Auteur/autrice : BlackWolf Page 94 of 202

Zombies Challenge!

Comme vous devez le savoir si vous suivez régulièrement ce blog, je suis un grand adepte de zombies. Mon ambition pour plus tard dans la vie sera de devenir le grand Gourou zombie Dalek. Ce n’est pas gagné !

 zombies challenge

En attendant, Cornwall sur son blog, La Prophétie des ânes, nous propose de tenter de survivre à 28 semaines de zombies. Pour cela, c’est bien simple, il faut tout simplement commencer à vider sa PAL de livres sur les morts-vivants. Moi qui, à la base, ne suit pas trop challenge, préférant choisir mes lectures comme j’en ai envie et quand je le souhaite, j’ai tout de même décidé de tenter ma chance avec celui-ci pour la simple et bonne raison qu’il n’y a pas de véritable défi fixé. Je n’ai pas à choisir le nombre de livres que je vais lire, ce que je préfère amplement.

Bien entendu je suis déçu, je n’ai pas attendu ce challenge pour me lancer dans des livres de zombies, qui ne seront donc pas comptabilisé ici, mais ne vous en faites pas il m’en reste encore assez pour ne pas m’ennuyer dont voilà un petit avant-goût :

  • L’Évangile Cannibale de Fabien Clavel
  • Zombie Ball de Paolo Bacigalupi
  • Boneshaker de Chérie Priest
  • etc… ( Je ne vais pas tout vous dévoiler non plus)

Je pense aussi que plein d’autres romans, d’ici là, entreront dans cette catégorie. On se retrouve donc dans 28 semaines pour faire un bilan complet et en attendant si vous voulez suivre le challenge ou même pourquoi pas y participer c’est par ici. Rejoignez-nous manger des cerveaux !!

22/11/63 – Stephen King

22-11-63Résumé : Le 22 novembre 1963, le président Kennedy était assassiné à Dallas. À moins que…
Jake Epping, professeur d’anglais à Lisbon Falls, n’a pu refuser d’accéder à la requête d’un ami mourant : empêcher l’assassinat de Kennedy. Une fissure dans le temps va l’entraîner dans un fascinant voyage dans le passé, en 1958, l’époque d’Elvis et de JFK, des Plymouth Fury et des Everly Brothers, d’un taré solitaire nommé Lee Harvey Oswald et d’une jolie bibliothécaire qui deviendra le grand amour de Jake, un amour qui transgresse toutes les lois du temps.

Edition : Albin Michel
Poche : Le Livre de Poche

 

Mon Avis : Il y a quelques années j’étais un grand admirateur des romans de Stephen King, à chaque nouvelle sortie je faisais le maximum pour me le procurer au plus vite. J’adorais frissonner ou voyager avec ses romans. Puis peu à peu je me suis moins reconnu dans certains de ses écrits, j’avoue même avoir été déçu par des romans comme Dreamcatcher ou encore Cellulaire. Cela ne voulait pas dire que j’allais arrêter de le lire, j’étais juste moins impatient de me lancer dans ses romans, même si Dome avait réussi a me surprendre agréablement, malgré quelques longueurs. C’est donc sans surprise que ce roman a un peu trainé dans ma PAL, il a fallu attendre que j’apprenne la sortie prochaine en poche (le 1er Octobre) pour me rappeler de le découvrir.

L’auteur décide ici de visiter l’Histoire, ou plutôt de la revisiter, à travers la possibilité pour notre héros de remonter dans le temps. J’avoue que dès les premières pages j’ai eu l’impression de retrouver un peu du meilleur de l’auteur, j’ai été touché par les personnages et intéressé par l’histoire qui est racontée. L’auteur se base sur une idée claire et accessible avec ce trou de vert temporel qui ramène infailliblement à la même date du 9 septembre 1958. Il pose alors des règles simples, mais efficaces, concernant le voyage dans le temps comme par exemple celle qui veut que le passé ne se laisse pas modifier et qu’il va tout faire pour empêcher cela. L’ensemble se met alors à fonctionner de façon vraiment fascinante dès les premières pages. Je me suis rapidement trouvé happé par Jake qui va se lancer dans cette quête incroyable de vouloir modifier le passé pour rendre meilleur l’avenir. Mais peut-on vraiment y arriver ? Surtout est-ce que changer le passé améliorera vraiment les choses ? Entre thriller, fantastique et histoire d’amour, l’auteur nous plonge alors dans une intrigue qui se révèle assez entrainante, dont on tourne les pages avec envie d’en apprendre plus, apportant son lot de révélations, de réflexions et de rebondissements.

L’auteur s’amuse alors à nous plonger dans la fin des années 50, début des années 60, et nous présente cette époque tout d’abord avec mélancolie. Cette période où chacun connaissait ses voisins, où internet et le téléphone portable n’existait pas, où les grandes soirées étaient les bals locaux, où les prix étaient au plus bas, où on sortait de chez soi sans fermer la porte à clé et où les aller plus loin que 30 minutes de chez soi était limite une aventure. Puis peu à peu il nous rappelle que cette époque n’était pas non plus qu’un paradis, qu’à cette époque le racisme et le sexisme étaient fortement présents, la médecine, la technologie et la science n’avaient pas encore le niveau d’aujourd’hui de plus l’époque possède ses conflits mondiaux qui font frémir des nations entières. On sent aussi les prémices des soucis de notre époque, principalement à Dallas avec la pauvreté ou encore sa trop forte densité. Il est clair l’auteur s’est fortement documenté sur cette période, le moindre détail est expliqué et c’est là que je retrouve certains des défaut de l’auteur. Son univers est dense, fascinant, mais il en fait pas moment beaucoup trop, certes je peux comprendre qu’il ait effectué un énorme travail de fond, mais voilà parfois il exagère. Par contre quel plaisir de revenir dans des lieux en lien très fort avec d’autres roman de l’auteur comme par exemple Derry dans le Maine, ville fictive qui a déjà été le centre de différentes intrigues de l’auteur dont Ça.

J’ai, par contre, été complètement accroché par les personnages qui sont, selon moi, l’un des gros points forts du récit. On s’identifie finalement assez rapidement au narrateur, personnage lambda, qui se retrouve embarquer dans une aventure qu’il ne parait pas maîtrisé et qui l’effraie. Obligé de vivre plusieurs années dans le passé il va alors devoir découvrir une nouvelle vie. La relation amoureuse qu’il construit au fil de la lecture se révèle efficace et m’a véritablement touché tant elle parait sincère et réaliste avec ses hauts et ses bas, le tout malgré toutes ses impossibilités. Chacun des personnages possède une véritable profondeur et chacun va alors devoir faire des choix, devoir avancer en fonction de ses convictions et de ses doutes. Alors parfois, c’est vrai, l’auteur offre quelques facilités, des personnages acceptant des situations parfois limites improbables, mais rien de dérangeant tant ils se révèlent travaillés et soignés.

 Puis au fil des pages j’avoue, j’ai commencé à me lasser, à décrocher légèrement, comme je l’ai dis certains des défauts que je retrouvais dans d’autres romans de l’auteur se retrouvent de nouveau ici. Il se met à broder, il devient de plus en plus bavard voir même à en vouloir en faire de trop, ce qui donne  par moment une impression de longueur et de lourdeur. Je pense par exemple à toutes les scènes où il espionne Lee Oswald qui m’ont paru tourné en rond ou bien ce fameux passé qui se bat pour ne pas se laisser modifier qui donne une impression, à force, de toujours vouloir en ajouter pour ne jamais conclure. C’est bien simple il y a des moments où je me suis retrouvé à lire limite en diagonale, pas que ce soit mal écrit, juste parce-que je commençais à m’ennuyer, principalement vers le milieu du livre. Il a fallu attendre la dernière partie pour que je sois de nouveau happé et heureusement que je n’ai pas lâché, car j’ai trouvé la conclusion vraiment réussie principalement par cette mélancolie qu’elle dégage et que je vous laisse découvrir. C’est dommage, car le roman aurait perdu, je dirais, minimum 200 pages il aurait été, selon moi, beaucoup plus abouti et meilleur. À croire qu’avec le temps Stephen King a du mal à lâcher la plume.

La plume de l’auteur se révèle soignée, simple, fluide et surtout offre au lecteur une histoire, certes longue par moments, mais qui ne manque pas non plus d’idées et de réflexions. Il ne manque pas non plus de se révéler intelligent et réussi à aboutir à une conclusion sur ce voyage dans le temps, certes devinable, mais qui m’a paru réussi et prenante. Par contre je me demande vraiment si en 1958, ou même en 2011, on arrive encore à appeler sa compagne ma pépette. Finalement, une fois la dernière page tournée j’ai eu du  mal à définir mon ressenti vis-à-vis de ce livre, il y a des points vraiment intéressants, mais les passages qui traînent en longueur m’ont vraiment dérangés. On est donc loin du meilleur de Stephen King, mais ce 22/11/63 offre tout de même une lecture qui se révèle plutôt sympathique.

En Résumé : J’espérais avec ce roman renouer avec le meilleur de l’auteur, j’y ai même cru avec les premières pages qui ont rapidement réussi à me happer, offrant une histoire de voyage dans le temps pleine de réflexions et d’idées intéressantes, basant le tout sur des règles simples mais efficaces. Puis finalement au fil des pages j’ai commencé à décrocher légèrement, l’auteur rentrant beaucoup trop dans les détails, selon moi, offrant des répétitions voir même retardant de trop sa conclusion en jouant avec excès sur cette idée que le temps se défend pour pas qu’on ne le modifie. J’ai trouvé cela dommage, car on sent bien que l’auteur s’est fortement renseigné, nous offrant une période de 1958 à 1963 vraiment fascinante et soignée. De plus les personnages m’ont vraiment accroché et cette fameuse histoire d’amour a même réussi à me toucher. Je pense que ce livre, avec facilement 200 pages de moins, aurait été plus abouti et réussi. Il a fallu en effet attendre la dernière partie pour que je sois de nouveau captivé par les aventures de Jake qui offrent une conclusion vraiment efficace et poignante. Au final ce n’est pas le meilleur roman de l’auteur, mais je l’ai trouvé tout de même plutôt sympathique avec ses qualités et ses défauts.

 

Ma Note : 6,5/10

L’Abomination d’Innswich – Edward Lee

l'abomination d'innswichRésumé : Riche dilettante et fan de Lovecraft, à titre posthume puisque le maître mourut quelques années plus tôt, Foster Morley entreprend une tournée en bus à travers le Massachusetts, cherchant à mieux connaître les lieux qui inspirèrent le Maître.
Jusqu’à ce qu’il tombe sur Innswich, une petite ville côtière qui pourrait bien avoir inspiré à Lovecraft Le Cauchemar d’Innsmouth ! S’attardant en ville, il découvre que l’hôtel dans lequel il réside est le même que celui où le Maître a séjourné. De plus, un douteux photographe l’appâte en prétendant détenir une photo de l’écrivain, preuve incontestable de son passage en ville.
Mais pourquoi toutes les femmes de ce petit port sont-elles enceintes ? Quels rituels sinistres se déroulent au premier étage inaccessible de l’hôtel ? Et si Lovecraft ne s’était pas juste inspiré des lieux ? Certaines de ses créatures les plus grotesques sont-elles uniquement le fruit d’une imagination fertile ?

Edition : Mythologica

 

Mon Avis : Ce livre n’a pas fini dans ma PAL par hasard, il faut dire que le titre m’a tout de suite attiré me rappelant fortement le titre d’un livre de Lovecraft ; Le Cauchemar d’Innsmouth. Une fois en main je me suis rapidement rendu compte que ce n’était pas anodin, que l’auteur est aussi un admirateur de Lovecraft et qu’à travers ce roman il a justement voulu lui rendre hommage. Donc quand Marmotte m’a vu contempler ce livre elle a décidé de me l’offrir pour que je puisse me faire mon avis. À noter la couverture, illustrée par Philippe Jozelon, que je trouve plutôt jolie.

J’avoue qu’au début j’ai eu un peu peur, d’un hommage l’auteur paraissait finalement faire un copier-coller général de l’intrigue en la déplaçant juste d’époque et je me demandais donc si je n’allais pas être déçu. Puis au fil des pages je me suis rapidement laissé immerger par le récit et l’ensemble à commencer à fonctionner et à me donner envie de continuer. L’auteur connait clairement bien ses classiques, il sait faire monter la tension lentement transformant une situation tout ce qu’il y a de plus normal vers quelque chose de beaucoup plus troublant, sombre et violent. Il reprend la recette qui fonctionnait à merveille avec Lovecraft pour faire monter la tension et l’étrange au fur et à mesure de la lecture, mais l’auteur va plus loin, il apporte aussi sa propre touche à l’ensemble car, contrairement à Lovecraft qui restait finalement très puritain dans ces textes, Edward Lee y apporte du sang et du sexe ce qui, je trouve apporte une dose de malaise supplémentaire, sans non plus trop en faire ou tomber dans le graveleux. Le rythme se révèle efficace et fluide, avec de plus en plus de révélations et de rebondissements au fil des pages qui m’ont accroché et se sont révélés percutants.

Le personnage de Foster Morley est un héros assez déplacer par son côté un peu niais, simple et très chrétien ce qui offre un certain décalage et une certaine légèreté entre ce que nous présente le narrateur à travers son regard et ce qu’il pense. C’est d’ailleurs un peu sur cet humour noir et cynique que repose le récit, la façon dont va réagir notre héros face aux différentes monstrueuses découvertes qu’il va rencontrer et cette lente plongée dans l’horreur de la ville qui va considérablement le changer. Les autres personnages qu’ils rencontrent au fur et à mesure ne manque pas d’intérêt, même si finalement ils se révèlent très balisés, pour peu qu’on lise ce genre de récit régulièrement, avec une mention particulière pour Marie qui accroche un minimum le lecteur par ses traumatismes tout en se révélant ambigüe. Concernant cette fameuse ville d’Innswich, l’auteur nous offre une ville en plein changement, abandonnant le petit village de pêcheur pour un complexe beaucoup plus récent où le béton prédomine. Un véritable cauchemar urbain. L’auteur la décrit juste assez pour offrir une ambiance dérangeante, mélange de ville accueillante et déroutante, qui m’a bien captivé.

Alors autant le dire tout de suite, oui cette histoire est plaisante, se lit facilement et offre un bon moment de lecture, mais elle est loin d’atteindre le niveau de Lovecraft. Déjà l’aspect hommage, reprenant les grandes lignes du cauchemar d’Innsmouth, fait que tout du long de ce récit ressort tout de même une impression de déjà-vu, ce qui limite fortement les surprises. Ensuite, certains aspects spécifiques que l’auteur apporte à son récit m’ont paru ne pas servir à grand-chose, certes ce sont des petits clin d’œil à l’œuvre de Lovecraft, mais franchement ici ils n’apportent rien selon moi ; je pense par exemple à cette possibilité de ramener les morts à la vie. Enfin le twist final m’a paru un peu trop gros, l’auteur cherchant alors à en faire de trop et surtout cela amène quelques Deus Ex Machina un peu facile à mon goût tout en offrant aussi une légère confusion.

La plume de l’auteur se révèle simple, efficace et entrainante on se laisse facilement porter par cette plongée au fil des pages dans cette ville qui est loin de se révéler le Paradis sur Terre. Au final on obtient un texte qui, certes, ne révolutionnera pas le genre, mais qui se révèle plaisant à lire, fluide et efficace et m’a donné envie de me pencher plus en avant sur d’autres écrits de l’auteur. Un hommage à Lovecraft qui se révèle sympathique et agréable.

En résumé : J’avoue avoir passé un agréable moment de lecture avec ce texte qui propose ici un hommage à Lovecraft et plus principalement au livre Le Cauchemar d’Innsmouth. L’intrigue, certes classique et déjà-vu, se révèle fluide, efficace et entrainante sachant faire monter lentement la tension au fil des pages malgré un début un peu trop copier-coller à l’œuvre référence. Les personnages se révèlent vraiment intéressants que ce soit à travers Foster Morley, héros niais et simple qui se retrouve en plein cauchemar, ou bien encore Marie qui arrive un minimum à toucher le lecteur. La ville d’Innswich offre un cadre clairement ambigu, qui se révèle trouble et efficace. Le style de l’auteur se révèle simple et entrainant, plongeant assez facilement le lecteur dans son univers. Alors certes on est loin du niveau de Lovecraft, l’ensemble possédant un petit air de déjà-vu ce qui le rend linéaire, certains aspects utilisés n’apportent rien à l’histoire et la conclusion possède un twist que je trouve inutile et qui offre des Deus Ex Machina frustrants, mais dans l’ensemble ça se lit facilement et se révèle vraiment sympathique. Je ne serai pas contre lire d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 7/10

Les Perséides – Robert Charles Wilson

les perseidesRésumé : C’est l’histoire de deux géographies intriquées : celle des ruelles nocturnes de Toronto et celle de l’étrange librairie Finders, deux géographies qui ne sont pas ce qu’elles semblent être car non, décidément, la carte n’est pas le territoire… C’est l’histoire des abîmes vertigineux de l’espace et du temps et de ce qu’ils abritent, de l’étrange et de l’occulte, là, au coin de la rue, au détour d’un rayonnage de bibliothèque ou sur une case d’échiquier… C’est l’histoire de ce qui ne peut être vu et que l’on voit quand même, de ce qui ne peut être dit et qu’il nous faut dire, malgré tout… C’est l’histoire des Perseides, neuf récits se répondant les uns les autres pour tisser l’ébauche d’un paysage indicible, un livre à l’ombre des grands maîtres tutélaires de l’œuvre wilsonienne : Jorge Luis Borges, Howard Phillips Lovecraft et Clifford D. Simak en tête. Peut-être le livre le plus personnel de Robert Charles Wilson.

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : De Robert Charles Wilson je me suis finalement rendu compte que je n’avais quasiment lu que des romans et très peu de nouvelles. En fait la seule nouvelle que j’ai lu de lui c’est, L’Observatrice, publié initialement dans l’anthologie Utopiales 2012 et qu’on retrouve d’ailleurs aussi dans ce livre. Donc quand a été annoncé ce recueil de nouvelles de l’auteur, j’avoue que je n’ai pas mis longtemps à me laisser tenter. Puis, il faut bien avouer que la couverture, illustrée par Manchu, se révèle très jolie et possède quelque chose de poétique qui donne envie de le lire je trouve. À noter que ce recueil contient neuf nouvelles.

Les Champs d’Abraham : Cette nouvelle nous plonge dans le quotidien de Jacob, en 1911, jeune juif intelligent qui gagne sa vie de petits boulots et doit élever sa sœur qui souffre de troubles mentaux. Son seul moment de détente et quand il rejoint la librairie Finders pour jouer aux échecs avec son patron, Oscar Ziedler. Une nouvelle qui pose une ambiance que j’ai trouvé intéressante, se révélant étrange et de plus en plus dérangeante au fil des pages avec l’ambiguïté qui transparait doucement de cette librairie et principalement de son propriétaire Oscar Ziedler. Je trouve par contre légèrement dommage que le reste ne suit pas toujours, que ce soit dans l’univers qui essaie de dévoiler la pauvreté de l’époque, mais restant toujours en surface, ou bien encore dans les choix qui m’ont paru mal amené, trop rapides et dont certaines explications m’ont paru manquer. Dommage car le personnage principal de Jacob se révèle attachant, devant faire face à des choix et des décisions pas toujours faciles  à prendre, principalement vis-à-vis de sa sœur. Une nouvelle au final juste sympathique à l’ambiance sombre et la conclusion surprenante, mais dont certains aspects manquent de consistance.

Les Perséides : Une nouvelle plus contemporaine qui nous fait découvrir Thomas, amateur d’astronomie, qui suite à un divorce se retrouve à changer de vie, va trouver un petit boulot dans une librairie et va alors rencontrer Robin. Un texte que j’ai trouvé efficace, principalement grâce, de nouveau, à son ambiance qui plonge lentement le lecteur au fil des pages d’une situation banale vers quelque chose de plus dérangeant, horrible et troublant. On se retrouve entrainé par ses personnages humains et légèrement paumés qui vont peu à peu se retrouver embarquer dans un groupe et qui nous rappelle que le ciel est finalement bien plus que ce qu’on peut croire, qu’il peut s’y cacher de nombreuses choses. Le parallèle avec l’aspect des sectes est aussi présent et l’auteur y ajoute une petite dose de chamanisme qui apporte une touche supplémentaire, je trouve, de mystère. J’en dévoile pas trop pour ne pas trop spoiler mais j’ai bien aimé ce récit à la conclusion surprenante et déroutante.

La Ville dans la Ville : Cette nouvelle nous présente un groupe de personnes érudites qui se retrouvent régulièrement pour discuter se lancer différents challenges. Un jour un des participants les plus discret va proposer de développer une nouvelle religion et la meilleure serait déclarée gagnante. Le grand intérêt de cette nouvelle vient principalement de la ville de Toronto qui devient ici clairement le centre de l’histoire. Elle en est le pivot et se révèle tout à fait fascinante à découvrir, possédant ses zones d’ombres et de mystères où se mélangent mythes, imaginations et réalité. Au fil des pérégrinations du héros on va se rendre compte aussi que quelque-chose s’y cache, quelque chose de plus profond. Une histoire efficace où l’auteur s’amuse à manipuler le lecteur jusqu’à cette conclusion trouble, percutante, pleine de rebondissements et passionnante.

L’Observatrice : Comme je l’ai dit j’ai déjà lu cette nouvelle dans l’anthologie des Utopiales 2012. Vous pouvez retrouver ma chronique ici. Cette deuxième lecture ne lui a rien enlevé de son charme avec cette rencontre captivante entre une jeune fille et Edwin Hubble qui traite de façon humaine, à travers l’idée de l’enlèvement par des extra-terrestres, de la différence et de la solitude.

Protocoles d’Usage : Cette nouvelle fait, selon moi, partie des meilleurs du recueil elle nous fait découvrir un personnage bipolaire sous traitement au Lithium et qui se retrouve à suivre une thérapie de groupe. L’auteur nous plonge alors dans une histoire déroutante, ambigu et offrant alors un lien bien trouvé avec les phéromones qui permettent aux insectes de communiquer. La tension est parfaitement bien gérée par l’auteur, montant lentement au fil des pages pour véritablement happer le lecteur et lui donner envie d’en savoir plus. Les personnages se révèlent humains avec leurs problèmes à gérer. Un texte intelligent et réussi qui traite aussi de la médication, de la façon dont on plonge de plus en plus facilement dedans, pas toujours à bon escient y cherchant parfois plus un bien-être chimique qu’une véritable solution.

Ulysse voit la lune par la fenêtre de sa chambre : Cette courte nouvelle, j’avoue, je ressors plutôt mitigé de ma lecture. L’auteur cherche ici à développer un texte à chute, traitant d’une conscience supérieure dont on ne serait rien car on ne pourrait pas la voir ni la reconnaitre comme tel. Elle nous fait alors découvrir un couple qui bat de l’aile dont le mari invite un soir un de leur meilleur ami, qui a secrètement des vues sur sa femme. J’ai trouvé que l’ensemble manquait un peu de profondeur, j’ai bien senti que les idées étaient là, je vois bien le jeu de manipulation, le doute qui s’installe, mais il m’a paru manquait quelque-chose. L’ensemble aurait peut-être mérité d’être un peu plus long.

Le Miroir de Platon : Cette nouvelle nous fait découvrir un écrivain a succès, coureur de jupons qui va alors voir sa vie bouleverser le jour où une jeune admiratrice vient lui offrir en cadeau un miroir. Une histoire à la construction assez classique avec cette idée de « monstres » dans le miroir qui, même si elle ne révolutionne pas le genre, se révèle pertinente, efficace et plutôt réussie. L’aspect ambigu du personnage principal narcissique, égoïste et qui pourtant parait cacher quelque-chose de plus profond apporte aussi un plus, je trouve à l’ensemble le tout dans une ambiance très fêtarde voir hippie avec mélange d’alcool et de drogue qui plonge peu à peu dans l’étrange et l’angoissant. Au final un texte agréable et qui se lit bien avec une conclusion efficace.

Divisé par l’Infini : Cette nouvelle nous présente un homme qui a du mal à se remettre de la mort de sa femme, devenu limite suicidaire et dont la vie va basculer après sa visite à la librairie Finders ou a travaillé sa femme durant des années. Il va en repartir avec des livres de SF d’anciens auteurs connus, mais qui n’ont jamais été écrit. Cette nouvelle se repose clairement sur les plausibilités des univers parallèles et monte clairement en tension au fil des pages. L’auteur tire au fil des pages le fil de son imagination pour nous offrir un récit qui se révèle de plus en plus éblouissant, débridé, SF et aux multiples chemins, ce qui peut soit fasciné, soit rebuté. J’avoue, de mon côté, avoir été accroché par les différentes possibilités présentées, l’univers ainsi que par la conclusion ouverte qui nous est proposé. L’aspect humain du héros, sa souffrance joue aussi énormément. Un texte efficace et réussi.

Bébé Perle : Cette nouvelle nous fait découvrir Deirdre, personnage qu’on retrouve dans différentes autres textes du recueil et qui est vendeuse à la libraire Finders. L’auteur cherche alors à construire ici une nouvelle qui penche beaucoup plus vers le côté angoissant et horreur que les précédentes, se rapprochant même légèrement de Lovecraft. L’ambiance ne manque pas de se révéler prenante et les idées sont présentes, mais voilà je n’ai jamais réussi complètement à m’accrocher à ce texte. Le personnage principal se révèle plutôt intéressant mais les personnages secondaire ne donnent l’impression de servir à rien, le rythme m’a paru trop haché avec un début trop lent et une fin trop rapide, ou bien encore certains aspects et certaines scènes m’ont paru manquer d’intérêt. L’auteur annonce clairement dans la Postface qu’il a écrit ce texte en 10 minutes, c’est peut-être là que ça bloque, car pour moi ce texte aurai mérité d’être plus travaillé. Dommage

 

Ce recueil, finalement, nous fait découvrir Robert Charles Wilson dans un registre un peu différent de ce que je connaissais de lui à travers mes différentes lectures, proposant toujours de la SF mais cherchant plus le côté troublant, angoissant, dérangeant et je dois bien avouer qu’il s’en sort plutôt bien. Alors certes tous les textes ne sont pas au même niveau, certains m’ayant même laissé perplexe, mais dans l’ensemble il propose des récits que j’ai trouvé efficaces, qui savent jouer avec la tension et le merveilleux et dont j’ai même parfois été surpris. On sent bien que l’auteur possède une imagination débordante, nous faisant aussi découvrir la ville de Toronto sous un regard assez magique. Au final ce recueil m’a offert une lecture très agréable.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce recueil de nouvelles qui nous permet de découvrir Robert Charles Wilson dans un genre différent, cherchant plus à développer des textes étranges et déroutants. Alors bien entendu tous les textes ne sont pas au même niveau, un ou deux ayant même eu du mal à me convaincre, mais dans l’ensemble ils se révèlent tout de même efficace et nous font découvrir la ville de Toronto sous un autre jour, pleine de magies et de mystères. Les personnages se révèlent toujours aussi humains et attachants. En tout cas j’ai maintenant envie d’en apprendre encore plus sur cette librairie Finders.

 

Ma Note : 7/10

Anti-Glace – Stephen Baxter

anti-glaceRésumé : L’anti-glace est une matière au potentiel hautement énergétique. Inerte à basse température, elle atteint son rendement optimal sous l’effet de la chaleur. Depuis sa découverte par une expédition anglaise dans les neiges du pôle Sud, elle a donné à la Couronne britannique le leadership mondial en cette seconde moitié du XIXe siècle. Un leadership qui ne fait qu’exacerber les tensions entre le Royaume-Uni, la France et la Prusse…
Jeune diplomate en mal d’aventures, Ned Vicars est à Ostende dans le but de contempler l’avènement d’une de ces merveilles scientifiques qu’autorise l’anti-glace. Mais il se retrouve bientôt bloqué, lui et une poignée d’autres infortunés, à bord du Phaeton, engin prodigieux qui quitte l’atmosphère terrestre en direction de la Lune. L’équipée fantastique commence…

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : De Stephen Baxter je ne me suis, pour le moment, contenté de lire qu’une partie du cycle de Xeelees qui m’a offert un bon moment de lecture, Space-Opera efficace et soigné d’un point de vue scientifique. Les derniers tomes m’attendent d’ailleurs dans ma PAL. D’autres romans de l’auteur m’attendent aussi et, j’avoue, j’ai rapidement flashé et fait sortir de ma bibliothèque cet Anti-Glace, publié il y a peu chez Le Bélial’ et qui me donnait fortement envie par son résumé très Steampunk et surtout par sa couverture illustrée par Manchu & Philippe Gady, que je trouve sublime. Il est à noter que ce roman a été initialement publié en VO en 1993.

J’avais hâte de voir ce que pouvait bien proposer l’auteur, cette histoire se révélant différent du peu que j’ai lu pour le moment de lui, cherchant plus à nous offrir un récit hommage à des auteurs comme Jules Verne ou H.G. Wells et où le Steampunk prédomine. Pourtant, une fois la dernière page tournée je dois bien avouer que je me suis bien amusé avec ce livre, mais qu’un sentiment d’insatisfaction persiste sur certains points que j’ai trouvé traité de façon un peu trop légères pour moi. Je m’explique. Concernant l’intrigue en elle-même se révèle plutôt plaisante, fun et se laisse lire assez facilement bien porté par les différentes aventures et péripéties que vont rencontrer nos héros même s’il faut bien l’avouer l’ensemble parait un peu irréel tant les différents passages manquent parfois de cohérence et surtout de réalisme. On a plus l’impression par moment que l’auteur a clairement voulu s’amuser avec ce récit, que construire une histoire cohérente et logique ce qui est, j’ai trouvé par moment, légèrement perturbant. J’ai trouvé aussi que le rythme, même s’il n’est pas ennuyeux, se révélait très haché. On se retrouve par certains passages clairement emporté par les rebondissements qui apparaissent, mais l’ensemble est contrebalancé par des passages, principalement des dialogues, beaucoup trop verbeux qui m’ont paru parfois traîner en longueur.

L’univers Stempunk qui est développé au fil des pages se révèle par contre intéressant et fascinant avec la découverte de cette anti-glace la fin du 19ème siècle qui alors, d’un point de vue technologique, se retrouve complètement bouleverser. Le monde découvre de nouvelles inventions avec la possibilité de se déplacer sur un monorail même à travers la mer, ou encore ce Prince Albert fascinant et gigantesque paquebot terrestre, image décadente d’une nation sans aucune limite, mais aussi encore par des inventions plus sombres et plus destructrices. L’ensemble donne franchement envie d’en découvrir plus. Ce mélange de cuivre, de tuyauteries et de vapeur arrive toujours autant à me passionner, l’auteur arrivant ici à le rendre réaliste et intéressant et surtout bien poser par des aspects et des théories scientifiques qu’il rend toujours aussi accessible, même si parfois un peu longuet. Une couche d’humour et d’ironie, parfois caricatural, vient également teinter cette histoire, on le sent bien autant dans les personnages que dans les différentes nations, leurs visions et leurs différences ce qui ajoute une touche divertissante et ne manque pas de faire sourire.

Ce livre n’est pas non plus qu’un simple récit d’aventure dans un monde revisité Steampunk, c’est aussi une uchronie ; l’Angleterre avec l’Anti-Glace ayant découvert aussi une arme de destruction massive qui vient la positionner en nouvelle nation forte du monde. Le parallèle avec les Etats-Unis suite à la seconde guerre mondiale et clairement établi. L’auteur cherche alors à faire réfléchir le lecteur sur l’impérialisme, la révolution, l’anarchisme, la guerre, le pouvoir et surtout sur les différences qui font que vouloir se positionner en gardien d’une paix mondiale parait utopique tant les visions des uns et des autres se révèlent différentes. Mais voilà j’ai trouvé par moment que l’ensemble était mal amené voir même parfois un peu trop caricaturale, comme si l’auteur cherchait à balancer ses axes de réflexions, mais sans les travailler ni les affiner. L’ensemble se révèle donc parfois trop bancal à mon goût. Puis arrive la conclusion et là, j’avoue, j’ai été happé par le livre, une conclusion amère au message sombre, efficace, pertinent et percutant qui ne laissera pas le lecteur indifférent. J’ai donc eu, avec ce roman, l’impression d’une histoire coupée en deux, une première partie où l’auteur s’amuse, et amuse le lecteur, à travers son hommage, sans chercher la logique, ce qui déroute, et une fin de récit beaucoup plus réussi et entrainante offrant des images fortes, réfléchies et poignantes.

Concernant les personnages je ressors aussi avec un avis un peu mitigé, j’ai trouvé les protagonistes secondaires convaincants et vivants, arrivant à faire avancer l’histoire et à apporter leurs touches au fil des pages, les rendant intéressant à découvrir. Là où j’ai bloqué c’est concernant le personnage principal, il s’agit d’un diplomate un peu simple que j’ai trouvé efficace au début, son côté un peu candide permettant d’appréhender ce monde de façon rafraichissante en le découvrant limite avec des yeux nouveaux, mais très vite l’auteur en abuse. De crédule son personnage devient beaucoup trop naïf pour finir limite tête à claques tant il donne l’impression d’être une coquille vide à qui on doit tout expliquer et apprendre. Et pourtant il arrive à ressortir quelque-chose d’attachant en lui, à travers son héroïsme forcé par les évènements et surtout les beaux yeux d’une française, il arrive même sur la fin à devenir un personnage consistant avec ses propres idées et références, mais que c’est long et parfois laborieux. Certes cela permet à l’auteur d’apporter sa touche scientifique, comme il l’a fait avec les deux premiers tomes de son cycle de Xeelees, proposant un dialogue entre une personne qui a la connaissance et une autre qui ne l’a pas, mais voilà quand la personne qui ne sait rien est toujours la même c’est frustrant voir répétitif.

La plume de l’auteur se révèle simple, entrainante et, même si je l’ai trouvé un tout petit peu moins entrainante que d’habitude, elle donne envie tout de même de tourner les pages pour découvrir la suite. Au final il faut donc bien avouer que ce roman de Stephen Baxter n’est sûrement pas son meilleur, mais il n’est pas non plus complètement mauvais pour autant. L’ensemble est clairement bancal, voir parfois irréel, j’en attendais peut-être aussi trop, mais cela ne l’empêche pas de se révéler plutôt divertissant avec des axes de réflexions plus ou moins passionnants et une conclusion qui se révèle, selon moi, réussie. Il ne me reste plus qu’à me replonger dans les autres écrits de lui qui sont dans ma PAL.

En Résumé : Je dois bien avouer que je ressors de cette lecture avec un sentiment plutôt ambigu, je me suis bien amusé avec ce livre, mais l’ensemble est loin d’être parfait. L’intrigue, qui rend hommage à des auteurs comme Verne ou Wells, se révèle pleine d’aventures et de péripéties intéressantes, mais elle m’a paru manquer par moment de logique et voit son rythme parfois plombé par certains dialogues trop verbeux et un peu long. L’univers Steampunk se révèle être très réussi, mélange de vapeur, de tuyauterie, de cuivre et d’inventions qui donnent envie d’en apprendre plus. L’uchronie, qui redéfinit le jeu des pouvoir en Europe avec l’Angleterre devenue une grande puissance grâce à cette arme qu’est l’anti-glace, offre des réflexions sur le pouvoir et la paix qui se révèlent intéressantes et parfois pertinentes, mais qui m’ont aussi paru mal amenés et lancé sans être totalement affinées. Concernant les héros de ce livre j’ai trouvé les personnages secondaires pertinents, efficaces et intéressant mais j’avoue avoir eu du mal avec le personnage principal qui malgré quelques aspects attachants se révèle beaucoup trop naïf et parfois tête à claques. Le style de l’auteur se révèle simple et entrainant. Au final ce n’est sûrement pas le meilleur livre de l’auteur, j’en attendais peut-être trop aussi, mais il se révèle divertissant.

 

Ma Note : 6,5/10

Le Jeu des Sabliers – Jean-Claude Dunyach

le jeu des sabliersRésumé : De mystérieux sabliers. Une étrange prophétie. Et des cartes de tarot, qui contiendraient peut-être la clé de l’énigme… Mais, au cœur d’un monde où le temps est parcouru de crevasses béantes, les ombres laissées par les anciens dieux rôdent toujours… Alliés de circonstance, un jongleur errant, une guerrière aussi jeune que dangereuse et un bouffon étrangement savant se voient remettre, par un singulier vieillard, une carte à leur image. Devenu leur employeur et mentor, l’homme les entraîne dans un jeu mortel où tout est trompeur. Malgré leur méfiance réciproque, exacerbée par une rivalité à fleur de mots et volontiers de lames, pourront-ils déjouer les obstacles et parvenir au bout de leur quête ?

Edition : Multivers
Poche : Folio SF

 

Mon Avis : Jean-Claude Dunyach fait partie des auteurs majeurs de la Science-Fiction française, avec énormément de textes à son actif et pourtant je dois bien avouer que, à ce jour, je n’ai lu que quelques-unes de ses nouvelles, effleurant à peine son œuvre. Il y a quelques mois j’ai donc décidé de rectifier le tir en me laissant tenter par ce roman, annoncé comme le premier de l’auteur, et ainsi découvrir plus en profondeur sa bibliographie. Il faut bien avouer aussi que la couverture, illustrée par Bruno Wagner, se révèle intrigante et donne envie d’en apprendre plus. Il est à noté que ce roman, je ne le savais pas au démarrage de ma lecture, est la réédition d’un diptyque publiés en 1987 et 1988 chez Fleuve Noir.

On se retrouve à travers ce livre à suivre le destin de Jern, un jongleur qui traverse la vie sans se soucier ni s’intéresser à rien, qui va être contacté par Olym, poète, qui a besoin de lui pour mener à bien sa quête permettant de retrouver trois sabliers bien spécifiques. L’histoire dans son ensemble reste, il faut bien l’avouer, très, voir trop, classique avec ce mélange de quête, de héros assez stéréotypés et de prophétie. On sent bien que, ce qui devait être captivant à l’époque de sa première publication, a aujourd’hui perdu de son originalité pour devenir assez courant voir même limite caricatural. Pourtant, cela n’empêche pas l’auteur d’arriver à rendre cette intrigue finalement un minimum intéressante par le fait que le roman se révèle somme toute assez court, ce qui offre ainsi à l’histoire un rythme soutenu et permet de maintenir un minimum de tension tout du long. Mais voilà l’intérêt est aussi contrebalancé par cette impression que l’auteur suit à la ligne un script pré-écrit, ce qui a la mauvaise impression de rendre l’ensemble plutôt linéaire et surtout, marquant quand même de surprise, le lecteur arrivant à deviner à l’avance la plupart du temps les coups de théâtres que le roman cherche à amener.

La force du roman finalement ne réside en fait pas dans l’intrigue, qui ne sert en définitive que de vaisseau à ce que je cherche à faire partager l’auteur, que ce soit aux travers de réflexions, comme des idées qu’il propose. En effet les nombreuses images philosophiques qu’il construit autour de cette quête se révèlent complexes, soignées et en feront réfléchir plus d’un avec, par exemple, ses nombreuses religions qui portent toutes un message plus profond qu’on peut le croire, ou encore cette lente quête initiatique qui va faire évoluer nos héros à chaque épreuve qu’ils vont rencontrer. On en trouve aussi dans ce qui transparait des héros, les différentes peurs sous-jacentes qu’ils développent au fil des pages et qu’on ressent à travers les nombreux non-dits allant de la perte de contrôle, passant par ce besoin de tenter d’avancer et de s’améliorer, mais également l’impression d’inutilité dans ce monde. Ce sont clairement les différentes possibilités de lecture de cette histoire qui ont fait que j’ai continué à tourner les pages avec l’envie d’en apprendre plus. Plus on avance plus on se rend compte que la quête est d’ailleurs viciée, qu’une vérité s’y cache plus profonde, plus intime, mais plus destructrice. Un jeu de manipulation qui aboutit à une conclusion désabusé, sur le dépassement de soi et où tout est un cycle.

Autre point qui se révèle très intéressant c’est l’univers qui est construit dans ce livre, un monde de Science-Fantasy alternant les voyages inter-galactiques, les armes futuristes avec des mondes plus archaïque, très typé Fantasy, avec leurs cultes, leurs sociétés et leurs façons d’avancer. L’ensemble se révèle réussi et ne manque pas de charme, plongeant même, plus on avance dans l’histoire, vers quelque chose qui oscille entre onirisme magique et dureté qui, j’avoue, m’a fasciné et m’a donner clairement envie d’en apprendre plus. Entre la planète chef-d’œuvre de sculpture, la religion des Lanceurs de Pierre qui croient que la pierre est sacrée, l’animal-temple qui se construit dans la chair et les os ou encore ce monastère bien étranger, le lecteur se trouve franchement intrigué par l’ensemble et devant l’imagination de l’auteur qui arrive surtout à rendre le tout cohérent et tout à fait captivant. On sent qu’il y a  derrière tout cela pas mal de densité pour développer d’autres histoires. L’utilisation du tarot apporte aussi un plus, offrant des parallèles métaphysiques qui ne manquent pas d’attraits. D’ailleurs la découpe des chapitres n’est pas anodine, chaque chapitre offrant l’explication d’une lame de tarot.

J’ai trouvé par contre que les personnages étaient l’un des gros points faibles du récit. D’une ils se révèlent caricaturaux, entre la guerrière qui résout quasiment tout par la force et qui la considère comme pièce maitresse de la vie, l’ancien manipulateur et poète qui, vieillissant, recherche la vie éternelle, Dorian qui joue la pièce du bouffon, un nain au savoir sans commune mesure ; seul Jern m’a paru sortir un peu du moule, jongleur qui possède le « mal du pays » et qui ne cherche qu’à passer à travers sa vie sans lumière. Pourtant, il y a quand même de bonnes idées comme par exemple cette idée de symbiote avec Aléna ainsi que les traditions de sa planète, ou encore la façon dont Dorian est devenu un puits de connaissance, mais l’ensemble reste finalement traité que de façon superficielle. Surtout que les héros, selon moi, doivent être moteurs de l’histoire la permettre d’avancer, en premier lieu par les péripéties qu’ils doivent affronter et ensuite à travers leurs backgrounds et leurs constructions qui doivent alors marquer le lecteur et c’est là que je les trouve trop léger. Ils manquent clairement de profondeur et de densité, on aimerait bien gratter cette couche pour savoir qui ils sont vraiment, mais cela n’arrive jamais complètement, c’est frustrant. De plus j’ai trouvé que par moment ils étaient portés par des dialogues trop répétitifs et, de plus, le triangle amoureux me parait manquer d’intérêt.

La plume de l’auteur se révèle, je trouve, soignée, fluide, plutôt efficace et entrainante. Au final je pense que si j’avais lu ce livre il y a une dizaine d’années quand je me suis remis à la lecture, ou bien durant mon adolescence je l’aurais sûrement trouvé bon, mais le lire aujourd’hui avec tout mon passif en littérature de l’imaginaire fait que l’ensemble se révèle très classique et aussi je voyais beaucoup trop de choses arriver à l’avance, l’ensemble manquait donc de surprise. Et pourtant le roman se lit de façon plutôt agréable, porté par les nombreuses réflexions intelligentes, bien posés par l’auteur, ainsi que par son univers qui donne envie d’en apprendre plus et par la plume de l’auteur. Une lecture finalement sympathique, avec ses qualités et ses défauts. En tout cas j’ai toujours envie de découvrir d’autres textes de l’auteur.

En Résumé : Je ressors finalement de ma lecture de ce roman avec un sentiment mitigé mais plutôt positif. L’intrigue se révèle très classiqu,e reprenant des aspects comme la quête initiatique, l’équipe constituée pour la résoudre ou bien encore la prophétie qui tourne autour, mais pourtant l’ensemble a réussi à me donner envie de tourner les pages, principalement par les différentes réflexions efficaces, intelligentes et bien amenées que propose l’auteur, aussi bien sur les personnages que sur les différents peuples qu’ils rencontrent, ou bien encore par l’univers dense et efficace qui se dévoile au fil des pages et donne clairement envie d’en apprendre plus. Concernant les personnages j’avoue que je les ai trouvés un peu trop stéréotypés et surtout manquant cruellement de profondeurs malgré quelques bonnes idées, ce qui fait qu’on a parfois du mal à s’attacher complètement à eux. La plume de l’auteur se révèle fluide, efficace, soignée et plutôt entrainante. Au final un roman intelligent qui, sur la forme, a du mal à se sortir de son aspect très conventionnel, mais cela reste plutôt agréable à lire et en tout cas m’a donné envie de découvrir les autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 6,5/10

 

Autres avis : Rhi-Peann, …

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