Auteur/autrice : BlackWolf Page 85 of 202

La Lisière de Bohême – Jacques Baudou

la lisiere de bohemeRésumé : Le souvenir, tout à la fois vivace et diffus, d’une lecture d’enfance qui l’a profondément marquée conduit une jeune femme jusqu’à la maison forestière où un écrivain reconnu fait retraite. Mais leur rencontre, loin de mettre un terme à sa quête, va l’entraîner vers bien d’autres mystères.
Ceux de la Grande Forêt qui couvre tout le pays. Ceux de la somptueuse et fuyante Folie Millescande. Ceux de l’énigmatique et évanescent Domaine. Cependant, elle la mettra également sur la piste des trois personnages qui depuis des années hantent sa mémoire…

Edition : Les Moutons Électriques

 

Mon avis : J’avoue qu’avant de me lancer dans la lecture de ce livre je ne connaissais pas Jacques Baudou, qui d’ailleurs était plus connu pour ses essais et ses nouvelles puisqu’il s’agit ici de son premier roman publié. En effet ce roman a surtout terminé dans ma PAL principalement par la couverture, illustrée par Melchior Ascaride, dont je lui trouve un petit air enchanteur, ainsi que par le résumé qui se révélait vraiment accrocheur. Il ne faut aussi oublier d’ajouter que ce livre est un très bel objet, couverture rigide, jaquette, illustrations intérieures, de quoi donner encore plus envie de le faire entrer dans ma PAL et de le découvrir.

On se retrouve donc plongé dès la première page dans un univers fantastique, où l’on suit une jeune femme qui part dans la forêt retrouver un écrivain pour exorciser les souvenirs d’une bande dessinée qui l’ont marqué durant son enfance et qu’elle a retrouvée dans le dernier roman de l’écrivain. Elle va alors découvrir que parfois certains mystères sont loin d’être des fictions. Je parle de fantastique mais l’auteur cherche clairement à nous offrir ici un conte, une légende de fantômes qui ne manque pas, à travers une ambiance légèrement magique, féerique et mystique, de happer assez rapidement le lecteur. L’ensemble est clairement maîtrisé, certes assez linéaire, plongeant lentement au fil du récit dans l’étrange et le chimérique et qui ne manque pas de se révéler plus que solide et efficace. On est ainsi rapidement attiré par la quête de cette héroïne et son besoin de comprendre les nombreux mystères qui entourent ses souvenirs de jeunesses. Si vous cherchez un récit énergique et bourré d’adrénaline vous pouvez donc passer votre chemin. On est vraiment ici dans un roman où l’ambiance qui se dégage joue énormément dans l’intérêt qu’on va porter à l’histoire, si on n’arrive pas vraiment à la ressentir on risque alors de passer à côté.

Il faut dire que l’univers qui est développé ici joue beaucoup à cela, principalement la forêt qui nous dévoile ses mystères, ses secrets et sa féerie tout au long des aventures de nos héros. Alors certes ce n’est pas la première fois que la forêt est utilisée en tant que telle dans d’autres écrits, mais l’auteur arrive vraiment à lui offrir quelque chose d’envoûtant, d’attirant et d’enivrant, que ce soit principalement dans les légendes qui viennent peu à peu se greffer autour comme aux innombrables histoires qui sont contées la concernant. Cette immense zone boisée donne ainsi l’impression de prendre vie devant nos yeux de façon surprenante et fascinante. Une forêt qui est d’ailleurs finalement loin d’avoir révéler tous ses secrets. On sent aussi un amour de l’auteur pour ce genre d’histoires, de récit et de contes tant les références, qu’elles soient dans l’intrigue ou dans les en-têtes de chapitres, sont nombreuses et apportent véritablement un plus à l’ensemble, lui offrant de nombreuses ramifications qui donnent envie d’en apprendre plus et pourquoi pas découvrir ou redécouvrir des œuvres qui se retrouvent cités.

Et pourtant malgré les nombreux points captivants que j’ai trouvé au récit le livre a eu du mal a être plus qu »une lecture agréable et offrant un bon divertissement, la faute a plusieurs aspects qui auraient, selon moi, pu être traités différemment. Déjà premier point j’ai finalement trouvé que l’histoire, malgré ses qualités, manquait un peu de profondeur et surtout paraissait quelquefois à peine travaillée, comme si on avait entre les mains une introduction à quelque chose de beaucoup plus grand. De plus les résolutions d’énigmes m’ont paru trop facile. Alors certes c’est souvent le cas avec les contes qui jouent plus sur la magie et le voyage que la réponse, mais il y a une différence entre simple et enfantine, surtout quand on y rajoute un deus ex machina qui facilite encore plus le tout. Ensuite j’ai trouvé que les personnages principaux manquaient un peu de background, que ce soit l’écrivain ou la touriste, leurs histoires auraient mérité d’être légèrement densifié, car parfois j’avais l’impression que les personnages secondaires paraissaient plus complexes qu’eux. Enfin l’auteur effectue un choix d’explication pour conclure son histoire qui accroche ou pas, moi j’avoue être ressorti du dernier chapitre songeur et me demandant s’il apporte vraiment quelque chose au récit, après à chacun de se faire un avis. Tous les points que je viens de soulever ne sont finalement en rien bloquants, mais font qu’au lieu d’avoir une magnifique histoire j’ai eu entre les mains une histoire simplement sympathique et plaisante.

La plume de l’auteur est aussi un point fort du récit, se révélant vraiment soignée, poétique, entraînante, oscillant de façon efficace et fluide entre fantastique, mystère et réalité. Parfois il cherche à en faire un peu trop, comme cette récupération de la dernière phrase d’un chapitre pour la ramener en tête du chapitre suivant, ou encore l’impression qu’il veut trop bien faire, mais ce n’est que broutille tant l’ensemble est très bien écrit et nous plonge facilement dans cette forêt. Tout n’est pas parfait dans ce livre, mais je ressors tout de même de cette lecture avec un sentiment agréable et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : une fois la dernière page tournée je dois bien vouer que, même si tout n’est pas parfait, j’ai passé un sympathique moment avec ce livre qui m’a offert un agréable divertissement. L’histoire nous replonge ainsi facilement dans les contes avec cette histoire de fantôme avec son lot de mystères et de secrets. L’ambiance est l’un des gros points forts du récit, bien porté par la découverte de cette forêt féerique, pleine de folklore et de magie ce qui la rend ainsi vivante et captivante. Je regrette par contre que l’ensemble soit parfois un peu trop simple donnant l’impression de tenir entre les mains une introduction, un certain manque de profondeur des personnages principaux et une conclusion finale dont je ne sois pas sûr qu’elle apporte beaucoup au récit, mais franchement rien de non plus bloquant tant l’ensemble se laisse lire, mais qui l’empêche de se révéler plus qu’une lecture plaisante. La plume de l’auteur se révèle vraiment soignée, poétique et travaillée et même si parfois il cherche à trop en faire, elle nous plonge facilement dans son récit et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur. À noter aussi la très belle édition proposée par Les Moutons Électriques.

 

Ma Note :

 

Autres avis : Cornwall, …

Mausolées – Christian Chavassieux

mausoleesRésumé : Descendu d’un ferrail brinquebalant, Léo Kargo pose son sac à Sargonne, une commune libre de l’Europe Ralliée établie après les terribles Conflits dont les destructions massives sont encore dans les mémoires de tous. L’un des hommes les plus célèbres de son temps, le richissime et controversé Pavel Adenito Khan l’a recruté pour s’occuper de son immense collection de livres, l’une des dernières bibliothèques au monde.
Mais Kargo comprend rapidement que son embauche ne doit rien au hasard. Inquiet, il enquête… Et les questions, les rumeurs, nombreuses, surgissent… À propos des livres atteint d’une mystérieuse lèpre, sur la séduisante Danoo Forge, l’assistante du milliardaire étrangement surnommé le Diable. Et qui est cette fascinante et dangereuse Lilith, mi-femme, mi-machine qui rode dans la cité ?
Dans cette quête, hantée par le souvenir d’une science déréglée et la folie guerrière des hommes, Kargo trouvera bien plus que des réponses. Il rencontrera un destin poignant, le sien et le chaos, celui du monde.

Edition : Mnémos

 

Mon Avis : Je me suis laissé tenter par ce livre un peu par hasard je dois bien avouer. Il faut dire que les éditions Mnémos ont l’habitude de sortir des romans qui sortent un peu de l’ordinaire, je m’arrête donc régulièrement devant leurs nouveautés. C’est comme ça que je me suis retrouvé avec Mausolées entre les mains qui m’a rapidement accroché par son quatrième de couverture intrigant et aussi par une couverture, illustrée par Akalikoushin, qui possède un petit air sombre, hachée et entraînante. Puis, comme souvent, il a traîné dans ma PAL, ne sachant pas quand vraiment le commencer. J’ai donc décidé il y a peu de lui laisser sa chance et ainsi pouvoir me faire mon propre avis.

On découvre ainsi Léo Kargo qui voit sa vie complètement chambouler le jour où il est embauché pour aller travailler pour le milliardaire Pavel Khan, aussi surnommé le « diable » pour ses actions durant les nombreuses guerres civiles lors de l’effondrement de la civilisation, à gérer une des rares bibliothèques qui existent encore.  Il va rapidement se rendre compte que sa présence n’est pas obligatoirement un hasard et va se retrouver au milieu de quelque chose qui va complètement le dépasser. Il est difficile de classer ce roman, oscillant entre histoire humaniste, thriller, travail sur une société qui s’auto-détruit, roman d’aventures voir même drame philosophie, l’histoire se retrouve vraiment à brasser les genres pour le plus grand plaisir du lecteur. En tout cas une chose est sûre c’est qu’il est loin de m’avoir laissé indifférent même si, une fois la dernière page tournée je ne m’attendais pas vraiment à cela. Rien de péjoratif dans ma phrase, simplement l’auteur a réussi à me surprendre avec un récit complètement différent des attentes que j’avais en l’ouvrant. En tout cas on plonge ici dans un monde post-apo au rythme lent, tendu, rempli de sous-entendus qui se révèle accrocheur.

Déjà la première chose qui marque ici c’est l’univers qui nous est dépeint lentement au fil des pages et des révélations. En effet on plonge dans un monde qui se relève doucement de nombreuses années d’instabilités, de guerres et de violences. Les pays et les frontières se sont complètement redessinées, la mort à fauché des millions de vies, de nombreuses armes ont été misent à profit et ont fortement modifiées les règles et la vie des hommes. L’humanité a du mal à remonter la pente, oscillant entre acceptation d’une mort certaine, poussant le principe d’écologie à son paroxysme et reniant en partie les sciences qui auraient aidé à la mort lente de cette planète et un besoin de survie acharné. Il faut dire que les armes employées ont fait de nombreux dégâts, qu’ils soient passés, mais aussi encore dans le présent et voir même pour l’avenir de l’Homme. Pourtant quand on plonge dans cet univers on ne sent pas tout de suite ce côté sombre, la vie semble paisible, certes on y ressent parfois un certain sectarisme mais rien ne laisse transparaître cette implosion des pouvoirs. L’auteur égrène ainsi ses révélations au fil des pages, dévoilant ainsi peu à peu une image loin d’être idyllique, mais qui pourtant se révèle cohérente, collant parfaitement à notre présent. L’Europe a ainsi laissé place à des villes-états gouvernées par une Fédération lointaine. Pourtant malgré cette impression de calme, la violence et l’oppression sourde au fil de la lecture. Un univers qui se révèle ainsi à la fois intimiste, on bouge finalement très peu, et aussi dense et complexe à travers les informations que nous offrent les personnages. Il pourra rebuter peut-être par sa violence et une certaine haine, mais j’avoue avoir été happé par le monde que développe l’auteur, qui ne laisse pas indifférent et nous force à réfléchir.

L’autre point fort du roman vient clairement des personnages qui nous sont proposés au fil du récit. Il faut dire qu’il n’y en a pas obligatoirement beaucoup, ce qui offre ainsi un panel assez large et surtout développé de protagonistes qui ne manquent pas de se révéler humains, avec leurs failles et leurs forces, qui doivent réagir et évoluer dans un monde où tout n’est pas parfait mais qu’ils cherchent, selon leurs propres point de vues, souvent divergents, à modifier, à rendre meilleur. L’autre aspect vraiment intéressant vient du travail de fond psychologique que propose l’auteur avec de nombreux questionnements et de nombreuses réflexions efficaces que ce soit sur la quête identitaire,  les secrets qui rongent chacun d’entre eux, l’amour, la haine, la filiation ou bien encore la quête de vengeance. L’ensemble est aussi exacerbé par un cadre qui se révèle fermé, un peu comme une « cocotte » qui fait que l’ensemble des héros montent lentement en pression, pour un final des plus sanglant et explosif. On sent aussi au travers de nombre de personnages croisés une humanité à bout de souffle, qui se sait condamnée et qui se débat du mieux qu’elle peut pour s’en sortir ce qui, je trouve, ajoute un vernis très intéressant à l’ensemble.

Un aspect qui m’a aussi accroché c’est cette ambiance très proche du livre, des histoires, de la littérature avec toute cette quête autour de la bibliothèque, de la connaissance qu’il faudrait perdre ou non en fonction de l’évolution de la vie, qu’il faut transmettre au non aux générations futures pour leur permettre d’apprendre ou d’évoluer. Il y a une vraie problématique développée là-dessus et qui ne manque pas d’attrait et se révèle soignée. Après j’ai quand même un léger regret concernant ce roman c’est sa conclusion. Pas qu’elle soit mauvaise, non, elle se révèle agréable, ouverte pour permettre au lecteur de se faire sa propre idée et de continuer à maintenir certaines réflexions ouvertes, mais voilà j’ai trouvé que l’ensemble était amené de façon un peu frustre et surtout un peu rapide, principalement dans certaines révélations. Comme si l’auteur balançait certaines réponses parce qu’il est obligé de le faire pour son récit. Ce n’est en rien bloquant mais j’ai trouvé cela légèrement frustrant tout de même. J’ai aussi trouvé le personnage principal un peu trop inactif, baissant trop rapidement les bras à mon goût.

La plume de l’auteur se révèle clairement enlevée, soignée, élégante, offrant au récit par moment une certaine pointe de poésie, tout en n’oubliant pas qu’il se trouve dans un univers sombre, sanglant, guerrier, ce qui pourrait peut-être déranger certains lecteurs, mais qui je trouve colle parfaitement au récit. Au final je suis content d’avoir sorti ce livre de ma PAL qui m’a offert un récit surprenant, plus dans la profondeur psychologique et de réflexions que dans l’action, mais qui m’a accroché et s’est révélé passionnant. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce livre qui nous propose une histoire post-apocalyptique assez surprenante, loin du thriller qui se laissait présager à la lecture du résumé, mais offrant plus une réflexion soignée et efficace sur l’humanité et sur l’Homme. L’univers se révèle vraiment efficace, sombre, dévoilant une humanité agonisante dans un monde qui sort d’une guerre intestine des plus destructrices. Les personnages se révèlent vraiment soignés, humains développant des thématique vraiment efficaces et intéressantes comme par exemple sur la haine, la vengeance, l’identité et d’autres encore. Le tout est porté par une plume élégante, poétique, soignée qui ne manque pas d’élever le récit tout en collant parfaitement à l’ambiance sombre et oppressante qui se dégage. Je regrette juste que la conclusion donne plus l’impression de balancer certaines réponses qu’autre chose et aussi le personnage principal qui se replie trop rapidement sur lui-même, mais rien de non plus bloquant. En tout cas un roman que j’ai trouvé réussi et je lirai sans problème d’autres récits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

Une Aventure de Maître Li et Boeuf Numéro Dix Tome 3, Huit Honorables Magiciens – Barry Hughart

huit honorables magiciensRésumé : Alors que Main du Diable, le bourreau, est sur le point de battre le record de décollations successives réussies – mille soixante-dix, excusez du peu! –, et qu’il s’en vient sur le marché aux Primeurs de Pékin pour trancher le cou de Tou l’Hôtelier de Sixième Rang (condamné pour hérésie culinaire, mais ceci est une autre histoire), voilà que l’irruption d’un tch’i-mei – comprenez une goule vampire – le déconcentre. À la suite de cette catastrophe capitale, Maître Li et Bœuf Numéro Dix découvrent que le tch’i-mei venait de s’offrir un haut dignitaire chinois comme ultime repas. Les voilà, tous deux, lancés dans une enquête insensée et ô combien dangereuse, à la poursuite d’un tueur en série d’un genre très particulier.

Edition : Denoël Lunes D’Encre
Poche : Folio SF

 

Mon Avis : Après avoir dévoré le premier tome de ce cycle qui se révélait entraînant et pleine d’humour dans un univers fascinant (ma chronique ici), puis passé un bon moment avec le second tome qui, certes, perdait un peu de son attrait, mais se lisait toujours avec plaisir (ma chronique ), j’ai donc décidé de me lancer dans la lecture dur troisième et dernier tome des aventures de Maître Li et Bœuf Numéro Dix pour savoir ce qu’allait bien pouvoir nous proposer l’auteur. À noter la couverture, illustrée par Yayashin – Bruno Wagner, qui se révèle, je trouve, toujours aussi réussie et agréable.

On se retrouve donc rapidement plongé dès les premières pages dans la nouvelle enquête de nos deux héros, qui vont être obligés de résoudre le meurtre d’un personnage très important, ce qui va les conduire à devoir jouer avec des forces qui les dépassent considérablement. Je dois bien avouer qu’une fois la dernière page tournée, ce troisième tome, sans être celui de trop, m’a paru moins fascinant et moins maîtrisé que les précédents. Ce qui m’avait passionné dans le premier tome a du mal à se dégager ici et parallèlement l’auteur donne aussi l’impression d’avoir un peu de mal à se renouveler au fil des histoires. Alors dans l’ensemble ce n’est pas mauvais, ça se laisse lire et offre un divertissement agréable, mais voilà on sent clairement, de tome en tome, un essoufflement et quand on sait à la base que l’auteur souhaitait écrire 7 volumes, je ne suis pas sûr que j’aurai pu tenir jusque là.

Alors après, tout n’est pas mauvais non plus, loin de là. L’univers développé par l’auteur continue à se révéler toujours aussi passionnant, entraînant, cette sorte de vraie/fausse Chine qui offre au lecteur un décor qui se révèle chatoyant, remplie d’images et magnifique. On ressent toujours la passion qu’à l’auteur pour cette région, tout en l’adaptant, en la rendant légèrement différente, légèrement décalée, et lui offrant aussi de la magie, des divinités et de nombreux autres aspects qui rendent ainsi l’ensemble dense et réussi. On oscille ainsi entre tradition, mystères, légendes et jeux de pouvoir, le tout avec une bonne dose parfois d’extravagance, ce qui pourrait d’ailleurs peut-être en rebuter certains. Il s’agit d’un univers toujours aussi sombre, où la violence et la folie sont toujours présentes, mais contrairement au tome précédent ou l’humour contrebalançait ce côté parfois sanglant, lui offrant un aspect mordant et un décalage intéressant, ici l’alchimie à un peu de mal à fonctionner. L’auteur a du mal à trouver son souffle d’un point de vue humoristique, on y retrouve pourtant toujours des passages toujours aussi drôles et accrocheurs, mais parfois ça tombe à plat voir devient répétitif. C’est dommage.

Concernant l’histoire là aussi je ne sors pas complètement convaincu, pas que l’intrigue soit complètement raté, loin de là, se reposant sur une légende des plus intéressante avec ce qui entoure ces huit magiciens, mais elle m’a paru légèrement brouillonne, comme si l’auteur cherchait plus à perdre le lecteur pour éviter qu’il puisse en deviner les pièges qu’à chercher à construire un récit. De plus l’accumulation de sous-intrigues, qui dans les épisodes précédents se révélaient fluide et cohérente, ici, donne l’impression de parfois faire du remplissage et certaines paraissent inutiles. Une centaine de pages en moins n’aurait, selon moi, rien changé à l’histoire et aurait même permis de la rendre plus tendue et plus fluide. Autre point qui se fait légèrement sentir c’est la capacité de l’auteur à utiliser des mêmes artifices pour faire avancer son intrigue, dans le premier tome c’était nouveau et efficace, dans le second on commençait à le ressentir mais cela gardait de son charme, dans le troisième cela perd clairement de son intérêt et on voit apparaître clairement les rouages. Ensuite le Deus Ex Machina de fin m’a paru un peu trop facile. C’est frustrant, car le fond de l’intrigue possède quelque chose de vraiment entraînant et par moment on retrouve ce côté happant qu’avait les tomes précédents.

Concernant les personnages on retrouve avec plaisir nos deux héros que sont Maître Li, le grand lettré aux multiples idées, connaissances et aussi aux nombreuses surprises et Bœuf Numéro Dix, héros plus « simple », moins complexe et torturé dans ses réflexions, mais qui ne manque pas de se révéler attachant par sa vision du monde et son côté défenseur. Mais voilà je regrette que finalement ces personnages n’évoluent pas énormément au fil des pages de ce tome, un peu comme si leurs aptitudes étaient figés depuis le premier tome et qu’il est impossible de les changer, des les faire douter, voir de simplement les découvrir dans d’autres panels. Peut-être que l’auteur gardait cela pour les suites qui ne verront jamais le jour, mais c’est légèrement frustrant, même si ça n’enlève en rien et le plaisir l’envie de suivre leurs péripéties. Les personnages secondaires ne manquent pas d’intérêt, même si j’avoue je les ai trouvés un peu terne parfois, rien de gênant, mais quand on a croisé, Nuage de Lotus, Fils de Lune et Tourment de L’Aube il est pas toujours facile de tenir la comparaison. Par contre j’ai trouvé dommage que le mystère entourant l’un des personnages soit si facile à deviner, seul les héros à la fin paraissent surpris de la découverte.

La plume de l’auteur se révèle toujours aussi riche, soignée, détaillée et limite poétique, nous emmenant dans un univers à la fois magique et mystérieux pour dénouer une légende qui ne manque pas d’attrait. On pourrait croire en lisant ma chronique que je n’ai pas aimé ce livre, c’est faux, il est plutôt sympathique et offre un divertissement agréable, le soucis vient des attentes que j’avais avec cette série après le premier tome et que je ne retrouve pas complètement ici. Au final j’ai plus l’impression que la série a  perdue en qualité au fil des tomes, c’est dommage, même si ce troisième volume se laisse tout de même lire.

En Résumé : J’avoue sortir de ma lecture avec un léger sentiment de déception, pas que ce livre soit mauvais, non, il se révèle sympathique et offre un agréable divertissement, mais voilà il ne répond pas forcément aux attentes que j’avais suite à ma lecture du premier tome. L’histoire n’est pas mauvaise mais m’a paru abuser inutilement de sous-intrigues pas toujours utiles, ce qui rallonge l’ensemble. On retrouve toujours avec plaisir nos héros, même si on commence à regretter qu’ils aient du mal à évoluer au fil des pages. J’ai aussi trouvé certaines révélations un peu trop faciles et le deux ex machina de fin trop simpliste. L’univers se révèle toujours aussi dense, soigné et captivant à découvrir, avec cette Chine Imaginaire magique et pleine de couleurs. La plume de l’auteur est toujours aussi soignée et travaillée. Au final tout se révèle ici être une question d’attente, pour moi ce troisième tome est le moins bon des aventures de nos héros, mais si j’avais commencé ma découverte par ce tome 3 pour finir avec le premier tome j’aurai peut-être été moins critique. Un troisième tome qui reste tout de même plutôt sympathique à lire et à découvrir.

 

Ma Note : 6/10

Utopiales 2014, Anthologie – Collectif

utopiales 2014Résumé : Donnez « Intelligences » comme thème à des auteurs d’imaginaire et vous obtiendrez des résultats géniaux, fous et déconcertants. Préparez la révolution avec Jo Walton, ressuscitez une momie avec Sylvie Denis, enquêtez avec un célèbre albinos et Michael Moorcock, plongez dans le monde des échecs avec Léo Henry, découvrez les dernières volontés un peu folles d’un père avec K. W. Jeter ou bien sortez en plein cauchemar post-apocalyptique avec Dmitry Glukhovsky.

Edition : Actu SF

 

Mon Avis : C’est maintenant devenu une tradition inscrite dans le marbre, à chaque fois que je fais un festival je fais rentrer dans ma PAL l’anthologie consacrée. Alors j’avoue, celle de l’année dernière ne m’avait pas complètement accroché, j’espérais donc que le cru 2014 serait meilleur, surtout que le thème de l’intelligence ne manque pas d’attrait. Par contre, changement par rapport aux années précédentes puisque j’ai effectué la lecture en Lecture Commune avec Mariejuliet. Une LC très agréable avec pas mal de discussions, de débats fascinants et que je referai avec plaisir. Ce livre comporte 11 nouvelles ainsi qu’une préface vraiment intéressante et complète de Yannick Rumpala sur l’intelligence.

Chaperon de Laurent Genefort : L’auteur nous plonge ici dans une nouvelle qui cherche à faire réfléchir sur l’intelligence, qu’est-ce qui la définit et son échelle, à travers le regard d’aliens. La grande force de l’histoire est d’ailleurs de ne jamais parler de l’Humanité. Un texte qui se révèle agréable, qui se lit facilement et s’avère sympathique, offrant une « mise en bouche » à l’anthologie plaisante, mais voilà elle reste peut-être un peu trop gentillette, un peu comme si elle s’imbriquait dans quelque chose de plus grand. Cela n’empêche pas quelques originalités que je vous laisse découvrir et qui m’ont paru intéressantes.

Fe6 !! ou La Transfiguration de Bobby J. Fischer de Léo Henry : L’auteur nous propose ici de découvrir un texte qui tourne autour du monde des échecs et plus précisément autour de l’un des plus grands joueurs, marquant l’histoire de son intelligence et de sa folie Bobby Fisher. Un texte qui mélange réalité et fantastique, où la folie se mélange au rationnel et qui, j’avoue, m’a bien accroché que ce soit à travers ces complots, ces non-dits, mais aussi toute la construction que fait l’auteur de son récit. On sent d’ailleurs bien qu’il s’est fortement renseigné, principalement sur le monde des échecs. Une ambiance étrange se dégage de ce texte, dont quelques points restent nébuleux. Une nouvelle réussie selon moi.

En sommeil de Jo Walton : On plonge ici dans une nouvelle où une biographe construit une simulation de la personne sur laquelle elle écrit, pour pouvoir l’interroger. J’avoue qu’on a là un texte qui se révèle intelligent, nous dévoilant un monde loin d’être lumineux, où la liberté a pris un grand coup. L’auteur nous fais réfléchir sur l’avenir qu’on cherche mais aussi sur l’idée de changement. L’ambiguïté sur la simulation, reposant à la fois sur l’historique du personnage mais aussi sur son ressenti, apporte aussi une certaine originalité au récit. Mon seul regret est que cette nouvelle manque un peu de puissance, comme s’il ne s’agissait que d’une introduction à une histoire plus grande.

L’Évangile selon Artyom de Dmitry Glukhovsky : Cette nouvelle nous offre finalement une petite suite à Metro 2033, reprenant le personnage principal et dévoilant ce qui est survenu par la suite. Donc clairement le ressenti ne sera sûrement pas le même si vous avez lu ou non le roman. L’ayant lu, j’ai bien apprécié ce texte, apportant des informations supplémentaires, dévoilant de nouvelles personnalités du personnage principal et se révélant efficace et haletant avec une conclusion ouverte que je trouve intéressante.

Pas de deux sur la planète des ombres de Dominique Douay : Ce texte nous plonge dans un vaisseau spatial où les deux membres d’équipage vont faire une découverte qui va les changer. Dans l’ensemble le texte se laisse lire et ne manque pas d’intérêt mais il manque clairement de profondeur. Je ne suis pas sûr que l’aspect nouvelle soit la meilleure idée pour ce texte, principalement dans les aspects angoissants et stressants qui manquent de force. De plus il se dégage un sentiment que certains aspects manquent de développement et que la conclusion va trop vite. Texte sympathique mais sans plus qui rentre dans les vite lu, apprécié et vite oublié.

Les Dracula anonymes de Barbara Sadoul : Cette nouvelle décide, d’une certaine façon, de revisiter le mythe du vampire dans un futur proche et le tout façon pièce de théâtre. Franchement j’ai jamais réussi à accrocher à ce texte, l’histoire donnant l’impression de partir dans tous les sens et dans de nombreux délires pas toujours intéressants et surtout la construction dans une sorte de pièce de théâtre pastiche m’a laissé de marbre. Dommage.

L’Affaire du Bassin des Hivers de Michael Moorcock : Une nouvelle qui nous plonge dans un Paris parallèle où un enquêteur se retrouve à devoir résoudre le meurtre d’une jeune fille. Un texte agréable, même si construit de façon classique, qui se révèle intéressant par l’ambiance qu’il met en place et par l’univers qu’il construit. On sent que l’auteur s’est fortement renseigné, nous offrant un récit dense en informations. J’ai eu par contre un peu de mal avec les dialogues qui m’ont paru par instant légèrement « ampoulés ». La fin ouverte laisse présager des suites. Par contre j’ai eu un peu de mal à faire le lien avec le thème de l’intelligence.

L’Esprit de la roche de Jean-Marc Ligny : Cette nouvelle nous plonge au milieu d’un groupe de chercheurs qui souhaitent élucider le mystère qui se dégage de certaines pierres sur une planète morte. Un texte vraiment sympathique, qui se lit facilement, on sent que l’auteur a effectué des recherches pour offrir une histoire solide. On pourrait lui reprocher son côté extrêmement positif, mais franchement je trouve que ça colle parfaitement au récit.

Le Sage qui entre dans la paix de Sylvie Miller & Philippe Ward : On retrouve ici le célèbre détective des dieux, Jean-Philippe Lasser, qui va de nouveau se plonger dans une enquête divine. On ne change pas une équipe qui gagne, cette nouvelle enquête se révèle toujours agréable, entrainante, efficace et sans temps mort, à l’humour toujours aussi percutant. Notre héros va devoir donner beaucoup de lui-même entre manipulations et mensonges. On retrouve avec plaisir nos héros qui nous offrent ainsi une attente agréable avant la sortie prochaine du nouveau roman.

Le court roman de la momie de Sylvie Denis : Cette nouvelle nous propose de découvrir un homme qui tombe amoureux d’une momie et qui, par un miracle de la technologie va la ramener à la vie. Très vite il va se rendre compte que rien ne se passe comme prévu. J’avoue que j’ai beaucoup aimé ce texte qui essaie finalement de traiter de l’intelligence sans conscience, ni base avec cette momie millénaire qui va se retrouver a faire des choix extrêmes dans ce futur. Le texte se révèle aussi intéressant par les nombreuses réflexions écologiques que cet univers nous dévoile. Au final une histoire d’amour platonique captivante et qui nous fait réfléchir, une nouvelle réussie.

Dernières volontés de K. W. Jeter : Cette nouvelle nous plonge dans les derniers instants d’un homme qui sait qu’il va mourir et demande à sa fille de mourir à une date bien précise. De nouveau un texte réussi, entrainant, sensible sur une relation pas toujours facile entre un père et son enfant. L’ensemble se révèle vraiment fascinant, efficace, bien amené, avec son lot de surprises, d’humour et de sentiments. Par contre dur de classer ce récit dans l’Imaginaire. En tout cas ce texte m’a donné envie de découvrir d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : Une anthologie des Utopiales 2014 qui se révèle vraiment sympathique et qui m’a offert un agréable moment de lecture, même si c’est vrai tous les textes ne sont pas au même niveau. En tout cas un meilleur cru que l’année 2013 avec des récits variés, efficaces et entrainants. Mis à part peut-être un texte qui m’a laissé complètement de marbre, les autres oscillent entre plutôt sympathique et fascinant. J’ai peut-être eu un peu de mal à toujours voir le lien entre les textes et le thème de l’intelligence, mais rien de vraiment dérangeant. Une anthologie plus que plaisante et je lirai avec plaisir celle de l’année prochaine.

 

Ma Note : 7/10

 

Avis de Mariejuliet
Autre avis : Vert, Boudicca, …

Vongozero – Yana Vagner

vongozeroRésumé : Anna vit avec son mari et son fils dans une belle maison près de Moscou. Un virus inconnu a commencé à décimer la population. Dans la capitale en quarantaine, la plupart des habitants sont morts et les survivants – porteurs de la maladie ou pillards – risquent de déferler à tout instant. Anna et les siens décident de s’enfuir vers le nord, pour atteindre un refuge de chasse sur un lac à la frontière finlandaise : Vongozero. Bientôt vont s’agréger à leur petit groupe des voisins, un couple d’amis, l’ex-femme de Sergueï, un médecin… Le voyage sera long, le froid glacial, chaque village traversé source d’angoisse, l’approvisionnement en carburant une préoccupation constante.

Edition : Mirobole Editions

 

Mon Avis : Je me suis laissé tenter par ce livre pour deux raisons principalement. La première vient de la maison d’édition, Mirobole, qui, je trouve, permet la découverte d’œuvres voir d’auteurs intéressants, mais dont finalement on entend peu parler ; j’ai ainsi découvert la plume mordante de S.G. Browne mais aussi celle plus angoissante d’Anders Fager et je n’ai pas été déçu. La seconde raison vient des quelques retours que j’ai vu passer à droite, à gauche, me donnant envie de lire ce roman limite post-apocalyptique. Ajouter à cela une couverture toujours aussi sobre, mais qui se révèle intrigante et donne envie d’en apprendre plus, il n’a donc pas fallu attendre longtemps avant que ce roman rejoigne ma PAL.

On se retrouve donc, tout au long du récit, à suivre le quotidien d’Anna qui, suite à l’apparition d’une épidémie non maîtrisable, ce qui crée la panique, va se retrouver à fuir sa petite banlieue avec famille, voisins ainsi que l’ex-femme de son mari, pour aller se cacher à Vongozero dans une cabane perdue. Alors oui, clairement, l’intrigue n’a rien de révolutionnaire : une catastrophe qui occasionne la fuite d’un groupe d’individus qui vont se retrouver face à eux-mêmes et face à des choix, cela s’est déjà vu dans de nombreux récits. Pourtant avec Vongozero j’ai été happé dès les premières pages pour ne quasiment plus pouvoir lâcher le livre. Dès le début, l’ambiance est posée, elle se révèle intimiste, angoissante et montera crescendo au fur et à mesure de la lecture, poussant ainsi à vouloir en apprendre plus, à savoir comment ce voyage va se dérouler et quelles conséquences il va occasionner sur nos héros. On est pourtant loin des romans nerveux et sans temps morts, pourtant il nous agrippe et d’une certaine façon fascine. Surtout que l’auteur parait maîtriser parfaitement bien son récit, alternant efficacement des phases calmes avec des phases plus stressantes qui font que le lecteur ne s’ennuie jamais et offrant une lecture fluide, entraînante et réussie. Certes, vers la fin je reprochais une construction du récit un peu répétitive, mais rien de non plus gênant et se ressent à peine.

Le point principal qui fait que, pour moi, ce récit se révèle fascinant, et finalement diffère des récits du même genre, c’est le travail psychologique effectué sur chaque personnage. L’auteur, d’une, ne tombe jamais dans les stéréotypes qu’on peut retrouver dans ce genre de récit, avec un personnage fort qui se dégage par exemple, nous offrant plus des personnages « lambda », comme chacun d’entre nous. Des banlieusards, habitués à un certain confort, qui se retrouvent par la force des choses à devoir fuir et surtout fuir en groupe, ce qui n’est pas toujours facile. De deux, chaque protagoniste en plus de se révéler humain, sont soignés, complexes et surtout nous pose des questions sur nous-même, sur ce que l’on aurait fait devant les mêmes situations. C’est la grande force du récit, cette capacité à nous interroger sur notre morale, notre humanité, nos possibles réactions face à des aspects stressants et risqués, mais aussi dans un groupe hétéroclite. L’Homme est finalement capable de tout, le pire comme le meilleur. Chaque personnage possède aussi sa propre personnalité, vue au travers du prisme du regard d’Anna la narratrice, qui se révèle une héroïne attachante au fil des pages, face à ses actions, ses choix et ses doutes qui l’effraient de plus en plus ou qui l’obligent à voyager avec des personnes qu’elle n’apprécie pas forcément. Après c’est vrai que vers la fin je me suis un tout petit peu détaché d’elle, par son inertie, son besoin de s’autoflageller avant de se lancer dans une rébellion, limite d’adolescente, rien de gênant, mais qui m’a légèrement ennuyé. Les autres personnages, qu’ils gravitent autour d’elle ou qu’elle rencontre au fil du récit, se révèlent eux aussi efficaces, complexes, devant faire face à leurs propres démons et à un monde qui s’écroule.

Placer le récit en Russie apporte aussi énormément au récit, principalement dans cette ambiance glaciale et stressante, mais aussi à travers les lieux visités et les décors présentés. Pays à la fois urbanisé avec de nombreuses villes, regroupant des centaines de milliers de personnes et leurs lots de contaminés, mais aussi paysage vide, blanc, enneigé et aride, où peut se cacher le pire de l’humanité et offrir surtout un grand vide qui parait  indomptable, limite déprimant. Voilà ce qui oscille devant nos yeux, au travers de descriptions efficaces et visuelles. La tension ressenti dès la première page est ainsi magnifiée et accentuée par ces régions qu’on traverse durant cette fuite en avant en voiture. Alors après, cela a aussi un aspect sur les mœurs qui se révèlent complètement différentes, principalement dans cette impression qu’en Russie la femme est faites pour certaines tâches et pas d’autres et que les travaux lourds ou de leader doivent être réalisés par les hommes. Critique ou simple constat de l’auteur, difficile à dire, mais c’est parfois assez surprenant je trouve, offrant ainsi par cette représentation une certaine réflexion ainsi qu’une rébellion du lecteur devant certaines passivités.

Après je regrette juste une chose au niveau du roman, c’est qu’il traîne légèrement en longueur. Oh rien de méchant, ni de complètement dérangeant, simplement que l’auteur cherche par moment à trop en faire, multipliant les péripéties qui se résolvent souvent de la même manière. Je dirai qu’une trentaine de pages de moins aurait permis d’éviter au récit cette légère lassitude que j’ai ressenti vers la fin. On notera aussi une deux facilités ainsi qu’une légère ficelle qui m’a paru un peu trop grosse, mais rien de non plus bloquant tant l’ensemble ne manque pas de fasciner, d’entraîner et de questionner le lecteur. Si vous aimez ce genre de récit je ne peux que vous le conseiller, pour les autres si vous êtes intéressé laissez-vous tenter pour vous faire un avis.

La plume de l’auteur se révèle vraiment réussie et entraînante, maniant à la perfection les aspects psychologiques des personnages tout en offrant une histoire prenante à l’ambiance tendue et efficace. La conclusion se révèle ouverte et je trouve colle parfaitement à l’intrigue et l’histoire, laissant au lecteur le choix, pour le moment, de se faire sa propre fin. Oui je dis « pour le moment » car une suite a été écrite et publiée en Russie et devrait normalement atterrir chez nous en 2016 si tout va bien. Si c’est le cas j’achèterai cette suite sans soucis et avec grand plaisir tant j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce Vongozero.

En résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui nous plonge dans une intrigue efficace, angoissante dès la première page et qui happe le lecteur qui tourne les pages avec plaisir et envie d’en apprendre plus. C’est surtout l’aspect psychologique qui est la grande force du récit, selon moi, nous proposant des personnages humains, denses, complexes et soignés et qui nous interrogent sur nous-même, notre morale et ce qu’on aurait fait ou pu faire dans une telle situation. Le fait de situer l’histoire en Russie se révèle aussi astucieuse et intéressante, pays où se côtoie les zones urbaines et les zones arides et glaciales, cela offre de nombreuses possibilités et, d’une certaine façon, nous offre aussi une réflexion sur la position de la femme dans ce pays. Alors après j’ai trouvé que le récit traînait légèrement, pas grand-chose, mais une trentaine de page de moins aurait pu aider. Je regrette aussi quelques facilités, ainsi qu’une héroïne peut-être sur la fin légèrement trop passive et adepte de l’autoflagellation. En tout cas rien de non plus bien gênant tant l’ensemble se révèle efficace, passionnant et le tout dans une ambiance prenante et angoissante. La plume de l’auteur se révèle fluide, travaillé et entraînante, proposant une conclusion ouverte que j’ai trouvé réussi. Je lirai la suite avec grand plaisir, qui devrait normalement être publiée en 2016.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Cornwall, Lune, …

Zombie Ball – Paolo Bacigalupi

zombie ballRésumé : Rabi, Miguel et Joe jouent près de l’abattoir de la ville. Il s’en dégage une terrible puanteur.
Les adolescents mènent l’enquête et découvrent que l’alimentation toxique des vaches les transforme en zombies ! Les Fast-Foods de la région regorgent de burgers contaminés…

Edition : Au Diable Vauvert

 

Mon Avis : Paolo Bacigalupi fait partie des auteurs dont je suis la publication de ses écrits avec une grande attention. Il faut dire que les deux livres que j’ai lus de lui, La Fille Automate et La Fille Flûte et Autres Fragments de Futurs Brisés, m’ont offerts d’excellents moments offrant ainsi des histoires denses, réfléchies et efficaces. Donc quand j’ai vu que l’auteur proposait un nouveau récit, qui plus est sur les zombies, je n’ai pas mis longtemps avant de le faire rentrer dans ma PAL. Alors certes il s’agit d’un roman plus jeunesse et, vu que j’avais moins apprécié son Ferrailleurs des Mers, je savais qu’il serait différent de ses romans plus adultes, plus simple, mais je ne doutais pas de passer un moment fun. Il faut dire que la couverture joue beaucoup à cette impression.

On se retrouve donc à suivre Rabi, jeune américain d’origine indienne, qui, pour éviter d’être la risée de l’équipe de baseball, décide d’aller s’entrainer avec ses amis, Miguel et Joe, près de l’abattoir local. C’est là que les ennuis vont commencer pour eux et que les zombies vont apparaitre. L’auteur va alors, à partir de ce postulat de base simple, nous offrir une histoire qui se révèle vraiment divertissante, entrainante, fluide et efficace. Certes l’ensemble reste finalement assez linéaire, mais grâce à une intrigue solide et à une gestion du rythme réussie et sans temps morts, le lecteur se retrouve à tourner les pages avec plaisir et l’envie de savoir comment nos jeunes héros vont s’en sortir face à une telle crise. J’avais même, d’une certaine façon, l’impression de replonger dans certains de mes livres jeunesses d’aventures où une bande d’adolescent se retrouve à mener l’enquête, sauf qu’ici au lieu de résoudre un crime on se retrouve à tenter d’éviter une apocalypse zombies. La tension monte ainsi au fil des pages avec en point d’orgue une conclusion qui va se révéler des plus percutante, explosive et efficace où nos héros ne s’en sortent pas toujours gagnants. Je vous laisse découvrir pourquoi.

Mais voilà, au fil des pages on se rend aussi rapidement compte que l’auteur, comme à son habitude, nous propose bien plus qu’un simple roman divertissant et entrainant. Une certaine morale et un certain nombre de réflexions commencent à se dégager tout le long du récit. Que ce soit sur l’immigration, sur la société de surconsommation qui pousse à produire encore et toujours plus ou bien encore sur le pouvoir de l’argent, de nombreux axes forts sont développés. Le récit cherche d’ailleurs principalement à nous ouvrir les yeux sur la chaine alimentaire, la façon dont sont traités les animaux qu’on bourre de médicament pour les engraisser et qu’on parque par millier les unes collées aux autres avant de les tuer pour répondre à une demande exagérée, on est loin de l’époque ou les bêtes vivaient à l’air libre tranquillement. Mais surtout l’auteur arriver à garder une certaine alchimie dans son histoire, avec l’alternance de passages plein d’adrénalines et des passages plus réfléchis. Alors certes ces réflexions se révèlent efficaces, mais manque parfois selon moi de densité, l’auteur plongeant parfois un peu trop dans la caricature je trouve, que ce soit par exemple dans cette impression que les riches sont toujours mauvais, dans l’absence parfois aussi de contradiction ou bien encore dans la façon dont nos héros visualisent la société de façon un peu trop simpliste. Rien de bien dérangeant, surtout que le roman doit toucher un large public, mais parfois ça surprend.

L’aspect zombie se révèle solide, reprenant les bases classiques du mort-vivant affamé cherchant à se nourrir de cerveaux, le tout ponctué de nombreuses références un peu « geek » que ce soit sur des comics ou encore sur des jeux-vidéos. L’auteur nous offre aussi de nombreux moments plein d’humour que je vous laisse découvrir, mais la rencontre avec Bart n’a pas manqué de me faire sourire. Les personnages se révèlent eux aussi intéressants, soignés et attachants. Comment ne pas s’accrocher à ces trois jeunes héros qui décident de tout faire pour lutter contre un système qui va lobotomiser et zombifier les foules, que ce soit Miguel dont la famille fut expulsée par l’immigration et qui s’assombrit au fil des pages, Joe l’américain un peu timbré amoureux de comics, ou encore Rabi moitié américain et moitié indien qui est un peu le cerveau et le stratège de la bande. Trois caractères complètement différents, qui offrent une vision différente des évènements et qui s’associent parfaitement pour mener à bien leur quête et aussi découvrir que la vérité n’est pas toujours facile à démontrer. Les personnages secondaires répondent parfaitement aux attentes, qu’ils soient bons ou mauvais, dévoilant une société américaine pas toujours des plus reluisante, même si parfois ils tombent un peu dans la simplicité.

La plume de l’auteur se révèle toujours aussi entrainante, efficace et fluide, nous offrant ainsi un récit qui se révèle à la foi intelligent, barré et rempli d’aventures et d’action. Certes l’ensemble reste un peu élémentaire et sans surprise, mais franchement, j’ai été facilement happé par ce court roman que j’ai quasiment lu d’une traite. Il remplit donc ainsi parfaitement son rôle de divertissement efficace et percutant et continue à me faire penser tout le bien que je pense de l’auteur. J’ai d’ailleurs L’Alchimiste de Khain qui m’attend dans ma PAL et qui ne devrait pas tarder à terminer entre mes mains.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman qui nous propose une histoire de zombies qui se révèle solide, efficace, pleine d’humour, mais aussi proposant des réflexions intéressantes. J’avais un peu l’impression, à travers l’enquête de ces trois jeunes adolescents, de retrouver certaines de mes lectures d’aventures de jeunesse. Alors certes l’ensemble se révèle un peu linéaire, profite de quelques simplicités et l’ensemble tombe parfois légèrement dans la caricature, mais l’ensemble au final marche bien et je me suis laissé happé par l’intrigue, tournant les pages avec l’envie d’en apprendre plus. L’auteur nous offre des zombies qui sont loin d’être originaux, mais se révèlent solides et angoissants, tout en permettant à l’auteur de nous poser des questions que ce soit sur la chaine alimentaire ou encore par exemple sur l’immigration. Les personnages nous entraînent avec envie dans leurs aventures et se révèlent efficaces et attachants, même si certains personnages secondaires tombent un peu dans la simplicité. La plume de l’auteur est toujours aussi entrainante, efficace et fluide. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 7,5/10

 

AUtres avis : Nymeria, Cafe-Powell, Léa Touch Book,

zombies challenge

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