Auteur/autrice : BlackWolf Page 63 of 202

Vostok – Laurent Kloetzer

vostokRésumé : Vostok, Antarctique. L’endroit le plus inhospitalier sur Terre. Des températures qui plongent jusqu’à – 90 °C. En 1957, les Russes y ont installé une base permanente, posée sur un glacier de 3 500 mètres d’épaisseur, ignorant alors qu’à cet endroit, sous la glace, se cache un lac immense, scellé depuis l’ère tertiaire. Pendant des décennies, équipe après équipe, puits après puits, ils ont foré la glace. Pour trouver, peut-être, des formes de vie jusque-là inconnues.
Vingt ans après la fermeture de la base, un groupe d’hommes et de femmes y atterrit, en toute illégalité. Ils vont réchauffer le corps gelé de Vostok, réveiller ses fantômes. Ils sont là pour s’emparer du secret du lac. S’ils échouent, il ne leur sera pas permis de rentrer vivants chez eux.

Editions : Denoël Lunes d’Encre (paru le 17-03-2016)

 

Mon Avis : Ce roman me fait de l’oeil depuis que j’en ai entendu parler il y a quelques mois au moment de la présentation de l’éditeur. Outre le fait que je n’ai jamais, pour le moment, été déçu par les écrits de l’auteur, qu’ils soient écrit avec sa femme ou en solitaire, j’ai été rapidement attiré par le résumé qui se révélait accrocheur. Puis bon, un roman dans le même univers qu’Anamnèse de Lady Star qui m’avait fasciné, ça ne se refuse pas. Attention, même s’ils se situent dans le même futur, ils peuvent être lus indépendamment sans aucun soucis. Il faut aussi noter la couverture, illustrée par Aurélien Police, qui se révèle vraiment magnifique. Concernant Vosotok il faut savoir que la base a vraiment existé, que les informations concernant les carottes glaciaires et leurs données comme par exemple sur le climat sont aussi véridiques.

Sauf que voilà, contrairement à ce que j’attendais, on ne plonge pas directement dans cet enfer de froid et de glace, en effet on se retrouve dans une première partie à suivre Leo, diminutif de Leonora, soeur d’un jeune caïd du Cartel en pleine ascension, le tout à Valparaiso au chili. Une première partie qui servira principalement d’introduction que ce soit aussi bien sur les personnages, sur l’univers futuriste à la fois technologique et la proie du climat, mais aussi sur l’intrigue. Elle permet ainsi de préparer l’arrivée de nos héros à Vostok, leurs quêtes. Sauf que voilà, une fois la dernière page tournée je dois bien avouer que j’ai du mal à pleinement apprécier cette première partie. Attention elle est loin d’être mauvaise, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dis, juste que comparer au huis clos que construit l’auteur à Vostok, son intensité, elle parait légèrement moins puissante justement, peut-être un peu trop introductive. Cela ne l’empêche pas pour autant d’avoir des qualités et un intérêt dans la construction du récit, principalement de son héroïne et de son voyage initiatique. Puis il faut aussi dire que la fluidité du récit, sa construction, font qu’on se retrouve rapidement happé par l’histoire ce qui fait que ce détail se révèle finalement minime et ne dérange en rien, selon moi, la lecture.

La seconde partie, celle de nos héros qui se retrouvent à Vostok sur une station de recherche, va ainsi nous offrir un huis clos angoissant, prenant, dans un monde blanc, austère, en plein Antarctique dans une, voir la région la plus froide du monde. On plonge ainsi dans une sorte de Thriller fantastique et angoissant, où la moindre erreur peut se révéler fatale et où de nombreux secrets et de nombreuses vérités vont se révéler ; chaque personnage se dévoilant au fil des pages ainsi que la base elle-même. On se retrouve ainsi à suivre leurs aventures pour en découvrir plus sur leurs besoins, leurs envies, tout en étant tendu tout du long face à leur survie dans cet enfer blanc où les températures peuvent descendre en-dessous de -60°C. J’ai été réellement captivé par cette partie, au point d’avoir eu du mal à reposer ce livre, surtout que l’auteur n’oublie pas pour autant de parsemer son récit de réflexions intelligentes sur le climat, sur la beauté ou encore sur l’humanité, mais le tout de façon légère, sans s’imposer ni trop en faire. Une intrigue qui oscille ainsi entre aventure efficace, survie stressante et fascination face à cet enfer blanc qui offre de nombreux secrets. La science, ainsi que les scientifiques sont aussi mis en avant, entre passion et découverte, l’auteur réussit à nous les faire découvrir de façon efficace, évitant toute caricature et tout stéréotype.

Mais surtout ce qui m’a fasciné avec Vostok, tout du moins dans la présentation de l’auteur, c’est ce côté à la fois austère, meurtrier du lieu et pourtant cette beauté, cette poésie, cet envoutement qui s’en dégage. En effet malgré toute la tension, l’hostilité et la peur que peut provoquer cette base, ainsi que les différents maux qu’elle crée, elle possède aussi cette magnificence d’une zone encore « pure », avec son ciel étoilé qui appelle au voyage et à la découverte, cette nuit sans fin, ce lac mystérieux et d’une grande importance scientifique et plein d’autres petits passages qui viennent ainsi rendre le lieu encore plus fascinant. Vostok devient ainsi, d’une certaine façon, un personnage à part entière du récit qui passionne. Mais on sent surtout que l’auteur s’est fortement renseigné pour rendre l’ensemble palpable, que ce soit aussi bien dans les descriptions, dans les technologies, dans l’environnement que dans l’aspect historique. En effet l’alternance du récit entre présent et écrits du passé de la grande URSS apporte aussi, selon moi, un aspect intéressant. On y retrouve ainsi l’époque des grandes puissances, une époque où la science servait aussi de compétition entre les différents pays tout en gardant bien entendu une certaine moralité scientifique. Cette époque contraste d’ailleurs grandement avec le futur présenté par l’auteur, dominé par les cartels, les réseaux, les technologies futuristes qui se révèlent d’ailleurs crédibles, sans non plus se révéler trop révolutionnaires ou chercher à impressionner. Autre point important qui m’a fasciné tout du long dans cet univers, ce sont les ghosts, ces fantômes étranges dont on n’apprendra finalement que peu de choses, mais qui offre un potentiel énorme dans leurs facultés et leurs utilités ou bien dans sa visibilité par les autres. Cet aspect « magique » colle aussi parfaitement au récit, lui offrant un aspect étrange et fascinant. Dans tous les cas un univers qui donne envie d’en apprendre plus et d’y retourner.

Concernant les personnages je ne peux pas vous parler de ce livre sans vous parler de Léonora qu’on découvre au début comme une jeune fille un peu pirate, insouciante, mais intelligente, coincée dans une sorte de prison dorée auprès de son frère membre important du cartel qui cherche à la protéger, voir la surprotéger. On découvre ainsi une héroïne qui va se révéler vraiment attachante, poignante, déroutante, charismatique, qui va devoir quitter, parfois de façon brutale, le monde de l’enfance pour rejoindre le monde adulte. Parfois cela va demander des choix pas toujours faciles. Une héroïne charismatique qui fascine, qui cherche à s’évader, à rêver, à voyager. Mais il faut dire que son frère n’est pas non plus en reste, certes un peu l’archétype du mafieux intelligent et brutal, toujours bien sur soi, mais il arrive à s’en affranchir pour finalement offrir un personnage intéressant, attaché à sa famille, complexe, sombre, avec une colère et une violence qui gronde en lui, prêt à tuer si c’est nécessaire et un aspect mystique intéressant. Les autres personnages qui gravitent autour d’eux ne sont pas en reste entre scientifiques, gamins perdus et membres du Cartel on découvre une palette de protagonistes intéressante même si je suis un peu déçu concernant le traitement d’un ou deux d’entre eux. Je pense par exemple à Oscar, l’homme de main, dont l’évolution m’a paru un peu trop brusque ce qui l’a rendu légèrement mal amené, même si rien de non plus trop dérangeant.

La plume de l’auteur se révèle soignée, fluide, entrainante, captivant ainsi facilement le lecteur dans son histoire complexe et prenante. La conclusion proposé va se révéler par contre ouverte, je sais que tout le monde n’apprécie pas ce genre de fin, mais je trouve qu’elle colle parfaitement au récit, laissant ainsi au lecteur la possibilité de faire ses propres choix, ses propres visions sur la suite et l’avenir des héros après ces changements. Dans tous les cas Vostok s’est révélé être une très bonne lecture, et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui nous propose de découvre Leo qui va se retrouver à quitter son Chili pour suivre son frère à Vostok et va devoir ainsi changer, évoluer, passer de l’enfance à l’âge adulte. Présenté comme cela, ça peut paraitre simpliste, mais au fil des pages ce roman se révèle bien plus. L’intrigue oscille ainsi entre huis clos angoissant, thriller et secrets pour mieux surprendre le lecteur. Vostok se révèle ainsi être un lieu à la fois effrayant mais aussi magique et poétique dans de nombreux aspects. On sent que l’auteur s’est fortement renseigné sur la base et son histoire. L’univers futuriste présenté par l’auteur s’avère plausible, cohérent et soigné, proposant ainsi un univers qui donne envie d’en apprendre plus. Leo, l’héroïne du récit est un personnage fascinant, attachant, complexe, humaine, charismatique qui va devoir évoluer, parfois de façon brutale et se découvrir. Les autres personnages qui gravitent autour d’elles sont aussi intéressants à découvrir, même si certains auraient, selon moi, mérité plus de développement, je pense principalement à Oscar. Je trouve par contre légèrement dommage que la première partie soit un peu moins « puissante » que celle de Vostok, jouant un peu trop le rôle d’introduction mais rien de non plus trop gênant. La plume de l’auteur est fluide, entrainante soignée, et happe assez rapidement le lecteur aboutissant à une conclusion ouverte que j’ai trouvé accrocheuse.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Lune, …

Techno Faerie – Sara Doke

techno faerieRésumé : Les fées existent, bien sûr, et elles sont de retour !
Les fées ont cessé de se cacher des hommes : elles sont revenues et bon an mal an l’univers de la Faerie s’est intégré à la société technologique. Depuis les premiers contacts d’enfants-fae avec la civilisation de l’automobile jusqu’aux premiers voyages spatiaux, ce livre conte l’histoire d’une évolution différente de notre monde.

Edition : Les Moutons Electriques

 

Mon Avis : J’avoue, la première fois que j’ai entendu parler de ce livre j’ai su qu’il terminerait rapidement sa course dans ma PAL. Outre l’illustration de couverture, réalisée par Melchior Ascaride, que je trouve très réussie, j’ai été rapidement tenté par le résumé qui se révélait accrocheur. De l’auteur Sara Doke je n’ai finalement lu que deux nouvelles, dont une déjà sur les faes publiée initialement dans l’anthologie Utopiales 2012 et qu’on retrouve justement ici. Car oui, il s’agit ici d’un recueil de 10 nouvelles, qui vont ainsi s’imbriquer pour former une histoire cohérente. Il est aussi à noter qu’un peu plus de la moitié du livre concerne les récits, tandis que le reste propose une encyclopédie des différentes faes existantes, avec de nombreuses illustrations et explications, et le tout en couleur. Au final autant un beau livre, qu’une histoire à découvrir.

Suite à l’utilisation de plus en plus importante de fer par les humains, et à de nombreuses batailles les fées ont été obligées de quitter la Terre pour se cacher. Une sorte de guérilla c’est alors mis en place. Sauf que voilà aujourd’hui les fées ont décidé de changer, se sont adaptées aux nouvelles technologies et ont décidé de revenir pour aider une humanité de plus en plus exsangue et autodestructrice. Oui, j’avoue, dernièrement je lis pas mal d’histoire sur les fées, sauf que voilà le principal intérêt de ce roman vient que l’auteur a décidé de proposer une vision complètement différente de ces êtres. Souvent quand on en parle on se base sur des notions assez binaire, les fées représentent la nature, l’environnement, le respect de la terre et l’Homme l’aspect égoïste, destructeur, qui ne réfléchit pas plus loin que sa vie trop courte, laissant plus de dégâts qu’autre chose. Sauf que voilà ici, certes l’Homme reste cette machine à polluer, on ne peut pas transformer une réalité en une utopie, mais les fées, elles, vont se révéler différentes. Mélange d’ancien et de nouveauté.

Outre le fait qu’elles soient plus nuancées, parfois aussi plus sauvages et violentes, ce qui a aussi déjà été traité dans d’autres écrits, elles se révèlent surtout originales dans cette idée qu’elles se sont adaptées à notre évolution, à nos nouvelles technologies. Ce sont d’ailleurs, d’une certaine façon, notre capacité à évoluer et notre science qui leur ont permis de survivre et d’avancer. Sara Doke évite ainsi une bataille rangée entre Nature et Science, pour plutôt tenter de lier les deux, nous montrer que la science peut apporter à la nature et inversement, ce qui je trouve offre un message intéressant, complexe et surtout intelligent à découvrir. Certes au fond le message reste le même, et il serait très intéressant qu’il commence à être compris : il faut penser à notre avenir à long voir très long terme, notre planète n’est pas inépuisable. Il faut donc commencer à en prendre soin, mais aussi prendre soin de l’ensemble de notre population tout en ne rejetant pas non plus nos évolutions et nos avancées scientifiques, mais en s’en servant simplement de façon maîtrisée et intelligente. Il ne faut pas attendre la fin, car pas sûr que les fées soient vraiment là pour nous aider ou qu’elles en aient l’envie.

Mais outre ce message, l’auteur nous offre aussi, et c’est l’un des poins forts du livre, des textes poétiques, distillant de la magie au fil des écrits et des récits. On découvre ainsi des histoires denses, soignées, complexes et passionnantes, construisant son histoire et son message tout du long. On est ainsi plus dans un récit qui se savoure lentement, délicatement où le rythme lent vient porter le lecteur à savourer ce voyage d’une grande finesse et d’une grande beauté. Un peu comme un voyage dépaysant qu’il faut apprécier à sa juste valeur sans trop aller trop vite. On se retrouve aussi à alterner entre le récit et l’encyclopédie, pour en découvrir plus sur les personnages et aussi découvrir les illustrations qui la compose. Ce Techno Faerie se révèle être aussi un mélange des genres aussi bien littéraires que remplie d’idées, de révélations et de surprises qui font que, pour peu qu’on se laisse entrainer, on se retrouve à tourner les pages facilement et avec plaisir. Il est sûr que si vous ne trouvez aucun intérêt dans les faes ou encore si vous cherchez un récit nerveux et sans temps morts, ce recueil ne risque pas d’être fait pour vous. A chacun de voir.

Concernant les différents personnages que l’on croise, qu’ils soient humains ou fées, l’auteur arrive facilement à les rendre attachants, touchants, sensibles avec leurs forces et leurs failles, leurs envies et leurs souffrances. Chacun vient ainsi apporter sa pierre à l’édifice dans ce changement, cette évolution de notre planète, de notre façon de penser. Alors après j’avoue que, concernant Arthur Passeur, qui est un personnage essentiel dans ce récit, il m’a paru par moment un peu lisse, principalement dans sa seconde partie, mais bon rien de non plus dérangeant, loin de là. Des personnages qui vont alors se retrouver à faire des choix, à accepter des choix parfois difficiles, et qui vont devoir faire face. Chacun d’entre eux donne envie ainsi d’en apprendre plus, d’en découvrir plus que ce soit sur cette « nouvelle » humanité comme sur le monde Sidhe.

Alors après, j’avoue, tous les textes ne m’ont pas paru au même niveaux, certains se révélant clairement bouleversants et fascinants, là où d’autres, comme par exemple celui qui propose une référence à la fête de l’hiver, ne se sont avérés que de simples divertissements. Franchement rien de non plus trop dérangeant tant les dix textes forment dans l’ensemble un tout cohérent et entrainant et offre un très bon moment de lecture. Il faut dire aussi que la plume de l’auteur y joue aussi un rôle essentiel se révélant maîtrisée, soignée poétique, captivante et envoutante, nous plongeant avec facilité dans cet univers dont on ne demande qu’à plonger dedans. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce recueil de dix nouvelles qui viennent former un récit global complexe. L’auteur nous offre ainsi une intrigue vraiment intéressante sur le retour des faes dans le monde des Hommes, évitant aussi la dualité qu’on retrouve régulièrement entre les deux peuples. En effet à travers ses récit on se rend compte qu’elle ne rejette pas la technologie au profit de la nature, elle cherche un compromis, une réflexion sur notre façon de voir la nature et de nous servir de la technologie. Un message qui passe très bien et qu’il faudrait enfin entendre. Autre point fort du récit c’est l’aspect poétique, soignée et magique qui s’en dégage ce qui fait que je me suis retrouvé à tourner les pages facilement et avec grand plaisir. Les personnages qui gravitent autour de ce récit s’avèrent attachants, captivant, avec leurs forces et leurs faiblesses, devant faire face à des choix, des évolutions. Alors après tous les textes ne sont pas obligatoirement au même niveau, certains marquant plus que d’autres, mais rien de non plus trop gênant tant j’ai été happé. Il faut dire aussi que la plume de l’auteur y jour pour beaucoup se révélant  maîtrisée, dense, travaillée et captivante. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Zina, julien le naufragé, Tesrathilde, Melisende, …

CRAAA

Challenge CRAAA 14ème lecture

Cookie Monster – Vernor Vinge

cookie monsterRésumé : Non, vraiment, la vie de Dixie Mae n’a pas toujours été rose… Mais grâce à LotsaTech, et au boulot qu’elle vient de décrocher au service clients de ce géant high-tech, les choses vont changer. Telle était du moins sa conviction jusqu’à ce que lui parvienne l’email d’un mystérieux expéditeur, message qui contient quantité de détails intimes liés à son enfance et connus d’elle seule…

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : Je termine donc ma découverte de la nouvelle collection Une Heure Lumière de la maison d’édition Le Bélial’ avec ce petit livre, Cookie Monster de Vernor Vinge. J’avoue qu’avant de plonger dans ce texte, je n’avais rien lu de l’auteur, même si j’en ai beaucoup entendu parler et qu’on m’a déjà conseillé quelques-uns de ses romans, titillant ainsi mon envie de le découvrir. Cette novella va donc me permettre de me faire un premier avis sur les écrits de l’auteur. A noter, encore une fois, une magnifique couverture illustrée par Aurélien Police.

J’avoue par contre une fois la dernière page tournée avoir un peu de mal à vraiment chroniquer ce livre. Pas qu’il soit mauvais loin de là, juste que parce qu’il joue tout du long avec le lecteur, tout ce que je pourrai dire risquerait de gâcher votre lecture. Je vais donc en quelques lignes, vous offrir un retour le plus vague possible, puis après développer mon ressenti avec risque de gâcher certains effets de surprise, vous êtes prévenu. Ce Cookie Monster se révèle donc être une novella que j’ai trouvé clairement efficace dans le message qu’il propose, ains que les nombreuses réflexion qu’elle va soulever. Le tout est ainsi présenté à la sauce Hard SF, certes proposant parfois des concepts qui peuvent se révéler hermétiques pour les non scientifiques, mais qui au final se laisse découvrir avec plaisir tant la complexité de l’intrigue mise en place se révèle intéressante, efficace avec son lot de révélations, et que l’auteur arrive à rendre son texte tout de même intéressant pour tout le monde. Le tout est ainsi porté par des protagonistes entrainants. Voilà ce que je peux dire de façon globale.

Pour rentrer un peu plus dans l’intrigue, l’auteur nous propose ainsi une réflexion intelligente et soignée sur la singularité à travers la quête de l’héroïne, Dixie Mae, qui telle une Alice ou encore une Dorothée du magicien d’Oz part à la recherche de la vérité suite à la réception d’un mail étrange. L’auteur joue alors de façon sournoise avec le lecteur entre concepts scientifiques, références littéraires de science-fiction et  jeux de pistes et de dupes pour mieux le surprendre, faisant légèrement monter la tension et l’intérêt au fil des pages histoire d’offrir une révélation finale ouverte et que j’ai trouvé efficace. Le tout est bien porté par un rythme efficace, alternant révélations et explications. C’est surtout sur les réflexions soulevés tout du long que l’auteur, je trouve, captive assez facilement. On ne peut rester indifférent, selon moi, sur les notions d’unicité, d’humanité, de transhumanisme ou encore  de potentialité informatique et même une fois le livre posé on continue à se poser des questions. Le tout se révèle entrainant et bien mené, offrant ainsi une lecture plus que réussie et agréable.

Concernant les personnages, ils ne manquent pas non plus d’attraits, car même si  l’important vient de ce qu’ils vont soulever dans leurs quêtes, cela ne les empêche pas de se révéler efficaces, comme par exemple Dixie Mae qui s’avère être une héroïne pleine de contradictions, forte et charismatique dans sa quête et son côté unique ce qui va les rendre un minimum attachants dans leurs péripéties. Dommage par contre que certains personnages secondaires se révèlent un peu caricaturaux. L’auteur nous offre aussi des aspects intéressant comme le rôle de Victor, certes peut-être un peu prévisible mais efficace, ou encore celui des « jumelles » que je vous laisse découvrir, et le tout porté par des dialogues rythmés, même si parfois légèrement répétitifs. Leur quête, construite de façon « conte pour enfant » un peu barré, colle parfaitement au récit que cherche à construire l’auteur et l’image de fond, qu’on pourrait considérer comme minimaliste, va finalement se révéler avoir une grande importances dans les dernières pages où toutes les pièces se mettent en place.

Le seul point qui pourrait se révéler  bloquant, selon moi du récit, vient du style de l’auteur. Je vais essayer de m’expliquer. Ce n’est pas, on va dire, mal écrit, c’est juste que l’auteur ne considère pas, j’ai trouvé, le style comme un élément à part entière d’un récit, il sert ainsi juste à faire avancer le récit. Cela donne comme ressenti tout du moins pour ce texte, d’une écriture austère. Un peu comme un scientifique qui écrirait une étude, où l’important n’est pas obligatoirement la forme, mais le fond. Cela pourrait, je pense, en bloquer peut-être certains et m’a parfois aussi frustré, comme par exemple un léger abus des répétitions, mais bon rien de non plus bloquant. Au final une novella  réussie, intelligente, qui je pense mérite d’être découverte pour peur que la Hard Science ne rebute pas et que le sujet intéresse. Je me laisserai bien tenter par certains de ces romans.

En résumé : Cookie Monster offre ainsi un bon moment de lecture à travers une intrigue soignée et intelligente qui, sans trop en dévoiler pour éviter de vous gâcher les surprises, joue avec le lecteur pour mieux le surprendre et le faire réfléchir. En effet l’un des gros points forts du récit, vient des réflexions qu’il va soulever, aussi bien sur soi-même que sur la technologie. Alors certes il s’agit d’un récit Hard Science avec ces concepts scientifiques parfois obscurs pour ceux qui n’en ont jamais entendu parler (étant scientifique de formation, j’apprécie ce genre de lectures), mais cela n’empêche pas d’en comprendre l’ensemble. Les personnages se révèlent eux aussi intéressants à découvrir et un minimum attachants, nous entrainant facilement dans leurs péripéties, même si certains protagonistes secondaires s’avèrent parfois un peu caricaturaux. Le seul point qui pourrait, je trouve, se révéler bloquant concernant ce texte vient du style, l’auteur montre clairement que le fond importe plus que la forme ce qui rend sa plume parfois austère et même légèrement répétitives, même si rien de non plus bloquant. J’ai en tout cas bien envie de découvrir d’autres des écrits de Vernor Vinge.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : L’Ours Inculte, Gloubik, …

CRAAA

Challenge CRAAA 13ème lecture

Le Choix – Paul J. McAuley

le choixRésumé : Ils sont amis depuis toujours, ils ont seize ans ou presque. Damian vit et travaille avec son père, éleveur de crevettes et cogneur d’enfants. Lucas s’occupe de sa mère, ancienne passionaria d’un mouvement écologiste radical clouée au lit par la maladie dans la caravane familiale. Le monde est en proie à un bouleversement écologique majeur — une montée des eaux dramatique et une élévation de la température moyenne considérable. Au cœur du Norfolk noyé sous les flots et écrasé de chaleur, la rumeur se répand : un Dragon est tombé du ciel non loin des côtes. Damian et Lucas, sur leur petit voilier, entreprennent le périlleux voyage en quête du mystérieux artefact extraterrestre, avec en tête un espoir secret : décrocher la clé des étoiles…

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : De l’auteur je n’ai, à ce jour pas lu grand chose, mis à part sa nouvelle L’Homme publiée dans un bifrost. J’ai bien certains de ces livres qui m’attendent dans ma PAL, dont un qui me tentait énormément qui est La Guerre Tranquille, mais il fait parti d’un cycle dont les suites ne devraient pas être publiées en VF. Je profite donc de cette publication d’un texte plus court pour continuer ma découverte de l’auteur. Concernant la couverture, illustrée par Aurélien Police, elle se révèle magnifique comme toujours pour le moment avec la collection une heure lumière. Il est à noter que cette nouvelle, qui peut être lu de façon indépendante, entre aussi dans un univers de textes plus large.

On plonge avec ce récit dans une Angleterre futuriste, où l’humanité, à force de pollution et de surconsommation, a porté un grand coup à la planète au point de voir monter les eaux de plusieurs mètres. Des aliens sont alors apparus et ont échangé leurs technologies qui pouvaient soit nous sauver, soit pouvoir nous faire fuir la Terre, contre notre culture. Nos héros se sont ainsi retrouvés à devoir s’adapter à tous ses changements dans un pays où la navigation maritime est devenue la norme. On suit ainsi Damian et Lucas, deux adolescents, qui partent à la découverte d’un dragon, un artefact extraterrestre, qui c’est échoué pas loin de chez eux. L’auteur va alors découper son récit en deux parties, une première posée, calme, sur un rythme lent, permettant de mettre en avant son univers, les personnages, ainsi que les problématiques, servant de base et une seconde plus nerveuse, plus tendue, où justement les choix de chacun vont se révéler avoir une importance capitale dans un monde où même les choix les plus cohérents peuvent se retourner contre eux. Un récit qui va ainsi se révéler plus que sympathique à découvrir, offrant ainsi de nombreux axes de réflexions, tout en offrant une intrigue qui, malgré un côté finalement très linéaire et sur certains points prévisibles, se révèle solide et entrainante. L’auteur ne tombe jamais dans la surenchère ou dans le trop explosif, jouant plus sur les nuances et les sentiments, ce qui fait que finalement on se retrouve à tourner les pages avec plaisir et envie d’en apprendre plus.

Le principal intérêt de ce récit vient de l’univers que construit l’auteur tout du long, ce futur où l’Homme a poussé son inconscience et sa « destruction » jusqu’au limite de sa disparition ne peut qu’interpeller, surtout que cela se révèle cohérent. On reste aussi interrogateur concernant ces aliens qui ont décidé, d’une certaine façon, de nous sauver. Entre vénération et suspicion, on oscille au milieu de nombreuses réflexions que soulève le monde construit au fil des pages et des points de vue de chacun. Alors après l’ensemble se révèle peut-être un peu trop binaire, se séparant en deux clans ceux qui ont accepté cette aide voir même ont quitté la terre et ceux qui la rejette totalement, ce qui est parfois un peu dommage je trouve, même si rien de non plus trop bloquant, mais cela n’empêche pas le lecteur de se questionner. L’autre point de l’univers vient de comment a survécu l’humanité, obligée de s’adapter aussi bien au changement qu’à occasionner les dérèglements qu’elle a causée, la forçant à abandonner de nombreuses terres maintenant immergés, mais aussi à la présence d’artefact que personne ne comprend et surtout dont personne ne sait gérer la maintenance. L’aspect technologique ne manque pas non plus d’intérêt ici, même si, j’avoue, de façon purement personnelle, je suis curieux j’aurai aimé en savoir encore plus.

Les personnages ne manquent pas de se révéler humains, attachants et surtout possèdent une profondeur ce qui les rend vraiment intéressants à découvrir et à suivre. Entre Damian, adolescent à la vie compliquée, chez un père parfois violent et qui rêve d’étoile, la possibilité d’approcher du dragon est une possibilité de s’évader et pourquoi pas de trouver une échappatoire à sa vie là et Lucas, fils d’une ancienne « révolutionnaire » écologiste qui face à la maladie doit maintenant mener son combat sur le net, est plus terre-à-terre prenant avec circonscription et méfiance ce qu’il ne connait pas et ne peut comprendre, chacun d’entre eux se révèle travaillé. Chacun d’entre eux offre ainsi un point de vue complexe et possède une histoire de fond, évitant de tomber dans le cliché, ce qui fait qu’on comprend leurs choix, leurs visions. Les personnages secondaires se révèlent eux aussi efficaces et intéressant à découvrir, permettant d’offrir un petit panel de « survivants » qui doivent faire face à une planète en pleine effondrement.

La plume de l’auteur se révèle efficace, entrainante et simple, divertissant assez facilement le lecteur. Au final même si le récit et les problématiques soulevées n’ont rien de révolutionnaires, cela n’empêche en rien l’auteur d’offrir un texte solide, très sympathique à lire et à découvrir et qui ne manque pas d’interpeller le lecteur sur la façon dont on agit ainsi que sur les choix que l’on fait. Va falloir quand même maintenant que je découvre d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé :  J’ai passé un sympathique moment de lecture avec cette novella qui, sans révolutionner le genre non plus, se révèle entrainante et offre des réflexions intéressantes. L’auteur a séparé son intrigue en deux, avec une première partie calme et posé permettant de mettre en place les bases de l’univers et une seconde partie plus énergique, où les choix de chacun vont se révéler important. L’univers est l’une des grandes forces du récit selon moi, principalement par les questions qu’il soulève sur notre humanité auto-destructrice ou encore sur l’ingérence de races aliens dans notre façon de fonctionner. Les personnages ne manquent pas de s’avérer humains, soigné et entrainant au fil des pages. La plume de l’auteur se révèle simple et entrainant ce qui fait que le lecteur tourne facilement les pages. Au final, même si une impression de déjà-vu reste persistante avec cette lecture, cela n’empêche pas ce texte d’être divertissant et intéressant à découvrir.

 

Ma Note : 7/10

 

Autres avis : Ptitelfe, L’ours inculte, Lune, Maki, …

CRAAA

Challenge CRAAA 12ème lecture

Un Etranger en Olondre – Sofia Samatar

un etranger en olondreRésumé : Jevick est le fils du plus riche marchand de poivre de l’Archipel du Thé. Bercé toute sa vie par les légendes et les contes de la lointaine Olondre, un pays où les livres sont aussi communs qu’ils sont rares sur son île, il touche enfin, à la mort de son père, au bonheur de visiter cette contrée magique et remplie de bibliothèques afin d’y perpétuer le commerce familial.
Ses désirs semblent comblés jusqu’à ce que, au lendemain du rabelaisien Festival des Oiseaux, qui rythme la vie religieuse en Olondre il se découvre hanté par un ange.

Edition : Les Editions de l’Instant

 

Mon avis : Les éditions de l’instant sont une toute jeune maison d’édition qui, courant de l’année dernière, se sont lancés dans un crowfunding pour les aider à démarrer. Au vu des publications annoncées, dont ce livre de Sofia Samatar, j’avoue avoir décidé assez rapidement de participer au financement participatif dont en voici justement la première publication. Il est à noter que ce récit à gagner de nombreux pris dont le World fantasy Award 2014 ainsi que le British Fantasy Award. Concernant la couverture, je la trouve vraiment sympathique.

Jevik est le fils d’un riche marchand de poivre qui voit son père partir une fois par an vendre sa production en Olondre. Ce pays va au fil du temps le fasciner, encore plus après avoir travaillé auprès d’un percepteur venant de là-bas qui va lui faire découvrir la magie des mots. Son premier voyage va alors tout changer et il va se retrouver, sans le vouloir, au milieu d’un pays qui se déchire et devenir un enjeu principal. Je dois bien admettre qu’une fois la dernière page tournée, je vais avoir du mal à vraiment retranscrire mon ressenti concernant ce livre. J’ai passé un excellent moment de lecture et je me suis vraiment senti happé par cette histoire romanesque et l’évocation qui ressort de l’aspect poétique du récit. Je me suis retrouvé clairement fasciné par ce pays imaginaire, complètement inventé par l’auteur, ainsi que par les évocations et les réflexions qu’elle construit de façon ingénue et soignée ; le tout sur un rythme posé, permettant ainsi de développer l’histoire de façon fluide et efficace. Le soucis vient de pouvoir pleinement vous conseiller ce livre, car autant si le lecteur se laisse transporter par ce que construit l’auteur et la magie qui s’en dégage, il y a de grandes chances qu’il se laisse alors facilement emporter, autant je pourrai comprendre que si la magie n’opère pas, il s’ennuie avec ce récit. A chacun de voir ce qu’il en pense et ce qu’il attend de cette oeuvre.

Comme je l’ai dit, le premier point qui m’a fasciné c’est la construction de l’univers qui est mis en place ici par l’auteur. Outre le fait qu’on quitte le monde type médiéval qu’on retrouve régulièrement, pour un univers qui m’a paru plus oriental/africain, c’est surtout le fait que l’ensemble sort clairement de l’imagination débordante et fascinante de l’auteur. Je ne dis pas qu’elle a tout inventé, je me doute bien qu’elle a dû se baser parfois sur des éléments bien précis, mais je parle bien de la construction de du monde dans sa totalité qui offre ainsi un univers totalement fictif à la fois cohérent, hypnotique et d’une incroyable beauté dépaysant clairement le lecteur, même dans ces passages les plus troubles et les plus sombres. Mais c’est surtout dans la présentation d’Olondre que l’auteur se révèle clairement orignal, offrant ainsi deux visions de ce pays. Dans une première partie on découvre Olondre à travers les nombreux livres que lit Jevick, on aperçoit ainsi un pays plein d’aventures, de mystères, de beauté et de poésie comme peut le proposer l’art. Mais cette vision devient ainsi mise à mal par le premier voyage de notre héros qui va percuter de plein fouet la vérité. Cela n’enlève en rien la beauté d’Olondre mais lui offre alors plutôt un aspect plus réel, plus sauvage, loin du rêve d’enfant que visualisé Jevick, où les conflits se mélangent par exemple à l’intensité de la vie et la folie douce. C’est dans cette seconde partie qu’il gagne, je trouve, tout son intérêt, entre splendeur et faille et donne clairement envie de le visiter, de le découvrir. Le reste de l’univers est tout aussi captivant, que ce soit concernant les mythes, les traditions, les religions ou encore les aspects fantastiques, s’avèrent passionnant à découvrir et possédant une atmosphère vivante et des plus envoutante.

Sofia Samatar ne nous propose pas non plus qu’un simple voyage exotique, elle nous offre aussi de nombreuses lignes de réflexions et de nombreuses problématiques intéressantes, qui vont ainsi apporter un niveau de densité et de complexité supplémentaire au récit. Le premier point vient, d’une certaine façon, de la déclaration d’amour que fait l’auteur au monde des livres, leur importance que ce soit aussi bien dans sa capacité à faire rêver que dans sa capacité d’apprentissage. Sauf que voilà rien n’est aisé, une dualité se dégage, une dichotomie, que ce soit aussi bien dans le « rôle » de la littérature que dans l’ensemble des questions qui sont soulevées ici. Des livres qui peuvent être à la fois la délivrance et la condamnation, selon les différents points de vues et les différences culturelles. En effet, c’est aussi ce qui rend cette intrigue intéressante, la confrontation de notre héros face à de nombreuses différences aussi bien culturelles qu’au niveau du langage. D’ailleurs le langage prend une forme importante ici tant le héros s’enorgueilli de sa connaissance de la langue, mais va très vite se rendre que savoir communiquer ne vient pas obligatoirement que du « parlé ». L’auteur nous offre aussi une réflexion intéressante sur la religion, Olondre étant en pleine lutte de religion entre la nouvelle, qui bannit tout ce qui est mystique, et l’ancienne qui base sa croyance sur l’importance des anges. Un combat que notre héros va subir de plein fouet et en être la pièce centrale sans le vouloir. Autre point encore soulevé, la différence de civilisation entre Jeveck, qui vient de l’Archipel du Thé où tout repose sur la tradition orale, et Olondre ou l’écrit et les bibliothèques sont plus que présentes, malgré une tradition de conte encore bien présente. Ces différences, ces dualités ne sont pas sans rappeler, à mon avis, l’époque de la colonisation avec les nombreux changements qui sont survenues ainsi que les nombreuses incompréhensions et simplifications culturelles.

Concernant les personnages, ils restent finalement assez classiques dans leurs constructions, avec par exemple Jevick, jeune adolescent qui va suivre un voyage initiatique et va évoluer par la force des choses et des rencontres qu’il va faire pour en devenir plus mature. C’est aussi un homme hanté par ce qu’il est, ce qu’il peut devenir et ce qu’il va accomplir. Mais voilà, malgré ce sentiment cela ne les empêchent pas de se révéler vraiment solides et accrocheurs dans leurs aventures, leurs changements, leurs péripéties. Ils ne manquent pas non plus de complexités, possédant aussi leurs forces et leurs faiblesses. C’est ainsi qu’on se retrouve emporté par la métamorphose du héros passant finalement du statut d’observateur à celui, d’une certaine façon, d’acteur. Mais surtout l’intérêt principal du récit vient que Jevick n’est pas un héros qui va, par lui-même, tout changer, il est plus la pièce centrale d’un bouleversement. D’ailleurs cela se ressent aussi clairement dans la conclusion, que j’ai trouvé clairement réussie, mais qui n’offre pas une fin claire et précise avec les gagnants d’un côté et les perdants de l’autre. Tout le monde est gagnant et perdant à la fois d’une certaine façon.

Malgré toutes les qualités que possède cette oeuvre j’ai trouvé tout de même certains points légèrement frustrants comme certaines tergiversations qui prenaient un peu trop d’ampleur, ou encore certaines fois l’auteur cherche un peu trop à en faire dans les descriptions selon moi. Au final rien de non plus trop gênant tant ce livre se révèle véritablement fluide, aérien et magnifique. Il faut dire que l’on sent bien l’amour des mots de l’auteur tant le récit parait maîtrisé, juste, sans chercher à trop en faire ou à plonger dans trop de fioritures. Dans tous les cas je lirai avec grand plaisir d’autres de ses écrits.

En Résumé : Un Etranger en Olondre m’a offert un excellent moment de lecture, proposant un récit qui va se révéler poétique, soigné et fascinant à découvrir. L’univers que construit l’auteur du début à la fin s’avère captivant à découvrir, permettant à l’auteur de jouer pleinement avec son imagination, nous happant rapidement dans son monde et nous dévoilant une Olondre envoutante et dépaysante, donnant envie clairement d’en apprendre plus. Mais l’auteur ne cherche pas non plus qu’à nous faire voyager, elle développe des problématiques et des réflexions intelligentes et bien menés que ce soit sur le langage, la religion ou encore cette ode à la littérature qu’elle propose. Au milieu de tout cela les personnages, qui certes se révèlent classiques dans leurs constructions, ne manquent pas de se révéler solides et entrainants dans leurs péripéties. Je regretterai peut-être juste quelques tergiversations un peu longues ou bien encore un sentiment que l’auteur veut un peu trop en faire, mais franchement rien de gênant tant j’ai été emporté par ce récit et cette plume maîtrisée, magique et envoutante. Maintenant à chacun de se faire son avis car autant je peux comprendre que comme moi, si on se laisse emporter par ce livre poétique, on peut se retrouver facilement happé, autant si l’alchimie ne marche pas je pense qu’on peut s’y ennuyer. En tout cas pour moi une excellente lecture et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8,5/10

Shattered Sea Book 3, Half a War – Joe Abercrombie

half a warRésumé : Princess Skara has seen all she loved made blood and ashes. She is left with only words. But the right words can be as deadly as any blade. She must conquer her fears and sharpen her wits to a lethal edge if she is to reclaim her birthright.
Only half a war is fought with swords
The deep-cunning Father Yarvi has walked a long road from crippled slave to king’s minister. He has made allies of old foes and stitched together an uneasy peace. But now the ruthless Grandmother Wexen has raised the greatest army since the elves made war on God, and put Bright Yilling at its head – a man who worships no god but Death.
Sometimes one must fight evil with evil
Some – like Thorn Bathu and the sword-bearer Raith – are born to fight, perhaps to die. Others – like Brand the smith and Koll the wood-carver – would rather stand in the light. But when Mother War spreads her iron wings, she may cast the whole Shattered Sea into darkness…

Edition : Harper Voyager

 

Mon Avis : Il y a un peu plus d’un an, je me lançais dans la lecture de ce cycle où l’auteur cherche à viser un public plus large, allant de l’adolescent, au jeune adulte voir même les lecteurs rompus au genre. Après un premier tome efficace, sombre et entrainant (ma chronique ici), un second tome tout aussi percutant et captivant et que j’ai trouvé légèrement mieux maîtrisé (ma chronique ) je me suis donc assez rapidement lancé dans ce troisième tome. A noter, une illustration de couverture que je trouve un peu moins réussie que celles des tomes précédents, mais qui a le bon ton de mettre directement dans l’ambiance.

De la même façon que les tomes précédents, on va ici découvrir un nouveau point de vue et, après Thorn et Yarvi, on va cette fois suivre le destin de Skara, jeune héritière du Throvenland qui va subir de plein fouet la guerre par la destruction de son pays. Comme toujours avec ce cycle, le récit va se révéler initiatique, transformer un personnage principal, souvent adolescent, vers l’âge adulte et de façon brutale, le confrontant à de nombreux choix qui ne se révèlent pas toujours facile. Ici Skara va ainsi être une des rares survivante de son pays qui vient de subir l’ire du Haut-Roi et qui va tenter de reconstruire son pays. On quitte donc une guerrière, Thorn dans le tome précédent, pour suivre une histoire qui va plus nous faire plonger dans les jeux de pouvoirs, les manipulations et tout ce que cela peut entrainer. L’auteur n’oublie pas non plus pour autant l’aspect guerrier du récit, faisant ainsi monter la tension au fil des pages, de cette terrible vengeance entamée dès le premier tome, qui a clairement changé les forces en place. Il nous propose aussi quelques scènes de batailles qui ne manquent pas de se révéler épiques et percutantes. L’histoire que va construire l’auteur va se révéler sombre, cynique, sans concessions pour l’ensemble des personnages où la guerre va amener son lot de rebondissements, de morts et de surprises. La conclusion ne manquera pas de se révéler captivante, incisive, offrant ainsi de nombreuses surprises et révélations étonnantes, offrant ainsi un final réussi même si j’ai trouvé que certains aspects sur GrandMother Wrexen ou bien encore sur le Haut Roi m’ont paru traité un chouïa trop rapidement.

La grande force de l’auteur, est qui se ressent un peu plus dans ce cycle selon moi, c’est sa capacité à brosser des personnages qui ne laissent pas indifférents, se révélant charismatiques et accrocheurs. Surtout que dans ce dernier tome rien ne va être aisé pour eux. Ils vont ainsi connaitre des pertes, des souffrances, des joies, parfois éphémères parfois non, mais surtout vont devoir faire face à des choix qui vont les changer, les bouleverser, aux conséquences parfois sanglantes. C’est d’ailleurs, je trouve, un des points intéressants de l’histoire, de voir l’évolution des héros que l’on a côtoyé mais d’un oeil différent. Cela se ressent principalement avec Yarvi qui va peu à peu se laisser emporter par son besoin de vengeance au point limite de s’y perdre. Skara, malgré une première prise de contact un peu passive, plus par le besoin de l’auteur de maintenir ces nombreuses lignes d’intrigues intacts, ce qui fait qu’elle a un peu de mal à s’imposer dans les premiers chapitres, va finalement, au fil des pages, se révéler une héroïne intéressante. De nouveau l’auteur nous propose ainsi une héroïne complexe, avec ses forces et ses faiblesses, qui va devoir grandir trop vite et devoir se battre avec ses mots pour s’imposer au milieu des loups et faire ce qui lui parait le plus juste. Comme toujours les personnages secondaires qui gravitent autour se révèlent eux aussi intéressants à découvrir, proposant des protagonistes soignés dont on retrouve les aventures avec plaisir, même si c’est parfois légèrement frustrant de voir en retrait certains personnages importants des tomes précédents. Dans tous les cas des personnages ambigus qui évoluent de façon intéressantes, pas toujours comme on l’attendait et qui ne manquent pas parfois de surprendre et nous happent facilement dans leurs intrigues.

Concernant l’univers, ce tome étant le dernier du cycle, il vient donc y apporter son lot de réponses, principalement concernant les Elfes dont on entend parler depuis le premier tome. En effet toutes les grandes questions que l’on se posait sur eux, leurs importances, leurs influences, trouvent ici leurs réponses, même si certains points restent encore ouvert sur leurs disparitions. Qui sait, peut-être pourquoi pas à travers un nouveau récit dans ce monde. On voyage par contre peut-être un peu moins que dans les précédents romans, mais cela n’empêche pas l’ensemble de se révéler toujours solide et efficace, typé vikings dans les régions comme dans les coutumes. J’ai bien apprécié l’idée de pouvoir séparer en deux entre le roi du royaume qui doit parler pour la guerre et du ministre qui doit parler pour la paix, même si cela n’est clairement pas toujours le cas. On en apprend aussi plus sur la magie, ces conséquences, sa puissance et aussi son coût. Dans tous les cas un univers qui donne envie d’en apprendre et où je retournerai avec plaisir si l’auteur décide d’y revenir.

Par contre j’ai constaté une ou deux longueurs, principalement vers le milieu du récit où l’auteur tente de tirer un peu l’intrigue, mais rien de non plus trop dérangeant ainsi que, comme je l’ai dit, deux ou trois points qui m’ont paru traité rapidement sur la fin ainsi qu’une certaine linéarité. La plume de l’auteur se révèle clairement entrainante, efficace et percutante, bien porté aussi par un sens du dialogues et de l’action qui fait qu’on tourne les pages facilement. Au final un troisième tome réussi, dans la lignée des tomes précédents, qui m’a offert un bon moment de lecture, épique et efficace.

A noter que ce troisième tome a été publié en VF par Bragelone sous le titre La Mer Éclatée Tome 3, La Moitié d’une Guerre.

En Résumé : J’ai de nouveau passé un bon moment de lecture avec le troisième tome de ce cycle qui vient clore l’histoire de façon efficace et entrainante. On suit avec plaisir Skara, nouveau personnage principal du récit, même si elle a un peu de mal à s’imposer dans les premières pages tant l’intrigue de fond est présente. Cela ne l’empêche pas au fil des pages et à travers son évolution de se révéler intéressante et surtout d’offrir un regard différend sur des personnages qu’on a déjà croisé. C’est d’ailleurs la grande force du récit, la caractérisation des différents protagonistes. L’intrigue monte ainsi en tension au fil des pages, entre jeux politiques et manipulations, avec de scènes de batailles épiques et percutante pour aboutir à une conclusion réussie avec son lot de surprises, même si certains points auraient, selon moi, mérité plus de développement. L’univers se dévoile aussi enfin, principalement sur les zones d’ombres que sont les Elfes et donne toujours autant envie d’en apprendre plus. Je regretterai peut-être quelques longueurs, principalement vers le milieu ou encore une certaine linéarité, mais rien de non plus trop bloquant. La plume de l’auteur se révèle toujours aussi efficace et percutante bien porté par des dialogues toujours aussi savoureux.

 

Ma Note : 7,5/10

Page 63 of 202

© 2010 - 2026 Blog-o-Livre