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Les Saisons de L’Indépendance – Martin Lessard

Résumé : Alors que la Ligue des marchands a décidé d’assumer ses aspirations de souveraineté, un conflit avec la Fédération semble inévitable. Toutefois, quand un bataillon d’hommes-miroirs donne l’assaut sur l’Archipel, le choc est brutal pour Ana Concepción DaSalva et les siens. Dix-sept ans. C’est l’âge de la jeune femme lorsque les soldats fédéraux des avant-postes surgissent sur son île. Et c’est par le massacre d’un groupe de miliciens mal armé du village de Fort Isabella que la lutte pour la liberté de la Route s’engage. Au cours des longues heures qui suivront l’hécatombe, les insulaires devront affronter leur nouvelle réalité : la guerre…
Quand le récit tragique d’une famille, celui d’une petite colonie et les quêtes d’émancipation d’une adolescente s’entrelacent, vient alors le temps des Saisons de l’indépendance.

Edition : Ad Astra

 

Mon Avis : J’avoue, avant de me lancer dans ce roman, je ne connaissais rien de l’auteur qui avait pourtant publié en 2011 un autre livre, toujours dans la SF, aux éditions Denoël. Je me suis ainsi laissé tenter pour deux raisons. Premièrement, par le fait que je n’ai jamais été vraiment déçu par un roman publié aux éditions Ad Astra et ensuite par la magnifique couverture, illustrée par Arnaud Boutle, et qui attire le regard. Ajouter à cela un résumé intéressant et une discussion avec l’auteur, je suis donc reparti des dernières Utopiales avec ce livre sous le bras.

Ce roman nous fait plonger dans l’Archipel, petite planète colonisée et insignifiante, qui va se retrouver coincer au milieu d’un conflit entre la Ligue et la Fédaration. Surtout que l’Archipel, malgré son côté austère, possède quelque chose d’unique, une grande quantité d’énergie. On se retrouve ainsi à suivre le destin d’Ana Concepción DaSalva qui va devoir faire face. On retrouve donc ici à la fois un planète opéra, un roman qui traite de la colonisation, mais aussi un roman qui se veut humain, étant proche des personnages et plus précisément des liens tendus entre Ana, l’héroïne, sa famille et les gens de la colonie. Sauf que voilà, malgré tout le potentiel que je viens de parler, je suis sorti mitigé de ma lecture. Le roman n’est en soit pas complètement mauvais, mais il est beaucoup trop court pour traiter de façon adéquate les idées qu’il met en avant. Cela offre donc par conséquent un ressenti bancal sur l’ensemble du récit. C’est dommage car, clairement, il y a assez de potentiel pour en faire un récit efficace et quelques points sont même très bien traité par l’auteur. Un travail plus profond aurait, à mes yeux j’entends toujours, rendu l’ensemble encore plus intéressant et captivant.

Si je prend pour exemple le contexte géopolitique on est clairement dans un parallèle avec le Canada ou toute autre colonie qui se serait, à un moment ou un autre, trouvé coincé entre deux forces et qui ont dû faire un choix, voir prendre les armes. Franchement le contexte dit comme ça est intéressant et ouvre la porte à de nombreux développements et un travail de fond qui peut se révéler dense et complexe selon le besoin de l’histoire. Sauf que voilà ici, l’auteur reste un peu trop, à mon goût, à la surface des choses. Il présente bien rapidement les deux camps et leurs souhaits, mais l’ensemble m’a paru un peu trop binaire et en manque de complexité. Il donne un peu l’impression caricatural d’avoir juste deux camps pour aboutir à cette guerre, sans qu’on ait besoin de clairement comprendre pourquoi ils se détestent. Après, c’est vrai qu’on suit cette guerre à travers les yeux d’une jeune fille de 17 ans, elle peut ne pas être au courant, mais son père étant le maire du village il parait clairement au courant. Je ne demande pas un travail trop complexe, juste quelques explications supplémentaires qui aurait permis une meilleure appréhension de l’image de fond. Alors après, l’avantage c’est que l’aspect géopolitique n’est pas obligatoirement le point le plus important du roman. Par conséquent, même si je trouve qu’il aurait pu être un peu plus soigné, ce n’est pas ce qui m’a dérangé le plus. En effet mon principal soucis vient de l’héroïne qui, par certains aspects est franchement fascinante et intéressante et par d’autre m’a paru trop binaire pour complètement me happer.

En effet Ana est une jeune héroïne de 17 ans qui a perdu sa mère et vit avec un père qu’elle ne comprend pas et qu’elle n’apprécie pas tant il est dur avec elle. Ana est ainsi un personnage intéressant dans ses envies, son besoin d’émancipation et ses contradictions. Le principal soucis vient par contre des personnages qui gravitent autour d’elle. Autre que le père exigeant dont on apprendra que finalement il a ses raisons, on découvre un frangin qui l’embête régulièrement mais l’aime bien au fond, deux  ancêtres qui ont la sagesse de l’âge ou encore l’amoureux transit qui bien entendu ne vient pas de la même « faction » et apporte sa notion d’acceptation des autres. Dis comme cela vous avez l’impression que je caricature et bien pas vraiment. Les personnages qui gravitent autour de l’héroïne, mis à part quelques protagonistes secondaires, plongent tellement dans le stéréotype qu’ils en deviennent justement une caricature et c’est dommage, car, comme je l’ai dit, l’héroïne elle, est franchement intéressante à suivre dans sa quête initiatique qui va la faire quitter le monde de l’enfance et ses idéaux pour un monde adulte plus nuancé avec ses souffrances, ses choix et sa vision plus « grise » et moins merveilleuse. Un ou deux personnages secondaires s’avèrent comme je l’ai dit aussi attrayants dans leurs développements, mais voilà ils auraient aussi mérité tout de même plus de travail. Par contre, j’ai eu un peu de mal avec les dialogues qui tombent par moment soit trop dans l’altercation à tout va sans véritable développement ou évolution, soit dans une tentative de philosophie trop simpliste.

Après comme je l’ai dit tout ne m’a pas non plus mauvais dans ce roman. Outre l’héroïne, dont j’ai déjà parlé, le dernier tiers se révèle efficace dans les conséquences et les changements qu’apporte cette bataille et aussi dans les modifications que cela va apporter à la colonie et les liens que cela crée. Les scènes de tension et d’action sont menées à un rythme tendu et efficace. Alors après parfois, l’auteur tombe dans une certaine facilité pour terminer le roman, mais dans l’ensemble j’ai ainsi plus accrocher au dernier tiers. L’aspect austère de la planète est ausi bien rendu que ce soit dans l’ambiance comme dans la dangerosité de lieux, même si de nouveaux un peu trop d’aspects technologiques trop adéquats la rendent un peu moins farouche. La plume de l’auteur est simple, efficace et un minimum entraînante. Au final un roman avec ses qualités et ses défauts qui, je pense, aurait mérité d’être plus développé sur certains points selon moi.

En Résumé : Je ressors donc de ma lecture de ce roman avec un sentiment mitigé, l’ensemble possède une bonne dose de potentiel avec quelques passages plus qu’intéressants, mais certains points m’ont empêché de complètement me captiver pour ce récit. C’est dommage, car l’héroïne dans sa quête initiatique et son passage de l’enfance à l’âge adulte se révèle clairement efficace. De plus le côté austère est plutôt bien retranscrit que ce soit dans ses dangers comme dans l’ambiance et la tension qui en découle. Mais voilà, le côté géopolitique trop peu esquissé, des personnages qui gravitent autour de l’héroïne qui sont un peu trop caricaturaux et un peu trop figés ainsi que des dialogues qui ont eu du mal à se révéler fluide et percutant ont fait que je n’ai jamais non plus été complètement happé par le récit. La plume de l’auteur s’avère simple, efficace et entraînante et fait qu’on tourne les pages avec un minimum de facilité. C’est dommage, quelques pages de plus et un travail de développement supplémentaire aurait rendu, selon moi, ce récit meilleur. près, je suis peut-être simplement passé à côté aussi.

 

Ma Note : 6/10