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Une Pluie sans Fin – Michael Farris Smith

une pluie sans finRésumé : Après des années de catastrophes écologiques, le sud des États-Unis, de la Louisiane à la Floride, est devenu un véritable no man’s land. Plutôt que de reconstruire sans cesse, le gouvernement a tracé une frontière et ordonné l’évacuation de la zone. Au sud de la Ligne se trouve désormais une zone de non-droit ravagée par les tempêtes et les intempéries incessantes – sans électricité, sans ressources et sans lois.
Cohen fait partie des rares hommes qui ont choisi de rester. Incapable de surmonter la mort de sa femme et de l’enfant qu’elle portait, il tente tant bien que mal de redonner un sens à sa vie, errant sous une pluie sans fin. Des circonstances imprévues vont le mettre en présence d’une colonie de survivants, menée par Aggie, un prêcheur fanatique hanté par des visions mystiques. Celui-ci retenant contre leur gré des femmes et des enfants, Cohen va les libérer et tenter de leur faire franchir la Ligne. Commence alors un dangereux périple à travers un paysage désolé, avec pour fin l’espoir d’une humanité peut-être retrouvée.

Edition : Super 8

 

Mon Avis : Je dois bien avouer que ce livre me tentait depuis sa sortie avec son résumé très post-apocalyptique (genre qui me tente toujours) offrant comme idée originale d’imaginer une « fin du monde » liée à la nature, la pluie et les tempêtes. De plus les premiers retours que je découvrais à droite et à gauche se révélaient, globalement, positifs. Par conséquent quand j’ai vu que Babelio proposait de découvrir ce livre lors de son dernier Masse Critique, j’ai décidé de tenter ma chance et j’ai eu la chance d’être sélectionné. Je remercie donc Babelio et les éditions Super 8 de m’avoir permis de découvrir ce roman. Concernant l’illustration de couverte elle révèle assez simple, mais plonge directement dans l’ambiance humide du récit.

Comme certains l’ont déjà fait, je vais moi aussi enfoncer le clou concernant l’aspect marketing (aussi bien Anglais que Français), qui compare ce livre à La Route de McCarthy, ce qui n’est pas le cas. Si vous vous lancez dans cette lecture en pensant y retrouver La Route, vous risquez d’être frustré, certes c’est du post-apo et on y retrouve aussi une  certaine tentative de profondeur et de réflexions, mais on se rend très vite compte que les deux histoires sont complètement différentes et surtout ne cherchent pas du tout la même chose.

On se retrouve ainsi ici à suivre Cohen qui, depuis la mort de sa femme, vivote dans cette zone sauvage et de non droit qu’est devenue le sud des Etats-Unis, ravagée par les pluies incessantes et les tempêtes dévastatrices. Sa vie va alors changer après avoir été volé un peu naïvement par un couple de jeunes gens. Mais voilà, une fois la dernière page tournée je n’ai jamais vraiment réussi à entrer dans l’histoire et je sors légèrement déçu de ma lecture. Pourtant ça démarrait bien, certes le héros est naïf (voir un peu concon disons le clairement), mais on sentait bien cette solitude, cette souffrance, cette abandon et ce besoin de survivre, sauf que voilà la suite m’a rapidement fait déchanter. Attention il y a de gros risques de SPOILER dans ma chronique.

Déjà le premier point qui m’a un peu bloqué vient de l’ambiance que cherche à mettre en place le récit, cette pluie qui tombe sans arrêt, qui doit rendre l’ensemble humide aux nombreuses conséquences et péripétie que cela occasionne. Sauf que voilà de conséquences, il n’y en a pas, ou si peu et seulement quand ça arrange l’auteur. Car oui, quand je vois des gars allumer un feu ou s’allumer des clopes à l’extérieur, tranquillement, alors que l’air doit être saturé d’humidité et qu’il pleut sans arrête c’est aberrant. Pareil niveau inondation, coulées de boues, apparition de zones traitres et de marais on oublie, nos héros marchent toujours sur un sol bien dur, juste de quoi se salir les pompes et râlé car on a les vêtements trempé. Niveau post-apo, franchement on repassera et niveau prophétique ou éveil d’une conscience écologique vu que l’auteur n’en parle jamais il n’y en a pas. Ensuite, j’aimerais comprendre comment, dans une région abandonnée et sans plus aucune loi depuis 3 à 5 ans on peut encore penser à se servir de billets de banque comme monnaie pour faire ses courses. Dans la partie civilisée c’est logique, mais bon sang celle qui est abandonnée, surtout depuis si longtemps, j’ai du mal à y croire. D’ailleurs en parlant de « civilisé », pour des mecs qui ont été abandonnés par leur pays à leurs sorts, oubliés et ne possédant plus que ce qu’ils peuvent sauver, ils m’ont paru bien gentillet, c’est limite s’ils ne se disent pas bonjour et ne vous tiennent pas la porte en vous souriant en se retrouvant tous chez le receleur du coin. Après j’exagère un peu, il y a bien une ou deux personnes qui tentent de jouer les vilains pas beau, mais bon pas de quoi faire frémir mon petit coeur de lecteur.

Autre point qui m’a dérangé vient de la façon dont l’auteur chercher à construire ses rebondissements, ses épreuves, que vont rencontrer nos héros, car entre celles qui sont traitées beaucoup trop rapidement (comme toute la partie Aggie qui aurait sûrement mérité plus) et celles qui sont très très mal amenées et limites aberrantes, très peu ont réussies à me happer, surtout que l’auteur les gère aussi sans aucune véritable intelligence. Pour vous donner un exemple de certaines incohérences je vais vous conter la vie de Bébé, personnage du livre. Nos héros se retrouvent un moment à se poser dans une maison, tranquillement, sauf que voilà Bébé hurle, il est brulant de fièvre (telle que c’est limite si l’auteur ne compare sa température corporelle à l’enfer), sauf que voilà pas de bol la faute à un autre personnage un peu concon (c’est bon les gars vous pouvez monter un club) ils doivent fuir la maison avec Bébé hurlant à la mort. Coup de chance, ils trouvent une fermette un peu plus loin et, énorme second coup de chance, elle a l’eau courante. Cool, c’est bon ils vont pouvoir s’occuper de Bébé, le soigner, le panser, le laver …. Euh. En fait non, on se retrouve plutôt devant une bande d’ado qui se foutent mais comme de leur dernière chaussette sale de Bébé et qui braillent à tout va qu’ils vont enfin pouvoir prendre un bain se battant pour savoir qui va passer le premier. Vraiment? Oui vraiment car pendant 50 pages on ne parlera plus de Bébé, le temps que tout le monde prenne son bain et sortent tout propres, on le retrouvera alors avec deux personnages féminins au QI de bulot qui tentent de philosopher pour savoir si finalement il ne pleure pas parce qu’il est aussi malheureux. Il. Est. Malade. bon sang. Enfin cela a permis à l’auteur de grappiller 70 pages et de s’offrir un rebondissement. D’ailleurs Bébé prouvera son utilité un peu plus tard en disparaissant avec ses deux bulots, emmenés par les militaires vers un hôpital loin, très loin pour ne plus jamais réapparaitre.
Pourquoi les militaires n’ont pas emmené nos héros aussi et ainsi les sauver? Ne pose pas de question malheureux. NON, ne la pose pas on te dit. Je suis un peu méchant, j’avoue, mais franchement qu’on soit clair c’est aberrant.

Concernant les personnages Cohen n’est pas en soit un mauvais héros, avec son côté fragile, brisé par la mort de sa femme, qui vit avec ses fantômes, il arrive à nous intéresser, limite à se révéler attachant au point qu’on est prêt à lui pardonner sa naïveté et son côté sauveur biblique qui vient libérer son peuple des eaux. Le soucis vient par contre des autres protagonistes qui eux se révèlent plats, fade et ennuyeux. Franchement il n’y a pas un seul autre protagoniste qui a réussi à ce que je m’intéresse à lui. Seul Aggie aurait pu être intéressant, même si très archétypé, sauf qu’il disparait trop vite pour commencer à s’affirmer. On évitera de parler des personnages féminins, tant aucune n’arrive à se révéler plus qu’une caricature ou se révèlent inutiles et ennuyeuses. Seule Mariposa aurait pu apporter quelque-chose, mais elle perd de son charisme au fil des pages et de sa liaison avec le héros pour devenir une simple petite chose fragile qu’il faut protéger.

Concernant le style de l’auteur je dois bien avouer que je l’ai trouvé long, mais long. Là où justement La Route épurait au maximum son texte pour se révéler percutant et prenant dans son intrigue comme dans le travail des personnages, Michael Farris Smith, lui se lance dans de longues logorrhées, limite soporifiques, qui plus est n’arrêtant pas de se répéter dans ce qu’il cherche à faire passer et tombant dans des descriptions lourdes à mon goût. La scène de flashback à Venise m’a aussi paru complètement inutile, l’auteur cherchant, je pense, à faire un parallèle entre deux mondes couverts d’eau mais qui traine et n’apporte rien, et le rebondissement du dernier tiers m’a paru trop gros. Pourtant, et c’est ce qui sauve le récit de la noyade, je dois bien avouer que ce dernier tiers a réussi à me sortir légèrement de ma torpeur, offrant enfin un peu de tension dans son intrigue, une fuite en avant qui se révélait enfin efficace et entrainante malgré ses défauts. Dommage que j’ai du attendre si longtemps. Certains me diront que ce roman est plus philosophique que post-apo dans son approche, sauf que je suis désolé mais même de ce point de vue là l’auteur n’a pas réussi à me toucher.

En Résumé : Je dois bien avouer que je ressors de cette lecture avec un sentiment de déception et d’être passé complètement à côté du livre. Entre l’ambiance qui doit se révéler humide poisseuse et pluvieuse, mais dont l’auteur ne respecte aucune logique, l’intrigue qui repose sur des rebondissements peu efficaces, souvent mal amenés et surtout souvent mal traités, et un style que j’ai trouvé long, très long, trop long où l’auteur se perd dans de longues logorrhées verbales, qui auraient mérité qu’on coupe dedans, et des flashbacks inutiles, j’ai vraiment eu du mal à accrocher à cette histoire. Concernant les personnages, seul Cohen surnage dans la platitude ambiance, offrant un héros brisé intéressant à suivre. Dommage, car certains autres protagonistes, comme Aggie ou Mariposa, avaient du potentiel, mais soit ils disparaissent trop vite, soit ils tombent dans une mauvaise caricature. Il faudra attendre le dernier tiers pour que je commence à m’intéresser au récit, devenant enfin entrainant et un peu plus percutant, dommage que j’ai du attendre si longtemps.

 

Ma Note : 4/10

 

Autres avis : Xapur, Cornwall, Lune, Gruz, Louve, …

Kirinyaga suivi de Kilimandjaro – Mike Resnick

kirinyagaRésumé : Kirinyaga est le nom que portait le mont Kenya à l’époque où y siégaient encore Ngai, le dieu des Kikuyus. C’est aussi, en ce début du XXIIe siècle, l’une des colonies utopiques qui se sont créees sur des planétoïdes terraformés dépendant de l’Administration.
Pour Koriba, son fondateur – un intellectuel d’origine kikuyu qui ne se reconnaît plus dans un Kenya profondément occidentalisé –, il s’agit d’y faire revivre les traditions ancestrales de son peuple, en refusant coûte que coûte ce qui pourrait menacer la permanence de cette utopie africaine. Mais que pourra-t-il bien faire quand une petite fille surdouée voudra apprendre à lire et à écrire alors que la tradition l’interdit? Ou lorsque la tribu découvrira la médecine occidentale et cessera de croire en son dieu, et donc en son sorcier?

Edition : Denoël Lunes d’Encre

 

Mon Avis : Kirinyaga fait partie des livres considérés comme des lectures importantes de la Science-Fiction et à découvrir. Construit sur près de 10 ans, l’histoire est ainsi assemblée sur près de 10 nouvelles pouvant être lues de façon indépendantes, mais qui dans l’ordre forment un roman. Je ne m’étais encore jamais plongé dans cette histoire, mais quand j’ai vu que les éditions Denoël la rééditait, agrémenté d’un autre récit dans le même univers, j’ai décidé rapidement de le lire. Concernant la couverture, illustrée par François Baranger, je la trouve vraiment magnifique. A noter que les textes qui composent ce récit sont présentés comme la série de nouvelles la plus récompensée de l’histoire de la science-fiction, ce qui est à double tranchant, car cela pose certaines attentes. Contrairement à d’habitude je ne vais pas traiter de chaque texte, mais de l’ensemble vu qu’il forme un tout.

Nous nous retrouvons ainsi plongé en plein futur, dans une Afrique qui a rejeté les Européens, mais qui est devenue complètement occidentalisé dans sa façon d’évoluer, rejetant leurs traditions pour le progrès. De nombreux animaux ont disparus, tel que les rhinocéros, les éléphants, etc… C’est dans ce monde que de nombreux kenyans décident de bâtir une Utopie Kikuyu, retrouver leurs racines, sur une planète terraformé selon leurs besoins. On suit ainsi Koriba, intellectuel qui devient mundumugu, le grand sorcier et surtout le sage de ce monde. Une fois la dernière page tournée, je dois bien avouer que j’ai été assez fasciné par ce roman, à travers dix histoires différentes l’auteur nous propose de découvrir un récit qui se révèle intelligent, et offre de nombreuses réflexions qui ne laissent pas indifférents. Mais surtout la grande force, pour moi des textes, vient du fait que l’auteur ne prend jamais parti, certes son narrateur possède ses convictions, mais chaque récit offre plusieurs facettes, plusieurs points de vue permettant au lecteur de se faire son propre avis sur chaque question soulevée et de construire ainsi sa propre conclusion.

Et pourtant il faut dire qu’on plonge tout de suite dans une ambiance, un peu dérangeante, car dès le second texte (qui est le premier sur Kirinyaga la planète) on se trouve percuté par ce retour aux traditions, par ce questionnement entre coutumes ancestrales et modernité face à cette nouvelle qui nous explique que dans le folklore Kikuyu, quand un enfant né par le siège il doit être sacrifié car il possède en lui un démon, ou que les anciens et les infirmes sont sacrifiés aux hyènes. Et c’est l’une des pierres angulaires des récits, cette différence entre tradition et modernité, qui fait qu’on se retrouve à se poser de nombreuses questions, chacun possédant des intérêts, mais aussi ses failles voir ses horreurs. L’auteur n’en reste pas là, sinon les récits tourneraient vite en rond, il offre aussi des réflexions soignées que ce soit sur l’identité culturelle, l’accès à la connaissance et son influence sur l’évolution, la position de la femme, l’acceptation des autres et la jalousie, la quête de la perfection et du bonheur, sur la notion ambigu de vérité, ou encore sur les coutumes considérés comme barbares, comme la circoncision ou encore l’excision qui socialement pour les kikuyu signifie le passage à l’âge adulte, mais qui pour le lecteur paraissent choquantes. Un roman qui ne laisse pas indifférent, où chacun se fera ses propres observations et ses propres conclusions grâce à un travail de fond psychologique et sociologique efficace. Il n’y a ici ni bien, ni mal, juste des choix de vie et la façon dont chacun voit son avenir.

Ce roman offre surtout la possibilité de réfléchir au terme Utopie et à quoi cela correspond, car au fil des textes on se rend très vite compte que la perfection recherchée par Koriba n’est pas obligatoirement celle voulu par tout le monde sur la planète. Certes, chacun peut repartir sur terre à tout moment, mais comment quitter un monde qui est finalement le leur et à qui ils ont tout donné. Finalement une utopie est-elle possible pour un peuple entier? Doit-elle passer par l’absence de réflexion de chacun et la centralisation du savoir en une seule personne ? On ne tombe pas ainsi dans l’utopie d’un seul homme ? Chaque texte va ainsi amener sa problématique, qui vont ainsi s’ajouter et changer complètement la vision de ce monde. Le tout reposant aussi sur les paraboles misent en avant par les petites histoires que raconte le mundumugu qui, je trouve, apporte un aspect plus imagé et conte à l’ensemble, même si on est loin des contes qui terminent bien. Après l’aspect à double tranchant du récit vient de Koriba, le narrateur, qui croit profondément en son utopie, qui en est limite fanatique, défendant becs et ongles ses toutes ses traditions, même les plus horribles, même si cela doit passer par l’abrutissement du peuple, car il sait que si on touche à l’une d’entre elle les autre vont s’effondrer. Cela le rend donc parfois antipathique dans son argumentation et dans sa vision de ce monde. Surtout qu’il est ambigu, il veut revenir aux traditions, mais gère la météo de la planète par ordinateur, faisant de lui, d’une certaine, façon, une figure divine. Il en devient limite le Dieu sur la Montagne, l’être suprême remis en cause. Mais voilà, certes je ne l’ai pas apprécié sur certains points, je l’ai rejeté sur d’autres, mais clairement le but du récit n’est pas de nous faire aimer son héros, mais de nous montrer une vison de son monde et de tous ses aspects.

Pour le moment ma chronique se consacrait à Kirinyaga, je vais maintenant m’attarder sur Kilimandjaro, dont mon avis sera plus court, pas qu’il soit mauvais, juste que l’ensemble m’a paru un ton en dessous et moins percutant. Le récit est construit de la même façon, plusieurs textes qui peuvent être lus indépendamment mais, qui, ensemble, forment un tout. Il nous propose de suivre une nouvelle utopie, cette fois Massaï, qui pour éviter de faire les mêmes erreurs que celle des Kikuyus a décidé de ne pas figer ses traditions, mais d’offrir un monde où tout le monde s’exprime et où chacun est accepté, traditionaliste ou moderne. Le narrateur est cette fois un historien, on évite ainsi le fanatique pour une vision plus neutre, plus aseptisé, même s’il va régulièrement se retrouver au milieu de choix cruciaux. Clairement les réflexions sont là, cette fois sur des aspects plus modernes et plus sociaux, les récit se révèlent efficaces ne laissant pas le lecteur indifférent, mais voilà chacun des textes, pour moi, est trop court et à la résolution trop rapide, simple et parfois facile. C’est un roman sympathique à découvrir, qui nous offre une autre vision que son prédécesseur dans le livre, mais voilà, à côté de Kirinyaga la différence de niveau entre les deux récits se ressent obligatoirement et, surtout, Kilimandjaro perd cette notion de conte et de parabole qui m’avait accroché, ce qui est dommage. Concernant la plume de l’auteur elle se révèle soignée, d’une grande perspicacité, arrivant rapidement à happer le lecteur et à le plonger dans un récit intelligent et efficace. Pour moi voilà un roman à découvrir.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce livre qui regroupe deux histoires, deux tentatives de construction d’une Utopie. Chaque récit est ainsi composé de plusieurs nouvelles qui peuvent être lus indépendamment, mais qui ensemble forment un tout. La grande force du livre vient des nombreuses réflexions qu’il soulève face aux différents aléas que vont rencontrer les différentes utopies que ce soit d’un point de vue culturelle, identitaire, etc… mais qui surtout soulève le point même de l’utopie et de ses nombreuses failles, le tout en restant assez neutre dans sa façon de présenter les choses pour permettre à chacun de se faire son avis. Des textes intelligents et soignés. Alors après, c’est vrai, il est difficile de s’attacher au personnage principal de Kirinyaga, plongeant dans le fanatisme malgré une certaine ambiguité, mais ce n’est pas le but du récit de nous faire aimer son héros, simplement de nous montrer l’évolution de son monde. Concernant Kilimandjaro j’ai un peu moins accroché, l’ensemble n’est pas mauvais, loin de là, mais parait franchement un ton en-dessous face à Kirinyaga, ce qui est légèrement dommage. Au final un roman qui mérite d’être découvert, au moins pour se faire un avis sur les différentes réflexions qu’il propose.

 

Ma Note : 8/10

Le Fossoyeur – Adam Sternbergh

le fossoyeurRésumé : Il se fait appeler Spademan, le Fossoyeur, presque un nom de super-héros. Vous ne saurez jamais son vrai nom. Il a été éboueur. Un jour, il a trouvé un bébé dans un sac-poubelle. Quelques années plus tard, sa femme est morte dans la série d’attentats radioactifs qui a vidé New York de ses habitants.
C’était il y a longtemps : une autre vie.
Maintenant, Spademan est tueur à gages. Il est resté dans les ordures, mais son salaire a considérablement augmenté. Il n’est pas sexiste : homme, femme, il s’en fout. Vos raisons, il s’en fout. D’ailleurs, le fric aussi il s’en fout.
Et quand on lui demande de tuer la fille du richissime prédicateur T.K. Harrow, une gamine qui vient tout juste d’avoir dix-huit ans, il n’y voit aucun problème. Mais dans la toile de Harrow, pour la première fois de sa sinistre carrière, Spademan n’est pas la plus grosse araignée.

Edition : Denoël Lunes d’Encre (paru le 13/05/2015)
Traduction : Florence Dolisi

 

Mon Avis : Je sens que je vais me répéter, mais la première fois que j’ai entendu parler de ce livre, la première chose qui m’a attiré c’est sa couverture, de nouveau illustrée par Aurélien Police, que je trouve magnifique. Alors bien entendu je ne m’arrête pas qu’à la couverture, le résumé annonçant un thriller noir et violent dans un univers futuriste intriguant a terminé de me convaincre. Par conséquent quand on m’a proposé de découvrir ce livre, je me suis rapidement laissé tenter.

On se retrouve donc à suivre, ici, Spademan tueur à gages dans un New-York futuriste, ville qui se meurt après de nombreux attentats et qui a vu les touristes fuirent. Il va ainsi accepter un contrat qui va lui faire voir les choses différemment. Une chose est sûre, dès la première page on se retrouve rapidement entraîné par cette histoire qui se révèle percutante, à travers des chapitres courts et des dialogues épurés au maximum pour n’en garder que le strict nécessaire. L’histoire est ainsi conçue pour se révéler intense et vive. L’intrigue se révèle ainsi sans temps mort et surtout bourré d’action et d’adrénaline qui font que, pour peu qu’on se laisse happer par ce genre de récit très page-turner, on se retrouve à plonger dans le récit pour en apprendre plus. C’est noir, c’est efficace, c’est incisif et la personnalité du héros fait qu’on va droit au but. Comme il le dit lui-même il est une balle, ne pose aucune question, et il emporte ainsi le lecteur dans son sillage offrant ainsi une course poursuite, une traque, avec de nombreux rebondissements.

Sauf que voilà malgré l’avantage que possède ce genre de récit, il en montre aussi très vite ses contraintes et ses faiblesses. C’est bien simple, l’auteur va tellement à l’essentiel que parfois ça manque un peu de développement autour sur certains points qui me paraissent importants. Le second problème vient, pour moi, que vers le milieu du livre l’auteur se perd un peu dans des scènes pas toujours intéressantes, mélange de flashbacks et de passages qui paraissent superflus, de plus j’ai aussi eu l’impression qu’il cherchait plus, pour une ou deux scènes, à nous secouer de façon gratuite. Un peu comme si l’auteur, voyant que son livre manquait de pages a décidé d’en rajouter pour rentrer dans les normes. Enfin le dernier soucis vient, pour moi qu’à peu près 90% des soucis rencontrés se résolvent limite par Deus Ex Machina ou coup de bol. J’ai entendu dire que les droits du livre avaient été vendus pour en faire un film, ça ne m’étonne pas tant l’ensemble parait clairement visuel et très cinématographique du début à la fin, mais voilà de mon côté j’attendais peut-être un peu plus. Est-ce mauvais pour autant ? non loin de là c’est sympathique à lire, de plus ça se lit vite et offre un divertissement agréable, mais rien de non plus très marquant.

Concernant l’univers, l’auteur s’en sort assez bien offrant ainsi quelque chose de plutôt solide, d’efficace et de sombre qui colle parfaitement au récit. On découvre ainsi un New-York en ruine et en pleine désolation, où les plus riches ont, soit fui la ville, soit se sont plongés dans un monde virtuel pour y vivre une vie meilleure. Seul les plus pauvres survivent encore dans une cité où le crime est devenu monnaie courante. L’ensemble se révèle limite palpable, dont on en ressent toute la décrépitude et la désolation, où chacun vit sa vie dans son coin. Le côté cyberpunk avec tout l’aspect simulation ne manque pas d’attrait mais reste un peu trop en surface, manquant d’explications à mon goût. Un univers qui soulève aussi de nombreuses questions, que ce soit sur les causes de cette catastrophe, sur les conséquences et le clivage que cela engendre, mais aussi d’une certaine façon sur l’importance de la technologie et de la vie virtuelle sur notre existence ; ce besoin de s’y enfermer à la recherche de quelque chose de meilleur. Après il ne faut pas non plus se poser trop de questions, car comme l’intrigue le monde manque sur certains points d’un peu de développement comme par exemple quand on apprend que seul New York a été finalement ciblé, le reste des USA se porte magnifiquement bien, on se demande donc pourquoi, quand on a le choix, rester dans une ville agonisante et contaminée.

Concernant les personnages, Spademan étant le narrateur, il sort clairement du lot se révélant être un héros sombre, torturé, percutant, mais voilà il est quand même difficile de complètement s’attacher à lui, tombant un peu trop dans l’archétype et l’auteur cherchant par moment à trop vouloir l’humaniser. Cela ne l’empêche pas d’arriver à nous entraîner dans ses aventures, mais voilà il lui manque un petit quelque-chose. Autre point qui me laisse perplexe, mais là c’est beaucoup plus personnel et ne se limite pas à ce livre, c’est la norme morale que se fixe le héros : il ne tue pas les enfants. Cela peut se comprendre parfaitement, mais il a décidé de fixer un âge qui est 18 ans, donc si tu as 17 ans et 364 jours il ne te fera rien, mais si tu as 18 ans et 1s, bah pas de chance pour toi. Après j’avoue là je chipote un peu. Concernant les personnages qui gravitent autour de lui, j’ai trouvé Perséphone intéressante, offrant une héroïne forte et charismatique qui sait clairement ce qu’elle veut, tandis que les autres protagonistes oscillent entre intérêt et manque de profondeur.

La plume de l’auteur se révèle terriblement efficace, se révélant incisive, simple, percutante et entrainante, c’est d’ailleurs un peu le point fort qui fait qu’on tourne les pages avec un minimum d’intérêt et de plaisir. A noter qu’il n’y a pas de différenciation du point de vue des dialogue ; ni tiret, ni guillemets, simplement des renvois à la ligne, le tout s’intégrant dans le récit. Cela peut surprendre, mais j’ai trouvé que marchait bien et collait de façon efficace à l’aspect un peu journal. Au final ce livre se révèle divertissant et pleine d’adrénaline, mais a du mal à se révéler plus que cela tant l’ensemble m’a paru manquer d’un peu de consistance. Ca reste une lecture sympathique entre deux romans plus consistants, mais pas sûr que je me laisse tenter non plus par al suite si un jour elle est publiée en VF, tout dépendra de ma PAL.

En Résumé : J’ai passé un moment de lecture assez sympathique avec ce livre, même s’il n’a pas complètement répondu à mes attentes initiales. L’histoire se révèle efficace et offre un page-turner preant, même si j’ai trouvé qu’il manquait de profondeur et que l’auteur se perdait vers le milieu dans des flashbacks et des répétitions. Je trouve dommage par contre que l’intrigue se repose un peu trop aussi sur les Deus Ex Machina ou la chance. L’univers se révèle solide, palpable, mélange de monde futuriste en ruine et de cyberpunk, offrant aussi quelques réflexions intéressantes sur l’importance de la technologie dans notre vie, même si certains aspects de cet univers paraissent bancals. Le personnage de Spademan est sombre, torturé, entraînant, percutant et plein de cynisme, celui de Perséphone est charismatique et fort, mais les autres protagonistes oscillent entre intérêt et manque de profondeur. La plume de l’auteur se révèle simple, incisive et percutante, offrant un condensé d’adrénaline, mais qui a du mal à se révéler au final plus que cela. Pas sûr que je me laisse tenter par la suite, ou en tout cas ce n’est pas une de mes priorités.

 

Ma Note : 6,5/10

 

Autres avis : MarieJuliet, …

Quantika Tome 3, Origines – Laurence Suhner

quantika t3 originesRésumé : À l’aide d’un astronef de la milice, Ambre et ses compagnons ont pénétré les défenses du Grand Arc, Kalaân l’Ancien, et ils ont atterri à son bord. Pour les scientifiques, la surprise est totale : forêt primaire et océan à perte de vue…
Le Grand Arc est un vaisseau-monde.
Il est bien plus encore. Ne dit-on pas dans le mythe «qu’il ouvre et qu’il choisit le lieu comme le destin?»
Cette fois, les aventuriers ont troqué la glace et le froid de Gemma contre la mer et la chaleur. Ils croient avoir laissé derrière eux l’espace-temps d’AltaMira et la colère du Dévoreur…
Ils se trompent.
Ioun-ké-da a vu le jour sur Timhkâ, dans les profondeurs abyssales qui plongent sous Naha’netché, la Conque du Sud, gigantesque ascenseur spatial d’où sont jadis partis les Ouvreurs – les vaisseaux d’exploration timhkâns.
Au contact de Tokalinan, Ambre se transforme peu à peu. Elle revit son passé et renoue avec ses origines. Elle redevient Kantikâ, la petite-fille de Shânti Divakarûnî.
Mais sa métamorphose l’emmènera plus loin encore. Bien au-delà de l’humain.

Edition : L’Atalante

 

Mon Avis : Ce troisième tome de la trilogie Quantika, je l’attendais avec impatience. En effet, après un premier tome qui m’avait offert un très bon moment de lecture, offrant un planet-Opera efficace, complexe et entrainant (ma chronique ici) et un second tome, certes un peu de transition, mais qui se révélait prenant à travers un rythme plus nerveux et quelques révélations percutantes (ma chronique ), j’avais hâte de voir comment l’auteur allait terminer son cycle. C’est donc sans surprise que ce livre a rapidement terminé entre mains. À noter la couverture, illustrée par Manchu, que je trouve vraiment magnifique. Pour ceux qui le souhaitent vous pouvez retrouver un résumé des deux premiers tomes sur le site internet Quantika ici.

La conclusion du second tome m’avait laissé dans l’expectative, en effet nos héros avaient fui Gemma en plein anéantissement, par la faute de Ioun-Ké-Da, pour rejoindre le Grand Arc, dernier rempart face à la puissance du destructeur. Après un tome 2 tendu, il faut bien avouer que ce troisième tome va se révéler un peu plus calme, moins porté par l’adrénaline, permettant ainsi de prendre son temps pour découvrir le Grand Arc et tout ce qu’il recèle comme surprises, mais aussi de découvertes. Attention cela ne veut pas dire que l’on s’ennuie à travers cette histoire, loin de là, mais l’action et le côté nerveux sont remplacés par une menace qui se révèle plus diffuse, plus pernicieuse, faisant monter la tension, mais aussi une légère angoisse au fil des pages devant l’ampleur et la difficulté de la mission de nos héros.

Un récit que j’ai trouvé aussi plus intimiste, où chaque protagoniste va devoir clairement donner de lui-même et se découvrir pour pouvoir s’en sortir et avancer. On sent tout du long que l’auteur maitrise bien son intrigue, offrant ainsi de nombreux rebondissements et révélations  pour mieux happer le lecteur et lui faire tourner les pages sans jamais l’ennuyer, même si c’est vrai, parfois, elles se révèlent un peu convenues et prévisibles. La conclusion se dessine alors, et avec elle, les nombreuses réponses aux questions que je me posais et je dois bien avouer que l’auteur y répond de façon efficace et parfois surprenante. J’avais un peu peur que le cycle tombe dans la facilité d’un simple combat entre Ioun-Ké-Da et le Dieu Sombre, mais Laurence Suhner a vraiment réussi à me surprendre en élargissant le point de vue, en offrant quelque chose de plus « entier » et de plus réfléchi. Car oui on se retrouve aussi à se poser de nombreuses questions que ce soit sur nous-mêmes, notre individualité et toutes les conséquences qu’elles peuvent engendrer comme par exemple sur la communication ou sur notre évolution.

L’intérêt du récit vient aussi, en plus de l’intrigue, de l’univers qui est construit au fil des pages. En effet on se retrouve ici à quitter la froide et glaciale Gemma pour découvrir un climat beaucoup plus chaud, empli de forêts et de mystères. On va aussi découvrir Timhkâ, planète où tout a débuté, un monde chatoyant qui possède ses propres règles et qui donne envie, d’une certaine façon, d’en apprendre plus malgré les nombreux dangers qui y rôdent. Un changement brutal de décor qui ne va pas se révéler sans conséquences pour nos personnages. Se dévoile aussi un peuple différent du nôtre, malgré un certain anthropomorphisme, avec ses propres us et coutumes et qui surtout n’a pas la même vision du monde que la nôtre, plus spontanée, plus instinctive là où de notre côté l’on est réfléchi, où on dissèque et théorise tout. Deux visions complètement différentes et pourtant pas si éloignée que cela. L’aspect scientifique y est toujours présent, mais ne tombe jamais dans le côté Hard Science, l’auteur prenant clairement le temps de bien expliquer les concepts qu’elle utilise, même si parfois cela crée quelques longueurs quand on les connait déjà, mais rien de gênant. L’auteur continue aussi à saupoudrer un fond de culture hindou qui, je trouve, apporte un plus et se révèle vraiment intéressant, donnant envie de mener des recherches sur certains aspects. Elle cherche aussi à nous faire réfléchir sur notre façon de voir et traiter la Nature.

Concernant les personnages, je dois par contre avouer que j’ai eu un peu de mal avec certains d’entre eux, la faute à certains traits de caractère qui m’ont paru un peu trop poussés à l’extrême pour vraiment réussir à m’accrocher. Je pense ainsi à Haziel et Ambre qui se révèlent par moments égoïstes à un point tel qu’ils donnent l’impression de complètement déconnecter et se lancer à corps perdu sans jamais vraiment réfléchir et, pire, amener le danger vers leurs amis. Alors certes, on peut considérer qu’ils ont des circonstances atténuantes, mais parfois non. Heureusement cela se calme au fil des pages et on se rapproche ainsi un peu plus d’eux. C’est légèrement dommage, car on ne peut pas nier que les personnages se révèlent denses, soignés, efficaces et entrainants, possédant leurs propres émotions, leurs propres histoires, leurs propres besoins et leurs propres envies. Je regretterai peut-être aussi un ou deux personnages un peu trop stéréotypés, mais là rien de très bloquant.

La plume de l’auteur se révèle toujours aussi efficace, soignée, dense, faisant plonger le lecteur aisément dans son récit et son univers des plus passionnants. La conclusion répond de façon passionnante et intelligente aux nombreuses questions que le lecteur se pose, même si j’ai trouvé dommage que soit traité un peu trop rapidement l’aspect qui concerne la milice et Boubakine. Au final un cycle qui m’a offert un très bon moment de lecture, je lirai sans souci d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec le troisième et dernier tome de ce cycle qui offre offrir une histoire efficace et qui vient répondre de façon intelligente aux nombreuses questions que l’on se pose, le tout à un rythme, certes un peu plus lent, mais tendu offrant de nombreuses menaces et rebondissements. L’univers se révèle toujours aussi intéressant à découvrir, on se retrouve ainsi à quitter la glaciale Gemma pour de nouveaux horizons chatoyants et qui donne envie d’être découvert, permettant aussi d’ouvrir une réflexion sur la façon dont on traite la nature. On découvre aussi Timhkâ, avec ses us et coutumes et ses traditions complètement différentes des nôtres. L’aspect scientifique est toujours présent et se révèle toujours aussi accessible par des explications claires et précises, même si parfois j’ai trouvé que cela offrait quelques longueurs vu que je connaissais déjà les théorèmes. Concernant les personnages, ils se révèlent denses, soignés et travaillés même si j’ai eu un peu de mal au début avec Haziel et Ambre qui m’ont paru trop poussés à l’extrême, mais cela se calme au fil des pages. Je regretterai peut-être un ou deux personnages stéréotypés, mais rien de bien gênant. La plume de l’auteur est efficace, entrainante et soignée. Au final une trilogie qui m’a offert un bon moment de lecture. Je lirai sans souci d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

La Danse des Étoiles – Spider & Jeanne Robinson

la danse des etoilesRésumé : Parce qu’elle était trop grande et parce qu’elle avait trop de formes, Shara Drummond, malgré son talent, ne correspondait pas aux standards de la danse moderne, lui interdisant de faire carrière… sur Terre.
Mais dans l’espace, libérée de la gravité, tout est de nouveau possible, quitte à réinventer sa discipline et devenir la première à danser en chute libre.
Et quand les extraterrestres sont apparus dans le Système solaire, c’est elle qui nous a sauvés.
Moi, Charles Armstead, son opérateur vidéo, son ami, j’étais là quand elle effectua sa Danse des étoiles. J’ai tout enregistré.

Edition : Actu SF

 

Mon Avis : Je me suis laissé tenter par ce livre pour deux raisons, la première vient de la promotion lancée par ActuSf qui a titiller ma curiosité, ne connaissant pas ce roman pourtant lauréat des prix Hugo, Locus et Nebula et offrant un résumé des plus intriguant mélangeant danse et science-fiction, et la seconde raison vient clairement de sa couverture, illustrée par Jamie Oliver, que je trouve vraiment magnifique. Il n’a donc pas fallu longtemps pour que je décide de me faire mon avis concernant ce roman.

L’histoire qui est offerte se révèle finalement assez simple, Shara Drummond, danseuse de talent, n’a jamais pu percer, la faute à son corps qui ne rentrait pas dans les normes. Un jour elle décide de prendre son destin en main et d’innover en allant danser dans l’espace, mais rien ne va se passer comme prévu et sa rencontre avec une race extra-terrestre va tout changer. Une fois la dernière page tournée, je dois bien avouer que j’ai passé un bon moment de lecture, mais le premier quart paraissait offrir tellement plus que je ressors légèrement frustré de ma lecture. En effet la première partie du récit offrait une sorte de récit intimiste entre la danseuse et son opérateur vidéo qui se révélait complexe, pleine de sentiments et d’émotions. On est vraiment happé par cette relation tendue et pourtant terriblement attachante qui se lie entre un héros estropié par la vie et une danseuse rejetée par le monde qu’elle adule pour son physique pas assez androgyne. Une première partie qui monte alors en tension, que ce soit aussi bien au niveau des relations de chacun qu’avec l’apparition d’alien dont on ne connait rien et qui paraissent se matérialiser un peu aléatoirement, nous offrant aussi des moments de danses vraiment magnifiques, pour aboutir à une conclusion de partie que j’ai trouvé en apothéose.

Alors attention, les trois parties suivantes qui composent le roman ne sont pas non plus mauvaises, loin de là, mais elles n’ont pas réussi à me passionner et me toucher autant. Déjà, j’ai clairement eu l’impression, mais ce n’est que mon avis, que la première partie était construite de façon indépendante, un peu comme une nouvelle et devant le potentiel de l’œuvre les auteurs ont alors décidé de la prolonger ce qui fait qu’on ressent une sorte de petite « cassure » dans le rythme et l’intrigue. Ensuite j’ai trouvé que cette « suite » perd de son côté intimiste pour s’ouvrir et faire ainsi entrer d’autres personnages et en plus on rentre dans une histoire de science-fiction que j’ai trouvé plus classique. Cela reste plaisant à lire, offrant des aspects vraiment intéressants que ce soit dans l’univers et l’aspect chorégraphie ou encore dans le futur imaginé ou les réflexions proposées, mais n’ayant pas la même intensité.

L’un des grands points forts de l’histoire vient, je trouve, de tout le travail fourni aussi bien d’un point de vue technique que par les descriptions, sur l’aspect de la danse et des mouvements. Les auteurs arrivent vraiment à faire retranscrire et partager la rythmique et la composition des mouvements, tout en faisant passer de façon sous-jacente le panel d’émotion qui s’en dégage. On se laisse alors très facilement emporter par ce ballet et on est happé par les messages qu’ils cherchent à faire passer, ainsi que les réflexions que cela engendre sur l’acceptation et la différence chez les différents protagonistes et le lecteur. Concernant le futur vu par les auteurs il possède un petit côté « old school » qui se révèle, mais de façon involontaire, humoristique car l’année 95 imaginée tout le long de ce roman, publiée dans les années 70, est loin de ce que l’on a connu même si certains points se révèlent très réalistes. Là où je suis peut-être un peu plus rester de marbre, c’est par l’atmosphère parfois un peu hippie qui s’en dégage et qui avait peut-être plus sa place au moment de sa publication, mais qui aujourd’hui par son aspect légèrement « peace & love » dénote. Mais bon rien de bien gênant non plus.

Concernant les personnages, je dois bien admettre que deux héros principaux se détachent, pour moi, fortement : il s’agit de Charles et de Sarah qui se révèlent humains, principalement à travers leurs blessures, leurs souffrances et leurs sacrifices, mais surtout par la relation qu’ils entretiennent entre eux, qui se révèle véritablement complexe et soignée entre amour et indifférence. A travers les émotions, les sentiments et les non-dits qu’ils laissent entrevoir on est ainsi touché par leur histoire. Les autres personnages dévoilé au fil des pages ne sont pas mauvais, se révélant travaillés et intéressants, mais n’ont pas non plus la même densité ni la même force, ce qui parfois amène une sorte de décalage au niveau d’une ou deux révélations. Ils paraissent un peu éclipsés. Rien de non plus bloquant, chacun apportant finalement quelque chose à l’histoire et à son évolution.

Puis voilà, au fil des pages la tension remonte doucement, différentes révélations vont pousser le lecteur à se laisser aller, à vouloir en apprendre plus, développant de nombreux axes intéressants, dont je ne dévoilerai rien pour éviter de spoiler, et qui sont liés à cette présence alien pour aboutir à un final pas trop mal ficelé et humain, mais qui m’a aussi paru un peu trop « d’époque » par certains aspects et peut-être un peu trop optimiste, mais bon là je pense que c’est mon côté cynique qui parle je pense aussi. J’ai aussi noté une facilité qui me laisse perplexe.

La plume des auteurs se révèle vraiment poétique à travers leurs descriptions et ce qu’ils arrivent à faire passer, tout en étant entrainante et efficace, arrivant à me fasciner à travers le monde de la danse qui est vraiment loin d’être quelque chose que je connais bien. En tout cas un roman qui, malgré quelques défauts, m’a offert un bon moment de lecture. J’ai cru comprendre que des suites existaient en VO,  que je lirai avec plaisir si elles sont un jour publiées.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman qui nous propose une histoire où vient se mélanger science-fiction, réflexions et aspects humains, le tout sur fond de danse et de chorégraphie. Alors certes toutes les parties ne sont pas au même niveau tant on ressent une sorte de « cassure » entre la première qui m’a happée et la suite qui se révèle plus classique, mais rien de non plus complètement dérangeant. L’univers développé par les auteurs se révèle vraiment intéressant, nous émerveillant devant la danse et les chorégraphies présentées, le tout porté par des descriptions très visuelles et porteuses d’émotions, même si le futur imaginé a un peu mal vieilli par certains aspects. Concernant les personnages j’ai été rapidement happé par Charles et Sarah qui sont des héros touchants, complexes et solides, offrant une relation complexe et prenante, mais ils éclipsent un peu les autres protagonistes qui gravitent autour selon moi. Puis arrive la conclusion, faisant monter lentement la tension, jouant sur des réflexions intéressantes, pour aboutir à un final qui se révèle humain et intéressant, mais qui m’a paru peut-être un peu trop tomber dans le happy-end et s’offre une facilité surprenante, même si rien de non plus bloquant. La plume des auteurs est dense, soignée et poétique. Des suites existent en VO que je lirai avec plaisir si un jour elles sont publiées.

 

Ma Note : 7,5/10

Sovok – Cédric Ferrand

sovokRésumé : Moscou, dans un futur en retard sur le nôtre. Manya et Vinkenti sont deux urgentistes de nuit qui circulent à bord de leur ambulance volante de classe Jigouli. La Russie a subi un brusque infarctus politique, entraînant le pays tout entier dans une lente agonie économique et une mort clinique quasi certaine. Le duo d’ambulanciers est donc le témoin privilégié de la dégradation des conditions de vie des Russes. Surtout que leurs propres emplois sont menacés par une compagnie européenne qui s’implante à Moscou sans vergogne.

Edition : Les Moutons Électriques

 

Mon Avis : Ce livre n’a pas fini dans ma PAL par hasard, j’avais déjà été fasciné par le premier roman de l’auteur, Wastburg (ma chronique ici), qui offrait un récit de Fantasy choral avec une intrigue originale, dans une ville haute en couleurs et à la découvertes de personnages efficaces. C’est donc sans surprise que quand j’ai vu que l’auteur publiait un nouveau roman, je l’ai rapidement fait rentrer dans ma bibliothèque. Il faut aussi avouer que je trouve la couverture, illustrée par Prince Gigi, superbe dans son côté futuriste soviétique.

Contrairement à Wastburg, qui nous proposait de suivre un personnage différent par chapitre, avec Sovok l’auteur revient à une narration plus « classique » on va dire. On se retrouve ainsi à suivre Méhoudar, en galère et à la rue, qui décide de tenter sa chance en tant qu’ambulancier. Il va se retrouver à faire équipe avec Manya et Vikenti, à sillonner les rues de Moscou en poste de nuit. D’intrigue on va très vite se rendre compte qu’il n’y en a pas vraiment, il y a bien un fil rouge qui sert de léger conducteur à l’ensemble, mais rien qui se révèle épique ou haletant. Vous vous dites alors que ce roman n’a finalement que peu d’intérêt alors, et pourtant ce serait une erreur, car Sovok propose finalement un récit que j’ai trouvé terriblement efficace, entrainant et offrant son lot de réflexions. En effet l’absence d’une intrigue principale fait finalement que le lecteur se consacre alors pleinement à ce qu’il considère normalement comme secondaire et se retrouve ainsi emporté que ce soit aussi bien par les personnages, leurs interactions, que par cette ville et ce pays qui nous sont présentés au fil des pages.

Car oui comme son précédent roman, qui offrait à la ville un rôle important, ici la ville de Moscou se révèle être aussi un élément central de central, ou plus précisément la Russie dans son ensemble. Alors certes elle n’a pas autant d’influence que pouvait en avoir Wastburg, mais elle est imprégnée dans chacun des personnages, on en sent l’influence à travers chacun. Un pays en pleine perte de vitesse, au bord de la rupture, complètement gangréné que ce soit de l’intérieur par la corruption, comme de l’extérieur par une Europe qui vient grappiller les derniers reste d’une contrée à l’agonie. Être au plus près de nos trois héros et les différentes rencontres qu’ils font nous dévoilent ainsi un peuple qui est loin de se laisser aller, car même s’il connait la misère, le manque d’énergie et la faim, les magouilles et les pots de vins sont toujours présents, au cœur de leur culture. Malgré que tout le monde râle, chacun arrive à s’en sortir d’une certaine façon. On se retrouve ainsi plongé dans un futur où le passé et la nostalgie sont encore bien présents dans chacun des protagonistes ; un décalage réussi et efficace qui offre aussi régulièrement son lot d’humour et de légèreté, évitant ainsi au livre de trop tomber dans le misérabilisme. Mais l’auteur ne se contente pas non plus d’être au plus près de la population, il nous offre aussi une vision plus large que ce soit du point de vue  de la société, mais aussi de la politique qui n’est que manipulation et violence, ou encore offrant une critique acerbe sur le milieu médical, et aussi sur la « paperasserie » qui n’est pas sans rappeler notre époque actuelle. Au final un univers qui oscille entre décadence et lumière, offrant de nombreuses réflexions sur les causes de la dégradation et qui donne vraiment envie d’en apprendre plus.

Concernant les personnages, là aussi l’auteur s’en sort parfaitement bien, nous dévoilant ainsi des héros qui ne manquent pas de profondeurs, se révélant souvent soignés et passionnants à découvrir, tout en restant humains avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs besoins et leurs envies. On se retrouve ainsi rapidement à s’attacher à chacun d’entre eux, que ce soit aussi bien les trois héros qu’on suit du début à la fin, comme chaque personnage secondaire que l’on découvre, à travers leurs galères, leurs souffrances et leurs problèmes. Chacun d’entre eux se révèle sensible et touchant dans son envie d’avancer, de se présenter toujours fier de ce qu’il est, que ce soit dans le meilleur comme dans le pire. On découvre ainsi au fil du récit un panel de personnage hétéroclite, acerbe et pittoresques que ce soit Méhoudar l’ancien militaire qui cherche à s’en sortir, Manya médecin qui ne semble posséder qu’un simple diplôme de vétérinaire ou bien encore Vikenti le syndicaliste désabusé, on s’accroche à chacun d’entre eux tant on se retrouve, au moins en partie, à travers eux. Surtout que l’auteur a un don pour arriver à les rendre rapidement, en quelques lignes à peine, attachants, avec leurs qualités et leurs défauts, tout en nous faisant réfléchir sur des sujets sérieux comme par exemple le rejet de la différence ou encore la pauvreté.

J’aurai par contre un regret concernant ce récit, c’est qu’une fois la dernière page tournée, certes on s’est rapidement rendu compte qu’il ne s’agissait qu’une tranche de vie de Moscou et non pas une histoire balisée avec introduction, développement et conclusion, mais voilà je me suis tout de même senti frustré de ne pas en apprendre plus. Surtout que l’auteur laisse de nombreux fils d’intrigue ouvertes à l’imagination du lecteur. Alors, rien de bien gênant non plus, c’est un choix clair de l’auteur, mais bon je ne pouvais m’empêcher de ressentir une légère déception. Concernant la plume de l’auteur elle se révèle efficace, claire et entrainante, nous plongeant avec plaisir dans cette Russie aux visages hétéroclites qui donne clairement envie d’en apprendre plus. Au final avec ce nouveau roman Cédric Ferrand confirme tout le bien que je pensais de ses écrits et j’en lirai d’autre sans soucis.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui nous propose de découvrir une tranche de vie de trois personnages urgentistes et pendant une semaine ; le tout dans une Russie qui agonise lentement. Ici, pas de véritable intrigue dans son côté classique, mais une peinture de Moscou qui se révèle efficace et passionnante à découvrir avec son aspect mélange de futurisme et de nostalgie, mais aussi son lot de réflexions. Une Russie pleine de nostalgie ou la débrouillardise est de mise et qui donne envie d’en découvrir plus. Les personnages se révèlent travaillés, denses, humains et attachants avec leurs bons comme leurs mauvais côtés. On est ainsi rapidement happé par cette image que nous décrit l’auteur qui oscille avec réussite entre humour, tragique et espoir dont mon seul regret est finalement que la fin laisse de nombreuses perspectives ouvertes, ce qui m’a paru légèrement frustrant. La plume de l’auteur se révèle entrainante, captivante et décalé dans sa façon de nous présenter son récit, offrant juste ce qu’il faut d’ironie et de cynisme pour rendre son histoire prenante et intelligente. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Lune, Cornwall, Bibliocosme, …

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