Auteur/autrice : BlackWolf Page 60 of 202

Utopiales 2015, Anthologie – Collectif

Utopiales 2015Résumé : Construite autour de la thématique « Réalité », cette anthologie officielle des Utopiales, septième du nom chez Actusf, va vous entraîner dans des jungles mystérieuses avec Fabien Clavel, sur un monde aux mœurs singulières avec M. R. Carey ou encore à la rencontre d’êtres venus d’ailleurs avec Laurent Queyssi… Vous y croiserez également d’anciens pilotes communistes qui ont vu des OVNI pendant la Deuxième Guerre mondiale, des petits robots fugueurs, de vieux copains de bistrot aux paris un peu fous et alcoolisés et des maisons en réalité virtuelle à l’intérieur desquelles tout est possible…
Sans oublier Alain Damasio qui nous offre une belle avant-première avec le premier chapitre inédit de son futur roman, Fusion.
Êtes-vous sûr de votre réalité ? Sont-ils vivants et nous morts ?
Treize nouvelles pour douter de tout…

Edition : Actu SF

 

Mon Avis : C’est devenu une tradition depuis quelques années maintenant, mais à chaque fois que je participe à un festival je repars avec l’anthologie et j’en fais même, selon les festivals, une LC. Sauf que cette année est un peu particulière puisque je n’ai pas pu participer au festival Utopiales de 2015. Cela n’a pas empêché Marie-Juliet de me récupérer et faire parvenir un exemplaire, (dédicacé qui plus est, encore merci), dans le but d’une Lecture Commune. Ce livre comporte ainsi treize nouvelles, ainsi qu’une préface sur le principe de Réalités qui s’avèrent très intéressante, soignée, efficace et ouvre de façon réussie l’anthologie développant de façon intéressante le terme de Réalités.

Les yeux en face des trous d’Alain Damasio : Alors ce texte nous propose de nous plonger dans un groupe d’amis, dans un monde futuriste, dont l’idée de base qui repose sur l’échange de mémoire se révèle clairement intéressant. Le style de l’auteur s’avère toujours aussi efficace, fascinant, soigné et entraînant, même si parfois il en fait peut-être un peu trop dans le jeu de typo. Certes cela offre quelque-chose de plus, principalement dans les souvenirs, l’effet un peu embrouillé, mais parfois il donnait plus l’impression de juste vouloir faire de l’esthétique. Par contre, le point que je trouve frustrant du récit, selon moi vient qu’il s’agit ici du premier chapitre du futur roman de Damasio, ce texte n’a donc pas de « conclusion » comme on pourrait l’attendre d’une nouvelle d’une anthologie.

Immersion d’Aliette de Bodard : Cette nouvelle je l’avais déjà lu lors de sa publication dans l’anthologie Réalité 5.0 dont vous retrouverez ma chronique ici. Je ne reviendrai donc pas dessus, juste pour dire que la seconde lecture m’a conforté dans mon ressenti avec  très bon texte dont l’univers mériterai d’être plus développé.

Welcome Home de Jérôme Noirez : Cette nouvelle nous offre un récit dans un univers où les plus riches peuvent s’offrir un lieu considéré comme en-dehors de la « réalité », où les lois n’ont plus aucunes valeur. Deux potes junkie vont ainsi se retrouver invité à une soirée dans ces subréalités. Un texte que j’ai trouvé efficace, à prendre dans le côté complètement barré, style sexe, drogue & rock’n roll. Certes il ne fait qu’effleurer les notions qu’il soulève sur la moralité et la loi, mais n’empêche pas de faire réfléchir le lecteur. Un texte percutant, prenant dont je regretterai peut-être tout de même certaines facilités ainsi qu’une certaine linéarité qui joue sur le côté surprenant. Au final un bon texte et il faudrait que je sorte d’autres écrits de l’auteur que j’ai dans ma PAL.

Un demi bien tiré de Philippe Curval : Une nouvelle plutôt courte qui propose, à travers un jeu à boire, de traité du paradoxe de Zénon avec humour. Un texte qui, sans se révéler exceptionnel, offre un moment de détente et de divertissement efficace à travers ce délire alcoolique qui termine par une conclusion percutante et surprenante.

Dieu, un, zéro de Joël Champetier : Cette nouvelle nous propose de suivre un mathématicien de renom qui va rejoindre une équipe scientifique dans un ranch. Cette nouvelle offre une idée intéressante avec quelques sujets de réflexions efficaces que ce soit sur la religion, les robots, l’intelligence, mais j’ai trouvé la première partie un peu longue comme par exemple cet acharnement sur la règle à calcul qui aurait pu offrir une réflexion intéressante sur la surutilisation de la technologie et ses contrôles, mais qui perdait de son intérêt devant son incessante répétition. De plus je n’ai pas vraiment compris le rôle du héros face à un problème qui parait déjà résolu face à la conclusion du texte. Pour moi un récit qui, sans se révéler mauvais loin de là, aurait mérité un format plus long je trouve.

Les aventures de Rocket Boy ne s’arrêtent jamais de Daryl Gregory : Un texte qui lorgne plus vers le drame contemporain que vers la SFFF, où l’on suit l’histoire du narrateur à travers une épreuve qui l’a marqué. Un texte touchant, poignant, qui ne m’a pas laissé indifférent développant le sujet de l’adolescence, de l’amitié et aussi la dure réalité de la vie. Le ton de l’auteur s’avère très juste, sans jamais se perdre et offre aussi un amour pour le cinéma, son aspect rêve, imagination, évasion. La conclusion se révèle intéressante avec, selon moi, ce cercle qui, d’une certaine façon, se referme avec le retour de Rocket Boy.

Le vert est éternel de Jean-Laurent Del Socorro : Cette nouvelle nous propose de replonger dans le quotidien de la compagnie du Chariot, présente dans Royaume de Vents et de Colères, en pleine période de l’Édit de Nantes. Une nouvelle qui offre une réflexion sur la différence en pleine guerre de religion, qui n’a pas la force du roman, mais qui se lit vite et se révèle plutôt sympathique avec une héroïne intéressante. À noter aussi une petite réflexion sur la caricature qui n’est pas anodine. Au final un récit qui introduit de façon agréable son univers, même si j’avoue j’espérais peut-être un peu plus.

Coyote Creek de Charlotte Bousquet : Cette nouvelle nous propose de traiter de la maladie d’Alzheimer, jouant ainsi entre vérité et fantastique avec comme fond des légendes indiennes. Un texte touchant, bien porté par une plume efficace, qui offre un texte réussi, même si j’avoue sur le même thème j’avais trouvé le texte de Claude Ecken dans l’anthologie 2012 des Utos m’avait plus marqué. Cela n’empêche pas cette nouvelle d’avoir son propre ton et de mériter d’être découverte, surtout que la plume de l’auteur que j’ai trouvé poétique offre un plus à l’ensemble.

Intelligence extra-terrestre de Stéphane Przybylski : Une nouvelle construite un peu dans le thème de la série X-files, avec une enquête mélangeant fantastique et complot alien. Sauf que voilà le récit a eu un peu de mal à complètement m’emporter. Autant l’auteur a montré que dans un format long il s’en sortait efficacement, autant ici dans un format court je me suis senti frustré comme si j’avais entre les mains un brouillon de résumé d’un roman.

Pont-des-Sables de Laurent Queyssi : Cette nouvelle n’est pas sans rappeler celle de Daryl Gregory, avec une bande d’ami qui vont faire face à un drame, sauf que malgré cette ressemblance, ce texte possède sa propre identité. L’auteur nous offre ainsi un texte intelligent, touchant à travers la quête d’un des personnages. C’est aussi une réflexion intéressante sur le passage à l’âge adulte, tout en proposant un véritable hommage à la SF, au comics, aux jeux de rôle etc… Un très bon texte, à découvrir selon moi.

Versus de Fabien Clavel : Cette nouvelle nous propose de plonger dans une mission militaire qui va mal tourner. Un texte plutôt bien écrit, amusant et agréable à lire, mais qui pêche pas une certaine prévisibilité qui gâche un peu la révélation finale. Un récit tout de même divertissante qui rentre dans le vite lu, apprécié et vite oublié.

Smithers et les fantômes du Thar de Robert Silverberg : Une nouvelle qui nous offre un texte d’aventure en Inde avec la quête d’une cité mystérieuse. Une nouvelle fantastique un peu angoissant très typé qui, sans se révéler des plus marquante ni transcendante, s’est révélé offrir une lecture plutôt sympathique. Les personnages se révèlent intéressant, lié à une époque différente de la nôtre, et portent plutôt bien le récit. De nouveau une nouvelle que je classe dans le vite lu, apprécié, vite oublié.

Visage de Mike Carey : Une nouvelle très SF dans un monde différent du nôtre où un gouverneur écrit une lettre racontant les derniers troubles qu’il a rencontré. Un texte intelligent, traitant de la différence, de la religion, du choix de chacun avec de nombreux aspects intéressant comme cette idée de « visage » qui n’est pas sans rappeler certaines idéologies de notre époque. L’ensemble ne manque pas de subtilité, montrant qu’il n’y a pas obligatoirement de bon et de méchants, principalement dans sa conclusion surprenante. Le tout est porté par un style simple et efficace qui fait que le récit se lit bien et se révèle très réussi.

En Résumé : Un anthologie des Utopiales qui nous offre un cru 2015 assez réussi et qui m’a offert un bon moment de lecture. Alors comme souvent tous les textes ne sont pas au même niveau, certains ont même du mal à se retrouver lier, selon moi, au thème proposé, mais dans l’ensemble il propose de nombreuses nouvelles qui méritent d’être découvert. On pourrait mettre un « bémol » sur le teasing concernant le prochain roman d’Alain Damasio dont ce livre propose le premier chapitre, mais cela ne m’a pas dérangé plus que cela. Au final une anthologie qui mérite d’être découverte et je lirai avec plaisir le cru 2016.

 

Ma Note : 7,5/10

 

L’avis de Marie-Juliet.

 

Autres avis : Xapur, Vert, Boudicca, Shaya, Cyrille, …

CRAAA

Challenge CRAAA 15ème lecture

Sitrinjêta – Christian Léourier

sitrinjetaRésumé : Loin dans le futur, dans le fourmillement d’étoiles, les humains ne sont plus que des créatures parmi d’autres, pas les plus appréciées, ni les plus importantes. Bien au contraire.
Quand Hénar Log Korson, capitaine Terrien sans vaisseau, rencontre le terrifiant Skāatlin pour lui soutirer une astronef, nul ne se doute réellement de ses motivations… à moins que les enjeux de son périple ne soient déjà connus en coulisse !
Pourvu d’un équipage hétéroclite où se greffe une jeune femme imposée par Skāatlin, le Snekkja entreprend alors un long voyage semé d’embûches vers une destination mystérieuse : Sitrinjêta.

Edition : Critic

 

Mon Avis : Si vous suivez ce blog régulièrement, vous devez donc savoir que Christian Léourier fait parti des auteurs qui ont réussi à me marquer avec son cycle Lanmeur, dont j’ai d’ailleurs le quatrième tome qui m’attend dans ma PAL, et que je suis régulièrement. J’ai d’ailleurs préféré plutôt me lancer dans la lecture de Sitrinjêta, car il m’a été présenté comme une lecture plus fun et vu que mon cerveau comate depuis plusieurs semaines je me suis donc plus facilement laisser tenter. On notera aussi la couverture, illustrée par François Baranger, que je trouve soignée et réussie.

On se retrouve ainsi à suivre les aventures de Hénar Log Korson, capitaine du vaisseau le Snekkja, qui se lance une quête qui va rapidement le dépasser. Cette quête c’est le Sitrinjêta. J’évite de trop en raconter, pour la simple et bonne raison que l’ensemble du récit joue, de façon efficace, sur le faux-semblant. L’auteur s’amuse ainsi d’une certaine façon avec le lecteur pour mieux tenter de le surprendre au fil des pages devant les révélations qu’il dévoile, cherchant à le dérouter jusqu’à la conclusion. Alors comme je l’ai dit l’auteur ne cherche pas ici à faire du Lanmeur, mais plutôt un roman de Space-opera percutant, divertissant et vivant. Donc si vous cherchez quelque chose de plus dense, passez votre chemin, pour les autres laissez-vous tenter tant je trouve que l’auteur réussi plutôt bien son pari. Clairement on est dans le récit d’aventure, où le héros va rencontrer de nombreuses péripéties pour aboutir à son but. Entre trahisons, tensions et manipulations j’ai été assez rapidement happé par le récit et cette intrigue complexe, où la vérité n’est pas obligatoirement ce que l’on croit. Entre rebondissements et révélations, on se retrouve à tourner les pages facilement avec l’envie d’en apprendre plus. Attention, certes, il s’agit d’un roman de divertissement, mais on est loin du récit qui ne repose que sur l’action, cherchant à offrir quelque chose de plus profond. La conclusion se révèle ainsi franchement surprenante, l’auteur y ajoutant alors une bonne dose de réflexion et de philosophie avec une pointe d’onirisme à la tension présente pour offrir, selon moi, quelque chose de terriblement efficace.

Concernant l’univers il se révèle intéressant, tout en possédant je trouve un côté frustrant. On est plongé dans un avenir lointain, un univers où de nombreuses races cohabitent, pas toujours dans la paix. L’auteur nous offre ainsi une vraie diversité et, sans non plus se révéler le monde le plus original qui soit, il s’avère plus que solide et efficace. L’aspect politique ne manque pas non plus d’attrait, prenant un peu plus d’ampleur au fil des pages, dévoilant ainsi jeux de pouvoirs et turbulences efficaces dans les forces en présence. Pareil concernant l’aspect plus social, loin d’être révolutionnaire, il ne manque pas non plus de se révéler attrayant, avec surtout cette idée prenante de la position de l’Homme qui est loin d’être dominante, mais plutôt vu par les autres comme de jeune chiens fous incontrôlables, limite à éviter. Pareil concernant tout l’aspect religion qui va s’avérer bien plus complexe qu’on peut le croire. Sauf que voilà, certes je l’ai dit et je me répète je ne m’attendais pas à du Lanmeur, mais j’ai quand même été légèrement frustré tant certaines idées m’ont paru être traitées rapidement, voir à peine qu’effleuré et que j’aurai aimé en apprendre plus. Cela n’empêche pas cet univers d’offrir une toile de fond plus que tangible au récit et à l’intrigue, j’espère juste le retrouver dans d’autres récit tant il possède du potentiel qui mérite d’être encore exploité.

Le héros, Hénar Log Korson, se révèle intriguant à suivre à travers ses péripéties et ne manque pas, au fil du récit, de s’avérer attachant devant son histoire. Il a un petit côté héros cassé, idéaliste, qui traine sa bosse dans un monde qu’il souhaite différent et qui cherche la gloire, qui, je trouve le rend touchant. Il se dévoile au fur et à mesure de l’intrigue et on se rend compte qu’il cache quelque-chose, un mystère, même si cet aspect m’a paru manquer un peu de finesse par moment. Il possède un vrai rêve. Ensuite sort du lot son second et pilote Svaun ainsi que Ullinn, que ce soit à travers leurs différences, mais aussi dans leurs interactions avec notre héros. Le soucis c’est que le roman est plutôt court, certes cela rend l’histoire acéré, mais fait que les personnages plus secondaires m’ont paru manquer de profondeur. Sans nier leur intérêt, ils paraissent parfois plus là pour faire avancer l’intrigue, ou retarder certaines révélations, qu’autre chose. Rien de non plus trop bloquant.

Je regretterai par contre que, parfois, l’auteur cherche à trop en faire, principalement au niveau de certaines manipulations, ce qui enlève un peu l’effet de surprise. J’ai trouvé aussi que certains aspect de l’intrigue m’ont paru un peu simpliste., mais rien de très dérangeant tant l’ensemble réussi son pari d’offrir un récit divertissant, qui se lit avec un minimum de plaisir et d’envie. Ce qui fait aussi la différence c’est la plume de l’auteur qui ne perd rien de son intérêt, se révélant captivante, efficace, avec une pointe de poésie qui offre un véritable plus, je trouve, au récit. Alors certes on n’est pas au niveau de Lanmeur, mais un roman qui mérite tout de même d’être découvert et qui offrira pourquoi pas, un très bon moment de détente entre deux romans plus dense.

En Résumé : J’ai passé un agréable moment de lecture avec ce roman qui nous propose de découvrir un récit divertissant et entrainant à travers la quête de Hénar Log Korson. L’auteur joue ainsi au fil des pages avec le lecteur de façon efficace, dévoilant ses révélations au compte goutte pour mieux surprendre, aboutissant à une conclusion percutante, entrainante avec une pointe d’onirisme et de poésie. Alors certes son est loin de la densité de Lanmeur, l’auteur cherchant plus le fun, ce qui pourrait en surprendre certains, mais pour autant l’auteur ne tombe pas dans la facilité de l’action à tout va non plus. L’univers, sans s’avérer révolutionnaire, se révèle plus que solide et aurait d’ailleurs, selon moi, mérité plus de développement sur certains points tant il a du potentiel. Concernant les personnages, le héros nous happe assez facilement dans ses aventures, personnages bancal avec ses forces et ses faiblesses, qui devient rapidement attachant. Les deux autres personnages principaux qui gravitent autour de lui ne manquent pas non plus d’attrait, par contre les personnages secondaires m’ont parfois paru manquer de profondeur et d’intérêt. Alors certes parfois l’auteur en fait un peu trop enlevant certains effets de surprise, et parfois certains aspects paraissent un peu simpliste, mais l’ensemble se révèle efficace, bien porté par une plume qui se révèle un véritable plus étant captivante, efficace avec une légère pointe poétique.

 

Ma Note : 7,5/10

 

Autres avis : Lorhkan, joyeux-drille, …

Les Sentiers des Astres Tome 2, Shakti – Stefan Platteau

le sentier des astres 2 shaktiRésumé : Sept hommes, une femme et une enfant.
Ce sont les derniers compagnons qu’il reste au barde Fintan Calathynn pour mener à bien la quête du Roi-diseur, à travers une forêt boréale plus menaçante que jamais. Neuf survivants aux abois, retranchés dans la grotte des Teules, encerclés par l’ennemi. À l’heure où la gabarre livre ses derniers secrets, et où les arbres tremblent de la colère des géants, les fugitifs devront jouer cartes sur table et révéler les ombres issues de leur passé. À commencer par l’énigmatique Shakti…

Edition : Les Moutons Electriques

 

Mon Avis : Ah, ce livre je l’attendais avec impatience. Il faut dire que le premier tome de ce cycle, Manesh, m’avait offert un excellent moment de lecture offrant un récit dense, magnifique et foisonnant, avec des personnages captivants (ma chronique ici). Ensuite l’auteur a publié, toujours dans le même univers, une sympathique et agréable mise en bouche avec Le Dévoreur (ma chronique ), histoire de patienter, mais j’avais clairement hâte de voir ce que l’auteur allait nous proposer avec ce second tome. A noter de nouveau une très belle couverture, illustrée par Melchior Ascaride, ainsi que, comme toujours avec l’éditeur, un très bel objet.

On avait ainsi laissé nos héros en bien fâcheuse posture à la fin du tome précédent, encerclé et poursuivi par l’ennemi, les enfants de l’hermine et leurs géants, ils avaient dû quitter le fleuve pour se cacher dans une grotte de la forêt du Vyanthryr. Ils vont alors devoir trouver un plan pour s’enfuir. Je dois bien avouer qu’on replonge finalement facilement dans le récit, surtout que la première partie va se révéler furieusement entraînante. En effet, on va se retrouver véritablement happé par cette course poursuite entre nos héros et leurs ennemis, cette traque sanglante qui va offrir son lot d’action et de bataille épiques. Un démarrage énergique qui nous plonge aussi dans cette forêt mystérieuse et vient rapidement répondre au cliffangher de la fin du tome précédent concernant Manesh. Le danger est présent, la tension monte au fil des pages pour ainsi offrir une première partie percutante et vivante, avec pour point d’orgue le barde Fintan qui va se dévoiler pour aider les siens d’une façon vraiment surprenante et envoûtante. La seconde partie va se révéler plus calme, plus lente mais tout aussi prenante, reprenant la construction du tome précédent avec un personnage qui va conter sa vie, et son histoire : Shakti la courtisane.

On se retrouve ainsi de nouveau plongé dans ce qui apparaît comme un conte dans le conte, qui va ainsi offrir un dépaysement complet au lecteur. On se retrouve à quitter la forêt du Vyanthryr pour la forêt de l’enfance de Shakti, tout aussi luxuriante et mystérieuse, mais totalement différente dans sa beauté et dans sa représentation. On plonge dans un pays ou la forêt possède ses lois et ses traditions, ses guerres souterraines et mystiques et dont la courtisane en est une chamane. Elle en connaît ainsi les clés, les paroles de passage, d’hommages et d’apaisement. Ici, contrairement à Manesh ou notre héros était à la recherche de son identité et de la vérité sur son côté féérique, le récit de Shakti va tourner plus sur son enfance, la difficulté de l’adolescence, la faute, le rejet face aux traditions qui ont détruit sa famille, mais aussi face à l’amour aveugle. Un récit tout en nuance, où l’héroïne va devoir faire face à ses peurs, ses failles, ses forces et le tout conté par le regard adulte qu’est maintenant la Courtisane, avec ce ton de désillusion. Le passage ainsi d’une adolescente vers l’âge adulte qui ne se fera pas sans sacrifices, sans souffrances ni sans difficultés. L’auteur nous offre aussi quelques réflexions intéressantes sur le fond que ce soit sur la position de la femme, le respect des traditions anciennes ou encore de la famille.

L’univers que développe l’auteur autour de son récit se révèle toujours aussi fascinant et prenant. Il possède toujours cette beauté sauvage qui rend ce monde attirant, tout en conservant cette part sombre, angoissante, cette part mystérieuse, ce qui lui offre quelque chose de magique. On quitte par contre le fleuve pour en découvrir plus sur la forêt qui en devient alors la toile de fond du récit. Que ce soit Vyanthryr ou la forêt de la courtisane, chacune va ainsi se révéler plus qu’une simple forêt, que ce soit à travers la magie, êtres mystiques ou encore par son aspect, on va dire, « surnaturel », féérique. Chacune d’entre elle va ainsi s’imposer dans la lecture. On traverse ainsi des lieux à la fois luxuriants, mais qui cachent une zone d’ombre, une zone d’angoisse. L’auteur continue aussi au fil du récit à travailler sa mythologie que ce soit, dans un premier temps concernant les anciens, les solaires et tout ce qui tourne autour de notre héros, puis ensuite à travers le peuple de Teules qui va se révéler un peuple fascinant, original dont je ne dévoilerai rien pour éviter de spoiler et qui m’a offert de très belles surprises et ouvre pas mal de questionnements, et enfin dans cette nouvelle mythologie liée à la courtisane qui devrait prendre de l’ampleur dans le prochain tome et se rattacher, je pense, à l’intrigue principal. De nouveau on sent tout le soin qu’apporte l’auteur à travailler sur cet univers, où le moindre détail va se révéler avoir son importance et offrant ainsi quelque chose de dense, de complexe et d’envoutant qui donne envie d’y plonger à nouveau et d’en découvrir encore plus.

Le travail sur les personnages n’est pas non plus en reste, outre la courtisane dont j’ai déjà pas mal parler et qui captive, on retrouve avec plaisir les autres protagonistes qui continuent à se densifier au fil des pages. Certains sortent ainsi du lot, comme Fintan la barde qui va nous révéler pas mal de surprises, mais aussi d’autres héros comme Brun dont on va nous dévoiler une partie de son passé des plus divertissant, offrant une légère dose d’humour au milieu du récit épique. Dans tous les cas on découvre des personnages humains, denses, complexes et touchants, avec leurs envies, leurs quêtes, entre trahisons, solidarité, mensonges et passions ils vont facilement nous happer dans leurs aventures, leurs quêtes de survie. On est aussi loin des grands héros aux grandes destinées, plus des hommes lancés dans une mission dont ils n’imaginaient pas les tenants et les aboutissants, ce qui, je trouve, les rends encore plus attachants. Les personnages secondaires ne sont pas non plus en reste, comme principalement les Teules qui nous offrent une vision de société complètement différente.

Alors après je dois bien avouer un point m’a tout de même légèrement frustré, le fait de me sentir dans ce que j’appellerai un tome de transition, avec simplement une introduction à la vie de Shakti. J’avoue, je ne m’étais pas renseigné ni vraiment suivi la communication sur le cycle, je n’ai pas non plus tilté en remarquant que ce second tome faisait une centaine de page de moins que le premier, mais une fois la dernière page tournée et quelques recherches effectuées j’ai appris que la trilogie était devenue tétralogie. Ce second tome est ainsi coupé en deux ce qui crée ainsi, je trouve, un léger décalage au niveau du récit de vie de la courtisane qui parait légèrement séparé de l’intrigue principal. Attention, cela n’enlève en rien les qualités du récit, mais me laisse un sentiment de trop peu devant le cliffangher dévoilé et l’esquisse de vie de la courtisane qui va devoir plonger dans des villes qui vont, selon moi, la transformer. Dans tous les cas ce second tome se révèle réussi, toujours porté par une plume aussi soignée, dense, poétique et captivante, qui plonge facilement le lecteur dans cette histoire pleine d’aventures et de surprises. Je lirai la suite avec plaisir.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec le second tome de ce cycle qui offre une première partie captivante, suite direct de la fin du premier tome avec cette traque. Une course poursuite entraînante, prenante, pleine de tension qui happe rapidement le lecteur pour connaître un point d’orgue vraiment surprenant et envoutant avec le barde Fintan. La seconde partie va se révéler plus calme avec Shakti qui va conter sa vie, se révélant tout aussi fascinante, nous dévoilant de nouvelles contrées dépaysantes et nous montre une héroïne adolescente qui va découvrir que tout n’es pas blanc ou noir et va difficilement entrer dans l’âge adulte. L’auteur n’hésite pas non plus a offrir quelques réflexions sur l’amour, la famille ou encore la position de la femme. L’univers construit se révèle toujours aussi fascinant et magique, avec cette fois comme image de fond la forêt qui va se révéler bien plus qu’un décor à la fois accueillante et sombre. Les personnages, outre la courtisane, se révèlent toujours aussi soignés, complexes et attachants, offrant au fil des pages des héros humains, face à leurs envies et leurs doutes. Mon seul regret et que finalement le découpage de la trilogie en tétralogie fait que ce tome m’a paru un peu de transition, n’offrant finalement que l’introduction de la vie de la courtisane. Cela n’enlève rien à la qualité du texte, mais m’a paru légèrement frustré. L’ensemble est toujours porté par une plume travaillée, dense, poétique et captivante et je lirai la suite sans soucis et avec grand plaisir.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : joyeux drille, …

Mes Achats du Mois d’Avril 2016

Après un mois de mars qui s’avérait plutôt « tranquille » en acquisition, ce mois d’avril s’est révélé beaucoup plus classique avec sept nouveaux roman qui rejoignent ma PAL.

Avril-16

Voilà donc ce qui est entré dans ma bibliothèque :

  • L’Infernale Comédie de Mike Resnick aux éditions Actu SF. Un omnibus de trois récits qui se révélait vraiment accrocheur.
  • Le Sentier des Astres Tome 2, Shakti de Stefan Platteau aux éditions Les Moutons Électrique. Après l’excellent Manesh, une suite que j’attendais avec impatience.
  • Tschaï, l’Intégrale de Jack Vance aux éditions Nouveaux Millénaires Une intégrale de Vance je n’allais pas passer à côté.
  • Sitrinjeta de Christian Léourier aux éditions Critic. Un space-opéra qui me tente depuis la première fois que j’en ai entendu parler.
  • Testament tome 2, Alouettes de Jeanne-A Debats aux éditions ActuSF. Une suite que j’attendais avec impatience.
  • Une Demi-Couronne de Jo Walton aux éditions Denoël Lunes D’Encre. Il s’agit du dernier tome du cycle entamé avec Le Cercle de Farthing et Hamlet au Paradis qui m’avaient offert de bon moments de lecture.
  • Les Chroniques de Radch Tome 2, L’Epée de l’Ancillaire de Ann Leckie aux éditions Nouveaux Millénaires. Après un premier tome sympathique, j’avais envie de savoir comme l’auteur allait faire évoluer son intrigue.

Un mois d’Avril bien rempli, avant de démarrer un mois de mai qui voit arriver les Imaginales.

Le Club des Punks contre l’Apocalypse Zombie – Karim Berrouka

le-club-des-punks-contre-l-apocalypse-zombieRésumé : Paris n’est plus que ruines.
Et le prix de la cervelle fraîche s’envole.
Heureusement, il reste des punks.
Et des bières.
Et des acides.
Et un groupe électrogène pour jouer du Discharge.
Le Club des punks va pouvoir survivre à l’Apocalypse.
Enfin, si en plus des zombies, les gros cons n’étaient pas aussi de sortie…

Il est grand temps que l’anarchie remette de l’ordre dans le chaos !

Edition : ActuSF

 

Mon Avis : De Karim Berrouka, j’ai lu sa nouvelle qui avait été publiée dans l’anthologie Lancelot (ma chronique ici), ainsi que son roman Fées, Weed & Guillotines (ma chronique ), qui m’avaient chacun offert un bon moment de lecture à la fois plein d’humour barré et d’énergie. Il est donc logique que je me sois laissé facilement tenter par son dernier roman publié, qui a décidé de revisiter à sa façon le mythe du zombie. On notera la couverture, illustrée par Diego Tripodi, qui a le chic pour nous mettre directement dans l’ambiance.

On se retrouve ainsi à suivre un groupe de punks qui squatte une ancienne fabrique de vitraux, le collectif 25, luttant chacun à leur façon contre certaines idéologies. Sauf que voilà, en cette nuit de juin tout va basculer, les zombies vont apparaitre. L’idée même de mélanger le concept de Punks et de zombies à quelque chose d’intéressant, entre le no futur rebelle, sauvage et l’apocalypse mangeur de cervelles, il y a de quoi offrir des idées originales ce qu’il faut bien admettre le récit offre justement.  Je me suis ainsi rapidement retrouver happé par les aventures que vont vivre cette bande de keupons. Il faut dire aussi que le début se révèle terriblement efficace, que ce soit dans l’introduction de l’apocalypse qui est du pur délire, comme à travers la façon dont vont la vivre chacun des héros, entre survie et rêves les plus fous. L’ensemble se révèle ainsi clairement barré et surtout possède une énergie communicative qui fait qu’on se laisse ainsi facilement emporter, tant par le délire proposé que par les péripéties qu’ils vont rencontrer. Chaque page  fait sourire le lecteur, que ce soit dans la façon dont l’auteur met en avant sa vision de cette fin du monde, mais aussi dans chacun des personnages. Pour bien rentrer dans ce livre il faut par contre oublier une partie de la logique, mais j’y reviendrai plus tard.

Le point le plus intéressant du récit, autre que l’aspect déconne, vient clairement des personnages. Dire qu’on sort des héros classiques de ce genre de récit est un euphémisme, on est loin ainsi des survivants apeurés qui fuient pour survivre ou des militaires baraqués, et la façon dont chacun des personnages principaux va « gérer » cette apocalypse va se révéler vraiment intéressante, percutante et frénétique. Surtout que bon, libéré de la société, de ses règles, il y a de quoi parfois s’épanouir au mépris de la plus grand logique. L’intérêt principal vient principalement que l’auteur a réussi à nous offrir des personnages complexes, humains, avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs combats et leurs envies. Il offre ainsi une diversité qui, d’une certaine façon, ne tombe jamais dans la caricature et permet ainsi d’amener quelque chose de plus dense et de plus travaillé. On est loin de l’image que se font la plupart des gens du mouvement punk, offrant ainsi au final des gens comme vous et moi à la vision simplement et fortement différente de la vision générale du monde. Alors parfois on tombe un peu trop dans certains stéréotypes, mais rien de non plus trop gênant. Par contre, je regrette un léger manque d’émotion, principalement dans certaines scènes dont je ne dirai rien pour ne pas spoiler, mais qui paraissent un peu « surjouées » ce qui fait qu’on se doute qu’il y a quelque chose de plus.

Concernant l’univers, d’un point de vue zombie on reste dans le classique et le solide, avec les morts qui reviennent à la vie, avec  la grande force et l’effet de masse, et toutes les faiblesses qu’on connait. L’auteur s’offre bien une originalité avec la musique, que je vous laisse découvrir, mais qui par moment m’a paru offrir un peu trop de facilités.. Non, l’intérêt vient principalement quand l’auteur profite de cette apocalypse pour y glisser une réflexion sur notre société et principalement sur le capitalisme qui amène la « mort » de notre société à travers exacerbation de l’individualité de chacun ou encore par notre consumérisme outrancier. J’évite de trop en dire, car certaines analogies liées aux zombies sont vraiment délirantes. Le parallèle se révèle ainsi efficace, percutant et ne laisse pas indifférent, même si c’est vrai on tombe parfois un peu trop dans le binaire avec les gentils d’un côté, les méchants de l’autre et les moutons au milieu. Sauf que voilà cette « caricature » accentuée permet surtout d’exacerber le message qui est transmis, à le rendre plus marquant, pousser le lecteur d’une certaine façon à se sentir troubler, déranger, pour mieux se poser des questions. Ça ne marche pas toujours selon moi, tant parfois l’auteur en fait trop, et tombe dans un message trop simpliste, ce qui fait qu’il passe moins, mais dans l’ensemble ça reste efficace.

Autre point fort du récit, toute la culture punk, révolutionnaire, qui est mise en avant tout au long du récit. Je ne suis pas familier du milieu, mais on sent que Karim Berrouka, lui-même chanteur dans un groupe de punk, en est imprégné et nous la fait partager que ce soit dans la musique, les titres de chaque chapitre ou dans les grandes figures. Il arrive surtout à lier les deux univers pour nous le partager sans se révéler trop lourd ou ennuyeux. Enfin dernier point concernant l’univers, il vient de l’aspect mystique, car oui l’auteur y a ajouté une touche de religion et de vision, tout en gardant toujours cet esprit acerbe et critique. J’avoue je suis resté un peu perplexe, parfois je trouvais que ça n’apportait pas grand chose, mais au final je l’ai trouvé intéressant face à la conclusion qu’il va proposer. En effet la fin est le point d’orgue, cette façon de retourner la situation de façon cynique, je l’ai trouvé réussie et efficace.

Sauf que voilà malgré toutes les qualités que possède ce roman et son esprit complètement barré, certains points m’ont un peu dérangé. Déjà je trouve qu’au niveau du rythme après une première partie plus qu’efficace, l’ensemble s’essouffle doucement, un peu comme si l’auteur tirait un peu trop l’intrigue en longueur ce qui se ressent au milieu du récit, avant de repartir de plus belle. Ensuite, j’ai eu un peu de mal avec la construction du récit, certes c’est énergique, mais l’utilisation récurrente des flashback m’a légèrement frustré, nous faisant vivre des scènes déjà passées qui ne méritaient peut-être pas autant de développement. Enfin j’ai trouvé un peu dommage certains Deus Ex Machina qui finalement servent un peu trop l’intrigue, comme je l’ai dit plus haut il faut parfois oublier la logique et je n’ai pas toujours réussi. Au final cela n’empêche pas non plus ce récit de se révéler très  sympathique et divertissant. La plume de l’auteur se révèle efficace, entraînante et simple, plongeant finalement assez facilement le lecteur dans son délire, offrant ainsi quelques sourires et quelques rires.  Si vous aimez les romans barrés, la révolution, le no future ou encore les zombies, alors pourquoi ne vous laisseriez-vous pas tenter?

En Résumé : J’ai passé un sympathique moment de lecture avec ce roman qui nous propose de découvrir l’apocalypse zombie à travers un groupe de Punks. Le récit démarre fort, se révélant énergique et surtout offre un pur délire qui nous fait sourire régulièrement, voir même rire. Les personnages sortent clairement des carcans de ce genre de récit, mais surtout l’auteur offre des personnages humains, loin des caricatures et de l’image que peut se faire le grand public des punks ce qui les rend attachants. Je regretterais peut-être juste un léger manque d’émotion par moment. L’univers zombie se révèle classique, ce qui ne l’empêche pas de s’avérer solide et entraînant avec cette originalité concernant la musique qui possède quand même ses limites. C’est surtout concernant toute la culture punk qu’on sent toute la passion de l’auteur ; qu’il cherche à nous faire partager. Il n’oublie pas non plus de chercher à nous faire réfléchir sur notre société, certes parfois de façon frontale, parfois tombant trop dans la caricature, mais dans l’ensemble c’est efficace. Alors après, je reprocherais tout de même un certain essoufflement vers le milieu du récit, une utilisation un peu trop systématique des flashbacks ou encore un peu trop de Deus Ex Machina. Cela n’empêche pas l’ensemble de se révéler plus que divertissant, mais l’empêche de se révéler vraiment marquant. Le tout est porté par une plume simple, efficace et captivante.

 

Ma Note: 7/10

 

Autres avis : L’Ours Inculte, …

Mr. Shivers – Robert Jackson Bennett

mr shiversRésumé : Etats-Unis, époque de la grande dépression.
Par milliers, les gens quittent leur foyer, à la recherche d’une meilleure vie. Mais Marcus Connelly n’en fait pas partie. Lui ne désire qu’une chose : la vengeance. Passager clandestin des chemins de fer, le vagabond couvert de cicatrices qui a tué la petite fille de Connelly rôde dans les campements de ceux qui ont tout perdu. Nul ne connaît son identité mais tout le monde connaît son nom : Mr Shivers.
C’est l’histoire d’une Amérique hantée par la mort et le désespoir. Un monde dans lequel un homme doit affronter une sombre vérité et répondre à une question : jusqu’où peut-on aller pour obtenir satisfaction ?

Edition : Eclipse

 

Mon Avis : Ce livre, cela fait un long moment qu’il traîne dans ma PAL. C’est bien simple, il s’agit même d’un livre de la première édition d’Eclipse avant son rachat par Panini, avec le marque-page détachable à l’intérieur de la couverture, ce qui remonte bien à quelques années. J’avoue le côté fantastique et historique sur la grande dépression m’avait initialement attiré, puis, comme souvent, il est allé se cacher au fond de ma PAL et a attendu de longs mois avant que je lui laisse sa chance.

Connelly est un homme qui a connu l’horreur, il a perdu sa fille assassinée par un mystérieux vagabond. Avide de vengeance, il décide alors de partir lui-aussi sur les routes pour espérer y retrouver l’assassin et lui faire payer. Il va ainsi se lancer dans une quête qui ne va pas le laisser indemne. Je dois bien avouer que j’ai plutôt apprécié ce livre qui s’est révélé clairement sympathique dans ce qu’il propose comme message, mais aussi dans l’image de fond qu’il dévoile. Sauf que voilà, je dois bien avouer, le roman est quand même un peu laborieux à démarrer. L’auteur décide ainsi de construire son récit comme un Thriller, un peu à la Joe R. Lansdale, cherchant à nous offrir un roman noir dans cette quête de vengeance et de « justice », sauf que voilà l’auteur a un peu de mal à vraiment maîtriser cette chasse à l’homme, manquant un peu de peps. L’auteur n’a aussi pas obligatoirement la puissance de certains autres écrivains, ce qui fait que son aspect thriller parait manquer un peu de puissance, certains passages se révéler redondants et aussi traîner légèrement en longueur. Il faut attendre la première rencontre entre notre héros et Mr. Shivers, avec l’introduction lente d’une dosse de fantastique pour que le récit y gagne un second souffle qui, je trouve, va le rendre plus intéressant.

Le principal intérêt, je trouve, du roman, vient principalement de l’image de fond que construit l’auteur au niveau de son univers. Je pense bien entendu en premier lieu de l’image de la grande dépression qui est mise en avant. Cette migration de tout un pays à la recherche d’un endroit meilleur, d’un endroit où il y a du travail. Mais surtout ce qui est décrit va plus loin que cette simple période sombre de l’histoire US, on sent ainsi les prémices d’un bouleversement qui va complètement changer le monde, quelque chose de plus sombre qui se révèle en arrière-plan. Cela se ressent surtout dans la rencontre finale entre nos deux protagonistes, à travers la métaphore liée à la mort et cette idée de renaissance que j’ai trouvé vraiment intéressante et percutante. L’auteur nous rappelle aussi ainsi que la souffrance, la faim, l’exil sont partout, qu’on peut les retrouver partout, tant il arrive à rendre son image de fond universelle. Alors certes, cette idée a déjà été traitée de nombreuses fois, dont justement par Lansdale, mais je trouve que Bennett s’en sort très bien avec quelques idées originales. L’aspect fantastique qui prend de plus en plus d’ampleur en approchant de la fin, apporte en plus quelque chose de vraiment intéressant et troublant, mettant ainsi en place une ambiance qui s’assombrit au fil des pages, se révélant légèrement dérangeante, ce qui apporte un plus à l’ensemble. L’auteur m’a paru ainsi mieux gérer cette dose de surnaturel que l’intensité de son Thriller, ce qui est un peu frustrant tant l’ensemble aurait pu y gagner.

Concernant les personnages, je dois bien avouer que je reste légèrement circonspect. Ils ne sont en soit pas mauvais, servant de façon efficace l’intrigue, apportant ainsi révélations, surprises et rebondissements, avec aussi  leurs certitudes et leurs doutes, ce qui les fait avancer ou reculer. Sauf que voilà ils manquent clairement de profondeurs. De plus ils paraissent dans la grande majorité interchangeables. L’auteur aurait vraiment dû, je pense, leur offrir plus de profondeur sur leurs histoires, leurs passés, car mis à part un ou deux qui sortent un peu du lot, les autres paraissent un peu fade et même certains vite oubliés. L’émotion reste tout de même présent, mais plus dans un élément d’ensemble lié à cette grande crise que connaît les USA et permet ainsi de toucher et faire réfléchir le lecteur, mais elle aurait pu je pense gagner en puissance avec un personnage plus profond et attachant. Surtout que ce genre de crise n’est jamais très loin, il ne faut pas se le cacher. Au final seul nos deux héros sortent un peu du lot, que ce soit Connelly par son ambiguïté et son désir de vengeance à tout prix, et Mr. Shivers, véritable visage du mal qui va finalement se révéler plus mystérieux et énigmatique qu’on le pense, mais plus dans leur duel qui se révèle vraiment intéressant et tendu.

La plume de l’auteur se révèle je trouve âpre, simple, entraînante, incisive et vivante collant parfaitement à l’ambiance mise en place, que ce soit dans l’époque comme dans l’aspect fantastique. Au final ce livre s’est révélé offrir une lecture assez agréable, avec ses défauts et ses faiblesses, proposant un conte sombre à la conclusion surprenante. Je me laisserai, pourquoi pas, tenter par un autre roman de l’auteur pour voir comment sa plume évolue.

Résumé : J’ai passé un sympathique moment de lecture à travers ce roman qui nous dévoile la quête de vengeance de Connelly suite à la mort de sa fille, mais qui va au final dévoiler un message plus profond. Alors certes, l’aspect Thriller n’est pas des plus abouti dans un premier temps, se révélant par moment même un peu long, mais une fois l’aspect fantastique qui se met en place l’ensemble, selon moi, gagne en intensité. La grande dépression US en toile de fond est l’un des points forts du roman, je trouve, nous plongeant de façon vraiment efficace dans cette crise qui va bouleverser le monde, le tout avec une légère dose de surnaturelle qui offre une conclusion des plus surprenante et apporte un véritable plus au récit. Les personnages, par contre, son un peu le point faible du récit, se révélant interchangeable et parfois fades, même s’ils font évoluer l’intrigue de façon efficace. Seul Connely et Shivers se dégagent, même si c’est plus dans leur duel que dans leur profondeur. Cela n’empêche pas l’ensemble de se révéler divertissant, mais je trouve aurait pu en gagner encore plus d’intérêt et de qualité. La plume de l’auteur se révèle simple, incisive et entraînante, ce qui fais que je me suis tout de même laissé emporter à travers ce roman. Je me laisserai, pourquoi pas, tenter par un autre roman de l’auteur car je trouve qu’il a du potentiel.

 

Ma Note : 7/10

 

Autres avis : Zina, Lily Tigre, Madoka, …

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