Catégorie : Science-Fiction Page 36 of 56

Anti-Glace – Stephen Baxter

anti-glaceRésumé : L’anti-glace est une matière au potentiel hautement énergétique. Inerte à basse température, elle atteint son rendement optimal sous l’effet de la chaleur. Depuis sa découverte par une expédition anglaise dans les neiges du pôle Sud, elle a donné à la Couronne britannique le leadership mondial en cette seconde moitié du XIXe siècle. Un leadership qui ne fait qu’exacerber les tensions entre le Royaume-Uni, la France et la Prusse…
Jeune diplomate en mal d’aventures, Ned Vicars est à Ostende dans le but de contempler l’avènement d’une de ces merveilles scientifiques qu’autorise l’anti-glace. Mais il se retrouve bientôt bloqué, lui et une poignée d’autres infortunés, à bord du Phaeton, engin prodigieux qui quitte l’atmosphère terrestre en direction de la Lune. L’équipée fantastique commence…

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : De Stephen Baxter je ne me suis, pour le moment, contenté de lire qu’une partie du cycle de Xeelees qui m’a offert un bon moment de lecture, Space-Opera efficace et soigné d’un point de vue scientifique. Les derniers tomes m’attendent d’ailleurs dans ma PAL. D’autres romans de l’auteur m’attendent aussi et, j’avoue, j’ai rapidement flashé et fait sortir de ma bibliothèque cet Anti-Glace, publié il y a peu chez Le Bélial’ et qui me donnait fortement envie par son résumé très Steampunk et surtout par sa couverture illustrée par Manchu & Philippe Gady, que je trouve sublime. Il est à noter que ce roman a été initialement publié en VO en 1993.

J’avais hâte de voir ce que pouvait bien proposer l’auteur, cette histoire se révélant différent du peu que j’ai lu pour le moment de lui, cherchant plus à nous offrir un récit hommage à des auteurs comme Jules Verne ou H.G. Wells et où le Steampunk prédomine. Pourtant, une fois la dernière page tournée je dois bien avouer que je me suis bien amusé avec ce livre, mais qu’un sentiment d’insatisfaction persiste sur certains points que j’ai trouvé traité de façon un peu trop légères pour moi. Je m’explique. Concernant l’intrigue en elle-même se révèle plutôt plaisante, fun et se laisse lire assez facilement bien porté par les différentes aventures et péripéties que vont rencontrer nos héros même s’il faut bien l’avouer l’ensemble parait un peu irréel tant les différents passages manquent parfois de cohérence et surtout de réalisme. On a plus l’impression par moment que l’auteur a clairement voulu s’amuser avec ce récit, que construire une histoire cohérente et logique ce qui est, j’ai trouvé par moment, légèrement perturbant. J’ai trouvé aussi que le rythme, même s’il n’est pas ennuyeux, se révélait très haché. On se retrouve par certains passages clairement emporté par les rebondissements qui apparaissent, mais l’ensemble est contrebalancé par des passages, principalement des dialogues, beaucoup trop verbeux qui m’ont paru parfois traîner en longueur.

L’univers Stempunk qui est développé au fil des pages se révèle par contre intéressant et fascinant avec la découverte de cette anti-glace la fin du 19ème siècle qui alors, d’un point de vue technologique, se retrouve complètement bouleverser. Le monde découvre de nouvelles inventions avec la possibilité de se déplacer sur un monorail même à travers la mer, ou encore ce Prince Albert fascinant et gigantesque paquebot terrestre, image décadente d’une nation sans aucune limite, mais aussi encore par des inventions plus sombres et plus destructrices. L’ensemble donne franchement envie d’en découvrir plus. Ce mélange de cuivre, de tuyauteries et de vapeur arrive toujours autant à me passionner, l’auteur arrivant ici à le rendre réaliste et intéressant et surtout bien poser par des aspects et des théories scientifiques qu’il rend toujours aussi accessible, même si parfois un peu longuet. Une couche d’humour et d’ironie, parfois caricatural, vient également teinter cette histoire, on le sent bien autant dans les personnages que dans les différentes nations, leurs visions et leurs différences ce qui ajoute une touche divertissante et ne manque pas de faire sourire.

Ce livre n’est pas non plus qu’un simple récit d’aventure dans un monde revisité Steampunk, c’est aussi une uchronie ; l’Angleterre avec l’Anti-Glace ayant découvert aussi une arme de destruction massive qui vient la positionner en nouvelle nation forte du monde. Le parallèle avec les Etats-Unis suite à la seconde guerre mondiale et clairement établi. L’auteur cherche alors à faire réfléchir le lecteur sur l’impérialisme, la révolution, l’anarchisme, la guerre, le pouvoir et surtout sur les différences qui font que vouloir se positionner en gardien d’une paix mondiale parait utopique tant les visions des uns et des autres se révèlent différentes. Mais voilà j’ai trouvé par moment que l’ensemble était mal amené voir même parfois un peu trop caricaturale, comme si l’auteur cherchait à balancer ses axes de réflexions, mais sans les travailler ni les affiner. L’ensemble se révèle donc parfois trop bancal à mon goût. Puis arrive la conclusion et là, j’avoue, j’ai été happé par le livre, une conclusion amère au message sombre, efficace, pertinent et percutant qui ne laissera pas le lecteur indifférent. J’ai donc eu, avec ce roman, l’impression d’une histoire coupée en deux, une première partie où l’auteur s’amuse, et amuse le lecteur, à travers son hommage, sans chercher la logique, ce qui déroute, et une fin de récit beaucoup plus réussi et entrainante offrant des images fortes, réfléchies et poignantes.

Concernant les personnages je ressors aussi avec un avis un peu mitigé, j’ai trouvé les protagonistes secondaires convaincants et vivants, arrivant à faire avancer l’histoire et à apporter leurs touches au fil des pages, les rendant intéressant à découvrir. Là où j’ai bloqué c’est concernant le personnage principal, il s’agit d’un diplomate un peu simple que j’ai trouvé efficace au début, son côté un peu candide permettant d’appréhender ce monde de façon rafraichissante en le découvrant limite avec des yeux nouveaux, mais très vite l’auteur en abuse. De crédule son personnage devient beaucoup trop naïf pour finir limite tête à claques tant il donne l’impression d’être une coquille vide à qui on doit tout expliquer et apprendre. Et pourtant il arrive à ressortir quelque-chose d’attachant en lui, à travers son héroïsme forcé par les évènements et surtout les beaux yeux d’une française, il arrive même sur la fin à devenir un personnage consistant avec ses propres idées et références, mais que c’est long et parfois laborieux. Certes cela permet à l’auteur d’apporter sa touche scientifique, comme il l’a fait avec les deux premiers tomes de son cycle de Xeelees, proposant un dialogue entre une personne qui a la connaissance et une autre qui ne l’a pas, mais voilà quand la personne qui ne sait rien est toujours la même c’est frustrant voir répétitif.

La plume de l’auteur se révèle simple, entrainante et, même si je l’ai trouvé un tout petit peu moins entrainante que d’habitude, elle donne envie tout de même de tourner les pages pour découvrir la suite. Au final il faut donc bien avouer que ce roman de Stephen Baxter n’est sûrement pas son meilleur, mais il n’est pas non plus complètement mauvais pour autant. L’ensemble est clairement bancal, voir parfois irréel, j’en attendais peut-être aussi trop, mais cela ne l’empêche pas de se révéler plutôt divertissant avec des axes de réflexions plus ou moins passionnants et une conclusion qui se révèle, selon moi, réussie. Il ne me reste plus qu’à me replonger dans les autres écrits de lui qui sont dans ma PAL.

En Résumé : Je dois bien avouer que je ressors de cette lecture avec un sentiment plutôt ambigu, je me suis bien amusé avec ce livre, mais l’ensemble est loin d’être parfait. L’intrigue, qui rend hommage à des auteurs comme Verne ou Wells, se révèle pleine d’aventures et de péripéties intéressantes, mais elle m’a paru manquer par moment de logique et voit son rythme parfois plombé par certains dialogues trop verbeux et un peu long. L’univers Steampunk se révèle être très réussi, mélange de vapeur, de tuyauterie, de cuivre et d’inventions qui donnent envie d’en apprendre plus. L’uchronie, qui redéfinit le jeu des pouvoir en Europe avec l’Angleterre devenue une grande puissance grâce à cette arme qu’est l’anti-glace, offre des réflexions sur le pouvoir et la paix qui se révèlent intéressantes et parfois pertinentes, mais qui m’ont aussi paru mal amenés et lancé sans être totalement affinées. Concernant les héros de ce livre j’ai trouvé les personnages secondaires pertinents, efficaces et intéressant mais j’avoue avoir eu du mal avec le personnage principal qui malgré quelques aspects attachants se révèle beaucoup trop naïf et parfois tête à claques. Le style de l’auteur se révèle simple et entrainant. Au final ce n’est sûrement pas le meilleur livre de l’auteur, j’en attendais peut-être trop aussi, mais il se révèle divertissant.

 

Ma Note : 6,5/10

Le Jeu des Sabliers – Jean-Claude Dunyach

le jeu des sabliersRésumé : De mystérieux sabliers. Une étrange prophétie. Et des cartes de tarot, qui contiendraient peut-être la clé de l’énigme… Mais, au cœur d’un monde où le temps est parcouru de crevasses béantes, les ombres laissées par les anciens dieux rôdent toujours… Alliés de circonstance, un jongleur errant, une guerrière aussi jeune que dangereuse et un bouffon étrangement savant se voient remettre, par un singulier vieillard, une carte à leur image. Devenu leur employeur et mentor, l’homme les entraîne dans un jeu mortel où tout est trompeur. Malgré leur méfiance réciproque, exacerbée par une rivalité à fleur de mots et volontiers de lames, pourront-ils déjouer les obstacles et parvenir au bout de leur quête ?

Edition : Multivers
Poche : Folio SF

 

Mon Avis : Jean-Claude Dunyach fait partie des auteurs majeurs de la Science-Fiction française, avec énormément de textes à son actif et pourtant je dois bien avouer que, à ce jour, je n’ai lu que quelques-unes de ses nouvelles, effleurant à peine son œuvre. Il y a quelques mois j’ai donc décidé de rectifier le tir en me laissant tenter par ce roman, annoncé comme le premier de l’auteur, et ainsi découvrir plus en profondeur sa bibliographie. Il faut bien avouer aussi que la couverture, illustrée par Bruno Wagner, se révèle intrigante et donne envie d’en apprendre plus. Il est à noté que ce roman, je ne le savais pas au démarrage de ma lecture, est la réédition d’un diptyque publiés en 1987 et 1988 chez Fleuve Noir.

On se retrouve à travers ce livre à suivre le destin de Jern, un jongleur qui traverse la vie sans se soucier ni s’intéresser à rien, qui va être contacté par Olym, poète, qui a besoin de lui pour mener à bien sa quête permettant de retrouver trois sabliers bien spécifiques. L’histoire dans son ensemble reste, il faut bien l’avouer, très, voir trop, classique avec ce mélange de quête, de héros assez stéréotypés et de prophétie. On sent bien que, ce qui devait être captivant à l’époque de sa première publication, a aujourd’hui perdu de son originalité pour devenir assez courant voir même limite caricatural. Pourtant, cela n’empêche pas l’auteur d’arriver à rendre cette intrigue finalement un minimum intéressante par le fait que le roman se révèle somme toute assez court, ce qui offre ainsi à l’histoire un rythme soutenu et permet de maintenir un minimum de tension tout du long. Mais voilà l’intérêt est aussi contrebalancé par cette impression que l’auteur suit à la ligne un script pré-écrit, ce qui a la mauvaise impression de rendre l’ensemble plutôt linéaire et surtout, marquant quand même de surprise, le lecteur arrivant à deviner à l’avance la plupart du temps les coups de théâtres que le roman cherche à amener.

La force du roman finalement ne réside en fait pas dans l’intrigue, qui ne sert en définitive que de vaisseau à ce que je cherche à faire partager l’auteur, que ce soit aux travers de réflexions, comme des idées qu’il propose. En effet les nombreuses images philosophiques qu’il construit autour de cette quête se révèlent complexes, soignées et en feront réfléchir plus d’un avec, par exemple, ses nombreuses religions qui portent toutes un message plus profond qu’on peut le croire, ou encore cette lente quête initiatique qui va faire évoluer nos héros à chaque épreuve qu’ils vont rencontrer. On en trouve aussi dans ce qui transparait des héros, les différentes peurs sous-jacentes qu’ils développent au fil des pages et qu’on ressent à travers les nombreux non-dits allant de la perte de contrôle, passant par ce besoin de tenter d’avancer et de s’améliorer, mais également l’impression d’inutilité dans ce monde. Ce sont clairement les différentes possibilités de lecture de cette histoire qui ont fait que j’ai continué à tourner les pages avec l’envie d’en apprendre plus. Plus on avance plus on se rend compte que la quête est d’ailleurs viciée, qu’une vérité s’y cache plus profonde, plus intime, mais plus destructrice. Un jeu de manipulation qui aboutit à une conclusion désabusé, sur le dépassement de soi et où tout est un cycle.

Autre point qui se révèle très intéressant c’est l’univers qui est construit dans ce livre, un monde de Science-Fantasy alternant les voyages inter-galactiques, les armes futuristes avec des mondes plus archaïque, très typé Fantasy, avec leurs cultes, leurs sociétés et leurs façons d’avancer. L’ensemble se révèle réussi et ne manque pas de charme, plongeant même, plus on avance dans l’histoire, vers quelque chose qui oscille entre onirisme magique et dureté qui, j’avoue, m’a fasciné et m’a donner clairement envie d’en apprendre plus. Entre la planète chef-d’œuvre de sculpture, la religion des Lanceurs de Pierre qui croient que la pierre est sacrée, l’animal-temple qui se construit dans la chair et les os ou encore ce monastère bien étranger, le lecteur se trouve franchement intrigué par l’ensemble et devant l’imagination de l’auteur qui arrive surtout à rendre le tout cohérent et tout à fait captivant. On sent qu’il y a  derrière tout cela pas mal de densité pour développer d’autres histoires. L’utilisation du tarot apporte aussi un plus, offrant des parallèles métaphysiques qui ne manquent pas d’attraits. D’ailleurs la découpe des chapitres n’est pas anodine, chaque chapitre offrant l’explication d’une lame de tarot.

J’ai trouvé par contre que les personnages étaient l’un des gros points faibles du récit. D’une ils se révèlent caricaturaux, entre la guerrière qui résout quasiment tout par la force et qui la considère comme pièce maitresse de la vie, l’ancien manipulateur et poète qui, vieillissant, recherche la vie éternelle, Dorian qui joue la pièce du bouffon, un nain au savoir sans commune mesure ; seul Jern m’a paru sortir un peu du moule, jongleur qui possède le « mal du pays » et qui ne cherche qu’à passer à travers sa vie sans lumière. Pourtant, il y a quand même de bonnes idées comme par exemple cette idée de symbiote avec Aléna ainsi que les traditions de sa planète, ou encore la façon dont Dorian est devenu un puits de connaissance, mais l’ensemble reste finalement traité que de façon superficielle. Surtout que les héros, selon moi, doivent être moteurs de l’histoire la permettre d’avancer, en premier lieu par les péripéties qu’ils doivent affronter et ensuite à travers leurs backgrounds et leurs constructions qui doivent alors marquer le lecteur et c’est là que je les trouve trop léger. Ils manquent clairement de profondeur et de densité, on aimerait bien gratter cette couche pour savoir qui ils sont vraiment, mais cela n’arrive jamais complètement, c’est frustrant. De plus j’ai trouvé que par moment ils étaient portés par des dialogues trop répétitifs et, de plus, le triangle amoureux me parait manquer d’intérêt.

La plume de l’auteur se révèle, je trouve, soignée, fluide, plutôt efficace et entrainante. Au final je pense que si j’avais lu ce livre il y a une dizaine d’années quand je me suis remis à la lecture, ou bien durant mon adolescence je l’aurais sûrement trouvé bon, mais le lire aujourd’hui avec tout mon passif en littérature de l’imaginaire fait que l’ensemble se révèle très classique et aussi je voyais beaucoup trop de choses arriver à l’avance, l’ensemble manquait donc de surprise. Et pourtant le roman se lit de façon plutôt agréable, porté par les nombreuses réflexions intelligentes, bien posés par l’auteur, ainsi que par son univers qui donne envie d’en apprendre plus et par la plume de l’auteur. Une lecture finalement sympathique, avec ses qualités et ses défauts. En tout cas j’ai toujours envie de découvrir d’autres textes de l’auteur.

En Résumé : Je ressors finalement de ma lecture de ce roman avec un sentiment mitigé mais plutôt positif. L’intrigue se révèle très classiqu,e reprenant des aspects comme la quête initiatique, l’équipe constituée pour la résoudre ou bien encore la prophétie qui tourne autour, mais pourtant l’ensemble a réussi à me donner envie de tourner les pages, principalement par les différentes réflexions efficaces, intelligentes et bien amenées que propose l’auteur, aussi bien sur les personnages que sur les différents peuples qu’ils rencontrent, ou bien encore par l’univers dense et efficace qui se dévoile au fil des pages et donne clairement envie d’en apprendre plus. Concernant les personnages j’avoue que je les ai trouvés un peu trop stéréotypés et surtout manquant cruellement de profondeurs malgré quelques bonnes idées, ce qui fait qu’on a parfois du mal à s’attacher complètement à eux. La plume de l’auteur se révèle fluide, efficace, soignée et plutôt entrainante. Au final un roman intelligent qui, sur la forme, a du mal à se sortir de son aspect très conventionnel, mais cela reste plutôt agréable à lire et en tout cas m’a donné envie de découvrir les autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 6,5/10

 

Autres avis : Rhi-Peann, …

Stark et les Rois des Etoiles – Leigh Brackett & Ray Bradbury & Edmond Hamilton

stark et les rois des etoilesRésumé : « Enfin, les vaisseaux promis arrivèrent.
Stark les contempla sur les écrans lorsqu’ils jaillirent du néant. Shorr Kan les lui détaillait. Les escadrons du royaume de Fomalhaut, blasonnés d’un soleil blanc à la proue. Les nefs de Rigel, de Déneb, d’Algol, d’Altaïr, d’Antarès, de Véga. Les flottes des lointains royaumes de la Lyre, du Cygne, de Cassiopée, du Lièvre, du Corbeau, d’Orion. Les navires des barons d’Hercule, à l’enseigne de l’amas doré. Et ainsi de suite, et ainsi de suite, jusqu’à ce que les oreilles du Terrien résonnent de noms d’étoile et qu’un vertige le saisisse devant l’ampleur de ce rassemblement.
En dernier, ce furent les vastes ombres mouvantes de la guerre interstellaire, les gigantesques croiseurs de l’Empire, et les flottes entières des Rois des étoiles, venues se masser devant le Voile de Dendrid, au point de poudroyer l’espace. »

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : Leigh Brackett fait partie de ses auteurs qui ont marqué à leur époque la science-fiction ainsi que l’imaginaire en général et dont je dois bien avouer je n’ai encore lu aucun textes. Elle est principalement connue pour avoir créée le héros Eric John Stark, personnage charismatique qu’on retrouve d’ailleurs dans la majorité des textes de ce recueil et que j’avais énormément envie de découvrir. Mais voilà, j’aurais pu me laisser plutôt tenter par Le Grand Livre de Mars, plutôt que par celui-ci, mais j’avoue je n’ai pas trop réfléchi et j’ai été rapidement conquis par la magnifique couverture d’Elian Black’mor. Je pense d’ailleurs que même si je n’avais jamais entendu parler du héros, j’aurai craqué pour la couverture. Ce recueil comporte six textes accompagnés de six illustrations de Philippe Caza ainsi qu’un avant-propos de Pierre-Paul Durastanti et une préface de Edmond Hamilton, mari de l’auteur.

Lorelei de la Brume Rouge de Leigh Brackett & Ray Bradbury : Cette nouvelle, la préface nous informe qu’elle possède une histoire un peu particulière, il s’agissait d’une commande de l’auteur mais comme elle était trop occupée par son travail sur un scénario de film elle a donc demandé à Ray Bradbury de terminer le texte. La première moitié est donc écrite par Leigh Brackett et la seconde par Ray Bradbury. Ce texte est aussi un peu à part dans ce recueil, car il nous fait découvrir Hugh Starke et non pas Eric John Stark. Prémisse du héros ou lointain cousin? En tout cas le récit nous fait découvrir le héros en fuite après un braquage et qui suite au crash de son vaisseau va se retrouver en plein milieu d’une guerre dont il ne connait rien. On retrouve clairement un texte d’époque avec des personnages qui se révèlent charismatiques, aventuriers et vont devoir faire face à des aventures qui, souvent, les dépasse et vont alors devoir offrir le maximum d’eux-même pour s’en sortir et sauver les siens. C’est clairement divertissant et efficace, on tourne les pages avec grand plaisir même si l’aspect linéaire enlève un peu le côté surprenant et qu’on devine facilement la fin. On notera par contre un petit clin d’œil, selon moi, à Robert E. Howard.  La représentation de Vénus de l’auteur se révèle clairement magnifique et flamboyante, même si bien entendu erroné aujourd’hui. En tout cas cette vénus donne envie d’être découverte.

Magicienne de Vénus de Leigh Brackett : On se retrouve avec ce texte de nouveau sur vénus, mais cette fois c’est Eric John Stark qui va nous guider et va devoir aller sauver un de ses amis disparu dans un village qui cache bien des secrets. Stark va alors devoir lutter face à une famille dirigeante qui a sombré dans une douce folie et qui depuis des générations sont à la recherche d’un secret caché dans la région. De nouveau l’auteur nous propose un texte divertissant, sans temps morts qui se laisse lire avec plaisir et nous fait découvrir un coin de vénus plus sombre, angoissant, mais toujours aussi bien décrit et fascinant par certains aspects. Le tout est bien porté par des personnages intéressants et percutants. Je reproche par contre certains passages un peu long, principalement quand elle tente une introspection sur la famille Lahri. Au final un texte très agréable et efficace.

Stark et les Rois des Etoiles de Leigh Brackett & Edmond Hamilton : Concernant cette nouvelle elle lie deux univers, celui de Eric John Stak de Leigh Brackett et celui des Rois des Etoiles de son mari Edmond Hamilton. Un texte qui se révèle finalement plus Space-Opera que Planet-Opera comme les autres qui composent ce recueil. Pourtant j’avoue n’avoir que moyennement accroché à ce texte. Les autres textes ont beau se révéler classiques dans leur construction, ils possédaient leurs propres voix, alors que celui-ci me parait accumuler un peu trop de poncifs avec ce héros solitaire sauveur de l’univers, sans véritable réflexion de fond, où la puissance va bien entendu tout débloquer. L’ensemble reste fluide et efficace, mais je n’ai jamais réussi à complètement rentrer dedans. Dommage, car les personnages se révélaient vraiment intéressant et la rencontre entre Stark et Shorr Kan possédait un sacré potentiel qui ne restera au final que virtuel.

À noter que les trois textes qui suivent sont liés et peuvent être considérés comme une trilogie de Skaith.

L’Étoile Rousse de Leigh Brackett
Les Chiens de Skaith de Leigh Brackett
Les Pillards de Skaith de Leigh Brackett

J’ai décidé de ne faire qu’une seule chronique sur ces trois textes pour éviter de trop spoiler. Cette trilogie envoie Stark sur Skaith à la recherche de son père adoptif qui y est retenu contre son gré. . On comprend alors que le pouvoir de Skaith refuse le voyage dans les étoiles pour éviter d’y perdre leur puissance. Il va aussi alors rapidement se rendre compte qu’une prophétie repose sur lui. J’avoue que cette trilogie se révèle, dans son ensemble, un bien joli morceau, efficace, haletant, où on ne s’ennuie pas un seul instant, l’auteur manipulant les rebondissements et les surprises de façon clairement efficace et réussi poussant le lecteur à alors tourner les pages pour voir comment ils vont s’en sortir.

La planète de Skaith se révèle a elle toute seule un des points forts de cette série, que ce soit par la complexité des peuples qui y sont présentés, leurs envies, leurs souffrances, leurs décadences, leurs besoins ou encore par les lieux et les architectures. C’est une planète entière qu’elle nous fait découvrir où chaque peuple, chaque personnage croisé possède sa propre vision de la vie, du monde et va alors retrouver toutes ses croyances chamboulés devant l’arrivée de cet homme des étoiles qu’est Stark. L’auteur nous offre alors une véritable réflexion sur le changement, la façon de l’aborder, la peur qu’il amène obligatoirement et ici avec le voyage stellaire toutes les transformations qu’il va forcément apporter. Alors c’est vrai que c’est parfois un peu facile, les idées sont un peu simplistes et amené parfois avec un certain manque de finesse, mais elles permettent en tout cas aux textes d’être un peu plus que de simples récits d’aventures.

Le personnage principal de Stark se révèle clairement intéressant, principalement dans sa dualité qui le gouverne, à la fois homme sauvage et civilisé. Il possède assez de charisme pour happer le lecteur au fil des pages et de ses aventures malgré c’est vrai une construction d’époque qui ne plaira pas à tout le monde avec un héros sans peur et sans doutes, qui avance toujours sans se retourner ni réfléchir vraiment à ses actes. Ce qui est un peu dommage c’est que le côté énergique du récit l’emporte sur la construction des personnages secondaires qui manquent parfois de profondeurs ou disparaissent au fil des tomes, je pense principalement ici au personnage de la devineresse qui possédait un énorme potentiel selon moi et qui pourtant s’impose de moins en moins dans Les Chiens de Skaith et Les Pillards de Skaith.

Autre point intéressant c’est la façon dont l’auteur construit son récit, principalement dans les deux premiers tomes, transformant une épopée héroïque où le personnage principal est vu comme un sauveur à une suite beaucoup plus sombre où le sauveur devient le banni, le rejeté, le démon qui vient tout détruire. On a une véritable évolution dans l’ensemble qui fait qu’on ressent alors moins la linéarité dans la construction du « j’avance, un obstacle, je l’abats, j’avance » et qui permet clairement de se sentir plus passionné par cette histoire. Le troisième tome m’a paru par contre un cran en dessous car, même s’il apporte des moments tragiques et efficaces, de l’action et des rebondissements ainsi qu’une réflexion sur l’homme qui reste toujours fidèle à lui-même, il permet trop facilement à l’auteur d’offrir une fin comme elle l’entend à son cycle de Skaith. Il n’est pas mauvais, juste moins fascinant que les deux premiers.

 

Quand on ouvre ce livre il faut savoir à quoi on s’attend. Ces histoires ont été écrites durant l’âge d’or de la SF et proposent des héros charismatiques, qui savent se battre, toujours droit dans leurs bottes et qui vont se retrouver dans des situations pleines d’aventures, d’action et sans temps morts. Si on cherche de la SF peut-être plus nuancé, plus réfléchi alors passez votre chemin. Si vous cherchez plus une SF divertissante, bourré d’adrénaline, mais qui offre aussi des réflexions avec des rencontres percutantes et des lieux magnifiques par l’imagination de l’auteur, alors laissez vous tenter par ce livre qui, sans se révéler un chef-d’œuvre, remplira clairement son rôle. D’ailleurs on sent bien que l’auteur a été scénariste reconnu à Hollywood, la gestion de l’ensemble est vraiment réussie. En tout cas moi c’est ce que je cherchai en l’ouvrant et je dois bien avouer que je ne suis pas déçu de ma lecture. Je pense même faire rentrer prochaine Le Grand Livre de Mars dans ma PAL.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce livre qui propose de découvrir six histoires de Science-Fiction, pleines d’aventures, d’action, sans temps morts et qui se lisent facilement se révélant clairement divertissantes. Certains aspects ont peut-être un peu vieilli, certains textes sont peut-être un peu trop linéaires et les personnages, dont le personnage principal paraissent parfois légèrement stéréotypés, mais pourtant l’auteur arrive, à travers ses différents récits, à nous faire réfléchir, à nous faire tourner les pages et surtout principalement à nous faire voyager sur des planètes qui possèdent toutes une certaine beauté et donnent envie d’être découvertes. Si vous cherchez des textes remplis d’adrénalines et d’aventures, le tout dans des lieux exotiques avec des personnages percutants et charismatiques alors ce livre est pour vous. Si vous cherchez quelque chose de plus nuancé, alors passez votre chemin. Au final six textes de l’âge d’or de la SF qui se lisent facilement et se révèle plus qu’agréable, je me laisserai d’ailleurs maintenant bien tenter par Le Grand Livre de Mars.

 

Ma Note : 7,5/10

Les Derniers Jours du Paradis – Robert Charles Wilson

les derniers jours du paradisRésumé : Alors que l’Amérique se prépare à fêter les cent ans de l’Armistice de 1914, un siècle de paix mondiale, d’avancées sociales et de prospérité, Cassie n’arrive pas à dormir. Au milieu de la nuit, elle se lève et va regarder par la fenêtre. Elle remarque alors dans la rue un homme étrange qui l’observe longtemps, traverse la chaussée… et se fait écraser par un chauffard. L’état du cadavre confirme ses craintes : la victime n’est pas un homme mais un des simulacres de l’Hypercolonie, sans doute venu pour les tuer, son petit frère et elle. Encore traumatisée par l’assassinat de ses parents, victimes sept ans plus tôt des simulacres, Cassie n’a pas d’autre solution que fuir.
L’Hypercolonie est repartie en guerre contre tous ceux qui savent que la Terre de 2014 est un paradis truqué.

Edition : Denoël Lunes d’Encre (Parution le 04-09-2014)
Traduction : Gilles Goullet

 

Mon Avis : Je suis un grand admirateur des écrits de Robert Charles Wilson, principalement par sa capacité à offrir une science-fiction mélangeant efficacement l’inexplicable au contemporain et surtout porté par des personnages qui se révèlent humains dans leurs réactions et leurs évolutions. J’ai déjà lu six livres de l’auteur et je n’ai jamais été vraiment déçu, même si tous ne sont pas au même niveau. C’est donc sans surprise que lorsque l’on m’a proposé de découvrir son dernier livre, je me suis rapidement laissé tenter. Il faut bien avouer que le résumé se révèle accrocheur. Concernant la couverture, de nouveau illustré par Manchu, j’avoue être moins fan que d’habitude même si elle reste sympathique.

L’intrigue de ce roman rappelle clairement les histoires de SF d’il y a quelques années, celle où la terre se révèle infiltrée par un organisme supérieur, pour des raisons que personne ne connait, et qui manipule l’humanité à l’insu de son plein grès. Malgré ce côté assez classique, l’auteur s’en sort très bien dans la construction de son histoire, dès le premier chapitre il nous happe à travers Cassie qui se retrouve à fuir suite à la mort par accident d’un sim devant chez elle. On se retrouve alors plongé dans une fuite en avant, qui monte doucement en tension et en intensité face à cette traque et cette envie de survie de nos héros qui va alors les pousser parfois aux pires exactions. Une aventure pleine de suspens qui fait qu’on tourne les pages avec un minimum d’envie. L’utilisation de deux points de vue dans l’histoire, avec le premier qui suit le groupe jeune que comprend Cassie et l’autre plus adulte que comprend son Oncle Ethan, permet aussi d’offrir un plus à l’ensemble, que ce soit dans ces différents sentiments d’insécurité qui les obligent à toujours courir, comme dans les différents angles d’explication qui se dévoilent au fur et à mesure, aussi bien concernant l’Hypercolonie que sur le monde et la résistance de certains.

L’univers que construit l’auteur nous propose un monde parallèle où la guerre a quasiment disparu depuis l’armistice de 1914, offrant ainsi un monde qui devrait paraitre plus sûr, géré de façon complètement différente et offrant des alliances que personne n’imaginait, le tout bien entendu manipulé par l’Hypercolonie. J’avoue qu’il y a quelques chose de fascinant dans la construction de cette Histoire alternative que l’auteur dévoile lentement, insérant des indices et des éléments ici ou là au milieu de son intrigue. Un monde qui donne une impression un peu désuète, style années 60, comme si la technologie était mauvaise pour l’homme.  L’auteur nous offre alors des réflexions qui ne manquent pas d’intérêt comme par exemple sur le libre arbitre, sur le fait que l’humanité se laisse aller avec une facilité déconcertante dans le conflit et la destruction. Qu’est-ce qui est le plus intéressant, d’avoir la sécurité, mais sous le contrôle d’une entité supérieure ou avoir la liberté en sachant que cela mène souvent à des conflits mondiaux? L’auteur propose aussi un aspect scientifique intéressant comme par exemple ce parallèle avec certaines castes d’insectes, expliqué de façon simple et compréhensible. Mais voilà malgré ces points qui se révèlent réussis, j’aurai pourtant aimé en savoir plus sur ce monde, l’auteur ne construisant parfois que ce dont il a besoin pour son histoire et offrir un minimum de densité, mais laissant certaines questions en suspens comme par exemple concernant la géopolitique ou encore, pourquoi pas, la démographie.

Concernant les personnages il s’agit, comme souvent avec l’auteur, d’un des points forts de ce roman. Il nous offre comme toujours des héros qui s’annoncent denses, complexes et profondément humains au fil des pages. On arrive à s’attacher où à s’intéresser facilement à chacun d’eux, offrant une palette de point de vue assez large et diversifiée. Chaque protagoniste possède ses doutes et ses certitudes, guidé par ses émotions et son vécu ; entre Cassie jeune fille d’à peine 19 ans qui a  toujours vécue à la marge de la société, dans la peur, suite à la mort de ses parents ou bien encore Ethan son oncle scientifique qui a perdu énormément et qui cherche pourtant d’une certaine façon à avancer à lutter. Tous vont se retrouver à devoir faire des choix pas toujours faciles et qui vont les marquer durablement et c’est là-dessus qu’ils arrivent à nous captiver, devant la façon dont chacun va devoir évoluer, leurs interactions les uns les autres face aux différents problèmes qui se posent à eux. Un des aspects intéressant vient aussi de leurs différentes perceptions qu’ils ont de cette Hypercolonie, allant du très scientifique à un aspect peu-être un peu plus romantique d’un monde meilleur.

Pourtant, malgré pas mal d’aspects plutôt positifs, ce livre se révèle loin de m’avoir marqué autant qu’a pu le faire Spin ou Julian du même auteur qui sont, ses meilleurs romans dans ceux que j’ai lu. On y retrouve cependant un certain parallèle avec Spin, cette main supérieure qui influence l’humanité, mais j’ai eu l’impression que l’auteur restait un peu trop en surface, cherchant peut-être plus à offrir un roman de science-fiction qui recherche un public plus large, ce roman pouvant se lire très facilement par un adolescent. De plus j’ai trouvé que par moment l’auteur se répétait un peu, principalement dans certains dialogues qui ressassaient les même questionnements et argumentations; mais de façon différente. J’avoue aussi avoir remarqué une petite facilité, que je ne peux dévoiler sans spoiler, mais qui contredit une statistique qui parait importante, mais sur ce point rien de bien gênant. Au final ce roman se lit tout de même facilement, on y retrouve pas le côté fascinant et émerveillant de certains de ces romans, mais cela n’empêche pas à ce livre d’être divertissant et d’offrir un agréable moment de lecture.

La plume de l’auteur est toujours aussi efficace, fluide, entrainante et plus on avance dans le livre et plus on se sent emporter, le tout pour aboutir à une conclusion que j’ai trouvé fascinante, explosive et évitant le happy-end qui aurait été un peu facile. Finalement j’ai un peu l’impression d’avoir le même ressenti qu’avec Blind Lake, un roman très agréable, efficace avec un concept de départ intéressant et de bonnes idées, mais qui aurait pu être meilleur, manquant peut-être d’un peu plus d’ambition. Peut-être que j’attends un peu trop de l’auteur aussi. En tout cas cela ne m’empêchera pas de lire d’autres écrits de Robert Charles Wilson car l’ensemble se révèle toujours aussi prenant.

En Résumé : J’ai passé un agréable moment de lecture avec ce roman, certes il n’est pas le meilleur de l’auteur, mais cela ne l’empêche pas d’offrir une histoire qui se révèle efficace, pleine de suspens où la tension monte au fil des pages pour happer le lecteur, même si construite sur des bases classiques. L’univers parallèle que développe l’auteur est très intéressant même si j’aurai aimé avoir plus d’informations concernant certains aspects. Les personnes construit au fil des pages sont, comme souvent avec l’auteur, humains et attachants face à leurs évolutions et leurs choix pas toujours facile. La plume de l’auteur se révèle fluide et efficace pour aboutir à une conclusion fascinante, pleine d’émotion et explosive. Je reproche en fait à ce roman certaines répétitions dans certains arguments, mais surtout un léger manque d’ambition par rapport à ce que proposait l’auteur ces dernières années, peut-être aussi pour viser un public plus large. Cela n’empêche pas pour autant ce roman d’offrir une lecture divertissante et efficace. Je lirai sans soucis d’autres romans de l’auteur.

 

Ma Note : 7/10

 

Autres avis : Ly lit, …

Le Cycle des Xeelees Tome 2, Singularité – Stephen Baxter

singulariteRésumé : « Les Xeelees possédaient l’univers…
Quand les hommes avaient émergé du système solaire en se traînant à vitesse subluminique sur les premiers vaisseaux GUT, ils étaient entrés dans un environnement complexe peuplé de nombreuses races intelligentes dont chacune obéissait à ses propres impératifs et poursuivait ses propres buts. […] Moins de deux siècles après l’époque de Michael Poole, la Terre était conquise, puis transformée en camp de travail par les gestalts aquatiques que les humains avaient appelé les Squeems. [Mais] où que les hommes et les races qu’ils avaient rencontrées regardent, ils voyaient l’empreinte des Xeelees. Se tenant à l’écart de l’univers, ils évoquaient des dieux : indifférents à tout, concentrés sur leurs vastes œuvres et leurs mystérieux projets… »

Edition : Le Bélial’
Poche : Pocket

 

Mon Avis : Après avoir découvert le premier tome de ce cycle qui, malgré un aspect premier roman et quelques défauts, m’avait laissé un sentiment plutôt positif, dont les idées donnaient fortement envie de découvrir la suite (ma chronique ici), j’ai donc fait rentrer ce tome deux dans ma PAL. Un des points qui m’a fait aussi continuer ce cycle, c’est que chaque roman peut, sauf exception, être lu indépendamment des autres, l’auteur ne cherchant pas à construire une intrigue continue, mais plutôt à offrir plusieurs histoires qui forment une fresque. À noter de nouveau une magnifique couverture illustrée par Manchu.

Finalement j’ai bien fait de me laisser assez rapidement tenté par ce second tome, car une fois la dernière page tournée, je l’ai trouvé un ton au-dessus que Gravité et m’a offert un bon moment. L’auteur nous offre de nouveau un Space-Opera, mais qui cette fois prend place, non pas dans un anneau monde, mais dans l’univers de la Terre. À partir de là on va découvrir une humanité sous le joug des Qax, qui va tenter de se rebeller, offrant alors au lecteur une intrigue qui va s’étendre à travers l’espace et le temps, se révélant fascinante, flamboyantes et pleine d’aventures. Singularité se révèle alors, selon moi, plus maîtrisé, plus efficace et plus abouti que l’était Gravité. On obtient ainsi un récit moins stéréotypé et moins caricatural, même si classique dans ses grandes lignes, et plus entrainant, mélangeant habilement l’aspect scientifique avec rebondissements tout en y offrant aussi un souffle cosmique captivant, qui arrive à happer le lecteur facilement. Dès les premières pages on entre dans l’histoire, l’auteur évitant la longue introduction pour nous plonger dans cette lutte au rythme soutenu et qui possède son lot d’action et de révélations.

Concernant l’aspect scientifique il s’agit bien entendu de Hard-Science et, oui, il vaut mieux posséder un minimum de bagage et aimer la science, pour ne pas se perdre dans toutes ces explications. Entre Schrödinger, Wigner, les trous noirs, les singularités, les trous de vers, la matière exotique l’auteur travail sur énormément de théories pour construire son récit et, malgré une explication fluide et assez simplifié, se révèlent pas toujours facile d’accès. Personnellement, j’ai trouvé cet enchevêtrement de théories et d’explications assez fascinant, principalement dans la capacité à s’en servir pour construire, développer et densifier son intrigue au fil des pages. Surtout il expose des postulats qui se révèlent étourdissantes et pourtant réalistes, comme par exemple celle que propose les Amis de Wigner que je vous laisse découvrir, qui offre une réflexion assez surprenante sur l’univers.

L’univers qui est développé tout au long roman se révèle intéressant, mélangeant les époques, entre avenir, présent et futur nous offrant alors une humanité en constante évolution, connaissant des hauts et des bas entre domination et soumission. Elle va sans cesse réagir, mais pas toujours de la meilleure façon tombant parfois dans le fanatisme. On découvre aussi les fameux Xeelees, leurs influences sur toutes les espèces ainsi que leur fameux projet concernant cet univers. Mais aussi les Qax des êtres assez fascinants par leur existence biologique qui repose à travers les turbulences. L’aspect technologique est  soigné et efficace que ce soit aussi bien, par exemple, les vaisseaux humains qui reposent clairement sur la technologie, que les vaisseaux Qax qui, eux, reposent sur la biologie, un peu comme ce qu’avait déjà proposé l’auteur dans son premier tome. Il arrive aussi à nous intriguer avec cette technologie Xeelee qui parait tellement évolué et donne clairement envie d’en apprendre plus. Le tout est aussi porté par des descriptions dans l’espace qui se révèlent superbes.

Et pourtant ce roman possède encore quelques défauts qui font qu’on sent que l’auteur possède encore une marge de progression. Déjà j’ai eu l’impression d’un décalage entre l’ambition qu’il cherchait à proposer dans ce roman et ce que j’ai ressenti, l’ensemble possède encore certaines facilités et une impression que certains aspects auraient mérité plus de développement que ce qui nous est proposé. Ensuite concernant les explications scientifiques j’ai senti une certaine redondance dans la façon dont il amène l’ensemble ; c’est simple on a toujours deux ou plusieurs personnages , un qui connait la théorie et qui se met alors, tel un professeur, à tenter de l’expliquer aux autres. Une variation dans la présentation aurait peut-être apporté un plus, surtout que, parfois, cela offre des passages surprenants où, en plein milieu d’une scène mouvementée, un protagoniste se met alors à réciter une théorie scientifique plutôt que de penser à sauver sa peau.

Concernant les personnages j’avoue que je ressors légèrement mitigé de ma lecture. Ils ne sont pas mauvais, mais voilà ils ont du mal à n’être plus que de simples pions qui permettent de faire avancer l’intrigue, l’histoire et amener des explications. Ils manquent clairement de caractère et de profondeur par moment. Le seul qui m’a paru sortir du lot c’est Jasoft Parz par sa capacité à toujours survivre quoi qu’il arrive, ce qui le rend assez ambigu dans sa façon de voir les choses, voir humain. Concernant le héros, Michael Poole, on sent bien le savant intelligent solitaire, humaniste, mais il a du mal à être plus que ce que propose son caractère scientifique. Pourtant l’auteur essaie bien de le rendre plus complexe, que ce soit par sa relation avec son père ou son amour perdu, mais, sans se révéler mauvais pour autant, il n’arrive jamais vraiment non plus à le rendre véritablement convaincant, complexe et attachant, n’offrant que le minimum. Ce qui ne l’empêche pas de se révéler entrainant dans ses actions et explications. Concernant les personnages plus secondaires ils remplissent efficacement leurs rôles, avec un intérêt particulier pour les Amis de Wigner, mélange de fanatisme glacial et d’intelligence au service du futur.

La plume de l’auteur se révèle toujours aussi simple, efficace, entrainante et surtout didactique lors des explications scientifiques, offrant ainsi un récit de Space-Opera efficace, complexe et vraiment intéressant que ce soit par le souffle qu’il offre comme les réflexions qu’il propose. Surtout il offre une conclusion qui se révèle majestueuse, offrant une frise de l’univers voulu par l’auteur que je vous laisse découvrir. Alors certes il y a encore, pour moi, des défauts dans ce second tome, mais j’ai passé un bon moment de lecture avec ce Singularité que j’ai trouvé meilleur que le tome précédent. Je lirai donc le troisième tome sans soucis.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce second tome du cycle des Xeelees que j’ai trouvé un cran au-dessus que le précédent. L’histoire nous offre un Space-Opera qui s’étend à la fois dans le temps et l’espace, où l’humanité va tenter de quitter le joug des Qax et qui se révèle efficace, flamboyant avec de nombreux rebondissements. L’aspect scientifique peut, certes, paraitre complexe et demander un minimum de connaissances, mais se révèle fascinant par les possibilités qu’il développe. L’auteur offre aussi de nombreuses réflexions qui se révèlent intéressantes et efficaces. L’univers qu’on retrouve au fil des pages est vraiment fascinant, bien porté par les aspects technologiques et les descriptions. Je regrette par contre un certain décalage entre l’aspect ambitieux que cherche à mettre en place l’auteur, mais qui perd de sa force devant certaines facilités déconcertantes, de plus je trouve que les explications scientifiques sont présentées de façon un peu trop répétitives. Rien de non plus bloquant. Concernant les personnages, ils remplissent parfaitement leurs rôles pour faire avancer l’histoire de façon efficace, mais manquent de profondeur et de sentiments pour se révéler complètement accrocheur. La plume de l’auteur se révèle simple, efficace et entrainante et arrive à happer le lecteur dès les premières pages pour aboutir à une conclusion fascinante sur la frise qu’il construit. Au final un roman réussi, malgré quelques défauts, et je lirai le troisième tome sans soucis.

 

Ma Note : 7,5/10

Galaxie(s) n°25

galaxies 25Edition : Galaxies

 

 

 

 

 

Mon Avis : Je continue ma découverte des revues consacrées à l’imaginaire et, après avoir bien entamé les Bifrost et débuter la nouvelle édition de Fiction, je me lance cette fois dans les Galaxie(s). J’avoue que ce magazine je ne le connais pas vraiment, malgré le fait d’en avoir entendu parler à droite à gauche. J’ai donc décidé de faire rentrer quelques numéros dans ma PAL pour pouvoir me faire un avis plus complet. À noter que ce numéro fête aussi les 60 ans de Galaxie (toutes éditions confondues) et offre un dossier consacré à Pierre Stolze dont j’avoue ne connaitre que sa rubrique dans Bifrost. Ce numéro comporte cinq nouvelles d’auteurs différents.

L’Enfant qui S’avance vers Nous de Gulzar Joby : Je ne connaissais pas l’auteur avant de lire cette nouvelle, ce fût donc une première découverte. J’avoue, une fois le récit terminé je suis loin d’être convaincu. L’auteur nous propose ici pourtant de traiter d’un sujet intéressant qu’est la mère porteuse, dans un futur où la scission des classes sociales atteint un haut niveau et où les technologies ont énormément évolué et se révèlent limite invasives. clairement les idées sont là que ce soit sur l’exploitation des pauvres, de la recherche de l’enfant parfait, l’ingérence des parents, ou encore de la surutilisation de technologies le tout dans un monde qui parait post-apocalyptique. Dommage que le reste ne suit pas, l’auteur nous proposant des personnages tellement froids et peu consistants qu’on ne s’accroche jamais vraiment à eux, certaines scènes n’apportent rien à l’histoire, le style de l’auteur m’a paru manqué de force et d’intérêt, novice, se cherchant encore et voulant trop en faire et le chapitre de conclusion, pour moi, est de trop. J’ai l’impression d’être passé à côté, dommage.

L’Erreur de Rosa Montero : Tout comme la nouvelle précédente je ne connaissais rien de l’auteur avant de me lancer dans la lecture de ce texte. On retrouve ici une nouvelle à chute, cherchant à emmener le lecteur vers une conclusion qui doit normalement le surprendre, le tout dans un univers futuriste totalement automatisé, où les machines ont pris une importance démesurée. Mais que se passe-t-il quand un soucis apparait? Une nouvelle que j’ai trouvé agréable et divertissante, mais qui a du mal à être plus que cela. Il faut dire que la conclusion, malgré quelques axes de réflexions classiques et efficaces, n’a justement pas vraiment rempli son rôle de me surprendre. De plus, il ne faut pas le nier, cette nouvelle en soit n’a rien de révolutionnaire, une impression de déjà-vu m’est resté tout le long de ma lecture. Cela ne l’empêche pas d’être plutôt bien écrite et efficace à découvrir. Je la classe dans la fameux, vite lu, bien apprécié, vite oublié.

Mono no Aware de Ken Liu : J’ai découvert mon premier texte de Ken Liu dans le dernier Bifrost, consacré à Poul Anderson, qui m’a offert un bon moment de lecture. J’avais donc hâte de savoir ce qu’allait bien proposer l’auteur ici. Cette nouvelle nous plonge dans un avenir où une météorite va bientôt percuter la terre et où la population cherche à fuir. Je n’en dévoile pas plus sous peine de trop spoiler, mais pour moi il s’agit du meilleur texte du recueil par son aspect poignant, humain, porté par des personnages désabusés, plein d’espoirs et d’envies d’un futur meilleur tout en cherchant à ne pas oublier le passé. L’auteur nous offre aussi un avenir très contemporain où, malgré toutes les évolutions technologiques, l’Homme restera toujours fidèle à lui-même ce qui est en total contradiction avec la nationalité japonaise du héros; qui recherche la cohésion au point de tout perdre. La fin a beau être logique, elle a réussi à me toucher. Je regrette juste par contre l’aspect un peu caricatural lié à la nationalité du héros, comme si le japon se limitait au Go, à ses kanjis et ses mangas. Mais rien de non plus trop dérangeant. Un très joli texte.

Vaisseau Sœur d’Aliette De Bodard : J’ai lu plusieurs écrits de l’auteur et pour le moment j’avoue que je n’ai jamais été déçu. J’attends d’ailleurs la suite du cycle Les Chroniques Aztèques depuis plusieurs mois maintenant avec impatience. Cette nouvelle nous plonge au milieu d’une famille où un frère et une sœur s’entredéchirent depuis la naissance de cette dernière dont l’accouchement a affaibli leur mère. Sauf que sa sœur n’est pas n’importe qui, elle est l’IA d’un vaisseau spatial avec tout ce que cela implique. Une nouvelle que j’ai trouvé réussi, touchante, sur les éléments de la famille, les bouleversements qu’elle peut connaitre avec l’arrivée d’un nouvel élément. L’ensemble gagne aussi en profondeur et en intérêt avec le background que construit l’auteur, que ce soit aussi bien dans cet avenir futuriste où les IA sont misent au monde naturellement mais aussi dans tout cet aspect culturel et traditionnel qui vient du Vietnam. Un texte profond, entrainant, avec une conclusion efficace.

Taï Chi Chuan à Tchernobyl-sur-Moselle  de Pierre Stolze : Cette nouvelle est la première que je découvre de l’auteur et, j’avoue, je l’ai trouvé très sympathique. L’auteur place son récit à Thionville, ville que je connais bien, dans un futur proche suite à une catastrophe nucléaire qui a vidé les lieux. Pourtant quelque chose détruit les technologies envoyées là-bas. Mis à part la catastrophe qui m’a paru basé sur des aspects un peu facile, même si se basant sur des faits concrets, le reste m’a paru efficace. Ce récit offre au lecteur une réflexion intéressante sur notre monde, l’environnement et les risques qu’il encourt même certains aspects m’ont paru simple, comme celle sur les scientifiques. Un texte nerveux, qui se lit rapidement et se révèle vraiment divertissant avec une conclusion qui offre de l’espoir pour l’avenir même si ce n’est pas gagné. Les personnages se révèlent intrigant et leurs développements réussis. J’ai bien envie de découvrir d’autres écrits de l’auteur maintenant.

 

Le reste du magazine nous propose un long entretien avec Pierre Stolze qui s’est révélé très intéressant, même si je n’ai pas toujours le même point de vue que lui, et qui m’a donné envie de découvrir un peu plus sa bibliographie, même si je pense que certains de ses écrits me paraissent trop barrés pour moi à première vue. Le principe du Projet équateur, travail de l’auteur sur la vision qu’il a de son passé et de son avenir d’écrivain, est intriguant et prenant. On retrouve un article, peut-être un peu court, sur les 60 ans de Galaxie (toutes formules confondues), un article pour nous faire découvrir ou redécouvrir Noëlle Roger, ainsi que le traditionnel cahier critique qu’on retrouve dans tous les magazines. Au final une première plongée intéressante dans cette revue, il ne me reste plus qu’à découvrir les autres qui attendent dans ma PAL.

 

Ma Note : 7/10 (Note ne reposant que sur les nouvelles)

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