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Les Chroniques du Radch Tome 1, La Justice de L’Ancillaire – Ann Leckie

la justice de l'ancillaireRésumé : Rien ne peut arrêter l’expansion radchaaï. Chaque annexion fournit des armées supplémentaires, les ancillaires, des captifs à la conscience détruite changés en troupes de choc, des marionnettes animées par l’intelligence artificielle des vaisseaux de guerre de l’empire. L’un de ces vaisseaux, le Justice de Toren, a été détruit, victime d’un complot au plus haut niveau du pouvoir. Mais son IA est parvenue à s’échapper et à s’incarner dans le seul ancillaire rescapé du massacre. Dix-neuf ans plus tard, sa vengeance est sur le point de s’accomplir…

Edition : J’ai Lu Nouveaux Millénaires

 

Mon Avis : Cette trilogie, j’en entends énormément parler depuis sa sortie aux USA, dont j’ai survolé de nombreux retour en VO qui se révélaient en majorité tous positifs. De plus, il est a noté que ce livre s’est offert de nombreuses récompenses dont le prestigieux prix Hugo, même si j’en reparlerai. C’est donc sans surprises que quand j’ai appris que ce roman allait être publié en français, je n’ai pas mis longtemps à le faire entrer dans ma PAL et à me lancer dans sa lecture. À noter la couverture que je trouve assez réussie. Par contre, je me permets une petite digression rapide sur la traduction, je ne reviens pas sur le chois par rapport au pronom, il fallait en faire un, mais certains passages m’ont légèrement paru manquer de fluidité, comme si le traducteur avait manqué de temps.

On se retrouve ainsi à suivre Breq, perdue sur une planète glaciale, à la recherche d’une personne bien précise dans sa quête. On va alors découvrir au fil des pages que Breq est en fait le Justice de Toren, Intelligence Artificielle d’un vaisseau militaire, trahi et détruit et dont Breq en est la dernière incarnation qui cherche à se venger. Annoncé comme cela l’intrigue n’a rien de vraiment révolutionnaire et je dois bien l’avouer que c’est le cas, mais pour autant ce livre est loin d’être mauvais et j’avoue avoir été rapidement embarqué dans cette quête de vengeance. Car même si le récit n’est pas des plus original, cela ne l’empêche pas de posséder de bonnes idées et surtout de se révéler fluide, efficace et entrainant. L’auteur joue ainsi sur deux fils de narration, la première celle de Breq dans sa quête de vengeance et la seconde celle du Justice de Toren, ce qui a amené ce complot et sa destruction, on monte ainsi lentement en tension au fil des pages, des rebondissements et des révélations et j’avoue m’être laissé de plus en plus happer par le puzzle qui commence à se dévoiler. Attention, on n’est pas non plus dans le roman effréné rempli d’explosion et d’action, l’auteur construit son récit lentement, avec des passages nerveux et d’autres plus réfléchis, qui je trouve marche bien. Entre complot, machination et trahisons l’ensemble se révèle clairement efficace et captivant. Alors certes, c’est vrai, un certain essoufflement se ressent dans une partie du dernier tiers du récit, et certains passages paraissent un peu trop verbeux, mais dans l’ensemble j’ai trouvé le récit efficace et plus que divertissant.

Concernant l’univers, je dois bien avouer que l’élément important et original vient principalement de la société du Radch, et principalement de leur utilisation du pronom. En effet pour le radchaaï le seul genre qui existe est le genre féminin, ce qui fait que chaque personnage est présenté comme « elle », sauf quand ils vont d’en d’autres cultures pour éviter des impairs. J’ai trouvé que cela offrait quelque chose d’assez surprenant et efficace, car on ne se réfère ainsi plus au genre ;  chaque personnage peut être ainsi interpréter par le lecteur comme un homme ou une femme. Chacun se retrouve ainsi à se faire sa propre opinion, et surtout j’ai trouvé que cela pouvait amener, pour peut qu’on se laisse prendre par ce choix, à des réflexions sur la position du genre en général, mais aussi dans les écrits face à nos attentes. Concernant le reste de l’univers construit par l’auteur il apparait assez classique dans sa présentation, avec ce peuple colonialiste qui a besoin de s’étendre pour vivre sous peine de s’effondrer sur lui-même, ces nombreuses technologies futuristes que ce soit dans les vaisseaux, les voyages dans l’espace ou encore sur les Intelligences Artificielles, mais se révèle finalement, je trouve, solide même s’il me parait encore au stade embryonnaire et devrait prendre encore plus d’ampleur par la suite principalement sur ce conflit avec les extra-terrestres. L’aspect politique ne manque pas de faux-semblants et de manipulations, même si certains aspects sont devinables, et je l’ai trouvé attrayant et prenant. En tout cas un univers qui me donne envie d’en apprendre plus.

Concernant les personnages il faut bien avouer qu’au début, avec le jeu sur les pronoms, on a du mal parfois à se lier complètement à eux, car on a un peu de mal à les définir comme on peut le faire d’habitude, à les visualiser, mais finalement très vite on se rend vite compte que les frontières disparaissent et on se laisse alors porter par les protagonistes. Que ce soit Breq dans sa quête de vengeance, IA qui va se révéler finalement « humaine » dans ses choix et ses réactions, mais aussi Seivarden, jeune capitaine qui se réveille après près de mille ans en cryogénisation et qui a perdu tous ses repères et doit se réadapter à ce monde. Chaque personnage se révèle ainsi intéressant à suivre et à découvrir, certes il arrive que certains choix paraissent douter et certaines évolutions un peu faciles, mais franchement pour un premier roman je n’ai rien trouvé de trop dérangeant. Concernant les personnages secondaires, il y a du bon et du un peu moins bon selon moi. Je reproche à certains de n’être là que pour faire avancer l’intrigue, ce qui est légèrement dommage.

Alors, finalement, quelle est le principal reproche qu’on pourrait faire à ce livre? C’est bien simple c’est sa liste de prix longue comme un bras. Je m’explique. Comme beaucoup, je pense, quand on choisit un livre primé on s’attend soit à un livre d’ambiance intense, soit à une énorme originalité, ou pourquoi pas aussi une « claque », sauf que voilà La Justice de l’Ancillaire n’est finalement qu’un livre de Space-Opera militaire plutôt classiques avec quelques bonnes idées, mais rien de non plus franchement révolutionnaire. Attention ce n’est pas une critique, j’ai apprécié cette lecture. Faut-il pour autant bouder ce roman? Je répondrai non, tout dépend de vos attentes. Si vous cherchez le dernier livre révolutionnaire, passez votre chemin, si vous cherchez par contre une lecture SF plus que divertissante et efficace, alors laissez-vous tenter et faites-vous votre avis. Dans tous les cas ne vous faites pas avoir par la cette liste de prix gagnée par ce livre.

La plume de l’auteur se révèle simple, efficace et entrainante, malgré parfois quelques légers soucis de fluidité. Au fil des pages j’ai de plus en plus été pris par ce récit, malgré un léger essoufflement dans le dernier tiers, et je lirai sans soucis la suite des Chroniques du Radch pour savoir ce que va bien pouvoir proposer l’auteur par la suite.

En Résumé : J’ai passé un très agréable moment de lecture avec ce premier tome de cette trilogie qui nous offre une histoire de vengeance efficace et entrainante, qui monte doucement en tension et a réussi à me happer de plus en plus au fil des pages. Certes un léger essoufflement se ressent dans le dernier tiers et certains dialogues paraissent un peu trop verbeux, mais rien de non plus bloquant. La grande originalité de l’univers vient de la fonction du genre qui se perd pour le radchaaï où le seul genre qui existe est le genre féminin, cela peut dérouter, mais qui, je trouve pourtant, offre quelque chose au récit dans notre approche des héros comme dans les réflexions que cela ouvre. Le reste de l’univers se révèle certes classique, mais solide et efficace. Concernant les personnage le jeu sur les genres fait que j’ai pris un peu de temps à complètement m’accrocher à eux, mais une fois cette barrière tombée je me suis lié à eux et à leurs aventures avec plaisir. Je reprocherai juste certains protagonistes secondaires qui ne sont là que pour faire avancer l’intrigue. Le principal soucis de ce livre, je pense, vient de sa liste de prix assez impressionnante, ce qui peut amener certaines attentes assez importantes, mais qui ne trouvent pas obligatoirement de réponse lors de la lecture. Alors attention ce livre est bon dans le genre Space-Opera militaire avec complots et trahisons, mais si vous cherchez la claque de l’année ou le roman original du moment vous risque peut-être d’être déçu. À vous de voir. La plume de l’auteur se révèle fluide, simple et efficace et je lirai sans soucis la suite de cette trilogie.

 

Ma Note : 7,5/10

Hamlet au Paradis – Jo Walton

hamlet au paradisRésumé : Londres. 1949.
Viola Lark a coupé les ponts avec sa noble famille pour faire carrière dans le théâtre. Quand on lui propose de jouer le rôle-titre dans un Hamlet modernisé où les genres ont été chamboulés, elle n’hésite pas une seconde. Mais l’euphorie est de courte durée, car une des actrices de la troupe vient de mourir dans l’explosion de sa maison de banlieue.
Chargé de l’affaire, l’inspecteur Carmichael de Scotland Yard découvre vite que cette explosion n’est pas due à une des nombreuses bombes défectueuses du Blitz. Dans le même temps, Viola va cruellement s’apercevoir qu’elle ne peut échapper ni à la politique ni à sa famille dans une Angleterre qui embrasse la botte allemande et rampe lentement vers un fascisme de plus en plus assumé.

Edition : Denoël Lunes D’Encre

 

Mon Avis : Jo Walton, depuis ma lecture de Morwenna (chronique ici) qui m’avait fasciné, fait partie des auteurs dont je suis assidument les publications en VF. Il y a donc quelques mois, je me suis laissé tenter par le premier tome d’une trilogie mélangeant policier anglais et uchronie sur la seconde guerre mondiale, Le Cercle de Farthing, qui m’avait offert un très bon moment de lecture nous faisant découvrir un univers parallèle solide et qui méritait d’être approfondi (ma chronique ). Justement, Hamlet au Paradis qui en est le second tome, a sans surprises fini rapidement dans ma PAL puis entre mes mains. Concernant la couverture elle est dans le même style que celle du premier tome et met clairement dans l’ambiance uchronique, je trouve.

L’histoire nous plonge quelques semaines après les évènements du premier tome et on y retrouve l’inspecteur Carmichael qui va devoir cette fois enquêter sur la mort d’une actrice suite à l’explosion d’une bombe à son domicile. Première surprise, autant on retrouve Carmichael qui mène l’enquête, autant les personnages de Lucy et David Khan ne sont pas présents, mis à part quelques citations ici ou là, ce qui fait qu’on plonge dans ce qu’on pourrait considérer, d’une certaine façon, comme une nouvelle histoire. Un peu comme un livre policier qui suit toujours le même héros à travers différentes enquêtes, mais ici avec un intérêt tout particulier venant de l’évolution de cet univers parallèle. On y retrouve toujours bien l’idée de polar anglais, mais ici pas véritablement de jeux de manipulations ni de mystère à dévoiler pour déterminer un coupable, mais plus une lente montée en tension, qui se révèle réussie et prenante, pour essayer d’arrêter une menace terroriste.

L’ensemble se révèle ainsi du point de vue de l’intrigue vraiment réussi, offrant une sorte de course contre la montre, mais le tout présentant ainsi des axes de réflexions intelligents, servant au lecteur à se poser des questions sur cet attentat et les conséquences que cela peut avoir sur la face du monde ; en bien ou en mal. L’auteur évite d’ailleurs de tomber dans la simplicité et le manichéisme, présentant quelque chose de plus complexe, à travers plusieurs points de vues. J’ai d’ailleurs trouvé cette intrigue un tout petit peu plus intéressante que celle du Cercle de Farthing, même si celle du premier tome se révélait aussi très efficace. Certes le choix peut paraitre simple, mais ici, dans le contexte, prend plus d’ambiguïté et de difficulté. On y retrouve aussi cette sorte de décalage très British entre le côté finalement sombre de l’intrigue et de l’univers et de son appréhension par les personnages et l’ambiance mise en place qui, je trouve, offre un aspect assez percutant.

Concernant l’univers, le premier tome servait clairement d’introduction, offrant un monde parallèle solide, mais dont on espérait plus. C’est justement le cas dans ce second tome où cette fameuse paix de Farthing qui a mis fin à la participation de l’Angleterre à la seconde guerre mondiale, l’alliant d’une certaine façon à l’Allemagne d’Hitler, et permettant à ses derniers de conquérir l’Europe, excepté la Russie, va soulever de nombreuses réflexions intelligentes, captivantes et soignées. En effet le gouvernement anglais glisse de plus en plus vers le modèle allemand et on se retrouve à en découvrir, en toile de fond, les conséquences, mais aussi et surtout la façon dont ses changements sont pressentis et jugés par la population. L’indifférence du peuple, face aux manipulations politiques qui tendent de plus en plus vers le fascisme, mais que personne ne voit vraiment par soucis de sécurité, de faiblesse, de méconnaissance, de désaveu etc… Surtout tout ce que soulève l’auteur continue, d’une certaine façon, à avoir des échos par rapport à notre société actuelle tant ses questions continuent à faire réagir, polémique de nos jours. L’auteur n’oublie pas non plus pour autant de nous brosser une société anglaise des années 40-50 assez fascinante et colorée, avec une bonne dose de flegme, policée, mais qui pourtant cache de nombreuses failles et de nombreux secrets. On ressent aussi toujours de façon pernicieuse, et qui colle parfaitement au récit, cette ambiance malsaine sur les classes, mais aussi discriminatoire, parfois violente, démontrant une méconnaissance et une non-envie d’en savoir plus parfois sur certains sujets graves.

Les personnages, comme je l’ai déjà dit on retrouve l’inspecteur Carmichael, que menait déjà l’enquête dans le premier volume, et dont j’avoue j’étais intéressé de savoir comment il allait évoluer suite aux révélations de la fin du Cercle de Farthing. Je dois bien avouer qu’il prend de l’ampleur. Il dévoile ainsi un personnage complexe, ambigu, à la fois un homme qui doit se cacher, cacher sa vie, qui aime son métier de policier et qui doit jouer dans un jeu qui le dépasse. On découvre ainsi un héros humain, qui fait parfois des choix contestables et contestés, mais qui arrive à accrocher le lecteur car on le comprend.

Comme dans le roman précédent l’auteur utilise deux narrations avec deux personnages principaux, une narration à la troisième personne avec Carmichael et une autre à la première personne avec cette fois une nouvelle héroïne, Viola actrice de théâtre et fille d’une famille Noble et respectée. Et je dois bien avouer qu’avec cette dernière j’ai eu un tout petit peu plus de mal à complètement m’accrocher à elle, elle représente pourtant une Angleterre insouciante de ce qui se passe autour d’elle, fascinée par son univers du Théâtre et du divertissement, qui va se retrouver par la force des choses plongé dans un monde qui va la déstabiliser et de ce point de vue là elle se révèle vraiment intéressante. Mais voilà, je ne sais pas trop, je trouvais qu’elle me paraissait un peu trop déconnectée de la réalité et surtout un peu trop « souple » dans sa façon d’assimiler de telles informations sans jamais vraiment les remettre en question voir les rejeter malgré le fait qu’elles viennent choquer ses convictions. Mais bon ce n’est non plus en rien bloquant, juste un léger sentiment de décalage. Les personnages secondaires offrent aussi un panel intéressant de personnages, offrant différents points de vues

Concernant la plume de l’auteur elle se révèle efficace, soignée, fluide et entrainante, qui happe finalement assez rapidement le lecteur dans son récit, que j’ai eu du mal à lâcher avant la fin, offrant une conclusion percutante et efficace. Je regretterai par contre certains dialogues qui m’ont paru surfaits, voir parfois légèrement inutiles, comme si l’auteur cherchait à trop en faire là où il n’y avait pas besoin, mais rien de non plus dérangeant tant l’ensemble se révèle efficace. Au final un second tome réussi, qui m’a offert un très bon moment de lecture et dont je lirai la suite avec grand plaisir, histoire de savoir comment seront résolus certaines questions.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce livre, qui est le second tome d’une trilogie et qui offre une intrigue qui diffère des mystères du premier tome pour nous offrir une course contre la montre qui soulève de nombreuses questions. L’univers uchronique prend ici de l’ampleur avec cette Angleterre alliée d’Hitler et offre alors à travers les héros et leurs actes de nombreux axes de réflexions qui font encore échos à notre société actuelle tant les sujets arrivent encore à faire débat. Concernant les personnages, j’aime beaucoup l’évolution que prend Carmichael, offrant un personnage ambigu qui doit faire des choix parfois contestable et contestés mais qu’on comprend. J’ai par contre eu légèrement plus de mal avec Viola qui m’a paru parfois un peu trop conciliante et superficielle, mais bon rien de bloquant. La plume de l’auteur se révèle soignée, fluide et efficace et nous plonge facilement dans son récit, je regretterai juste certains dialogues qui m’ont paru surfaits voir inutiles, comme si l’auteur cherchait à trop en faire. Rien de dérangeant. Je lirai en tout cas le troisième tome avec grand plaisir.

 

Ma Note : 8/10

Futu.re – Dmitry Glukhovsky

futu.reRésumé : Dans un avenir pas si lointain… l’humanité a su manipuler son génome pour stopper le processus de vieillissement et jouir ainsi d’une forme d’immortalité.
L’Europe, devenue une gigapole hérissée de gratte-ciel où s’entasse l’ensemble de la population, fait figure d’utopie car la vie y est sacrée et la politique de contrôle démographique raisonnée.
La loi du Choix prône que tout couple qui souhaite avoir un enfant doit déclarer la grossesse à l’État et désigner le parent qui devra accepter l’injection d’un accélérateur métabolique qui provoquera son décès à plus ou moins brève échéance.
Une mort pour une vie, c’est le prix de l’État providence européen.
Matricule 717 est un membre de la Phalange qui débusque les contrevenants. Il vit dans un cube miteux de deux mètres d’arête et se contente du boulot de bras droit d’un commandant de groupe d’intervention. Un jour, pourtant, le destin semble lui sourire quand un sénateur lui propose un travail en sous-main : éliminer un activiste du parti de la Vie, farouche opposant à la loi du Choix et au parti de l’Immortalité, qui menace de briser un statu quo séculaire.

Edition : L’Atalante

 

Mon Avis : De Dmitry Glukhovsky, pour le moment je n’ai seulement lu Metro 2033, qui m’avait offert un bon moment de lecture avec un récit post-apocalyptique entrainant, prenant et efficace même si un peu long et à la fin prévisible (ma chronique ici). Quand on m’a proposé de découvrir son dernier roman publié en France, j’avoue ne pas avoir attendu trop longtemps avant de me laisser tenter surtout face à un résumé très accrocheur et une illustration de couverture que je trouve clairement efficace.

On se retrouve ici plongé dès la première page dans une avenir qu’on pourrait considérer comme une Utopie où l’humanité a réussie à s’élever vers l’immortalité. Sauf que cette immortalité va très vite apporté de nombreux soucis, et cette Utopie va rapidement se révéler viciée face à la surpopulation grandissante, près de 120 milliards de personnes en Europe, ainsi que la disparition de la beauté et de la nature au profit du béton pour permettre de loger tout le monde. Une politique de natalité est alors mise en place en Europe, prônant la fin de l’immortalité d’un des deux parents contre la vie de l’enfant. Cette loi est ainsi appliquée par les Immortels, des enfants dont les parents ont ignoré la loi et qui ont été récupérés par le gouvernement pour être formés à cette tâche. Pourtant un jour la vie de 717, un immortel, va basculer. Je dois bien avouer qu’une fois la dernière page tournée, ce roman, joli pavé de près de 750 pages, s’est révélé être une lecture, certes d’une certaine façon dérangeante, trash et violente, mais qui m’a captivé et m’a offert une lecture marquante qui continue à me travailler.

Une chose est sûre, plonger dans le quotidien du matricule 717, Jan Nachtingal, ne va pas laisser le lecteur indifférent et il va peut-être falloir s’accrocher tant l’univers futuriste que nous présente l’auteur est loin d’être le rêve annoncé et le héros se révèle un contre-héros vraiment sombre, égoïste, limite un bel enfoiré. Si vous cherchez une lecture positive ou un roman d’espoir sur notre avenir, alors passez votre chemin, même si ce serait dommage, car vous passeriez à côté d’un grand roman de Science-Fiction. Certes l’ensemble est loin d’être joyeux, mais peut-on vraiment lui en vouloir, tant notre vision du monde actuel est loin de laisser de perspectives réjouissantes.

L’Europe que nous dépeint l’auteur se révèle ainsi à la fois déprimante et fascinante, ensemble d’immeuble géants, de bétons, de trains et de hubs. Des milliards de personnes s’entassent dans des espaces de plus en plus petits, où 4m² se révèle un logement décent, où la vie est régie par des politiques de plus en plus déshumanisées et atrophiés dans leurs jeunesses éternelles. La superficialité a ainsi gagné son paroxysme au sein de la population où la norme est devenue la jeunesse et la beauté éternelle ;  tous ceux qui dérogent à cette règle sont ainsi marginalisés, ostracisées. La vieillesse est ainsi devenue le cauchemar de tout le monde.  Sauf que voilà cette immortalité, à défaut d’avoir élevé l’humanité, donne plus l’impression de l’avoir rendue amorphe, figée, incapable de s’en élever pour essayer d’offrir le meilleur. Plus aucun art, plus aucune beauté ne se dégage de l’Homme qui se morfond sur lui-même, sans réaction et qui est prêt à tout accepter du moment que son bonheur personnel, tout relatif qu’il est, n’est en rien modifié. On y retrouve aussi une réflexion sur la manipulation des médias et de l’information qui, certes se révèle déjà-vu, mais ne manque pas d’intérêt. Les hommes et les femmes se sont ainsi libérer de certaines chaines, mais donnent l’impression de s’en être attachés de nombreuses autres. Le pouvoir se retrouve ainsi dans les mains des mêmes personnes depuis des siècles, avec toutes les conséquences et les folies que cela entraine. Finalement, l’Immortalité n’est-elle pas le fléau de l’humanité? Son paroxysme de solitude?

C’est dans ce monde qu’on se retrouve à suivre Jan, un héros loin d’être un personnage vraiment attachant tant il est égoïste, xénophobe envers tout ce qui est contraire aux lois qu’il considère comme utopique, violent et qui pense que le plus grand soucis de l’humanité vient de ceux qui ne respectent pas cette loi du Choix. Un anti-héros exacerbé, qui n’est finalement que le produit de cette société et qui va pourtant réussir à fasciner le lecteur, premièrement car il permet de découvrir ce monde et cette société du point de vue d’un homme limite « lambda », pure produit des lois, et surtout par les nombreux changements et les nombreuses évolutions qu’il va devoir effectuer au court du récit et de ses différentes rencontres. En effet ce sont les révélations qui vont lui tomber dessus et sa façon de devoir évoluer qui font qu’on s’accroche finalement à lui, malgré ses nombreux côtés détestables ; il va ainsi ouvrir d’une certaine façon les yeux et par la même occasion pousser le lecteur à la réflexion que ce soit sur les soucis de notre société comme sur les choix que nous serions capables de faire. Alors après, certes, je le dis et le maintiens, le héros est détestable, mais il n’est pas pour autant un monstre et les nombreux flashbacks, ainsi que les relations du héros au fil des pages vont finalement nous le rendre plus humain ; on accepte peut-être pas pour autant ce qu’il fait et la façon qu’il a de le faire, mais on le comprend un peu plus. Les autres personnages sont tout aussi intéressants, que ce soit dans leurs réflexions comme dans leurs non-dit, on se rend vite compte de la diversité qui existe, dans un monde où on essaie d’imposer une certaine unicité. Vaincre la mort n’est peut-être que finalement plonger dans un monde sans fin, sans émotions, sans sensations tant tout devient répétitif et sans enjeux. L’Homme est peut-être finalement défini dans sa relation avec la mort.

Mais voilà, ce roman n’est pas non plus qu’une claque concernant notre avenir et un travail efficace de réflexion froid et sans concession, il s’agit aussi d’un récit qui se révèle terriblement efficace, entrainant, nerveux et bien porté par de nombreux rebondissements et de surprises, mais aussi par une intrigue qui se révèle plus complexe qu’on peut le croire aux premiers abords, avec son jeu de mensonges et de manipulations. On est ainsi happé par le rythme soutenu que nous propose l’auteur tout au long du récit, qui monte en tension au fil des pages pour offrir un final qui va se révéler explosif, prenant, passionnant et plein de révélations. Alors après j’ai quand même trouvé qu’il y avait quelques longueurs au niveau du récit, principalement vers la fin, où l’auteur en fait peut-être un peu trop histoire de garder encore un peu le lecteur avant de conclure. Ce n’est en rien bloquant et ne gêne en rien la lecture, tant l’ensemble se révèle percutant et intelligent, mais voilà ça peut se ressentir légèrement par moment. En tout cas la plume de l’auteur se révèle simple, efficace, entrainante et immersive qui ne laisse pas indifférent le lecteur par son côté violent, trash, réfléchi, touchant … En tout cas un roman qui confirme tout le bien que je pensais de l’auteur et je lirai sans soucis d’autres de ses écrits.

Résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman qui, certes, peut se révèle dérangeant devant le ton violent, trash et sans concession qu’il montre, mais qui nous propose une intrigue nerveuse, efficace et sans temps morts ainsi que de nombreux points de réflexions que ce soit sur l’acceptation des autres ou encore sur la jeunesse éternelle. L’Europe développée par l’auteur se révèle être un monstre de bétons, ou les gens vivent dans des tours qui touchent le ciel, où des milliards de personnes s’entassent dans des logements d’à peine quelques mètres carrés. Le pouvoir se retrouve concentré et façonné dans les mêmes mains depuis des années. La perfection et la superficialité sont devenues des normes et y déroger revient à se retrouver rejeter complètement de cette humanité ; les vieux et les parents deviennent ainsi ostracisées. Le personnage principal est un pur produit de cet époque, égoïste, violent, xénophobe et il est difficile de s’attacher à lui, pourtant on fil des pages il nous accroche que ce soit dans les flash back qui, à défaut de nous le faire aimer le rendent humain, mais aussi par ses évolutions et ses changements qui vont apparaitre au fil de ces rencontres. Alors après, c’est vrai, quelques longueurs se font parfois ressentir, surtout vers la fin, mais rien de non plus bien méchant tant l’ensemble se révèle captivant. La plume de l’auteur se révèle efficace, percutante entrainante et nous happe assez facilement. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 8,5/10

 

Autres avis : Lune, Nelfe, …

Seul sur Mars – Andy Weir

seul sur marsRésumé : Mark Watney est l’un des premiers humains à poser le pied sur Mars. Il pourrait bien être le premier à y mourir.
Lorsqu’une tempête de sable mortelle force ses coéquipiers à évacuer la planète, Mark se retrouve seul et sans ressources, irrémédiablement coupé de toute communication avec la Terre.
Pourtant Mark n’est pas prêt à baisser les bras. Ingénieux, habile de ses mains et terriblement têtu, il affronte un par un des problèmes en apparence insurmontables. Isolé et aux abois, parviendra-t-il à défier le sort ? Le compte à rebours a déjà commencé…

Edition : Bragelonne

 

Mon Avis : Concernant ce livre cela faisait quelques mois qu’il traînait maintenant dans ma PAL. Je me souviens l’avoir fait entrer suite à ma lecture de nombreuses chroniques qui se révélaient plus que positives et à un résumé qui était clairement accrocheur. Puis voilà, je sais que je me répète, mais faute à une PAL exponentielle il a mis du temps à en sortir. Vu qu’on en parle de plus en plus, que ce soit toujours à travers de retours de lectures qu’on me fait ou que je lis à droite à gauche, mais aussi dû au fait que ce livre va bientôt voir son adaptation cinématographique sortir dans les salles j’ai décidé de le faire sortir de ma bibliothèque et de me faire mon avis, qui sait, avant d’aller pourquoi pas le voir au cinéma. A noter une couverture qui, on ne peut le cacher, a le chic pour mettre dans l’ambiance, contrairement à la nouvelle couverture qui reprend l’affiche du film et qui me plait moins.

L’idée de départ a franchement de quoi accrocher et se révéler intéressante, imaginer un homme en mission sur Mars qui, par la force des choses et des éléments, se retrouve seul et abandonner sur la planète rouge sans moyen de communication. Se lance alors une course contre la montre pour tenter de survivre et garder espoir. Surtout que l’auteur décide de prendre le contre-pied des attentes du lecteur, évitant une sorte de surenchère d’action, comme peut le faire tout bon film hollywoodien, pour se concentrer sur l’aspect beaucoup plus scientifique. En effet ce qui va sauver notre héros ce n’est pas tant ses muscles ou sa capacité à se défendre contre l’adversité, mais bien son ingéniosité, sa capacité à réfléchir. J’avoue que c’est ce qui m’a le plus fasciné dans ce roman, mon côté scientifique s’est trouvé captivé par toutes les explications données, c’est limite si je ne me lançais pas moi même dans des vérifications. On sent bien que l’auteur a fortement potassé son sujet, a effectué des calculs, et même si je me pose une ou deux questions sur certains points, l’ensemble se révèle très convaincant, surtout ne tombant jamais dans des lourdeurs ou ne venant pas ennuyer le lecteur. Surtout qu’il n’oublie pas pour autant de nous offrir de nombreux rebondissements qui font qu’on tourne les pages avec un minimum d’envie d’en apprendre plus et de savoir comment va s’en sortir notre héros ; de savoir par quel moyen et quelle méthode.

Sauf que voilà, une fois la dernière page tournée je dois bien avouer que je n’ai pas complètement été convaincu par ce roman. Oh attention, il se laisse lire et se révèle divertissant, mais voilà je suis loin d’avoir été fasciné comme j’ai vu de nombreux retours et je doute qu’il me laisse un souvenir impérissable. La première chose qui m’a dérangé c’est déjà que, pour une histoire SF construite comme un thriller, il n’y avait au final aucune tension. On n’est jamais vraiment inquiété pour notre héros, pour la simple et bonne raison que la construction du récit ne le permet pas. C’est bien simple mis à part le premier chapitre où on s’inquiète un peu, par la suite le héros trouve les solutions à ses problèmes tellement rapidement que j’ai trouvé que cela enlevait toute accroche sur cette survie, toute inquiétude. Ensuite la construction basée sur un soucis, une solution, la vie continue, un soucis, …. trouve très rapidement ses limites, et devient tout de même un peu répétitive plus on avance dans le récit. L’auteur cherche bien à varier, en quittant Mars pour nous offrir des passages sur la Terre, mais voilà ces scène ne m’ont pas paru apporter beaucoup d’intérêt au récit, reposant un peu trop sur les dialogues et se révélant un peu trop « bisounours » dans la façon dont c’est présenté, sans aucun contrepoids sur cet aspect, très film américain, de « le monde entier est soudé pour sauver cet homme ». Enfin dernier point qui m’a légèrement frustré, c’est l’aspect émotionnel du roman, j’ai trouvé qu’il n’y en avait pas. Andy Weir, comme je l’ai dis, est très bon quand il s’agit de technique, mais niveau relation humaine et sentiment, bah désolé, mais je n’ai pas ressenti grand-chose et c’est dommage pour ce type de roman.

Concernant les personnages là aussi je ne suis finalement que moyennement convaincu. Le héros, Mark Watney, est un héros comme on en voit au cinéma, vous savez, le genre qui a toujours la bonne réplique, qui est en permanence détendu, jamais stressé, bah c’est pareil ici sauf que voilà je rappelle quand même que le mec a de grandes chances de mourir. Je veux dire, on s’attend quand même à un léger traumatisme, une solitude, une angoisse, ce genre de retour, et non pas un gars qui fait des blagues à tout va et régulièrement  familières. Certes on pourrait se dire qu’il la cache dans son humour et son ironie, mais je ne l’ai jamais ressenti. Pourtant ça ne l’empêche pas, finalement de se révéler un personnage un minimum intéressant à suivre, que ce soit dans sa façon d’avancer ou sa façon de gérer les nombreux problèmes qui vont se dessiner devant lui. Il offre aussi un minimum de profondeur, principalement parce que le récit est présenté sous la forme d’un journal ce qui fait qu’on s’attache à lui. Concernant les autres protagonistes, là par contre, mis à part le fait qu’ils servent à un moment ou à un autre à faire avancer l’histoire, j’avoue qu’ils pourraient tous être interchangeables ce serait pareil, tant il n’y a aucun travail sur eux. Et qu’on ne me parle pas de ces dialogues entre l’équipage du vaisseau et leurs familles tant je les ai trouvés surjoués, plats et creux.

Pourtant c’est dommage, car il y a clairement un gros potentiel qui se dégage de ce récit. Rien que la planète Mars offre un territoire franchement hostile, sauvage, mortel qu’on ressent bien. La moindre petite erreur peut rapidement se révéler fatale. Sauf que voilà, je pense qu’il ne répondait pas aux attentes que j’avais en ouvrant ce livre, j’espérais un récit qui me prenne eu ventre et me fasse stresser et je me retrouve avec un livre un peu pop-corn US. Je comprends d’ailleurs parfaitement qu’un film puisse être adapté sur ce livre, car même si l’action reste sobre il y a de quoi offrir quelque chose de visuellement efficace et entrainant. La plume de l’auteur est au final ambigue tant elle a réussi à me happer quand elle se lançait dans les explications techniques ou dans les rebondissements, mais m’a parue avoir du mal  dans les passages plus humains de son récit.

En Résumé : J’ai passé un moment de lecture divertissant avec ce livre, mais qui est quand même loin des attentes que j’avais en le commençant. L’histoire ne manque pas d’attrait, offrant une intrigue efficace et intéressante et surtout, ce que je considère comme l’un des gros points forts, le fait que l’auteur mette plus en avant la résolution réfléchie et intelligente à l’action. Mon esprit scientifique s’est ainsi trouvé fasciné par cet aspect et on sent bien que l’auteur a fortement travaillé son sujet, ne laissant que peu d’aspects au hasard. La planète Mars se révèle ainsi un territoire terriblement hostile, où la moindre erreur peut rapidement se révéler fatale, offrant ainsi de nombreux rebondissements. Mais voilà plusieurs points m’ont laissé perplexes comme par exemple ce sentiment de ne ressentir aucune tension tant la résolution des problèmes se fait très rapidement, la construction qui se révèle tout de même assez linéaire, quelques passages qui m’ont paru inutiles et enfin, pour moi, une absence totale d’émotion qui ressort. C’est dommage. Concernant les personnages, je me suis accroché un minimum au héros principal, mais voilà il fait un peu trop héros de film et surtout ne parait jamais ni ressentir spleen ou autre. Concernant les personnages secondaires, ils ne servent qu’à faire avancer l’intrigue et paraissent tous interchangeables. La plume de l’auteur se révèle très simple et assez efficace dans sa capacité à parler d’aspect scientifique de façon fluide. Au final un livre qui se lit bien, mais qui risque de ne pas me laisser un souvenir impérissable tant j’attendais autre chose.

 

Ma Note : 6,5/10

 

Autres avis : Herbefol, joyeux-drille, Cajou, Lune, …

Structura Maxima – Olivier Paquet

structura maximaRésumé : La structure est un univers vertigineux de poutrelles et de niveaux, où s’est développée une civilisation dont les racines se perdent dans la nuit des temps et qui a atteint son point de rupture. Entre la Vapeur, la communauté qui produit l’électricité à partir du magma, et les Poutrelles qui, au nom de leur dieu, interdisent l’ouverture du dôme recouvrant la cité, la guerre se prépare.
Dans cette atmosphère étouffante, Victor Mégare et son fils Jehan cherchent un destin différent. Victimes de la Vapeur et des Poutrelles, ils explorent les origines de cet antagonisme. Que protègent les Poutrelles derrière leurs interdits divins ? Quel but cherche à atteindre la Vapeur en encourageant la Structure tout entière à bouleverser les anciens équilibres ? Et où se trouvent les réponses ? Entre l’ombre et la lumière, dans la vapeur des chaudières et le gigantisme des poutrelles, ou bien derrière le décor, de l’autre côté de la paroi du dôme ?

Edition : L’Atalante

 

Mon Avis : Structura Maxima est le tout premier roman de l’auteur publié initialement aux éditions Flammarion il y a une dizaine d’années, qui bénéficie aujourd’hui d’une nouvelle édition chez L’Atalante. Il s’agit d’ailleurs du seul roman que je n’avais pas encore lu de l’auteur, je suis donc content de cette réédition, puisqu’elle m’a permis de pouvoir le faire entrer dans ma PAL et ainsi de pouvoir me faire mon avis. Il s’agit d’un roman qui peut être lu de façon indépendante, mais qui, d’une façon ténue, se situe aussi dans le même univers que la trilogie du Melkine ou encore du livre Les Loups de Prague. Concernant la couverture, illustrée par Raphaël Defossez, je la trouve réussie et qui colle plutôt bien à l’univers.

 On se retrouve ainsi plongé au fil du récit dans un monde complètement fermé par un dôme, la structure, mais où la révolution et le changement gronde entre les Vapeuriers et les Poutrelliers. Au milieu de cette guerre qui s’annonce va se croiser ainsi le destin de plusieurs personnages. La première chose qui m’a marqué dans la lecture de ce roman c’est l’univers que construit l’auteur au fil des pages. Une cité aux fortes tendances industrielles, remplie de métal, de vapeur, de puissance, d’huile mais qui possède aussi un aspect clairement fascinant, tout en verticalité, en hauteur, en évasion, ces cheminements de niveau en niveau par poutrelles ou par ascenseur qui offre ainsi au lecteur une cité tout à fait fascinante à découvrir. Attention ici je ne parle pas de Steampunk ou autres, non un simple futur qui a évolué pour aboutir à cet équilibre entre technologie et espoir.

Au milieu de tout cela viennent se positionner deux factions complémentaires pour la survie de tous et pourtant de plus en plus antagonistes dans leurs besoins d’avancer, de changer. Entre la Vapeur, qui correspond aux scientifiques, aux ingénieurs, aux terres-à-terres, qui nous font découvrir de façon prenante et captivante le coeur de la machine, son battement de vie journalier, sa puissance et  les Poutrelles qui eux nous font nous élever, nous font rêver, découvrir un brin de folie, mais aussi de mystère, fortement teinté de poésie et de mysticisme, le torchon brûle. On sent d’ailleurs que l’ensemble se révèle clairement maîtrisé, que ce soit dans la partie technique, comme dans la partie politique, tant l’ensemble parait cohérent, palpable et n’est pas non plus sans rappeler certains aspects encore bien présents de nos jours. Une légère touche « manga » vient aussi colorer ce monde, que ce soit à travers la cité, pour laquelle la référence dans le quatrième de couverture au Château dans le Ciel n’est pas usurpée, mais aussi sur d’autres aspects, ce qui apporte, je trouve, un véritable plus à l’ensemble. En tout cas un univers captivant qui donne envie de plonger dedans et d’en apprendre plus, d’en découvrir plus. L’intrigue, construite sur un rythme lent, se révèle de plus en plus prenante dans ses machinations et ses jeux de pouvoirs, pour monter lentement en tension au fil des pages et des révélations.

Mais voilà ce roman n’est pas que la découverte d’une simple cité, aussi fascinante soit-elle, l’auteur cherche aussi à nous faire réfléchir, principalement sur notre besoin d’avancer, d’évoluer. Ainsi on dévoile au fil des pages deux identités qui sont figées dans une routine et commencent peu à peu à mourir dans un monde figé, clos par la structure avec ses contraintes et dont le seul changement parait être la guerre. Pourtant une troisième voie est toujours possible. On se retrouve ainsi à se poser de nombreuses questions que ce soit sur le point de vue de l’identité, de la façon dont une simple idéologie, un langage, peut gripper le rouage, mais aussi sur la définition du bonheur, de l’absence de recul qui fait que parfois on ne se rend pas compte de ce que l’on possède. Après tout la structure est-elle si horrible que cela? Le développement de la civilisation doit-il se faire dans le mouvement et la violence? C’est ce que le lecteur va découvrir au fil des pages,  à travers de nombreux secrets qui vont se révéler, aboutissant à une conclusion intéressante dans le message qu’elle partage, avec une touche de mélancolie et de mystère qui, je trouve, colle parfaitement au récit.

Concernant les personnages l’auteur nous dévoile au fil des pages une palette de personnalités assez larges, qui ne manquent pas d’intérêts, se révélant complexes, allant du héros blessé qui s’enfonce dans la souffrance et l’auto-destruction, en passant par le jeune adulte insouciant, avide de changement ou encore des personnages féminins à la fois tendres et dures, qui vont fortement changer le héros principal. Ils se révèlent tous attachants et  nous plongent assez facilement, que ce soit dans leurs réflexions, comme dans leurs aventures, possédant chacun d’entre eux leurs émotions, leurs envies, leurs défaites, leurs qualités et leurs défauts, les rendant ainsi profondément humains. Sauf que voilà, je ne vais pas le nier, ils se révèlent tout de même un peu trop prévisibles, que ce soit dans leurs façon d’avancer comme dans leurs réactions. Cela ne dérange en rien la lecture tant le but du roman n’est pas là, mais peut légèrement frustrer par moment. Les personnages secondaires ne sont pas non plus en reste, apportant leurs propres voix à l’ensemble, leurs propres visions, leurs propres folies et leurs propres besoins.

Mes seuls regrets concernant ce roman viennent en premier lieu que sur la fin l’ensemble semble s’accélérer un peu trop rapidement, apportant ainsi quelques facilités et quelques révélations un peu trop rapides pour franchement se révéler efficaces. Ensuite, l’histoire parait peut-être par moment un peu trop linéaire dans son ensemble, certes il sert parfaitement le message que cherche à faire passer l’auteur, mais un peu plus de surprises aurait pu apporter un plus. Enfin, la conclusion sur cette guerre, sans la révéler, m’a paru légèrement facile, même si c’est vrai elle possède aussi une force qui la rend intéressante. Au final rien de non plus très dérangeant, et qui n’enlève ou ne gâche en rien les qualités de cette histoire qui à la fois nous rappelle l’importance de rêver et du changement, mais qui nous fait aussi réfléchir sur l’importance des idées et la façon dont on s’en sert. Le tout est aussi porté par une plume qui se révèle soignée, efficace, dense, malgré parfois quelques dialogues un peu surjoués, et qui a réussi à me happer dès les premières pages.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman qui nous offre une histoire qui se révèle fluide, certes à un rythme assez lent, mais qui nous dévoile un univers futuriste fascinant, empli de métal, de vapeur, de hauteurs et de rêve qui fait qu’on se retrouve rapidement happé par ce que nous propose l’auteur. Mais voilà il s’agit ici bien plus que la découverte d’une cité, l’auteur n’oublie pas pour autant de nous faire réfléchir que ce soit sur l’immobilisme, le besoin de changement, d’évoluer, mais aussi sur la puissance d’une idéologie, la façon dont elle peut tout faire gripper, mais aussi sur la définition du bonheur. Les personnages qu’on découvre au fil du récit se révèlent complexes, attachants, denses et surtout humains, avec leurs forces et leurs faiblesses, dont mon seul reproche vient du fait qu’ils sont peut-être un peu trop prévisibles. Concernant les personnages secondaires ils apportent eux aussi leurs propres voix au récit. Je regretterai finalement que la conclusion se révèle un peu trop rapide et parfois légèrement facile dans sa résolution, mais aussi l’ensemble parait légèrement linéaire. Rien de non plus gênant, tant le message fonctionne bien et l’ensemble se révèle fluide, bien porté par une plume soignée et dense, malgré c’est vrai quelques dialogues un peu surjoués. Je lirai sans souci les prochains écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 7,5/10

La Grande Route du Nord, Tome 2 – Peter F. Hamilton

la grande route du nord 2Résumé : Deux mois se sont écoulés depuis le meurtre d’un clone North à Newcastle. Son identité exacte demeure un mystère et toutes les hypothèses restent ouvertes. Sur place, l’inspecteur Sidney Hurst et son équipe soupçonnent la pègre locale. Et la lutte pour le contrôle du marché transstellaire du biocarburant pourrait bien provoquer des dissensions au sein du clan North.
Sur la planète St Libra, les « accidents » suspects s’accumulent pour l’expédition de l’ADH, partie à la recherche d’un potentiel assassin d’origine extraterrestre. Isolés en terrain hostile, coupés de leurs bases arrière, les survivants sont plus que jamais en situation critique. Une seule certitude : la clé de l’énigme réside dans le passé trouble de la mystérieuse Angela Tramelo, qui fait partie de la mission. Le dénouement de cette histoire sera… explosif !

Edition : Bragelonne
Poche : Milady

 

Mon Avis : Il y a quelques mois je me suis laissé tenter par le premier tome de ce récit qui, malgré un démarrage un peu long à mon goût, se révélait offrir une intrigue sympathique, efficace et fluide (ma chronique ici). L’éditeur ayant décidé de scinder ce roman en deux, j’ai donc fait rapidement entrer cette « suite » dans ma PAL, qui a finalement attendu plusieurs semaines avant que je l’en fasse sortir comme souvent quand un livre vient se perdre dans ma PAL. J’avoue que j’avais quand même hâte de savoir ce qu’allait proposer l’auteur pour conclure son récit. Concernant la couverture, illustrée par Fred Augis, je la trouve moins intéressante que la première, même si elle reste dans l’ensemble assez sympathique.

Le soucis qu’on peut imaginer quand on se lance dans un livre scindé en deux pour la VF, et que j’ai attendu quelques mois pour me lancer dans la suite, vient du fait de pouvoir rentrer dans l’histoire sans se sentir perdu ou avoir l’impression d’avoir oublié des points importants. Sauf que voilà, contrairement à mes craintes je me suis tout de suite retrouvé dans cette suite, certes il m’a fallu parfois faire cogiter mes neurones pour me souvenir de quelques informations, mais dans l’ensemble j’ai de nouveau été facilement plongé dans ce récit qui va se révéler tout du long fluide, entrainant, où le jeu de pistes de mensonges et de vérités continue à se développer à un rythme assez efficace. Que ce soit entre l’aspect policier, avec l’enquête de la mort d’un North, où l’expédition sur St Libra à la recherche d’une possible présence extraterrestre, mais qui va connaitre de nombreux soucis et de nombreux accidents, l’auteur sait bien tenir le lecteur en haleine, jouant avec les tensions, les révélations et les retournements de situations, ce qui fait qu’on ne s’ennuie jamais vraiment dans ce second tome. Il faut aussi dire que l’ensemble commence à se décanter, les révélations se font la vérité se dévoile enfin au fil des pages. Sauf que voilà au final, malgré que l’ensemble se laisse lire facilement, je n’ai jamais non plus été complètement emballé par ce que nous propose l’auteur. Certes c’est divertissant, mais de nombreux points m’ont laissé perplexes, voir m’ont frustrés.

Déjà, pour ceux qui connaissent Peter F. Hamilton, il faut dire, du peu que j’ai lu de lui, qu’il n’est pas l’auteur de SF le plus fin et le plus complexe qui soit. Est-ce que c’est une mauvaise chose? non loin de là, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, une intrigue plutôt simple n’empêche pas d’aboutir à des romans efficaces, entrainants et percutants et de se lire avec grand plaisir. Sauf que voilà, pour cette Grande Route du Nord l’intrigue a la finesse d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. Que ce soit dans ce jeu de tension entre l’existence ou pas de l’alien ou le fond de l’enquête, j’avoue que l’ensemble est un peu trop prévisible. Ensuite l’auteur a un peu de mal avec certains aspects logiques, que ce soit le militaire qui voit ses hommes décédés mystérieusement, qui demande de l’aide et qu’on lui refuse sans véritable raison cohérente, ou bien le hacker qui hack le hacker qui hack le hacker sans que personne ne se rend compte de rien alors que le tout nous est présenté comme extrêmement risqué, ou encore les grosses ficelles concernant les relations de quelques personnages, j’avoue que cela m’a laissé parfois perplexe. Enfin un dernier point qui m’a dérangé ce sont les longueurs, j’en avais déjà constaté dans le premier tome, mais j’ai trouvé que dans ce second tome il y en avait aussi pas mal, soit l’auteur se perd un peu dans ses descriptions offrant d’ailleurs de nombreuses répétitions, soit des passages m’ont paru très peu utiles, soit j’ai trouvé qu’il se perdait dans des flashbacks pas toujours intéressant. Cela n’empêche pas l’ensemble d’être divertissant, mais c’est dommage.

Surtout qu’on y retrouve clairement ce qui fait les qualités d’Hamilton dans ce roman, cet univers d’une grande densité et qui surtout lui permet de mettre en avant une grande imagination principalement d’un point de vue technologique, avec les trous de ver, le clonage, le maillage intelligent, la surveillance par caméra et autres qui collent parfaitement à l’ensemble. Il n’oublie pas non plus pour autant de développer l’image de fond en nous proposant un avenir ou la politique libérale, capitaliste, où les entreprises et la finance occupe une place importante, où la politique repose plus sur l’image que sur le fond. Alors certes c’est parfois pas d’une grande finesses, mais rien de dérangeant et surtout l’ensemble reste plausible. L’ensemble est bien porté par des descriptions simples et efficaces, même si parfois l’auteur se perd un peu trop en répétition, nous rappeler une dizaine de fois comment marche une technologie ne la rendra pas plus réel. Là où par contre je suis légèrement déçu, c’est dans la volonté de vouloir offrir à l’histoire une réflexion plus environnementale, pousser le lecteur à se poser des questions sur notre consumérisme, notre capacité à tout vouloir maintenant, à détruire pour notre propre évolution sans jamais se soucier de ce que l’on fait, sauf que là aussi l’ensemble est trop caricatural, trop simpliste et binaire pour complètement m’emballer. Je ne spoilerai pas la conclusion, mais de ce point de vue environnementale elle se révèle assez étrange. Dommage car sur ce point il y avait du potentiel.

Concernant les personnages on reste dans la continuité du tome précédent avec des personnages assez intéressants, soignés, dont on suit les péripéties avec un minimum de plaisir, mais dont, comme dans le premier tome, il manque un vrai personnage qui sorte du lot. Ils ne sont pas mauvais, on s’attache même avec certains d’entre eux, mais voilà il y a toujours un moment ou un autre où ils tombent un peu dans les stéréotypes, ce qui les dessert légèrement par moments. Par contre autant les personnages principaux, pas de soucis que ce soit Sid, Angela, Vance, malgré leurs défauts on voit ce qu’ils apportent au récit, autant certains personnages secondaires ne paraissent rien apporter, comme Saul, ou bien offre parfois des passages qui ont clairement du mal à se révéler crédible comme Ian. Alors rien de bien gênant, mais comme je l’ai dit cela offre un sentiment que l’auteur s’est trop laissé aller dans les détails et que là ou l’éditeur aurai dû faire quelques coupes il ne l’a pas fait.

La plume de l’auteur se révèle simple, efficace, entrainante et plonge finalement le lecteur assez facilement dans son intrigue. Il montre qu’il connait parfaitement les mécanismes pour offrir un récit qui, a défaut de vraiment emballer le lecteur la faute à ses quelques défauts, se révèle tout de même fluide et divertissant et se laisse lire avec un minimum d’envie d’en apprendre plus et de connaitre la fin. Concernant la fin d’ailleurs, je regretterai peut-être un peu le côté happy-end facile, mais rien de bloquant ou de dérangeant. Au final dans l’ensemble je ne pense pas que ce roman soit le meilleur de l’auteur, mais il reste divertissant et assez sympathique. J’ai encore d’autres romans de l’auteur qui m’attendent dans ma PAL.

En Résumé : Ce second tome, malgré ses défaut, m’a offert une lecture qui s’est révélé tout de même divertissantes. L’auteur connait bien les mécanismes pour offrir une histoire qui se révèle fluide,entrainante et efficace. Alors certes j’ai trouvé l’intrigue par moment trop simpliste et prévisible, certains aspects m’ont paru mal traités voir ne rien apporter et quelques longueurs se font encore ressentir, mais voilà cela n’empêche pas le lecteur de tourner les pages avec un minimum d’envie d’en apprendre plus. L’univers développé est toujours aussi dense, permettant à l’imagination de l’auteur de s’épanouir, collant parfaitement au récit. Je reprocherai juste l’aspect environnemental que cherche à mettre en avant l’auteur de se révéler trop simpliste et binaire pour réussir à me toucher. Concernant les personnages ils sont intéressants à découvrir, faisant vivre et avancer l’intrigue de façon efficace, même si certains personnages secondaires m’ont paru ne rien apporter, ou avoir certaines réactions un peu trop surprenantes pour se révéler cohérentes. La plume de l’auteur se révèle toujours aussi simple, fluide et efficace, aboutissant à une conclusion qui n’est pas mauvaise malgré un happy-end un peu facile et un aspect que j’ai trouvé étrange, mais bon rien de bloquant. Au final pas le meilleur de Peter F. Hamilton selon moi, mais qui se laisse lire. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 6/10

 

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