Auteur/autrice : BlackWolf Page 91 of 202

La Longue Terre, Tome 1 – Terry Pratchett & Stephen Baxter

la longue terreRésumé : Dans les vestiges calcinés du domicile d’un scientifique discret, l’agent Monica Jansson découvre un curieux gadget : un boîtier abritant du fil de cuivre, un commutateur et… une pomme de terre. Ce « Passeur » est la porte d’entrée universelle que tout un chacun peut fabriquer pour accéder à une infinité de Terres parallèles sans présence humaine : il suffit d’un pas, un seul pas, vers l’est ou vers l’ouest.
La découverte de cette « Longue Terre » sans limites va bouleverser à jamais l’humanité. Si une ère nouvelle s’ouvre aux pionniers, les gouvernements sont moins enthousiastes à la perspective de tous ces mondes incontrôlables. Et que de questions sans réponse !
Auxquelles certains vont s’atteler. La plus improbable des missions d’exploration se prépare. À bord d’un dirigeable prennent place Josué Valienté, un jeune homme doué du talent de passer d’un monde à l’autre sans assistance mécanique, et Lobsang, une intelligence artificielle extravagante qui fut un réparateur de motocyclettes tibétain dans une vie antérieure. Un voyage aux confins de la Longue Terre les attend…

Edition : L’Atalante

 

Mon Avis : Ce livre n’a pas fini dans ma PAL par hasard. Quand deux grands noms de l’Imaginaire anglais tels que Terry Pratchett et Stephen Baxter s’associent pour écrire un roman, il y a de quoi me donner envie de le découvrir, même si c’est vrai avec tout de même une légère crainte, tant les deux auteurs n’ont pas obligatoirement le même registre. Puis pour des raisons obscures il s’est mis à trainer dans ma PAL, à se cacher et il a fallu attendre l’annonce des nominés pour le prix Julia Verlanger pour que je me décide à le découvrir. À noter une couverture, illustrée par Raphaël Defossez, que je trouve plutôt sympathique et intrigante.

L’histoire démarre sur une idée de base assez simple, loufoque et pourtant terriblement efficace. En effet on découvre qu’il est possible de voyager dans les univers parallèles, et cela avec un simple boitier électronique qu’on fabrique soi-même et qui utilise comme pile une pomme de terre. Bien des années après cette découverte, la Terre se retrouve en pleine mutation. Josué, passeur-né, est alors contacté par une Intelligence Artificielle, Lobsang, pour entreprendre un voyage aux confins des univers parallèles et ainsi essayer d’en apprendre plus d’un point de vue scientifique sur l’histoire de la Terre, son évolution, sa faune et sa flore. Sur le papier il y a donc de quoi me faire rêver, en effet on y retrouve la capacité de faire voyager le lecteur de Baxter, avec l’humour de Pratchett et cette idée de patate comme vecteur pour voyager. Pourtant, une fois la dernière page tournée, je dois bien avouer que, même si je ne me suis pas ennuyé et trouvé l’ensemble plaisant, j’ai eu l’impression d’avoir entre les mains un tome d’introduction assez contemplatif.

Pour faire simple j’ai trouvé que ce premier tome manquait d’un peu de rythme et de surprises. Déjà le démarrage de l’histoire m’a paru un peu confus, donnant l’impression de partir dans tous les sens. Pour expliquer les avantages et les conséquences de ce voyage dans les univers parallèles les auteurs se sont mis à multiplier les points de vue, ce qui, je trouve, n’est jamais une bonne chose, surtout quand ces protagonistes n’apportent rien par la suite, tout du moins dans ce premier tome. Cela donne plutôt l’impression au récit de prendre son temps, voir aussi de se révéler un peu répétitif, même si c’est vrai, cela permet aussi de dévoiler une partie des nombreuses possibilités qui s’ouvre à l’humanité. Que ce soit pour son enrichissement personnel ou le développement à travers une communauté, l’Homme peut dévoiler le pire comme le meilleur. La suite se révèle plus intéressante, une fois le départ du voyage que vont effectuer nos héros aux travers des nombreuses Terres, l’ensemble gagne en intérêt et surtout permet aux auteurs de développer de nombreuses idées, que ce soit aussi sur les différentes transformations qu’a pu connaitre notre planète devant ces multiples possibilités, comme sur les nombreuses conséquences que cela va avoir sur notre société que ce soit à travers l’exode massif, la dévaluation des différents cours boursiers, ou bien encore la grogne et la dissension qui va apparaitre.

Ce qui rend d’ailleurs ce voyage un peu plus fascinant c’est justement l’aspect aventure et découverte qui s’en dégage. On a l’impression de visiter des centaines de mondes qui possèdent tous leurs propres faunes et leurs propres flores. L’imagination des auteurs parait alors sans limite devant les yeux et l’imagination du lecteur, le tout bien porté par des descriptions efficaces de monde sauvages et magnifiques. L’aspect technologique est aussi intéressant à découvrir et apporte un plus. C’est fluide, on tourne les pages avec un minimum de plaisir se mettant un peu dans la peau d’un explorateur qui se retrouve plonger à chaque fois dans nouveau monde. C’est d’ailleurs cette capacité de création et de foisonnement qui rend cette seconde partie du roman plaisante, plus en tout cas que la menace qui essaie de s’imposer alors, mais qui manque quand même de force. Le lecteur n’ayant jamais le sentiment d’être intimidé, dérangé, ce qui est quand même dommage. Mais voilà malgré ce côté plaisant et passionnant à découvrir je n’ai jamais été non plus emporté par le récit. Cela se lit facilement, c’est divertissant et sympathique, on retrouve quelques réflexions intéressantes et une fois dedans on tournes les pages avec plaisir, mais voilà j’aurai pu arrêter de lire ce livre pendant un moment que cela ne m’aurait pas dérangé plus que cela, ne ressentant jamais ce besoin de me replonger dedans pour en apprendre plus, d’être happé. Il y a bien une envie de complexifier le tout avec une sous-intrigue plus prenante sur des clivages politiques et sociologiques qui aboutissent à une conclusion explosive et surprenante, mais elle arrive sur le tard et manque encore un peu de mordant. On a l’impression que ce roman est plus un tome d’introduction, il vient simplement poser les éléments pour la suite. Par conséquent, sans être mauvais j’ai eu du mal à me sentir fasciné.

Concernant les personnages ils ne manquent pas d’intérêt et remplissent parfaitement leurs rôles d’aventuriers, rendant vivant leurs expéditions. On les suit avec plaisir et un minimum d’envie d’en apprendre plus, que ce soit Josué héros taciturne et solitaire qu’on découvre au fil des pages et qui a l’air d’être la clé du voyage, ou encore Lobsang Intelligence Artificielle, qui se prend pour un homme ou bien qui est homme coincé dans un IA, et qui apporte une certaine dose de folie et de cynisme devant sa capacité à régir à certaines situations. Certains des personnages secondaires se révèlent aussi très intéressants, même s’il est encore un peu tôt pour en dire plus tant ils restent mystérieux et peu caractérisés dans ce tome. Mais voilà, tout comme l’intrigue, j’ai accroché aux personnages et à leurs façons d’avancer, d’évoluer, mais je n’ai jamais réussi à m’attacher complètement à eux. Il manquait toujours un petit quelque chose au niveau de l’émotion ou des différentes relations pour me les rendre touchants.

Le style du récit n’est pas mauvais, comme je l’ai déjà dit il se révèle fluide, entrainant et joue sur le fait qu’une fois dans le livre on tourne les pages assez facilement. Pourtant je suis quand même légèrement déçu. Je sais bien que quand on écrit un livre à quatre mains, ça modifie la façon d’écrire. Je ne m’attendais donc pas à retrouver totalement le côté poussé d’un point de vue scientifique que j’apprécie chez Baxter et l’humour décapant et mordant de Pratchett, mais j’espérais au moins un mariage des deux. Hors ici,  là où l’aspect scientifique reste agréable et bien amené, j’ai trouvé que l’humour était justement peu présent. Mis à part une ou deux scènes qui poussent à sourire et cette idée globale de pomme de terre, j’ai trouvé que ce qui faisait les qualités de Pratchett étaient étouffés. Dommage. Peut-être que ça changera par la suite. Au final donc ce roman n’a pas complètement rempli les attentes que j’en avais, mais se révèle tout de même sympathique à découvrir, laissant assez de réponses en suspens et un minimum d’intérêt pour que je me laisse tout de même tenter par la suite.

En Résumé : Au final j’ai passé un sympathique moment de lecture avec ce roman qui offre une histoire fluide et un minimum entrainante, mais qui n’a pas non plus complètement répondu à mes attentes. L’histoire ne manque pourtant pas d’intérêt, malgré un début qui part un peu dans tous les sens ; principalement dans la phase d’exploration des différentes terres parallèles qui offre une imagination débordante. Mais l’ensemble fait un peu trop tome d’introduction, posant simplement les bases. Ça se lit facilement, mais il faut attendre la fin, et le début des dissensions, pour vraiment, je trouve, être happé. L’univers présenté est par contre un des gros points forts du récit, donnant au lecteur l’impression d’être un explorateur et permettant aux écrivains de développer des mondes chatoyants et captivants. Les personnages ne sont pas mauvais, se révèlent cohérents et logiques, mais il manque encore un je ne sais quoi du point de vue émotionnel pour complètement les rendre attachants. Certains des personnages secondaires offrent des potentialités que j’espère voir développer par la suite. La plume se révèle fluide, entrainant et assez efficace, mais voilà autant l’aspect aventure de Stephen Baxter est présent, autant le côté humoristique de Terry Pratchett ne se retrouve pas. C’est dommage, car quand j’ai vu le nom de l’auteur je pensais rigoler, hors j’ai à peine souri deux ou trois fois. En tout cas la conclusion ouvre assez de possibilité pour me donner envie de lire la suite.

 

Ma Note : 6,5/10

 

Autres avis : Lune, Lorhkan, Nelfe, Phooka, radicale, Hari Seldon, …

La Voie des Oracles Tome 1, Thya – Estelle Faye

la voie des oraclesRésumé : La Gaule, Ve siècle après Jésus-Christ.
Cerné par les barbares, miné par les intrigues internes et les jeux du pouvoir, l’Empire romain, devenu chrétien depuis peu, décline lentement. Les vieilles croyances sont mises au rebut, les anciens dieux se terrent au fond des bois, des montagnes et des grottes, les devins sont pourchassés par la nouvelle Église.
Thya, fille de l’illustre général romain Gnaeus Sertor, a toujours su qu’elle était une Oracle. Il lui faut vivre loin de Rome, presque cachée, en Aquitania, perdue au milieu des forêts.
Que faire alors, quand son père, son protecteur, tombe sous les coups d’assassins à la solde de son propre fils ? Il faut fuir, courir derrière la seule chance qu’elle a de le sauver… Se fier à ses visions et aller vers Brog, dans les montagnes du nord, là où, autrefois, Gnaeus a vaincu les Vandales. Et peut-être, le long de ce chemin pavé d’embûches et d’incroyables rencontres, voir le passé refaire surface, et réécrire l’Histoire…

Edition : Scrinéo

 

Mon Avis : Il a fallu à peine deux romans pour me convaincre d’entrer Estelle Faye dans mon cercle des auteurs de l’Imaginaire à suivre. Que ce soit avec Porcelaine, qui revisitait avec brio les contes chinois (chronique ici), ou bien Éclat de Givre qui nous offrait une histoire post-apocalyptique fascinante et empreinte de poésie (ma chronique ), j’ai toujours passé un excellent moment de lecture avec ses livres. Par conséquent quand j’ai vu que le nouveau roman de l’auteur était proposé en partenariat sur Livraddict, j’ai décidé de tenter ma chance. Je remercie donc les éditions Scrinéo et Livraddict de m’avoir permis de découvrir ce livre. Concernant la couverture, illustrée par Aurélien Police, je la trouve magnifique.

Ce récit nous plonge dans l’empire Romain qui est en fin de vie, dans une époque où la religion chrétienne impose de plus en plus sa domination en faisant reculer et disparaitre les anciennes croyances. On y découvre Thya, fille du général Sertor, une oracle, obligée de se cacher, aidée par son père, en Aquitaine. Quand son père manque de se faire assassiner et se retrouve entre la vie et la mort, elle décide de fuir, poussée par le destin, vers Brog, forteresse qui a forgé la gloire du général. Elle va alors faire des rencontres qui vont la changer. Sur le fond l’auteur ne cherche pas à révolutionner la littérature Young Adult, nous proposant ici une héroïne qui se retrouve à devoir effectuer un voyage initiatique qui va l’amener à grandir et à évoluer. Pourtant l’auteur s’en sort très bien, nous offrant une histoire plus que solide, captivante qui se révèle fluide et efficace. Alors, j’ai trouvé le démarrage légèrement haché sur les deux, trois premiers chapitres, mais très vite cette sensation disparait au profit d’un récit qui se révèle maîtrisé et prenant que l’auteur parsème de révélations, de rebondissements et de surprises qui ont fait que je me suis retrouvé à tourner les pages avec l’envie grandissante d’en apprendre plus sur les nombreux secrets qui s’y cachent.

La grande force de l’histoire vient aussi de l’univers qui est construit autour de l’intrigue. En effet, il est clairement intéressant et fascinant à découvrir. L’idée de situer le tout au 5ème siècle, en plein empire romain n’est pas anodin et se révèle, je trouve, originale. Elle permet ainsi de développer d’un côté une Rome en pleine décadence qui touche à sa fin sous les complots et les envies de pouvoir, d’y découvrir aussi la grandeur et la richesse de l’époque ; tout en offrant de l’autre côté un aspect plus sombre, qui apparait avec l’influence grandissante de l’église et du christianisme qui apporte avec lui la fin d’une liberté de culte et qui attise aussi une certaine haine, menant les gens à dénoncer sorciers et sorcières. C’est ce monde à la fois troublant, beau et pourtant loin d’être idyllique avec ses zones d’ombres qui va amener l’héroïne à se découvrir, à découvrir qui elle est vraiment et quelle est son rôle. Qui dit oracle, dit magie et mystères et on retrouve ici un aspect mythologique que j’ai trouvé solide et intéressant, nous offrant un panel d’êtres mystiques tels que les Faunes, les Ondines ou les anciens dieux, qui pour le moment restent légèrement en retrait, mais soulève de nombreuses questions intrigantes sur la suite des aventures de l’héroïne et de son rôle à jouer. Une époque qui donne vraiment envie d’être découverte. L’auteur continue aussi dans ses écrits à nous faire découvrir le monde de l’art, avec ici Enoch le maquilleur, ce qui, selon moi, apporte un plus, tout en restant cohérent avec l’ensemble du récit.

Concernant les personnages ils sont finalement plus complexes qu’on peut le croire au départ et se révèlent rapidement assez attachants. Alors certes, on y retrouve l’aspect classique dans ce genre de récit, qui va amener l’héroïne à devoir évoluer devant les évènements, à devoir quitter le monde de « l’enfance » protégé pour affronter le monde adulte qui n’est pas toujours très joyeux et glorieux, mais l’ensemble est très bien construit, amené et captivant. Ils sont au final surtout humains avec leurs besoins, leurs envies, mais aussi leurs zones d’ombres, leurs mensonges que ce soit aussi bien envers les autres que vers eux-mêmes. Entre Thya, adolescente sauvage et fière qui n’a jamais vraiment connu autre chose qu’une vie recluse dans une villa, qui va devoir traverser le pays et aussi découvrir qu’être Oracle est plus un fardeau qu’un avantage, mais aussi Enoch personnage ambigu qui derrière son masque de dragueur insouciant cache une réalité bien plus sombre, ou bien encore Mettius l’ancien soldat qui se révèle complexe et secret, chacun s’avère travaillé, soigné et l’évolution de leurs relations apparait cohérente et accrocheuse. Concernant les personnages secondaires ils ne manquent pas non plus d’attraits, loin de tout manichéisme et certains devraient sûrement être plus développés dans les prochains tomes.

Alors après cela reste un roman Young Adult avec parfois ses passages un peu simple ou traités de façon une peu trop rapide, où ses révélations amenés un peu trop facilement à mon goût, mais l.’ensemble se révèle assez plaisant et prenant pour que cela ne se ressente jamais vraiment. On se retrouve ainsi entrainé à travers les différentes régions et les différentes aventures que vont rencontrer nos héros. Le tout est aussi porté par une plume que j’ai trouvé poétique, riche et entrainante, happant assez facilement et rapidement le lecteur pour ne jamais le lâcher au travers d’un récit maîtrisé. J’attends maintenant la suite du cycle avec impatience tant la conclusion laisse de nombreux points en attente de réponses. Au final un premier tome plus qu’efficace qui m’a offert un bon moment de lecture.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman qui nous offre une histoire, certes classique dans les grandes lignes, mais qui se révèle maîtrisé, entrainante, solide et efficace. On est vraiment emporté par les aventures des héros, le tout dans un univers d’Empire Romain en pleine décadence qui se révèle vraiment intéressant et original avec aussi un vernis réussi de magie et de mystère. Les personnages se révèlent véritablement denses, complexes et attachants avec leurs qualités et leurs défauts, ce qui les rend vraiment humains. Alors après, comme souvent dans le Young Adult, on y retrouve certaines transitions parfois un peu rapide et certaines révélations obtenues un peu trop facilement, mais rien de non plus très dérangeant tant je me suis retrouvé emporter par ce récit. La plume de l’auteur se révèle poétique, fluide et entrainante. La conclusion laisse de nombreuses questions en attente et j’ai maintenant hâte de découvrir la suite.

 

Ma Note : 7,5/10

 

Autres avis : Lelf, Dup, Livresse des Mots, Althea54, Emyline, …

Le Cycle de Lanmeur Intégrale 2, Les Enfants du Léthé – Christian Léourier

le cycle de lanmeur 2 les enfants du letheRésumé : Lanmeur, planète-mère du Rassemblement, poursuit son grand dessein de colonisation…
Sur ces deux planètes que sont Borgœt et Ti-Grid, sa domination est totale. Borgœt, la planète bagne, et Ti-Grid, la pacifique, en sont les exemples frappants. Tandis que depuis  sa prison à ciel ouvert, le Camp 23, Garth survit aux côtés de l’étrange Iwerno et tente d’échapper aux effets du Léthé, la drogue de l’oubli, Skiath part en quête de son nom véritable, celui qui lui dictera sa propre loi, sur son monde où le Lagad, l’épice rituelle, apporte perception et vérité… Mais la seule issue possible, pour ces deux hommes, n’est-elle pas dans la révolte ?

Edition : Ad Astra

 

Mon Avis : Il y a environ un an, je me lançais dans la lecture de la première intégrale du cycle de Lanmeur, qui m’avait offert un bon moment de lecture avec trois textes, différents dans la construction, mais pourtant tous lié par cette idée de rassemblement sous la bannière du peuple de Lanmeur. C’était donc sans surprise que j’ai fais rentrer rapidement cette seconde intégrale dans ma PAL qui, j’avoue, y a trainer un petit moment. La quatrième intégrale devant être publiée prochainement, j’ai enfin pris le temps de sortir ce livre de ma bibliothèque dont la couverture, illustrée par Eric Scala, se révèle toujours aussi accrocheuse. À noter que cette intégrale est composée de deux courts romans et d’une nouvelle.

Les Racines de L’Oubli :  Ce récit nous plonge au cœur de la planète-bagne Borgoet qui use de prisonniers, sans aucun scrupule, pour lutter tous les jours contre la forêt qui cherche à reprendre ses droits et tenter ainsi de coloniser et rendre viable cette terre. Les détenus prennent régulièrement une drogue pour éviter de se souvenir de leur passé et de devenir fous sous la vérité. La révolte gronde pourtant et Garth, le narrateur, va s’y retrouver entraine bien malgré lui.

Ce texte diffère de ceux de l’intégrale précédente, ici pas de Lanmeurien qui viennent intégrer de nouvelles planètes au rassemblement, mais une planète hostile où sont envoyés des prisonniers dont on ne se connait rien vu que la drogue efface leurs mémoires. On se retrouve donc ici plongé dans une ambiance plus sombre, plus angoissante, plus étouffante où la mort rôde à chaque instant que ce soit pour le plaisir des gardiens, par le danger de ce nouvel environnement avec cette jungle qui se défend ou encore par le travail de forçat. J’ai été rapidement happé par ce récit qui se révèle être vraiment réussi, passionnant et efficace, qui nous offre aussi pas mal de réflexions intéressantes. Que ce soit sur l’environnement, avec le traitement de la forêt, du contrôle de population de masse à travers la drogue et l’absence d’identité des prisonnier ce qui les rend malléable. Mais aussi un travail sur la liberté, face à cette révolution qui va amener de nombreux changements sur Borgoet, mais qui va aussi démontrer que quoi qu’on fasse, quoi qu’on souhaite, la liberté possède toujours ces limites.

Les personnages sont aussi un des points forts de ce récit, principalement le narrateur Garth qui est loin d’être un saint et possède de nombreuses failles. S’il a survécu aussi longtemps ce n’est pas par hasard. Entre noblesse et pourriture il se révèle vraiment humain, forcé de faire des choix et de vivre avec, mais qui vont aussi parfois le ronger. Les autres protagonistes qui gravitent autour de lui sont tous intéressants à découvrir, avec une mention spéciale pour Iwerno, idéaliste, mystérieux, fougueux, mais qui aime avoir raison et n’aime pas être contredit ; à la fois sauveur et tyran. Ce texte permet aussi d’offrir un regard nouveau sur Lanmeur avec cette idée de rassemblement, dont on découvre ici qu’elle est loin d’être aussi honorable et lumineuse qu’on le prétend ; elle possède aussi ses zones d’ombres et de manipulations. Ce texte est d’ailleurs mon préféré de cette intégrale.

La Loi du Monde : Ce texte nous fait découvrir la planète de Tri-Grid où l’identité joue un rôle primordial pour chacun, en effet c’est le nom que porte chaque personne qui définit sa loi et donc, par conséquent, sa façon de vivre. On va suivre alors le destin de Skaith, né sur cette planète, qui a été abandonné par sa mère à un Lanmeurien pour le sauver d’une terrible maladie et qui, une fois devenu adulte, part en quête de son nom.

On découvre ici un récit qui se révèle humain, avec ce personnage qui n’est ni accepté par Lanmeur, ni par son peuple et dont sa quête va l’amener à découvrir des choses qu’il n’imaginait pas et à découvrir la folie qui s’empare de son pays. Sans véritable nom il n’était rien, mais une fois qu’il aura un nom que fera-t-il ? Sera-t-il apte à être ce qui a été défini pour lui à la naissance et dont il n’a jamais eu conscience ? Une véritable réflexion intelligente et bien mené sur ce qui définit un homme, sur l’importance de son identité dans sa construction, mais aussi finalement de son environnement et de sa formation. Un simple nom suffit-il à définir une personne ? Voilà ce que propose de nous faire découvrir l’auteur à travers le voyage que va mener Skaith sur cette planète, hostile, où les montagnes et le froid règnent en maître.

Ce texte traite aussi en image fond de l’influence de Lanmeur avec ici un aspect très colonisateur, dont l’incidence est présentée comme une maladie qui se diffuse lentement, au fil des générations, attirant les plus jeunes vers des merveilles inconnues, les éloignant ainsi de leurs racines, de leurs vies, de leurs origines sans aucune possibilité de retour. De nouveau cette idée de rassemblement possède ce double visage; cet intérêt de vouloir mettre les hommes sous la même bannière, égalitaire, vers le même chemin, mais au sacrifice de nombreuses cultures, de nombreuses façons de vivre. Cette influence de Lanmeur va même pousser à la folie et corrompre cette fameuse loi, la vicier au point de pousser certains à perdre complètement la raison. Où est donc la beauté du rassemblement ? Un texte percutant, soigné, réfléchi, mais qui j’avoue possède tout de même quelques longueurs, j’ai parfois eu l’impression que l’auteur multipliait un peu les points de vue pour gagner du temps et garder le lecteur un peu plus longtemps.

Le Secret : Cette nouvelle nous propose de découvrir une nouvelle facette de l’influence de Lanmeur sur les planètes, liée aux générations futures. On suit donc les pas d’un grand-père qui présente son métier à sa petite-fille métissée avec un Lanmeurien. Un texte philosophique, qui se révèle intéressant, offre aussi son lot de réflexions que je vous laisse découvrir pour ne pas trop en dévoiler. J’ai juste été un tout petit peu dérangé par la chute qui m’a paru légèrement improbable. Mais rien de bien gênant.

 

Ce qui me touche encore une fois avec cette nouvelle intégrale ce sont les différents mondes que nous fait découvrir l’auteur. Ils possèdent tous leurs propres réalités, leurs richesses, leurs propres règles, leurs propres sauvageries et leurs propres beautés. Chaque monde se révèle complètement différent et pourtant donne envie d’en apprendre tant il se dégage quelque-chose de magique, de palpable. Là-dessus, on pourrait croire que cette idée de rassemblement commencerait à s’étouffer, à se répéter, mais il n’en est rien tant les intrigues et surtout les réflexions proposées arrivent à se renouveler, à apporter de nouvelles réponses, mais aussi de nouvelles questions sur des discussions de société ; de l’influence des uns sur les autres. Avec dans cette seconde intégrale un point se dégage tout particulièrement, celui de l’identité et de la mémoire. Concernant la plume de l’auteur elle se révèle toujours aussi soignée, fluide, dense et poétique ce qui fait qu’on est rapidement emporté à travers les différentes histoires. Je ne peux que conseiller la découverte de Lanmeur. Il ne me reste plus qu’à faire entrer la troisième intégrale dans ma PAL.

En Résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture avec cette seconde intégrale du cycle de Lanmeur, qui nous propose de découvrir des textes vraiment passionnants, touchants et intelligents. Chaque intrigue se révèle différente de la précédente, faisant réfléchir le lecteur sur de nombreuses questions, que ce soit d’un point de vue sociologique ou personnel, et se révèlent fluides et entrainantes. L’auteur n’oublie pas non plus de traiter de cette fameuse idée de rassemblement de l’humanité, qui continue à se révéler à deux visages. Les différents univers qu’on découvre au fil des pages sont magnifiques et donnent envie à chaque fois d’en apprendre plus, que ce soit d’un point de vue culturel, ou bien encore dans la découverte de leurs écosystèmes. La plume se révèle toujours aussi soignée, poétique et entrainante, nous plongeant facilement dans chacun de ses récits. Je ne peux qu’encourager la découverte de Lanmeur. Il ne me reste plus qu’à faire rentrer les prochaines intégrales dans ma PAL.

 

Ma Note : 8,5/10

 

Autres avis : Mariejuliet, Lune, Phooka, Xapur, J.a.e_Lou, Lauryn, …

Le Goût des Cendres – Maëlig Duval

le gout des cendresRésumé : Une jeune fille de province ambitieuse traverse guerre, révolution et épidémie avec toujours le même but : revenir vers sa famille auréolée de gloire.
Alors que les combats font rage aux frontières du royaume, elle s’introduit auprès des puissants d’une grande ville concurrente de la capitale et participe à un complot contre le roi.
D’amis en ennemis, d’espoirs en désillusions, elle se lancera par amour au cœur d’une insurrection, affrontera les préjugés pour sauver sa vie, connaîtra la traîtrise et l’amitié, sans jamais oublier son objectif : rentrer au pays et y être adulée.
Un royaume désenchanté qui n’est pas sans rappeler la Renaissance italienne et la Révolution française.
Une ville qui tente de sauvegarder sa grandeur en s’enivrant de théâtre et d’opéra.

Edition : Éditions du Riez

 

Mon Avis : La première chose qui m’a attiré vers ce livre, je dois bien l’avouer, c’est sa couverture que je trouve vraiment magnifique, malgré un aspect c’est vrai un peu chargé au premier plan. C’est bien simple, j’ai aperçu ce roman lors de mes nombreux détours aux dernières Imaginales et l’illustration de Vincent Devault n’arrêtait pas de m’attirer vers lui. J’ai donc décidé de me pencher dessus et, après la lecture de la quatrième de couverture ainsi qu’une discussion avec l’auteur pour en apprendre plus, j’ai décidé de me laisser tenter et le faire rentrer dans ma bibliothèque.

Ce roman nous propose donc de découvrir la fresque historique de la ville de Chaconne, ville de culture, d’art et de musique qui est dirigée une intendante avide de pouvoir et qui va passer du joug de la royauté et de la guerre à la révolution, le sang et la souffrance, le tout à travers les yeux de l’héroïne, Aldire, qui se retrouve emportée en plein milieu de toutes ces changements et qui va même y jouer un rôle important. L’idée de départ se révèle intrigante, décider de reprendre la révolution française et y ajouter le charme et l’insouciance des villes érudites italiennes se révélait très tentant. L’auteur développe aussi pas mal de bonnes idées qui changent profondément de la Fantasy classique, il y avait donc potentiellement de quoi me captiver et me passionner. Pourtant je dois bien avouer qu’une fois la dernière page tournée, je ressors de ma lecture avec un sentiment mitigé, l’impression d’avoir une histoire à fort potentiel, mais pas totalement maîtrisée.

Première chose qui peut surprendre dans le récit, mais que j’ai trouvé pourtant attrayant et original, c’est que l’auteur n’offre pas vraiment d’intrigue globale à son histoire. L’héroïne vient initialement à Chaconne pour essayer d’y retrouver son fiancé, mais son ambition va alors la faire rester menant différentes petites missions pour le compte de l’intendante. L’auteur évite ainsi de baliser une histoire avec une introduction, un objectif et une conclusion, offrant  une tranche de vie de l’héroïne, de la ville et du pays. Un véritable voyage initiatique d’une jeune fille déracinée qui découvre une façon de vivre complètement différente. Cela permet aussi à l’auteur de développer de façon plus dense sa toile de fond qui est finalement le point important du récit.

Car oui le véritable point fort et ce qui m’a le plus attiré dans ce livre c’est tout le background qui est présenté et travaillé au fil des pages. La quatrième de couverture parle d’influence de la révolution française et la renaissance italienne et elle n’a pas vraiment tort, tant l’ensemble sent la poudre et la subversion, avec une aristocratie décadente et futile qui préfère se lancer à corps perdu dans l’art et la culture que de se pencher sur les problèmes qui délitent la société. Entre manipulation, intrigue, conquête, jeux de pouvoir et bouleversement politique, le monde qui se dévoile se révèle vraiment, dense, complexe et ne demande qu’à être découvert en profondeur s’offrant aussi quelques réflexions intéressantes et toujours d’actualité. L’ensemble est aussi mâtiné d’un léger vernis de magie et de mystère qui apporte un plus, je trouve, et permet de développer d’autres sous-intrigues. Mais voilà c’est un peu là le problème, l’histoire se développe dans beaucoup de directions et, ce qui au début offrait un agréable sentiment d’épaisseur et de foisonnement, offre peu à peu une légère impression de cafouillis et de frustration. Cela donne un peu l’impression que l’auteur a trop voulu en faire, apportant trop d’idées et de développements, se sentant obligée de tous les développer et par conséquent délaissant des passages importants qui auraient mérité plus de travail. Par exemple la révolution tient sur à peine un chapitre et le lendemain tout parait presque rentré dans l’ordre. C’est dommage car ça gâche un peu le rythme tant à certains moments on a l’impression d’aller trop vite et à d’autres de trop prendre son temps. Peut-être que Maelig Duval aurait du développer son univers sur plusieurs tomes.

Il faut aussi bien avouer qu’on n’est pas toujours aidé par l’héroïne Aldire. C’est bien simple je n’ai jamais vraiment pu m’accrocher, ni m’attacher à elle. Pourquoi ? Car je n’ai jamais réussi à comprendre sa logique, sa façon de réagir. À chaque fois qu’elle devait prendre une décision elle arrivait à faire le choix le plus improbable qui soit. Un exemple, notre héroïne, qui a 16 ans doit, au début du récit, libérer son fiancé qui est en prison. Pour cela il lui faut de l’argent ; elle se retrouve donc à faire la manche. Un inconnu va lui proposer de la payer en échange d’une mission secrète. Il l’emmène donc en discuter dans un lieu discret qui se révèle être une maison close. Il a besoin d’elle pour voler un personnage important, mais vu qu’il n’a encore rien dit à ce moment-là, la confusion est de mise avec ce qui pourrait passer être un intérêt pour son corps. Et là, tout de go, elle annonce qu’elle accepte de coucher avec lui, le tout pour sauver un fiancé qu’elle avoue ne pas aimer deux pages plus loin. Car oui, elle ne cherche pas vraiment a le libérer par amour, elle espère juste ressortir auréolée de gloire d’avoir ramené son compagnon qui est ici, aussi, pour sauver leur région d’un complot. Quelle gloire elle pourrait en tirer? Si elle était désespérée encore, je pourrai le comprendre, mais plus tard on apprend qu’elle pouvait demander l’argent chez elle et se le faire rapporter, mais elle trouvait ça trop long ; il aurait pu être racheté par quelqu’un d’autre. Puis ça dénote complètement avec la présentation de l’héroïne dans une grande partie du roman qui est montrée comme assez prude et réservée.

Et franchement là, je ne montre qu’un exemple, cela va se reproduire deux ou trois fois dans le récit où elle va réussir à faire quelque chose qui va complètement me sortir de mon immersion dans le livre. Même la conclusion, qui est pourtant intéressante avec cette plongée dans la folie et la fin d’une époque, repose sur des actions de l’héroïne et de son amant que j’ai du mal à vraiment comprendre tant elles paraissent mal amenées, comme s’il manquait des passages et des réflexions pour vraiment bien les appréhender. Ensuite, niveau attachement, elle est très égocentrique, espérant que tout le monde tombe à ses pieds et quand ce n’est pas le cas se réjouissant intérieurement de leur malheur, ce qui fait que j’ai eu du mal à l’apprécier complètement. Dommage, car elle possédait un vrai potentiel, l’auteur nous offrant une sorte de mélange entre Milady de Winter et de symbole féminin de la révolution, elle aurait mérité un développement peut-être différent, voir même d’être plus impliquée dans les différents mouvements de révolutions et de manipulations, car parfois elle reste franchement trop en retrait des évènements à mon goût. Les personnages secondaires qui gravitent autour d’elle ne sont pas mauvais, loin de là, entre romantiques, artistes, hommes de l’ombre et hommes du peuple ils représentent panorama assez vaste de cette ville.

Le style de l’auteur se révèle en tout cas agréable, efficace et soigné, mais elle se perd parfois un peu trop dans de longues descriptions, qui par moment, alourdissent un peu la lecture. C’est assez regrettable car elle arrive clairement à rendre vivant son monde, à rendre saisissantes certaines scènes que ce soit dans l’aspect violent, comme dans la beauté. Au final je ressors donc de ma lecture avec une impression de n’être que moyennement convaincu, il y a énormément de potentiel, pas mal de bonnes réflexions, de très bons passages, mais voilà l’ensemble perd de sa saveur devant un trop grand foisonnement d’idées qui les empêchent de bien se développer et devant une héroïne qui ne m’a jamais convaincu ni attaché. Le Goût des Cendre se révèle indépendant, mais la conclusion laisse énormément de questions en suspens, de quoi sûrement écrire un autre roman dans le même univers. Je ne sais pas si je le lirai, à voir si l’auteur change son héroïne, mais en tout cas je serai bien tenté de découvrir sa plume dans une histoire différente.

En Résumé : Je ressors donc de ma lecture avec un sentiment assez mitigé, l’impression d’avoir un roman entre les mains avec beaucoup de potentiel mais parfois mal maîtrisé. L’histoire pourtant se révélait originale, ne possédant pas vraiment de trame globale, mais mettant plus en avant l’évolution d’une ville et d’un pays face aux changements politiques qui apparaissent. Une intrigue pleine de trahisons et de manipulations. Mais voilà l’auteur cherche parfois à trop en faire, ce qui fait que certains lignes d’intrigue paraissent à peine esquissées là ou certaines traînent en longueur. De plus je n’ai jamais complètement réussi à m’attacher ni à comprendre l’héroïne principale qui arrive toujours à faire le choix le plus improbable et illogique selon moi. Dommage, car elle possédait du potentiel et se révélait bien entourée par des personnages secondaires hétéroclites et efficaces. Le style de l’auteur se révèle agréable, efficace et plutôt entrainant malgré parfois quelques longueurs au niveau des descriptions. La conclusion reste assez ouverte pour permettre de revenir dans cet univers, mais pas sûr que je me laisse tenter sauf si changement d’héroïne peut-être. Par contre je ne suis pas contre découvrir la plume de l’auteur dans d’autres écrits.

 

Ma Note : 5,5/10

 

Autres avis : Lire-une-passion, Louve, …

Bird Box – Josh Malerman

Bird BoxRésumé : Malorie élève ses enfants de la seule façon possible: barricadés chez eux. Dehors, il y a un danger terrible, sans nom. S’ils s’aventurent à l’extérieur, ce sera les yeux bandés pour rester en vie.
S’ils ôtent leurs bandeaux, ils se donneront la mort avec une violence inouïe. Malorie a deux solutions: rester cachée avec ses enfants, isolée, ou bien entamer un terrifiant périple jusqu’au fleuve dans une tentative désespérée, presque vaine, pour rejoindre une hypothétique colonie de survivants. La maison est calme.
Les portes sont verrouillées, les rideaux sont tirés, les matelas cloués aux fenêtres. Les enfants dorment dans la chambre de l’autre côté du couloir. Mais bientôt, elle devra les réveiller et leur bander les yeux. Aujourd’hui, ils doivent quitter la maison et jouer le tout pour le tout.

Edition : Orbit

 

Mon Avis : Le premier point vraiment important avec ce livre c’est finalement d’apprendre qu’Orbit existe toujours et surtout que la maison d’édition publie. J’exagère un peu, mais il faut bien avouer que niveau communication depuis plusieurs mois c’est le calme plat. Les fans de Sanderson continuent d’ailleurs de s’en mordre les doigts à attendre la sortie de La Voie des Rois. C’est bien simple pour entendre parler de Bird Box il vaut mieux éviter le site d’Orbit sous peine de ne quasiment rien trouver. J’avoue je suis taquin, mettons-nous plutôt à parler du livre alors car, finalement, le résumé ne manque pas d’intérêt et la couverture possède un petit quelque chose d’attrayant qui donne envie de le découvrir.

L’histoire nous propose, ici, de suivre deux lignes temporelles, la première est celle post-apocalyptique ou le monde s’est écroulé face à l’apparition de monstres dont on ne sait rien, mis à part que dès que quelqu’un en voit une il devient fou au point de tuer n’importe qui aux alentours puis se suicider. Les population se retrouvent donc obligés de survivre les yeux bandés et d’éviter toutes intrusions chez eux sans de nombreuses procédures de vérification. Malorie a survécu pendant quatre ans dans une maison avec ses deux enfants et décide de tout quitter à la recherche d’un groupe de survivants ; son dernier espoir. À côté de cela l’auteur développe une ligne de flashback liés à l’héroïne qui nous dévoile le monde juste avant l’apocalypse, sa lente descente dans la folie et la fin de la civilisation. Sur le papier il y avait de quoi me plaire et m’offrir une histoire des plus stressantes, entrainantes et pourtant au final je dois bien avouer que je n’ai pas complètement été convaincu. L’ensemble reste agréable à lire, offre un bon divertissement angoissant, mais il n’a pas répondu à toutes mes attentes.

L’idée de base se révèle pourtant clairement originale : imaginer un monde où on devrait tous se passer de la vue, qui est quand même le sens sur lequel se repose le plus l’Homme, sous peine de mourir. Cela offre donc de nombreuses possibilités. D’ailleurs l’auteur en profite de façon percutante pour nous offrir une montée en tension haletante au fil des pages, passant d’un monde tel qu’on le connait vers un huis-clos, certes classique dans ce genre de livres, mais efficace de survivants dans une maison. Il s’amuse alors avec le lecteur, jouant sur son imagination et ses frayeurs les plus profondes liés au fait que sans la vue on se retrouve dans le noir, simplement guidé par ses autres sens souvent moins développés. Mais voilà, comment savoir que ce qu’on entend, ce que l’on sent ou ce qu’on touche se révèle être vraiment ce que l’on pense ? C’est justement avec l’inconscient du lecteur que l’intrigue joue, ne définissant jamais de façon claire la menace, quand chaque bruit, chaque mouvement peut finalement amener l’horreur. on se retrouve alors happé, tendu par ce qui peut arriver et donc on attend le dénouement pour reprendre notre souffle tout en sachant que le prochain chapitre apportera son lot de stress et de malaise. C’est vraiment le gros point fort du récit, cette capacité à offrir des passages qui jouent sur les peurs les plus primales du lecteur et qui, je pense, en fera frissonner plus d’un, au lit, avec juste une lampe de chevet avant d’aller se coucher.

Mais voilà ce livre ne cherche pas qu’à nous faire peur il offre aussi une réflexion, classique dans ce genre de romans, mais efficace et bien traitée, sur cette humanité qui s’effondre dévoilant ainsi le pire, comme le meilleur, chez les uns et les autres. Chacun se retrouve à faire des choix, guidé par ses craintes. Le monde post-apocalyptique qu’il trace au fil des pages offre son lot de mystères, laissant la part belle à l’esprit du lecteur pour le deviner, l’imaginer, car comment décrire un monde qu’on ne voit pas et qu’on ne doit surtout pas regarder sous peine de mourir. Cette liberté du lecteur, qu’on retrouve sur pas mal d’aspects, pourra peut-être en surprendre plus d’un, mais j’ai trouvé que cela apportait un véritable plus. Parfois à trop vouloir définir les monstres ou l’univers l’ensemble perd alors de son côté angoissant. Ici, chacun s’imagine ce qu’il veut et chacun voit les atrocités qu’il a envie de voir. Alors attention, l’auteur ne laisse pas le lecteur tout faire, certaines scènes très visuelles apportent leur lot de frissons et d’abomination.

Alors qu’est ce qui m’a dérangé au final dans ce livre, me demanderez-vous? C’est bien simple j’ai trouvé que les deux lignes temporelles n’avaient pas le même intérêt. Autant celle liée aux flashbacks, qui nous dévoile cette humanité qui plonge dans la folie et dans les pires actions, se révèle passionnante et stressante autant celle où Malorie tentant de retrouver un groupe de survivants a eu du mal à complètement me passionner. Dès le début j’avoue j’ai bloqué sur un point, peut-être idiot, mais qui m’a perturbé : remonter 30km de rivière avec une barque, avec deux enfants qui ne savent pas nager et le tout les yeux bandés. On oublie donc facilement tout ce qui est débit, courant et fond du lit de la rivière qui sont autant d’éléments qui peuvent vous renverser voir vous couler. Alors après discussion je peux comprendre que par survie on se lance dans des plans désespérés, mais pour un plan qu’elle travaille depuis des années j’ai trouvé cela bancal. Mais bon ce n’est qu’un point, car finalement ce qui m’a le plus dérangé avec cette ligne d’intrigue c’est qu’au final, il ne se passe pas grand chose. L’ensemble est linéaire et parait tellement facile qu’il en perd une grande partie de son côté aventure et donc de son intérêt. Un peu plus de rebondissements vraiment surprenants auraient apporté un plus je pense.

Ensuite un des autres aspects qui m’a laissé mitigé ce sont les personnages. Comme je l’ai déjà dit ils arrivent vraiment bien à retransmettre au lecteur leurs peurs et leurs angoisses, là dessus aucun souci. Le huis-clos qui nait quand ils se retrouvent à plusieurs enfermés dans la maison leur offre aussi des moments de doute et de réflexion, sur leurs relations avec les autres et les choix à faire, intéressants. Le problème vient plutôt du moment où l’auteur cherche à leur offrir des sentiments, principalement le sentiment d’amour, d’amitié, qui, je trouve, ne transparait jamais. C’est bien simple la relation entre Malorie et Tom ne m’a jamais paru cohérente, ni attachante. Concernant la relation de l’héroïne avec ses enfants, là, cela m’a paru encore plus frappant. On sent que l’auteur a lu La Route, reprenant l’idée d’éviter les noms, le monde n’ayant pas obligatoirement d’avenir, un nom n’apporte donc rien. Mais contrairement à McCarthy qui offrait une certaine sensibilité et de l’émotion à travers les non-dits entre le père et le fils, ici je n’ai jamais rien ressenti. L’héroïne donne même l’impression de les garder auprès d’elle plus pour leurs ouïes plus développées que la sienne qu’autre chose, tant elle ne leur offre jamais un seul minuscule compliment ou même l’impression de les aimer. Pire vu qu’elle a un garçon et une fille elle se doit de les différencier, donc elle les appelle Garçon et Fille. Franchement elle aurait pu les appeler Fer à Repasser et Motoculteur ça aurait été pareil. C’est dommage je trouve.

Concernant la plume de l’auteur malgré le fait qu’il ait un peu de mal avec les passages un peu plus émotionnels, elle se révèle finalement fluide, entrainante et sait surtout offrir des scènes effrayantes et pleines de tourments. La conclusion qui est offerte se révèle plutôt efficace, avec quelques révélations intéressantes et ce malgré une certaine facilité. Elle laisse aussi de nombreuses portes ouvertes soit pour revenir dans l’univers, soit pourquoi pas laisser libre court à l’imagination du lecteur. Au final la lecture s’est révélée sympathique remplissant parfaitement son rôle de livre angoissant, mais voilà j’ai trouvé dommage que niveau émotion ce soit le calme plat, quelques défauts ici ou là empêchant d’offrir plus qu’un simple divertissement et laissant un léger sentiment d’incomplet. En tout cas si l’auteur revient dans son monde, je le lirai tout de même avec plaisir histoire d’en apprendre plus.

 En Résumé : J’ai passé un moment de lecture sympathique avec ce livre qui se révèle effrayant par certains aspects mais qui n’a pas non plus réussi à totalement me convaincre. L’auteur construit deux lignes d’intrigue une au moment de l’apocalypse et une quatre ans après, et autant la première m’a happé, autant j’ai trouvé la seconde très linéaire et sans véritable surprise. L’ensemble se révèle pourtant angoissant, jouant avec les peurs les plus enfouies du lecteur, lui retirant la vue pour s’amuser avec ses autres sens. L’univers post-apo ne manque pas d’intérêt et laisse souvent la possibilité à la personne qui lit de se faire son propre avis, sa propre vision. Mais voilà là où le roman pêche, selon moi, c’est quand l’auteur cherche à créer des liens entre les personnages. Que ce soit la relation de Malorie avec Tom ou avec ses enfants je n’ai jamais rien ressenti. Pire j’ai même trouvé qu’elle donnait plus l’impression de considérer ses gosses comme de simples objets. La conclusion se révèle assez agréable, malgré quelques facilités, mais laisse de nombreux points en suspens pour, pourquoi pas, y revenir dans un autre récit. La plume de l’auteur se révèle simple, fluide et entrainante malgré sa difficulté à offrir de l’émotion. En tout cas si l’auteur écrit une suite je serai curieux de la lire pour voir vers quoi il va aller.

 

Ma Note : 6,5/10

 

Autres avis : Cajou, fangtasia, Dup, Cornwall, …

Shattered Sea Book 1, Half a King – Joe Abercrombie

half a kingRésumé : Prince Yarvi has vowed to regain a throne he never wanted. But first he must survive cruelty, chains and the bitter waters of the Shattered Sea itself. And he must do it all with only one good hand.
Born a weakling in the eyes of his father, Yarvi is alone in a world where a strong arm and a cold heart rule. He cannot grip a shield or swing an axe, so he must sharpen his mind to a deadly edge.
Gathering a strange fellowship of the outcast and the lost, he finds they can do more to help him become the man he needs to be than any court of nobles could.
But even with loyal friends at his side, Yarvi’s path may end as it began – in twists, and traps and tragedy…

Edition : Harper Voyager

 

Mon Avis : C’est bien simple, de Joe Abercrombie j’ai lu tous ses romans et je dois bien avouer que je n’ai jamais été déçu. Ils m’ont toujours offert des histoires terriblement efficaces, pleine de cynisme et de surprises qui ont toujours su m’entraîner tout en revisitant les codes de la Fantasy. Cette fois l’auteur a décidé de se lancer dans une nouvelle trilogie, mais un peu plus jeunesse ou, pour être un peu plus précis, Young Adult. J’ai longtemps hésité à commencer ce cycle en VO, la sortie VF étant annoncé en octobre chez Bragelonne je pensais pouvoir attendre jusque là, mais j’avoue, j’ai été convaincu de le lire en anglais après avoir découvert l’illustration de couverture que je trouve vraiment réussie.

Ce roman nous propose donc de découvrir et de suivre le Prince Yarvi, second fils du roi de Gettland, rejeté par son père face au handicap d’une de ses mains qui le rend infirme et par conséquent considéré comme faible, qui va voir sa vie bouleversée lorsque son père et son frère se font assassiner par un roi voisin. Il n’a d’autre choix alors, poussé par sa mère, que de porter la couronne. Mais cette idée ne plait pas à tout le monde et il va se retrouver rapidement trahi et abandonné. Ce qui est vraiment intéressant avec l’auteur c’est qu’il nous plonge directement dans l’intrigue, le lecteur se retrouve donc happer par le nouveau destin qui s’ouvre devant ce prince, devenu roi dès les premières pages, et se retrouve à tourner les pages avec envie pour en apprendre plus. On sent d’ailleurs bien tout son talent de conteur avec un début un peu lent, qui sert de présentation, court et entrainant et qui se révèle alors par la suite au fil des pages de plus en plus haletant, prenant et sans temps morts offrant ainsi son lot de surprises, de révélations et de rebondissements. Le héros, lui qui n’a connu que la vie de château et les études qui ont développé son esprit mais pas vraiment son corps, va se retrouver plonger dans un monde dur, violent, sauvage et il va devoir faire face à des péripéties qui vont le changer complètement, mais aussi se faire des alliés à sa cause.

Alors, Je ne vais pas le cacher, globalement l’histoire n’a rien de révolutionnaire. Une histoire de vengeance, d’envie et de jeux de pouvoirs qui vont amener leurs lots de trahisons, en Fantasy cela reste assez classique. D’ailleurs dans les grandes lignes on voit quand même quelques passages arriver à l’avance, avec ce voyage initiatique de Yarvi qui va de la trahison, à la découverte d’amis improbables qui vont l’aider à tenter de reconquérir son trône. Mais voilà l’ensemble est porté par ce qui fait la force de l’auteur : son côté sombre, cynique où rien n’est rose, rien n’est acquis, où tout le monde peut souffrir. L’auteur a toujours poussé ses héros au maximum, devant se battre à chaque instant et côtoyer la mort régulièrement pour obtenir ce qu’ils veulent ; et personne n’en sortira intact. C’est justement ce dont j’avais un peu peur, que l’auteur, devant son envie d’écrire un récit un peu plus jeunesse, s’assagisse de trop et perd un peu de son côté noir et violent qu’on retrouve dans ses romans adultes, mais il prouve que non. Attention ne me faites pas dire non plus ce que je n’ai pas dit, c’est loin d’être aussi sauvage, sanglant et de prendre autant aux tripes que ces livres plus matures. Obligatoirement ce Half a King est un peu plus « sobre », mais il évite clairement le côté gentillet qui m’aurait dérangé. Ce qui est une très bonne chose.

Concernant l’univers construit tout au long du roman il se révèle solide, efficace et surtout appelle clairement à en apprendre plus, même s’il reste pour le moment assez classique pour un lecteur de Fantasy. L’auteur nous offre ainsi un monde typé moyenâgeux avec une couche viking, constitué de plusieurs pays avec leurs us et coutumes, chacun possédant leur Roi et le tout sous la gouvernance du Haut-Roi. L’aspect du pouvoir est intéressant avec donc le souverain guidé par son ministre, formé pour être toujours à ses côtés, qui possède les connaissances. Concernant tout le côté mythologique, on retrouve ici quelque-chose qui se révèle simple, assez vaste et qui, j’espère, sera plus développé dans les prochains tomes, comme par exemple devant tous les dieux qui nous sont esquissés. Il s’offre aussi un peu de mystère avec ce peuple elfique disparu qui a laissé des constructions indestructibles, ce qui fait légèrement penser à Locke Lamora et son Verre d’Antan, et qui donne envie d’en apprendre plus. Au final un univers efficace qui garde encore son lot de mystères de par devers lui, qui j’espère seront étoffés par la suite.

Concernant les personnages ils ne manquent pas d’attraits. On s’attache finalement assez facilement à Yarvi, rejeté pour sa différence, impossible de vraiment s’imposer dans son monde, et qui va au fil des épreuves se fortifier et devenir un véritable leader. C’est cette transformation qui d’ailleurs joue beaucoup sur le fait qu’on continue à suivre avec envie ses aventures, le fait que le héros ne reste pas figé, obligé d’apprendre la vie et d’évoluer à travers les coups qu’il reçoit. Les personnages secondaires qui entourent notre héros sont nombreux, soignés, ayant leurs propres convictions et leurs propres envies que ce soit à travers les compagnons du héros, comme ses ennemis, chacun s’avère humain. Je regrette peut-être juste qu’un ou deux des protagonistes possèdent certains traits de caractère parfois un peu trop proche de certains héros qui apparaissent dans ses autres séries, mais franchement rien de bien bloquant non plus.

La plume de l’auteur se révèle incisive, efficace et percutante, nous entrainant dans son récit avec facilité pour faire découvrir les nombreuses péripéties que va rencontrer le héros. Au final on obtient un roman, visant un public assez large, qui se révèle solide, certes avec certains aspects classiques, mais dont l’auteur apporte sa touche personnelle pour offrir un ensemble qui ne manque pas d’intérêt et dont on tourne facilement les pages. La conclusion de ce premier tome apporte d’ailleurs sont lot de révélations et de surprises tout en donnant envie d’en apprendre plus. Je lirai la suite sans soucis qui devrait normalement sortir en Anglais début 2015.

À noter que ce livre sera publié en France par Bragelonne, le 22 octobre 2014, sous le titre La Mer Éclatée Tome 1, La Moitié d’un Roi.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce premier tome de la nouvelle trilogie de l’auteur. Il nous offre une histoire solide, entrainante et captivante qui nous happe dès les premières pages. J’avais un peu peur que Joe Abercrombie, devant son envie d’écrire aussi pour un public plus jeune, perde de son côté sombre et violent, mais il n’en est rien. Alors certes ça reste plus « sage » que ce qu’il propose en adulte, mais il sait toujours aussi bien rendre la vie compliquée à tous ses héros. L’univers développé se révèle intéressant et possède encore son lot de mystères que j’espère voir développer par la suite. Concernant les personnages on s’attache assez facilement à Yarvi rejeté la faut à son handicap et qui va devoir évoluer dans la douleur et la souffrance. Les personnages secondaires sont aussi intéressants à découvrir, même si une ou deux fois certains traits de caractère nous rappellent des héros d’autres séries de l’auteur. La plume est toujours aussi incisive et percutante, nous entrainant avec facilité dans son histoire pour aboutir à une conclusion réussie, pleine de révélations et de surprises. Au final un premier tome plus que solide qui vient poser l’univers et les personnages et qui me donne envie de lire la suite.

 

Ma Note : 7,5/10

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