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Interférences – Yoss

interferencesRésumé : Deux voisins bien différents : un grand pays, un petit pays. L’un est démocratique et développé. L’autre est gouverné par un Dictateur affable…
Trois événements incongrus viennent bousculer les relations déjà tendues de ces deux voisins-ennemis : une curieuseinterférence perturbant les émissions télévisées, un rayon étrange aux effets inattendus, et des cheminées s’élevant rageusement vers les cieux.
Le propos, jamais ouvertement politique, dessine un portrait au vitriol de la société cubaine. C’est truculent, hilarant, divertissant. Entre ce petit pays et son grand voisin, tout est prétexte à des interférences !

Edition : Rivière Blanche
Poche : Hélios

 

Mon Avis : J’ai découvert Yoss il y a quelques années lors de son passage aux Imaginales où il était venu présenter son recueil de nouvelles, Planète à Louer, qui a l’époque avait fini entre mes mains avec et qui m’avait offert un bon moment de lecture avec des textes marquants, efficaces et clairement engagés (retrouvez ma chronique ici). C’est donc sans surprises que lors de son passage aux Imaginales 2014 je suis reparti avec cet autre recueil de nouvelles qui profitait de cette occasion pour s’offrir sortie en format poche. À noter aussi la couverture que je trouve vraiment intrigante par son jeu d’images et de couleur. Ce livre comporte trois textes qui forment un « roman-novelliste », une interview de l’auteur menée par Sylvie Miller sa traductrice ainsi que deux textes bonus.

Ce qui m’avait marqué dans le précédent recueil que j’avais lu de Yoss c’était justement sa capacité à construire des textes qui se révélaient intelligents tout en y ajoutant une dose de Science-Fiction, d’intelligence et offrant un ensemble qui se révèle rythmé et engagé. On retrouve nettement cette tendance avec Interférences qui nous propose alors trois textes, liés entre eux, et traitant de  deux pays voisins, un grand pays qui se veut démocratique et un petit pays totalitaire, mais dirigé par un dictateur qui se veut guide de son peuple (toutes ressemblances avec les USA et Cuba n’est pas fortuite je vous rassure). Une fois le cadre posé l’auteur se met alors à nous décrire de façon passionnante la réaction de ces deux pays devant des phénomènes, souvent inexpliqués, qui vont profondément les bouleverser et surtout les révéler. On se retrouve alors avec une critique acerbe, souvent pleine d’ironie, de deux nations aux visions totalement opposés et qui, officiellement, ne peuvent pas s’entendre et font tout pour se pourri l’un l’autre.

Que ce soit dans le premier récit Les Interférences, où une télévision, dans le petit pays, se met à annoncer le futur où l’auteur se met alors, en plus de construire son univers barré et pourtant si réaliste, à traiter de la façon dont une dictature pourrait se servir d’une telle technologie pour asseoir sa légitimité et supériorité grâce, par exemple, à la revente d’informations connues à l’avance. Plus on avance plus le sujet devient grave et pourtant totalement délirant, arrivant à osciller avec les deux notions sans jamais tomber dans l’excès. On rigole tout en se posant des questions sur ce petit pays si fermé et contrôlé qui cherche une reconnaissance. Le second texte, Les Pièces, lui, nous propose de voir comment vont réagir le grand pays et le petit pays face à, ce qui parait être, un virus ou une invasion alien incontrôlée transformant une partie de la population en « objets ». De nouveau l’auteur pousse son sujet à son paroxysme et toujours dans l’humour noir, nous démontrant que le grand pays face à sa taille et son aspect démocratique plonge plus facilement dans l’angoisse de masse, le repli et la peur là où le petit pays lui risque de mieux s’en sortir tant il contrôle et censure son peuple. Il offre aussi par la même occasion une belle critique des armes à feux et des soins pour finir dans une conclusion totalement mystique et extravagante. La dernière nouvelle, Les Cheminées, va pousser la folie et l’incongru à son paroxysme en dévoilant une guerre d’égo, une compétition entre le grand pays et le petit pays pour savoir qui aura la plus grande cheminée du monde, soutenu par un peuple qui ne cherche qu’à voir qui est le meilleur sans chercher à comprendre les conséquences et qui aboutit à une conclusion absurde et pourtant tellement marquante. Ce texte offre aussi une critique assez efficace sur ce qui se passe depuis quelques années au niveau des gratte-ciel.

Au final ces trois textes se révèlent savoureux que ce soit dans la dérision efficace qu’il propose au fil des pages, mais aussi dans la critique acerbe, et pourtant si réaliste, qui est à peine voilée que ce soit aussi bien au niveau de Cuba (le petit pays) qu’au niveau des USA (le grand pays) qui est loin, lui aussi, d’être parfait. Surtout on sent bien que l’auteur aime son pays, que malgré ses nombreux points critiquables et ses défauts il est loin d’être l’enfer, que ce soit par la vision de la population qui nous est présenté, ou encore par cet accent de nostalgie que j’ai trouvé qui se dégageait des différents textes. Trois nouvelles intelligentes, traitées avec finesse, fantaisie et que j’ai lu avec grand plaisir. Si l’auteur veut revenir dans cet univers c’est avec plaisir que je me laisserai tenter.

Concernant le reste des livres la suite nous propose une interview de l’auteur qui nous permet d’en apprendre plus sur lui, que ce soit dans ses influences comme dans sa façon, ainsi que celle de Cuba, de voir la SF, mais aussi sur la perception de ses textes dans son pays (Interférences n’étant pas publié à Cuba). Un échange entre Yoss et Sylvie Miller qui se révèle vraiment intéressant à découvrir. Vient ensuite deux nouvelles bonus, la première Ils Étaient Venus permettant à l’auteur de revisiter le principe du premier contact, toujours avec un certain humour, mais qui m’a paru un peu long et plutôt anecdotique dans ce livre. La seconde Seppuku nous propose un texte à l’ambiance asiatique, et plus précisément sur les samouraïs, dont je reconnais les attraits stylistiques, on sent que l’auteur à travailler sa plume, mais qui m’a paru légèrement brouillonne et surtout dénote totalement avec le reste des écrits du livre. Au final un petit livre qui m’a offert une bonne lecture et me donne envie d’en apprendre encore plus sur les autres textes de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce petit livre qui nous propose trois nouvelles imbriqués les une dans les autres et proposant une critique acerbe, efficace et pleine d’humour sur la situation entre un petit pays et un grand pays qui n’est pas sans rappelé Cuba et les USA. Rien que pour ces trois nouvelles ce texte mérite d’être découvert où se dévoile un petit pays loin de la dictature et la tyrannie qu’on connait et où le grands pays et loin d’être le paradis. On sent d’ailleurs une certaine nostalgie et un certain amour de l’auteur pour sa nation malgré ses innombrables défauts. Le recueil nous fait aussi découvrir une interview de Yoss menée par Sylvie Miller et qui se révèle vraiment intéressante ainsi que deux nouvelles considérées comme « bonus » qui se révèlent sympa mais un cran en-dessous des trois premiers récits. Au final un recueil qui mérite d’être découvert et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

Pixel Noir – Jeanne-A Debats

pixel noirRésumé : Pixel est un adolescent solitaire et un crack en informatique. Après un grave accident, son esprit est plongé dans un Virtuel de Repos tandis que son corps est aux mains des médecins. Ce Virtuel est censé prendre la forme d’un campus universitaire dans lequel évoluent les avatars des malades, mais à son arrivée, Pixel découvre un monde sans adultes, sous la coupe d’un ado avide de pouvoir. Et ce n’est pas tout : l’environnement se détraque, il neige en plein été, les journées s’allongent démesurément… Le Virtuel de Repos est en proie à un bug qui risque d’entraîner leur vraie mort à tous.

Edition : Syros

 

Mon Avis : De l’auteur j’ai lu énormément de textes, qu’il s’agisse de romans ou de nouvelles, et j’avoue ne jamais, pour le moment, avoir été déçu, Jeanne-A Debats proposant toujours des récits captivants, entrainants et réfléchis. Pourtant je dois bien avouer que je n’avais encore jamais lu de ses écrits jeunesses, principalement dû au fait que, finalement, je me rends bien compte que j’en lis très peu. J’ai donc décidé de changer cela et je me suis rapidement laissé tenter par ce Pixel Noir, au résumé intrigant et à l’illustration de couverture accrocheuse.

Ce livre nous fait découvrir Pixel, jeune adolescent, génie en informatique et solitaire, fils de parents divorcés, rebelle s’étant fait renvoyer de plusieurs écoles, qui suite à un grave accident va être envoyé dans un virtuel de repos pour lui permettre de continuer à vivre et étudier le temps qu’il se fasse soigner, évitant aussi ainsi la douleur et les complications. Mais voilà, à son arrivée il va très vite se rendre compte que rien ne se passe comme prévu, le virtuel connait un bug et tous les occupants survivent comme ils peuvent. L’auteur cite rapidement dans le texte Sa Majesté des Mouches et ce n’est pas anodin, car elle nous fait découvrir, à travers les yeux de Pixel, une société gérée par un adolescent dictateur, qui règne sur son petit monde par la peur, la manipulation et la souffrance. Elle nous rappelle ainsi clairement que; sans ordre ni morale l’humanité se tourne souvent vers ce qu’il considère comme la survie la plus primaire, sans se soucier des règles qui ont pu exister, oubliant le vernis de civilisation qui la constitue, et peut-être même plus facilement chez un adolescent qui est encore en construction. Seule la jeune Solfé représente une certaine ancre de logique et de cohérence, mais surtout un espoir.

Là-dessus l’auteur construit une intrigue qui se révèle, certes, assez classique et légèrement linéaire, mais entrainante et menée tambour battant, mettant en scène la fuite en avant des héros qui se rendent rapidement compte que ce bug se révèle beaucoup plus problématique et dangereux que prévu. Dès les premières pages l’auteur nous happe, parfois brusquement comme par exemple avec ce premier chapitre proposant un dialogue limite perturbant entre Pixel et sa mère, mais qui vient clairement poser le personnage. On se met alors à tourner les pages avec l’envie d’en apprendre plus,  entrainé par les différentes aventures et rebondissements que vont rencontrer nos héros. L’univers futuriste (2119) construit par l’auteur se révèle assez simple, solide et surtout réussi tout en restant assez contemporain pour ne pas perdre le lecteur. L’aspect technologique et informatique est franchement captivant et surtout on sent qu’elle s’est renseignée un minimum évitant de tomber, comme dans certains livres, dans les facilités liées à la programmation informatique, tout en restant compréhensible même pour le plus néophyte des lecteurs.

Là où le roman gagne énormément en efficacité, selon moi, c’est dans les axes de réflexion qu’il propose au fil des pages. Il va beaucoup plus loin qu’un simple divertissement, cherchant à faire réfléchir le lectorat, aussi bien jeune que moins jeune, sur des sujets importants et souvent d’actualité. Outre les aspects classiques qu’on retrouve régulièrement comme la découverte de l’amitié, de l’amour ou encore la quête initiatique, on trouve aussi d’autres sujets comme la sexualité dans son ensemble, la capacité de se positionner dans la société, l’image de soi et celle que les autres ont de nous, l’acharnement thérapeutique, la mort, le pouvoir ou encore le suicide principalement chez les jeunes. L’auteur traite aussi, mais plus en périphérie et de façon parfois juste esquissée, du principe de la famille, qui est de plus en plus compliqué entre divorce et recomposition, ou encore de l’économie de marché entre brevet et licence libre. La grande force du roman est surtout d’arriver à faire germer ces idées de façon simple, astucieuse mais pourtant réussie et percutante tout en restant subtile pour ne jamais surcharger l’ensemble. C’est intelligent, habile et cela pousse le lecteur à réfléchir sur la société tout en restant entrainant et fluide.

Concernant les personnages, ils se révèlent clairement réussis, curieux et attachants, on se reconnait d’ailleurs assez facilement, en partie, dans chacun de ces adolescents qui n’ont pas obligatoirement une vie facile et se retrouvent pourtant à devoir avancer, faire des choix, au milieu d’une population hétéroclite qui ne les comprend pas toujours. Entre Pixel, enfant de parents divorcés, aimé mais qui apprend qu’il était non désiré, qui se révèle intelligent, solitaire et ouvert, Sam qui a du mal à être accepté pour ce qu’il est, qui manque de confiance en lui ou encore Solfé qui se révèle très mystérieuse, chaque protagoniste se révèle travaillé et soigné. Même Damon, le Tyran de cet univers, est loin de tomber dans la caricature. Ce sont des héros humains qui possèdent des sentiments, des émotions des forces et des faiblesses.

Après, cela reste aussi un roman jeunesse, ce que je veux dire par là n’a rien non plus de péjoratif, mais on y retrouve une certaine facilitée dans l’évolution de l’intrigue, voir des réponses obtenues parfois un peu trop rapidement. Dans l’ensemble, mis à part peut-être une facilité vers la fin, ces reproches sont rapidement balayés tant ce livre se révèle captivant et passionnant. La conclusion que nous propose l’auteur m’a touché, je ne dirai rien pour vous laisser la découvrir, mais je l’ai trouvé émouvante, bouleversante, une fin loin de tout happy-end et qui ne m’a pas laissé indifférent.

La plume de l’auteur se révèle toujours aussi soignée et entrainante au fil de la lecture, offrant ainsi un roman efficace avec son lot d’aventures et de péripéties tout en faisant réfléchir le lecteur qu’il soit jeune ou moins jeune. Je suis finalement bien content de m’être laissé tenter par ce roman et je vais, pourquoi pas, faire rentrer dans ma PAL d’autres romans jeunesse de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman jeunesse qui, au départ, n’est pas sans rappeler Sa Majesté des Mouches, qui est justement cité, avec un monde où des adolescent sont livrés à eux-mêmes, survivant sous la poigne d’un tyran. L’intrigue que construit alors l’auteur se révèle, certes classique et linéaire, mais terriblement efficace et entrainante, le tout dans un univers solide, soigné et cohérent qui donne envie d’en apprendre plus. La grande force du récit vient des axes de réflexion que l’auteur met en place tout le long du récit, offrant ainsi plus qu’un simple divertissement, un récit intelligent qui pousse à réfléchir et parfois à reconsidérer certaines choses. Les personnages sont travaillés, complexes et surtout attachants, on se reconnait facilement dans chacun d’eux. Je reprocherai juste, peut-être, quelques facilités à l’histoire, mais au final rien de dérangeant tant le tout est oublié devant la qualité du texte. La plume de l’auteur se révèle soignée, entrainante et je risque de me laisser facilement tenter par d’autres de ses récits jeunesse.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Cornwall, nymeria, etc…

Les Perséides – Robert Charles Wilson

les perseidesRésumé : C’est l’histoire de deux géographies intriquées : celle des ruelles nocturnes de Toronto et celle de l’étrange librairie Finders, deux géographies qui ne sont pas ce qu’elles semblent être car non, décidément, la carte n’est pas le territoire… C’est l’histoire des abîmes vertigineux de l’espace et du temps et de ce qu’ils abritent, de l’étrange et de l’occulte, là, au coin de la rue, au détour d’un rayonnage de bibliothèque ou sur une case d’échiquier… C’est l’histoire de ce qui ne peut être vu et que l’on voit quand même, de ce qui ne peut être dit et qu’il nous faut dire, malgré tout… C’est l’histoire des Perseides, neuf récits se répondant les uns les autres pour tisser l’ébauche d’un paysage indicible, un livre à l’ombre des grands maîtres tutélaires de l’œuvre wilsonienne : Jorge Luis Borges, Howard Phillips Lovecraft et Clifford D. Simak en tête. Peut-être le livre le plus personnel de Robert Charles Wilson.

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : De Robert Charles Wilson je me suis finalement rendu compte que je n’avais quasiment lu que des romans et très peu de nouvelles. En fait la seule nouvelle que j’ai lu de lui c’est, L’Observatrice, publié initialement dans l’anthologie Utopiales 2012 et qu’on retrouve d’ailleurs aussi dans ce livre. Donc quand a été annoncé ce recueil de nouvelles de l’auteur, j’avoue que je n’ai pas mis longtemps à me laisser tenter. Puis, il faut bien avouer que la couverture, illustrée par Manchu, se révèle très jolie et possède quelque chose de poétique qui donne envie de le lire je trouve. À noter que ce recueil contient neuf nouvelles.

Les Champs d’Abraham : Cette nouvelle nous plonge dans le quotidien de Jacob, en 1911, jeune juif intelligent qui gagne sa vie de petits boulots et doit élever sa sœur qui souffre de troubles mentaux. Son seul moment de détente et quand il rejoint la librairie Finders pour jouer aux échecs avec son patron, Oscar Ziedler. Une nouvelle qui pose une ambiance que j’ai trouvé intéressante, se révélant étrange et de plus en plus dérangeante au fil des pages avec l’ambiguïté qui transparait doucement de cette librairie et principalement de son propriétaire Oscar Ziedler. Je trouve par contre légèrement dommage que le reste ne suit pas toujours, que ce soit dans l’univers qui essaie de dévoiler la pauvreté de l’époque, mais restant toujours en surface, ou bien encore dans les choix qui m’ont paru mal amené, trop rapides et dont certaines explications m’ont paru manquer. Dommage car le personnage principal de Jacob se révèle attachant, devant faire face à des choix et des décisions pas toujours faciles  à prendre, principalement vis-à-vis de sa sœur. Une nouvelle au final juste sympathique à l’ambiance sombre et la conclusion surprenante, mais dont certains aspects manquent de consistance.

Les Perséides : Une nouvelle plus contemporaine qui nous fait découvrir Thomas, amateur d’astronomie, qui suite à un divorce se retrouve à changer de vie, va trouver un petit boulot dans une librairie et va alors rencontrer Robin. Un texte que j’ai trouvé efficace, principalement grâce, de nouveau, à son ambiance qui plonge lentement le lecteur au fil des pages d’une situation banale vers quelque chose de plus dérangeant, horrible et troublant. On se retrouve entrainé par ses personnages humains et légèrement paumés qui vont peu à peu se retrouver embarquer dans un groupe et qui nous rappelle que le ciel est finalement bien plus que ce qu’on peut croire, qu’il peut s’y cacher de nombreuses choses. Le parallèle avec l’aspect des sectes est aussi présent et l’auteur y ajoute une petite dose de chamanisme qui apporte une touche supplémentaire, je trouve, de mystère. J’en dévoile pas trop pour ne pas trop spoiler mais j’ai bien aimé ce récit à la conclusion surprenante et déroutante.

La Ville dans la Ville : Cette nouvelle nous présente un groupe de personnes érudites qui se retrouvent régulièrement pour discuter se lancer différents challenges. Un jour un des participants les plus discret va proposer de développer une nouvelle religion et la meilleure serait déclarée gagnante. Le grand intérêt de cette nouvelle vient principalement de la ville de Toronto qui devient ici clairement le centre de l’histoire. Elle en est le pivot et se révèle tout à fait fascinante à découvrir, possédant ses zones d’ombres et de mystères où se mélangent mythes, imaginations et réalité. Au fil des pérégrinations du héros on va se rendre compte aussi que quelque-chose s’y cache, quelque chose de plus profond. Une histoire efficace où l’auteur s’amuse à manipuler le lecteur jusqu’à cette conclusion trouble, percutante, pleine de rebondissements et passionnante.

L’Observatrice : Comme je l’ai dit j’ai déjà lu cette nouvelle dans l’anthologie des Utopiales 2012. Vous pouvez retrouver ma chronique ici. Cette deuxième lecture ne lui a rien enlevé de son charme avec cette rencontre captivante entre une jeune fille et Edwin Hubble qui traite de façon humaine, à travers l’idée de l’enlèvement par des extra-terrestres, de la différence et de la solitude.

Protocoles d’Usage : Cette nouvelle fait, selon moi, partie des meilleurs du recueil elle nous fait découvrir un personnage bipolaire sous traitement au Lithium et qui se retrouve à suivre une thérapie de groupe. L’auteur nous plonge alors dans une histoire déroutante, ambigu et offrant alors un lien bien trouvé avec les phéromones qui permettent aux insectes de communiquer. La tension est parfaitement bien gérée par l’auteur, montant lentement au fil des pages pour véritablement happer le lecteur et lui donner envie d’en savoir plus. Les personnages se révèlent humains avec leurs problèmes à gérer. Un texte intelligent et réussi qui traite aussi de la médication, de la façon dont on plonge de plus en plus facilement dedans, pas toujours à bon escient y cherchant parfois plus un bien-être chimique qu’une véritable solution.

Ulysse voit la lune par la fenêtre de sa chambre : Cette courte nouvelle, j’avoue, je ressors plutôt mitigé de ma lecture. L’auteur cherche ici à développer un texte à chute, traitant d’une conscience supérieure dont on ne serait rien car on ne pourrait pas la voir ni la reconnaitre comme tel. Elle nous fait alors découvrir un couple qui bat de l’aile dont le mari invite un soir un de leur meilleur ami, qui a secrètement des vues sur sa femme. J’ai trouvé que l’ensemble manquait un peu de profondeur, j’ai bien senti que les idées étaient là, je vois bien le jeu de manipulation, le doute qui s’installe, mais il m’a paru manquait quelque-chose. L’ensemble aurait peut-être mérité d’être un peu plus long.

Le Miroir de Platon : Cette nouvelle nous fait découvrir un écrivain a succès, coureur de jupons qui va alors voir sa vie bouleverser le jour où une jeune admiratrice vient lui offrir en cadeau un miroir. Une histoire à la construction assez classique avec cette idée de « monstres » dans le miroir qui, même si elle ne révolutionne pas le genre, se révèle pertinente, efficace et plutôt réussie. L’aspect ambigu du personnage principal narcissique, égoïste et qui pourtant parait cacher quelque-chose de plus profond apporte aussi un plus, je trouve à l’ensemble le tout dans une ambiance très fêtarde voir hippie avec mélange d’alcool et de drogue qui plonge peu à peu dans l’étrange et l’angoissant. Au final un texte agréable et qui se lit bien avec une conclusion efficace.

Divisé par l’Infini : Cette nouvelle nous présente un homme qui a du mal à se remettre de la mort de sa femme, devenu limite suicidaire et dont la vie va basculer après sa visite à la librairie Finders ou a travaillé sa femme durant des années. Il va en repartir avec des livres de SF d’anciens auteurs connus, mais qui n’ont jamais été écrit. Cette nouvelle se repose clairement sur les plausibilités des univers parallèles et monte clairement en tension au fil des pages. L’auteur tire au fil des pages le fil de son imagination pour nous offrir un récit qui se révèle de plus en plus éblouissant, débridé, SF et aux multiples chemins, ce qui peut soit fasciné, soit rebuté. J’avoue, de mon côté, avoir été accroché par les différentes possibilités présentées, l’univers ainsi que par la conclusion ouverte qui nous est proposé. L’aspect humain du héros, sa souffrance joue aussi énormément. Un texte efficace et réussi.

Bébé Perle : Cette nouvelle nous fait découvrir Deirdre, personnage qu’on retrouve dans différentes autres textes du recueil et qui est vendeuse à la libraire Finders. L’auteur cherche alors à construire ici une nouvelle qui penche beaucoup plus vers le côté angoissant et horreur que les précédentes, se rapprochant même légèrement de Lovecraft. L’ambiance ne manque pas de se révéler prenante et les idées sont présentes, mais voilà je n’ai jamais réussi complètement à m’accrocher à ce texte. Le personnage principal se révèle plutôt intéressant mais les personnages secondaire ne donnent l’impression de servir à rien, le rythme m’a paru trop haché avec un début trop lent et une fin trop rapide, ou bien encore certains aspects et certaines scènes m’ont paru manquer d’intérêt. L’auteur annonce clairement dans la Postface qu’il a écrit ce texte en 10 minutes, c’est peut-être là que ça bloque, car pour moi ce texte aurai mérité d’être plus travaillé. Dommage

 

Ce recueil, finalement, nous fait découvrir Robert Charles Wilson dans un registre un peu différent de ce que je connaissais de lui à travers mes différentes lectures, proposant toujours de la SF mais cherchant plus le côté troublant, angoissant, dérangeant et je dois bien avouer qu’il s’en sort plutôt bien. Alors certes tous les textes ne sont pas au même niveau, certains m’ayant même laissé perplexe, mais dans l’ensemble il propose des récits que j’ai trouvé efficaces, qui savent jouer avec la tension et le merveilleux et dont j’ai même parfois été surpris. On sent bien que l’auteur possède une imagination débordante, nous faisant aussi découvrir la ville de Toronto sous un regard assez magique. Au final ce recueil m’a offert une lecture très agréable.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce recueil de nouvelles qui nous permet de découvrir Robert Charles Wilson dans un genre différent, cherchant plus à développer des textes étranges et déroutants. Alors bien entendu tous les textes ne sont pas au même niveau, un ou deux ayant même eu du mal à me convaincre, mais dans l’ensemble ils se révèlent tout de même efficace et nous font découvrir la ville de Toronto sous un autre jour, pleine de magies et de mystères. Les personnages se révèlent toujours aussi humains et attachants. En tout cas j’ai maintenant envie d’en apprendre encore plus sur cette librairie Finders.

 

Ma Note : 7/10

Anti-Glace – Stephen Baxter

anti-glaceRésumé : L’anti-glace est une matière au potentiel hautement énergétique. Inerte à basse température, elle atteint son rendement optimal sous l’effet de la chaleur. Depuis sa découverte par une expédition anglaise dans les neiges du pôle Sud, elle a donné à la Couronne britannique le leadership mondial en cette seconde moitié du XIXe siècle. Un leadership qui ne fait qu’exacerber les tensions entre le Royaume-Uni, la France et la Prusse…
Jeune diplomate en mal d’aventures, Ned Vicars est à Ostende dans le but de contempler l’avènement d’une de ces merveilles scientifiques qu’autorise l’anti-glace. Mais il se retrouve bientôt bloqué, lui et une poignée d’autres infortunés, à bord du Phaeton, engin prodigieux qui quitte l’atmosphère terrestre en direction de la Lune. L’équipée fantastique commence…

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : De Stephen Baxter je ne me suis, pour le moment, contenté de lire qu’une partie du cycle de Xeelees qui m’a offert un bon moment de lecture, Space-Opera efficace et soigné d’un point de vue scientifique. Les derniers tomes m’attendent d’ailleurs dans ma PAL. D’autres romans de l’auteur m’attendent aussi et, j’avoue, j’ai rapidement flashé et fait sortir de ma bibliothèque cet Anti-Glace, publié il y a peu chez Le Bélial’ et qui me donnait fortement envie par son résumé très Steampunk et surtout par sa couverture illustrée par Manchu & Philippe Gady, que je trouve sublime. Il est à noter que ce roman a été initialement publié en VO en 1993.

J’avais hâte de voir ce que pouvait bien proposer l’auteur, cette histoire se révélant différent du peu que j’ai lu pour le moment de lui, cherchant plus à nous offrir un récit hommage à des auteurs comme Jules Verne ou H.G. Wells et où le Steampunk prédomine. Pourtant, une fois la dernière page tournée je dois bien avouer que je me suis bien amusé avec ce livre, mais qu’un sentiment d’insatisfaction persiste sur certains points que j’ai trouvé traité de façon un peu trop légères pour moi. Je m’explique. Concernant l’intrigue en elle-même se révèle plutôt plaisante, fun et se laisse lire assez facilement bien porté par les différentes aventures et péripéties que vont rencontrer nos héros même s’il faut bien l’avouer l’ensemble parait un peu irréel tant les différents passages manquent parfois de cohérence et surtout de réalisme. On a plus l’impression par moment que l’auteur a clairement voulu s’amuser avec ce récit, que construire une histoire cohérente et logique ce qui est, j’ai trouvé par moment, légèrement perturbant. J’ai trouvé aussi que le rythme, même s’il n’est pas ennuyeux, se révélait très haché. On se retrouve par certains passages clairement emporté par les rebondissements qui apparaissent, mais l’ensemble est contrebalancé par des passages, principalement des dialogues, beaucoup trop verbeux qui m’ont paru parfois traîner en longueur.

L’univers Stempunk qui est développé au fil des pages se révèle par contre intéressant et fascinant avec la découverte de cette anti-glace la fin du 19ème siècle qui alors, d’un point de vue technologique, se retrouve complètement bouleverser. Le monde découvre de nouvelles inventions avec la possibilité de se déplacer sur un monorail même à travers la mer, ou encore ce Prince Albert fascinant et gigantesque paquebot terrestre, image décadente d’une nation sans aucune limite, mais aussi encore par des inventions plus sombres et plus destructrices. L’ensemble donne franchement envie d’en découvrir plus. Ce mélange de cuivre, de tuyauteries et de vapeur arrive toujours autant à me passionner, l’auteur arrivant ici à le rendre réaliste et intéressant et surtout bien poser par des aspects et des théories scientifiques qu’il rend toujours aussi accessible, même si parfois un peu longuet. Une couche d’humour et d’ironie, parfois caricatural, vient également teinter cette histoire, on le sent bien autant dans les personnages que dans les différentes nations, leurs visions et leurs différences ce qui ajoute une touche divertissante et ne manque pas de faire sourire.

Ce livre n’est pas non plus qu’un simple récit d’aventure dans un monde revisité Steampunk, c’est aussi une uchronie ; l’Angleterre avec l’Anti-Glace ayant découvert aussi une arme de destruction massive qui vient la positionner en nouvelle nation forte du monde. Le parallèle avec les Etats-Unis suite à la seconde guerre mondiale et clairement établi. L’auteur cherche alors à faire réfléchir le lecteur sur l’impérialisme, la révolution, l’anarchisme, la guerre, le pouvoir et surtout sur les différences qui font que vouloir se positionner en gardien d’une paix mondiale parait utopique tant les visions des uns et des autres se révèlent différentes. Mais voilà j’ai trouvé par moment que l’ensemble était mal amené voir même parfois un peu trop caricaturale, comme si l’auteur cherchait à balancer ses axes de réflexions, mais sans les travailler ni les affiner. L’ensemble se révèle donc parfois trop bancal à mon goût. Puis arrive la conclusion et là, j’avoue, j’ai été happé par le livre, une conclusion amère au message sombre, efficace, pertinent et percutant qui ne laissera pas le lecteur indifférent. J’ai donc eu, avec ce roman, l’impression d’une histoire coupée en deux, une première partie où l’auteur s’amuse, et amuse le lecteur, à travers son hommage, sans chercher la logique, ce qui déroute, et une fin de récit beaucoup plus réussi et entrainante offrant des images fortes, réfléchies et poignantes.

Concernant les personnages je ressors aussi avec un avis un peu mitigé, j’ai trouvé les protagonistes secondaires convaincants et vivants, arrivant à faire avancer l’histoire et à apporter leurs touches au fil des pages, les rendant intéressant à découvrir. Là où j’ai bloqué c’est concernant le personnage principal, il s’agit d’un diplomate un peu simple que j’ai trouvé efficace au début, son côté un peu candide permettant d’appréhender ce monde de façon rafraichissante en le découvrant limite avec des yeux nouveaux, mais très vite l’auteur en abuse. De crédule son personnage devient beaucoup trop naïf pour finir limite tête à claques tant il donne l’impression d’être une coquille vide à qui on doit tout expliquer et apprendre. Et pourtant il arrive à ressortir quelque-chose d’attachant en lui, à travers son héroïsme forcé par les évènements et surtout les beaux yeux d’une française, il arrive même sur la fin à devenir un personnage consistant avec ses propres idées et références, mais que c’est long et parfois laborieux. Certes cela permet à l’auteur d’apporter sa touche scientifique, comme il l’a fait avec les deux premiers tomes de son cycle de Xeelees, proposant un dialogue entre une personne qui a la connaissance et une autre qui ne l’a pas, mais voilà quand la personne qui ne sait rien est toujours la même c’est frustrant voir répétitif.

La plume de l’auteur se révèle simple, entrainante et, même si je l’ai trouvé un tout petit peu moins entrainante que d’habitude, elle donne envie tout de même de tourner les pages pour découvrir la suite. Au final il faut donc bien avouer que ce roman de Stephen Baxter n’est sûrement pas son meilleur, mais il n’est pas non plus complètement mauvais pour autant. L’ensemble est clairement bancal, voir parfois irréel, j’en attendais peut-être aussi trop, mais cela ne l’empêche pas de se révéler plutôt divertissant avec des axes de réflexions plus ou moins passionnants et une conclusion qui se révèle, selon moi, réussie. Il ne me reste plus qu’à me replonger dans les autres écrits de lui qui sont dans ma PAL.

En Résumé : Je dois bien avouer que je ressors de cette lecture avec un sentiment plutôt ambigu, je me suis bien amusé avec ce livre, mais l’ensemble est loin d’être parfait. L’intrigue, qui rend hommage à des auteurs comme Verne ou Wells, se révèle pleine d’aventures et de péripéties intéressantes, mais elle m’a paru manquer par moment de logique et voit son rythme parfois plombé par certains dialogues trop verbeux et un peu long. L’univers Steampunk se révèle être très réussi, mélange de vapeur, de tuyauterie, de cuivre et d’inventions qui donnent envie d’en apprendre plus. L’uchronie, qui redéfinit le jeu des pouvoir en Europe avec l’Angleterre devenue une grande puissance grâce à cette arme qu’est l’anti-glace, offre des réflexions sur le pouvoir et la paix qui se révèlent intéressantes et parfois pertinentes, mais qui m’ont aussi paru mal amenés et lancé sans être totalement affinées. Concernant les héros de ce livre j’ai trouvé les personnages secondaires pertinents, efficaces et intéressant mais j’avoue avoir eu du mal avec le personnage principal qui malgré quelques aspects attachants se révèle beaucoup trop naïf et parfois tête à claques. Le style de l’auteur se révèle simple et entrainant. Au final ce n’est sûrement pas le meilleur livre de l’auteur, j’en attendais peut-être trop aussi, mais il se révèle divertissant.

 

Ma Note : 6,5/10

Le Jeu des Sabliers – Jean-Claude Dunyach

le jeu des sabliersRésumé : De mystérieux sabliers. Une étrange prophétie. Et des cartes de tarot, qui contiendraient peut-être la clé de l’énigme… Mais, au cœur d’un monde où le temps est parcouru de crevasses béantes, les ombres laissées par les anciens dieux rôdent toujours… Alliés de circonstance, un jongleur errant, une guerrière aussi jeune que dangereuse et un bouffon étrangement savant se voient remettre, par un singulier vieillard, une carte à leur image. Devenu leur employeur et mentor, l’homme les entraîne dans un jeu mortel où tout est trompeur. Malgré leur méfiance réciproque, exacerbée par une rivalité à fleur de mots et volontiers de lames, pourront-ils déjouer les obstacles et parvenir au bout de leur quête ?

Edition : Multivers
Poche : Folio SF

 

Mon Avis : Jean-Claude Dunyach fait partie des auteurs majeurs de la Science-Fiction française, avec énormément de textes à son actif et pourtant je dois bien avouer que, à ce jour, je n’ai lu que quelques-unes de ses nouvelles, effleurant à peine son œuvre. Il y a quelques mois j’ai donc décidé de rectifier le tir en me laissant tenter par ce roman, annoncé comme le premier de l’auteur, et ainsi découvrir plus en profondeur sa bibliographie. Il faut bien avouer aussi que la couverture, illustrée par Bruno Wagner, se révèle intrigante et donne envie d’en apprendre plus. Il est à noté que ce roman, je ne le savais pas au démarrage de ma lecture, est la réédition d’un diptyque publiés en 1987 et 1988 chez Fleuve Noir.

On se retrouve à travers ce livre à suivre le destin de Jern, un jongleur qui traverse la vie sans se soucier ni s’intéresser à rien, qui va être contacté par Olym, poète, qui a besoin de lui pour mener à bien sa quête permettant de retrouver trois sabliers bien spécifiques. L’histoire dans son ensemble reste, il faut bien l’avouer, très, voir trop, classique avec ce mélange de quête, de héros assez stéréotypés et de prophétie. On sent bien que, ce qui devait être captivant à l’époque de sa première publication, a aujourd’hui perdu de son originalité pour devenir assez courant voir même limite caricatural. Pourtant, cela n’empêche pas l’auteur d’arriver à rendre cette intrigue finalement un minimum intéressante par le fait que le roman se révèle somme toute assez court, ce qui offre ainsi à l’histoire un rythme soutenu et permet de maintenir un minimum de tension tout du long. Mais voilà l’intérêt est aussi contrebalancé par cette impression que l’auteur suit à la ligne un script pré-écrit, ce qui a la mauvaise impression de rendre l’ensemble plutôt linéaire et surtout, marquant quand même de surprise, le lecteur arrivant à deviner à l’avance la plupart du temps les coups de théâtres que le roman cherche à amener.

La force du roman finalement ne réside en fait pas dans l’intrigue, qui ne sert en définitive que de vaisseau à ce que je cherche à faire partager l’auteur, que ce soit aux travers de réflexions, comme des idées qu’il propose. En effet les nombreuses images philosophiques qu’il construit autour de cette quête se révèlent complexes, soignées et en feront réfléchir plus d’un avec, par exemple, ses nombreuses religions qui portent toutes un message plus profond qu’on peut le croire, ou encore cette lente quête initiatique qui va faire évoluer nos héros à chaque épreuve qu’ils vont rencontrer. On en trouve aussi dans ce qui transparait des héros, les différentes peurs sous-jacentes qu’ils développent au fil des pages et qu’on ressent à travers les nombreux non-dits allant de la perte de contrôle, passant par ce besoin de tenter d’avancer et de s’améliorer, mais également l’impression d’inutilité dans ce monde. Ce sont clairement les différentes possibilités de lecture de cette histoire qui ont fait que j’ai continué à tourner les pages avec l’envie d’en apprendre plus. Plus on avance plus on se rend compte que la quête est d’ailleurs viciée, qu’une vérité s’y cache plus profonde, plus intime, mais plus destructrice. Un jeu de manipulation qui aboutit à une conclusion désabusé, sur le dépassement de soi et où tout est un cycle.

Autre point qui se révèle très intéressant c’est l’univers qui est construit dans ce livre, un monde de Science-Fantasy alternant les voyages inter-galactiques, les armes futuristes avec des mondes plus archaïque, très typé Fantasy, avec leurs cultes, leurs sociétés et leurs façons d’avancer. L’ensemble se révèle réussi et ne manque pas de charme, plongeant même, plus on avance dans l’histoire, vers quelque chose qui oscille entre onirisme magique et dureté qui, j’avoue, m’a fasciné et m’a donner clairement envie d’en apprendre plus. Entre la planète chef-d’œuvre de sculpture, la religion des Lanceurs de Pierre qui croient que la pierre est sacrée, l’animal-temple qui se construit dans la chair et les os ou encore ce monastère bien étranger, le lecteur se trouve franchement intrigué par l’ensemble et devant l’imagination de l’auteur qui arrive surtout à rendre le tout cohérent et tout à fait captivant. On sent qu’il y a  derrière tout cela pas mal de densité pour développer d’autres histoires. L’utilisation du tarot apporte aussi un plus, offrant des parallèles métaphysiques qui ne manquent pas d’attraits. D’ailleurs la découpe des chapitres n’est pas anodine, chaque chapitre offrant l’explication d’une lame de tarot.

J’ai trouvé par contre que les personnages étaient l’un des gros points faibles du récit. D’une ils se révèlent caricaturaux, entre la guerrière qui résout quasiment tout par la force et qui la considère comme pièce maitresse de la vie, l’ancien manipulateur et poète qui, vieillissant, recherche la vie éternelle, Dorian qui joue la pièce du bouffon, un nain au savoir sans commune mesure ; seul Jern m’a paru sortir un peu du moule, jongleur qui possède le « mal du pays » et qui ne cherche qu’à passer à travers sa vie sans lumière. Pourtant, il y a quand même de bonnes idées comme par exemple cette idée de symbiote avec Aléna ainsi que les traditions de sa planète, ou encore la façon dont Dorian est devenu un puits de connaissance, mais l’ensemble reste finalement traité que de façon superficielle. Surtout que les héros, selon moi, doivent être moteurs de l’histoire la permettre d’avancer, en premier lieu par les péripéties qu’ils doivent affronter et ensuite à travers leurs backgrounds et leurs constructions qui doivent alors marquer le lecteur et c’est là que je les trouve trop léger. Ils manquent clairement de profondeur et de densité, on aimerait bien gratter cette couche pour savoir qui ils sont vraiment, mais cela n’arrive jamais complètement, c’est frustrant. De plus j’ai trouvé que par moment ils étaient portés par des dialogues trop répétitifs et, de plus, le triangle amoureux me parait manquer d’intérêt.

La plume de l’auteur se révèle, je trouve, soignée, fluide, plutôt efficace et entrainante. Au final je pense que si j’avais lu ce livre il y a une dizaine d’années quand je me suis remis à la lecture, ou bien durant mon adolescence je l’aurais sûrement trouvé bon, mais le lire aujourd’hui avec tout mon passif en littérature de l’imaginaire fait que l’ensemble se révèle très classique et aussi je voyais beaucoup trop de choses arriver à l’avance, l’ensemble manquait donc de surprise. Et pourtant le roman se lit de façon plutôt agréable, porté par les nombreuses réflexions intelligentes, bien posés par l’auteur, ainsi que par son univers qui donne envie d’en apprendre plus et par la plume de l’auteur. Une lecture finalement sympathique, avec ses qualités et ses défauts. En tout cas j’ai toujours envie de découvrir d’autres textes de l’auteur.

En Résumé : Je ressors finalement de ma lecture de ce roman avec un sentiment mitigé mais plutôt positif. L’intrigue se révèle très classiqu,e reprenant des aspects comme la quête initiatique, l’équipe constituée pour la résoudre ou bien encore la prophétie qui tourne autour, mais pourtant l’ensemble a réussi à me donner envie de tourner les pages, principalement par les différentes réflexions efficaces, intelligentes et bien amenées que propose l’auteur, aussi bien sur les personnages que sur les différents peuples qu’ils rencontrent, ou bien encore par l’univers dense et efficace qui se dévoile au fil des pages et donne clairement envie d’en apprendre plus. Concernant les personnages j’avoue que je les ai trouvés un peu trop stéréotypés et surtout manquant cruellement de profondeurs malgré quelques bonnes idées, ce qui fait qu’on a parfois du mal à s’attacher complètement à eux. La plume de l’auteur se révèle fluide, efficace, soignée et plutôt entrainante. Au final un roman intelligent qui, sur la forme, a du mal à se sortir de son aspect très conventionnel, mais cela reste plutôt agréable à lire et en tout cas m’a donné envie de découvrir les autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 6,5/10

 

Autres avis : Rhi-Peann, …

Stark et les Rois des Etoiles – Leigh Brackett & Ray Bradbury & Edmond Hamilton

stark et les rois des etoilesRésumé : « Enfin, les vaisseaux promis arrivèrent.
Stark les contempla sur les écrans lorsqu’ils jaillirent du néant. Shorr Kan les lui détaillait. Les escadrons du royaume de Fomalhaut, blasonnés d’un soleil blanc à la proue. Les nefs de Rigel, de Déneb, d’Algol, d’Altaïr, d’Antarès, de Véga. Les flottes des lointains royaumes de la Lyre, du Cygne, de Cassiopée, du Lièvre, du Corbeau, d’Orion. Les navires des barons d’Hercule, à l’enseigne de l’amas doré. Et ainsi de suite, et ainsi de suite, jusqu’à ce que les oreilles du Terrien résonnent de noms d’étoile et qu’un vertige le saisisse devant l’ampleur de ce rassemblement.
En dernier, ce furent les vastes ombres mouvantes de la guerre interstellaire, les gigantesques croiseurs de l’Empire, et les flottes entières des Rois des étoiles, venues se masser devant le Voile de Dendrid, au point de poudroyer l’espace. »

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : Leigh Brackett fait partie de ses auteurs qui ont marqué à leur époque la science-fiction ainsi que l’imaginaire en général et dont je dois bien avouer je n’ai encore lu aucun textes. Elle est principalement connue pour avoir créée le héros Eric John Stark, personnage charismatique qu’on retrouve d’ailleurs dans la majorité des textes de ce recueil et que j’avais énormément envie de découvrir. Mais voilà, j’aurais pu me laisser plutôt tenter par Le Grand Livre de Mars, plutôt que par celui-ci, mais j’avoue je n’ai pas trop réfléchi et j’ai été rapidement conquis par la magnifique couverture d’Elian Black’mor. Je pense d’ailleurs que même si je n’avais jamais entendu parler du héros, j’aurai craqué pour la couverture. Ce recueil comporte six textes accompagnés de six illustrations de Philippe Caza ainsi qu’un avant-propos de Pierre-Paul Durastanti et une préface de Edmond Hamilton, mari de l’auteur.

Lorelei de la Brume Rouge de Leigh Brackett & Ray Bradbury : Cette nouvelle, la préface nous informe qu’elle possède une histoire un peu particulière, il s’agissait d’une commande de l’auteur mais comme elle était trop occupée par son travail sur un scénario de film elle a donc demandé à Ray Bradbury de terminer le texte. La première moitié est donc écrite par Leigh Brackett et la seconde par Ray Bradbury. Ce texte est aussi un peu à part dans ce recueil, car il nous fait découvrir Hugh Starke et non pas Eric John Stark. Prémisse du héros ou lointain cousin? En tout cas le récit nous fait découvrir le héros en fuite après un braquage et qui suite au crash de son vaisseau va se retrouver en plein milieu d’une guerre dont il ne connait rien. On retrouve clairement un texte d’époque avec des personnages qui se révèlent charismatiques, aventuriers et vont devoir faire face à des aventures qui, souvent, les dépasse et vont alors devoir offrir le maximum d’eux-même pour s’en sortir et sauver les siens. C’est clairement divertissant et efficace, on tourne les pages avec grand plaisir même si l’aspect linéaire enlève un peu le côté surprenant et qu’on devine facilement la fin. On notera par contre un petit clin d’œil, selon moi, à Robert E. Howard.  La représentation de Vénus de l’auteur se révèle clairement magnifique et flamboyante, même si bien entendu erroné aujourd’hui. En tout cas cette vénus donne envie d’être découverte.

Magicienne de Vénus de Leigh Brackett : On se retrouve avec ce texte de nouveau sur vénus, mais cette fois c’est Eric John Stark qui va nous guider et va devoir aller sauver un de ses amis disparu dans un village qui cache bien des secrets. Stark va alors devoir lutter face à une famille dirigeante qui a sombré dans une douce folie et qui depuis des générations sont à la recherche d’un secret caché dans la région. De nouveau l’auteur nous propose un texte divertissant, sans temps morts qui se laisse lire avec plaisir et nous fait découvrir un coin de vénus plus sombre, angoissant, mais toujours aussi bien décrit et fascinant par certains aspects. Le tout est bien porté par des personnages intéressants et percutants. Je reproche par contre certains passages un peu long, principalement quand elle tente une introspection sur la famille Lahri. Au final un texte très agréable et efficace.

Stark et les Rois des Etoiles de Leigh Brackett & Edmond Hamilton : Concernant cette nouvelle elle lie deux univers, celui de Eric John Stak de Leigh Brackett et celui des Rois des Etoiles de son mari Edmond Hamilton. Un texte qui se révèle finalement plus Space-Opera que Planet-Opera comme les autres qui composent ce recueil. Pourtant j’avoue n’avoir que moyennement accroché à ce texte. Les autres textes ont beau se révéler classiques dans leur construction, ils possédaient leurs propres voix, alors que celui-ci me parait accumuler un peu trop de poncifs avec ce héros solitaire sauveur de l’univers, sans véritable réflexion de fond, où la puissance va bien entendu tout débloquer. L’ensemble reste fluide et efficace, mais je n’ai jamais réussi à complètement rentrer dedans. Dommage, car les personnages se révélaient vraiment intéressant et la rencontre entre Stark et Shorr Kan possédait un sacré potentiel qui ne restera au final que virtuel.

À noter que les trois textes qui suivent sont liés et peuvent être considérés comme une trilogie de Skaith.

L’Étoile Rousse de Leigh Brackett
Les Chiens de Skaith de Leigh Brackett
Les Pillards de Skaith de Leigh Brackett

J’ai décidé de ne faire qu’une seule chronique sur ces trois textes pour éviter de trop spoiler. Cette trilogie envoie Stark sur Skaith à la recherche de son père adoptif qui y est retenu contre son gré. . On comprend alors que le pouvoir de Skaith refuse le voyage dans les étoiles pour éviter d’y perdre leur puissance. Il va aussi alors rapidement se rendre compte qu’une prophétie repose sur lui. J’avoue que cette trilogie se révèle, dans son ensemble, un bien joli morceau, efficace, haletant, où on ne s’ennuie pas un seul instant, l’auteur manipulant les rebondissements et les surprises de façon clairement efficace et réussi poussant le lecteur à alors tourner les pages pour voir comment ils vont s’en sortir.

La planète de Skaith se révèle a elle toute seule un des points forts de cette série, que ce soit par la complexité des peuples qui y sont présentés, leurs envies, leurs souffrances, leurs décadences, leurs besoins ou encore par les lieux et les architectures. C’est une planète entière qu’elle nous fait découvrir où chaque peuple, chaque personnage croisé possède sa propre vision de la vie, du monde et va alors retrouver toutes ses croyances chamboulés devant l’arrivée de cet homme des étoiles qu’est Stark. L’auteur nous offre alors une véritable réflexion sur le changement, la façon de l’aborder, la peur qu’il amène obligatoirement et ici avec le voyage stellaire toutes les transformations qu’il va forcément apporter. Alors c’est vrai que c’est parfois un peu facile, les idées sont un peu simplistes et amené parfois avec un certain manque de finesse, mais elles permettent en tout cas aux textes d’être un peu plus que de simples récits d’aventures.

Le personnage principal de Stark se révèle clairement intéressant, principalement dans sa dualité qui le gouverne, à la fois homme sauvage et civilisé. Il possède assez de charisme pour happer le lecteur au fil des pages et de ses aventures malgré c’est vrai une construction d’époque qui ne plaira pas à tout le monde avec un héros sans peur et sans doutes, qui avance toujours sans se retourner ni réfléchir vraiment à ses actes. Ce qui est un peu dommage c’est que le côté énergique du récit l’emporte sur la construction des personnages secondaires qui manquent parfois de profondeurs ou disparaissent au fil des tomes, je pense principalement ici au personnage de la devineresse qui possédait un énorme potentiel selon moi et qui pourtant s’impose de moins en moins dans Les Chiens de Skaith et Les Pillards de Skaith.

Autre point intéressant c’est la façon dont l’auteur construit son récit, principalement dans les deux premiers tomes, transformant une épopée héroïque où le personnage principal est vu comme un sauveur à une suite beaucoup plus sombre où le sauveur devient le banni, le rejeté, le démon qui vient tout détruire. On a une véritable évolution dans l’ensemble qui fait qu’on ressent alors moins la linéarité dans la construction du « j’avance, un obstacle, je l’abats, j’avance » et qui permet clairement de se sentir plus passionné par cette histoire. Le troisième tome m’a paru par contre un cran en dessous car, même s’il apporte des moments tragiques et efficaces, de l’action et des rebondissements ainsi qu’une réflexion sur l’homme qui reste toujours fidèle à lui-même, il permet trop facilement à l’auteur d’offrir une fin comme elle l’entend à son cycle de Skaith. Il n’est pas mauvais, juste moins fascinant que les deux premiers.

 

Quand on ouvre ce livre il faut savoir à quoi on s’attend. Ces histoires ont été écrites durant l’âge d’or de la SF et proposent des héros charismatiques, qui savent se battre, toujours droit dans leurs bottes et qui vont se retrouver dans des situations pleines d’aventures, d’action et sans temps morts. Si on cherche de la SF peut-être plus nuancé, plus réfléchi alors passez votre chemin. Si vous cherchez plus une SF divertissante, bourré d’adrénaline, mais qui offre aussi des réflexions avec des rencontres percutantes et des lieux magnifiques par l’imagination de l’auteur, alors laissez vous tenter par ce livre qui, sans se révéler un chef-d’œuvre, remplira clairement son rôle. D’ailleurs on sent bien que l’auteur a été scénariste reconnu à Hollywood, la gestion de l’ensemble est vraiment réussie. En tout cas moi c’est ce que je cherchai en l’ouvrant et je dois bien avouer que je ne suis pas déçu de ma lecture. Je pense même faire rentrer prochaine Le Grand Livre de Mars dans ma PAL.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce livre qui propose de découvrir six histoires de Science-Fiction, pleines d’aventures, d’action, sans temps morts et qui se lisent facilement se révélant clairement divertissantes. Certains aspects ont peut-être un peu vieilli, certains textes sont peut-être un peu trop linéaires et les personnages, dont le personnage principal paraissent parfois légèrement stéréotypés, mais pourtant l’auteur arrive, à travers ses différents récits, à nous faire réfléchir, à nous faire tourner les pages et surtout principalement à nous faire voyager sur des planètes qui possèdent toutes une certaine beauté et donnent envie d’être découvertes. Si vous cherchez des textes remplis d’adrénalines et d’aventures, le tout dans des lieux exotiques avec des personnages percutants et charismatiques alors ce livre est pour vous. Si vous cherchez quelque chose de plus nuancé, alors passez votre chemin. Au final six textes de l’âge d’or de la SF qui se lisent facilement et se révèle plus qu’agréable, je me laisserai d’ailleurs maintenant bien tenter par Le Grand Livre de Mars.

 

Ma Note : 7,5/10

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