Auteur/autrice : BlackWolf Page 101 of 202

Hysteresis – Loïc Le Borgne

hysteresisRésumé : Le temps a filé depuis la Panique, la grande, l’incommensurable débâcle qui a couru sur le monde, balayant jusqu’au dernier rêve d’une humanité autocentrée… Le temps a passé, oui, et il a fallu reconstruire comme on a pu. Essayer, en tout cas, et au prix fort : celui du savoir, bien sûr, mais aussi celui de l’espérance… Et quand Jason Marieke arrive à Rouperroux, misérable village accroché à sa survie précaire, lui, l’ancien, celui d’avant la Panique, homme en quête doté de connaissances mystérieuses et aux questions qui dérangent, alors semble sonner l’avènement d’une ère nouvelle, celle des réponses et du cortège d’horreurs qui les accompagne…

Edition : Le Bélial’

 

Mon Avis : Ce livre me faisait envie depuis que j’ai découvert sa superbe couverture, illustrée par Aurélien Police, qui se révèle sombre et sauvage. Le quatrième de couverture, annonçant un roman post-apocalyptique, ainsi que les différentes chroniques que j’ai vu apparaitre sur internet ont ajoutés à mon envie de faire entrer ce roman dans ma PAL et de le lire rapidement, même si j’ai eu une légère appréhension sur le fait qu’il s’agissait du premier roman « adulte » de l’auteur plus habitué à écrire pour la jeunesse.

Finalement cette appréhension a très vite disparu et j’ai été rapidement happé par cette histoire d’un homme qui a traversé le monde pour rentrer chez lui et découvrir que son ancien village à complètement changer. Une histoire certes post-apocalyptique, mais concentré sur la vie d’un village, sur leurs évolutions et leurs façons de survivre, malgré un retour en arrière. Cela n’empêche pas non plus l’histoire de se révéler terriblement efficace, bien rythmé et entrainante. Je me suis retrouvé à tourner les pages avec plaisir et envie d’en apprendre plus sur la mystérieuse quête de notre héros qui va aussi soulever de nombreuses interrogations, ainsi que sur ce village à l’ambiance à la fois sectaire, sauvage et rempli de douleurs. L’auteur maîtrise parfaitement son histoire qu’il construit en trois actes, faisant monter la tension et les révélations au fil du récit de façon efficace et passionnante, avec son lot de surprises et de rebondissements. Le tout est aussi porté par une narration que j’ai trouvée intéressante, mélangeant le récit classique avec des morceaux de journaux intimes, variant parfois les points de vue, le tout mâtiné de chants et de poèmes par moment touchants, marquants, qui collent parfaitement au récit.

L’univers présenté se révèle lui-aussi parfaitement réussi, préférant se consacrer pleinement à la façon dont la civilisation à évoluer suite à la grande catastrophe plutôt que de se consacrer à la catastrophe elle-même dont on ne sait finalement pas grand-chose voir un road-trip. On se retrouve alors plongé dans un petit village, vivant comme au moyen-âge, vouant un culte aux arbres et haïssant leurs ancêtres qui ont laissé la planète mourir sans rien faire, ni réagir. Un univers très sombre où la violence et le rejet sont très présents, principalement vis-à-vis justement de ces anciens mais aussi de ceux qui ne respectent pas les règles. Un monde qui s’est finalement refermé sur lui-même, retournant vers le passé, mais aussi vers l’obscurantisme, reniant tout ce qui peut amener l’homme à réfléchir à posséder son propre point de vue et sans réfléchir non plus à l’idée que certaines évolutions et technologies peuvent être bonnes, rejetant tout cela. Mais c’est aussi un monde un peu mystique, un peu troublant, avec ces fées, que seuls les enfants ont l’air de voir, ces êtres mystiques qui considèrent toute avancée comme mauvaise et pouvant les tuer. L’auteur arrive facilement, avec des mots simples, à créer un parallèle fascinant et inquiétant entre ceux qui sont nés après la catastrophe et ceux qui ont connu le monde d’avant qui ont l’ancienne connaissance, l’ont jugée et veulent en récupérer le meilleur pour reconstruire. L’auteur démontre aussi que finalement l’Homme reste fidèle lui-même et qu’il est toujours prêt à tout pour conserver le peu de pouvoir qu’il possède et que tout ce qui vient ébranler ce socle lui fait peur.

Les personnages sont une des grandes forces du récit, se révélant profonds, riches et soigné, mais surtout se révélant finalement humains que ce soit aussi bien dans le meilleur comme dans le pire. Chacun possède ses propres raisons d’être ce qu’ils sont devenus, chacun a été obligé d’évoluer face à la peur et à la violence qui a pris le monde lors de la grande catastrophe. Mais surtout l’auteur nous montre une humanité aux multiples visages avec des hommes qui préfèrent garder le silence devant certains qui crient plus forts que les autres, des hommes qui ont peur, des hommes qui rêvent aussi ou encore des hommes qui ont une vision d’avenir. On retrouve aussi l’amour, un amour impossible et improbable qui ne tombe jamais dans la mièvrerie et vient apporter un léger rayon de soleil au récit.

Chaque personnages possède sa propre facette avec ses doutes et ses forces entre Jason le conteur qui par son chant , ses histoires et ses poèmes paraît un doux rêveur mais qui au final cache une certaine violence en lui, Romain le jeune narrateur qui ne sait pas trop où se situer et qui va se retrouver chambouler dans ses conviction par l’étranger ou bien encore Aurore la guérisseuse qui considère que le monde d’avant mérite d’être complètement oublié et qui cache une sombre colère, mais aussi les jumelles, Mélusine et Mélopée, qui vouent un culte aux fées et qui se révèlent à la fois dérangeante, surréalistes et parfois à la limite de la folie et de la manipulation. On se reconnait en partie dans chacun de ces héros qui nous font réfléchir sur l’avenir et sur nous-même.

Au final un très bon roman de post-apo, un peu intimiste, réfléchi et se révèle même; limite; un dernier appel sur un monde qu’on laisse mourir, même si finalement certains points m’ont quand même dérangés. Je pense principalement aux dialogues, le héros revient des USA et utilise donc facilement des expressions anglaises comme par exemple « Shit » dès qu’il y a un problème, mais voilà quand, vers la fin, tout va mal, et qu’on retrouve l’expression parfois utilisé 3 à 4 fois par pages ça devient lassant ; de plus l’auteur a une façon bien à lui de présenter les dialogues qui doit sûrement représenter une évolution de la narration, mais qui m’a laissé perplexe tout du long. Autre point qui m’a un peu frustré c’est la conclusion, elle monte clairement en tension au fil des pages, s’approchant de plus en plus de la limite de rupture entre deux visions  concernant l’évolution du monde, c’est sombre et parfois pessimiste, j’ai été vraiment pris dedans et là arrive un deus ex machina qui vient inverser la tendance. La conclusion reste bonne, mais pourquoi ce retournement de situation qui offre une fin un peu plus heureuse. C’est un choix de l’auteur, à chaque lecteur de voir ce qu’il en pense.

La plume de l’auteur se révèle fluide, efficace et nous entraine avec facilité dans ce village paisible qui cache de terrible secrets. Surtout il nous plonge dans un univers grave et fascinant, nous posant la question de savoir ce qu’on laisse aux générations futures et ce qu’elles vont penser de nous. À noter aussi que le roman porte bien son nom, finalement, je vous laisse découvrir pourquoi. Au final j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce livre et je lirai sans soucis d’autres romans de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec cette histoire post-apocalyptique qui nous plonge dans un village, aux abords paisibles, mais qui cache de terribles secrets. L’intrigue se révèle efficace et bien mené avec son lot de surprises, faisant monter la tension au fil des pages et happant le lecteur. L’univers construit se révèle sombre, sauvage, où l’humanité a régressée suite à une grande catastrophe et qui nous fait réfléchir sur le devenir de notre monde ainsi que sur la force, parfois facile, de l’obscurantisme sur les populations. Les personnages se révèlent denses, humains et surtout intéressants, on peut ne pas tous les apprécier, mais on les comprend. L’auteur offre aussi un parallèle saisissant entre l’ancienne génération qui a laissé faire, là ou la génération d’après est obligée de subir. Je reproche juste que l’auteur utilise un peu trop par moment des expressions anglaises, genre retrouver 4 à 5 fois « shit » sur une page, mais aussi une façon de présenter les dialogues qui ne m’a pas accroché et enfin je trouve légèrement frustrant le deus ex machina de fin. Rien de bien méchant non plus. La plume de l’auteur se révèle simple, efficace et entrainante captant le lecteur rapidement. En tout cas je lirai sans soucis d’autres récits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Louve, Igguk, Cornwall, …

Fiction n°19

fiction 19Edition : Les Indés de L’Imaginaire

 

 

 

 

 

Mon Avis : Après avoir sorti les Bifrost qui traînaient dans ma bibliothèque (et il en reste encore, ainsi que d’autres magazines), j’ai décidé aussi de découvrir la nouvelle formule de Fiction. J’ai donc rapidement fait rentrer dans ma PAL le n°18, mais aussi, il y a peu, le n°19. Comme je suis quelqu’un de logique j’ai donc, bien entendu, commencé par lire le dernier numéro, le n°19. Il faut dire que le sommaire me tentait vraiment avec deux entretiens croisés, un entre Anne Fakhouri & Ian McDonald et un autre entre Fabrice Colin & Serge Lehman, des articles ainsi que près de 200 pages de nouvelles. À noter la magnifique couverture illustrée par Aurélien Police que je trouve accrocheuse.

Le Bout du Chemin de Robert Silverberg : J’ai fais l’impasse sur cette nouvelle. Étant donné qu’elle est présente dans le recueil Dernières Nouvelles de Majipoor que je veux lire, j’ai donc préféré la découvrir à ce moment-là. D’ailleurs je trouve dommage qu’une nouvelle d’un recueil qui vient de sortir se retrouve dans le magazine même si j’en comprends le côté marketing.

Chienne de Robert Darvel : J’avoue, je n’ai pas accroché à cette nouvelle. J’en comprends bien le message que cherche à faire passer l’auteur, montrant l’évolution d’une société qui tend vers une sexualisation extrême, comme on a pu le voir avec Britney ou encore Miley, une transformation qui tendrait vers le néant et le vide d’une simple image éphémère. Problème, l’auteur le dit lui-même le puritain l’indiffère et a de la tendresse pour l’explicite, il cherche donc à secouer le lecteur, à pourquoi pas le choquer par des scènes crues et c’est là que le texte n’a pas marché avec moi, car il ne m’a ni choqué ni même fait vibrer. Par conséquent le message en perd de son intérêt, a eu du mal à passer et je n’y ai vu plus qu’une simple débauche qui m’a laissé indifférent. Au final, pour apprécier ce texte, je pense que tout va dépendre comment le lecteur se positionne vis-à-vis du ton utilisé.

Avec le Temps de Kate Wilhelm : Cette nouvelle est la plus longue du recueil et je l’ai trouvé agréable et plutôt sympathique. Elle nous plonge auprès d’une équipe de journaliste menant une enquête sur une famille recluse, qui a bâti sa fortune sur des intuitions un peu trop parfaites. L’intrigue se révèle intéressante, bien mené avec des rebondissements et des retournements de situations efficaces et maîtrisés, même si globalement l’histoire reste tout de même assez linéaire. Le récit possède pas mal d’idées originales, comme cette narcolepsie bien particulière, ou cette folie qui vient toucher cette famille. Mais voilà selon moi cette histoire mériterait d’être plus développé, pourquoi pas dans un roman, ce qui permettrait d’éviter certains raccourcis facile, certains aspects un peu trop simpliste, mais aussi offrir des personnages un peu plus consistants, car il est parfois difficile de comprendre les choix ou l’acharnement de certains.

Adjudication Positive de James Morrow : Cette nouvelle nous emmène aux côtés dans une patrouille intergalactique de la vertu, venue corriger une anomalie aux États-Unis, en pleine période esclavagiste des années 1800. Rien ne va se passer comme prévu. J’ai trouvé le texte vraiment divertissant, satirique et ironique par le parallèle entre ce peuple alien vertueux et une humanité qui est loin de toujours l’être avec nombreuses failles, ce qui amène des dialogues plutôt cocasses le tout porté par un style assez efficace. Un texte qui ne cherche qu’à divertir et qui remplit son rôle de façon efficace même si, finalement, il rentre dans les vite lu, vite oublié.

Code 666 de Michael Reaves : Cette nouvelle nous propose une histoire fantastique où un chauffeur d’ambulance va voir sa vie chamboulée après avoir été percutée par un chauffard ivre. Un texte qui trait de la mort, de fantômes et de la vie après la mort, faisant monter doucement la tension au fil des pages, le tout agrémenté de quelques frissons, malgré parfois des passages un peu confus. Un texte que j’ai trouvé au final très sympathique bien porté par une plume efficace, même si la conclusion m’a parue un peu convenue et un peu trop rapide malgré quelques bonnes idées.

Petites Villes de Felicity Shoulders : Cette nouvelle nous fait découvrir le destin de deux personnages : une jeune fille ne mesurant qu’une vingtaine de centimètres, née après la fin de la seconde guerre mondiale et qui ne peut vivre sa vie, cachée par sa mère pour la protéger d’un monde qui a prendrait pour un monstre ; ainsi que celui d’un fabricant de jouet qui cherche sa place dans un monde moderne et en pleine évolution, le tout sous forme de conte. Le monde que nous dévoile l’auteur se révèle vraiment captivant et d’une certaine façon féérique et bien retranscrit par des descriptions efficaces. L’histoire se laisse lire facilement, un peu comme un bonbon doux qu’on savoure. Je regrette juste que les personnages manquent de profondeur et que certains aspects, qui auraient pu densifier l’histoire, restent à l’état d’ébauche.

Et in Arcadia ego de Estelle Faye : Je n’avais encore jamais lu une de ses nouvelles et je dois dire que je ressors encore une fois conquis. L’auteur possède toujours cette plume vivante et magnifique qui fait qu’on se retrouve emporté dans son univers magique. L’histoire qu’elle nous raconte ici c’est le récit d’un jeune homme, perdu au milieu d’une guerre qu’il ne comprend pas, ancien joueur de MMORPG qui va se reconnecter à son jeu et y retrouver un but et la beauté d’un monde inconnu. On retrouve ici un véritable appel au voyage, à la liberté et à l’imagination où chacun tente, à travers son imagination à rêver et rendre sa vie un peu meilleure. Un texte touchant et efficace même si la fin est facilement devinable. En tout cas Estelle Faye prouve qu’elle est une des plumes de l’imaginaire français qui monte et dont je lirai d’autres textes avec grand plaisir.

Lun’ D’Argent de Steven Utley : Cette nouvelle nous propose de mélanger passé et futur grâce à la possibilité de voyager dans le temps. Un scientifique, qui croit aux extra-terrestre, décide donc de se payer un voyage avec sa fortune pour découvrir l’ère Paléozoïque. Un texte où les personnages se révèlent vraiment intéressants, avec leurs failles, leurs forces, ainsi que les combats qu’il mène envers eux-mêmes et face aux autres mais qui surtout se révèlent attachants. L’auteur ouvre aussi à la réflexion avec  question de l’influence de races aliens dans l’évolution de l’homme par ce scientifique marginal, mais qui pourtant possède de solide théories, face au rejet de sa profession devant ce qu’ils considèrent comme un rêve de gosse. J’ai, par contre, trouvé la fin trop abrupte, certes elle ouvre sur l’espoir et le soutien, mais ne répond finalement qu’à peu de questions, comme si l’auteur avait prévu d’écrire une suite.

La Tête aux Souhaits de Jeffrey Ford : Ce texte nous plonge au milieu d’une Amérique des années 30, on suite un coroner appelé pour examiner le corps d’une femme flottant dans une rivière, un étrange sourire aux lèvres. L’univers développé par l’auteur se révèle vraiment vivant, vibrant et efficace, ajoutant une certaine tension à l’ensemble. Le personnage se révèle vraiment dense et riche, ancien militaire, revenu de la première guerre mondiale un pied en moins, une prothèse en porcelaine et hanté par des douleurs fantômes, qui tente d’avancer et de survivre. Le tout est mâtiné d’un folklore assez troublant, original et convaincant qui rappelle que parfois tous les souhaits ne sont pas bons à faire. Une nouvelle réussie selon moi.

Il y eut un Soir, Il y eut un Matin de Sonia Quémener : J’avoue que je ressors de cette nouvelle avec un sentiment plus que mitigé, je pense que l’auteur a voulu trop en faire mélangeant trop d’idées et de concepts, rendant l’ensemble de son texte brouillon. On suit ici une famille qui décide d’aller vivre dans un univers figé au quatrième jour de la création, car oui les premières explorations temporelles ont montré que l’univers a finalement été crée de façon biblique. L’auteur nous propose ici clairement un texte acerbe sur la surutilisation de la technologie, la science, la religion et aussi sur les différents contrats qu’un homme peut signer avec ses nombreuses clauses et chartes souvent traitres. Le soucis c’est que l’auteur essaie de mettre trop de chose à mon goût oscillant entre le texte de SF divertissant, tout en y ajoutant un peu de folie et aussi un peu de hard science avec du Planck et de la théorie des cordes. De plus, pour vraiment rentrer dans le texte faut accepter que l’auteur jette aux orties la théorie de l’évolution comme ça. Au final un texte que j’ai trouvé désordonné avec des personnages un peu stéréotypés par moments ainsi que certaines révélations convenues, mais qui m’a tout de même fait sourire par moment.

 

Concernant le reste du magazine, il se révèle efficace et passionnant avec deux interviews croisés, une entre Anne Fakhouri & Ian McDonald sur l’Irlande, la magie, la littérature ou encore le rock et une, peut-être plus classique, entre Fabrice Colin & Serge Lehman, sur le processus de création ou encore la dépression. Les articles de fond ne manquent pas d’attrait se révélant soignés et documentés avec en sujet le gulf-futurism, l’hyper espace et le temps détourné. De L’autre Côté du Miroir propose plusieurs photographies que j’ai trouvé réussies de plusieurs héros tournés un peu Steampunk. Par contre je n’ai pas vraiment accroché aux différents strip de BD qui parsèment le magazine, ce n’est pas mon truc je pense. Au final un magazine que je trouve réussi, aussi bien sur le fond que sur la forme, et qui propose des nouvelles, certes pas toutes aux mêmes niveaux, avec du bon et du moins bon, mais qui, dans l’ensemble, se laissent lire et se révèlent plaisantes.

Ma Note : 7/10 (Note ne reposant que sur les nouvelles)

Doregon Tome 1, Les Portes de Doregon – Carina Rozenfeld

les portes de doregonRésumé : Jeune étudiante aux Beaux-Arts particulièrement douée, Mia peint depuis des années un monde qu’elle a baptisé Doregon. Mia aime Josh, libraire ingénu et passionné. Mia aime son frère, photographe brillant mais tourmenté, pour lequel elle rêve d’une existence apaisée. Alors, quand elle reçoit le Secret, ce pouvoir singulier qui lui permet de pénétrer dans ses peintures, d’entrer physiquement en Doregon, elle ne peut résister au bonheur de partager avec chacun d’eux la vie dans cet univers fascinant, sans se douter qu’elle va le mettre en danger.

Edition : L’Atalante Jeunesse

 

Mon Avis : De l’auteur, j’ai lu il y a quelques années Le Mystère Olphite, un roman de SF jeunesse qui se révélait très sympathique, malgré quelques facilités lié à l’aspect jeunesse (retrouvez la chronique ici) et surtout m’avait donné envie de lire d’autres de ses romans.  J’ai donc décidé de faire entrer, il y a quelques temps, ce premier tome d’une trilogie dont j’avais entendu beaucoup de bien et qui m’intriguait par son résumé et surtout sa capacité à entrer dans d’autres univers par les tableaux. Il faut aussi ajouter la très belle couverture qui est illustrée par Benjamin carré qui donne clairement envie.

Cependant, une fois la dernière page tournée, j’avoue que j’ai eu un peu de mal à complètement rentrer dans ce récit. Il possède pourtant des aspects intéressants, mais d’autres ont eu du mal à m’accrocher. Pourtant tout démarrait bien, on retrouvait dès les premières pages Mia, l’héroïne, acculée par l’ennemi, qui a tout perdu et sent que la fin est proche si elle ne fait rien rapidement. Elle prend alors la décision de remonter le temps pour modifier l’histoire. Un démarrage qui se révélait haletant, sombre, prenant et qui laissait augurer de bonnes choses par la suite, surtout que l’auteur offre ici une narration qui se révèle clairement intéressante puisque, comme l’héroïne peut jouer avec le temps, on se retrouve avec deux histoires « ce qui se passe » et « ce qui aurait dû se passer ». L’idée apporte alors, je trouve, quelque chose d’original même si ce premier tome ne tourne très peu sur « ce qui se passe », quelques chapitres pour lancer l’histoire, mais devrait être beaucoup plus développé par la suite.

Seulement voilà, cette idée originale au niveau de la narration a aussi ses défauts, le premier chapitre nous annonce clairement les choses, donc quand on plonge dans l’histoire de « ce qui aurait dû se passer », il n’y a plus de véritables surprises. Cela n’empêche pas toute cette partie de posséder un rythme entrainant et efficace où l’auteur n’oublie pas les rebondissements, mais voilà tous les coups de théâtre sont prévus à l’avance ce qui rend l’ensemble linéaire. De plus j’ai trouvé que l’intrigue se révélait un peu simple, certes elle est solide et se révèle assez bien menée, mais voilà sans non plus se révéler révolutionnaire et un peu trop dans ce qui se fait en jeunesse. On y retrouve aussi un peu les aspects qui me frustre toujours un peu dans un roman jeunesse, c’est cette rapidité à faire avancer l’intrigue avec toujours la personne, au bon moment, qui apporte la réponse. Cela n’empêche pas pour autant cette intrigue de se révéler par moment saisissante et dramatique, mais voilà elle connait des hauts et des bas.

Concernant l’univers développé ici c’est le gros point fort de ce roman selon moi. Le voyage à travers des mondes parallèles n’a pourtant rien de révolutionnaire en soi, mais l’auteur arrive à rendre l’ensemble solide, fascinant et cohérent. Par son travail sur la mécanique des voyages, les différentes règles d’accès ou encore ces portes d’entrées qui reposent sur des dessins ou des tableaux, elle offre au lecteur un univers qui se révèle rapidement cohérent et fascinant. On se retrouve alors complètement emporté par l’originalité, la beauté voir la folie qui se dégage des différents mondes qu’on visite dans ce premier tome, à la fois éclatants et sombres. L’activité de création se révèle  aussi une composante importante de l’ensemble. Certes l’auteur se base sur des idées connues, comme des peintres renommés ou des univers un peu « geek », mais cela ne les empêche pas d’être accrocheur. L’autre point qui, à mon avis, apporte une touche d’originalité supplémentaire c’est la capacité de jouer avec les lignes du temps et d’aller aussi bien dans l’avenir que dans le passé, même si rien n’est complètement figé. La façon de se déplacer dans le temps est peut-être un peu facile, mais elle apporte un intérêt supplémentaire à l’ensemble. Un univers riche qui donne envie d’en apprendre plus.

Concernant les personnages j’avoue j’ai eu beaucoup de mal à m’accrocher à eux, trouvant qu’ils tombaient un peu trop dans la caricature par moment, ce qui est dommage car il n’y a que quatre personnages vraiment importants. Mia et Josh paraissent pourtant être des personnages intéressants et un minimum construits, mais voilà leur histoire d’amour fusionnelle où, dès le premier regard, ils ne se sépareront plus jamais et savent qu’ils sont faits l’un pour l’autre ne m’a pas captivé. Pourtant l’auteur évite de tomber dans le côté trop guimauve, même s’il y en a quand même un peu, mais l’ensemble m’a paru plat et tombait même de temps en temps dans le stéréotype de la fille faible qui au moindre problème venait se jeter dans les bras rassurants et musclé de son homme. Les seuls moments où ils m’ont un minimum touché c’était dans leurs moments de faiblesses. Garmon, lui, tombe un peu trop dans le cliché du professeur-sage qui vient former l’héroïne. Moone par contre se révèle, certes classique, mais intéressant car plus nuancé justement par rapport aux autres personnages. Il possède une certaine raison et une certaine logique derrière sa folie. C’est sa complexité qui m’a intéressé.

Concernant la plume de l’auteur elle se révèle simple, efficace et envoutante dans sa façon de faire voyager le lecteur à travers ses différents univers et ses différents tableaux, mais voilà j’ai trouvé qu’elle manquait clairement de force et d’intérêt dans des dialogues qui sonnaient par moment creux. Puis arrive la conclusion, ses dernières pages qui ont réussi à complètement m’emporter dans l’histoire et dans la tragédie de Mia et qui, malgré la boucle qui se referme, m’a donné un minimum envie de découvrir la suite. Au final je n’ai donc pas été complètement emporté par ce roman qui possède ses défauts et ses qualités, mais qui m’a tout de même donner envie de lire la suite un jour même si ce n’est pas une de mes priorités.

En Résumé : Je ressors de ma lecture du premier tome de cette trilogie jeunesse avec un sentiment mitigé, mais tout de même plutôt positif. La narration se révèle originale par son mélange de « ce qui se passe » et « ce qui aurai dû se passer », mais a pour conséquence d’enlever toute véritable surprise à l’histoire. L’intrigue se révèle plutôt solide, mais m’a tout de même paru traité de façon trop rapide et par moment trop facile. Le gros point fort du récit c’est la capacité de l’héroïne de voyager à travers les peintures dans différents univers fascinants et passionnants, mais aussi de pouvoir voyager à travers les lignes du temps. Par contre, j’avoue, je n’ai jamais complètement accroché aux personnages, tombant parfois un peu trop dans les clichés. Les seuls moment ou ils m’ont touché ce sont lors de leurs moments de faiblesses et de doutes ; seul Moone sort un peu du lot se révélant plus complexe à mon goût. La plume de l’auteur se révèle simple et entrainante mais j’ai trouvé qu’elle tombait un peu à plat dans les dialogues. Concernant la conclusion elle a réussi à m’emporter à travers la tragédie que va frapper Mia. Un roman qui, selon moi, devrait plaire au public cible qu’est la jeunesse, mais dont j’ai eu un peu de mal à complètement entrer dedans. Je lirai la suite, je pense, mais elle ne fait pas partie de mes priorités.

 

Ma Note : 6/10

 

Autres avis : Lelf, Lynnae, Shaya, Alys, …

L’Homme qui Savait la Langue des Serpents – Andrus Kivirähk

l'homme qui savait la langue des serpentsRésumé : Voici l’histoire du dernier des hommes qui parlait la langue des serpents, de sa sœur qui tomba amoureuse d’un ours, de sa mère qui rôtissait compulsivement des élans, de son grand-père qui guerroyait sans jambes, d’une paysanne qui rêvait d’un loup-garou, d’un vieil homme qui chassait les vents, d’une salamandre qui volait dans les airs, d’australopithèques qui élevaient des poux géants, d’un poisson titanesque las de ce monde et de chevaliers teutons épouvantés par tout ce qui précède… Peuplé de personnages étonnants, empreint de réalisme magique et d’un souffle inspiré des sagas scandinaves, un roman à l’humour et à l’imagination délirants.

Edition : Attila Tripode

 

Mon Avis : J’avoue, je suis complètement passé à côté de ce livre au moment de sa sortie, c’est simple je ne l’ai même pas vu en librairie. Il a fallu attendre que je commence à voir apparaitre quelques chroniques élogieuses sur le net ainsi que plusieurs nominations à différents prix pour que je me penche dessus. Et je n’ai pas mis longtemps à le faire rentrer dans ma PAL, convaincu par un résumé complètement barré qui m’a tout de suite accroché et une couverture, illustrée par Denis Dubois, que je trouve superbe.

Finalement, je suis bien content de m’être laissé tenter par ce livre, sinon j’aurai eu l’impression d’être passé à côté d’un excellent roman, même si maintenant il va m’être difficile de faire une chronique tant ce livre est un OLNI. Imaginez une Estonie imaginaire où on apprend à connaitre Leemet, dernier homme à savoir parler aux serpents et à vivre selon des anciennes traditions, qui décide de raconter son passé. À travers ce conte l’auteur va brasser énormément de sujets et de réflexions de façon cohérente et en rendant l’ensemble franchement passionnant et instructif.

On découvre ici l’aspect initiatique du jeune Leemet qui se retrouve coincé entre deux mondes, l’un passéiste et l’autre soit disant moderne ; deux mondes complètement différents aux traditions et aux valeurs souvent opposées, mais aussi parfois très proches. On cherche à obliger le héro à faire un choix mais, au fil des ans, il se rend compte que les deux ont leurs avantages et leurs contraintes et il ne comprend pas bien d’ailleurs pourquoi il devrait choisir. L’auteur nous offre ainsi ici une réflexion intelligente et acerbe sur une époque où la religion chrétienne tentait d’uniformiser les peuples et de faire disparaitre les mythes païens soit par la force, soit par la ruse et le rêve. Mais c ‘est aussi un texte fascinant de façon plus large sur l’évolution du monde et la façon dont les peuples l’acceptent ou pas, et qui ne peut que nous toucher encore aujourd’hui où on continue à vouloir nous uniformiser, à parfois nous imposer une doctrine de pensée et de vie. Mais c’est aussi une quête identitaire du jeune héros qui cherche à se définir et à se construire face à toutes ces influences, oscillant entre tradition et modernisme et qui aimerait bien simplement vivre sa vie comme il l’entend et non pas comme on lui dit de le faire.

Ce roman, en plus d’une critique acerbe et réaliste de l’humanité et sa façon d’évoluer, est aussi d’une certaine façon un rappel sur la nature et la forêt et ce qu’elle peut apporter, loin aussi de l’extrémisme que peut proposer certains, ne nous demandant pas de ressortir le pagne, oublier notre vie et aller nous rouler sous les arbres. En effet l’auteur propose plutôt une réflexion sur l’importance de la nature, que certes tous les hommes vont d’une certaine façon violenter, que ce soit les traditionalistes, qui défrichent la forêt pour de la lumière ou abattent les arbres pour les bûchers ou la cuisson de la viande, mais aussi les hommes modernes qui brûlent la forêt pour y faire pousser des semences et construire des cabanes, alors qu’il faudrait d’une certaine façon la respecter, n’y prendre que le nécessaire et parfois oublier le superflu. On est loin de l’écolo extrême, mais plus près du réfléchi qui ouvre des perspectives et un débat sur l’importance de la faune et de la flore.

L’auteur développe aussi au fil des pages un travail intelligent sur le langage, principalement avec cette langue des serpents dont Leemet est le dernier dépositaire. Celle-ci va donc s’éteindre avec lui. Ce n’est pas sans rappeler ce qu’on retrouve énormément actuellement avec les débats qu’on peut voir sur la disparition de nombreuses langues ou bien l’uniformisation de l’utilisation de l’Anglais comme langue « mondiale ». Mais de nouveau c’est une réflexion attrayante qu’il propose, il n’est pas contre le fait que beaucoup parlent la même langue, il montre simplement que toutes les langues ont leur importance et qu’il serait dommage de les oublier et de voir des générations de gens ne plus pouvoir communiquer avec les autres car plus personne ne les comprend. La postface, qui permet clairement de mieux comprendre certains points du roman, montre aussi que l’Estonien a failli disparaitre sous le joug Russe.

Autre aspect, plus poétique mais tout aussi envoûtant :  le travail sur ce monde à la fois contemporain et imaginaire, avec toutes ces intrusions du fantastique, comme la possibilité de parler aux serpents ou bien encore cette salamandre volante, véritable arme de guerre, ainsi que ce sage qui capte les vents et les place dans un sac. Tout cet aspect ajoute quelque chose de féérique et de magique au récit, accentuant encore un peu plus l’aspect conte. Une dimension fantastique prenante, bien amenée, et cohérente, qui colle parfaitement à ce monde en pleine mutation et transition.

L’auteur n’oublie pas non plus pour autant son récit qui se révèle prenant à découvrir et auquel le point de vue du héro confère une dimension épique. Comment ne pas accrocher à Leemet dont on va suivre la vie de la naissance à la fin, à travers ses différentes rencontres, que ce soit aussi bien avec les animaux qu’avec les hommes? Un mélange qui va se révéler à la fois curieux, tendre et intrigant par tout son aspect apprentissage de la vie, du monde, de la nature et de la sexualité qui nous fait rencontrer un enfant et un adolescent curieux mais changeant, qui ne comprend pas encore tout et qui va sombrer doucement au fil des pages dans un monde adulte sombre, violent, pessimiste comme s’il avait perdu ses rêves et ses illusions de jeunesse et que la vie le ramenait toujours vers la souffrance à travers des pertes tristes, touchantes et des choix qui auront des conséquences pas toujours heureuses. Avec Leemet on passe à travers toutes les émotions que ce soit la joie, la peine, l’amour (traité de façon très spécifique et efficace), le besoin de transmettre son savoir ou encore la violence, l’agressivité et le rejet. Les différents personnages qui gravitent autour du héros se révèlent captivants, que ce soit par leurs bêtises ou leurs convictions. Mais surtout ce qui fascine c’est la façon dont l’auteur présente les personnages, ils sont tous d’une certaine façon un peu barrés ce qui leur ajoute une touche d’humour et d’intérêt. On est donc happé par Leemet qui, finalement, découvre avec mélancolie qu’il est, d’une certaine façon, le dernier.

La plume de l’auteur colle parfaitement à l’histoire et au narrateur se révélant à la fois enfantine et sauvage tout en étant réfléchie, fluide et entrainante, happant le lecteur par un humour acerbe et une plongée dans son univers. J’aurai juste un léger regret, une petite impression de longueur vers le milieu, je me suis demandé si l’auteur n’allait pas faire tourner en rond son histoire avant qu’il me surprenne et relance le tout. Au final j’ai passé un excellent moment avec ce livre qui nous fait plonger dans une Estonie en pleine mutation et qui nous fait réfléchir sur la bêtise humaine, que ce soit par la non-remise en cause d’un modernisme pas toujours réfléchi, comme l’idéalisation d’un passé qui n’a jamais existé. Un livre qui nous montre aussi que chacun s’adapte au changement à sa manière par l’oubli, le combat, la folie ou encore l’acceptation sans limite. Un roman à découvrir selon moi et qui plus est, malgré sa densité d’idées, il se révèle facile d’accès.

En Résumé : J’ai passé un excellent moment avec ce livre qui, en plus de nous proposer une intrigue à la fois initiatique, épique et sauvage, nous offre aussi énormément de réflexions très intéressantes sur l’évolution de l’homme et son acceptation, le langage, la nature ou encore sur la bêtise humaine. Ce monde imaginaire peuplé de fantastique se révèle à la fois intrigant et passionnant et les personnages qu’on découvre au fil des pages sont soignés, efficaces, attachants et complètement barrés. Lemmet, héros à la fois attendrissant et dur, ne manque pas d’interpeller, offrant une vision du monde intéressante. La plume de l’auteur colle de façon efficace à l’histoire, se révélant enfantine, sauvage et réfléchie et nous plonge avec facilité dans cette histoire. J’aurai juste comme léger reproche, un léger sentiment de longueur vers le milieu du livre, vite effacé par la suite. Un roman à découvrir selon moi. À noter aussi la postface qui permet de mieux appréhender l’histoire surtout vis-à-vis de certains points qui sont propres à l’Estonie.

 

Ma Note : 9/10

 

Autres avis : joyeux-drille, nymeria, Readingintherain, …

La Dernière Terre Tome 1, L’Enfant Merehdian – Magali Villeneuve

la derniere terre 1 l'enfant merehdianRésumé : Un monumental ruban de pierre se dresse en sentinelle au bord des brumes éternelles. Les hommes leur ont donné un nom : la Dernière Terre. Dans la cité-capitale des Cinq Territoires, Cahir, jeune homme frêle, maladif, aux moeurs et aux allures bien éloignées des codes stricts qui font loi autour de lui, subsiste envers et contre la réprobation générale. Il est issu des Giddires, un peuple rejeté, au ban de la paix politique qui unit les autres contrées.
Malgré cela, entre intelligence et ingénuité, il parvient à se rapprocher de certains locaux, dont Ghent, fils du Haut-Capitaine à la tête des forces militaires des Basses-Terres. Au fil de ces jours paisibles, s’il advenait un événement capable de bouleverser tous les dogmes établis, quel poids l’existence de Cahir aurait-elle dans la balance des certitudes ?

Editeur : L’Homme Sans Nom

 

Mon Avis : Ce livre, j’en entends parler depuis sa sortie fin 2012. Il faut bien avouer que la couverture, illustrée par Alexandre Dainche, se révèle magnifique et, ensuite, les premiers échos que j’ai lu se révélaient plus que positifs. Pourtant, j’ai longtemps bloqué, la faute au marketing de l’éditeur qui se sent obligé, à chaque fois que je croise son stand dans un salon, de mettre en avant la phrase d’accroche qui, personnellement, me bloque. Concernant ce cycle il est annoncé comme, je cite, « Le Trône de Fer Français ». Je ne sais pas pour vous, mais moi cela a plutôt le don de me rebuter, ce besoin de comparaison. Ce qui ne m’a pas empêché, lors des Imaginales 2013, de discuter avec l’auteur et de me laisser tout de même tenter par ce premier tome qui, je l’avoue, a un peu traîner dans ma PAL. À noter qu’il s’agit d’une saga qui est prévu en six tomes.

Une fois la dernière page tournée je dois bien avouer que ce premier tome se révèle clairement un tome d’introduction, mais qui possède un certain potentiel qui se révèle intéressant pour la suite. Dès les premières pages on se retrouve plonger dans une histoire, certes au rythme très lent, mais qui se révèle intéressante par tout ce qu’elle construit autour, tout ce qu’elle développe. Alors certes, si vous recherchez une lecture vive, entrainante et au rythme soutenu alors ne vous lancez pas dans ce cycle, vous risqueriez d’en ressortir déçu. Concernant l’intrigue elle se révèle encore nébuleuse, l’auteur mettant plus en avant le côté humain pour bien poser ses personnages et son univers, ce qui ne l’empêche pas de se révéler un minimum intrigante par les quelques révélations qui se retrouvent parsemées au fil des pages, tout en se révélant aussi un peu frustrant de ne pas savoir grand-chose au bout de près de 450 pages.

L’univers se révèle être une des grandes forces de ce récit même si, clairement, il ne révolutionnera pas non plus, pour le moment, la fantasy. Il se révèle dense, riche et soigné le tout à travers des descriptions et des caractéristiques qui se révèlent très accrocheuses, même si parfois un peu extrêmes. L’auteur nous propose donc de découvrir cinq peuples complètement différents mais qui sont tous dirigés par l’Igilh, enfin de cinq peuples on découvre vite qu’il s’agit de quatre et un qui se révèle rejeté, considéré comme barbare, les Giddires. Chaque civilisation se révèle très intéressante, travaillée avec ses propres us et coutumes, ses propres façons de vivre, ses propres hiérarchies, mais aussi ses propres barrières, comme le peuple Agrevin qui se révèle fier mais qui pourtant se révèle plein de pudeur et évite tout contact, ce qui est en total contradiction avec les Giddires qui eux sont plus un peuple de contact et de nature.

Alors certes les différentes peuplades tombent parfois un peu trop dans le côté archétype, mais dans l’ensemble l’auteur réussit à les rendre intéressants, même si on découvre surtout ici les Agrevins et les Giddires. Vient aussi cette dernière terre,  zone complètement mystérieuse, recouverte par les brumes et interdite d’accès au point d’avoir élevé des murailles surveillées jours et nuits pour éviter tout risque. Alors certes le parallèle avec le Trône de Fer est ici flagrant, mais l’idée et la façon dont elle est présentée reste intrigante et dépendra beaucoup de son évolution dans les prochains tomes. Par contre, je me pose une question, à un moment un personnage met en avant que dans la ville les couples n’avaient qu’un ou deux enfants maximum ; va donc falloir m’expliquer le renouvellement de la population dans une ville ou le taux de natalité est donc inférieur à deux.

Les personnages sont un autre des points attrayant de ce récit, se révélant travaillés, complexes, riches et très intéressants tant par leurs réactions que par leurs évolutions au fil des pages. On sent que l’auteur a voulu nous offrir des personnages d’une grande profondeur et véritablement humain. Mais voilà, pourtant, j’ai parfois eu du mal à m’accrocher à eux. Déjà la narration chorale fait qu’on se retrouve à suivre énormément de protagonistes, ensuite tous n’ont pas le même intérêt. Concernant leurs présentations j’ai aussi trouvé une légère répétition, le duo Feor/Ved ressemblant un peu trop fortement au duo Ghent/Cahir dans ce qui les différencie et les rassemble, l’un étant le prude, le respectueux là où l’autre est plus l’extraverti, le communicatif. C’est un peu frustrant, surtout quand on se rend compte que ce qui concerne Feor et Ved n’apporte quasiment rien à ce premier tome. Certes ils devraient avoir de l’importance par la suite, mais méritaient-il une si grande présentation? Autre point qui m’a dérangé c’est que je n’ai jamais pu accrocher complètement à Ghent ; vu que les Agrevins intériorisent toutes leurs émotions et leurs communications on a l’impression qu’un carcan le protège et empêche de complètement le comprendre, au contraire de personnages comme Cahir ou encore Reghia qui m’ont véritablement happés. Concernant les protagonistes secondaires ils se révèlent intéressants, travaillés et efficaces avec une mention spécifique à Melgar  tout en retenu dont l’auteur arrive à retranscrire sa fragilité et son émotion de façon pertinente et accrocheuse ou bien encore Nelgoth monstre glacial qui cache bien son jeu.

Après j’avoue que quelques points m’ont aussi laissé perplexes voir même, par moment, dubitatif. Déjà je trouve que l’utilisation des flashbacks par l’auteur se révèle parfois hasardeuse, apparaissant par moment sans aucune véritable logique et n’apportant pas toujours grand chose. Autre aspect qui me laisse toujours perplexe, qu’on retrouve dans différents romans, c’est la scène ou le héros, tout en bas de l’échelle sociale, se permet d’insulter son supérieur ou son souverain sans que personne ne bouge ou ne fasse rien. Ici la scène repose sur Cahir qui vient clairement outrager l’Igilh, donc par conséquent remettre complètement en cause son autorité le tout lors d’une convocation officielle, et rien, ni véritable remontrance, ni punition. Ça me parait toujours illogique, encore je peux comprendre si cela se fait en privé, un roi peut être magnanime, mais en public c’est un coup à être remis en cause pour un rien et à perdre de l’influence. Dernier point qui m’a dérangé c’est l’aspect clairement contemplatif qui ressort par moment de ma lecture, certes j’aime les histoires lentes, qui prennent leur temps à poser un univers complet, mais ici l’auteur en fait parfois trop et tombe dans quelques répétitions ce qui alourdit le tout et fait que sur certains passages on perd de la fluidité.

Concernant la plume de l’auteur elle se révèle soignée, denses, riche, mais parfois elle cherche à trop en faire, à être trop sophistiqué, comme si elle voulait prouver qu’elle possède une plume élégante. De plus, certains aspects de la construction du récit m’ont laissé perplexe. Ces points se retrouvent principalement dans la première partie du récit car plus on avance plus elle prend ses aises et se laisse aller enfin à un style fluide et entrainant. La conclusion tout en nuance, mélange de trahisons et de regrets, est clairement intéressante et laisse à présager de bonnes choses pour la suite. Au final, comme je l’ai dit, un premier tome d’introduction avec ses qualités et ses défauts, parfois un peu trop contemplatif, mais qui se révèle agréable et m’a assez aiguillé pour me donner envie de lire la suite : en espérant que l’intrigue se dévoile un peu plus sur cette dernière terre.

En Résumé : Ce premier livre nous offre un tome de présentation au rythme lent et qui tombe parfois un peu trop dans le contemplatif, mais qui possède ses qualités. Il est un peu top pour parler de l’intrigue, dont on ne découvre que peu de choses, mais qui se révèle tout de même intrigante. Les gros points forts de ce roman c’est le travail effectué sur l’univers, qui se révèle riche et complexe, ainsi que sur les personnages qui sont denses et soignés, même si j’ai trouvé une certaine répétition dans la présentation des personnages et une certaine difficulté à s’accrocher à certains. De plus je reste toujours perplexe devant la présentation de héros qui n’ont peu d’utilité dans ce tome, mais dont on se doute qu’ils vont prendre de l’importance par la suite ; pourquoi justement ne pas les présenter plus tard. Après tout n’est pas parfait non plus, certaines longueurs se font ressentir tant l’auteur prend parfois un peu trop son temps, ensuite je trouve l’utilisation des flashbacks parfois hasardeuse et enfin j’ai eu du mal à accrocher à la scène où un des héros, en pleine convocation officielle,  se permet d’insulter de rabaisser son souverain sans aucune punition ou autre. La plume de l’auteur se révèle profonde et soignée, mais parfois elle en fait un peu trop, cherchant à trop vouloir prouver de sa qualité. Au final un roman avec ses forces et ses faiblesses, je ne crierai pas à l’excellence, mais un livre qui offre de bonnes bases et m’a assez titillé par ses zones d’ombres pour me donner envie de lire la suite.

 

Ma Note : 7/10

 

Autres avis : Aranae, Melisende, Louve, Dup, Mariejuliet, Asuna, Tsuki, …

Bloody Marie – Jacques Martel

bloody marieRésumé : L’humanité s’est répandue dans la galaxie, et ses colonies finirent par être séparées par la distance.
Il y a trois générations, les hommes et les femmes ont recommencé à voyager, donnant naissance à un nouvel espoir : l’Essor.
Aujourd’hui, les grandes voies sont à nouveau sillonnées par les navires de commerce qui font la prospérité des armateurs, mais aussi celle de leurs prédateurs : les pirates.
Avec succès, la Ligue et la Flotte ont joué de tout leur poids et de la puissance de leurs corsaires pour mettre fin à l’activité des Forbans du Vide, avant de promettre des amnisties. Désormais, d’anciens pirates traquent leurs confrères. Ces dernières années ont sonné le glas de la piraterie.
Mais, au comptoir d’un des plus anciens bars à matelots, un vieux soutier annonce aux habitués le retour de la terrible fille du feu Ravageur de Mondes : Bloody Marie.
Menée par une colère jamais retombée depuis que la Ligue, quinze ans auparavant, a piégé son père, la pirate refuse de baisser pavillon.
Tous sabords ouverts, les canons prêts à vomir leurs charges de plasma, Bloody Marie lance le Long John pour un dernier raid…

Edition : Black Book

 

Mon Avis : Ce livre a terminé sa course dans ma PAL un peu par hasard, ou plus précisément à coup de déambulateur, d’œillades explicites et j’avoue, aussi, d’explications convaincantes. Je m’explique, depuis les Imaginales 2012 Plumeline a lancé une nouvelle mode, tenter de me faire acheter un livre qu’elle aura choisi pour moi. Pour l’année 2013 ce fût Bloody Marie qui fût choisi. J’avoue que la couverture, illustrée par Sylvain Sarrailh, donnait clairement envie par son côté space-opera, guerrier, et le résumé se révélait accrocheur. Donc, après discussion avec l’auteur, ce livre a fini dans ma PAL. J’ai, j’avoue, mis un peu de temps à l’en sortir, mais voilà chose faite.

Une chose est sûre c’est qu’on ne s’ennuie pas un seul instant avec ce livre qui se révèle haletant, efficace et entrainant. Pour peu qu’on apprécie le monde de la piraterie, l’alcool, l’abordage et le tout dans un avenir rempli de vaisseaux spatiaux et d’armes futuristes, alors vous ne devriez pas vous ennuyer. L’auteur construit ici un récit explosif, détonnant, rempli d’aventures et de rebondissements qui font que le lecteur se retrouve emporté par l’ensemble tout en possédant aussi cet aspect épique associé au côté flamboyant du voyage spatial, ce qui en fait la grande force du livre. L’auteur sait également brouiller les pistes, induire en erreur pour mieux surprendre, même si parfois j’ai trouvé cela un peu mal amené, comme ce gars qui veut raconter son histoire qui se révèle capitale mais, quatre fois, se retrouve empêcher de le faire sans raisons valables. Concernant la narration elle se révèle franchement intéressante et originale, l’histoire étant présentée pas un personnage qui vient conter cett histoire dans un bar et, entre chaque chapitre sur Bloody Marie, on le retrouve pour apporter des précisions et se rincer le gosier ou se remplir la panse. J’ai trouvé que ça ajoutait un certain charme, par la gouaille du personnage, qui colle parfaitement à ce côté piraterie, et surtout permet une immersion différente de ce qui se fait habituellement, se révélant tout aussi réussi.

Concernant l’univers j’avoue que l’auteur a construit quelque chose d’un minimum complexe, dense, mais surtout cohérent, le tout à travers des explications efficaces ainsi que des annexes complètes pour ceux qui se sentiraient perdus. Les vaisseaux, les technologies, les armes ou bien encore les armures, rien n’est laissé au hasard et se fond parfaitement dans l’histoire et son background. Concernant l’aspect social l’auteur construit quelque chose de classique, mais qui se révèle solide avec les militaires, les pirates et les corsaires que sont à peu près les trois grandes entités de cet univers. Alors certes l’auteur ne rentre jamais complètement dans les détails et reste toujours en surface des jeux de pouvoir à grande échelle, mais rien de bloquant ou dérangeant, et l’ensemble permet même aussi d’ouvrir quelques réflexions assez intéressante même si parfois manichéennes dans leurs traitements. L’intérêt vient aussi du fait que Jacques Martel a réussi à retranscrire le monde des forbans, que ce soit dans sa hiérarchie, dans ses habitudes ou même dans son langage, on a l’impression d’être au milieu de cet équipage de forbans. Ajouter à cela quelques races extraterrestres et vous obtenez un univers qui se révèle solide, riche, logique où on sent bien que l’auteur c’est un minimum renseigné.

Concernant les personnages j’avoue que sur certains aspects j’ai eu un peu de mal. Concernant l’Irving je n’ai pas eu trop de soucis, le protagoniste se révèle intéressant et on sent bien qu’il cache quelque chose, on le suit donc avec plaisir pour en savoir. Mais concernant Marie, j’avoue que j’ai eu du mal à la comprendre complètement. Concernant son caractère fort et violent il apporte quelque chose d’intéressant à cette pirate, pas de soucis, mais voilà je la trouvais beaucoup trop changeante ; elle peut tuer un compagnon pour une toute petite erreur, mais va reporter une opération capitale pour soigner un de ces plus vieux membre d’équipage blessé. Je peux parfaitement comprendre qu’elle ait une amitié avec cet équipier, présent depuis longtemps à ses côtés, mais elle est capitaine, avoir un caractère aussi changeant c’est appeler à la mutinerie. Je suis donc resté perplexe sur certaines de ses réactions. De plus j’ai trouvé que les héros principaux étaient un peu trop figés, ne se remettant jamais vraiment en question et manquaient parfois d’émotions. Pour les personnages secondaires, c’est assez simple il y a ceux auxquels on s’intéresse, ceux qui ont un passé et une histoire, et les autres, ceux sur lesquels on reste en surface dont on sait peu de choses, mis à part qu’ils vont mourir. Le procédé n’est en rien gênant mais bon cela limite un peu les surprises.

Quelques points m’ont aussi dérangés dans ce récit. Déjà il n’a jamais véritablement réussi à me surprendre par les différentes révélations qu’il propose. Alors, je ne sais pas si c’est moi qui ait l’esprit tordu, mais j’ai vu arriver la majorité d’entre elles, ce qui est dommage. Ensuite, l’auteur est parfois un peu trop « bavard » et cherche parfois à trop vouloir en faire ; il s’attache à construire quelque chose de dense, je suis d’accord, mais par moment il se laisse emporter par son explication et sa plume ce qui crée quelques légères longueurs. Dernier petit point que j’ai soulevé c’est concernant une des intrigues secondaires que lance l’auteur concernant les « Autres », j’avoue je n’ai jamais réussi à accrocher ni à m’y intéresser totalement, ce qui m’a, par conséquent, rendu la conclusion légèrement moins surprenante. Mais bon rien de catastrophique non plus et cela n’enlève en rien l’aspect amusant et fun de ce roman.

La plume de l’auteur ne manque pas d’énergie et se révèle simple, entrainante et efficace à nous faire plonger dans cette histoire remplie d’explosions, de voyages spatiaux, d’action, de piraterie, d’abordage, d’alcool et de sauvagerie. Ce roman remplit pleinement son rôle de divertissement dans un monde qui se révèle dense et cohérent. Alors, tout n’est pas non plus parfait et certains points ne m’ont pas accroché, mais dans l’ensemble je me suis détendu avec ce livre qui s’est révélé agréable. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

Résumé : J’ai passé un agréable moment avec ce livre qui nous propose de mélanger piraterie et space-opera. L’intrigue ne manque pas de se révéler haletante, sans temps mort et rempli d’action et d’aventures ce qui fait qu’on a un peu de mal mal à lâcher ce livre explosif. L’univers que construit l’auteur est dense, bien construit, mais surtout se révèle cohérent et logique, le tout porté par des explications efficaces. Je reste mitigé concernant les personnages, les héros se révèlent un minimum travaillé, même si j’ai parfois eu du mal à comprendre Bloody Marie, par contre ils se révèlent un peu trop figés par moments et manquer légèrement d’émotions. Concernant les personnages secondaires leurs présentations fait qu’on devine trop rapidement qui va mourir des autres. Je reproche par contre au récit d’être parfois un peu trop bavard ce qui crée quelques longueurs, ainsi que sa tentative de complexifier son intrigue par une sous-intrigue sur « Les Autres » qui ne m’a que moyennement accroché. La plume de l’auteur colle parfaitement au récit se révélant simple, efficace, entrainante et énergique, happant le lecteur assez facilement. Au final un agréable divertissement qui devrait plaire à ceux qui sont à la recherche de batailles, de vaisseaux spatiaux et de pirates. En tout cas je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 7/10

 

Autres avis : Plumeline, nymeria, mrjmad, …

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