Auteur/autrice : BlackWolf Page 98 of 202

La Fille Flûte et Autres Fragments de Futurs Brisés – Paolo Bacigalupi

la fille flute et autres fragments de futurs brisésRésumé : Nominées ou lauréates des plus grands prix, ces dix nouvelles ont fait la notoriété de Paolo Bacigalupi et posé le saisissant univers post-pétrole de ses fictions ainsi que les thèmes sociaux, politiques et environnementaux chers à l’une des voix les plus puissantes de la science-fiction contemporaine.

 

Edition : Au Diable Vauvert

 

Mon Avis : De Paolo Bacigalupi j’ai lu La Fille Automate, qui m’avait fasciné par son intrigue dense et intelligente et par la galerie des personnages proposés qui se révélait riche et fascinante. J’ai aussi tenté ma chance avec le premier tome de son cycle jeunesse Ferrailleurs des Mers dont j’avais un peu moins apprécié la lecture, le trouvant sur certains aspects simplistes, sûrement la faute à mes attentes peut-être un peu trop élevées, même si efficace. C’est donc sans surprise que j’ai fait rentrer ce recueil de nouvelles dans ma PAL, m’attendant à retrouver ce qui m’avait fasciné dans La Fille Automate. Concernant la couverture je la trouve sobre et elle donne envie de découvrir ce livre. À noter que ce recueil comporte dix nouvelles de l’auteur.

La Fille-Flûte : Cette nouvelle nous plonge dans un futur où la féodalité a repris le dessus, mais au lieu des rois et des reines ce sont les célébrités et leurs fortunes qui dirigent les fiefs. Pour rester au sommet et continué à être adulées ces célébrités poussent donc à l’extrême toutes les modifications possibles, que ce soit par la chirurgie ou autre, et ainsi éviter de disparaitre. On découvre alors le destin de Lidia et ses sœurs, dont Madame Belari se sert pour essayer de devenir riche et s’émanciper. Une nouvelle que j’ai trouvé à la fois fascinante, tragique et angoissante par l’avenir que nous présente l’auteur. Les réflexions soulevées se révèlent clairement fascinante que ce soit sur l’amélioration de soi, le besoin d’être célèbre, le culte de l’unique et de la beauté, ou encore l’esclavage le tout de façon cohérente et intelligente. Les personnages se révèlent complexes et tous, d’une certaine façon, enfermés. Un excellent texte mélange de manipulation, de technologies, de trahisons, de jeux de pouvoirs et par moment de sensualité.

Peuple de Sable et de Poussière : Cette nouvelle nous dévoile un avenir où l’humanité survit dans un monde post-apocalyptique, où plus rien de biologiquement naturel ne survit vraiment. L’Homme s’est totalement adapté par la technologie et la biologie, se nourrissant de terre, de boue et se retrouvant quasiment immortel. Un groupe de personnes va alors croiser la route d’un vrai chien. Un texte sombre, très sombre, où l’humanité s’est adaptée à sa propre destruction, amenant doucement la planète vers la mort de son écosystème et sa diversité sans se soucier de rien tant elle est devenue immortelle, adaptable et insensible ; finalement inhumaine. La rencontre avec un animal véritable va alors amener son lot de réflexion sur la destruction de l’environnement ou encore sur les hommes qui ont poussé leurs insensibilités à l’extrême, devenant aussi, pour le coup, des sur-hommes. On obtient rien sans rien. La conclusion, que je vous laisse découvrir, se révèle glaçante et effroyable même si logique. Mon seul regret est une question qui me reste dans la tête concernant le travail des héros qui est juste développé pour intriguer, mais pas assez pour savoir ce qu’ils font, ni le but.

Du Dharma plein les Poches : Cette nouvelle nous plonge dans un univers futuriste ou Chengdu est limite devenue une ville biologique avec des gratte-ciels immenses et soit-disant vivant. Un jeune mendiant va alors se retrouver en possession de la personnalité du dernier Dalaï-Lama et au milieu d’un complot d’envergure. Un récit qui se révèle vraiment intéressant par tout l’univers que construit l’auteur, un background vraiment riche, dense et efficace, un peu cyberpunk, qui donne clairement envie d’en apprendre plus. L’auteur nous offre alors une histoire qui se révèle entrainante, haletante, pleine d’action , de rebondissements et d’explosions. Mais voilà j’ai trouvé que l’intrigue en elle-même manquait d’intérêt et se révélait trop linéaire. De plus le fameux complot que nous dévoile l’auteur manque d’explications pour être compris et assimilé totalement. C’est joli, c’est captivant, mais ça manque de profondeur.

Le Pasho : Cette nouvelle nous fait découvrir un homme qui, né dans une culture traditionnelle et pleine de règles, revient chez lui après avoir passé ses études dans une ville où la modernité et l’évolution sont de mises. Il va alors se heurter à son grand-père pur traditionaliste qui justement, à l’époque, a mené la guerre contre la ville et ses changements. Un texte assez subtil sur la possibilité ou non des traditions de survivre dans le monde moderne, face aux changements et aux évolutions. Est-ce que l’un est vraiment l’ennemi de l’autre? Un univers qui est à la fois futuriste et, finalement, contemporain qui se révèle captivant. Un texte qui nous dévoile aussi finalement deux extrêmes qui se rencontrent, ce qui ne donne jamais rien de bon. Mais voilà on a là un bon texte, mais qui m’a donné une impression de déjà-vu et qui manque parfois un peu d’empathie pour totalement m’accrocher. Rien de bien bloquant non plus.

L’Homme des Calories : Ce texte se situe clairement dans le même univers que La Fille Automate. Ici on suit les mésaventures d’un homme, contrebandier, qui remonte le fleuve pour allez récupérer un pirate génétique. On retrouve alors avec un certains plaisir ce monde sans pétrole, où les cultures sont devenues stériles menant sur un piédestal certaines entreprises qui font furieusement penser à Monsanto, et où l’électricité n’est plus si facile d’accès. Un univers toujours aussi riche et fascinant qui nous dévoile de nouveaux personnages intéressants, complexes et soignés. Les réflexions sur l’environnement, l’énergie et le pouvoir sont toujours présentes et toujours aussi efficaces. Un récit porté par une plume captivante et efficace qui se conclut de façon ouverte avec un peu d’espoir. Un texte réussi.

Le Chasseur de Tamaris : Cette nouvelle nous fait découvrir Lolo qui chasse le Tamaris, une plante envahissante et qui appauvrit les réserves d’eau, pour gagner sa vie. On découvre à nouveau dans ce récit un monde futuriste où l’environnement de l’homme commence à essouffler, ici l’eau par la sècheresse, et où se rend compte que finalement au lieu  d’essayer de trouver une solution il se renferme sur lui-même et devient égoïste avec ses ressources, voir même tente d’acquérir celle des autres. Mais voilà malgré ses réflexions toujours aussi intéressantes et efficaces concernant l’environnement, l’histoire de Lolo a eu vraiment du mal à m’accrocher ou à me fasciner et m’a paru clairement manquer de rythme. Au final je ressors donc avec un sentiment mitigé de ma lecture de ce texte.

Groupe d’Intervention : On découvre ici un texte vraiment sombre où l’homme est devenu immortel, prenant régulièrement un traitement pour le rester, mais doit par la même occasion renoncer à avoir des enfants pour éviter la surpopulation. Des groupes d’intervention ont donc été mis en place pour traquer ceux qui renient cette règle. L’auteur nous dévoile ici un univers à la fois lumineux, principalement par cette immortalité et tout ce qu’elle ouvre comme possibilité, mais aussi angoissant par ses femmes traquées pour leur désir d’avoir des enfants. Un avenir qui se révèle d’ailleurs aussi très intrigant par cette ville qui se fait avaler petit à petit par la forêt. Les réflexions apportés se révèlent intelligente et réfléchie avec d’ailleurs un dialogue final que j’ai trouvé réussie entre deux points de vues qui ne se comprendront jamais vraiment. J’ai juste deux petites remarques, j’ai trouvé que le récit manquait un petit peu de sentiment, l’ensemble se révélant un peu froid, et l’autre point vient que ces équipes ne paraissent traquer toujours que femmes et enfants, à croire qu’aucun couple ne reste ensemble, que les hommes ne sont que des donneurs.

Le Yellow Card : Cette nouvelle nous plonge dans ce qui parait aussi être le même univers que La Fille Automate, où on suit un vieil homme, ancien riche, qui a tout perdu, sa fortune, mais aussi sa famille, par la faute du nationalisme. Aujourd’hui il est considéré comme un immigré et ne doit pas sortir la nuit sous peine de se faire tabasser par les chemises blanches. Sûrement un des meilleurs texte du recueil que ce soit par son univers, dont j’ai déjà parlé, mais qui ici développe le soucis de l’immigration la faute à la montée des eaux, ou encore de la possibilité de trouver du travail pour survivre dans un monde surpeuplé, mais aussi par ses personnages qui se révèlent fascinants, démontrant que la roue du destin tourne, mais qu’il faut parfois aussi savoir la saisir. Mais à quel prix? La plume de l’auteur fascine d’une part par sa facilité à nous plonger dans son monde sombre et violent, et d’autre part dans la façon dont il maîtrise son récit dont la tension monte au fil des pages pour aboutir à cette conclusion terriblement efficace.

Plus Doux Encore : Cette nouvelle nous fait découvrir un homme qui vient de tuer sa femme et qui se retrouve complètement perdu, imaginant le pire pour son avenir. Personnellement c’est la nouvelle dont j’ai le moins accroché du récit. La plume de l’auteur fonctionne toujours aussi bien, faisant que j’ai tourné les pages facilement, mais une fois fini j’avais envie de dire bof. Je me rends bien compte que l’auteur cherche à mettre en avant le fait que les hommes s’intéressent de moins en moins aux autres ce qui aboutit au fait que notre héros se retrouve de moins en moins inquiéter au fil des pages et peut alors tenter de monter un plan pour survivre, mais je ne sais pas j’ai jamais été embarqué que ce soit par les personnages ou par l’intrigue. Dommage.

La Pompe Six : Cette nouvelle je trouve, clôture de façon vraiment efficace et intéressante ce recueil. Elle nous plonge dans un univers ou l’humanité se laisse de plus en plus aller à l’indolence et la luxure, considérant l’ensemble de ce qui l’entoure comme acquis. On y suit le quotidien de Trav, manutentionnaire pour le réseau d’eau usé, qui va devoir faire face à une panne au niveau de la pompe six. La réflexion de l’auteur sur une société qui a atteint son paroxysme et qui s’effondre lentement devant la facilité, le plaisir facile et l’oubli se révèle bien construit. La tension monte lentement au fil des pages avec une révélation finale terriblement efficace. Un texte au final à la fois inquiétant et angoissant par la vision qu’il propose, traité de façon intéressante et avec humour où les personnages les plus intelligents ne sont pas toujours ceux que l’on croit.

 

Ce qui fascine toujours avec les textes de l’auteur c’est sa capacité à créer des univers sombres, pourtant si cohérents et plausibles. On ne peut que se retrouver un minimum dans les nombreuses possibilités qu’il propose à travers ce recueil, même si tous les textes ne sont pas au même niveau. Juste un léger soucis, rien de bien grave, mais on se rend rapidement compte que l’auteur construit ses récits toujours un peu de la même façon, cela n’a rien de complètement gênant, mais parfois joue alors sur une absence de surprise de certains écrits. En tout cas voilà un recueil qui m’a offert une bonne lecture, le tout porté par une plume dense, soignée et vraiment entrainante. Je lirai sans soucis d’autres récits de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce recueil qui nous propose dix nouvelles sur des futurs sombres, souvent angoissants et prenants, où la technologie prend une place de plus en plus importante au point de parfois transformer complètement la vie des gens. Chaque nouvelle nous dévoile une humanité qui continue à avancer coûte que coûte que ce soit bon ou mauvais. Alors c’est vrai toutes les nouvelles ne sont pas au même niveau, une ne m’ayant même pas accroché du tout, mais franchement dans l’ensemble ce livre mérite plus que le coup d’œil sur toutes les potentialités qu’il dévoile. Aussi, quel plaisir de revenir à travers un ou deux textes dans l’univers de la fille automate. J’ai juste un léger regret, l’impression qu’un schéma répétitif se dégage dans la construction de chaque nouvelle, mais rien de bien gênant. La plume de l’auteur se révèle toujours aussi riche de détails, principalement dans la construction de son univers, et se révèle vraiment entrainante et percutante. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Plume, Gruz, …

Bifrost n°75 – Spécial Poul Anderson

bifrost 75 poul andersonEdition : Le Bélial’

 

 

 

 

 

Mon Avis : Cet été je continue ma lecture de différents magazines avec ma plongée dans le dernier Bifrost en date, consacré à Poul Anderson. Alors je l’avoue, honte à moi, j’ai depuis plusieurs mois deux livres de l’auteur qui traînent dans ma PAL et que je n’ai toujours pas ouvert. D’où l’intérêt finalement de ce Bifrost qui pourrait me donner envie justement de les sortir et les découvrir. Concernant la couverture, illustrée par Philippe Caza, je la trouve très réussie. À noter que ce magazine comporte quatre nouvelles, deux de Poul Anderson, une de Jean-Marc Ligny et une de Ken Liu.

Tout Voyage S’arrête  de Poul Anderson : Pour un premier texte que je découvre de l’auteur je l’ai trouvé très intéressant, nous plongeant à la découverte d’un homme, télépathe, qui se croit seul sur terre. L’auteur nous propose alors une vision de l’humanité vraiment cynique et entrainante à travers ce personnage qui doit survivre en entendant les pensées des autres qui ne sont pas toujours roses. On découvre surtout un héros incompris, solitaire qui cherche à avancer comme il peut dans ce monde, espérant y trouver son bonheur. Et justement son bonheur il va peut-être le trouver. Un texte que j’ai trouvé plutôt réussi, reflet d’une société complexe aux nombreux secrets, mais donc certains points m’ont quand même dérangé. Je pense à cette romance sans surprise, un peu facile, malgré c’est vrai une réflexion intéressante sur leur fusion, ou encore à certains passages surprenants comme ce prêtre à l’esprit parfait et calme, mais là je suis peut-être trop cynique de mon côté. De plus le texte a un peu vieilli, mais là rien de dérangeant. Une belle entrée en matière de l’auteur.

Real Life 3.0 de Jean-Marc Ligny : Concernant cette nouvelle je dois bien avouer que j’ai trouvé l’auteur pas complètement inspiré et le récit un peu bancal. Le texte en soit n’est pas mauvais, partant sur le postulat des google glass qui ont défrayé la chronique il y a peu, et imaginant un futur on ne vivrait plus que par cela, faussant ainsi obligatoirement notre vision du monde. Le héros va alors se retrouver à bêta-test la version 3.0, qui va se révéler complètement différente de ce qu’il attendait. Les idées sont là nous amenant à se poser des questions sur notre vision du monde à travers le prisme de la technologie, ce qu’elle nous apporte, nous éloignant finalement un peu de la nature, des autres et de notre planète. Mais voilà j’ai trouvé que l’ensemble ne restait qu’en surface, la romance lancée par l’auteur manque d’attrait et surtout l’ensemble à du mal à complètement marquer le lecteur. Le texte n’est pas mauvais non plus, mais il reste un simple divertissement vite lu, vite oublié là où il y aurait pu avoir plus je pense.

Faits pour être Ensemble de Ken Liu : Il s’agit pour moi du premier texte que je lis de l’auteur, malgré le fait que je possède quelques nouvelles de lui dans d’autres magazines qui attendent d’être lus. Je dois bien avouer que ce récit m’a donné clairement envie de les découvrir. Cette nouvelle nous plonge dans un monde futuriste ou Centilion (mélange de google (logique me direz-vous vu le nom de la société imaginaire), facebook et siri) gère complètement la vie des gens. On découvre Sai, accro à cette technologie, comme la majorité de la population, et sa voisine Jenny qui, elle, la rejette. Alors clairement, l’auteur ne révolutionne pas le genre, on retrouve même un petit air de 1984 remis au goût du jour dans ce texte, mais l’ensemble a très bien fonctionné avec moi. Certes certaines réflexions sur Centilion sont un peu faciles, comme celle du clivage qui aurait mérité plus de développement selon moi, mais elles m’ont marqué et surtout évite l’aspect diabolisation. La rencontre finale se révèle aussi prenante, nous montrant comment laisse parfois des pans complets de notre vie gérés par la technologie. Mon seul regret vient de la conclusion, l’auteur a fait un choix pour terminer son récit et j’avoue j’ai que moyennement accroché, peut-être un peu trop facile et légèrement en contradiction avec ce qu’il construit. Cela n’empêche pas ce texte de se révéler très efficace.

In Memoriam de Poul Anderson : Second texte de l’auteur et c’est sûrement celui que j’ai préféré et aussi, pour moi, le meilleur texte de ce magazine. L’auteur nous offre ici une nouvelle sur la fin de l’humanité et de la Terre. Le parallèle fait dans la présentation avec la nouvelle d’Andrevon est logique, même si je trouve que le deux ne traite pas le sujet de la même façon, Andrevon s’intéressant à la fin de l’Homme et comment la nature retrouve ses droits, là où ici Anderson, lui, traite clairement de la fin de notre univers, construisant grâce à une imagination fertile et passionnante une évolution possible de la vie sur terre sur les prochains milliards d’années jusqu’à l’effondrement du soleil. Un texte à la fois magnifique par les possibilités qu’il dévoile, porté par des descriptions fascinantes, mais aussi oppressant, nous rappelant à quel point notre place n’est qu’infime dans cet univers que ce soit par notre taille ou par notre temps sur la planète. Le tout est bien porté par une plume entrainante et soignée. Il ne me reste plus qu’à sortir les livres de l’auteur de ma PAL.

 

Concernant le reste du magazine j’ai trouvé la préface à la fois sombre et réfléchie sur la SF, la vision de notre monde et pourquoi pas une SF qui apporterait des idées de solution. On y retrouve aussi comme d’habitude le cahier des critiques à la fois de livres et de magazine. Je n’ai que moyennement accroché au dossier de Maitre Doc’Stolze, m’attendant à quelque chose d’autre sur le roman feuilleton qu’un simple comparatif entre deux livres. Paroles de libraire m’a donné envie de visiter la librairie Galaxys-Bis à Strasbourg. Puis vient le dossier consacré à Poul Anderson que j’ai trouvé très complet, détaillé et prenant, dévoilant un auteur complexe aux idées qui lui ont valu d’être pendant un temps rejeté par les éditions françaises. Le cahier scientifique sur Godzilla est toujours aussi captivant à découvrir. Au final un Bifrost efficace qui a pleinement rempli son rôle de me donner envie de découvrir la bibliographie de Poul Anderson ; Le Bélial’ annonce d’ailleurs plusieurs publications dans les mois à venir.

 

Ma Note : 7,5/10 (Note ne reposant que sur les nouvelles)

Les Cours des Feys Tome 1, La Septième Cour – Mike Shevdon

les cours des feys 1 la septieme courRésumé : Niall Petersen, simple usager du métro londonien, se retrouve malgré lui au cœur du jeu mortel que se livrent les Feyres, des êtres surnaturels qui peuplaient l’Angleterre d’autrefois. Plongeant dans un monde étrange, un monde de légendes oubliées et de rituels mystiques, Niall devra découvrir les secrets les mieux gardés de la couronne pour préserver sa ville. Mais la Septième Cour, autrefois bannie, a placé ses pions, et à moins que Niall ne parvienne à recréer l’un des rituels mystiques les plus complexes qui soit, ils étendront leurs sombres pouvoirs sur les autres cours et mettront en esclavage l’humanité.

Edition : Eclipse

 

Mon Avis : Je me suis laissé tenter par ce livre un peu sur un coup de tête et, principalement, parce que je trouvais la couverture, illustrée par John Coulthart, attirante par son aspect sobre et efficace. Puis, je ne le cache pas, j’aime beaucoup les récits de Fantasy Urbaine et celui proposé par le résumé du quatrième de couverture donnait clairement envie de le découvrir, avec de bonnes idées, même s’il ne paraissait pas non plus révolutionner le genre. J’ai donc décidé de tenter ma chance et de faire entrer ce livre dans ma bibliothèque pour me faire mon avis.

Comme je l’ai annoncé, ce roman ne révolutionne clairement en rien le genre de la Fantasy Urbaine avec un héros à la vie normale qui, suite à un incident, ici une crise cardiaque dans le métro, va se retrouver embringuer dans une histoire improbable avec des forces mystérieuses qui le dépasse, le tout à Londres. Présenté comme cela on pense directement à des auteurs comme Neil Gaiman avec son Neverwhere ou bien Le Dernier apprenti Sorcier de Ben Aaronovitch ou encore, une série dont j’attends d’ailleurs la suite chez l’éditeur, Matthew Swift de KateGriffin, ce qui n’a clairement rien de gênant ; on peut faire de bonnes histoires, voir des récits très solides, avec du déjà-vu. Le problème c’est qu’ici, pour moi, l’auteur n’a jamais vraiment réussi à me captiver ni à me happer. Je ne vais pas dire que c’est mauvais, loin de là, il a de bonnes idées et de bons passages, mais l’ensemble  m’a paru terne et surtout bancal par rapport, justement, aux autres séries que j’ai cités. Pourtant le récit se révèle plutôt entrainant, chaque chapitre apportant son lot d’action, de rebondissements et de retournements de situations et, même si l’ensemble est plutôt linéaire et qu’on n’évite pas certaines révélations convenues, l’ensemble aurait pu offrir une histoire agréable, mais pourtant cela ne fonctionne pas pour ma part.

Un des soucis que j’ai noté viens de l’univers qui nous est présenté. Concernant les Feys, rien à dire, il construit quelque chose d’efficace et de solide, même s’il n’a rien d’original, nous proposant plusieurs types de Feys, avec plusieurs cours et une guerre intestine qui a mené au bannissement de la septième cour. L’idée de mélanger les Feys avec les humains est efficace et bien amené par l’aspect renouvellement de la population intéressante. L’auteur a aussi eu l’idée de construire son intrigue sur une cérémonie historique qui est toujours en place depuis 600 ans, ce qui ajoute clairement un aspect folklorique à l’ensemble. Le problème c’est que ça s’arrête là. Pourtant on parle de Londres. Comme je l’ai déjà dis dans d’autres chroniques, une ville comme Londres offre énormément de possibilités, soit poétiques comme peut le proposer Gaiman, soit magiques, musicales et historiques comme peut le proposer Aaronovitch. Mais voilà Mike Shevdon n’arrive jamais à proposer l’un ou l’autre. Il donne plus l’impression d’être guide touristique, alignant les noms de rues, les métros et les monuments sans jamais leur apporter ni âme, ni intérêt. La ville ne donne l’impression que d’être qu’un décor car il en faut un, c’est dommage tant Londres possède un tel potentiel.

Concernant les personnages j’avoue que là aussi je ressors plutôt mitigé. Le personnage principal m’a paru manquer clairement de mordant et de charisme. C’est le genre de héros à qui l’on ouvre tout un nouveau monde, à qui on apprend qu’il est le fils d’un ou d’une Fey et qui accepte le tout sans jamais véritablement broncher, fuir, se plaindre. Ce qui est inquiétant surtout c’est qu’il ne se pose jamais de questions, ni ne pousse les réflexions à leur maximum, c’est perturbant je trouve. Surtout que dans son aspect contemporain il parait un minimum soigné et complexe, que ce soit dans sa vie ou bien au niveau de sa famille, c’est dommage. Autre point qui m’a dérangé, comme je l’ai dit, il apprend donc qu’il est à moitié fey, et bien environ 1,5 jours et à peine 200 pages plus loin il a appris (tout seul bien entendu) à se servir et à contrôler une grande partie de ses pouvoirs comme ça en claquant des doigts ; trop facile. J’avoue avoir préféré le personnage de Merle qui cultive un aspect mystérieux assez intéressant même si les révélations la concernant manque quand même de surprise et de mordant. Je n’ai par contre pas vraiment accroché à la romance, elle est logique, mais elle possède la finesse d’un éléphant dans un magasin de porcelaine, l’auteur la faisant évoluer trop brusquement et trop rapidement, ainsi que certain passage un peu trop caricaturaux qui tendent vers le « je veux être ton ami ».

Le point qui m’a finalement le plus dérangé vient clairement de la construction du récit, et là je pense que tout n’est pas obligatoirement la faute de l’auteur. Déjà le premier aspect qui surprend ce sont les dialogues, l’auteur en est un très grand fan, le soucis c’est qu’une bonne partie des conversations se révèlent plutôt plates, donnent l’impression d’une discussion avec un gamin qui a découvert le mot « pourquoi » et tournent à la répétition au point qu’un passage qu’on pensait clos réouvre une conversation inutile le chapitre suivant. Ensuite, l’auteur ne parait pas connaitre l’ellipse temporel, à minima pour rendre plus vif son roman. Je veux dire par là que, de la première à la dernière page, on suit sans discontinuité le héros ; qu’il mange, qu’il se douche, qu’il change ses vêtements on ne le lâche pas d’une semelle. J’ai trouvé que cela alourdissait le tout, qu’on veuille le montrer comme un type lambda je comprends, mais à ce point là cela en devenait frustrant. À croire que l’auteur s’est mis dans la tête que la norme fait qu’un roman doit faire plus de 500 pages et donc il faut remplir. Et c’est sur ce point que la faute n’en incombe pas qu’à l’auteur, pour moi il manque un véritable travail en profondeur d’édition. Enfin ce n’est que mon avis, mais vu que la série à l’air de connaitre du succès, 4 tome publiés à ce jour en VO, c’est que ça doit plaire.

La plume de l’auteur se révèle pourtant énergique, malgré quelques métaphores hasardeuses, et l’ensemble possédait assez de potentiel pour, certes ne pas révolutionner le genre, mais offrir une bonne histoire ; pourtant je n’ai jamais réussi à complètement rentrer dedans. Je ne lirai sûrement pas la suite, malgré le fait que j’ai un peu regardé les résumés des autres livres et qu’ils ont l’air assez tentants.  Au final un premier tome très moyen.

En résumé : Au final je ressors que très moyennement convaincu par ce premier tome de Fantasy Urbaine. L’histoire, sans renouveler le genre, se révélait plutôt sympathique avec quelques bonnes idées comme celle de construire son intrigue sur une cérémonie vielle de 600 ans, mais voilà l’ensemble se révèle trop bancal. L’univers concernant les Feys et efficace, mais l’utilisation de Londres tourne plus vers le guide touristique que le poétique ou le magique comme peuvent le proposer d’autres récit du même genre. Concernant les personnages j’ai eu du mal à complètement accrocher à Nial qui accepte trop facilement les choses et maitrise son pouvoir beaucoup trop rapidement, mais j’ai bien aimé Merle. Par contre la romance manque clairement de finesse. Les principaux aspects qui m’ont finalement dérangé ce sont les dialogues que j’ai trouvé ternes et clairement répétitifs, ainsi que le fait que l’auteur suit sans discontinuité son héros, sans aucune ellipse temporelles, ce qui crée clairement des longueurs. Un gros travail d’édition aurait pu être fait. La plume se révèle pourtant efficace. Finalement, malgré le potentiel qu’avait ce premier tome, je l’ai trouvé moyen et même anecdotique au vu d’autres récit de Fantasy Urbaine. Je ne pense pas lire la suite (il existe 4 tomes en VO).

 

Ma Note : 5,5/10

Temeraire, Book 1 – Naomi Novik

temeraireRésumé : When HMS Reliant captures a French frigate and seizes the precious cargo, an unhatched dragon egg, fate sweeps Captain Will Laurence from his seafaring life into an uncertain future – and an unexpected kinship with a most extraordinary creature.
Thrust into the rarified world of the Aerial Corps as master of the dragon Temeraire, he will face a crash course in the daring tactics of airborne battle. For as France’s own dragon-borne forces rally to breach British soil in Bonaparte’s boldest gambit, Laurence and Temeraire must soar into their own baptism of fire.

Edition : Harper Voyager

 

Mon Avis : Je continue de lire en VO, tranquillement, à mon rythme, et cette fois j’ai décidé de me laisser tenter par le premier tome des aventures de Téméraire. Je dois avouer que ce livre traînait depuis un petit moment dans ma PAL, c’est simple depuis quasiment la venue de l’auteur aux Imaginales de 2013, j’ai donc décidé de l’en sortir il y a quelques semaines pour me faire un avis. Surtout qu’il faut bien avouer, l’idée de voir la présence de dragon en pleine guerre Napoléonienne a quelque chose d’intrigant et de fascinant je trouve. À noter aussi la très belle illustration de couverture, comme souvent avec ses éditions blanches.

Pourtant au final je dois bien avouer que je ne ressors pas complètement conquis par ce livre, loin de là, même si dans l’ensemble la lecture s’est révélé plutôt positive avec des idées vraiment intéressantes. La première partie du roman se révèle même plutôt efficace, nous présentant Laurence, capitaine Anglais d’un navire, suite à l’abordage d’un navire Français va se retrouver avec comme butin un œuf de dragon qui, le jour de son éclosion, va le choisir comme maitre. L’auteur évite clairement certains des aspects classiques de la lecture jeunesse avec un héros non pas adolescent, mais considéré comme mature et ayant de l’expérience. Normalement on évite donc le côté initiatique, mais voilà la suite va démontrer qu’on tombe dans d’autres poncifs du genre. En effet par la suite nos héros vont se retrouver envoyer dans une académie pour apprendre les manœuvres militaires et autre et vont par la force de leur amitié, et de celle qu’ils vont nouer au fil des pages, se retrouver à évoluer. Dans l’ensemble cela reste du déjà vu et revu, même si l’auteur s’en sort plutôt bien offrant quand même quelque chose d’attrayant et d’un minimum entrainant. Mais j’avoue j’attendais peut-être un peu plus.

Concernant l’univers, l’aspect historique se révèle assez riche et surtout très travaillé, on sent bien que Naomi Novik a effectué énormément de recherches et n’a rien laissé au hasard. Elle nous plonge directement en plein milieu de cette guerre d’envergure avec facilité. Il faut par contre savoir faire preuve de recul, le roman étant conté du point de vue Anglais il ne faut pas se sentir offusqué par de se faire traiter, en tant que français, de « frog » et autre joyeuseté. Le fait que les dragons soient utilisés dans des combats aériens apporte son lot de batailles et de stratégies, avec parfois même un équipage complet, qui se révèlent entrainantes et clairement efficaces. Concernant les dragons en eux-même l’auteur a développer son bestiaire de façon séduisante, chaque dragon ayant ses propres caractéristiques, ainsi que ses propres forces et faiblesses. De plus l’annexe à la fin du récit apporte un intérêt supplémentaire, développant mieux certains aspects. Mais voilà deux soucis m’ont sauté aux yeux dans ce qui est proposé dans ce roman. Le premier vient de leur régime alimentaire, l’auteur en parlant tellement régulièrement qu’au bout d’un moment je me suis quand même demandé si elle avait des notions d’agriculture, car vu ce que mange un dragon et vu l’époque je pense que l’Angleterre doit découvrir la famine tant il parait impossible qu’il reste un seul animal vu leurs appétits. Ensuite on nous les présente comme des êtres intelligents et extrêmement puissants, là me vient donc la grande question, pourquoi participer aux guerres intestines des humains quand on pourrait clairement les dominer ou vivre en paix dans son coin. L’auteur nous présente bien un lien émotionnel entre chaque dragon et son cavalier mais l’ensemble manque de cohérence.

Concernant les personnages par contre je dois bien avouer qu’il s’agit, selon moi, de l’un des points faible du roman, ils m’ont paru manquer d’intérêt et de consistance pour vraiment m’accrocher. J’ai par exemple trouvé le personnage principal, Laurence, froid, légèrement arrogant et antipathique. Excepté les passages avec Téméraire qui se révèlent intéressants, avec cette relation limite père-fils pleine de sentiments, il m’a donné l’impression de prendre régulièrement de haut tous les autres protagonistes, comme s’il se sentait supérieur. Alors certes l’époque ainsi que le fait qu’il soit Capitaine et vient de la Bourgeoisie influe sûrement, mais voilà pour un héros qui a gravi tous les échelons sur un  bateau ça me parait légèrement improbable ou en tout cas trop poussé. De plus il m’a paru s’enfoncer dans des principes de gentleman trop exacerbé justement par rapport au milieu militaire où il est. Concernant Téméraire il se révèle plutôt intéressant, extrêmement intelligent mais légèrement plombé par sa capacité d’analyse un peu trop simpliste. Concernant les autres personnages ils manquent de profondeurs pour qu’on s’intéresse à eux, servant plus à faire évoluer nos héros pour le moment. Je ne doute pas qu’ils devraient gagner en richesse par la suite.

Ce qui m’a le plus dérangé au niveau de ce premier tome c’est que finalement c’est un tome d’introduction et qu’il parait n’avoir aucun véritable but excepté poser des bases. Je m’explique. On sait que c’est la guerre, il va donc y avoir des batailles comme je l’ai dit, mais voilà pendant les 3/4 du livre il ne se passe rien, la guerre est vécue de loin. Il faut attendre les 70 dernières pages pour commencer à sentir qu’il se passe quelque chose et se retrouver captivé. L’auteur cherche bien à compenser ce manque d’action par quelques mésaventures, comme cette histoire de dragon maltraité, mais c’est traité de façon trop simpliste pour vraiment me faire frémir. Cela n’empêche pas l’ensemble de bien se lire, mais je n’ai jamais été complètement happé. Concernant justement la bataille finale, deux aspects m’ont contrarié. Le premier vient de l’arme secrète qu’ont découvert les Français pour envahir l’Angleterre, celle qui doit surprendre le lecteur, le problème c’est que je me demandais depuis le premier quart du livre pourquoi personne n’y avait pensé donc niveau surprise on repassera. Ensuite vient le Deus Ex Machina beaucoup trop facile qui permet à l’auteur de clôturer son livre comme elle l’entend. Surtout qu’en plus je le voyais venir gros comme une maison.

La plume de l’auteur se révèle assez fluide, efficace et surtout détaillée, que ce soit du point de vue historique comme son travail sur les dragons. Elle se révèle plaisante à lire et joue facilement sur le fait qu’on tourne les pages avec un minimum d’envie. Maintenant voilà j’avoue que je ressors finalement un peu mitigé de ma lecture, il y a de bonnes idées, des aspects intéressants, mais dans l’ensemble ce premier tome fait trop tome d’introduction et j’ai eu beaucoup de mal à pleinement accrocher à certains points. Je lirai peut-être la suite, me doutant qu’ils seront obligatoirement plus rythmés, mais ce n’est pas une priorité.

En Résumé : Je ressors donc de ma lecture avec un sentiment mitigé, le livrese lit pourtant assez bien, mais il n’a jamais réussi à vraiment ma happer non plus. L’histoire se consacre trop, je trouve, sur l’apprentissage ce qui donne l’impression qu’il n’y a pas de véritable but à ce premier tome mis à part poser l’univers. Il faut attendre les 70 dernières pages pour que cela bouge enfin. L’univers développé par l’auteur se révèle plutôt efficace, bien renseigné et surtout le travail sur les dragons se révèle dense même si certains points m’ont laissé plus que perplexe. Concernant les personnages ils n’ont jamais vraiment réussi à m’accrocher, entre Laurence qui m’a paru limite antipathique et Téméraire qui parait intéressant mais manque de finesse, l’ensemble m’a paru un peu bancal. Concernant la conclusion je l’ai trouvé clairement sans surprise et le Deus Ex Machina beaucoup trop simple, par contre j’ai trouvé vraiment intéressant les batailles aériennes et toutes les stratégies que cela implique. Concernant la plume de l’auteur elle se révèle fluide et efficace. Au final un premier tome qui ne m’a pas complètement convaincu, même s’il possède de bonnes idées. Je lirai peut-être la suite mais elle ne rentre pas dans mes priorités de lecture.

 

Ma Note : 6/10

 

Autres avis : joyeux-drille, Sia, Mandy 88, Walpurgis, Vert, …

Drift – Thierry Di Rollo

driftRésumé : Le Drift est un titan. Un monument sans pareil, le condensé d’un million de volontés tendues vers un but non négociable : quitter une Terre à bout de souffle. Le Drift est une cathédrale, le temple des vanités humaines, l’iniquité usinée en matériaux composites. Le Drift est la porte ouverte aux étoiles, mais une porte que bien peu prendront. Car pour gigantesque que soit le Drift, les places à son bord sont limitées. Aux seuls Justes, aux puissants, aux privilégiés des cités-dômes. Le Drift est le dernier espoir pour l’humanité. Mais une humanité qui n’est plus celle de tout le monde, une humanité aux franges de l’immortalité, orientée, assistée, nano-contrôlée, au-delà de sa propre condition, résolue à abandonner son berceau sans retour possible, déterminée à embrasser l’espace…

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : Thierry Di Rollo fait partie de ces auteurs dont j’entends énormément parler et souvent de façon plus que positive. Pour le moment je n’ai lu de lui que quelques nouvelles que j’ai toujours apprécié et qui m’ont clairement données envie de faire entrer certains de ses romans dans ma bibliothèque. J’ai d’ailleurs Bankgreen qui m’attend dans ma PAL.  Mais voilà pour une première lecture j’ai finalement décidé de commencer par Drift, déjà car il s’agit d’un one-shot, ensuite parce qu’il s’agit d’un Space-Opera et que dernièrement j’en lis facilement, mais aussi, il faut bien l’avouer, pour la magnifique couverture illustrée par Manchu qui donne très envie de le lire et de le découvrir.

Et finalement une fois la dernière page tournée il est quand même un peu trop simple de définir ce roman comme un simple Space-Opera, il se révèle bien plus que cela. C’est déjà un mélange des genres réussi entre SF, Space-Op’, Planet-Op’, Cyberpunk, western et autres courants qui nous offre ainsi, au final, une histoire qui se révèle clairement rythmé, entrainante et haletante avec son lot de rebondissements et de retournements de situations. On se retrouve ainsi à suivre Darker lors d’une mission pour un Juste (membre de la haute société) qui va finalement l’emmener beaucoup plus loin que ce qu’il pouvait imaginer, jusqu’au Drift et au-delà. Mais voilà l’auteur ne fait pas que nous construire un récit sombre, violent et terriblement efficace, non, il nous offre aussi une histoire intelligente qui cherche à nous faire réfléchir sur notre avenir, sur la condition humaine, nos envies et notre vision du monde.

Le récit peut ainsi être séparé en deux, voir en trois parties, la première se situe sur notre planète bleue où l’auteur nous présente une Terre a bout de souffle, complètement vidée, sucée par les humains de sa substance, qui survit comme elle peut et où les nouvelles technologies ont permis un clivage encore plus important de la population. Il y a donc les Justes, quasi-immortels grâce au traitement de jeunesse, qui vivent dans des villes-dômes et il y a les habitants des villes poubelles qui servent finalement de terrain de chasses la journée, limitant ainsi une population sur le bord d’exploser. Comment ne pas se sentir marqué à travers ce paysage finalement sombre, déprimant et pourtant tellement réaliste et humain d’un avenir possible où l’Homme ne se révèle n’être qu’égoïste, consumériste et qui se détruit à petit feu. La lutte des classes est ainsi devenue une chasse sanglante et les pauvres survivent comme ils peuvent, maintenus par les riches dans une dépendance liée à la drogue qu’ils fournissent en sous-main. La faune et la flore a été détruite pour ainsi être mieux remodélisé et correspondre parfaitement au plaisir des hommes. Au final une terre fascinante par son aspect sombre et destructeur, que l’on ne voudrait pas connaitre, mais qui est plus que plausible. Une première partie qui se révèle rythmé, pleine d’action et d’aventures et le tout rempli de technologies passionnantes à découvrir.

La seconde partie plonge elle dans le style Space-Opera, c’est la partie de l’espoir, certes monstrueux, mais de l’espoir d’une survie à travers le Drift, ce vaisseau qui propose d’emmener une partie seulement de l’humanité, bien entendu les Justes, vers une nouvelle planète, un nouvel horizon. On se retrouve alors embarqué dans une partie de changement qui se révèle peut-être plus émotive, introspective où chaque personne va tenter de changer de vie, où l’on découvre alors la peur des uns et des autres vis-à-vis du passé ou encore de l’avenir, des changements qui arrivent ou bien encore concernant la technologie à la fois parfaite et avec ses erreurs, ses approximations. Mais cet espoir se révèle vite teinté, les castes se révèlent toujours présentes, les clivages continuent à régenter l’ensemble. On dévoile ainsi des Justes indolents pour les basses besognes et remplis de préjugés. Mais le roman trouve son apothéose dans la troisième partie, plus Planet-Opera, que je vous laisse découvrir, mais qui nous rappelle de façon marquante que, finalement, l’humanité est, et restera, toujours fidèle à elle-même et qu’il va falloir énormément de temps avant qu’elle puisse évoluer.

Une des grandes réussites de ce roman vient aussi justement du fait qu’on change de monde, d’univers, de lieu, au fil des différentes parties du texte, cela permet à l’auteur ainsi de varier les cadres et les descriptions allant du très sombre, mais aussi le plus poétique et magnifique avec cette nouvelle planète à la fois sauvage et lumineuse. L’aspect technologique se révèle aussi soigné, extrêmement riche et envoutant, que ce soit dans les nanotechnologies, la possibilité de voyager dans l’espace, les modifications génétiques. Rien n’est jamais vraiment laissé au hasard par l’auteur, mais surtout l’ensemble se révèle finalement plausible et cohérent. Rien ne parait improbable, la preuve en est l’auteur ayant pris le postulat d’un vaisseau qui navigue à une vitesse lente au vu de l’univers, préférant prendre le postulat d’une jeunesse qui peut tendre vers le mutli-centenaire ce qui parait plus probable que de dépasser les lois de la physique et la vitesse de la lumière.

Le personnage de Darker joue aussi énormément dans le fait que je me suis retrouvé à tourner les pages. Il porte d’ailleurs bien son nom, se révélant être un héros sombre, sauvage, limite nihiliste, qui fait tout pour survivre et qui pourtant n’espère plus rien de la vie, encore plus depuis qu’il a perdu l’amour de sa vie. Un personnage que j’ai trouvé, malgré sa vision sombre et cynique de l’humanité, attachant à travers ses forces et ses failles, qui va évoluer de façon franchement intéressante et palpitante au fil des pages, cherchant à se construire une nouvelle vie, à se reconstruire au point d’en tomber dans la crédulité. Un personnage qui se révèle finalement humain avec ses périodes de doutes, ses réflexions et ses sentiments contradictoires. Le personnage se retrouve aussi clairement sublimé par sa quête pour ne plus être seul, une quêté d’un amour qu’il pensait avoir trouvé avec Kenny, qui lui a été enlevé et l’a rendu encore plus renfermé. C’est cette relation disparue, dévoilée par flashback qui fait qu’il nous touche encore plus, mais qui montre aussi a quel point on idéalise certaines choses, qu’on épure de ce qu’on ne veut pas se souvenir ce qui nous bloque dans les relations futures. La preuve en est ses différentes relations ensuite, entre le fait qu’il soit hanté par son ancienne compagne qu’il considère comme parfaite et aussi l’évolution de l’humanité sur le vieillissement, fait que rien n’est simple. Les autres personnages se révèlent eux aussi très attryants avec leurs forces, leurs faiblesses, leurs envies et leurs peurs et qui offre un panel large d’un point de vue psychologique.

La conclusion se révèle marquante et pourtant tellement logique nous proposant un message à la fois sombre, mais terriblement réaliste et qui ne peut que nous faire réfléchir et nous frapper. Le tout est porté par la plume de l’auteur qui se révèle sobre et terriblement efficace, sachant happer le lecteur dès les premières pages. Mon seul petit regret vient de la sous-intrigue concernant le vol d’ADN qui parait pourtant intéressante au début, mais qui finalement s’étiole au fil des pages, reposant je trouve sur une légère facilitée et qui se termine de façon trop convenue pour finalement me captiver. Mais franchement ce n’est que broutille tant ce roman a réussi à me marquer que ce soit par son message, ses aventures parfaitement rythmés, son aspect SF fascinant ou encore ses personnages touchants. Un excellent moment de lecture à découvrir selon moi. Je n’ai plus qu’à me pencher sur les autres livres de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman qui, au final, propose bien plus qu’un simple Space-Opera. En effet l’histoire nous offre un mélange des genres fascinant qui nous plonge dans un avenir ou l’humanité touche à sa fin et va se retrouver à fuir à travers l’espace. L’histoire se révèle bien rythmé et les aventures du héros sont très entrainantes, maniant parfaitement les rebondissements et les retournements de situations. Mais ce roman en plus de nous happer et de nous faire voyager, propose aussi plusieurs réflexions passionnantes et posées de façon intelligente sur l’Homme, notre vie, notre avenir. L’univers construit est dense, foisonnant de lieu et de technologie qui donnent envie d’en apprendre plus. Concernant les personnages ils se révèlent soignés et riches, tous en quête de quelque-chose, avec leurs forces, leurs faiblesses, leurs envies et leurs peurs. Darker, le héros principal, se révèle clairement attachant et on suit son parcours avec grand plaisir. La plume de l’auteur est sobre et efficace. Je regrette peut-être juste une des petite sous-intrigue concernant le vol d’ADN qui démarrait bien mais c’est trop dilué au fil des pages pour complètement m’accrocher. Mais franchement rien de bien grave tant ce livre m’a offert une excellente lecture à la fois pleine d’aventures, marquante, réfléchie et poignante. Je lirai d’autres récits de l’auteur sans soucis.

 

Ma Note : 9/10

 

Autres avis : Hari, Plume, …

Blind Lake – Robert Charles Wilson

blind lakeRésumé : Utilisant une technologie quantique qu’ils ne comprennent pas totalement, les scientifiques des complexes de Crossbank et Blind Lake observent des planètes extraterrestres distantes de la Terre de plusieurs dizaines d’années-lumière. À Blind Lake, Minnesota, Marguerite Hauser s’intéresse tout particulièrement à un extraterrestre qu’elle appelle « le Sujet », mais que tout le monde surnomme « le homard », à cause de sa morphologie. Et voilà qu’un jour, personne ne sait pourquoi, le Sujet entreprend un pèlerinage qui pourrait bien lui être fatal. Au même moment, l’armée américaine boucle Blind Lake et instaure une quarantaine qui tourne à la tragédie quand un couple qui tentait de s’échapper en voiture est massacré par des drones de combat. Que se passe-t-il à Blind Lake ?

Edition : Denoël Lunes d’Encre
Poche : Folio SF

 

Mon Avis : Je me suis dernièrement rendu compte que cela faisait un petit moment déjà que je n’avais pas lu de livres de Robert Charles Wilson, auteur de Science-Fiction que j’apprécie énormément, proposant régulièrement des histoires soignées et efficaces avec des personnages qui se révèlent denses, riches et profondément humains ; ce qui fait la grande force de ses récits. Sachant que j’avais encore des romans de l’auteur qui trainait dans ma PAL je suis allé fouiller un peu et j’ai décidé d’en sortir ce Blind Lake, au quatrième de couverture accrocheur et à la magnifique couverture illustrée par Manchu.

Je dois dire que, une fois la dernière page tournée, je ressors avec un sentiment ambigu concernant ma lecture. Alors rien à dire, le roman se révèle intéressant et m’a offert un bon moment de lecture, mais plusieurs points me laissent perplexe, j’avoue. Concernant le récit l’auteur nous offre deux lignes de conduites principales celle liée à cette technologie quantique inexplicable qui permet l’observation de planètes alien et, plus précisément, un de ses membres appelé « le sujet », et une seconde à propos de cette quarantaine où on se retrouve à suivre différents personnages face à cet enfermement, cet isolement ainsi que leurs façons de réagir principalement devant l’absence d’information et l’incapacité de sortir sous peine de mort.

En soi l’histoire se révèle efficace et entrainante, jouant justement sur le mystère, le lecteur se posant alors énormément de questions, amenées de façon intelligente par l’auteur, et cherchant le lien qu’il peut y avoir entre le sujet, son observation, l’isolation de Blind Lake et le fait que les militaires abattent sans sommation toute personne qui cherche à sortir. La grande force du roman est justement qu’on ne sait pas vraiment où on va aller, mais le chemin pour y aller se révèle tellement malin et entrainant qu’on se laisse porter. La tension monte graduellement au fil des pages de façon réussie, ayant pour effet que le lecteur tourne les pages assez facilement pour essayer alors d’en apprendre et d’en découvrir plus. L’auteur sait garder son lectorat en alerte lâchant rebondissements et informations au bon moment et parfois de façon surprenante. L’ambiance se révèle, elle aussi, assez prenante avec ce sentiment d’enfermement, loin de toute communication, dans ce complexe, sans rien savoir, ce qui pousse les habitants cloisonnés à spéculer et à ne pas toujours dévoiler le meilleur d’eux-même.

Mais voilà deux points m’ont quand même dérangé. On se retrouve ici dans un univers futuriste, où les technologies ont fortement évolué et l’auteur chercher à nous livrer un récit tout de même un minimum scientifique, pourtant le principe de base de ce télescope quantique, qui se révèlent auto-évolutifs, d’une ne repose donc sur aucune véritable logique (mais cet aspect est encore négligeable) et de deux le fait que personne ne comprenne comment il marche me laisse terriblement perplexe sur le fait qu’ils soient donc si facilement acceptés utilisés. Je côtoie un peu le monde scientifique, il a l’habitude de chercher justement  le maximum possible pour en connaitre le fonctionnement évitant justement ainsi toute mauvaise surprise. J’avoue cela m’a rendu le postulat de départ un peu frustrant. Autre point qui m’a un peu surpris c’est l’aspect vase clos que met en place l’auteur, certes je l’ai dit, cela offre une ambiance assez stressante et prenante, mais l’ensemble n’explose jamais complètement non plus. On laisse plus d’une centaine d’hommes enfermé sans communication, loin de leurs familles et pourtant ils restent quasiment tous civilisés. Que personne ne tente de sortir je le comprends, vu que la mort parait inévitable, mais que personne ne craque psychologiquement ou autre à l’intérieur me paraît un peu trop gentil.

Concernant les personnages je dois bien avouer qu’il s’agit de nouveau d’une des grande réussites du roman, comme c’est souvent le cas avec l’auteur, même si je les ai trouvés légèrement moins bons que dans certains de ces autres romans. Pourtant les personnage présenté (mis à part un dont je reparlerai après) se révèlent profondément humains, avec une psychologie riche et soignée, que ce soit par exemple Chris le journaliste désabusé qui, suite à un livre polémique, se rend compte que le monde est beaucoup plus complexe qu’il le croyait ; Marguerite jeune divorcée qui cherche à reconstruire sa vie à Blind Lake, fascinée par le sujet, mais qui se retrouve à devoir lutter contre son ex-mari ou encore Tess la jeune fille renfermée, au bord de la folie face aux visions qu’elle a de son double appelé la « fille miroir ». Mais voilà malgré les héros fascinants que l’auteur dessine au fil des pages, j’ai quand même trouvé qu’il avait parfois un peu de mal à les caractériser, cherchant à trop en faire là où l’imagination devrait prendre la place, à trop les caractériser, ce qui les rend parfois un peu trop rigide. De plus je n’ai pas réussi à accrocher à l’un des personnage, Ray, l’ex-mari de Marguerite et le père de Tess. L’auteur cherche clairement à en faire le personnage ambigu, qui va sombrer au fil des pages, le soucis c’est que finalement il l’a rendu trop détestable. On se rend rapidement compte qu’il n’a que des défauts et les qualités qu’on nous présente, voir les motivations qui expliqueraient ce qu’il est manquent de force où sont retournés contre lui dans la foulée. Je n’ai jamais réussi à clairement le comprendre donc à m’intéresser à lui.

L’auteur n’oublie pas non plus d’essayer de nous faire réfléchir, de nous faire voir les choses de façon différente, comme par exemple cette idée sur la science sans réflexion qui se laissent dépasser par leurs inventions, car même si j’ai dis que le postulat me paraissait trop bancal présenté ici il n’empêche certaines observations et certaines remarques pertinentes et intelligentes. On trouve aussi des axes intéressants sur le côté froid de la science. Autre point, qu’on retrouve souvent chez l’auteur, c’est la découverte de cette vie alien à travers le sujet observé qui offre aussi son lot de révélations avec cette idée pertinente d’un quotidien répétitif et des modifications que peuvent apporter de ne plus se savoir seul dans l’univers. À noter d’ailleurs aussi l’aspect poétique de cette planète extraterrestre porté par des descriptions sobres et magnifiques d’un monde à la fois civilisé et sauvage qui m’a clairement donné envie d’en savoir plus.

Puis arrive cette conclusion et, j’avoue, je m’attendais à quelque chose de plus grandiose, je ne sais pas trop pourquoi, mais vu tout ce que mettait l’auteur en place je prévoyais une fin de haut vol. Alors attention, la fin est toute de même réussie et intéressante, mais voilà elle parait quand même légèrement convenue et surtout se résout un peu facilement. Une belle fin, ouverte, mais qui aurait pu être mieux je pense. Finalement cela résume bien aussi le livre, un bon livre, sympathique, mais qui aurait pu être supérieur, avec des défauts qui font que c’est loin d’être le meilleur Robert Charles Wilson. La plume de l’auteur se révèle par contre toujours aussi entrainante, fluide et subtile, sachant jongler entre thriller et SF et surtout entrainant finalement assez facilement le lecteur dans son histoire. Dans tous les cas je continuerai à me plonger dans les œuvres de l’auteur sans soucis.

En Résumé : Je ressors de ma lecture de ce roman avec un sentiment légèrement ambigu, j’ai passé un bon moment de lecture mais certains aspects m’ont laissé perplexe. L’histoire se révèle intéressante, efficace et entrainante jouant de façon réussie au fil des pages sur l’ambiance et la tension ce qui fait que le lecteur se retrouve rapidement happer. Le monde futuriste, les technologies ainsi que le monde alien se révèlent eux aussi de qualité avec même des aspects et des descriptions poétiques. Les personnages sont, comme souvent avec l’auteur, profondément humains et travaillés, même si par moment je les ai trouvés un peu trop figé. Par contre je n’ai jamais complètement accroché à Ray, trop désagréable. Mais voilà j’avoue avoir bloqué sur le postulat de base qui veut qu’on se serve d’une technologie quantique que personne ne comprend ni ne maitrise clairement, ce qui m’a paru un peu gros, et aussi le fait que les gens restent civilisé malgré près de six mois d’enfermement sans communications et loin de leurs familles. J’attendais aussi peut-être aussi un peu plus de la conclusion même si elle se révèle tout de même plutôt réussie et intéressante. La plume de l’auteur se révèle toujours aussi soignée, entrainante et fluide. Blind Lake est au final un bon roman de Robert Charles Wilson, mais loin d’être le meilleur. Je lirai sans soucis d’autres récits de lui.

 

Ma Note : 7/10

 

Autres avis : julien le naufragé, Nefertari, etc…

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