Auteur/autrice : BlackWolf Page 97 of 202

Galaxie(s) n°25

galaxies 25Edition : Galaxies

 

 

 

 

 

Mon Avis : Je continue ma découverte des revues consacrées à l’imaginaire et, après avoir bien entamé les Bifrost et débuter la nouvelle édition de Fiction, je me lance cette fois dans les Galaxie(s). J’avoue que ce magazine je ne le connais pas vraiment, malgré le fait d’en avoir entendu parler à droite à gauche. J’ai donc décidé de faire rentrer quelques numéros dans ma PAL pour pouvoir me faire un avis plus complet. À noter que ce numéro fête aussi les 60 ans de Galaxie (toutes éditions confondues) et offre un dossier consacré à Pierre Stolze dont j’avoue ne connaitre que sa rubrique dans Bifrost. Ce numéro comporte cinq nouvelles d’auteurs différents.

L’Enfant qui S’avance vers Nous de Gulzar Joby : Je ne connaissais pas l’auteur avant de lire cette nouvelle, ce fût donc une première découverte. J’avoue, une fois le récit terminé je suis loin d’être convaincu. L’auteur nous propose ici pourtant de traiter d’un sujet intéressant qu’est la mère porteuse, dans un futur où la scission des classes sociales atteint un haut niveau et où les technologies ont énormément évolué et se révèlent limite invasives. clairement les idées sont là que ce soit sur l’exploitation des pauvres, de la recherche de l’enfant parfait, l’ingérence des parents, ou encore de la surutilisation de technologies le tout dans un monde qui parait post-apocalyptique. Dommage que le reste ne suit pas, l’auteur nous proposant des personnages tellement froids et peu consistants qu’on ne s’accroche jamais vraiment à eux, certaines scènes n’apportent rien à l’histoire, le style de l’auteur m’a paru manqué de force et d’intérêt, novice, se cherchant encore et voulant trop en faire et le chapitre de conclusion, pour moi, est de trop. J’ai l’impression d’être passé à côté, dommage.

L’Erreur de Rosa Montero : Tout comme la nouvelle précédente je ne connaissais rien de l’auteur avant de me lancer dans la lecture de ce texte. On retrouve ici une nouvelle à chute, cherchant à emmener le lecteur vers une conclusion qui doit normalement le surprendre, le tout dans un univers futuriste totalement automatisé, où les machines ont pris une importance démesurée. Mais que se passe-t-il quand un soucis apparait? Une nouvelle que j’ai trouvé agréable et divertissante, mais qui a du mal à être plus que cela. Il faut dire que la conclusion, malgré quelques axes de réflexions classiques et efficaces, n’a justement pas vraiment rempli son rôle de me surprendre. De plus, il ne faut pas le nier, cette nouvelle en soit n’a rien de révolutionnaire, une impression de déjà-vu m’est resté tout le long de ma lecture. Cela ne l’empêche pas d’être plutôt bien écrite et efficace à découvrir. Je la classe dans la fameux, vite lu, bien apprécié, vite oublié.

Mono no Aware de Ken Liu : J’ai découvert mon premier texte de Ken Liu dans le dernier Bifrost, consacré à Poul Anderson, qui m’a offert un bon moment de lecture. J’avais donc hâte de savoir ce qu’allait bien proposer l’auteur ici. Cette nouvelle nous plonge dans un avenir où une météorite va bientôt percuter la terre et où la population cherche à fuir. Je n’en dévoile pas plus sous peine de trop spoiler, mais pour moi il s’agit du meilleur texte du recueil par son aspect poignant, humain, porté par des personnages désabusés, plein d’espoirs et d’envies d’un futur meilleur tout en cherchant à ne pas oublier le passé. L’auteur nous offre aussi un avenir très contemporain où, malgré toutes les évolutions technologiques, l’Homme restera toujours fidèle à lui-même ce qui est en total contradiction avec la nationalité japonaise du héros; qui recherche la cohésion au point de tout perdre. La fin a beau être logique, elle a réussi à me toucher. Je regrette juste par contre l’aspect un peu caricatural lié à la nationalité du héros, comme si le japon se limitait au Go, à ses kanjis et ses mangas. Mais rien de non plus trop dérangeant. Un très joli texte.

Vaisseau Sœur d’Aliette De Bodard : J’ai lu plusieurs écrits de l’auteur et pour le moment j’avoue que je n’ai jamais été déçu. J’attends d’ailleurs la suite du cycle Les Chroniques Aztèques depuis plusieurs mois maintenant avec impatience. Cette nouvelle nous plonge au milieu d’une famille où un frère et une sœur s’entredéchirent depuis la naissance de cette dernière dont l’accouchement a affaibli leur mère. Sauf que sa sœur n’est pas n’importe qui, elle est l’IA d’un vaisseau spatial avec tout ce que cela implique. Une nouvelle que j’ai trouvé réussi, touchante, sur les éléments de la famille, les bouleversements qu’elle peut connaitre avec l’arrivée d’un nouvel élément. L’ensemble gagne aussi en profondeur et en intérêt avec le background que construit l’auteur, que ce soit aussi bien dans cet avenir futuriste où les IA sont misent au monde naturellement mais aussi dans tout cet aspect culturel et traditionnel qui vient du Vietnam. Un texte profond, entrainant, avec une conclusion efficace.

Taï Chi Chuan à Tchernobyl-sur-Moselle  de Pierre Stolze : Cette nouvelle est la première que je découvre de l’auteur et, j’avoue, je l’ai trouvé très sympathique. L’auteur place son récit à Thionville, ville que je connais bien, dans un futur proche suite à une catastrophe nucléaire qui a vidé les lieux. Pourtant quelque chose détruit les technologies envoyées là-bas. Mis à part la catastrophe qui m’a paru basé sur des aspects un peu facile, même si se basant sur des faits concrets, le reste m’a paru efficace. Ce récit offre au lecteur une réflexion intéressante sur notre monde, l’environnement et les risques qu’il encourt même certains aspects m’ont paru simple, comme celle sur les scientifiques. Un texte nerveux, qui se lit rapidement et se révèle vraiment divertissant avec une conclusion qui offre de l’espoir pour l’avenir même si ce n’est pas gagné. Les personnages se révèlent intrigant et leurs développements réussis. J’ai bien envie de découvrir d’autres écrits de l’auteur maintenant.

 

Le reste du magazine nous propose un long entretien avec Pierre Stolze qui s’est révélé très intéressant, même si je n’ai pas toujours le même point de vue que lui, et qui m’a donné envie de découvrir un peu plus sa bibliographie, même si je pense que certains de ses écrits me paraissent trop barrés pour moi à première vue. Le principe du Projet équateur, travail de l’auteur sur la vision qu’il a de son passé et de son avenir d’écrivain, est intriguant et prenant. On retrouve un article, peut-être un peu court, sur les 60 ans de Galaxie (toutes formules confondues), un article pour nous faire découvrir ou redécouvrir Noëlle Roger, ainsi que le traditionnel cahier critique qu’on retrouve dans tous les magazines. Au final une première plongée intéressante dans cette revue, il ne me reste plus qu’à découvrir les autres qui attendent dans ma PAL.

 

Ma Note : 7/10 (Note ne reposant que sur les nouvelles)

Au-Delà de L’Oraison Tome 2, La Chute des Etoiles – Samantha Bailly

la chute des etoilesRésumé : Le royaume de Rouge-Terre est sur le point d’être envahi. L’armée d’Hélderion est en marche, implacable, avec une seule directive : tout raser sur son passage. Noony, impuissante, ne peut que constater la démesure de son dirigeant, prêt au sacrifice de ses soldats pour exterminer les « impies ».
Aileen a, elle aussi, pu entrevoir la folie de cet homme. Elle décide alors de se battre aux côtés des résistants et de participer à l’opération chute des étoiles. L’engagement est pris, elle fera tout pour les aider à gagner leur liberté.
A des milliers de kilomètres l’une de l’autre, les deux sœurs continuent leur combat désespéré pour un monde plus tolérant et plus juste.
Pourtant, l’annonce du nom de la promise du futur Astracan pourrait bien tout changer.

Edition : Mille Saisons

 

Mon Avis : Il m’a fallu un peu plus de deux ans pour pouvoir me lancer dans la lecture de la suite d’Oraison. Pourtant le premier tome m’avait offert une lecture agréable et divertissante avec une intrigue complexe et des personnages intéressants (ma chronique ici), mais voilà, suite à plusieurs changements chez l’éditeur Mille Saisons et un basculement de Oraison chez un autre éditeur, ce second tome a alors disparu de la circulation. Pour terminer ce diptyque j’aurai pu me laisser tenter par l’intégrale publiée chez Bragelonne, mais je suis têtu j’ai préféré attendre et ainsi voir si je pouvais me procurer ce volume. Il m’a donc fallu attendre plusieurs mois avant de faire rentrer cette suite dans ma PAL. Je trouve par contre la couverture, illustrée par Miya, moins jolie que celle du premier tome, moins fluide dans ses traits.

Replonger dans le récit fut finalement facile, malgré deux ans d’écart entre ma lecture du premier tome et de celui-ci. L’histoire s’est rapidement rappelée à moi, le tout grâce à des rappels efficaces et bien placés, et je me suis retrouvé rapidement happé par ce roman. L’intrigue continue à s’étoffer et, après les révélations du premier tome, des masques sont tombés, des vérités sont apparues et des combats vont devoir être menés. Un second tome qui nous offre une intrigue solide, avec son lot de révélations, de trahisons et de rebondissements. J’avoue que sur l’ensemble ce second tome se lit plutôt facilement, on tourne les pages avec un minimum d’envies même si je reprocherai une certaine linéarité dans le récit. Le soucis vient par contre que, devant les indices qu’amène l’auteur, la conclusion perd justement de ses effets de surprises, car là où l’auteur cherche à mettre des coups de théâtre, je les avais devinés depuis un bon moment déjà. Je pense principalement à ce qui touche le secret sur l’Ioden ou encore l’utilité de l’Oraison. Rien de non plus très bloquant, car dans l’ensemble le récit se révèle assez vif et enlevé pour ne pas trop être dérangé durant la lecture par ces aspects.

L’univers que nous offre l’auteur est l’un des gros points forts du roman, dévoilant un monde cohérent, solide et efficace. Alors certes, il ne révolutionnera pas la Fantasy, mais ça ne l’empêche pas de se révéler immersif, bien porté par des descriptions de lieux, mais aussi de cultures, qui se révèlent clairement colorés, fascinants et parfois magiques. Ce second tome nous permet aussi d’en apprendre beaucoup plus sur ces fameux impies de Rouge-Terre ainsi que leur importance dans l’ensemble. Un monde qui se révèle aussi sombre, violent et même cruel. Mais c’est surtout le travail sur la religion qui se révèle le plus captivant, tout ce que met en place l’auteur sur l’Astracisme, que ce soit par son importance et son influence de façon globale et aussi dans la vie de certains personnages, mais aussi par son besoin de pouvoir et de conquêtes qui n’est pas anodin. Une religion qui dévoile ses secrets au fil des pages et qui nous offre une réflexion plutôt efficace sur l’importance de celle-ci, mais aussi sur ses fondements qui ne sont pas toujours ce que l’on peut croire. On y retrouve aussi quelques idées, certes un peu simplistes, mais intéressante sur le pouvoir et tout ce qui pousse l’Homme à le conserver au maximum.

Concernant les personnages j’avoue que je suis un peu mitigé, même si dans l’ensemble ils se révèlent plutôt efficaces et entrainants j’ai trouvé que l’auteur avait parfois un peu de mal à les caractériser. Concernant les personnages principaux ils se révèlent plutôt réussis, évoluant au fil des pages et des épreuves qu’ils subissent, devant faire face à des choix qui se révèlent loin d’être faciles, mais pourtant cruciaux. Et pourtant j’ai trouvé que certains passages, voir certains actes manquaient clairement de cohérence et de logique, comme si l’auteur voulait obligatoirement amener telle scène sans chercher à bien l’intégrer dans le récit. De plus j’ai eu un peu de mal avec le personnage de Aileen, ou plutôt avec sa capacité à surmonter toutes les épreuves qu’elle subit avec une facilité limite déconcertante, là où elle devrait limite s’effondrer psychologiquement. De plus au cours de ce tome ce sont principalement ses alliés qui la font souffrir et pourtant jamais elle ne les renie. Ça m’a paru légèrement incohérent. Concernant les personnages secondaires, ils ont parfois eu du mal à complètement m’accrocher, se révélant un peu trop figés et par moments caricaturaux. De plus, parfois, dès qu’un personnage secondaire se révélait inutile ou bien va bloquer l’intrigue il meurt, obligatoirement, il n’a pas d’autres choix. Ce n’est en rien dérangeant, mais un peu répétitif.

Alors après ce roman possède aussi clairement quelques facilités un peu grossières permettant de faire avancer l’intrigue de la façon dont le souhaite l’auteur et qui manquent parfois de logique, surtout sur la fin. Concernant la conclusion, sans se révéler mauvaise loin de là, elle m’a semblé un peu trop facile dans certains aspects de son déroulement, ainsi que dans la capacité des personnages à accepter certaines choses. De plus j’ai trouvé qu’elle traînait un peu en longueur et le tout dernier chapitre, celui de l’épilogue, possède tout de même une belle et grosse incohérence, ce qui est dommage. Alors attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, ce second tome se révèle sympathique et offre un agréable divertissement, entrainant, mais on sent bien qu’il s’agit ici d’un premier roman.

La plume de l’auteur se révèle vraiment fluide, efficace et agréable à suivre tout du long, principalement par les lieux et les décors qu’elle construit et le rythme efficace qu’elle insuffle, par contre j’ai trouvé que certains dialogues se révélaient trop hachés et offrant même parfois une impression d’être surjoués. Rien de bien gênant non plus. Par contre, je tiens à rappeler que j’ai lu l’édition Mille Saisons pour me faire mon avis, l’auteur ayant retravaillé son texte avant de le rééditer chez Bragelonne. Au final j’ai trouvé ce cycle très sympathique et je lirai d’autres écrits de l’auteur sans soucis, surtout que j’ai cru comprendre qu’elle voulait revenir dans le même univers.

En Résumé : J’ai passé un moment de lecture agréable et sympathique avec ce second tome qui vient clôturer ce cycle. L’intrigue se révèle efficace, solide et entrainante, même si je l’ai trouvé légèrement linéaire et parfois sans surprises tant l’auteur amène trop d’indices. L’univers construit par l’auteur se révèle un des gros points forts du roman, se révèlent dense, soigné et complexe, dévoilant des décors magnifiques. Le travail sur la religion se révèle complexe et passionnant. Concernant les personnages je les ai trouvé plutôt intéressants même si certains m’ont parus légèrement incohérents ou bien acceptent un peu trop facilement les choses. Concernant les personnages secondaires ils remplissent bien leurs rôles, mais tombent parfois un peu dans la caricature. Je trouve par contre dommage certaines facilités, une incohérence un peu grosse ainsi que parfois, au cours du récit, certaines simplicités. La plume de l’auteur se révèle entrainante, efficace et agréable. Au final un diptyque avec ses qualités et ses défauts, dont on sent qu’il s’agit d’un premier roman, mais que j’ai trouvé très divertissant et sympathique ; je lirai d’autres écrits de l’auteur sans soucis.

 

Ma Note : 7/10

 

Autres avis : Flo, Lanyla, Ptitetrolle, Selvegem, …

Osama – Lavie Tidhar

osamaRésumé : Dans un monde proche du nôtre, mais où le terrorisme international n’existe pas, nous découvrons Joe, un détective privé tiré des films noirs des années 60. Il est engagé pour retrouver Mike Longshott, un obscur auteur de romans pulp, ayant pour personnage principal un certain Osama Bin Laden. Dans ses romans, l’auteur dépeint un monde proche de celui de Joe, mais où Bin Laden est bien réel… un monde comme le nôtre. Afin de mener à bien sa mission, Joe parcourt la planète et découvre les Réfugiés. Il plonge alors dans un univers où la frontière entre son existence et la nôtre disparaît, et les secrets qu’il y découvre risquent bien de le tuer…

Edition : Eclipse

 

Mon Avis : Je me suis laissé tenter par ce roman la faute à tout son aspect intrigant ; que ce soit à travers son résumé ambigu, déroutant qui annonçait clairement une histoire dans le style de ce qu’a pu proposer Philip K. Dick dans Le Maître du Haut Château, mais aussi par sa couverture, illustrée par Pedro Marques, que j’ai trouvé vraiment sobre, attirante et efficace. Il a donc rapidement rejoint ma PAL avec clairement l’envie de découvrir ce que pouvait bien proposer l’auteur. Attention par contre au risque de spoiler.

Ce livre nous propose donc l’histoire de Joe, détective privé, qui est commandité par une jeune et belle inconnue pour retrouver l’auteur de romans de gare sur le personnage de Oussama Ben Laden. Car oui Joe ne vit pas dans notre monde, dans son monde le terrorisme n’existe pas et des êtres comme Oussama ne sont que des personnages de fiction. Le monde de Joe a finalement évolué différemment du nôtre, surtout après la seconde guerre mondiale. Il donne ainsi l’impression d’être figé dans un vieux policier, la technologie se révélant vieillotte, mais il a aussi vécu l’après-guerre différemment. Les conflits mondiaux ont été gérés de façon différentes et l’ensemble de la planète parait d’une certaine façon plus équitable, un peu mieux géré. Mais voilà la quête de Joe va finalement se révéler plus profonde qu’on le croit, plus intime, elle va le forcer à découvrir des secrets qui aurait dû rester cachés et surtout à se découvrir lui-même.

L’auteur nous plonge alors clairement dans un récit trouble, énigmatique où le lecteur est loin de voyager de façon classique, l’intrigue n’étant ici qu’une façon de porter le lecteur par la réflexion et les aspects cachés. Il ne cherche pas à lui construire quelque chose de linéaire, mais à travers les chemins détournés empruntés par le héros et les non-dits il offre un roman étrange, subtile, fascinant par certains aspects, déroutants par d’autres, mais qui surtout ne laisse pas indifférent. Car oui, autant le dire tout de suite, si vous recherchez un roman avec introduction, développement, conclusion, le tout balisé et avec de l’action, alors passez plutôt votre chemin, par contre si les histoires où la fiction et la réalité se mélangent, où les réponses n’en sont pas et apportent encore plus de questions, où l’ensemble possède un côté perturbant et déroutant et où finalement l’histoire sert plus à pousser le lecteur à la réflexion, alors laissez-vous tenter et faites-vous un avis avec ce Osama.

Le voyage du héros va l’amener à aller à Paris, Londres, New York ou encore Kaboul, mais très vite on va se rendre compte qu’on plonge dans un voyage surréaliste, déroutant rempli de questions sans réponses, et où on rencontre des indistincts, des êtres qui ne sont pas figés, qui peuvent apparaitre et disparaitre sans aucune logique. Des êtres qui fuient quelque chose, qui cherchent à se cacher. Qu’est-ce qui est vrai et qu’est-ce qui ne l’est pas? La réalité qu’on connait déborderait-elle sur celle de Joe où est-ce l’inverse? On a vraiment l’impression alors de suivre Joe à travers les décors et la construction d’une histoire imaginaire, d’un cinéma fictif, labyrinthe, ou le héros se serait alors téléporté ou enfermé. Mais voilà l’important ne vient pas de la vision global, de l’ensemble, mais plus des détails qu’on trouve au fil des pages qui, pour peu qu’on les cherche, viennent déstabiliser et surprendre, ou bien aussi des questionnements efficaces du héros qui ne laissent pas indifférent.

En effet l’auteur cherche aussi à pousser le lecteur à se poser la question du terrorisme, mais du terrorisme dans son ensemble, ce qui a poussé à son existence, à cette sorte de folie folie, mais aussi aux réponses parfois disproportionnées qui sont fournies. Pour cela il a donc imaginé un monde différent, qui nous questionne alors clairement sur les choix qui ont été fait depuis plusieurs décennies et se demande si, en faisant autrement, les choses auraient été meilleures? De plus comment définir le terrorisme, peut-on vraiment le limiter à un homme quand il parait reposer sur certaines idées? Il n’oublie pas pour autant la violence et l’horreur du terrorisme à travers des scènes parfois sombres, froides, sanglantes et cliniques.

Il nous pousse aussi à la réflexion sur la façon dont on affronte ce terrorisme, comment on l’assimile cette violence et cette souffrance ; l’auteur le montrant alors clairement, on ne peut pas. Tout devient alors fiction dans laquelle chacun se jette pour rendre le tout acceptable et cohérent pour soi. Car au final qui est Joe, ou plutôt qu’est-il? la réponse n’est jamais vraiment donné, il pourrait être n’importe qui, aussi bien une victime, qu’un destructeur, mais une chose est sûre il fuit la réalité et la vérité. Il ne l’accepte pas, la rejette, se construisant une vie de cinéma. Cinéma qui a son importance dans l’ensemble du livre. L’auteur construit alors un vrai trouble identitaire à la fois fascinant et perturbant, donnant l’impression de se perdre dans les méandres de l’esprit du héros.

La comparaison avec Philip K. Dick n’est pas anodine, les ressemblances entre Osama et Le Maître du Haut Château se révèlent assez visible avec ce monde parallèle qui se retrouve chambouler par des écrits d’un possible autre monde, le nôtre, mais là ou Dick prenait la seconde guerre mondiale, Lavie lui décide de prendre comme point d’ancrage la catastrophe du 11 septembre. Par contre, contrairement à Dick qui construisait un récit à plusieurs voix, ici on ne suit que Joe et personne d’autres ce qui permet clairement de limiter les variations, ne se consacrant qu’à une seule vision ce offre la possibilité de condenser le tout et éviter de se perdre devant trop de possibilités. Mais voilà à force de trop vouloir faire du Philp K. Dick j’ai trouvé que le récit perdait un peu de sa fascination au fil des pages, se révélant par certains aspects tellement proches du Maître du Haut Château que certaines révélations y perdaient de sa surprise et se révélait un peu linéaire.

Par contre, contrairement à Dick qui construisait ses récits sur une plume souvent très simpliste, mettant clairement plus en avant l’idée que le style, ici l’auteur offre une plume plus poétique, envoutante, que ce soit dans la construction de son univers comme dans le développement de son personnage Joe, caricature d’un détective des années 50 qui colle parfaitement à ce héros obnubilé par sa quête pour faire plaisir à une jolie femme. L’auteur se permet aussi clairement de se servir de l’ironie, comme par exemple cette conférence en plein New York regroupant des fans de Oussama, le héros des romans, que seul la littérature pouvait imaginer ; les gens se retrouvant alors à essayer de comprendre le personnage, ce qui le motive, les aspects politiques, loin de tout jugement, avec ses fans et ses détracteurs. On y voit alors clairement l’aspect manipulation, Oussama devenant alors un pantin dont on cherche à découvrir la clé que cacherait un auteur. Mais qu’en est-il dans la réalité?

Au final Osama est un roman étrange, clairement différent, mais qui ne laissera pas indifférent tant il permet, pour peu qu’on rentre dans cet univers troublant où l’intrigue dévoilée n’est pas le point important, mais plutôt ce qui est caché, de réfléchir. Mais voilà au fil des pages l’ensemble à tout de même légèrement perdu de son attrait, donnant un peu l’impression de tourner en rond. De plus la conclusion a le soucis d’en faire soit trop peu, soit pas assez. Je m’explique. Elle cherche à apporter énormément d’informations, tout en évitant de trop fournir de réponses pour laisser le lecteur faire sa propre analyse, mais voilà, malgré un travail intéressant sur le choix, je me suis senti frustré par cette conclusion. Soit il apportait quelques réponses, soit il ne cherchait pas à apporter toutes ces explications. Mais bon rien de non plus dérangeant tant il se dégage quelque chose de fascinant et d’intrigant avec ce roman, même si ces défauts l’empêche de se révéler excellent récit.

En Résumé : Osama est un roman déroutant, déboussolant, qui au final m’a fait passer un bon moment de lecture, mais qui, clairement, ne devrait pas plaire à tout le monde. Ici l’auteur reprend un peu le principe de l’uchronie que Dick se servait dans Le Maître du Haut Château, c’est-à-dire un récit qui ne repose pas sur l’intrigue, qui en soit importe peu, mais sur tout ce qu’il y a autour. L’auteur pousse alors le lecteur à la réflexion sur énormément de sujet que ce soit sur le terrorisme ou encore l’identitaire. J’ai trouvé l’ensemble vraiment efficace et prenant le tout porté aussi par une ambiance de polar noir réussi et avec une ironie mordante. La plume de l’auteur se révèle assez poétique et porte de façon fascinante le récit à travers ses chemins tortueux et ses non-dits. Je lui reproche juste de perdre un peu de son intérêt vers la fin et d’offrir une conclusion frustrant qui en fait trop et pas assez. Je lirai d’autres récits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

Goodbye Billy – Laurent Whale

goodbye billyRésumé : 14 juillet 1881, Old Fort Sumner. Lorsque la nuit tombe sur ce coin perdu du Nouveau-Mexique, l’Ouest américain ne le sait pas encore, mais on va l’amputer d’une légende. Tapi dans l’ombre, Billy the Kid attend son heure. Dans quelques secondes, ses actes changeront à jamais le cours de l’Histoire.
Décembre 2012, Washington, bibliothèque du Congrès. Un archiviste examine un exemplaire du Miami Chronicle daté de 1934. Soudain, une photo retient son attention : les revenants existeraient-ils ?
Tandis que les sbires d’un candidat à la présidence suppriment les dossiers compromettants de leur employeur, un groupe d’historiens de choc, dirigé par Richard Benton, se met en quête de la vérité. Quel lien unit donc un jeune hors-la-loi du XIXe siècle à un requin politique de l’ère spatiale ?
Dick Benton et son équipe feront l’impossible pour le savoir.

Edition : Critic

 

Mon Avis : De Laurent Whale j’ai à peu près lu tous ses romans, il ne me manque que la lecture du livre Le Chant des Psychomorphes pour que ce soit le cas, et je dois bien avouer que je n’ai jamais été déçu tant il offre des histoires énergiques et entrainantes. D’ailleurs ce livre manquant m’attends dans la PAL de la Marmotte, je ne devrais donc pas trop tarder. C’est donc sans surprise que je me suis laissé tenter par son dernier roman qui, en plus, change des habitudes, puisqu’il ne s’agit pas ici de Science-Fiction, mais de Thriller historique. J’avais donc hâte de voir ce qu’allait bien pouvoir proposer l’auteur. En tout cas l’illustration de couverture met directement dans l’ambiance ; cela va être western. Attention par contre au risque de spoiler.

L’idée de construire son récit sur le fait que Billy the Kid ne serait finalement pas mort sous les balles du shérif Garrett en 1881, ce qui aurait alors engendré un lien avec la famille d’un homme politique américain en 2013 candidat aux élections américaines, s’annonçait comme quelque chose d’intrigant et de très intéressant. Pourtant j’ai eu du mal à complètement m’accrocher au démarrage de cette histoire. Autant la partie historique, très western, se révèle entrainante et énergique avec son lot de fusillade et d’action, autant la période contemporaine avec la présentation de l’équipe d’historiens et de Dick Benton m’a paru trop caricaturale.

Pour présenter les choses Dick Benton est un ancien du FBI mis au placard qui se retrouve à diriger une équipe de rats de bibliothèque composé d’une génie de l’informatique à qui aucun système ne résiste (bien entendu), une punkette dont il ne faut pas se fier aux apparences et un ancien, roi de la fouille sur archives. Dans les années 90 ce mélange de X-files et de Lone Gunmen, la SF en moins, m’aurait accroché, aujourd’hui je trouve que cela fait un peu caricatural, surtout que l’auteur vient nous sortir LA révélation qui pose l’équipe ; elle a résolu le meurtre de Kennedy le tout en toute discrétion, car une telle bombe ne peut être révélée au public. Trop dangereux. Bon ok, ça démarre fort, j’en suis à la page 40. J’avoue que là, personnellement je me suis senti dans le syndrome de trop de révélations et de complots tue la révélation.

Heureusement tout cela va rapidement passer au second plan et j’ai alors retrouvé dans cette histoire ce que j’étais venu chercher. Une intrigue bourré adrénaline et d’action, qui ne prend pas le temps de laisser souffler le lecteur, de réfléchir et encore moins de se reposer. On y retrouve d’ailleurs la patte de l’auteur nous proposant des chapitres courts, énergiques, efficaces et qui font que le lecteur se trouve à tourner les pages alignant rebondissements, révélations, courses poursuites et fusillades le tout de façon percutante et sans fioritures. L’auteur joue d’ailleurs facilement avec son lectorat entremêlant ces deux histoires de façon captivante, pour ne jamais trop en dévoiler sans non plus perdre son lecteur.

On voit d’ailleurs qu’il connait parfaitement les règles du thriller, les retranscrivant de façon réussie et performante, même si je lui reprocherai peut-être d’un peu trop les user par moment, cherchant à prendre trop de temps pour dévoiler certains plans ou certaines révélations. De plus l’auteur s’offre aussi quelques facilités, que j’ai déjà aussi retrouvé dans d’autres romans, comme par exemple la présence du génie en informatique qui peut aller partout, espionner partout ce qui débloque bien trop facilement certaines situations avec juste son petit PC, mais qui parallèlement n’arrive pas à retrouver l’IP cachée d’un mail. Mais ce ne sont que des détails qui sont finalement balayés tant je me suis retrouvé emporté. On y retrouve aussi une critique de la société souvent acerbe et percutante, même si parfois ce sentiment de colère et d’injustice que retranscrit l’auteur au travers de ses lignes est un peu trop présent.

Concernant les personnages, malgré comme je l’ai dit un démarrage un peu compliqué, je les ai trouvé clairement vivants, prenants et entrainants. On se retrouve à suivre avec envie les nombreuses péripéties et aventures qui leurs tombent dessus. L’équipe va finalement se dévoiler plus complexe que le début le laisser présager et même si certains héros ont un air de déjà-vu l’auteur arrive à faire qu’on s’intéresse à eux. Le personnage qui sort, selon moi, du lot c’est Billy le Kid, présentant un protagoniste plus futé et intelligent qu’on le croit. Le héros, Richard Benton, se révèle aussi très intéressant à suivre, possédant ses forces et ses faiblesses et devant effectuer des choix pas toujours faciles. Par contre je n’ai jamais réussi a accrocher à Antonia, mis à part sa capacité à pirater les PC et apporter des informations j’ai trouvé que l’auteur cherchait à la rendre trop mystérieuse sans jamais, justement, lui offrir assez de profondeur pour captiver.

L’atmosphère nerveuse et bourré d’adrénaline qui est construite au fil du récit est bien porté par des dialoguer percutants et vif, malgré parfois c’est vrai un peu trop de tout de passe-pas pour ne pas trop dévoiler d’informations. On retrouve aussi dans ce roman une passion de l’auteur, les avions, que j’avais déjà remarqué dans Les Étoiles s’en Balancent, et qui se révèle toujours aussi intéressante à découvrir, apportant un plus à l’ensemble, le tout sans non plus perdre le lecteur dans trop d’explications ou de descriptions. L’ambiance western se révèle elle aussi réussie, on a l’impression de s’y retrouver plongé, entourer de fusillades, de saloon et d’alcool.

Je regrette par contre que l’auteur en fasse parfois un peu top dans les scènes qu’il met en place, je pense principalement à la scène de diversion qui m’a paru quand même manqué clairement de crédibilité, ce que j’ai trouvé dommage. Ensuite le jeu de piste concernant Billy le Kid à l’air de mettre en jeu plusieurs acteurs, je ne comprends donc pas pourquoi l’auteur nous rajoute une sous-intrigue secondaire concernant un détenu condamné à mort. Certes elle va influencer un personnage, mais franchement elle n’a jamais réussi à me captiver, surtout qu’elle n’apporte rien à l’intrigue principale, linéaire et facilement devinable. Peut-être que l’auteur voulait offrir une critique sur la peine de mort aux USA, mais franchement, l’ensemble n’a jamais réussi à me toucher. Dommage. Heureusement que cette intrigue secondaire soit assez court au final.

La plume de l’auteur se révèle toujours aussi entrainante, explosive et vivante, offrant ainsi ici un thriller des plus haletant, certes qui possède ses défauts, mais qui se lit facilement et sans temps morts. Une lecture qui colle aussi parfaitement avec la période de « lecture d’été, très divertissante. Si l’auteur décide de construire une suite à cette équipe de « Rats de bibliothèque » je la lirai aussi sans soucis en sachant que je ne devrai pas m’ennuyer.

En Résumé : J’ai donc passé un moment de lecture sympathique et efficace avec ce roman qui, malgré un démarrage un peu caricatural à mon goût, nous offre une intrigue entrainante, explosive, bourrée d’adrénaline et sans temps morts. L’auteur connait parfaitement les codes du Thriller et les réutilise de façon réussie, même si parfois, c’est vrai, il en fait un peu trop dans les rebondissements et les surprises, tout en offrant une critique de la société percutante. Les personnages, malgré un démarrage un peu compliqué, se sont révélés intéressant à suivre même si je n’ai pas réussi à accrocher à Antonia. Je regrette juste une courte intrigue secondaire auquel je n’ai jamais accroché et certains passages qui me paraissaient manque de crédibilité. L’univers western sur la partie de Billy The Kid se révèle immersive et la passion de l’auteur pour les avions apporte un véritable plus. La plume de l’auteur se révèle toujours aussi vive, explosive et captivante, happant le lecteur entre courses poursuites et explosions. Au final on a là un Thriller historique qui remplit de façon efficace son rôle de divertissement et si l’auteur propose d’écrire une suite sur cette équipe de « rats de bibliothèque » je la lirai sans soucis en sachant que je ne m’ennuierai pas.

 

Ma Note : 7/10

 

Autres avis : Les Mandragores, Boudicca, Dup, …

Je suis ton Ombre – Morgane Caussarieu

je suis ton ombreRésumé : Le Temple, petit village du Sud-Ouest, ses plages, ses blockhaus, son unique bistro, son école où la violence est le seul remède à l’ennui.
Poil de Carotte y vit seul avec son père handicapé. Gamin perturbé aux penchants sadiques et souffre-douleur de ses camarades de classe, sa vie bascule lorsqu’il se rend dans une ferme calcinée en lisière de forêt.
Des fantômes y rôdent, paraît-il.
Mais en lieu et place de revenants, il découvre un étrange manuscrit rédigé par des jumeaux, il y a trois cents ans. Leur vie sauvage et heureuse à La Nouvelle-Orléans tourne au cauchemar lorsqu’un sulfureux marquis les prend à son service.
Plus Poil de Carotte avance dans sa lecture, plus des événements étranges surviennent : un chat noir qui parle, une voix qui lui chuchote la nuit à l’oreille, un enfant au teint trop pâle et aux lèvres trop rouges… Et s’il avait réveillé des forces aussi malsaines qu’attirantes ?

Edition : Mnémos

 

Mon Avis : J’avoue que j’attendais le nouveau roman de Morgane Caussarieu avec une certaine impatience. En effet, après ma lecture de son premier roman, Dans les Veines, que j’avais trouvé efficace, sombre, sanglant et entrainant, remettant clairement au goût du jour de façon réussie les vampires sanguinaires et violents (retrouver ma chronique ici), j’avais hâte de voir ce qu’elle allait bien pourvoir proposer par la suite. J’ai donc rapidement fait rentrer ce livre dans ma PAL lors des dernières Imaginales. À noter une illustration de couverture qui se révèle intrigante et sobre. Petite surprise pour ma part, au vu du résumé je m’attendais à un récit n’ayant aucun lien avec son précédent roman, ce qui n’est pas le cas les deux histoires étant liées, mais pouvant se lire indépendamment l’une de l’autre.

Pourtant, j’avoue, j’ai eu un peu de mal à rentrer dans ce récit. Il m’a bien fallu patienter une petite cinquantaine de pages, et la découverte du manuscrit, pour clairement me sentir happer. Le début sert principalement à présenter Poil de Carotte, gamin rempli de haine, à la vie pas toujours facile, souffre-douleur des caïds de sa classe. Il y a pourtant de quoi accrocher un minimum le lecteur, mais l’auteur enrobe le tout d’un langage que j’ai trouvé souvent trop familier et surtout une accumulation d’insultes par page qui, à force, me frustrait plus qu’autre chose. Heureusement, comme je l’ai dit, par la suite l’ensemble s’améliore fortement, imbriquant deux histoires, celle de Poil de Carotte qui cherche à changer sa vie, et celle de jumeaux il y a 300 ans à la Nouvelle-Orléans. Le récit devient alors clairement immersif, le lecteur se retrouvant emporter par lente plongée en abysse qui se dévoile au fil des pages, où les personnages vont alors montrer le pire d’eux-mêmes.

C’est d’ailleurs cette ambiance sombre, glauque, porté se désir un peu pervers d’en apprendre plus malgré les horreurs dévoilées qui font qu’on se retrouve emporté. Le besoin de savoir, de comprendre, alors qu’on sait qu’on s’enfonce un peu plus à chaque page vers une fin qui ne laissera pas indifférent. L’auteur va loin, très loin et ce n’est clairement pas un roman à mettre entre toutes les mains, mais elle réussit le tour de force de ne jamais tomber dans le graveleux ni le gratuit, dosant ses effets de styles et les présentations de ses horreurs pour, certes, choquer le lecteur, mais sans jamais le perdre non plus. Contrairement à son premier roman la violence y est d’ailleurs moins graphique et visuelle, jouant plus sur les non-dits ce qui, je trouve, percute plus le lecteur.  Donc, mis à part cette fameuse première partie, on sent bien que l’auteur maîtrise clairement son récit de bout en bout, sachant jouer avec les fils qu’elle met en place pour mieux captiver.

Comme je l’avais déjà dit pour son précédent livre, l’auteur connait ses classiques concernant les vampires sur le bout des doigts, pour encore mieux les réutiliser, les rendre cohérents et terriblement efficaces encore à travers ce roman. On ne peut d’ailleurs s’empêcher la comparaison avec Anne Rice, mais Morgane Caussarieu s’en éloigne rapidement, car là où l’américaine construisait des récits sombre, mais emprunt de sensualité et d’une certaine poésie, elle construit elle quelque chose de plus incisif et saisissant. Mais voilà l’auteur ne fais pas que reprendre des classiques, elle y apporte aussi sa propre vision de ce monde et aussi sa propre mythologie que je vous laisse découvrir et qui se révèle efficace et donne envie de savoir comment elle va la développer dans ses prochains romans. Cette fois on quitte la ville de Bordeaux pour se retrouver dans un petit village, ce qui lui permet aussi de développer un autre type vision du monde, celui rural où la solitude est différente, où les rêves ne sont pas les mêmes. Limite un village perdu, abandonné dans tous les sens du terme.

Les personnages qui sont esquissés au fil des pages se révèlent très intéressants à découvrir. Une chose est sûre c’est qu’ils sont loin de tout manichéisme et de toute caricature, chaque personnage révélant une profondeur, souvent sombre, mais toujours captivante d’une certaine façon. Surtout qu’ici l’auteur traite d’un sujet bien particulier, l’enfance. Mais pas l’enfance heureuse, pleine de rêve, non, plutôt celle qui se retrouve abandonnée, perdue, soit par la famille, le système ou autres. Une enfance où les cauchemars ont justement remplacés les rêves, où le besoin d’être apprécié, vu et reconnu surpasse tout, même si pour cela on doit devenir un monstre pour se faire repérer. Comme je l’ai dit j’ai eu un peu de mal au début avec Poil de Carotte, trop condensé, trop trash peut-être aussi en si peu de pages, mais voilà au fil de ma lecture j’ai commencé à m’intéresser à lui, au parallèle qui l’unit aux jumeaux et ce qui fait qu’il bascule. Concernant les autres personnages ils sont tous complexes et efficaces, mais j’ai retrouvé le même problème que dans son précédent roman, on ne s’attache jamais émotionnellement à eux au point que quand il leur arrive quelque chose, je n’ai ressenti aucune véritable empathie. C’est clairement un choix de l’auteur qui se comprend, mais que je trouve toujours légèrement dommage.

Après il reste un ou deux points qui m’ont légèrement dérangé même si ce n’est au final pas grand-chose. Les gamins que l’auteur nous présente sont tous en classe de CM2, donc entre 10 et 12 ans, hors ils me paraissent parfois un peu jeune pour les propose tenus, les divertissements et les idées tenues dans leurs envies et autres. Je ne dis pas que c’est impossible qu’à cet age on puisse se révéler si désabusé et sombre, les informations montrent que c’est possible, juste qu’accumuler autant d’enfants, avec envies et les horreurs qui leur passent par la tête, ça fait un peu beaucoup ; peut-être trop condensé. D’ailleurs on se demande presque si Le Temple, le village qui sert de background, n’est pas un concentré de misère humaine, de souffrance et de violence. L’auteur en a peut-être un peu trop fait dans l’ensemble, même si rien de dérangeant non plus.

La plume de l’auteur se révèle toujours aussi entrainante, incisive, visuelle et efficace plongeant le lecteur facilement dans cette histoire angoissante, à la tension qui monte lentement au fil des pages. La conclusion se révèle clairement prenante et offre des perspectives intéressantes pour peu qu’elle décide d’écrire une suite. À noter aussi le travail intéressant de style entre les deux histoires qui s’entremêlent, l’auteur s’adaptant de façon logique et réussie à chaque époque. Au final je dois bien avouer que j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce nouveau roman de Morgane Caussarieu que j’ai trouvé un peu plus réussi que le précédent, mieux géré sur la longueur. L’auteur se pose clairement comme une plume à surveiller dans le fantastique et l’horreur. Je lirai sans soucis d’autres de ses écrits.

En résumé : Malgré un démarrage un peu compliqué, j’ai passé au final un bon moment de lecture avec ce roman qui offre une intrigue qui a réussi à me happer après une cinquantaine de pages pour ne plus me lâcher, plongeant lentement ces personnages dans une abyme de plus en plus sombre et angoissante de façon efficace, pour peu qu’on apprécie ce genre de récits d’horreur. L’auteur connait parfaitement bien les classique sur les vampires, et sait les réutiliser de façon clairement captivante et prenante , tout en y a joutant sa propre vision et sa propre mythologie. Les personnages sont loin de tout manichéisme et de toute caricature, se révélant complexe et intéressant, permettant à l’auteur de visiter le monde de l’enfance et de ses cauchemars. Je reproche juste un manque d’empathie, choix de l’auteur, mais qui fait que quand il arrive quelque chose aux héros on a du mal à se sentir touché. La plume se révèle toujours aussi incisive, visuelle et entrainante, plongeant avec facilité le lecteur dans ce récit. Au final Morgane Caussarieu tout le bien que je pensais suite à son premier roman et se pose comme une auteur à suivre. Je lirai ses autres romans sans soucis.

 

Ma Note : 8/10

 

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Mes Achats du Mois de Juillet 2014

Pour bien démarrer l’été je m’étais mis en tête de rester sobre niveau achats. Bon finalement je n’ai pas vraiment tenu, même si je n’ai pas non plus trop trop craqué. Je suis resté dans ma moyenne habituelle, je pense, avec 9 nouveaux livres dans ma PAL.

Juillet-14

Voilà donc ce qui a rejoint ma bibliothèque en ce mois de Juillet 2014 :

  • La Légende de Titus Crow, L’Intégrale de Brian Lumley aux éditions Mnémos. Je me suis laissé convaincre par cette intégrale principalement pour la référence à Lovecraft.
  • Mythologica n°3, spécial Stempunk aux éditions Mythologica. Un numéro consacré au Steampunk, je n’allais pas manquer cela.
  • Notre-Dame des Loups d’Adrien Tomas aux éditions Mnémos. Le nouveau roman de l’auteur me faisait envie depuis un moment. Le voilà maintenant dans ma PAL.
  • Evariste d‘Olivier Gechter aux éditions Asgard. L’auteur a proposé il y a peu, devant la disparition de la maison d’édition, ses derniers exemplaires disponibles. Je me suis laissé tenter.
  • La Fille qui se Noie de Caitlin R. Kiernan aux éditions Eclipse. Un livre à la couverture et au résumé qui me tentait pas mal.
  • Le Dernier Loup-Garou de Glen Duncan aux éditions Denoël Lunes D’Encre. Ce livre j’hésite depuis des mois à le faire entrer dans ma PAL, voilà maintenant chose faite.
  • Le Royaume de Tobin, L’Intégrale 2 de Lynn Flewelling aux éditions J’ai Lu. J’avais l’intégrale 1 et 3 dans ma PAL, je vais donc pouvoir me lancer dans la lecture du cycle.
  • Miriam Black Tome 1, Blackbird de Chuck Wendig aux éditions Eclipse. Un livre qui m’intrigue par son quatrième de couverture.
  • Immortel de Catheryne M. Valente aux éditions Eclipse. Eclipse commence à avoir un joli catalogue de publication, ce roman j’ai entendu quelques bons échos qui m’ont donné envie de le découvrir.

Voilà donc un mois de juillet qui remplit encore un peu plus ma PAL, pourtant je fais tout pour essayer de la baisser, je le jure. En tout cas j’espère de belles lectures en perspectives.

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