simple, efficace, entraînante et finalement nous plonge assez facilement dans son récit. Sauf que voilà, sans se révéler non plus mauvaise, pour moi cette novella rentre plus dans la catégorie vite lue, divertissante et un minimum plaisante, mais loin de se révéler marquante. Je me demande si dans un format un peu plus long le récit n’y aurait pas gagné.

En Résumé : J’ai passé un moment de lecture assez agréable avec cette novella, même si dans l’ensemble elle n’a pas répondu totalement à mes attentes. L’histoire en soit n’est pas mauvais offrant un récit de SF légèrement teinté de Hard science et de policier qui se laisse lire de façon plaisante et offre des réflexions intéressantes comme par exemple sur les personnes agées ou les violences conjugales. Les personnes se révèlent attrayants à découvrir, des héros humains, complexes qui offrent un panel assez large de notre société, sauf que voilà j’ai trouvé que parfois ils ne servent pas obligatoirement l’intrigue et surtout auraient mérité plus de présence. J’ai trouvé aussi les personnages secondaires plutôt caricaturaux. Autres points qui m’a dérangé, l’intrigue m’a ainsi paru classique ce qui la rend prévisible et enfin les passages sur le vaisseau spatial m’ont paru pas vraiment utiles. La plume de l’auteur est simple, efficace et entraînante offrant ainsi une histoire sympathique, mais que je classe dans le vite lu, minimum apprécié, mais rien de marquant.

 

Ma Note : 6,5/10

 

Autres avis : L’Ours inculte, Just A World, …

Challenge CRAAA 10ème lecture

Dragon – Thomas Day

Résumé : Bangkok. Demain.
Le régime politique vient de changer.
Le dérèglement climatique global a enfanté une mousson qui n’en finit plus.
Dans la mégapole thaïlandaise pour partie inondée, un assassin implacable s’attaque à la facette la plus sordide du tourisme sexuel. Pour le lieutenant Tannhäuser Ruedpokanon, chargé de mettre fin aux agissements de ce qui semble bien être un tueur en série, la chasse à l’homme peut commencer. Mais celui que la presse appelle Dragon, en référence à la carte de visite qu’il laisse sur chacune de ses victimes, est-il seulement un homme ?

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : Les éditions du Bélial’ ont décidé, en ce début d’année 2016, de mettre en avant le récit court à travers une nouvelle collection : Une Heure-Lumière. Ce format faisant partie des lectures que j’affectionne, comme vous vous en doutez si vous suivez ce blog, j’avoue avoir été rapidement intrigué par les premiers textes qui ont été annoncés par la maison d’édition. Ajouter à cela un aspect maquette et graphisme que je trouve franchement superbe, et un résumé accrocheur, il n’a donc pas fallu longtemps pour que ce petit livre termine sa course dans ma PAL.

On plonge ainsi avec ce court récit dans la ville de Bangkok, où un tueur en série c’est lancé dans l’élimination du tourisme sexuel sur enfant. Pour éviter une mauvaise publicité de son pays, le Général Wongkrachang décider de mettre le lieutenant Tann Ruedpokanon sur la traque de cet assassin qui fait un peu trop parler de lui. L’intrigue parait aux premiers abords  classique, ce que je ne nie pas, mais il ne faut pas s’arrêter au résumé, car là n’est pas le point central du récit, même si l’aspect polar noir se suffit à lui-même pour offrir un récit tendu et efficace. Dragon est un texte qui a surtout pour but de prendre aux tripes, de réveiller le lecteur à grands coup, lui ouvrir les yeux sur un problème : la prostitution enfantine. L’auteur nous offre ainsi ici un texte qui se révèle percutant que ce soit, comme je l’ai dit, sur le fond, mais aussi dans la forme que ce soit dans la construction du récit monté dans le désordre, ce qui permet ainsi d’offrir un rythme accrocheur et une narration énergique, mais aussi dans l’utilisation de la violence, d’une certaine brutalité, qui lui évite de tomber dans une certaine consensualité et bien mettre le lecteur devant la réalité des faits. Surtout que l’auteur cherche nullement la violence gratuite, il ne veut pas choquer ou vouloir plonger son récit dans l’extrême, car même si l’ensemble pourra se révéler dur pour certains lecteurs, il a son utilité dans la fureur qui est dévoilée et montrée. La traque en elle-même se révèle aussi intéressante, bien menée, offrant de nombreux rebondissements et de nombreuses surprises, porté par un duel qui ne manque pas d’intérêt et de charisme.

Le format court apporte aussi un véritable plus au récit, en effet je pense que dans un format plus long le récit aurai clairement perdu en intensité et dans son côté incisif et marquant. Ce Bangkok futuriste que nous dévoile l’auteur en image de fond ne manque pas non plus d’attrait, offrant ainsi une ville poisseuse, humide, clivée, où tout est fait pour contenter le touriste, oubliant un peu les autres au point de limite noyer une partie de la ville. Une ville mélange d’ombre et de lumière. C’est aussi un endroit où l’ont peut tout trouver dès qu’on cherche un peu, sans aucune limite. Entre corruption, jeux de pouvoir, trahisons et mensonge cette cité offre ainsi une ambiance sombre, déroutante, limite sauvage dès qu’on sort des sentiers battus, qui colle dès les premières pages au lecteur, bien porta par un travail de description visuel terriblement efficace. L’autre aspect intéressant vient de la légère notion de fantastique qui commence à se développer au fil des pages et dont je ne dirai rien, de peur de trop en dévoiler, mais qui ajoute une dose de mystère intéressante à l’ensemble du récit. Une touche de fantastique qui, selon moi, colle d’ailleurs parfaitement bien à ce pays et à l’intrigue.

Comme je l’ai dit le duel entre Tann et le Dragon se révèle prenant, il faut bien l’admettre, principalement grâce à des personnages qui ne manquent pas de se révéler captivants. Je ne dirai pas que je me suis obligatoirement attaché à eux, mais cela ne les a pas empêché d’être passionnants à découvrir dans leurs complexités, leurs humanités et leurs besoins. Ils ne sont pas là que pour faire avancer l’intrigue, ils possèdent ainsi une voix propre, principalement l’inspecteur Trann qui vient nous faire réfléchir sur la notion de genre, lui qui est attiré par les « Ladyboys » à la recherche de l’amour parfait, mais aussi dans sa quête d’une place dans ce mode, de liberté. Il offre ainsi un protagoniste proche de chacun, avec ses doutes, ses soucis, qui a du mal à reconnaitre le monde qui l’entoure, à s’y imposer tel qu’il est vraiment, mais qui va trouver finalement sa voix dans cette quête. Dragon n’est pas en reste non plus, offrant un tueur, certes classique, mais qui soulève une question de moralité concernant sa quête : Faut-il arrêter un assassin de monstres? Chacun y fera son propre avis. Les personnages secondaires se révèlent efficaces, même si le format court, forcément, empêche de les développer complètement, offrant rebondissements et surprises.

Alors après on pourrait regretter une certaine linéarité dans l’ensemble qui fait que la fin devient finalement prévisible, mais franchement ce n’est qu’un détail tant l’ensemble réussi son coup de nous secouer et de nous faire poser de nombreuses questions, pas toujours aisées. La plume de l’auteur se révèle ainsi vive, entrainante, incisive et nous happe dès le début du texte pour ne plus nous lâcher avant la fin, laissant le lecteur en parti lessivé, chamboulé. Une très bonne nouvelle pour ouvrir une collection qui me tente énormément.

En Résumé : Dragon est au final un court récit qui ne m’a pas laissé indifférent. Au-delà de son intrigue qui peut paraitre classique, il offre un récit percutant, tentant de secouer le lecteur sur un sujet bien particulier qu’est la prostitution d’enfants. L’auteur nous offre un récit tendu, entrainant ou la violence sourde sans no plus chercher à trop en faire ou à tomber dans l’extrême. Chaque scène, chaque passage se révèle ainsi avoir son importance dans le message qui est mis en avant. Cette  ville de Bangkok futuriste se révèle ainsi un décor parfait, se révélant ambigu, entre ombre et lumière, offrant ainsi une ambiance sombre et poisseuse. Les personnages sont captivants à découvrir, principalement dans le duel qui oppose l’inspecteur Tann, héros ambigu, et le Dragon où chacun va se révéler. Alors après on pourrait regretter une certaine linéarité dans le récit, ce qui rend la fin prévisible, mais rien de très marquant ou dérangeant tant l’ensemble a réussi à me captiver et à me lessiver, porté par une plume vive, entrainante et incisive.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : L’ours inculte, Cornwall, Efelle, Boudicca, Just A World, …

Challenge CRAAA 9ème lecture

Etoiles Mortes – Jean-Claude Dunyach

Résumé : Vingt-sept AnimauxVilles, dont les rues, les dômes et les beffrois sont faits de chair, ont offert à l’humanité le voyage instantané vers les étoiles. À condition bien sûr de payer le tarif exorbitant exigé par le Cartel. Pour les autres, il ne reste qu’à devenir un Astral : un être désincarné qui attend des années que son corps le rejoigne à bord d’un vaisseau d’émigrants.
Closter, artiste en mal de création, traîne au bar des Étoiles Mortes, accompagné de son chat. Il croise Marika, l’Astrale qui se sert du corps des autres pour sauter de ville en ville. L’un court après sa mémoire, l’autre après sa chair. Ensemble, ils vont changer le monde.
Cinq ans plus tard, dans le musée de chair de l’AnimalVille, Closter hante les galeries où sont exposées ses dernières créations. Vorst, l’ancien milicien reconverti en terroriste, est là pour tout faire sauter… Échappera-t-il au piège des œuvres cannibales ?

Edition : Mnémos

 

Mon Avis : J’ai découvert les AnimauxVilles, il y a maintenant un peu plus d’un an de cela, avec ma lecture d’Étoiles Mourantes, le roman écrit à quatre mains entre Ayerdhal et Jean-Claude Dunyach, qui m’avait offert un très bon moment de lecture, se révélant intelligent et efficace (ma chronique ici). C’est donc sans surprise que ce roman, qui se situe dans le même univers mais bien des années avant chronologiquement et qui peut être lu indépendamment sans soucis, a terminé sa course dans ma PAL au moment de sa sortie. La couverture, illustré par Gilles Francescano, se révèle, selon moi, magnifique. À noter que ce livre est composé de deux récits : Étoiles Mortes et Voleurs de Silence, deux récits qui sont liés par les personnages.

Le récit nous conte l’histoire de Closter, artiste, qui traîne son malêtre et son incapacité à créer de ville en ville, qui va voir sa vie bousculer lorsqu’il va rencontrer Marika, une astrale à la recherche de son corps, qui va se servir de lui comme moyen de transport lors de ses transferts instantanés d’un AnimalVille à l’autre. Je dois bien avouer qu’il m’est difficile de faire ma chronique, j’ai passé un très bon moment avec ce livre, mais il risque d’en surprendre certains. Il s’agit clairement d’un récit complexe, à la fois poétique et magique, mais dont chaque lecteur risque de ne pas avoir le même ressenti, la même compréhension tant le récit joue à demi-mot avec le lecteur, se révélant parfois légèrement labyrinthique, le laissant ainsi se faire sa propre image, son propre entendement. J’avoue avoir plongé avec plaisir dans cette intrigue où les aventures du héros sont ainsi le prétexte à des réflexions philosophiques que j’ai trouvé clairement fascinantes et soignées. Que ce soit d’un point de vue plus intimiste comme sur le statut de l’artiste, la peur de la page blanche, la compréhension de chacun face à l’art, mais aussi sur des sujets plus globaux qui restent encore d’actualité comme l’influence du pouvoir quand il est entre les mains que d’une poignée de personne, le rejet des minorités, la surpopulation, la capacité de l’Homme à exploiter plus qu’à comprendre, la liberté, la capacité de chacun à gérer les relations ou bien encore le parallèle entre ce qui est considéré comme harmonie et chaos. Vous le comprenez ce livre est riche en idées que chacun soulèvera ou pas sans que l’auteur force la main, laissant le lecteur se faire ses propres conclusions, le tout sur un rythme posé, efficace et entrainant. par conséquent si vous cherchez un récit nerveux, sans temps morts, je ne peux que vous conseillez de passer votre chemin.

L’univers mis en avant par l’auteur se révèle toujours aussi soigné, dense et fascinant à découvrir. J’ai retrouvé avec plaisir les AnimauxVilles et leurs descriptions organiques, vivantes, travaillée, et superbes, surtout que vu que le héros se transfert régulièrement de villes en villes cela nous permet de les découvrir plus en détail. Le travail d’imagination de l’auteur est ainsi captivant, offrant au récit un cadre fort, sensuel et qui donne envie d’en découvrir plus, voir même de voyager avec ces AnimauxVilles. Le grand intérêt aussi vient de la découverte plus en profondeur de l’esprit de ses villes, en effet ce récit se déroule bien avant Étoiles Mourantes, si je ne me trompe pas, la relation entre l’homme et cet animal gigantesque n’est pas la même. Elle va ici se retrouver à évoluer au fil des pages, on va ainsi mieux les comprendre ainsi que leurs histoires, leurs passés. L’aspect « politique » se révèle lui aussi intéressant à découvrir, à la fois dans les problématiques qu’il soulève, mais aussi dans ses jeux de pouvoirs qui se dévoilent par à coups et de façon subtils et surprenants, principalement par des extraits de transition entre les chapitres. La condition de chacun offre aussi une certaine complexité supplémentaire à l’ensemble, entre ceux qui sont figés sur leur planète, ceux qui transitent de ville en ville grâce au transfert ou encore les astraux, fantômes qui attendent leurs corps en hibernation dans un vaisseau de transport on découvre ainsi plusieurs classes et par conséquent différents privilèges. Je regrette par contre de ne pas en apprendre plus, principal sur les astraux qui, je pense, aurait mérité plus d’explications, mais rien de bien méchant.

Concernant les personnages, je me suis rapidement attaché aux « trio » de héros dont on suite les aventures. Que ce soit Closter, personnage intriguant, aux nombreuses zones d’ombres, qui va se dévoiler peu à peu au fil des pages et révéler son importance. Un personnage humain, aux sentiments complexes, principalement dans sa relation avec Marika, pleine de non-dits, de retrouvailles manqués, de sensualité et de rejet. L’héroïne se révèle elle aussi très intéressante à découvrir, par son rôle, son importance, son histoire, son charisme, même si parfois je l’ai trouvé légèrement caricatural et j’aurai aimé en savoir plus sur certains points. Alors j’ai parlé de trois héros, il manque ainsi le chat, Ombre, offrant une mignonitude attachante, même si parfois un peu étrange, mais là, après, pas sûr d’être vraiment objectif, je me fais facilement avoir pas un animal mignon. Les personnages secondaires ne sont pas non plus en reste, offrant ainsi une vision diversifiée de l’univers et apportant sont lot de surprises.

Alors après certains points m’ont tout de même légèrement dérangés, je pense par exemple au fait que l’auteur joue parfois sur le mystère, l’absence d’explications pour offrir, je pense, plus de liberté aux lecteurs, mais qui, une ou deux fois m’ont légèrement frustrés. Ensuite, je dois bien avouer que Voleurs de Silence m’a un peu moins accroché qu’Etoiles Mortes, l’auteur jouant plus sur son talent de novelliste, principalement dans ces cauchemars qui viennent rompre le duel entre Closter et Vorst, mais dont parfois j’ai eu du mal à en comprendre totalement le lien. Après, je ne nie pas être aussi passé à côté. Cela n’empêche pas non plus ce texte de se révéler intéressant, dans sa dualités, ces deux visions différentes et aussi dans la compréhension différente de l’art selon chacun, mais voilà il m’a un peu moins marqué que le précédent. La plume de l’auteur se révèle ciselé, soignée, dense, poétique et fascinante et j’ai plongé avec plaisir dans ce livre. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce livre qui nous offre deux histoire liées entre elle par les personnages. Des récits portés par un rythme lent et poétique, qui offrent ainsi de nombreuses réflexions, qu’elles soient aussi bien intimistes que plus globales, se révélant clairement fascinant à découvrir. Un récit, pour peu qu’on se laisse emporter, qui se révèle magique et intelligent. J’avoue juste avoir un peu moins accroché aux second récit par rapport au premier. L’univers développé continue à nous faire découvrir les AnimauxVilles, qui sont toujours aussi captivants à croiser bien porté par des descriptions superbes et soignées. On découvre aussi un aspect politique et social très intéressants, même si j’avoue je trouve l’aspect des Astrales un peu trop concis selon moi. Les personnages se révèlent attachants, humains avec leurs envies, leurs sentiments. La relation Closter et Marika se révèle vraiment intéressante à découvrir, se révélant complexe et efficace. Je regrette par contre que l’auteur, une ou deux fois, joue un peu trop sur le mystère, ce qui m’a légèrement frustré, même si rien de non plus trop bloquant. La plume de l’auteur se révèle poétique, ciselé, entrainante et terriblement efficace. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

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