Auteur/autrice : BlackWolf Page 92 of 202

Immortel – Catherynne M. Valente

immortelRésumé : Kochtcheï l’Immortel est au folklore russe ce que les démons et les sorcières sont à la culture occidentale : un personnage menaçant et maléfique ; mais nul n’a jamais dépeint Kochtcheï comme Catherynne Valente, qui modernise le conte, le bouleverse et resitue l’action à l’époque moderne et couvre ainsi nombre des grands bouleversements de la Russie du XXe siècle. La jeune Maria Morevna, une brillante enfant de la révolution, devient la belle épouse de Kochtcheï avant de causer sa perte. En chemin, elle croisera des lutins stalinistes, accomplira des quêtes magiques, apprendra des secrets, se heurtera à la bureaucratie, à des jeux de désir et de domination. Immortel est un choc entre l’histoire magique et l’histoire réelle, la révolution et la mythologie, l’amour et la mort ; il ressuscite la légende russe sous une forme étonnante.

Edition : Eclipse

 

Mon Avis : Ce roman a terminé dans ma PAL pour deux raisons, la première vient tout simplement de sa couverture, illustrée par Beth White, que je trouve magnifique avec son mélange de noir, de blanc, de rouge et ses jeux d’ombres, ensuite la seconde vient de son résumé qui a eu le don de m’attirer par son côté différent et intriguant. Il faut dire que c’est un peu une des forces de la maison d’édition Eclipse, d’essayer de chercher à proposer des textes à l’opposé de ce qui se fait actuellement, même s’il m’arrive parfois de râler sur leur capacité à ne pas sortir les suites de séries qui m’intéressent et à offrir peut-être un peu trop de zombies. En tout cas ce livre annoncé comme un one-shot a rapidement terminé entre mes mains avec l’envie de le découvrir et me faire mon avis.

Alors, autant être clair d’entrée de jeu d’un point de vue des légendes Russe, mis à part Baba Yaga dont j’ai lu une ou deux histoires, je ne connais pas grand-chose de leurs contes. C’est donc une lecture et une chronique sans a priori de ce point de vu que je vous propose. Car oui, l’auteur a décidé de construire son histoire en nous offrant un mélange que j’ai trouvé réussi de mythologie et de réalité, avec une découverte de la Russie partant de la révolution jusqu’à la seconde guerre mondiale. Je dois bien avouer que ce livre au final se révèle clairement dense, complexe, travaillé et qu’il a réussi à me captiver, à me happer, quasiment du début à la fin.

C’est bien simple l’auteur est parti d’une réécriture de la légende de Maria Morevna et de Kochteï et a décidé de la modifier, de l’adapter à son récit tout en y ajouter une couche historique. On se retrouve alors avec une intrigue qui mélange magie et imaginaire avec des aspects plus réalistes, plus vivants, humains. On est alors emporté par le monde fertile, poétique et dense qui nous est présenté au fil des pages. Entre un monde parallèle au notre qui se révèle plein d’envoûtements, de mystères avec un bestiaire qui se dévoile passionnant avec ses monstres flamboyants, surprenants comme Baba Yaga, les domovoïs, les oiseaux de feu, etc…, et un monde réel plus banal avec ses souffrances, ses violences, sa noirceur et ses contraintes. Mais voilà l’auteur n’oublie pas pour autant qu’un conte peut aussi se révéler cruel, que ce soit dans la réalité comme dans l’imaginaire, la guerre gronde à toutes les portes et risque de tout emporter, que ce soit celle entre la vie et la mort ou celle face aux allemands. Un récit dont je trouve que finalement la beauté vient de son étrangeté : c’est difficile à expliquer,  il faut oublier son esprit cartésien à vouloir cherche une logique à tout, mais plutôt se laisser emporter par les mystère et l’inconnu, se laisser entrainer devant ses nombreuses rencontres improbables et ses nombreux traits magiques qui ne sont pas toujours expliqués, mais qui pourtant fascinent.

L’histoire qui se construit est également une histoire humaine, qui traite de nombreux sujets que ce soit la différence vis-à-vis de l’héroïne qui voit des choses que les autres ne voit pas et se retrouve rejeter, l’Amour et le mariage avec ses règles, à la fois pleines de beauté mais aussi remplie de mensonges, de trahisons ou encore de douleurs, ou bien encore sur la Guerre. Les passages à Leningrad durant 1942, ville sous les bombardements et qui se meurt de faim, se révèlent franchement poignants, tristes et troublants. L’auteur n’oublie pas aussi de traiter la Russie, plus précisément de son histoire offrant ainsi bon nombre de réflexions que ce soit sur la révolution qui a soi-disant rendu le pouvoir au peuple ou bien encore sur le communisme, qui a suivi dans la foulée, avec ses nombreux rêves de partage qui n’ont jamais abouti. Autre aspect qu’on retrouve, qui est certes plus classique, mais amené de façon solide et efficace, c’est la disparition de la magie et du folklore au profit de la modernité, de la guerre, de l’oubli et de la mort qui gagne de plus en plus de partisans. On découvre aussi un peuple, Russe, de résistant, que ce soit face aux différentes autorités ou bien encore face aux hivers glacés ; des populations qui ne cherchent qu’à avancer et qui ont la survie ancrée en eux. Immortel s’avère donc être un récit complexe, sombre, qui peut se lire sur différents niveaux et qui ne doit pas se savourer trop vite sous peine, peut-être, de passer à côtés de certains passages riches, denses et magnifiques.

Il faut aussi bien admettre que l’ensemble est porté par des personnages troublants et surprenants. On est véritablement happé par Maria Morevna, dont on découvre au départ l’innocence, qui va peu à peu se retrouver perverti par la découverte du monde, de ses lois et du mariage. Car c’est aussi ça ce récit, un voyage initiatique qui va amener notre héroïne à devenir plus dure, à s’adapter à son univers qui est loin de ses rêves de jeunes filles, où la magie ne la protège en rien de la mort qui attend toujours au tournant. Sa relation avec Kochtcheï, sur ton de soumission/domination, apporte aussi quelque-chose de troublant, de sensuel et d’entrainant. Ce mélange de passion et de cruauté, de fuite vers l’oubli ne manque pas d’attrait, mais ne dure jamais. Ivan, et son côté humain, vont lui rappeler qui elle est, que la vie n’est pas que folie et mystère, qu’elle possède aussi ses propres règles, ses propres tourments. Tous les autres personnages qu’on découvre au fil des aventures de l’héroïne paraissent envoutants par leurs étrangetés, mais aussi par ce qu’ils apportent au fil de la lecture. C’est justement leurs ambivalences qui arrivent à captiver le lecteur, ils font des choix en fonction de leurs envies, loin de tout manichéisme, les hommes trahissent, les femmes aussi, personne n’est parfait, chacun ne fait que finalement chercher son bonheur pour essayer de contrôler, d’oublier.

Et pourtant, certains points m’ont tout de même dérangés dans ce roman. Malgré toutes les qualités qu’on y retrouve, que ce soit aussi bien dans la construction du récit, les différentes histoires et légendes imbriquées ou encore dans la plume de l’auteur, ce roman possède quelques longueurs. Plus précisément j’ai en partie décroché vers la fin sur toute la partie qui vient après la guerre de Leningrad, je ne veux pas trop spoiler mais c’est le passage où Maria oublie. Je ne sais pas trop pourquoi ces 50 pages, environ, m’ont paru longues, possédant trop de petites histoires qui n’apportent rien au récit. Je pense qu’avec moins de pages, l’ensemble aurait gagné en intérêt. Certes rien de non plus bloquant ou dérangeant tant l’ensemble m’a marqué, mais voilà selon moi sans ces passages l’ensemble aurait pu être encore un cran au-dessus.

Concernant la plume de l’auteur elle s’avère clairement entrainante, poétique, magique et fluide, plongeant le lecteur avec facilité dans son monde captivant. On sent bien aussi qu’elle a effectuée de nombreuses recherche pour rendre son récit, patchwork de légendes et d’Histoire, cohérent et passionnant. Je suis d’ailleurs maintenant très tenté de découvrir le Folklore Russe dont, comme je l’ai dit, je n’ai finalement que peu de connaissance. En tout cas je dois bien avouer que je suis aussi très tenté de découvrir d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce livre qui nous propose une histoire, mélange de féérie et d’histoire de la Russie, de façon vraiment passionnante et entrainante. Entre folie et douleur on se laisse porter par ses passages poétiques et ses zones d’ombres que l’auteur arrive à rendre cohérents et captivants. Elle nous propose aussi à travers son récit de nous faire réfléchir sur la Russie, son Histoire, et son peuple, mais aussi su des sujets tels que l’amour et le mariage ou bien encore sur la fin de la magie au profit de la modernité et de la guerre. Le monde qui se développe au fil des pages se révèle troublant, mystérieux et terriblement efficace, donnant envie d’en apprendre plus. Concernant les personnages ils sont vraiment attachants et prenants, se montrant humains au fil des pages, loin de tout manichéisme, ne cherchant finalement qu’une parcelle de bonheur et d’oublie. Je regrette juste quelques longueurs, principalement vers la fin qui font que j’ai un peu décroché de l’histoire, mais rien de non plus bloquant. La plume de l’auteur est entrainante, pleine de poésie et de magie, donnant envie de découvrir d’autres de ses récits.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : nymeria, ferial, Le Bibliocosme, etc…

Testament Tome 1, L’Héritière – Jeanne-A Debats

l'heritiereRésumé : Je m’appelle Agnès Cleyre et je suis orpheline. De ma mère sorcière, j’ai hérité du don de voir les fantômes. Plutôt une malédiction qui m’a obligée à vivre recluse, à l’abri de la violence des sentiments des morts. Mais depuis le jour où mon oncle notaire m’a prise sous son aile, ma vie a changé. Contrairement aux apparences, le quotidien de l’étude qu’il dirige n’est pas de tout repos : vampires, loups-garous, sirènes… À croire que tout l’AlterMonde a une succession à gérer ! Moi qui voulais de l’action, je ne suis pas déçue… Et le beau Navarre n’y est peut-être pas étranger.

Edition : Actu SF

 

Mon Avis : Il y a quelques années Jeanne-A Debats se lançait dans le roman de vampire avec Métaphysique du Vampire et son héros charismatique, captivant, plein d’humour noir : Navarre. J’ai été rapidement accroché par ce vampire, par sa vision de la vie et par ses aventures. Il faut dire que l’auteur lui en fait voir de belles à travers les nombreuses autres nouvelles qu’elle lui a consacrées. Vu que j’ai toujours bien accroché à ces récits, plein de mordant et de rebondissements, c’est sans surprise que j’ai rapidement fait rentrer ce livre, qui se place dans le même univers, dans ma bibliothèque. À noter la couverture, illustrée par Damien Worm, que je trouve très réussie avec son côté sombre. Ce livre possède aussi une préface d’Adrien Party et une Postface de Jean-Luc Rivera.

On découvre ici Agnès, une demi-sorcière, de par sa mère, qui a le don de voir les fantômes, ce qui au final lui pourrit bien la vie et la force à vivre recluse dans sa maison. Elle n’a quasiment jamais croisé l’Alter-Monde, sa mère ayant décidé de se marier à un humain et de s’éloigner de tout cela, mais tout va changer suite à un accident qui va la rendre orpheline. Elle va alors être récupérée par son oncle qui va lui offrir un emploi et lui faire découvrir un monde complètement différent.

Alors oui, première surprise, ici le narrateur n’est plus Navarre mais Agnès. C’est d’ailleurs légèrement frustrant de retrouver Navarre en personnage secondaire, de ne plus découvrir sa répartie, ses nombreuses réflexions et explications, mais simplement le voir à travers l’héroïne. Mais pourtant ce n’est pas non plus une mauvaise chose, permettant clairement d’amener un nouveau point de vue, d’éviter aussi de tomber dans l’ennui du personnage qu’on connait par cœur. Surtout que finalement, Agnès se révèle être une héroïne terriblement attachante par son côté humain, normale, avec ses forces et ses faiblesses. Elle va devoir affronter tout un nouveau monde qui s’ouvre à elle, mais tout en essayant de garder sa propre personnalité et son indépendance.

Elle va surtout se retrouver très bien entourée, retrouvant ainsi son oncle Géraud ayant traversé les siècles, conservateur terriblement puissant et qui a parfois du mal à se faire complètement au nouveau monde et ses mœurs, mais aussi Navarre qu’on ne présente plus toujours aussi charismatique et intéressant malgré qu’il soit un peu plus en retrait, ou bien encore Zalia, la sirène, personnage complexe qui lutte contre ce qu’elle est et cherche à vivre une vie à peu près normale. Même les personnages secondaire se révèlent travaillés et passionnants à découvrir, l’auteur offrant ainsi une palette de protagonistes tous plus efficace les uns que les autres. Au final ce qui les rend aussi très intéressants c’est qu’ils sont loin de tout manichéisme, il n’y a ni véritables gentils ni de grands méchants, juste des personnes possédant leurs propre visions de la vie avec leurs envies et leurs souffrances.

À partir de là l’auteur va construire une intrigue de fantasy urbaine, certes faisant un peu office de tome d’introduction, mais qui va se révéler terriblement efficace, prenante et passionnante. Par tome d’introduction je n’entends rien de péjoratif, juste que le récit peut être séparé en deux parties. Une première qui permet clairement de poser les personnages et l’univers de façon dense, soignée et percutante le tout avec plein d’humour et de révélations sur cette vision complètement différente de Paris. Puis une seconde partie qui vient offrir un fil rouge à ce premier tome avec cette histoire de succession qui va se révéler sans temps mort, pleine de rebondissements et de surprises avec son lot d’action aussi. Dans l’ensemble on se retrouve avec un livre maîtrisé, bien rythmé, qui ne se révèle jamais ennuyeux, plein de fantaisie (comment ne pas rire devant certaines situations ou certaines explications), de coups de théâtre, de frissons et qui n’oublie pas d’être intelligent nous offrant à travers certains passages et certaines piques des réflexions perspicaces sur des sujets d’actualité comme par exemple la liberté de chacun. À noter aussi le terrible coup de force, pour moi en tant que lecteur, d’offrir des personnages féminins qui parlent régulièrement maquillage, chaussure, mode et vêtements le tout de façon fluide et sans avoir jamais réussi ni à m’ennuyer ni à me perdre, je dis chapeau.

 Concernant l’univers qui est développé au fil du récit il se révèle clairement fascinant et solide. L’auteur utilise comme image de fond la ville de Paris et lui offre une aura de mystère et de magie qui ne manque pas d’attrait donnant envie d’en apprendre plus à travers des descriptions de lieux et d’édifices assez envoutantes. L’aspect historique est aussi bien présent et apporter vraiment un plus dans la construction du monde mis en place, principalement dans la caractérisation de ses « monstres » qui se révèlent finalement très liés à l’histoire de France et plus précisément à celle de sa capitale.

Les créatures qu’on y rencontre justement restent assez classiques avec sorciers, loups-garous, vampires, etc… mais ne manquent pas d’attraits principalement dans leur construction sociologique ou encore leurs coutumes. C’est franchement là-dessus qu’ils se révèlent captivants à découvrir, dans leurs interactions et leurs façons de voir le monde qui les entoure. Le point original du récit vient aussi de cette idée de cabinet notarial, imaginer que les êtres mystiques doivent obligatoirement se frotter à la loi à travers des notaires qui restent toujours neutres se révèle assez intriguant et offre des perspectives assez vastes pour d’autres récits. Vient aussi tous les mystères qui entourent l’héroïne et  dont les indices sont lâchés au compte-goutte pour mieux nous happer. Mais l’auteur n’oublie pas pour autant l’aspect humoristique, chaque caste ne manquant pas de mordant comme par exemple la scène avec Azraël qui offre son lot de rire. Au final un monde qui donne clairement envie de revenir.

La plume de l’auteur se révèle efficace, subtile et entrainante, poussant le lecteur à tourner les pages avec plaisir pour en découvrir toujours plus. Entre action, références, ironie et aventures ce livre se révèle être un condensé parfaitement maîtrisé du début à la fin. Je regretterai peut-être juste une conclusion de l’intrigue somme toute assez prévisible, mais cela ne gâche en rien la lecture de ce tome. Ce premier volume peut se lire de façon indépendante, mais laisse assez de portes ouvertes pour pouvoir y revenir à travers d’autres textes. J’ai passé un excelle moment de lecture avec ce roman et je lirai sans problème et avec plaisir d’autres écrits dans cet univers.

En Résumé : Au final ce livre m’a offert un excellent moment de lecture nous offrant une histoire de fantasy urbaine efficace, percutante et sans temps mort dont on tourne les pages avec plaisir. On retrouve ici clairement un tome d’introduction avec une présentation de l’univers qui se révèle fascinant à découvrir avec une ville de Paris remplie de mystères et des créatures fantastiques solides et intrigantes, mais aussi une intrigue pleine de surprises et de rebondissement. Les personnages se révèlent attachants et surtout terriblement humains ce qui fait qu’on s’accroche rapidement à eux, malgré une légère frustration de ne retrouver Navarre qu’en personnage secondaire. L’humour se révèle très présent et offre ainsi un vernis de légèreté qui apporte un véritable plus à l’ensemble avec des scènes comiques au possible. La plume de l’auteur est  fluide, entrainante et subtile ce qui fait que le lecteur tourne les pages avec plaisir et sans jamais s’ennuyer. Je regretterai peut-être juste une conclusion de l’intrigue assez prévisible, mais cela ne gâche en rien la lecture. Je lirai avec grand plaisir d’autres écrits dans cet univers.

 

Ma Note : 8,5/10

Métro 2033 – Dmitry Glukhovsky

metro 2033Résumé : 2033. Une guerre a décimé la planète. La surface, inha­bitable, est désor­mais livrée à des monstruo­sités mutantes. Moscou est une ville aban­don­née. Les survi­vants se sont réfu­giés dans les pro­fon­deurs du métro­politain, où ils ont tant bien que mal orga­nisé des micro­sociétés de la pénurie.Dans ce monde réduit à des stations en déli­quescence reliées par des tunnels où rôdent les dan­gers les plus insolites, le jeune Artyom entre­prend une mission qui pour­rait le conduire à sauver les derniers hommes d’une menace obscure… mais aussi à se découvrir lui-même à travers les rencontres improbables qui l’attendent.

Edition : L’Atalante

 

Mon Avis : Métro 2033 fait partie des livres qui traînent dans ma bibliothèque depuis un long moment maintenant et dont j’en annonce régulièrement la lecture sans jamais me lancer. Lelf pourra d’ailleurs confirmer, déjà en avril 2013 je postais sur son blog qu’il fallait que je le fasse sortir de ma PAL c’est dire si j’ai pris mon temps, vu qu’on est quand même en octobre 2014. Comme je l’ai déjà dit ce genre de livre, à force de trainer, commencent à rentrer au fil du temps dans la catégorie « monstres de bibliothèque », ces livres qu’on a achetés avec une envie et un état d’esprit particulier, mais qu’on n’est pas sûr de retrouver au moment de la lecture. Cette peur d’être déçu du livre qu’on aurait pas lu au bon moment. En tout cas la couverture, à travers son illustration assez simple et efficace et cette carte du métro qu’on retrouve dans les rabats, donne envie de lui laisser une chance.

On plonge avec ce roman dans un univers post-apocalyptique où, suite à une grande guerre nucléaire qui empêche toute vie à la surface, l’humanité est obligée d’aller se terrer sous terre et plus précisément dans le métro. On va donc se retrouver à suivre le voyage de Artyom, qui est choisi un peu contre son gré, à travers une quête pour sauver sa station de métro, voir même toutes les stations, de l’invasion de mutants. À partir de là l’auteur se met à construire une intrigue, certes assez classique dans sa construction, avec ce héros qui avance au fil des péripéties pour trouver comment lutter contre une invasion de mutant, mais qui se révèle très efficace. Le rythme, qui se révèle posé, offrant tout à tout de façon réussi des scènes d’action, de tension, d’adrénaline et de frissons, avec des passages plus calmes alternant entre une description dense de son univers ou bien encore les introspections du héros face à ce qu’il découvre, son évolution et aux nombreuses aventures qu’il va vivre. L’ensemble se laisse lire avec plaisir et on tourne les pages assez facilement pour en apprendre plus sur cette histoire sombre et parfois déroutante, remplie de rebondissements et de surprises.

L’un des points intéressant de ce récit vient, je trouve, de son univers. Alors certes, il demande un peu de temps pour être apprivoisé, principalement face aux nombreuses stations de métro russes aux noms imprononçables sans entrainement qui fait qu’il n’est pas toujours facile de s’y repérer, mais il offre un monde qui se révèle finalement complexe, angoissant, effrayant, oscillant entre rêve et réalité et dont il vaut mieux parfois ne pas trop explorer profondément pour éviter de mauvaises surprises. Il ne faut d’ailleurs pas trop être claustrophobe tant la représentation des voyages dans les tunnels du métro se révèlent parfois assez oppressante et visuelle. Je comprends d’ailleurs parfaitement que cet univers se soit retrouvé adapté en jeu vidéo tant l’aspect survival-horror y est très présent, offrant ainsi une ambiance qui devient de plus en plus dense et lugubre au fil des pages et qui devrait ravir les fans de frissons. Vient aussi s’y ajouter une couche d’aberrations suite aux radiations offrant ainsi quelques monstres des plus effrayants que je vous laisse découvrir. Mais voilà l’auteur ne cherche pas non plus qu’à nous faire peur, loin de là, il nous propose aussi un travail prenant et soigné sur cette humanité forcée d’aller vivre, ou plutôt survivre, sous terre et la façon dont elle a évolué pour essayer de continuer à avancer.

C’est d’ailleurs l’autre point que j’ai trouvé réussi, cette façon de présenter l’humanité qui, devant son besoin de continuer à avancer, finalement retombe dans tous ses travers. Notre héros va ainsi découvrir tout le long de son voyage des stations communistes, capitalistes, néo-nazis voir encore scientifiques. Lui qui ne connaissait rien d’autre que sa station va alors se rendre compte de la diversité qui compose l’Humanité, que ce soit en bien ou en mal, et l’impossibilité pour elle d’arriver à s’entendre, source de conflits réguliers. L’auteur balaie ainsi une belle partie de l’Histoire, cherchant aussi à faire réfléchir le lecteur sur les différentes idéologies, religions et autres aspects mystiques qui ont ainsi amenés les peuples à se déchirer et l’Homme vers l’apocalypse ; tout en restant  neutre dans la présentation. C’est à chacun de se faire son propre avis sur cette population hétérogène, où chacune possède ses qualités et ses défauts, où parfois comprendre les différences de l’autre et de les lui dévoiler est plus difficile que de le juger. On y retrouve aussi, comme souvent avec des romans post-apo, une réflexion simple mais efficace sur la technologie, ce besoin d’aller toujours plus loin. Il n’oublie pas pour autant d’y insérer une certaine dose d’espoir, principalement à travers Artyom, ses rêves et ses découvertes.

Concernant les personnages, Artyom se révèle vraiment intéressant à découvrir à travers son voyage initiatique. Au départ il est un peu « vierge » de tout idéologie, mais il va devoir évoluer devant les différentes personnes qu’il va croiser et les différentes aventures qui vont parfois le mener très loin, voir même très près de la mort. D’ailleurs son aspect assez innocent joue beaucoup sur le fait qu’on s’accroche à ce personnage, car tout comme lui on découvre ce monde, à travers ses yeux, sans les interférences qui pourraient parasiter ses réflexions. Je lui reproche juste par moment d’être un peu trop passif, il donne clairement l’impression de subir éternellement sans jamais ne rien faire pour changer cela, mais rien de vraiment dérangeant non plus. Les personnages secondaires se révèlent eux aussi intéressants et surtout vraiment hétéroclites, chacun ayant un point de vue complètement différent que ce soir sur la guerre, l’humanité ou encore la survie. Ce sont justement ses différentes rencontres qui portent aussi le récit, amenant une certaine diversité de point de vue. Par contre je suis déçu de l’absence de personnage féminin un minimum construit, les femmes sont à peine présentes sur 10 pages et tombent facilement dans la caricature.

Mais voilà pourtant certains points m’ont quand même dérangé dans ce roman. Déjà j’ai trouvé qu’en avançant dans le récit, l’auteur tournait un peu trop en rond dans sa construction. C’est bien simple c’est un peu toujours la même chose, j’avance, je découvre une station, un problème apparait, problème réglé, j’avance. C’est dommage je trouve surtout que vers la fin l’histoire donne en plus l’impression de tirer un peu en longueur. Rien de non plus très méchant, tant l’ensemble se révèle au final efficace, mais qui se ressent tout de même légèrement. Concernant la conclusion, en soit elle n’est pas mauvaise, mais je l’avais deviné quasiment dès le premier quart du roman ce qui gâche finalement l’effet de surprise. Dommage.

Le style de l’auteur m’a un peu dérouté au début, il se révèle certes efficace, entrainant et soigné, mais il me paraissait assez froid. C’est principalement dans les dialogues entre les personnage que j’ai remarqué une certaine distance, je sais que cela vient, selon moi, du fait que l’auteur soit Russe ou la familiarité est sûrement moins présente, mais il m’a fallu un petit moment d’adaptation. Rien de bien méchant tant une fois dans le roman l’ensemble se révèle fluide. Au final j’ai passé un bon moment de lecture avec ce livre et je lirai la suite sans souci qui d’ailleurs m’attends justement dans ma PAL.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman qui nous plonge dans les profondeurs du métro Russe. L’histoire se révèle, certes classique dans sa construction mais efficace et bien mené, suivant le voyage du héros dans sa quête pour sauver sa station d’une grande menace. L’univers qui est développé au fil des pages est vraiment réussi, à la fois sombre, angoissant, troublant, cachant de nombreux secrets dans les ombres. Ce n’est d’ailleurs pas sans raison qu’il a été adapté en jeux-vidéos. Mais surtout l’auteur se sert de ses lignes de métro pour nous faire réfléchir sur l’Homme sa diversité, son impossibilité à s’entendre complètement, à toujours croire avoir raison ce qui a amené l’apocalypse. Les personnages se révèlent intéressant, soigné et efficace et on s’attache rapidement à Artyom. Je regrette par contre l’absence de personnages féminins, les seuls femmes qu’on croise tombant rapidement dans la caricature. La plume de l’auteur, malgré un côté un peu distant et froid, se révèle soignée et entrainante. Je regrette par contre certaines longueurs vers la fin ainsi qu’une conclusion que j’avais devinée dès le début et qui gâche un peu la surprise. Rien de non plus bloquant, tant l’ensemble a été efficace et je lirai la suite sans souci.

 

Ma Note : 7,5/10

 

Autres avis : Herbefol, Lelf, Tesrathilde, Livre-un-jour, etc…

Bleu Argent – Olivier Paquet

bleu argentRésumé : Dans un futur où l’espèce humaine a gagné l’espace, chaque planète abrite une colonie dans la culture est censée se perpétuer au fil des siècles. Mais certains jeunes esprits ne peuvent s’en satisfaire…
C’est un monde isolé, un monde de contes, deux anneaux emmêlés en suspension dans l’espace : Poéia.
C’est un monde de mystères, de cette navette nommée Bleu Argent qui tourne depuis un siècle autour de l’étoile centrale, jusqu’à ces habitants qui choisissent de partir sans donner de raisons.
C’est un monde de lumières, celles qui brille dans les yeux de Lyzia, impatiente de devenir Conteuse, ou dans les rêves de son ami Joris quand il imagine voyager au milieu des étoiles.
C’est l’histoire de la rencontre entre deux légendes, celle qui habite Origine, la station à l’intérieur des anneaux, et celle du Melkine, un navire-université mythique.

Edition : L’Atalante Young Adult

 

Mon Avis : Il y a environ deux ans je me lançais dans le premier tome de la trilogie sur le Melkine d’Olivier Paquet, un cycle qui m’a offert un très bon moment de lecture avec une histoire à la fois sombre, dure, intelligente, mais aussi pleine d’espoir et touchante (Chronique du Tome 1, Tome 2, Tome 3). Par conséquent quand j’ai vu que l’auteur avait décidé de revenir dans cet univers avec ce roman, annoncé aussi un peu plus jeunesse, je n’ai pas mis longtemps avant de l’avoir entre les mains. J’ai l’impression de me répéter, mais je trouve la couverture, illustrée par Manchu, magnifique.

Ce roman nous propose de découvrir Joris et Lyzia deux adolescents qui vivent sur Poéia et cherchent à profiter des derniers instants qu’ils peuvent avoir ensemble avant de devoir se séparer pour vivre leurs rêves. Mais rien ne va se passer comme prévu et ils vont devoir faire face à de nombreux bouleversements. L’auteur construit alors une histoire qui, dès les premiers chapitres, se révèle solide et efficace. Le lecteur se laisse clairement emporter face aux nombreuses péripéties et révélations que vont rencontrer nos héros. L’intrigue se construit d’abord lentement, telle un conte, travaillant le fond pour immerger son public avant d’accélérer le rythme au fil des pages pour aboutir à un final qui se révèle sans temps mort et explosif. Mais voilà ce qui importe surtout ici c’est surtout le chemin qui va se dévoiler. On savoure chaque instant passé avec ces héros, chaque lieu qu’ils nous font voir, chaque découverte et chaque réflexion.

Car oui, l’auteur n’oublie pas pour autant de nous offrir un texte qui se révèle intelligent, proposant ainsi plus qu’un récit divertissant, tout en offrant de l’espoir et du rêve au lecteur. Il nous propose ainsi des axes de réflexions soignés sur la vérité, la connaissance, la curiosité qui pousse parfois les gens à remettre en cause certains aspects, à vouloir évoluer, changer ce qui est figé et démodé , à réfléchir sur leur condition et tenter de mieux comprendre qui ils sont. Il nous offre aussi une explication, ou plutôt une interprétation, de l’histoire très intéressante et efficace sur l’Expansion, comment les Hommes, face à leurs folies destructrices, se sont lancés dans la conquête des étoiles. Mais comme je l’ai dit il nous propose aussi un texte plein d’ambition et de rêve, principalement cristallisés par nos deux héros ; Joris dont l’objectif est de voyager et vivre des histoires dans les étoiles à travers le Melkine et Lydia qui, elle, cherche à devenir conteuse, à se servir de sa voix et de son imagination pour faire vivre des histoires aux autres. Derrière ce livre se cache au final un récit rempli d’optimisme, qui nous rappelle que malgré toutes les incertitudes, tous les doutes ou encore les mensonges il ne faut jamais abandonner son rêve, car qui sait il se réalisera peut-être et le tout de façon touchante et sensible.

Ce qu’il y a de bien avec l’univers qui nous est proposé c’est qu’il permet, à travers les différents romans, de découvrir de nombreuses planètes toutes différentes les unes des autres, possédant leurs propres coutumes et originalités. Poéia n’échappe pas à la règle et on découvre un monde fascinant, déjà par son aspect à travers un double anneau monde rempli de mystères et de surprises qui donne envie d’être découvert, même si je trouve que l’aspect des anneaux emmêlés aurait pu être traité encore plus en profondeur. Mais là c’est plus mon côté lecteur de SF qui parle. En tout cas il s’agit d’une planète intrigante, où les contes sont au coeur de la politique ce qui offre d’ailleurs une narration où ceux-ci viennent s’insérer dans l’intrigue, ce qui, je trouve, apporte un véritable plus à l’ensemble, tout en restant fluide et cohérent. Des petites perles disséminées au milieu des pages qui se savourent avec plaisir. Mais voilà c’est aussi un monde qui n’est pas non plus que lumière, il possède aussi ses parts d’ombre et cache, comme souvent dans l’Expansion, un terrible secret ainsi que son lot de manipulations.

Concernant les personnages j’ai trouvé Lyzia et Joris profondément attachants au fil des pages, principalement à travers leur relation, qu’ils savent impossible sur la durée, suivant deux trajets différents, mais qui pourtant sont liés comme les deux doigts de la main. Une relation émouvante entre dits et non-dits de ces deux adolescents qui, au fil des pages, deviennent de plus en plus adultes, devant faire des choix et accepter. Le personnage de Virgile se révèle aussi intéressant, il remplit parfaitement son rôle de changement, de boussole qui servira à guider nos deux ado au fil de leurs aventures, un héros intelligent même s’il reste par moment un peu trop mystérieux. Concernant les autres protagonistes ils sont plus esquissés, juste ce qu’il faut pour apporter les révélations nécessaires pour faire avancer intrigue et personnages, sans non plus se révéler ennuyeux, même si j’avoue j’aurai peut-être apprécié qu’un de ces personnages soit un peu plus développé. Mais je chipote un peu, ils remplissent parfaitement leurs rôles.

Alors après, cela reste un roman qui doit aussi bien toucher les jeunes et les moins jeunes, ce qui fait que j’ai trouvé parfois que certaines révélations s’obtenaient un peu trop rapidement, mais rien de non plus bien gênant. Par contre, j’ai trouvé que la conclusion était peut-être traitée un peu trop rapidement, cette découverte finale m’a parue être acquis finalement assez facilement. Mais cela n’enlève en rien les qualités de ce livre, venant seulement de mon esprit qui aime bien, je pense, complexifier les choses.

La plume de l’auteur se révèle toujours aussi soignée, entrainante et poétique au fil des pages, plongeant efficacement le lecteur dans l’histoire. Au final un bon roman qui peut être lu par les adolescents comme par les adultes, qui nous parle d’enfance, de magie, de conte, de rêves et d’étoiles, qui nous offre aussi des réflexions intéressantes sur la vérité et une  jolie dose d’optimisme et d’espoir, nous montrant que même si parfois tout va trop vite, que rien n’est facile il faut peut-être prendre le temps de lever les yeux au ciel pour y voir les étoiles ou bien regarder en soi pour y trouver cette petite étincelle de magie. Vous l’aurez remarqué c’est un livre qui m’a touché malgré quelques petits défauts. En tout cas je lirai sans souci d’autres romans de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui, en plus de nous proposer une histoire efficace et entrainante, ne manque pas d’offrir des réflexions intéressantes sur l’évolution, la curiosité, la vérité ou la connaissance tout en y ajoutant une bonne dose de rêves, d’étoiles et d’espoir. La planète de Poéia se révèle fascinante et intrigante, reposant sur ses deux anneaux emmêlés en suspension et où le conte possède une place importante. Les personnages se révèlent attachants et touchants, principalement Joris et Lyzia, et nous entrainent facilement dans leurs aventures. J’aurai peut-être aimé qu’un des personnages secondaires soit un peu plus développé, mais rien de bien gênant. Par contre j’ai trouvé la conclusion traitée peut-être un peu trop rapidement, mais cela ne diminue pas les qualités du récit. La plume de l’auteur est toujours aussi soignée et poétique offrant ici une narration alternée, entre histoire et contes, réussie et passionnante. Au final un très bon récit pour jeunes et moins jeunes et je lirai avec grand plaisir d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

Demain, une Oasis – Ayerdhal

demain une oasisRésumé : Il était moitié médecin moitié technocrate, à Genève. Il avait un nom. Il n’en a plus : on le lui a retiré un soir, avec le reste de son existence. Une limousine devant, une derrière, un coup de freins, des portières qui claquent, un pistolet-mitrailleur, deux baffes bien assénées, une cagoule, des jours dans une cave sous perfusion et somnifères… Normal pour un kidnapping !
C’est au réveil que ça commence à clocher, quelque part dans un désert africain, à côté d’un vieillard gravement gangrené, quand un commando humanitaire lui confie la responsabilité médicale du village dans lequel il l’abandonne…

Edition : Au Diable Vauvert

 

Mon Avis : Je continue ma plongée dans l’univers littéraire d’Ayerdhal, auteur qui m’a toujours marqué par ses récits régulièrement percutants, réfléchis et surtout entrainants. Je n’ai jamais été déçu par les différents textes que j’ai lu de lui. C’est donc sans surprise que je suis reparti des dernières Imaginales avec ce roman sous le bras que je n’avais pas encore lu (il m’en reste encore un certain nombre à découvrir) et qui fait partie de ses premiers romans publiés puisque sorti en 1992. Concernant l’illustration de couverture je la trouve sympathique, même si finalement loin de ce que laisse entrevoir le résumé.

L’histoire en elle-même se révèle assez simple, notre héros, le narrateur, se met à conter l’histoire de sa vie. Il était un simple médecin, devenu analyste de probabilités dans une organisation à Genève le jour où sa vie a changé, le jour où il a été kidnappé puis débarqué en Afrique. L’auteur nous offre dès les premières pages une intrigue qui se révèle sans temps mort, remplie de rebondissements, de retournements de situation et de surprises. Chaque chapitre apporte son lot d’action et d’adrénaline ce qui fait que le lecteur se met à tourner les pages avec un minimum d’envie et de plaisir pour apprendre ce qui a bien pu arriver au héros. Une chose est sûre c’est que Ayerdhal sait parfaitement maîtriser le tempo du récit, offrant un rythme soutenu et tendu du début à la fin. Il propose un personnage principal qui va clairement se retrouver malmené, poussé à bout et qui à force va découvrir la vérité et se découvrir lui-même.

La grande force du récit vient, comme souvent avec l’auteur, des différentes idéologies et réflexions qu’il développe au fil des pages. Ici on n’est pas happé, mais on est littéralement « kidnappé » par les différentes idées qui sont développées. Il cherche clairement à nous ouvrir les yeux sur un problème qui devient de plus en plus capital, l’Afrique, ou plus précisément l’abandon de ce continent par les pays considérés comme développés, voire en voie de développement, la laissant dans son coin tout en lui demandant de ne pas faire de bruit. Une Afrique longtemps gouvernée par des dictateurs qui savent se vendre au plus offrant, ne se souciant ni de leurs pays, ni de leurs populations mais plus d’eux-même. Il nous parle de ces pays riches, de ces industriels qui préfèrent financer des programmes exorbitants sur des études et des travaux pas toujours nécessaires plutôt que de fournir une infime partie de leurs budgets à l’humanitaire. On découvre un système de  santé à double vitesse qui repose sur des laboratoires qui voient plus le profit que la guérison. Cette Afrique a perdu tout intérêt dans ce futur, elle est oubliée, laissée pour compte et surtout subit nos erreurs, la désertification et la sécheresse gagnant de plus en plus de surface. L’auteur n’y va pas avec le dos de la cuillère, il est là pour réveiller le lecteur et pour cela y va franchement, c’est une véritable claque qu’on se prend du début à la fin, on retient sa respiration au fil des pages. L’auteur veut nous ouvrir les yeux et il le fait de façon percutante et efficace je trouve. Ce qui marque aussi c’est que, comme je l’ai dit, ce roman a été écrit en 1992 et pourtant il se révèle encore terriblement d’actualité, voir même s’est révélé visionnaire à l’époque.

Mais voilà l’auteur ne se sert pas de la Science-Fiction que pour nous secouer, au fil des pages il relâche doucement la pression et devient alors un peu idéaliste, essayant d’offrir un espoir et ainsi éviter de noyer le lecteur dans le cynisme. Il imagine un continent dont les nations commenceraient à se rassembler, avec un idéal, essayer de relever ce continent oublié, certes par des voies pas toujours légales, comme le terroriste ou le kidnapping de personnels adaptés pour les aider. C’est d’ailleurs cette réflexion qui marque et dérange le lecteur, je trouve, tout du long : La survie d’une nation doit-elle passer par des actions illégales ? Nous, pays « civilisés », avons-nous fait les choses mieux et de façon différente ? À chacun de se faire son avis. En tout cas ils n’ont plus décidé de se faire marcher dessus et ont des idées à défaut de moyens. Alors j’avoue, l’auteur va parfois trop loin, cherchant à trop en faire, à trop secouer le lecteur, c’est parfois légèrement agaçant, mais vu que le roman est assez court on passe très vite au-dessus de ces quelques légers désagréments, qui sont finalement assez vite oublier devant l’ampleur du message à faire passer. Par contre, j’ai trouvé l’idée finale peut-être un peu trop utopiste, mais rien de bien gênant.

Concernant les personnages, je dois dire qu’on s’attache assez rapidement et facilement au narrateur, personnage lambda d’une nation aisée qui se retrouve dans ce qu’il considère initialement comme un enfer et qui va peu à peu découvrir et ouvrir les yeux. D’ailleurs le fait que l’auteur ne lui donne jamais de nom, mais simplement des surnoms joue aussi sur cette identification, car finalement il pourrait être n’importe qui. Concernant les autres personnages ils ne manquent pas d’intérêt, chacun ayant une vision et un vécu différent du conflit, de l’abandon. Mais voilà je trouve qu’ils manquent quand même de profondeur, ce sont des héros qui ne vivent que dans le présent, il leur manque un peu de background, d’histoire selon moi, et c’est parfois frustrant de ne pas en savoir plus sur certains. De plus j’ai trouvé l’histoire d’amour un peu trop facile et aussi un peu trop pratique, rien de dérangeant, juste on sent qu’elle est là car elle sert l’intrigue.

La plume de l’auteur se révèle toujours aussi incisive, mordante, efficace et entrainante, nous plongeant avec facilité dans son histoire pour ne jamais relâcher le lecteur avant la fin, malgré j’avoue quelques métaphores surprenantes. Un roman clairement engagé, politique, intelligent, qui mérite d’être découvert, même si on peut ne pas toujours être d’accord avec ce qui est mis en avant. Au final j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman et je continuerai donc à découvrir d’autres récits de l’auteur sans souci et avec plaisir.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce livre qui propose de nous faire un sujet encore d’actualité qui est l’Afrique, sa pauvreté et son abandon. L’auteur construit alors un récit sans temps mort, plein d’adrénaline au cours duquel on suit les aventures du narrateur, médecin kidnappé et livré sur ce continent. Mais c’est surtout sur le message que l’auteur cherche à faire passer qu’on prend une véritable claque, car il cherche à ouvrir les yeux de ses lecteurs sur un véritable problème de société, et il le fait de façon percutante et directe. Ce roman possède même un aspect limite visionnaire quand on sait qu’il a été écrit au début des années 90 et qu’on voit ce qui se passe aujourd’hui. Par contre j’ai trouvé l’idée de conclusion un peu trop utopiste. Le personnage principal se révèle attachant et on s’identifie rapidement à lui, les personnages secondaires sont intéressants même si j’aurai aimé en savoir plus sur certains. En revanche, j’ai trouvé l’histoire d’amour un peu facile, même si rien de non plus bloquant. La plume de l’auteur se révèle vraiment incisive, entrainante et efficace, malgré parfois quelques métaphores un peu surprenantes. Un livre qui mérite d’être découvert selon moi si on ne veut pas fermer les yeux. En tout cas je continuerai à lire des romans de l’auteur sans souci.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Lorhkan, A.C. de Haenne, Julien le Naufragé, …

Interférences – Yoss

interferencesRésumé : Deux voisins bien différents : un grand pays, un petit pays. L’un est démocratique et développé. L’autre est gouverné par un Dictateur affable…
Trois événements incongrus viennent bousculer les relations déjà tendues de ces deux voisins-ennemis : une curieuseinterférence perturbant les émissions télévisées, un rayon étrange aux effets inattendus, et des cheminées s’élevant rageusement vers les cieux.
Le propos, jamais ouvertement politique, dessine un portrait au vitriol de la société cubaine. C’est truculent, hilarant, divertissant. Entre ce petit pays et son grand voisin, tout est prétexte à des interférences !

Edition : Rivière Blanche
Poche : Hélios

 

Mon Avis : J’ai découvert Yoss il y a quelques années lors de son passage aux Imaginales où il était venu présenter son recueil de nouvelles, Planète à Louer, qui a l’époque avait fini entre mes mains avec et qui m’avait offert un bon moment de lecture avec des textes marquants, efficaces et clairement engagés (retrouvez ma chronique ici). C’est donc sans surprises que lors de son passage aux Imaginales 2014 je suis reparti avec cet autre recueil de nouvelles qui profitait de cette occasion pour s’offrir sortie en format poche. À noter aussi la couverture que je trouve vraiment intrigante par son jeu d’images et de couleur. Ce livre comporte trois textes qui forment un « roman-novelliste », une interview de l’auteur menée par Sylvie Miller sa traductrice ainsi que deux textes bonus.

Ce qui m’avait marqué dans le précédent recueil que j’avais lu de Yoss c’était justement sa capacité à construire des textes qui se révélaient intelligents tout en y ajoutant une dose de Science-Fiction, d’intelligence et offrant un ensemble qui se révèle rythmé et engagé. On retrouve nettement cette tendance avec Interférences qui nous propose alors trois textes, liés entre eux, et traitant de  deux pays voisins, un grand pays qui se veut démocratique et un petit pays totalitaire, mais dirigé par un dictateur qui se veut guide de son peuple (toutes ressemblances avec les USA et Cuba n’est pas fortuite je vous rassure). Une fois le cadre posé l’auteur se met alors à nous décrire de façon passionnante la réaction de ces deux pays devant des phénomènes, souvent inexpliqués, qui vont profondément les bouleverser et surtout les révéler. On se retrouve alors avec une critique acerbe, souvent pleine d’ironie, de deux nations aux visions totalement opposés et qui, officiellement, ne peuvent pas s’entendre et font tout pour se pourri l’un l’autre.

Que ce soit dans le premier récit Les Interférences, où une télévision, dans le petit pays, se met à annoncer le futur où l’auteur se met alors, en plus de construire son univers barré et pourtant si réaliste, à traiter de la façon dont une dictature pourrait se servir d’une telle technologie pour asseoir sa légitimité et supériorité grâce, par exemple, à la revente d’informations connues à l’avance. Plus on avance plus le sujet devient grave et pourtant totalement délirant, arrivant à osciller avec les deux notions sans jamais tomber dans l’excès. On rigole tout en se posant des questions sur ce petit pays si fermé et contrôlé qui cherche une reconnaissance. Le second texte, Les Pièces, lui, nous propose de voir comment vont réagir le grand pays et le petit pays face à, ce qui parait être, un virus ou une invasion alien incontrôlée transformant une partie de la population en « objets ». De nouveau l’auteur pousse son sujet à son paroxysme et toujours dans l’humour noir, nous démontrant que le grand pays face à sa taille et son aspect démocratique plonge plus facilement dans l’angoisse de masse, le repli et la peur là où le petit pays lui risque de mieux s’en sortir tant il contrôle et censure son peuple. Il offre aussi par la même occasion une belle critique des armes à feux et des soins pour finir dans une conclusion totalement mystique et extravagante. La dernière nouvelle, Les Cheminées, va pousser la folie et l’incongru à son paroxysme en dévoilant une guerre d’égo, une compétition entre le grand pays et le petit pays pour savoir qui aura la plus grande cheminée du monde, soutenu par un peuple qui ne cherche qu’à voir qui est le meilleur sans chercher à comprendre les conséquences et qui aboutit à une conclusion absurde et pourtant tellement marquante. Ce texte offre aussi une critique assez efficace sur ce qui se passe depuis quelques années au niveau des gratte-ciel.

Au final ces trois textes se révèlent savoureux que ce soit dans la dérision efficace qu’il propose au fil des pages, mais aussi dans la critique acerbe, et pourtant si réaliste, qui est à peine voilée que ce soit aussi bien au niveau de Cuba (le petit pays) qu’au niveau des USA (le grand pays) qui est loin, lui aussi, d’être parfait. Surtout on sent bien que l’auteur aime son pays, que malgré ses nombreux points critiquables et ses défauts il est loin d’être l’enfer, que ce soit par la vision de la population qui nous est présenté, ou encore par cet accent de nostalgie que j’ai trouvé qui se dégageait des différents textes. Trois nouvelles intelligentes, traitées avec finesse, fantaisie et que j’ai lu avec grand plaisir. Si l’auteur veut revenir dans cet univers c’est avec plaisir que je me laisserai tenter.

Concernant le reste des livres la suite nous propose une interview de l’auteur qui nous permet d’en apprendre plus sur lui, que ce soit dans ses influences comme dans sa façon, ainsi que celle de Cuba, de voir la SF, mais aussi sur la perception de ses textes dans son pays (Interférences n’étant pas publié à Cuba). Un échange entre Yoss et Sylvie Miller qui se révèle vraiment intéressant à découvrir. Vient ensuite deux nouvelles bonus, la première Ils Étaient Venus permettant à l’auteur de revisiter le principe du premier contact, toujours avec un certain humour, mais qui m’a paru un peu long et plutôt anecdotique dans ce livre. La seconde Seppuku nous propose un texte à l’ambiance asiatique, et plus précisément sur les samouraïs, dont je reconnais les attraits stylistiques, on sent que l’auteur à travailler sa plume, mais qui m’a paru légèrement brouillonne et surtout dénote totalement avec le reste des écrits du livre. Au final un petit livre qui m’a offert une bonne lecture et me donne envie d’en apprendre encore plus sur les autres textes de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce petit livre qui nous propose trois nouvelles imbriqués les une dans les autres et proposant une critique acerbe, efficace et pleine d’humour sur la situation entre un petit pays et un grand pays qui n’est pas sans rappelé Cuba et les USA. Rien que pour ces trois nouvelles ce texte mérite d’être découvert où se dévoile un petit pays loin de la dictature et la tyrannie qu’on connait et où le grands pays et loin d’être le paradis. On sent d’ailleurs une certaine nostalgie et un certain amour de l’auteur pour sa nation malgré ses innombrables défauts. Le recueil nous fait aussi découvrir une interview de Yoss menée par Sylvie Miller et qui se révèle vraiment intéressante ainsi que deux nouvelles considérées comme « bonus » qui se révèlent sympa mais un cran en-dessous des trois premiers récits. Au final un recueil qui mérite d’être découvert et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

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