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Au Coeur de la Folie – Luca D’Andrea

Résumé : Italie, hiver 1974.
À bord d’une Mercedes crème, Marlene fuit à travers le Sud-Tyrol. Elle laisse derrière elle son mari, Herr Wegener, et emporte les saphirs qui lui avaient été confiés par la puissante mafia locale. Alors que, devenu fou, il retourne la région pour la retrouver, Marlene prend un mauvais virage et perd connaissance dans l’accident. Simon Keller, un Bau’r, un homme des montagnes, la recueille et la soigne. Marlene se remet petit à petit dans un chalet isolé, hors de portée de poursuivants pourtant infatigables, et fait un jour la connaissance de Lissy, le grand amour de Simon Keller.

Edition : Denoël Sueurs Froides (Publié le 11-10-2018)
Traduction : Anaïs Bouteille-Bokobza

 

Mon Avis : J’ai découvert Luca D’Andrea il y a un an environ avec son premier roman publié en France : L’Essence du Mal. J’avais passé un moment de lecture divertissant et sympathique avec ce livre qui proposait un récit entraînant, bien porté par un héros complexe (retrouvez ma chronique ici). J’avoue après quelques ratés et quelques lectures complexes, j’avais envie d’un roman, on va dire, moins prise de tête, par conséquent je me suis rapidement laissé tenter par la lecture de ce roman, seconde publication de l’auteur en France. Il faut dire aussi que le résumé, qui présente le roman comme un mélange de livre mafieux et de huis-clos, avait quelque-chose d’intriguant. Concernant la couverture, je la trouve plutôt sympathique, dans la même lignée froide et neigeuse que le précédent roman de l’auteur.

L’Essence du Mal – Luca D’Andrea

Résumé : En 1985, dans les montagnes hostiles du Tyrol du Sud, trois jeunes gens sont retrouvés morts dans la forêt de Bletterbach. Ils ont été littéralement broyés pendant une tempête, leurs corps tellement mutilés que la police n’a pu déterminer à l’époque si le massacre était l’œuvre d’un humain ou d’un animal.
Cette forêt est depuis la nuit des temps le théâtre de terribles histoires, transmises de génération en génération.
Trente ans plus tard, Jeremiah Salinger, réalisateur américain de documentaires marié à une femme de la région, entend parler de ce drame et décide de partir à la recherche de la vérité. À Siebenhoch, petite ville des Dolomites où le couple s’est installé, les habitants font tout – parfois de manière menaçante – pour qu’il renonce à son enquête. Comme si, à Bletterbach, une force meurtrière qu’on pensait disparue s’était réveillée.

Edition : Denoël Sueurs Froides
Traduction : Anaïs Bouteille-Bokobza

 

Mon Avis : Parfois il m’arrive d’avoir envie de me plonger dans la lecture d’un petit Thriller. Il fût un temps où j’en lisais énormément, mais à force j’ai commencé à en connaître les ficelles, en définir les schémas de construction et donc par finir par être moins emporté, moins surpris par des révélations que je voyais venir. C’est d’ailleurs un peu ce qui se passe depuis quelques mois concernant mes attentes en Fantasy, dont le côté classique, déjà-vu, a du mal à  me captiver. Mais revenons à ce roman, il y a quelques semaines on m’a proposé de le découvrir et j’avoue, je me suis rapidement laissé tenter. Le résumé se révélant intriguant et l’illustration de couverture accrocheuse, il donc rapidement rejoint ma PAL.

Ce roman va nous faire suivre Jeremiah Salinger, l’étoile montante des réalisateurs de documentaires, qui suite à un accident va être forcé à prendre du repos dans la région de naissance de sa femme. Il va alors se trouver une obsession pour le crime de Bletterbach où trois jeunes gens, lors d’une nuit d’une tempête extraordinaire, ont trouvé la mort de façon horrible. Il va m’être compliqué d’expliquer mon ressenti avec ce roman. Dans l’ensemble il est bon, il a réussi à me captiver et à me faire tourner les pages avec l’envie d’en apprendre plus, mais voilà on sent sur certains aspects le premier roman. J’y reviendrai plus tard, mais il y a pour moi un soucis dans le rythme du récit et aussi dans l’envie de l’auteur. Déjà le premier point intéressant du roman c’est qu’on ne plonge pas dans une enquête effrénée à la recherche d’un tueur disparu depuis des années. Le récit est ainsi construit comme un journal, où le héros va autant prendre le temps de nous raconter qui il est, nous présenter sa vie et les difficultés qu’il rencontre, que prendre le temps d’essayer de résoudre ce mystère. C’est en partie ce qui m’a d’ailleurs accroché dans ce récit, le fait que tout ne soit pas tourné vers le mystère, mais que l’auteur prenne le temps de brosser le portrait de son héros et aussi de créer une ambiance. Certes cela pourra en déranger certains, le mystère se retrouvant parfois au second plan et le récit donnant l’impression de prendre son temps à démarrer, mais de mon côté cela ne m’a pas dérangé plus que cela.

Un des autres aspects intéressants du récit vient clairement de l’image de fond que cherche à construire l’auteur. On a clairement l’impression de se sentir transporté dans ces montagnes. En quelques mots à peine à chaque fois, il vient offrir au lecteur un background très visuel et que j’ai trouvé intéressant. Là-dessus il apporte alors un aspect historique qui ne manque pas non plus d’attrait, que ce soit dans les histoires de rivalités, mais aussi dans la construction sociale qui a vu ce petit village passer d’un lieu limite en autarcie, perdant sa jeunesse qui préférait partir pour trouver un avenir, à un lieu touristique qui attire du monde. On découvre aussi un village qui, même s’il a évolué, continue à rester fermé sur lui-même, à considérer les gens venant de l’extérieur comme des étrangers. Enfin l’auteur vient y intégrer des histoires locales qui apportent un petit plus. Là où par contre j’ai eu du mal à accrocher, c’est, sans spoiler, dans l’aspect fantastique que cherche à présenter l’auteur qui m’a paru n’être amené que pour lui faire plaisir et ne pas apporter grand-chose à l’histoire. Par contre, le point le plus intéressant, pour moi, vient clairement de l’atmosphère qu’arrive à mettre en place Luca D’Andrea, on sent clairement ce côté froid, hostile, dérangeant, oppressant qui vient aussi bien des montagnes que des habitants. Cela offre quelque-chose de prenant, de limite stressant qui s’ajoute au récit et joue sur son côté prenant.

Concernant les personnages, Salinger nous offre un personnage intéressant à suivre, principalement dans sa construction. En effet l’auteur nous offre un héros qui suite à un évènement particulier va plonger dans un syndrome post-traumatique, d’où son besoin de se plonger dans ce mystère pour oublier ses terreurs. Cela lui offre ainsi une dimension particulière tout en étant finalement un protagoniste un peu lambda. Ce côté proche de vous et moi fait aussi qu’on s’identifie peut-être un peu plus facilement à lui. On découvre ainsi quelqu’un avec ses forces et ses faiblesses, sa détermination, son envie de s’en sortir. Ce qui est dommage, c’est que les personnages secondaires qui gravitent autour de lui manque quand même, à mon goût, de profondeur. Certains paraissent d’ailleurs n’être là que pour faire évoluer l’intrigue en apportant leurs révélations et limite disparaissant dans la foulée, ce qui est un peu dommage. Surtout que certains auraient pu être plus soignés comme la femme du héros ou encore son beau-père. Cela n’est en rien bloquant, mais se ressent tout de même un peu.

Quelques défauts se font tout de même ressentir avec ce roman. Le premier vient, pour moi, de l’abus de dialogue dans la construction du récit. L’auteur oublie ainsi parfois la règle du « Show, Don’t Tell » ce qui fait qu’on se retrouve avec des pavés de dialogues. Alors j’avoue, cela se ressent moins que dans certains autres romans, l’auteur jouant sur la notion de souvenir des protagonistes qui fonctionne plutôt bien, mais tout de même parfois on a juste envie de lui dire de romancé plutôt que de plonger dans des dialogues qui paraissent un peu surjoués. Ensuite il y a parfois un léger soucis de rythme, l’auteur proposant plusieurs lignes de sous-intrigue et par moment une ou deux longueurs se font ressentir. Enfin l’autre point vient justement de l’intrigue qui tourne autour du mystère des meurtres. Franchement elle est intéressante, elle collait bien au récit pourtant sur la fin Luca D’Andrea tombe dans l’excès je trouve. Le dernier chapitre cherche tellement à faire monter la tension et à vouloir offrir des révélations que j’ai trouvé qu’il en faisait trop, perdant ainsi de sa cohérence et un peu de son intérêt. Cela n’empêche pas pour autant ce récit d’offrir un bon moment de lecture sympathique et divertissant, le tout porté par une plume simple et entraînante.

En résumé : J’ai passé un agréable moment de lecture avec ce thriller qui se révèle plus que divertissant. L’auteur nous fait suivre ainsi Salinger, un personnage lambda, qui pour se sortir d’un syndrome Post-traumatique, va se plonger dans le mystère de meurtres de Bletterbach. Un récit qui ne cherche ainsi pas la frénésie à tout va et le sanglant, mais qui construit à la fois un héros, une ambiance et un mystère. L’intrigue, même si quelques longueurs se font une ou deux fois ressentir,  fonctionne bien que ce soit dans sa notion de mystère que dans sa construction. Certes tout n’est pas parfait, mais il ne manque pas d’attrait. L’image de fond que construit l’auteur s’avère très prenante que ce soit dans la représentation de ce petit village montagnard, comme dans l’ambiance qu’il met à la place à la fois vaste, sauvage et aussi hostile, froid, oppressant qui colle parfaitement au récit. Le héros principal est intéressant à suivre et à découvrir à travers son évolution, nous présentant un protagoniste complexe. Ce qui est dommage c’est que les personnages qui gravitent autour de lui manquent là parfois de profondeur et certains paraissant n’être là que pour les bienfaits de l’intrigue. Alors après, c’est vrai, l’auteur abuse un peu trop des dialogues et le dernier chapitre m’a paru trop en faire en terme de révélations et tension, n’apportant pas obligatoirement grand-chose, mais je me suis quand même laissé porté par ce récit divertissant, le tout porté par une plume simple, efficace et entraînante.

 

Ma Note : 7/10

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