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Utopiales 2014, Anthologie – Collectif

utopiales 2014Résumé : Donnez « Intelligences » comme thème à des auteurs d’imaginaire et vous obtiendrez des résultats géniaux, fous et déconcertants. Préparez la révolution avec Jo Walton, ressuscitez une momie avec Sylvie Denis, enquêtez avec un célèbre albinos et Michael Moorcock, plongez dans le monde des échecs avec Léo Henry, découvrez les dernières volontés un peu folles d’un père avec K. W. Jeter ou bien sortez en plein cauchemar post-apocalyptique avec Dmitry Glukhovsky.

Edition : Actu SF

 

Mon Avis : C’est maintenant devenu une tradition inscrite dans le marbre, à chaque fois que je fais un festival je fais rentrer dans ma PAL l’anthologie consacrée. Alors j’avoue, celle de l’année dernière ne m’avait pas complètement accroché, j’espérais donc que le cru 2014 serait meilleur, surtout que le thème de l’intelligence ne manque pas d’attrait. Par contre, changement par rapport aux années précédentes puisque j’ai effectué la lecture en Lecture Commune avec Mariejuliet. Une LC très agréable avec pas mal de discussions, de débats fascinants et que je referai avec plaisir. Ce livre comporte 11 nouvelles ainsi qu’une préface vraiment intéressante et complète de Yannick Rumpala sur l’intelligence.

Chaperon de Laurent Genefort : L’auteur nous plonge ici dans une nouvelle qui cherche à faire réfléchir sur l’intelligence, qu’est-ce qui la définit et son échelle, à travers le regard d’aliens. La grande force de l’histoire est d’ailleurs de ne jamais parler de l’Humanité. Un texte qui se révèle agréable, qui se lit facilement et s’avère sympathique, offrant une « mise en bouche » à l’anthologie plaisante, mais voilà elle reste peut-être un peu trop gentillette, un peu comme si elle s’imbriquait dans quelque chose de plus grand. Cela n’empêche pas quelques originalités que je vous laisse découvrir et qui m’ont paru intéressantes.

Fe6 !! ou La Transfiguration de Bobby J. Fischer de Léo Henry : L’auteur nous propose ici de découvrir un texte qui tourne autour du monde des échecs et plus précisément autour de l’un des plus grands joueurs, marquant l’histoire de son intelligence et de sa folie Bobby Fisher. Un texte qui mélange réalité et fantastique, où la folie se mélange au rationnel et qui, j’avoue, m’a bien accroché que ce soit à travers ces complots, ces non-dits, mais aussi toute la construction que fait l’auteur de son récit. On sent d’ailleurs bien qu’il s’est fortement renseigné, principalement sur le monde des échecs. Une ambiance étrange se dégage de ce texte, dont quelques points restent nébuleux. Une nouvelle réussie selon moi.

En sommeil de Jo Walton : On plonge ici dans une nouvelle où une biographe construit une simulation de la personne sur laquelle elle écrit, pour pouvoir l’interroger. J’avoue qu’on a là un texte qui se révèle intelligent, nous dévoilant un monde loin d’être lumineux, où la liberté a pris un grand coup. L’auteur nous fais réfléchir sur l’avenir qu’on cherche mais aussi sur l’idée de changement. L’ambiguïté sur la simulation, reposant à la fois sur l’historique du personnage mais aussi sur son ressenti, apporte aussi une certaine originalité au récit. Mon seul regret est que cette nouvelle manque un peu de puissance, comme s’il ne s’agissait que d’une introduction à une histoire plus grande.

L’Évangile selon Artyom de Dmitry Glukhovsky : Cette nouvelle nous offre finalement une petite suite à Metro 2033, reprenant le personnage principal et dévoilant ce qui est survenu par la suite. Donc clairement le ressenti ne sera sûrement pas le même si vous avez lu ou non le roman. L’ayant lu, j’ai bien apprécié ce texte, apportant des informations supplémentaires, dévoilant de nouvelles personnalités du personnage principal et se révélant efficace et haletant avec une conclusion ouverte que je trouve intéressante.

Pas de deux sur la planète des ombres de Dominique Douay : Ce texte nous plonge dans un vaisseau spatial où les deux membres d’équipage vont faire une découverte qui va les changer. Dans l’ensemble le texte se laisse lire et ne manque pas d’intérêt mais il manque clairement de profondeur. Je ne suis pas sûr que l’aspect nouvelle soit la meilleure idée pour ce texte, principalement dans les aspects angoissants et stressants qui manquent de force. De plus il se dégage un sentiment que certains aspects manquent de développement et que la conclusion va trop vite. Texte sympathique mais sans plus qui rentre dans les vite lu, apprécié et vite oublié.

Les Dracula anonymes de Barbara Sadoul : Cette nouvelle décide, d’une certaine façon, de revisiter le mythe du vampire dans un futur proche et le tout façon pièce de théâtre. Franchement j’ai jamais réussi à accrocher à ce texte, l’histoire donnant l’impression de partir dans tous les sens et dans de nombreux délires pas toujours intéressants et surtout la construction dans une sorte de pièce de théâtre pastiche m’a laissé de marbre. Dommage.

L’Affaire du Bassin des Hivers de Michael Moorcock : Une nouvelle qui nous plonge dans un Paris parallèle où un enquêteur se retrouve à devoir résoudre le meurtre d’une jeune fille. Un texte agréable, même si construit de façon classique, qui se révèle intéressant par l’ambiance qu’il met en place et par l’univers qu’il construit. On sent que l’auteur s’est fortement renseigné, nous offrant un récit dense en informations. J’ai eu par contre un peu de mal avec les dialogues qui m’ont paru par instant légèrement « ampoulés ». La fin ouverte laisse présager des suites. Par contre j’ai eu un peu de mal à faire le lien avec le thème de l’intelligence.

L’Esprit de la roche de Jean-Marc Ligny : Cette nouvelle nous plonge au milieu d’un groupe de chercheurs qui souhaitent élucider le mystère qui se dégage de certaines pierres sur une planète morte. Un texte vraiment sympathique, qui se lit facilement, on sent que l’auteur a effectué des recherches pour offrir une histoire solide. On pourrait lui reprocher son côté extrêmement positif, mais franchement je trouve que ça colle parfaitement au récit.

Le Sage qui entre dans la paix de Sylvie Miller & Philippe Ward : On retrouve ici le célèbre détective des dieux, Jean-Philippe Lasser, qui va de nouveau se plonger dans une enquête divine. On ne change pas une équipe qui gagne, cette nouvelle enquête se révèle toujours agréable, entrainante, efficace et sans temps mort, à l’humour toujours aussi percutant. Notre héros va devoir donner beaucoup de lui-même entre manipulations et mensonges. On retrouve avec plaisir nos héros qui nous offrent ainsi une attente agréable avant la sortie prochaine du nouveau roman.

Le court roman de la momie de Sylvie Denis : Cette nouvelle nous propose de découvrir un homme qui tombe amoureux d’une momie et qui, par un miracle de la technologie va la ramener à la vie. Très vite il va se rendre compte que rien ne se passe comme prévu. J’avoue que j’ai beaucoup aimé ce texte qui essaie finalement de traiter de l’intelligence sans conscience, ni base avec cette momie millénaire qui va se retrouver a faire des choix extrêmes dans ce futur. Le texte se révèle aussi intéressant par les nombreuses réflexions écologiques que cet univers nous dévoile. Au final une histoire d’amour platonique captivante et qui nous fait réfléchir, une nouvelle réussie.

Dernières volontés de K. W. Jeter : Cette nouvelle nous plonge dans les derniers instants d’un homme qui sait qu’il va mourir et demande à sa fille de mourir à une date bien précise. De nouveau un texte réussi, entrainant, sensible sur une relation pas toujours facile entre un père et son enfant. L’ensemble se révèle vraiment fascinant, efficace, bien amené, avec son lot de surprises, d’humour et de sentiments. Par contre dur de classer ce récit dans l’Imaginaire. En tout cas ce texte m’a donné envie de découvrir d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : Une anthologie des Utopiales 2014 qui se révèle vraiment sympathique et qui m’a offert un agréable moment de lecture, même si c’est vrai tous les textes ne sont pas au même niveau. En tout cas un meilleur cru que l’année 2013 avec des récits variés, efficaces et entrainants. Mis à part peut-être un texte qui m’a laissé complètement de marbre, les autres oscillent entre plutôt sympathique et fascinant. J’ai peut-être eu un peu de mal à toujours voir le lien entre les textes et le thème de l’intelligence, mais rien de vraiment dérangeant. Une anthologie plus que plaisante et je lirai avec plaisir celle de l’année prochaine.

 

Ma Note : 7/10

 

Avis de Mariejuliet
Autre avis : Vert, Boudicca, …

Vongozero – Yana Vagner

vongozeroRésumé : Anna vit avec son mari et son fils dans une belle maison près de Moscou. Un virus inconnu a commencé à décimer la population. Dans la capitale en quarantaine, la plupart des habitants sont morts et les survivants – porteurs de la maladie ou pillards – risquent de déferler à tout instant. Anna et les siens décident de s’enfuir vers le nord, pour atteindre un refuge de chasse sur un lac à la frontière finlandaise : Vongozero. Bientôt vont s’agréger à leur petit groupe des voisins, un couple d’amis, l’ex-femme de Sergueï, un médecin… Le voyage sera long, le froid glacial, chaque village traversé source d’angoisse, l’approvisionnement en carburant une préoccupation constante.

Edition : Mirobole Editions

 

Mon Avis : Je me suis laissé tenter par ce livre pour deux raisons principalement. La première vient de la maison d’édition, Mirobole, qui, je trouve, permet la découverte d’œuvres voir d’auteurs intéressants, mais dont finalement on entend peu parler ; j’ai ainsi découvert la plume mordante de S.G. Browne mais aussi celle plus angoissante d’Anders Fager et je n’ai pas été déçu. La seconde raison vient des quelques retours que j’ai vu passer à droite, à gauche, me donnant envie de lire ce roman limite post-apocalyptique. Ajouter à cela une couverture toujours aussi sobre, mais qui se révèle intrigante et donne envie d’en apprendre plus, il n’a donc pas fallu attendre longtemps avant que ce roman rejoigne ma PAL.

On se retrouve donc, tout au long du récit, à suivre le quotidien d’Anna qui, suite à l’apparition d’une épidémie non maîtrisable, ce qui crée la panique, va se retrouver à fuir sa petite banlieue avec famille, voisins ainsi que l’ex-femme de son mari, pour aller se cacher à Vongozero dans une cabane perdue. Alors oui, clairement, l’intrigue n’a rien de révolutionnaire : une catastrophe qui occasionne la fuite d’un groupe d’individus qui vont se retrouver face à eux-mêmes et face à des choix, cela s’est déjà vu dans de nombreux récits. Pourtant avec Vongozero j’ai été happé dès les premières pages pour ne quasiment plus pouvoir lâcher le livre. Dès le début, l’ambiance est posée, elle se révèle intimiste, angoissante et montera crescendo au fur et à mesure de la lecture, poussant ainsi à vouloir en apprendre plus, à savoir comment ce voyage va se dérouler et quelles conséquences il va occasionner sur nos héros. On est pourtant loin des romans nerveux et sans temps morts, pourtant il nous agrippe et d’une certaine façon fascine. Surtout que l’auteur parait maîtriser parfaitement bien son récit, alternant efficacement des phases calmes avec des phases plus stressantes qui font que le lecteur ne s’ennuie jamais et offrant une lecture fluide, entraînante et réussie. Certes, vers la fin je reprochais une construction du récit un peu répétitive, mais rien de non plus gênant et se ressent à peine.

Le point principal qui fait que, pour moi, ce récit se révèle fascinant, et finalement diffère des récits du même genre, c’est le travail psychologique effectué sur chaque personnage. L’auteur, d’une, ne tombe jamais dans les stéréotypes qu’on peut retrouver dans ce genre de récit, avec un personnage fort qui se dégage par exemple, nous offrant plus des personnages « lambda », comme chacun d’entre nous. Des banlieusards, habitués à un certain confort, qui se retrouvent par la force des choses à devoir fuir et surtout fuir en groupe, ce qui n’est pas toujours facile. De deux, chaque protagoniste en plus de se révéler humain, sont soignés, complexes et surtout nous pose des questions sur nous-même, sur ce que l’on aurait fait devant les mêmes situations. C’est la grande force du récit, cette capacité à nous interroger sur notre morale, notre humanité, nos possibles réactions face à des aspects stressants et risqués, mais aussi dans un groupe hétéroclite. L’Homme est finalement capable de tout, le pire comme le meilleur. Chaque personnage possède aussi sa propre personnalité, vue au travers du prisme du regard d’Anna la narratrice, qui se révèle une héroïne attachante au fil des pages, face à ses actions, ses choix et ses doutes qui l’effraient de plus en plus ou qui l’obligent à voyager avec des personnes qu’elle n’apprécie pas forcément. Après c’est vrai que vers la fin je me suis un tout petit peu détaché d’elle, par son inertie, son besoin de s’autoflageller avant de se lancer dans une rébellion, limite d’adolescente, rien de gênant, mais qui m’a légèrement ennuyé. Les autres personnages, qu’ils gravitent autour d’elle ou qu’elle rencontre au fil du récit, se révèlent eux aussi efficaces, complexes, devant faire face à leurs propres démons et à un monde qui s’écroule.

Placer le récit en Russie apporte aussi énormément au récit, principalement dans cette ambiance glaciale et stressante, mais aussi à travers les lieux visités et les décors présentés. Pays à la fois urbanisé avec de nombreuses villes, regroupant des centaines de milliers de personnes et leurs lots de contaminés, mais aussi paysage vide, blanc, enneigé et aride, où peut se cacher le pire de l’humanité et offrir surtout un grand vide qui parait  indomptable, limite déprimant. Voilà ce qui oscille devant nos yeux, au travers de descriptions efficaces et visuelles. La tension ressenti dès la première page est ainsi magnifiée et accentuée par ces régions qu’on traverse durant cette fuite en avant en voiture. Alors après, cela a aussi un aspect sur les mœurs qui se révèlent complètement différentes, principalement dans cette impression qu’en Russie la femme est faites pour certaines tâches et pas d’autres et que les travaux lourds ou de leader doivent être réalisés par les hommes. Critique ou simple constat de l’auteur, difficile à dire, mais c’est parfois assez surprenant je trouve, offrant ainsi par cette représentation une certaine réflexion ainsi qu’une rébellion du lecteur devant certaines passivités.

Après je regrette juste une chose au niveau du roman, c’est qu’il traîne légèrement en longueur. Oh rien de méchant, ni de complètement dérangeant, simplement que l’auteur cherche par moment à trop en faire, multipliant les péripéties qui se résolvent souvent de la même manière. Je dirai qu’une trentaine de pages de moins aurait permis d’éviter au récit cette légère lassitude que j’ai ressenti vers la fin. On notera aussi une deux facilités ainsi qu’une légère ficelle qui m’a paru un peu trop grosse, mais rien de non plus bloquant tant l’ensemble ne manque pas de fasciner, d’entraîner et de questionner le lecteur. Si vous aimez ce genre de récit je ne peux que vous le conseiller, pour les autres si vous êtes intéressé laissez-vous tenter pour vous faire un avis.

La plume de l’auteur se révèle vraiment réussie et entraînante, maniant à la perfection les aspects psychologiques des personnages tout en offrant une histoire prenante à l’ambiance tendue et efficace. La conclusion se révèle ouverte et je trouve colle parfaitement à l’intrigue et l’histoire, laissant au lecteur le choix, pour le moment, de se faire sa propre fin. Oui je dis « pour le moment » car une suite a été écrite et publiée en Russie et devrait normalement atterrir chez nous en 2016 si tout va bien. Si c’est le cas j’achèterai cette suite sans soucis et avec grand plaisir tant j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce Vongozero.

En résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui nous plonge dans une intrigue efficace, angoissante dès la première page et qui happe le lecteur qui tourne les pages avec plaisir et envie d’en apprendre plus. C’est surtout l’aspect psychologique qui est la grande force du récit, selon moi, nous proposant des personnages humains, denses, complexes et soignés et qui nous interrogent sur nous-même, notre morale et ce qu’on aurait fait ou pu faire dans une telle situation. Le fait de situer l’histoire en Russie se révèle aussi astucieuse et intéressante, pays où se côtoie les zones urbaines et les zones arides et glaciales, cela offre de nombreuses possibilités et, d’une certaine façon, nous offre aussi une réflexion sur la position de la femme dans ce pays. Alors après j’ai trouvé que le récit traînait légèrement, pas grand-chose, mais une trentaine de page de moins aurait pu aider. Je regrette aussi quelques facilités, ainsi qu’une héroïne peut-être sur la fin légèrement trop passive et adepte de l’autoflagellation. En tout cas rien de non plus bien gênant tant l’ensemble se révèle efficace, passionnant et le tout dans une ambiance prenante et angoissante. La plume de l’auteur se révèle fluide, travaillé et entraînante, proposant une conclusion ouverte que j’ai trouvé réussi. Je lirai la suite avec grand plaisir, qui devrait normalement être publiée en 2016.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Cornwall, Lune, …

Yellowstone – L. Albar

yellowstoneRésumé : Dans une Europe gangrénée par des états-policiers, les fascismes ethniques, la déroute citoyenne, recruté par le Bureau des enquêtes fédérales, Frank Malissol devient un flic d’élite. Envoyé à Paris, il est chargé d’une mission à haut risque : enquêter sur les dérives du Département de contrôle des Zones, ces no man’s lands où s’entassent les « Feujs », les « Barbus », les « Niaks » et les « Slavos ». Mais traquer les origines de l’explosion sociale a un prix : accepter d’être le poing de l’État ou son cerveau malade.
Et si cette apocalypse était pour demain, vous, vous qui n’êtes pas des flics, que feriez-vous à leur place ?

Edition : Mnémos

 

Mon Avis : Ce livre a un peu terminé sa course dans ma PAL par hasard, un peu sur un coup de tête. Lors de mes nombreux passages dans la librairie lors des Utopiales, j’ai été rapidement intrigué et attiré par la couverture de ce livre qui se révèle pourtant sobre. Après la lecture du résumé, accrocheur, qui annonçait un thriller futuriste, sombre, ainsi qu’une discussion avec l’auteur pour essayer de mieux situer le livre, j’ai donc décidé de tenter ma chance en le faisant rentrer dans ma bibliothèque.

Ce livre va alors nous plonger sur une terre futuriste où l’humanité et les nations s’entredéchirent de plus en plus, que ce soit pour leurs différences, comme pour leur besoin de montrer qu’ils sont les meilleurs. On se retrouve ainsi à suivre Frank Malissol, flic manipulé par les hautes instances, qui est obligé, pour sauver sa carrière, d’infiltrer la police française. J’avoue avoir finalement eu un peu de mal au début à me laisser happer par ce roman. C’est pas mauvais, mais je me sentais un peu perdu. Il faut dire que les cent premières pages ne laissent rien présager de l’intrigue, je n’arrivais pas vraiment à situer l’importance des personnages, ni les fils d’intrigues que cherchait à mettre en avant l’auteur. Certes ça permet clairement de mettre en avant l’univers et les héros, mais voilà j’avais l’impression que l’auteur cherchait à m’asséner ses idées sur les possibilités futurs de nos choix actuels, me matraquant à chaque page un univers sombre, violent, haineux et en pleine déliquescence, ce qui fait que par moment c’était tellement oppressant que j’en étais dérangé. Surtout que je suis le genre de lecteur qui aime réfléchir un minimum seul, pas besoin de jouer la surenchère pour tenter de me faire réagir ou pour m’ouvrir les yeux, c’est plutôt le genre à me bloquer, hors parfois c’est clairement ce que proposait cette première partie. Je comprends que l’auteur cherchait à planter la base de son histoire, mais plus dilué aurait sûrement, je pense, évité ce démarrage en dent de scie.

La suite va par contre se révéler beaucoup plus réussie et efficace. Notre héros va enfin se lancer dans son enquête et doucement, au fil des pages, les pièces du puzzle vont commencer à se mettre en place pour nous dévoiler une intrigue sociale, environnementale et politique de grande ampleur, le tout mené sans temps morts. On se retrouve ainsi plongé dans une enquête tentaculaire, mélange de thriller, de science-fiction voir même par moment de métaphysique, qui ne va pas manquer de happer le lecteur, le plonger avec un certain plaisir au milieu de jeux de manipulations, de pouvoir et de survie. Le tout est porté par des personnages réussis, denses, ambigus, ce qui empêche peut-être de complètement s’attacher à eux, mais on les comprend et d’une certaine façon les voir tenter de nager à travers toutes les horreurs et les mensonges qu’ils rencontrent cela les rend, d’une certaine façon, fascinants à suivre. Des personnages humains, qui font par moments des choix discutables et ont des visions liés à leurs évolutions, mais qui se révèlent toujours cohérents. Mon seul regret et qu’au départ on suit trois personnages Vlad, Frank et MC, très vite Vlad et Mc vont peu à peu être moins présent, ce qui est dommage, car il y avait peut-être le potentiel pour faire plus.

L’univers qui est développé ici est, comme je l’ai déjà dit, sombre, oppressant, voir même pessimiste. L’auteur est parti des pires tournants possibles de l’histoire pour nous dévoiler un avenir où la planète s’est peu à peu déchirée, consumé par une haine sans raison, qu’elle soit raciale, politique ou encore religieuse. Les clivages n’ont jamais été aussi importants, au bord de la rupture vers ce qui parait une nouvelle guerre. À côté de cela la planète continue à mourir, consumée par l’Homme et seule la conquête de l’espace offre un espoir. Un mince espoir tant les attentats gangrènent ces chantiers spatiaux et la course poursuite entre la Chine et les USA pour terminer son vaisseau le premier amène de nombreux coups bas. Voilà la Terre qui nous est présentée, une Terre sous respirateur artificiel qu’on continue à détruire sans réfléchir, un avenir sans espoir. L’auteur a-t-il raison? Je ne sais pas et vu l’actualité je ne répondrai pas, d’ailleurs là n’est pas, je pense, le propos. Non le propos de l’auteur est de retourner le lecteur, de le pousser à réfléchir, à essayer de se poser des questions, d’imaginer quel avenir on recherche. Après comme je l’ai dit, parfois l’auteur parait chercher plus le conflit que le débat, certaines idées paraissent un peu trop exacerbés, et parfois on peut tout simplement ne pas être d’accord, mais ça n’empêche pas de trouver des échos de la réalité dans ce futur sans espoir. À chaque lecteur de voir s’il accroché ou pas à la réalité de cet univers, ce qui influencera obligatoirement la lecture. J’aurai juste peut-être souhaite des aspects géopolitiques plus complets, l’auteur ne s’attardant finalement qu’en grande partie sur l’UE et un peu sur les USA et la Chine. Par contre, l’aspect technologique se révèle solide, plein de bonnes idées, même si un peu trop dense aussi, comme par exemple cet IRIA ou ce Quan qui ne paraissent qu’esquisser.

Après malgré les qualités de cette seconde partie j’ai quand même ressenti quelques imperfections comme par exemple parfois la facilité dont les informations arrivent jusqu’à notre héros, à croire qu’il n’a pas besoin d’enquêter ça lui tombe directe dans la main. Certains passages que l’auteur développe pour ne quasiment plus en parler par la suite, comme par exemple ce reportage TV qui va couler la couverture du héros mais qu’on oublie. Certains passages un peu trop bavards par moments ce qui crée quelques petites longueurs. Enfin j’ai eu aussi l’impression que l’auteur cherchait un peu par moment à trop en faire que ce soit dans le familier, les idées ou dans les anecdotes, à croire qu’il avait énormément de choses à mettre, mais pas toujours le liant pour parfaitement l’intégrer dans le récit.

La plume de l’auteur se révèle vraiment percutante, incisive et entrainante, malgré parfois un langage parfois un peu trop familier, avec son lot d’insultes facile, mais qui nous plonge facilement dans son récit. J’avoue au final avoir bien accroché à ce livre qui, certes, est loin d’être parfait, mais a réussi au moins à me faire réfléchir sur notre avenir, même si la vision qui nous est dévoilée ici est peut-être un peu trop pessimiste à mon goût sur certains points. À chacun de se faire son avis. En tout cas ce roman m’a donné envie de me laisser tenter par la trilogie Quantex de l’auteur pour voir ce qu’elle propose.

En Résumé : J’ai passé un plutôt bon moment de lecture avec ce roman et cela malgré un démarrage un peu laborieux, la faute à une centaine de pages dont on ne comprend pas bien les tenants et les aboutissants, plongé dans un monde sombre et sans espoir, cherchant plus à nous secouer qu’à vraiment offrir le débat. Puis l’intrigue commence à se mettre en place avec son lot de manipulations et de mensonges et je me suis retrouvé alors happé par cette enquête policière sans temps morts, efficace et prenante. Les personnages se révèlent cohérents, humains, ambigus et même s’il est parfois difficile d’être d’accord avec eux, ils sont efficaces. Je trouve juste dommage que deux des héros soient moins présents au fil des pages malgré leurs potentiels. L’univers présenté par l’auteur se révèle très sombre, violent, rempli de haines et de clivages sur une planète à bout de souffle. Un monde pessimiste qui fait qu’on se pose énormément de questions sur l’avenir, ce qui parait être le but premier du livre. Après je regrette quand même certaines facilités, quelques sous-intrigue mal gérées ainsi qu’une impression que parfois l’auteur cherche à trop en faire. Rien de bien gênant tant le livre remplit son rôle de nous faire réfléchir le tout porté par une plume incisive et entrainante. Maintenant j’ai bien envie de me laisser tenter par Quantex.

 

Ma Note : 7/10

Le Demi-Monde Tome 1, Hiver – Rod Rees

le demi-monde 1 hiverRésumé : Le Demi-Monde est la simulation informatique la plus avancée jamais conçue. Créé pour entraîner les soldats à la guérilla urbaine, ce monde virtuel est volontairement bloqué dans une guerre civile permanente. Ses trente millions d’habitants numériques sont gouvernés par les avatars des plus cruels tyrans de l’Histoire : Heydrich, l’architecte de l’Holocauste ; Beria, le bourreau de Staline ; Torquemada, l’Inquisiteur sans pitié ; Robespierre, le visage de la Terreur…
Mais quelque chose s’est détraqué à l’intérieur même du Demi-Monde, et la fille du Président des États-Unis y est restée coincée. Il incombe à l’agent Ella Thomas d’aller la récupérer, mais, une fois sur place, la jeune femme se rend compte que les règles du jeu sont faussées…
Le monde réel pourrait bien courir un danger que nul n’a encore osé imaginer !

Edition : Nouveaux Millénaires (J’ai Lu)

 

Mon Avis : J’avoue m’être assez facilement laissé tenter par ce livre, plus précisément par sa couverture que je trouve vraiment superbes par ses effets de couleur et par sa carte qui ne manque pas d’intriguer. Ajouter à cela un quatrième de couverture accrocheur, avec ce mélange de simulation informatique et de monde réel, ainsi que plusieurs avis croisés sur internet qui se révélaient positif, il a donc très rapidement rejoint ma PAL. Puis comme souvent avec une PAL exponentielle, il a stagné. J’ai donc décidé il y a quelques jours de lui laisser une chance et de me lancer dans la découverte de ce Demi-Monde.

L’histoire se révèle finalement assez simple, la fille du président des États-Unis se retrouve coincé dans une simulation informatique crée par les militaires pour s’entrainer à la guerre urbaine. Impossible d’envoyer un détachement, seule Ella, une civile, a la possibilité de rentrer dans le Demi-Monde et d’accomplir cette mission. Le roman, en soit, ne va pas révolutionner grand-chose, le pitch ayant même une forte ressemblance avec les films de John Carpenter sur Snake Plissken, mais a le mérite de se révéler divertissant, possédant son lot de rebondissement, de tension et d’action. On se retrouve ainsi à tourner les pages facilement, histoire d’en apprendre plus sur ce Demi-Monde et ce qui a bien pu amener à une telle situation. La première partie est peut-être un peu lente, malgré une introduction soutenue, mais sert clairement à poser la simulation et ainsi d’éviter de nous envoyer dans un univers dont on ne comprendrait rien. La suite se révèle alors plus fluide, se lit plus facilement et sans trop de prise de tête, l’auteur alternant de façon assez maîtrisée les scènes plus nerveuses avec les scènes plus explicatives et surtout cherchant à jouer avec le lecteur tout du long, même si la manipulation reste un minimum prévisible. Mais voilà ce roman ne s’élèvera jamais au-dessus du divertissement. Grave? Non, je ne m’attendais pas vraiment à plus, mais il y avait sûrement du potentiel pour faire plus je pense.

Prenons déjà par exemple l’univers qui est construit tout au long du récit, ce Demi-Monde mélange de cyberpunk et de léger steampunk. On commence par découvrir une simulation informatique qui ne manque pas d’attrait, solide et complexe, avec ses règles, ses découpages, ses limites ainsi que ses différents aspects sociaux, géographiques et religieux qui maintiennent ainsi un étant de violence constante et de guerre, permettant ainsi aux soldats US de s’entraîner. C’est aussi un monde où vivent les « singularités » les plus sociopathes et les plus meurtrières de notre histoire, chaque quartier étant aux mains de plusieurs d’entre elles, chaque quartier devient donc ainsi limite une dictature. D’ailleurs chaque personnage virtuel qui habite à Demi-Monde est tiré d’une banque ADN ; il peut donc exister un double de chacun dans la simulation. Et pourtant une fois plongée dans ce monde virtuel on se rend rapidement compte qu’il se révèle parfois bancal, que l’auteur ne respecte pas toujours ses propres règles pour éviter de se retrouver coincer dans son intrigue, et surtout d’un lieu qui se révélait très cartésien on se retrouve à plonger dans des phénomènes inexpliqués, surtout dans la transition entre les deux mondes. Peut-être qu’on obtiendra plus d’explications par la suite, car l’auteur a l’air d’y laisser quelques indices, mais c’est parfois frustrant et parait improbable. On évitera aussi la facilité que s’offre l’auteur sur la fin, le Deus Ex Machina bien pratique qui permet de se décoincer une belle épine du pied.

Concernant les personnages il y a là aussi du bon et du moins bon. L’héroïne principale, Ella, n’est pas mauvaise, elle nous fait voyager à travers le récit assez facilement et son ignorance de l’univers nous permet ainsi de le découvrir à travers ses yeux, mais voilà elle manque quand même un peu de charisme, parait subir de trop les évènements, et surtout dans un univers aussi pourri tout parait un peu trop facile pour elle, le seul véritable soucis qui lui arrive étant de devoir plusieurs fois plonger dans les égouts. Trixie, aux premiers abords, ne manquait pas non plus d’intérêt, se révélant à la fois conditionnée en partie par ce monde raciste et misogyne et qui pourtant cherche à s’en libérer, mais voilà son évolution va rapidement plonger dans l’extrême et surtout paraitre assez inexplicable, ce qui est parfois frustrant. À côté de cela des personnages comme l’énigmatique Vanka ou encore le comte Dashwood se révèle plus réussis, plus nuancés, que ce soit dans leurs visions du monde comme dans leurs évolutions. La fille du président remplit, elle, parfaitement son rôle de peste ignorante et inconsciente, même si j’espère qu’elle va évoluer par la suite. Du côté des ennemis, les personnages se révèlent solides pour un premier tome, en espérant quand même un peu plus de nuances dans les suivants. Cependant,  j’avoue que j’ai eu du mal avec Aleister Crowley dont l’auteur a simplement décider d’en faire un sorcier maléfique, ne respectant pas vraiment le côté historique. Tous manquent par contre d’un peu de folie, leurs actions étant souvent logiques, tracées et sans surprises.

La plume de l’auteur se révèle simple, assez entrainante, vivante, efficace et, malgré parfois un besoin de trop en faire, il arrive finalement assez facilement à nous faire suivre son intrigue et à nous donner envie d’en apprendre plus. Comme je l’ai dit on a là un divertissement agréable et sympathique, si vous cherchez plus passez votre chemin, si vous cherchez à vous détendre sans trop vous prendre la tête pourquoi ne pas vous laisser tenter, surtout si ce genre d’histoires vous intéresse. Je lirai sûrement la suite, pour en apprendre plus, la fin offrant un cliffangher qui demande un minimum à être répondu, même si je ne pense pas obligatoirement en faire une priorité.

En Résumé : Une fois la dernière page tournée de ce premier tome, je dois bien avouer que j’ai passé un agréable moment de divertissement, proposant une histoire vivante, enlevée et sans véritable temps morts, malgré peut-être une première partie un peu lente le temps de poser l’univers. L’auteur maîtrise bien son histoire pour ne jamais nous ennuyer et faire qu’on tourne les pages avec un minimum d’envie. Sauf que voilà, à chacun de voir ce qu’il recherche, mais ce récit n’est jamais plus qu’un passe-temps sympathique. L’univers se révèle pourtant intéressant, solide et complexe mais très vite, une fois plongé dedans, il devient bancale et l’auteur s’offre des facilité voir un deux ex machina un peu trop facile. Concernant les personnages, ils ne sont, dans l’ensemble, pas mauvais, mais certains ont du mal à vraiment accrocher par manque de charisme, voir même subissent une évolution plutôt improbable et extrême. De plus j’ai trouvé qu’ils manquaient de folie, se révélant par moment trop linéaires. La plume de l’auteur se révèle simple, efficace et entrainante, même si parfois j’ai trouvé qu’il en faisait un peu trop. Le cliffangher de fin me donne un minimum envie de lire la suite, même si ce ne sera sûrement pas non plus une priorité.

 

Ma Note : 6,5/10

 

Autres avis : Zina, Phooka, Paikanne, karline05, nymeria, Lune, …

Le Chaos en Marche Tome 1, La Voix du Couteau – Patrick Ness

la voix du couteauRésumé : C’est l’année de ses treize ans et, dans un mois, Todd Hewitt va devenir un homme. Il est le dernier garçon de Prentissville. Cette ville de Nouveau Monde est uniquement peuplée d’hommes. Depuis longtemps, toutes les femmes et les enfants ont disparu. A Nouveau Monde, chacun peut entendre les pensées des autres, qui circulent en un brouhaha incessant, le Bruit. Nul ne peut échapper au Bruit, nulle part, jamais…

Edition : Gallimard
Poche : Pôle Fiction / Folio SF

 

Mon Avis : Ce livre, j’avoue, je n’en ai pas entendu parler avant de le voir sortir en poche. Il faut aussi dire que pour les romans jeunesse soit je connais déjà l’auteur, soit je marche sur un coup de tête. Vu que j’ai dû passer à côté de sa sortie en grand formant, que je n’accroche pas du tout à la couverture de Pôle Fiction et que je ne connaissais pas l’auteur, il a fallu attendre sa sortie chez Folio SF avec cette illustration accrocheuse pour que ce roman commence à me donner envie de le découvrir. Par conséquent quand j’ai vu que Livraddict le proposait en partenariat, j’ai décidé de tenter ma chance et j’ai été sélectionné. Je remercie donc Livraddict et Folio SF pour m’avoir permis de découvrir ce premier tome.

On se retrouve donc, ici, à suivre Todd, un jeune garçon qui dans un mois, selon la loi de sa ville, va devenir un homme. Todd n’habite pas n’importe où, il est l’un des colons du Nouveau-Monde, et le dernier enfant de Prentissville. Surtout Nouveau-Monde possède une particularité, un virus lâché durant la Guerre qui fait que l’on peut entendre tout le monde penser : le Bruit. Sa vie va complètement basculer le jour où, en se rendant dans le marais il va croiser une poche de silence. Il va alors se retrouver à fuir et découvrir la vérité. Dès les premières pages, j’avoue j’ai été captivé par ce roman. Déjà par l’aspect stylistique, le narrateur étant un enfant d’environ 13-14 ans, dans un monde où la langue passe au second plan, devenant moins maîtrisé, l’auteur a donc décidé de complètement s’adapter offrant ainsi un langage simple et d’une certaine façon « appauvri », mais pourtant il s’agit un vrai travail de forme qui met clairement dans l’ambiance et colle parfaitement à ce garçon de ferme innocent. Cela pourrait par contre en surprendre plus d’un et peut-être se révéler bloquant pour certains, mais ce serait passer à côté d’un roman réussi je pense.

L’histoire qui nous est alors proposée se révèle elle aussi terriblement efficace et entrainante, bien porté par un rythme tendu et haletant de la première à la dernière page. L’auteur maîtrise clairement son récit, apportant ainsi de nombreux rebondissements et de nombreuses surprises sans jamais non plus tomber dans la surenchère ou se perdre. C’est d’ailleurs cette intensité, cette fuite en avant sans retour, qui fait que le lecteur tourne les pages avec plaisir et l’envie d’en apprendre plus. Alors certes sur le fond on reste tout de même dans un récit initiatique, avec ce jeune Todd qui va rapidement se retrouver confronter au monde des adultes, un monde souvent empli de duplicité et de mensonges, mais qui possède aussi ses zones de joie et de bonheur. Il va donc ainsi devoir, peu à peu, quitter le monde de l’enfance et parfois pas toujours de façon plaisante. Pourtant, malgré ce côté classique, l’auteur arrive vraiment à construire une intrigue dense, complexe qui possède de nombreux secrets et de nombreuses trahisons, mais aussi de belles rencontres. Je regrette par contre certaines répétitions dans les réflexions de Todd qui a besoin de remâcher les informations avant de bien les assimiler, peut-être même un peu trop parfois, ainsi que certains retournements de situations un peu simplistes, mais dans l’ensemble rien de bien non plus dérangeant.

L’univers se révèle vraiment solide, efficace et captivant pour, d’une, ce qu’il propose, mais aussi pour ce qu’il laisse en suspend poussant ainsi à vouloir en apprendre plus. On se retrouve dans un lointain futur, Nouveau-Monde étant finalement une colonie pour une fraction humaine cherchant un nouvel Eden et fuyant une Terre de plus en plus violente et sombre. On découvre au fil du récit un monde luxuriant, avec des animaux qu’on connait, mais aussi une faune et une flore indigène, propre à cette planète. Alors certes on reste dans des descriptions simples, mais elles se révèlent efficaces et offrent un dépaysement des plus intéressant dévoilant un monde sauvage, qui garde encore de nombreuses surprises par devers lui pour sûrement mieux nous surprendre par la suite. Il soulève aussi de nombreuses questions au fil des pages, comme par exemple sur les Spackles, et offre aussi de nombreuses réflexions comme sur la définition d’un Homme ou encore sur les relations entre les hommes et les femmes ou même nos relations avec les autres, mais aussi sur le besoin des peuples parfois de fuir, de s’enfermer, et pousse ainsi le lecteur à se réfléchir. Le principal intérêt ici vient quand même du Bruit, cette capacité à pouvoir lire dans la pensée des autres, ce qui amène un sacré bouleversement dans la façon de vivre de chacun. Un univers sombre, violent, mais qui ne manque pas d’attrait et donne envie d’en apprendre plus.

La narration du récit se fait à la première personne ce qui fait qu’on se retrouve au plus près de Todd, on découvre ainsi un héros qui est complètement perdu dans un monde qu’il croyait connaitre, mais ne comprend finalement pas. On s’attache ainsi petit à petit à lui au fil de la lecture malgré son côté parfois un peu « idiot » et sa capacité à jurer trop facilement. On se prend clairement d’affection pour ce petit homme qui va devoir traverser de nombreuses épreuves et surtout découvrir des émotions tels que l’amitié, la joie, mais aussi la peur ou encore la haine. Todd ne fait pas non plus son voyage seul, il avance ainsi avec Viola qui se révèle elle aussi intéressante, jeune fille arrachée à son milieu qui est abandonnée dans un monde inconnu qui va devoir apprendre à avancer malgré les pertes qu’elle a connu. Autour de nos héros, gravitent de nombreux personnages qui ne manquent pas d’attrait, servant soit d’aide soit de point de réflexions aux voyageurs mais qui, parfois, manquent clairement de profondeur. Rien de bien gênant non plus. Par contre j’ai parfois eu un peu de mal avec Todd qui tombe parfois légèrement dans une certaine caricature, rien de bloquant, mais parfois frustrant.

Puis arrive cette conclusion, nerveuse, terriblement efficace, pleine de surprises et de retournements de situations, dévoilant certaines vérités, et qui appelle aussi clairement à lire la suite. C’est d’ailleurs légèrement frustrant de ne pas avoir le second tome à portée de main, j’aurai pu facilement me laisser tenter. Il ne me reste plus qu’à me dépêcher à la faire renter dans ma PAL tant le premier tome se révèle passionnant, rempli d’aventures et intense.

En Résumé : J’ai finalement passé un très bon moment de lecture avec ce premier tome qui nous propose une histoire pleine d’aventure et qui se révèle intense, certes basé sur un voyage initiatique, mais offrant une intrigue solide, dense et complexe avec son lot de rebondissements, de trahisons et de révélations. L’univers qui nous est proposé se révèle intéressant, amenant de questions et réflexions efficaces, et surtout offrant des découvertes intéressantes. Les personnages ne manquent pas d’attrait et on s’attache assez facilement au fil des pages à Todd et Viola, je regrette juste certains protagonistes secondaires qui manquent de profondeur. La plume est, pour moi, une des grandes forces de ce récit, s’adaptant à un monde en régression et à la narration d’une jeune de 13-14 ans ce qui peut, certes en bloquer, certains, mais m’a permis de mieux m’immerger. Je regrette par contre certaines répétitions, principalement dans les réflexions de Todd, et aussi certains retournement un peu simplistes, mais franchement rien de bloquant tant le récit se révèle haletant et aboutit à une conclusion qui donne clairement envie de lire la suite.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Zina, Gruz, Nanet, Ptitetrolle, Radicale, Lynnae, …

Burndive – Karin Lowachee

burndiveRésumé : Ryan Azarcon a dix-neuf ans. Fils de l’un des plus célèbres combattants humains, le commandant du transporteur hyperspatial Macédoine Cairo Azarcon, et de la richissime Songlian Lau, il est considéré par les médias de la Jante et des Dragons comme « le célibataire le plus sexy » de la station Austro… Riche, jeune et célèbre, donc. Mais surtout traumatisé par un attentat vécu sur Terre et suite auquel il a interrompu ses études pour revenir se calfeutrer sur Austro et se défoncer à l’Argent au sein d’une jet set aussi désabusée que désœuvrée. Jusqu’à ce qu’une jeune femme s’effondre dans ses bras, morte de s’être trouvée entre lui et un assassin payé pour l’abattre. Qui peut bien vouloir le tuer ? Beaucoup de gens, en fait, humains ou aliens, tant le jeune homme est au centre d’enjeux qui le dépassent. Alors que tout s’écroule autour de lui, que la guerre s’invite dans sa vie dorée, Ryan comprend que le temps des illusions est désormais révolu…

Edition : Le Bélial’
Poche : Pocket

 

Mon Avis : Il y a deux ans maintenant je me lançais, un peu par hasard, dans la lecture de Cagebird, troisième tome publié de ce cycle. Heureusement pour moi chaque volume de ce cycle peut se lire indépendamment les uns des autres, j’ai donc pu profiter d’un roman efficace, complexe et entrainant (ma chronique ici). Je me suis donc rapidement lancé dans la lecture du premier tome, Warchild, qui confirmait tout le bien que je pensais de ce Space-Opera, m’offrant un récit que je trouvais même légèrement supérieur à Cagebird (ma chronique ). J’ai par conséquent fait rapidement rentrer le tome manquant dans ma PAL. Par contre je reste toujours sceptique concernant la couverture, illustrée par Nicolas Fructus, qui a du mal à totalement me convaincre.

Ce qu’il y a de très intéressant avec cette série, c’est que le personnage principal change à chaque tome. Dans Burndive on va ainsi se retrouver à suivre Ryan Azarcon, fils du célèbre capitaine spatial Cairo Azrarcon et de Songliau Lau tout aussi célèbre dans la diplomatie. Il n’a jamais connu que fortune et bonheur, mais dont la vie a changer depuis sa visite sur Terre et il va rapidement se rendre compte que la guerre, dont il ne sait rien, va très vite le rattraper. Ce tome prend clairement le contre-pied des autres, pour le meilleur et aussi pour le moins bon, n’offrant pas ainsi une plongée direct dans ces conflits, que je commençais à connaitre, mais plutôt de développer la vision du peuple. On la découvre ainsi à travers les yeux d’un habitant d’une station, complètement déformé par les actualité médiatiques reçues, dont la majorité ne voit la guerre que comme une information comme une autre, sans en connaitre le véritable coût, ni même toute la souffrance qu’elle peut occasionner. Une travail de fond efficace sur l’influence des médias, des communications qui circulent et la vision que peut avoir une personne, loin de tout, sur des sujets qui ont de mal à véritablement le toucher, à le concerner. Une critique aussi acerbe sur ce milieu, assez jet-set, où tout est surveillé, contrôle, vérifié et diffusé, où les mots « vie privée » et « solitude » sont bannis et où il faut savoir jongler avec les déclarations.

L’auteur n’oublie pas pour autant de nous offrir quelques petits coups d’éclats qui font que la tension monte lentement au fil des pages. Entre surprises, manipulations, trahisons et escarmouches, rien ne va se révéler simple pour notre héros, un peu perdu ; lui qui n’a toujours connu que les strass et les paillettes, va découvrir que la vie n’est pas comme à l’écran. Surtout que l’auteur nous en apprend plus sur le conflit entre les pirates, les humains et les striviirc-na, l’auteur continuant à développer son univers au fil des tomes. Certes l’ensemble reste assez classique, pour un roman de space-opera, mais ne manque pas d’être solide et surtout intéressant. Cette lutte perpétuelle qui est plus poussée par un profit ou un besoin, que par une véritable envie de défense ou de conquête ne manque pas d’intérêt. Pareil concernant les aspects technologiques qui ne manquent pas d’attraits avec toujours aussi cette légère touche de cyberpunk. Par contre je reste toujours bloqué devant les contractions de mots qu’invente l’auteur pour parler du futur ; on ne parle plus de cigarettes mais de cigrettes, les médias deviennent les mêêdia, chois linguistique pour montrer l’évolution d’une langue, mais qui me laisse perplexe.

Et pourtant malgré les qualités que possède ce roman, je trouve finalement qu’il s’agit du moins bon des trois. La faute premièrement à cet éloignement de la guerre, certes l’action reste un minimum présent, mais tous l’aspect bataille reste loin et, qui plus est, tout l’aspect géopolitique reste un long moment en surface la faute au héros principal. Car en effet le deuxième point qui a eu du mal à me convaincre c’est Ryan, gosse de riche dans toute sa splendeur, d’une vacuité abyssale dans le premier tiers du roman, certes justifié par ce qu’il a vécu qui le rend amorphe, mais il passe toute de même une grande partie du récit à se regarder le nombril, ce qui fait qu’on a du mal dans le récit à quitter la bulle qu’est la sienne. D’ailleurs je ne peux pas enlever cette performance à l’auteur d’avoir poussé ce personnage dans ses pires limite tout en le rendant cohérent et humain, sauf que j’ai eu du mal à ne pas avoir envie de le secouer et de le baffer, de lui dire d’arrêter de se prendre pour le centre du monde.

Surtout que les personnages qui gravitent autour de lui, eux, ne manquent pas de nous intéresser. On y retrouve des héros déjà croisés dans les deux autres tomes, que ce soit Yuri, Cairo Jos et d’autres encore, on en découvre ainsi plus sur eux et sur certaines de leurs parts d’ombres. De nouveaux personnages viennent aussi apparaître au fil des pages, certains qui apportent un vrai plus, principalement dans les aspects politiques, ou de société et d’autres, c’est vrai, qui tombent un peu dans la caricature, même si rien de très gênant non plus. D’où ma frustration aussi de ne pas voir notre héros approfondir parfois certaines connaissances, certains développements, préférant pleurer sur son sort. Heureusement une fois le premier tiers ça se calme un peu, il va apprendre, évoluer pour offrir ainsi un final qui se révèle efficace, même si je l’ai trouvé un peu court avec parfois un ou deux passages un peu simple.

La plume de l’auteur se révèle toujours aussi entraînante, efficace et surtout toujours aussi humaine, arrivant à nous offrir des personnages, qu’on les aime ou pas, juste, denses et cohérents. Elle continue aussi à traiter, à travers ces différents textes, d’un sujet qui a son importance que sont les enfants et adolescents en plein milieu d’un conflit. La place des plus jeunes qui se retrouvent dans des guerres qu’ils n’ont pas choisi. Alors certes ce tome m’a un moins accroché que les deux autres que j’ai lu, par un côté bancal, mais il se révèle tout de même sympathique et apporte aussi des éclaircissements. En tout cas si jamais l’auteur décide de revenir dans l’univers, ou de proposer une nouvelle histoire tout simplement je la lirai avec plaisir.

En Résumé : J’ai passé un sympathique moment de lecture avec ce nouveau tome qui nous plonge de nouveau avec intérêt et plaisir dans cet univers solide et efficace de space-opera , avec ses conflits et ses batailles. On découvre ici Ryan Azarcon, enfant célèbre pour qui la guerre n’est qu’une information lointaine et qu’il ne la vit que par les médias. Cela amène un certain nombre de réflexions intéressantes que ce soit sur l’influence des médias, ou l’assimilation qu’on se fait des actualités. Pourtant l’ensemble est loin d’être parfait, la faute principalement au côté égoïste et bourgeois du héros qui ne pense qu’à lui et a pour effet de brouiller une partie des informations qui gravite autour de lui, principalement dans le premier tiers du roman. Dommage, car les personnages secondaires ne manquent pas d’attraits et certaines zones d’ombres se dévoilent. La plume de l’auteur est vraiment fluide, efficace, entrainante et humaine, nous offrant une réflexion efficace sur la position des plus jeunes en plein milieu d’une guerre. Finalement un tome un peu moins bon que les deux autres que j’ai lu, mais qui ne manque pas de se révéler sympathique, je lirai sans soucis d’autres textes de l’auteur.

 

Ma Note : 7/10

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