Auteur/autrice : BlackWolf Page 89 of 202

La Musique du Silence – Patrick Rothfuss

la musique du silenceRésumé : Rares sont ceux qui connaissent l’existence du Sous-Monde, une toile brisée d’anciennes galeries et de pièces laissées à l’abandon qui s’étend dans les profondeurs de l’Université.
Protégée par ce labyrinthe sinueux, confortablement installée au cœur même de ces lieux désolés, vit une étrange jeune femme.
Le silence et les ténèbres semblent être ses seuls compagnons sur le chemin qu’elle se fraie dans cet univers souterrain. À moins qu’elle ne perçoive autre chose. Comme une complainte des oubliés, mêlant douceur et amertume à son existence…
Son nom est Auri. Et sa vie est peuplée de mystères.
Parmi les nombreuses rencontres de Kvothe, la plus attachante est sans nul doute celle d’Auri. Cette jeune femme, au caractère à la fois sauvage, enfantin et précieux, reste voilée de mystère. Le regard qu’elle porte sur le monde semble percevoir bien plus que celui du commun des mortels. Bientôt elle reverra Kvothe et il faudra lui offrir un présent. Il est temps de se mettre en quête.

Edition : Bragelonne

 

Mon Avis : Patrick Rothfuss fait partie des auteurs dont j’attends chaque nouveau livre avec impatience. Son premier livre Le Nom du Vent m’avait fasciné par son histoire de Fantasy dense, complexe et portée par un héros charismatique (ma chronique ici). La suite, La Peur du Sage, avait confirmé tout le bien que je pensais de ce cycle (chronique Partie 1 et Partie 2), dont j’attends d’ailleurs le troisième et dernier tome avec impatience. Quand j’ai vu que l’auteur publiait une Novella dans le même univers, qui plus est sur Auri, un des personnages secondaires que j’apprécie le plus, je n’ai alors pas mis longtemps à la faire entrer dans ma bibliothèque. À noter de nouveau une magnifique couverture et des images parsemées au fil des pages, toujours illustrée par Marc Simonetti, ainsi qu’une très belle édition avec couverture reliée.

Alors on va commencer par quelques précautions car, comme l’auteur le dit en introduction, si vous cherchez à découvrir l’univers Chronique du Tueur de Roi ne commencez pas par ce livre. Ce serait une erreur. Il faut au moins avoir lu Le Nom du Vent, voir même La Peur du Sage, avant pour mieux comprendre et appréhender cette histoire. Ensuite si vous cherchez Kvothe vous allez être déçu, on ne fait vraiment que suivre Auri, aucun autre personnage n’apparaît. Enfin si vous cherchez un livre qui bouge, alors il vaut mieux éviter ce livre. Vous êtes prévenu.

Alors que nous raconte ce livre ? C’est bien simple il nous fait plonger dans une tranche de la vie d’Auri, à la recherche d’un cadeau, dans le sous-monde, pour Kvothe qu’elle doit retrouver dans sept jours. Pas de grande histoire, ni de quête, ni de voyage initiatique ou autre. Par conséquent pas vraiment de tension, ni d’action avec plein de rebondissements, simplement la plongée dans la vie, pas toujours facile, de cette jeune fille étrange. Il apparait alors quelque chose de fascinant, pour peu qu’on s’intéresse à Auri et qu’on se laisse emporter, à la suivre à travers ses journées. Elle possède une vision du monde complètement différente de la nôtre, pour elle tout à une logique qui lui est propre et chaque élément, chaque objet, possède son propre esprit, sa propre âme qui varie en fonction de l’évolution du temps ; un peu comme un être humain. Elle se retrouve donc entouré d’objets qui sont, d’une certaine façon, sa famille qu’elle essaie de rendre heureux jours après jours. On est alors fasciné par la vision que nous offre Auri de son monde, de cette légère folie douce qui se dégage d’elle, rendant ses journées à la fois magiques ou tristes, et fait que finalement elle se révèle à part.

Pour peu qu’on l’apprécie, on se retrouve alors à découvrir une héroïne qui est, d’une certaine façon, marquée par la vie, qui nous fait découvrir son monde et dont, finalement, on s’attache assez facilement. On en apprend ainsi plus sur ses émotions, ses sentiments, porté par un travail plutôt efficace et captivant de l’auteur. On sent d’ailleurs bien qu’il l’apprécie énormément, une aura de tendresse se dégage ainsi de cette histoire, mais sans non plus, je trouve, tomber dans une caricature ou un portrait trop parfait de l’héroïne. Une Auri humaine, pleine de failles et de passions, qui ne manque pas non plus de nous offrir quelques mystères et quelques vérités. Le soucis, je trouve, c’est que le côté brisé de l’héroïne reste très magique, touchant et romanesque, alors qu’il ne faut pas oublier qu’elle est un peu « folle ». Un peu comme si l’auteur ne voulait en garder que les aspects les plus féériques des ses troubles tout en oubliant les aspects les plus sombres. Rien de non plus bloquant, mais un peu frustrant je trouve, surtout après ma lecture de La Fille qui se Noie qui offrait une héroïne beaucoup plus saisissante et sans artifices, capable de se faire du mal si elle perd le contrôle.

On en apprend aussi plus sur le sous-monde, ce lieu assez mystérieux dont on entend déjà parler avec Kvothe, qui se révèle finalement être un endroit assez fascinant, enchevêtrement de salles et de pièces toutes, d’une certaine façon, plus magique les unes que les autres. Un labyrinthe qui donne envie d’être découvert. Une certaine poésie se dégage d’ailleurs de ces lieux, alternant aspects lumineux et d’autres plus sombres, mélanges d’égouts, de pièces oubliés et de lieux maudits. Je regrette peut-être juste que finalement ce Sous-Monde soit peut-être un peu trop gentillet, je me souvenais de quelque chose de plus sombre et peut-être plus sauvage dans les Chroniques du Tueur de Roi. Mais bon rien de bien gênant non plus.

Alors après il ne faut pas non plus se leurrer, on est loin d’avoir le meilleur de Rothfuss entre les mains. L’auteur avait clairement envie d’écrire cette histoire. On sent bien, comme je l’ai dit, qu’elle possède quelque chose de particulier pour lui et même si, pour moi, elle s’est révélée plaisante à lire, elle n’arrive pas non plus à offrir plus que cela : un divertissement léger. Un peu comme une petite douceur pour faire patienter le lecteur avant la sortie du troisième tome de son cycle. Le soucis c’est que l’histoire aurait pu, je pense, y gagner déjà en nous en apprenant plus sur le passé d’Auri, qui est toujours aussi nébuleux, vu que cette Novella nous propose simplement de la suivre au jour le jour.  Ensuite il y avait la place pour offrir quelques surprises et rebondissements.

La plume de l’auteur se révèle vraiment intéressante, s’offrant le tour de force de nous offrir un récit sans un seul dialogue sans jamais non plus ennuyer. Une plume qui change complètement de ce qu’il proposait dans ses autres récits, cherchant plus un aspect poétique, féérique et même s’il est encore loin de ce que peut proposer certains auteurs dans ce domaine comme Neil Gaiman, il s’en sort bien arrivant un minimum à emporter le lecteur dans cette histoire étrange. Au final un texte qui se révèle sympathique, pas le plus fascinant ni, selon moi, le meilleur de l’auteur, mais qui possède tout de même un certain charme et une certaine magie . Après à vous de voir si vous vous reconnaissez dans ce que je viens de chroniquer et si vous voulez mettre 20€ dans un livre de 160 pages. Maintenant reste plus qu’à attendre la publication du troisième tome des aventures de Kvothe qui pourrait sortir en 2016.

En Résumé : J’ai passé un sympathique moment de lecture avec cette novella qui nous fait découvrir Auri, personnage secondaires des Chroniques du Tueur de Roi. Un texte étrange, nous faisant découvrir une tranche de vie sur 7 jour de l’héroïne. Se dévoile au fil du récit sa vision du monde, complètement différente de la nôtre, ainsi que son comportement assez protecteur vis-à-vis de ce qui l’entoure et qui possède une certaine féerie et une certaine magie. Par contre si vous cherchez des rebondissements ou de l’action, passez votre chemin. On découvre au fil des pages une jeune fille, marquée par la vie, qui se révèle un minimum attachante et accroche le lecteur, même si je trouve que l’auteur la protège peut-être un peu de trop, surtout concernant sa « folie » dont il ne parait garder que les aspects les plus magiques. Le sous-monde gagne ici en profondeur, offrant un lieu labyrinthique assez intéressant à arpenter. Après ce livre est loin de se révéler être le meilleur de Rothfuss, lui offrant plus de développer un peu un personnage qu’il affectionne, offrant un divertissement agréable mais loin de ce qu’il peut proposer dans son cycle. La plume est complètement différente de ses autres écrits, se décalant ver le poétique, et même s’il n’atteint pas le niveau de certains auteurs il s’en sort honorablement bien. Au final je ne suis pas déçu de ma lecture, même si je m’attendais à mieux, en tout cas de quoi patienter en attendant la publication du troisième tome des aventures de Kvothe.

 

Ma Note : 7/10

La Fille qui se Noie – Caitlin R. Kiernan

la fille qui se noieRésumé : India Morgan Phelps est schizophrène. Elle a de qui tenir, puisque sa mère et sa grand-mère souffraient toutes les deux de troubles mentaux et ont mis fin à leurs jours. Les médicaments l’aident à garder un semblant de contrôle et pour tenter de comprendre les événements qui ont bouleversés sa vie, elle entreprend de rédiger un récit autobiographique, qui va curieusement prendre la forme d’une histoire de fantômes. C’est le meilleur moyen qu’elle a trouvé pour faire partager ce qui la hante… Car India semble obsédée par sa rencontre avec Eva Canning, une femme qui ressemble trait pour trait au tableau qui l’obnubile depuis son enfance, La fille qui se noie. Elle a déjà vu Eva par le passé, sous la forme d’un fantôme d’un loup-garou… A moins qu’elle ne l’ait jamais vu. Qui sait ce que sa schizophrénie lui fait voir ?

Edition : Eclipse

 

Mon Avis : Le fantastique fait partie des genres qui me passionnent toujours. C’est bien simple mes premières lectures qui m’ont marqué dans l’imaginaire viennent initialement d’auteurs de fantastique avant la SF ou la Fantasy. C’est donc sans surprise que j’ai l’habitude de me pencher sur les quelques sorties qui apparaissent ponctuellement en Librairie. Je me suis donc retrouvé avec ce livre entre les mains, qui m’a rapidement donné envie de le découvrir, déjà par sa couverture que je trouve assez hypnotique et aussi par son résumé offrant une histoire intrigante entre fantômes et folie.

Ce livre nous propose de découvrir alors le journal d’India Morgan Phelps, plus communément appelée Imp, qu’elle commence à écrire suite à plusieurs bouleversements dans sa vie, dont sa fameuse rencontre avec Eva Canning, possible fantôme. Mais voilà elle est différente, elle est schizophrène. Et c’est justement là, je trouve, que se situe la grande force du récit, la façon dont l’auteur va nous immerger dans l’esprit d’Imp, à nous faire découvrir sa maladie et ses différentes manifestations qui viennent régulièrement la déranger. C’est là-dessus que l’auteur offre un énorme travail, adaptant la plume de son personnage en fonction de ses différents changements et de ses différents symptômes, ainsi que ses différents troubles qui apparaissent au fur et à mesure du récit passant de la première à la troisième personne, allant du récit au dialogue avec elle-même. Il y apparait quelque chose de vraiment fascinant à suivre ainsi l’esprit de l’héroïne, sa façon de rationaliser sa vie et chercher à en trouver la clé, à en comprendre les méandres labyrinthiques. Surtout que l’ensemble donne vraiment l’impression de ne jamais tomber dans la caricature, ni vouloir simplement offrir le personnage d’une folle, ce qui est une bonne chose. Elle nous propose plus de découvrir une maladie, avec ses symptômes, sa vision déformée de ce qui l’entoure, de sa vie pas toujours facile et le tout de façon vraiment convaincante, la rendant finalement humaine.

Vient aussi s’ajouter au récit une légère couche de fantastique qui finalement va s’accorder parfaitement à Imp, lui offrir une nuance de mystère supplémentaire. Un fantastique trouble, oscillant entre réalité, mensonge et rêve. La maladie de l’héroïne rend, finalement, ce fantastique plus poignant avec cette incapacité au lecteur à déterminer s’il s’agit d’imagination, due à ses nombreuses obsessions sur les sirènes et le petit chaperon rouge, ou bien s’il y a un fond de vrai dans ce qu’elle voit et ce qu’elle vit avec Eva Canning. Le récit apporte lentement des réponses mais s’amuse à maintenir toujours une phases de doute, ce que j’apprécie, laissant ainsi chacune se faire ses propres choix, ses propres idées et son propre avis. Surtout que l’auteur y ajoute un véritable travail sur l’art et plus principalement la peinture, sur des artistes torturés et des tableaux déroutant, qui permettent d’y ajouter une sorte d’ambiance stressante et un minimum angoissante, ce qui, je trouve, apporte un plus à l’ensemble. On sent que rien n’est laissé au hasard à travers de nombreuses références et un soucis du détail efficace. L’univers de la vie d’Imp est ainsi déroutant, troublant mais clairement entrainant.

Concernant les personnages, je me suis finalement très rapidement attaché à India, jeune fille qui connait sa maladie qui est héréditaire, qui est suivie, prend un traitement et qui vit une vie plutôt normale, avec ses obsessions, ses envies, ses besoins, sa sexualité, sa « banalité ». La vie. Elle se révèle  ainsi être finalement terriblement humaine, avec ses forces et ses faiblesses qu’elle ne maitrise pas toujours et une fragilité qui la rend instable et donne envie de la protéger. Une héroïne touchante même dans ses phases les plus sombres. Sa relation avec Abaylin ajoute aussi une profondeur supplémentaire au personnage, représentée au fur et à mesure comme un roc auquel s’accrocher, qui doit lui permettre de ne pas se noyer, mais qui finalement va aussi jouer un rôle dans sa lente plongée en abyme. Abaylin est d’ailleurs elle aussi un personnage complexe, transsexuelle rejetée par certains de ses amis et de sa famille, qui se cherche aussi une vie a peu près normal, sans non plus trop devoir s’investir socialement, et qui se révèle elle-même ambiguë à travers différents mensonges qu’elle parsème, comme n’importe qui finalement, pour essayer de se magnifier voir d’accrocher Imp.  Les deux héroïnes ne manquent pas d’intérêt, offrent aussi de nombreuses réflexions sur l’acceptation et la différence et se révèlent finalement captivantes.

Mais voilà ce roman est aussi un roman qui peut facilement déconcerter et perdre le lecteur. Comme je l’ai dit on ne rentre pas dans ce roman comme dans une histoire classique et tracée. L’histoire racontée par India est lié par sa maladie, ce qui fait qu’elle part dans tous les sens, garde des informations par devers elle, ne se sentant pas encore prête d’en parler, possède parfois une sorte de fascination pour les chiffres et, selon son traitement, offre aussi dans certains passages remplies de folies. Ce n’est donc pas un livre avec une histoire linéaire, début, milieu, conclusion avec des informations précises et concrètes, c’est un récit qui demande de se laisser porter et de garder l’esprit ouvert. Ce qui n’a pas non plus empêché certains passages de me dérouter, de me perdre dans la conscience d’Imp, ce qui fait que j’ai parfois légèrement eu du mal à retrouver le fil. Rien de bien gênant mais qui surprend. De plus l’auteur aime à garder son récit ouvert, logique la vie n’a pas de conclusion, elle continue quoi qu’il arrive, ce que je trouve fascinant, mais qui, je pense, peut en rebuter plus d’un.

La plume de l’auteur se révèle vraiment soignée, efficace et entrainante, jouant avec les différents styles et écritures pour mieux nous faire découvrir Imp, y ajoutant ainsi aussi deux nouvelles, imbriquées dans le récit, qui je trouve apporte quelque chose de vraiment intéressant. Mon seul petit regret c’est d’avoir vu Neil Gaiman en citation sur la couverture, parlant de poétesse, j’attendais donc quelque chose de peut-être plus poétique, mais rien de non plus bloquant ou gênant. Au final on retrouve ici un roman complexe, qui oscille entre réalité et folie, qui ne plaira sûrement pas à tout le monde, mais qui m’a offert un très bon moment de lecture assez surprenant. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui nous propose de plonger dans l’esprit d’India Morgan Phelps qui est schizophrène et qui se met a voir des fantômes. Un journal finalement assez déroutant, mais d’une certaine façon fascinant, bien porté par un travail stylistique captivant, réussi et troublant, ainsi qu’une plume vraiment efficace. L’aspect fantastique s’amuse avec le lecteur, oscillant entre réalité, mensonge et rêve pour mieux surprendre au fil des pages et apporter une ambiance légèrement angoissante. Je me suis retrouvé rapidement happé par ce récit, même si je me doute bien qu’il ne plaira pas à tout le monde, justement par cet aspect où l’héroïne part dans tous les sens, offre des informations parcellaires ou encore sombre dans certaines fascinations et certains troubles. Ce n’est clairement pas un roman linéaire, il faut se laisser porter et emporter par la psyché de Imp même si, j’avoue, parfois je m’y suis quand même perdue. Un récit sur la maladie, la différence qui ne tombe pas dans la caricature, traitant de façon efficace cette différence et le tout avec des personnages poignants et attachants. La conclusion ouverte peut dérouter certains, mais je l’ai trouvé réussie. Je lirai avec plaisirs d’autres livres de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

L’Homme-Soleil – John Gardner

l'homme-soleilRésumé : Dans la petite ville de Batavia, en 1966, un homme partiellement défiguré inscrit AMOUR en lettres gigantesques sur le macadam d’Oak Street. À l’arrivée de la police, il réussit à détruire ses papiers d’identité. Emprisonné, l’inconnu se fait appeler l’Homme-Soleil. Après une évasion spectaculaire, il revient délivrer un de ses codétenus, mais un drame a lieu : un policier trouve la mort. Commence alors une chasse à l’homme au cours de laquelle, contre toute attente, la proie va devenir le chasseur. Qui est l’Homme-Soleil? Un étudiant anarchiste comme il le prétend? Un magicien fou qui voit le futur? L’incarnation du mal, comme le croit le chef de la police Fred Clumly?

Edition : Denoël Lunes D’Encre

 

Mon avis : J’ai découvert John Gardner il y a un an environ avec la lecture de Grendel, livre qui m’avait offert un excellent moment de lecture, offrant une perspective du monstre du poème de Beowulf assez fascinante, déroutante, étrange et même cynique, le tout à travers une plume superbe et entrainante (ma chronique ici). C’est donc sans surprise que ce roman, réédité en début d’année 2014, ait terminé son chemin dans ma PAL assez rapidement. Il faut aussi avouer que je trouve la couverture accrocheuse par son aspect finalement sombre et intriguant.

On se retrouve ici à suivre l’enquête du chef de la police, Fred Clumly, qui cherche à arrêter un homme qui se fait appeler l’Homme-Soleil, qui a déjà été emprisonner une première fois pour avoir tenter de peindre AMOUR en majuscule sur la route, mais qui a réussi à s’évader, avec un autre prisonnier, ce qui a causé la mort d’un policier. Alors autant le dire tout de suite ce roman parait se présenter, aux premiers abords, comme un Thriller mais finalement se révèle bien plus que cela. L’auteur, à travers un long travail dense, complexe et soigné sur près de 800 pages qui se révèlent touffus, nous offre finalement une vision d’une humanité en pleine transition entre les années 60 et les années 70, en plein doute face à l’avenir. À la fois drame familial, enquête policière, roman contemporain, introspection des personnages, réflexion philosophique et subtilités, l’auteur brasse les genres pour offrir ainsi une histoire qui ne se laisse pas facilement apprivoiser, le tout sur un rythme extrêmement lent, offrant finalement que peu de rebondissements, mais qui pourtant a réussi à me captiver.

Que ce soit par ses nombreuses réflexions, aussi bien sur la position des hommes et des femmes, sur le couple, sur la vie, mais aussi sur la guerre, plus précisément celle du Vietnam, sur le racisme ou bien encore sur la religion, mais également par son ambiance à la fois pesante, stressante, dévoilant des drames humains et qui restent d’actualité, ce roman ne laisse pas indifférent pour peu qu’on se laisse entrainer. Il se révèle sans concession, offrant ainsi une vision de l’Homme sans aucun artifice qui voit le monde changer autour de lui, mais qui pourtant possède encore en lui de nombreuses peurs ainsi que de nombreux doutes. Un travail soigné sur la société qui est clairement toujours d’actualité dans la façon par exemple d’imaginer les lois ou encore le pouvoir et l’influence des religions sur notre vie, ou bien sur le mariage. On a finalement ici un roman qui parait intemporel devant pas mal d’idées qui nous sont offerts, poussant le lecteur à se questionner, à se remettre en question et à remettre en question le monde actuel. Une vision qui est parfois peut-être un peu trop sombre, comme si l’auteur était lui-même possédé par des démons qu’il cherche à exorciser dans ses romans, mais rien de vraiment dérangeant non plus.

Ce roman n’est, selon moi, pas à mettre entre toutes les mains. Si vous cherchez du Thriller, une histoire qui possède un minimum de rythme ou qui se révèle plus qu’un simple constat humain et profond, oscillant entre loi et anarchie, alors passer votre chemin. Se lancer dans l’Homme-Soleil n’est pas chose aisée, même moi qui d’habitude possède un rythme de lecture soutenu, j’ai mis plus de temps à finir ce roman que d’autres de même taille, pas parce qu’il est lourd ou long, simplement car il demande une certaine assimilation. Il me parait impossible de lire ce livre d’une traite, voir en quelques jours à peine, régulièrement l’histoire demande à être « digérée », à être réfléchi. Certains trouveront sûrement cela indigeste, j’avoue que ça ne m’a pas le moins du monde dérangé.

Le point fort du récit, celui qui m’a véritablement fasciné, ce sont les personnages qui nous sont dessinés au fil des pages. Chacun possède une psychologie propre qui se révèle vraiment dense, profonde et soignée, lié autant à leurs environnements qu’à leurs propres évolutions. Il est assez fascinant de les voir changer, de voir leurs visions se transformer suite à l’apparition de cet Homme-Soleil, un peu comme un caillou qui fait des vagues quand on le lance dans l’eau ; il va clairement bouleverser la ville entière. L’ensemble est porté par deux personnages forts que sont le shérif Clumly et, justement, l’Homme-Soleil, principalement à travers leur dualité, représentant les deux faces d’une même pièce l’un représentant « L’ordre et la Loi » là où l’autre représente plus la subversion, d’une certaine façon le chaos. Deux visions complètement différentes, mais pas si idiotes, de notre monde, mais surtout, finalement, deux déments. Entre la folie déjà bien présente de cet inconnu qui cherche à se venger et à réveiller les consciences et cette lente plongée du shérif qui découvre que son monde, d’une certaine façon, s’effondre et ne sera plus jamais le même, ces deux héros passionnent et dérangent. Les autres personnages ne sont pas non plus en reste avec une mention spéciale pour Millie, présenté comme la garce, qui n’est finalement qu’une femme qui cherche a être libre dans une époque où c’est terriblement compliqué. Chaque personnage représente en fait l’une des nombreuses faces de l’humanité. Je regrette juste que un ou deux personnages secondaires paraissent ne pas servir à grand-chose mis à part développer des idées propres à l’auteur, qui certes ne manquent pas d’attrait, mais ont un peu de mal à vraiment s’imbriquer dans le récit.

L’ensemble possède tout de même quelques défauts, la frontière est mince entre un rythme très lent et des longueurs, une frontière que l’auteur quelques fois franchit, mais qui reste tout de même passager. Certains morceaux, je pense, auraient pu être condensés ce qui aurait permis à l’ensemble d’y gagner un peu plus en fluidité. Comme je l’ai dit les idées qui sont développées ne manquent pas de fasciner et restent surtout contemporaines, mais il arrive que certaines réflexions aient un peu vieillis, paraissent un peu obsolètes par rapport aux différents changements survenus depuis des années, ce qui rend alors le propos un peu désuet. Mais bon rien de non plus bloquant ou dérangeant.

La plume de l’auteur se révèle clairement dense, fascinante, riche, soignée, vivante, jouant avec différents styles et présentations pour mieux surprendre le lecteur, offrant ainsi un travail intelligent et empli de réflexions qui ne manquent pas de faire réfléchir. L’homme-Soleil se révèle être un roman dur à classer et encore plus dur à conseiller. J’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman, qui ne se laisse pas si facilement amadouer, mais dont j’ai trouvé une certaine force et surtout une certaine beauté dans ce qu’il offre. Maintenant je laisse au lecteur de cette chronique décider s’il se trouve tenter ou non par la découverte de ce livre, j’aurai du mal à le conseiller à moins de bien vous connaitre. Par contre, je me pose la question du parti pris de publier ce récit chez Lunes D’Encre qui me parait plus être le label Imaginaire de l’éditeur, alors qu’il n’y en a finalement pas. En tout cas je lirai sans soucis d’autres textes de l’auteur.

En Résumé : L’Homme-Soleil fait partie de ces romans qu’il est difficile de conseiller et de chroniquer, offrant quelque-chose de complètement différent qu’un simple thriller, cherchant ainsi à soulever de nombreuses réflexions sur une humanité en perpétuel changement, pleine de contradiction et aussi à offrir une image, parfois glaçante, de la société. Un roman au rythme particulièrement lent, qui ne cherche pas à surprendre son lecteur, mais plus à le faire raisonner, à l’obliger à se questionner continuellement, offrant au fil des pages, et sans aucune fioriture, de nombreux drames humains le tout porté par des personnages qui se révèlent fascinants et soignés. J’ai passé un bon moment de lecture avec ce livre, mais si vous cherchez un récit un minimum énergique, ou si les romans aux idéologies denses et complexes vous rebutent je pense que vous pouvez passer votre chemin. Alors tout n’est pas parfait non plus, l’auteur tombe parfois dans les longueurs, certaines réflexions ont un peu vieilli, ou encore certains personnages secondaires ont du mal à complètement captiver, mais rien de très bloquant non plus. La plume de l’auteur se révèle riche et fascinante, jouant avec les styles pour mieux dérouter le lecteur et, d’une certaine façon, le happer. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

Galaxie(s) n°26 – Spécial Italie

galaxies 26Edition : Galaxies

 

 

 

 

 

Mon Avis : Je continue donc à me laisser tenter régulièrement par la le lecture de revues consacrées à l’imaginaire, avec cet fois un nouveau numéro de Galaxie(s). Après un numéro 25 qui se révélait plutôt sympathique dans l’ensemble, le numéro 26 à décidé de nous faire découvrir l’imaginaire Italien. Je dois bien avouer que je ne connais quasiment rien de ce point de vue là, mis à part peut-être deux trois auteurs,ce numéro avait la possibilité de se permettre de m’offrir ainsi un petit tour d’horizon des auteurs de ce pays. Ce numéro comporte ainsi 13 nouvelles.

Alors, contrairement à mes habitudes, je ne vais pas faire une chronique de chaque texte, mais tenter une chronique plus générale pour la simple et bonne raison que je n’ai pas été complètement emballé par ce numéro. Pourtant le numéro démarrait de façon plutôt sympathique avec Et la Mort dansait sur un Air de Valse qui, sans révolutionner le genre, se laissait lire facilement, nous offrant une enquête mystérieuse. Dommage que la conclusion manque de force. Puis on se retrouve plonger dans DET qui, mis a part un côté esthétique assez intéressant, a eu du mal à complètement m’emporter. La Plus Belle façon de Mourir cherche à nous faire réfléchir sur la religion et notre avenir, mais manque clairement de finesse et d’arguments percutants. Je ne parlerai pas vraiment de A.D. 3013 qui ne m’a jamais accroché cherchant le côté choc, mais qui, pour moi, tombe plus dans le saugrenu.

Arrive ensuite La Recrue qui nous offre un texte sur les voyages temporels plutôt sympathique, mais qui de nouveau a du mal à vraiment s’élever ou apporter quelque chose de plus au genre, tombant dans le vite lu, apprécié, vite oublié. Le Réparateur m’a plus accroché, offrant un texte plutôt intelligent sur l’obsolescence programmé et la surconsommation qui, malgré quelques légères incohérences, se révèle clairement efficace et plaisant à lire. La nouvelle Collateral Dammages nous plonge dans une Venise post-apocalyptique, qui joue efficacement avec le lecteur et offre son lot de surprises. Les Égaux nous propose de traiter de la différence avec le rejet d’une jeune fille clonée, un texte qui se révèle sobre, mais plutôt efficace et fait réfléchir le lecteur malgré un petit manque d’émotion au niveau des personnages.

Voici venir le texte le plus réussi, selon moi, du recueil : Le Jongleur. On suit les pas d’un homme à la recherche d’un ami sur la planète Elinora, monde de tous les plaisirs, où les hommes et les femmes viennent s’y perdre pour ne plus penser à l’avenir et à leurs soucis. L’auteur construit ainsi un texte qui, au fil des pages, accroche de plus en plus son lecteur pour lui offrir une conclusion des plus surprenantes. Dommage que le début soit un peu contrasté par certains aspects assez dérangeants, même si l’auteur les nuance par la suite, car ça l’empêche de se révéler plus réussi encore.

Terreur à Luna City nous fait suivre un scientifique, enquêteur, qui doit faire face à une crise à coup de missiles nucléaires, problème ce texte possède tous les poncifs ainsi que le vernis d’une époque de SF un peu trop vieillotte et révolue pour vraiment accrocher, où les militaires sont bien entendus des gros bourrins et les scientifiques des héros géniaux. Le texte Les Rouges Collines de la Terre nous fait découvrir un monde qui va se retrouver complètement bouleversé suite à la chute d’une comète, et d’un professeur qui, dans l’avenir, cherche à étudier notre génération. Un texte qui a eu beaucoup de mal à m’accrocher, c’est bien simple pour en parler ici j’ai été obligé de me replonger dedans tant il ne m’a pas marqué, alors que je l’ai lu il y a 15 jours. L’Homme de Main lui nous fait plonger dans une Italie futuriste où la mafia possède encore plus de pouvoir, un texte qui se lit bien, mais qui ne se révèle en rien non plus marquant ou original. Vite lu, vite oublié. Vient enfin le dernier récit avec Histoire d’un Homme, qui cherche à nous faire réfléchir sur la conscience, sur l’avenir de l’homme, qui se révèle intéressant, mais donne l’impression de perdre légèrement de point de vue son idée de départ. Dommage.

Au final donc, si je compte les récits qui se révèlent juste sympathiques, sur 13 nouvelles seulement un peu plus de la moitié arrivent un peu à se démarquer, sans non plus offrir un véritable texte majeur qui pourrait se détacher. Là où je reste le plus perplexe c’est quand dans le cahier sur l’histoire de l’imaginaire Italien, outre l’attaque gratuite et acerbe sur l’internet voleur , nous annonce que cet imaginaire est loin d’être transcendant depuis ces 50 dernières années, on se demande alors pourquoi avoir décidé de faire un numéro spécial Italie alors.  Le magazine nous offre aussi pour finir un cahier de critiques cinéma signé J.-P. Andrevon qui me fait dire qu’on n’a pas obligatoirement les mêmes goûts.

Un numéro 26 de Galaxie(s) qui cherche à nous faire découvrir le monde de l’Imaginaire Italien mais, qui finalement ne fait que dévoiler, au vu des textes que j’ai lu, qu’il manque clairement d’auteur marquant et parait donc ne pas remplir vraiment son objectif, malgré quelques textes sympathiques. Dommage.

 

Ma Note : 5/10

Trois Oboles pour Charon – Franck Ferric

trois oboles pour charonRésumé : Pour avoir offensé les dieux et refusé d’endurer sa simple vie de mortel, Sisyphe est condamné à perpétuellement subir ce qu’il a cherché à fuir : l’absurdité de l’existence et les vicissitudes de l’Humanité. Rendu amnésique par les mauvais tours de Charon – le Passeur des Enfers qui lui refuse le repos –, Sisyphe traverse les âges du monde, auquel il ne comprend rien, fuyant la guerre qui finit toujours par le rattraper, tandis que les dieux s’effacent du ciel et que le sens même de sa malédiction disparaît avec eux.

Edition : Denoël Lunes d’Encre

 

Mon Avis : J’ai découvert Franck Ferric il y a quelques années, lorsque je suis reparti des Imaginales de l’époque, sous les conseils avisés de Lelf, avec sous le bras mon exemplaire de La Loi du Désert. Livre qui m’avait d’ailleurs offert un excellent moment de lecture, offrant un voyage surprenant, fascinant et mortel (ma chronique ici). Puis je me suis laissé tenter ensuite par Les Tangences Divines, une histoire agréable ramenant les dieux dans notre société, même si je l’ai trouvé moins abouti (ma chronique ). C’est donc sans surprise que le nouveau roman de l’auteur ait rapidement terminé sa course dans ma PAL, il faut dire aussi, bien porté par un résumé intrigant et une couverture, illustrée par Bastien Lecouffe Deharme, que je trouve magnifique.

Ce roman nous propose donc de revisiter, à sa façon, le mythe de Sisyphe qui, pour ceux qui ne le savent pas, suite à une insulte aux dieux se retrouve condamner à pousser au sommet d’une montagne un rocher, qui revient indéfiniment au point de départ avant d’atteindre le sommet. Ici l’auteur a décidé de se servir de cette image et de remplacer le rocher par l’absurdité de la vie, Sisyphe, interdit de rejoindre le monde des morts, devant rejouer indéfiniment la vie, sans véritable but, ni logique. La première chose qui marque une fois la dernière page tournée c’est la plume de l’auteur qui se révèle soignée, travaillée, fine, profonde, et douée d’une richesse et d’une beauté qui rendent les scènes fascinantes, visuelles et surtout terriblement prenantes. Il construit ainsi un roman mélange de violence, d’aventure, de philosophie et de vie, entrainant le tout porté par des dialogues souvent percutants et ciselés. Le style de ses précédents romans me paraissait déjà de qualité, mais ici je l’ai trouvé encore plus abouti, efficace, épuré, offrant ainsi une histoire sans fioritures et au rythme soutenu, oscillant habilement entre scènes de combats haletantes et discussions plus calmes et profondes.

L’autre point fort du récit vient des nombreuses réflexions qui nous sont proposées tout au long du récit, de tout la philosophie que cherche à faire passer l’auteur. Elle se révèle vraiment fascinante et soulève au lecteur un certain nombre de questions. Que ce soit aussi bien dans la répétition de la vie, qui ne se révèle finalement qu’un cycle sans fin et d’une vacuité profonde qu’on comble par des idéaux et des convictions ; ou bien encore sur la capacité de l’humanité de se déchirer dans des guerres, des batailles, voir des haines sans fondements autre que des visions différentes et qui tendent clairement vers l’aberration et l’incongru, bien amené par les souvenirs du héros qui a le chic de se réveiller en plein milieu de batailles ; ou aussi, par exemple, par ce rejet de l’autre, l’inconnu, le différent, celui qui nous fait obligatoirement peur parce qu’il ne correspond pas exactement à notre idée de l’autre, celui qu’on peut aduler au départ et qu’on rejette ensuite. Il n’oublie pas non plus de nous offrir quelques passages intéressants sur la religion et les dieux. Des idées qui se révèlent parfaitement travaillées, soignées, sans jamais vraiment forcer le lecteur, ne cherchant simplement qu’à le faire raisonner. Le tout est aussi porté par un travail historique qui se révèle pointilleux et détaillé, nous plongeant avec facilité dans certaines des grandes batailles connus, que ce soit dans l’annonce de la déroute romaine, dans la lutte des saxons face aux Francs et Charlemagne, lors de conflits franco-espagnols, et bien d’autres encore. Des guerres qui n’ont, au final, pour seul but que d’offrir, pendant un instant, un but à certains, mais qui au final ne changera pas grand-chose. On sent que l’auteur a mené des recherches.

On rencontre au fil des pages deux personnages qui se révèlent importants, le premier est bien entendu Sisyphe, dont le destin tragique de ressusciter régulièrement le marque aussi bien sur son corps que dans son esprit ; le second est Charon, le passeur vers le royaume des morts, qui ne peut le laisser faire ce voyage et doit ainsi le voir revenir indéfiniment. L’intérêt de ces deux protagonistes vient de leurs différences, leurs visions complètement opposés de la vie, Charon étant un peu le laquais des dieux, obéissant sans jamais poser de questions, là où Sisyphe est celui qui rejette les dieux, cherche à s’amener à leurs niveaux, apportant ainsi d’une certaine façon la destruction de l’ordre. Mais cette dualité est traitresse, car au fil des pages on se rend compte qu’ils sont aussi maudit l’un que l’autre, que, quel que soit le chemin qu’ils ont emprunté, ils se retrouvent, l’un et l’autre, bloqué à devoir rejouer la même scène indéfiniment un peu comme un disque rayé qui ne ferait que tourner en boucle. Le soucis, j’ai trouvé concernant les personnages, vient par contre du manque de chaleur et d’accroche, on a plus l’impression de suivre une pièce de théâtre que de véritablement vivre leurs péripéties. On s’intéresse à leurs malheurs, leurs souffrances, leurs idéaux, mais on n’est jamais complètement happé par eux, comme s’il manquait un petit quelque chose pour les rendre complètement humains. De plus Sisyphe parait un peu trop contemplatif, surtout une fois qu’il apprend la vérité, ce qui est dommage. Mais rien de bien gênant non plus.

Ce roman partait clairement pour être l’une de mes meilleures lectures de l’année jusqu’à environ la moitié du livre où j’ai commencé à légèrement décroché, à un peu moins me fasciner par ce que nous propose l’auteur et cela pour une raison toute simple. L’histoire se répète de trop. Certes c’est un peu le but du mythe, obligé de revivre indéfiniment une vie sans but et sans logique, mais voilà on a l’impression qu’il ne fait que se réveiller au milieu d’une bataille où seule l’époque et la technologie changent, où même les explications des hommes qu’ils rencontrent commencent à se ressembler. Ces répétions font alors qu’on voit alors les choses arriver à l’avance, qu’il y a moins de surprises, moins de rebondissements, on devine clairement le fil conducteur et la finalité du chapitre qui se dessine. Je ne sais pas si l’auteur avait en tête d’accentuer encore plus l’absurdité de la vie humaine, qu’on s’enferme dans les mêmes erreurs, les mêmes tourments encore et toujours, mais en tout cas j’ai trouvé que cette seconde partie perd un peu de son charme, malgré une conclusion sombre, mélancolique et qui, je trouve, se révèle réussie.

Au final on trouve quand même là un livre qui mérite d’être découvert et m’a offert un bon moment de lecture. Un roman qui demande aussi un minimum de concentration et de réflexion, donc si vous ne cherchez que le divertissement il vaut peut-être mieux passer votre chemin. En tout cas un roman qui confirme tout le bien que je pensais de Franck Ferric qui se positionne de plus en plus comme un auteur à suivre.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce nouveau roman de Franck Ferric qui nous propose de revisiter le mythe de Sisyphe de façon clairement intelligente, offrant ainsi au lecteur de nombreux axes de réflexions très intéressants sur la vie, son but, l’acceptation des autres ou encore l’utilité d’une guerre qui finalement n’apporte rien de vraiment concret vu que l’Homme y replonge régulièrement. Un récit qui ne laisse pas indifférent et soulève bon nombre de questions, le tout porté par une plume vraiment dense, magnifique, soignée et travaillée ainsi que par des dialogues percutants. La dualité entre Charon et Sisyphe ne manque pas non plus d’attrait, dévoilant ainsi deux visions d’une vie pour le même châtiment, même si j’ai trouvé qu’il manquait un petit quelque chose pour les rendre complètement attachants. Le principal regret que j’ai concernant ce roman c’est qu’au milieu du récit on en comprend la construction, il devient alors un peu répétitif, perdant un peu de son charme. Rien de non plus bloquant, mais qui l’empêche de se révéler excellent ce qui est dommage. Par contre, si vous ne cherchez que le divertissement passez votre chemin, ce roman demande un minimum de concentration. En tout cas l’auteur se positionne de plus en plus comme un auteur à suivre et je lirai sans soucis ces autres écrits.

 

Ma Note : 8/10

Dernières Nouvelles D’Œsthrénie – Anne-Sylvie Salzman

dernieres nouvelles d'oesthrenieRésumé : À travers six textes, six destins différents situés entre 1880 et la fin du 20ème siècle venez découvrir ce petit pays d’Europe qu’est l’Oesthrénie, plaque tournante des Balkans et pourtant invisible aux yeux de ceux qui le cherche. Anne-Sylvis Salzman l’a visité et nous dévoile ici une part de son histoire.

 

 

Edition : Dystopia

 

Mon Avis : Ce roman a un peu fini son chemine par hasard dans ma PAL. C’est bien simple je ne connaissais rien de l’auteur avant de me laisser tenter par ce livre qui est, au final, un recueil de nouvelles qui nous propose donc de découvrir différents héros et surtout ce pays qu’est l’Oesthrénie. Qu’est ce qui m’a fait craquer alors ? C’est bien simple, c’est la magnifique couverture, illustrée par Laurent Rivelaygue, qui a fait que ce livre a terminé dans ma PAL, lors des dernières Utopiales, malgré l’absence, comme toujours avec Dystopia, de résumé. D’ailleurs j’étais tellement intrigué qu’il a aussi rapidement terminé entre mes mains.

Comment ça, vous ne connaissez pas l’Oesthrénie ? Vous ne savez même pas situer cette région à part sur une carte ? Alors ce recueil est fait pour vous, qui souhaitez en apprendre plus sur ce petit pays bien mystérieux. Bien lancé par une préface intrigante à souhait, rédigé par Yves et Ada Rémy, laissez-vous donc porter par les six récit qui composent ce livre, qui vont dépeindre ainsi l’histoire, la vie d’un pays à la fois contemporain et un peu hors norme. L’ensemble se révèle ainsi vraiment dense, soigné et terriblement efficace nous plongeant avec plaisir dans cette nation à la fois si différente et pourtant si proche de nous. On sent que l’auteur a fortement travaillé son univers nous offrant ainsi un état à la fois magnifique, violent, sauvage, contemporain et surprenant, où la révolution et les guerres grondent régulièrement aux portes. L’ensemble est aussi magnifiquement porté par des descriptions très détaillées, minutieuses, qui offrent au lecteur un visuel assez marquant des lieux, des bâtiments, des personnages et autres. Rien n’est laissé au hasard. On passe ainsi au cours des récits d’une baronnie paysanne lumineuses, aux rues désertes angoissantes de la capitale, en passant par des montagnes menaçantes et meurtrières. On se retrouve véritablement emporté cet état qui oscille entre beauté, souffrance, désenchantement et mélancolie qui se dessine devant nos yeux, dont les affres de l’histoire ne vont pas non plus le laisser intact.

L’auteur n’oublie pas non plus de travailler avec précision un vernis de mythologie, de tradition, de religion et aussi social pour son pays, qui se révèle vraiment intéressant et surtout original, offrant aussi par moments de nombreuses réflexions que ce soit sur le nationalisme, la rébellion, la discordes liés aux différentes variations du cultes, sur la facilité des Hommes à faire la guerre ou bien encore sur le pouvoir et ses révolutions. Là-dessus l’auteur y ajoute une touche de mystère et de fantastique qui, je trouve, apporte un véritable plus à l’histoire, principalement au niveau de l’atmosphère qui s’en dégage. On oscille entre lieux interdits, brume mystérieuse ou encore apparition de fantômes, le tout sans jamais tomber dans la surenchère, gardant ainsi tout son côté énigmatique. On se retrouve ainsi à varier entre une ambiance angoissante, rassurante, fantastique, inquiétante que l’auteur arrive à transmettre en quelques mots à peine et qui joue facilement avec le lecteur pour mieux le surprendre. Avoir placé son pays dans les Balkans n’est pas non plus anodin tant les références sont nombreuses. En tout cas l’Oesthrénie n’est pas un pays qui laisse indifférent et qui donne surtout envie d’en apprendre plus.

Le côté humain n’est pas non plus mis de côté. On découvre ainsi six destins, si héros, différents que ce soit socialement ou par leurs visions, mais six destins qui se révèlent souvent tragiques. Des personnages ambigus qui ne savent pas où se situer, qui se cherche et cherche à donner le meilleur d’eux-mêmes. Que ce soit la jeune fille d’un baron, deux frères aux idées politiques différentes, un soldat d’un pays ennemi ou encore une jeune montagnarde, chaque personnages qu’on rencontre se révèle travaillé, dense et ne laisse pas indifférent par son côté terriblement humain, que ce soit en bien ou en mal, face à leurs doutes et leurs questionnements, mais aussi face aux choix qu’ils vont devoir faire. Des personnages qui se retrouvent ballottés face à des évènements qu’ils ne maîtrisent pas, mais qui vont ainsi d’une certaine façon bouleverser le pays. Les personnages secondaires viennent ajouter une couche à cette ambiance délétère, entre méfiance et surveillance ils se révèlent soit accueillants, soit fourbes dans un étant où la trahison peut être aisée.

Alors après autant le dire tout de suite, si la construction d’un pays complet, qui prend son temps, le tout de façon dense, riche et détaillée ne vous intéresse pas, où que vous préférez les récits d’aventures et d’action alors je pense que vous pouvez passer votre chemin. Pour les autres, si vous êtes intrigué, alors laissez-vous tenter par ce recueil, réussi et fascinant dont mon seul regret au final vient que tous les récits ne sont pas aussi addictifs et surtout que, pour moi, le premier texte place la barre très haut, ce qui fait que les suivants n’ont pas toujours eu la même efficacité, ni le même attrait. Mais rien de bien gênant non plus au final tant l’ensemble se révèle cohérent et fluide.

La plume de l’auteur se révèle magnifique, soignée, dense, efficace et nous entraine dans son monde avec facilité pour peux qu’on se laisse emporter. Un recueil qui demande tout de même une certaine concentration pour bien apprécier l’ensemble des textes. Au final un moment de lecture envoutant, riche, fascinant et même si tous les textes ne sont pas au même niveau j’ai passé un excellent moment  avec ce recueil qui nous fait découvrir l’Oesthrénie. Je lirai sans soucis d’autres textes de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce recueil de nouvelles qui nous propose de découvrir ce petit pays fascinant qu’est l’Oesthrénie. Une région qu’on découvre au fil des pages, qui se révèle ambigue, à la fois lumineux et mystérieux, dévoilant ses nombreuses facettes au fil des histoires et le tout bien porté par des descriptions riches, soignées et détaillées. Elle n’oublie pas d’y ajouter un vernis intéressant que ce soit sur les mythes, les religions, le social ainsi qu’une petite touche de fantastique qui, je trouve, apporté un plus à l’ensemble offrant ainsi une ambiance légèrement dérangeante et offrant aussi de nombreuses réflexions construites et intéressantes. Le côté humain n’est pas non plus oublie, ce recueil nous proposant si destins, six héros qui se révèlent humains, avec leurs failles et leurs faiblesses. Si les histoires où l’univers prend une place importante à travers sa construction et son histoire ne vous accroche pas, passez votre chemin, pour les autres laissez-vous tenter par ce recueil réussi. Mon seul commentaire serait que tous les textes ne sont pas au même niveau, surtout suite au premier qui place la barre très haut je trouve. Mais bon rien de bloquant ou de dérangeant. La plume de l’auteur se révèle riche, soignée et efficace. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8,5/10

Autres avis : Efelle, …

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