Catégorie : Science-Fiction Page 32 of 56

Le Cercle de Farthing – Jo Walton

walton-farthingRésumé : Huit ans après que «la paix dans l’honneur» a été signée entre l’Angleterre et l’Allemagne, les membres du groupe de Farthing, à l’origine de l’éviction de Churchill et du traité qui a suivi, fin 1941, se réunissent au domaine Eversley pour le week-end. Bien qu’elle se soit mariée avec un Juif, ce qui lui vaut d’habitude d’être tenue à l’écart, Lucy Kahn, née Eversley, fait partie des invités. Les festivités sont vite interrompues par le meurtre de Sir James Thirkie, le principal artisan de la paix avec Adolf Hitler. Sur son cadavre a été laissée en évidence l’étoile jaune de David Kahn. Un meurtre a eu lieu à Farthing et un coupable tout désigné se trouvait sur les lieux du crime. Convaincue de l’innocence de son mari, Lucy trouvera dans le policier chargé de l’enquête, Peter Antony Carmichael, un allié. Mais pourront-ils ensemble infléchir la trajectoire d’un Empire britannique près de verser dans la folie et la haine?

Edition : Denoël Lunes D’Encre

 

Mon Avis :  J’ai découvert Jo Walton il y a quelques mois avec ma lecture de Morwenna, premier roman publié de l’auteur en France, mais l’un de ses dernier édité en VO, qui m’avait offert une excellente lecture que ce soit par l’attachement ressenti pour la jeune héroïne mais aussi à travers cette déclaration d’engouement pour la lecture de l’imaginaire (ma chronique ici). C’est donc sans surprise que lorsque j’ai appris qu’un nouveau roman de l’auteur était édité, certes plus ancien puisqu’initialement publié en 2006,  il a rapidement terminé dans ma PAL. À noter une couverture qui se révèle plutôt efficace et met directement dans l’ambiance malgré le fait qu’elle ne devrait pas laisser indifférent.

On découvre ici une histoire complètement différente de ce que proposait Morwenna, puisqu’on plonge dans un mélange d’univers uchronique et de policier anglais. On se retrouve ainsi plongé dans une Angleterre, en 1949, qui vit dans la paix après avoir signé un accord avec l’Allemagne d’Adolf Hitler en 1941, laissant ainsi le reste de l’Europe dans la tourmente nazi. Cet accord a ainsi changé la donne politique et mis en avant un cercle influent d’hommes de pouvoir communément appelé le cercle de Farthing. Alors quand un meurtre vient secouer ce cercle cela risque de laisser des traces. Malgré un changement complet de genre j’ai de nouveau été accroché par ce récit qui nous offre ainsi un mélange maîtrisé entre enquête policière, flegme anglais légendaire et aspect sociétal des plus intéressant et fascinant. Clairement on n’est pas dans un Thriller violent, âpre et haletant, mais plus dans une résolution d’enquête dans le plus pur style anglais du genre à la Agatha Christie ou encore du film Gosford Park. Par conséquent si vous cherchez plus le côté sans temps morts et sombre vous risquez d’être déçu. Autrement laissez vous tenter par ce roman qui démarre d’une enquête à huis-clos pour se révéler de plus en plus complexe, de plus en plus haletante, ou les manipulations, les mensonges et les fausses pistes viennent embrouiller un peu plus le lecteur, mais aussi l’inspecteur, pour notre plus grand plaisir.

L’autre point intéressant vient de l’univers  qui est construit au fil du roman. Certes il n’est ici qu’esquissé suffisamment pour offrir un background solide à l’histoire, mais cela ne l’empêche pas de se révéler complexe, réfléchi et intrigant amenant le lecteur à se poser de nombreuses questions sur ce qu’aurait pu devenir l’Europe si l’Angleterre avait cédé voir négocié avec l’Allemagne. Mais l’auteur offre aussi un travail des plus captivant sur les mœurs, que ce soit dans l’hypocrisie des classes ou encore dans le rejet de certaines castes et de certaines pratiques, mais aussi sur la façon dont la société peut se retrouver blasée et manipulée pour accepter le pire et le plus sombre grâce à une politique jouant sur les peurs. On ressent ainsi clairement une ambiance malsaine, voir de discrimination qui se dégage ainsi de cet univers, qui se révèle cohérente et qui colle parfaitement à ce que cherche à nous faire réfléchir l’auteur et qui n’est d’ailleurs pas sans ressembler à ce qui peut se passer ainsi encore parfois de nos jours et qui nous rappelle qu’il faut rester vigilant. L’aspect purement politique n’est pas non plus en reste, avec son lot de jeux de pouvoir, de manipulations et de complots. Un univers qui se révèle donc travaillé et efficace, avec une petite dose de cynisme, mais qui est loin encore d’avoir dévoilé toutes ses facettes.

La narration utilisée par ce roman nous fait suivre deux personnages, Lucy Eversley, qui a choisi au grand dam de sa mère d’épouser David Khan un banquier juif, personnage complexe et ouverte malgré l’impression de simplicité qu’elle dégage, et l’inspecteur Carmichael qui se retrouve chargé de l’enquête, personnage intelligent qui ne se laisse pas éblouir. On découvre ainsi à travers leurs yeux un panel de protagonistes complètement différents, qui se révèlent soignés, avec leurs propres idéologies et leurs propres ressentis. Des personnages ambigus, qui cachent bien leurs jeux et leurs ambitions pour ainsi mieux surprendre le lecteur. On se retrouve ainsi à suivre leurs nombreuses machinations avec intérêt et l’envie de mieux comprendre le puzzle qui se dessine, de mieux deviner leurs ambitions. Ils sont aussi portés par des dialogues qui se révèlent en majorité efficaces, avec ce flegme anglais d’époque des plus savoureux. Je regretterai juste certaines facilités par moment dans les déductions de certains personnages qui parfois reposent un peu trop sur l’intuition et se révèlent toujours exacts, mais bon rien de bien dérangeant non plus.

L’auteur possède une plume qui se révèle efficace, soignée que ce soit du point de vue historique comme de l’intrigue et qui a réussi à me happer rapidement dans cette toile d’araignée de manipulations et de mensonges. J’aurai peut-être juste un petit regret concernant cette histoire c’est une impression de légère baisse de tension, de lenteur, vers le début du dernier tiers du récit comme si l’auteur cherchait un peu trop à ralentir la révélation de sa conclusion et remplissait un peu ses chapitres de bavardages pas toujours des plus intenses et intéressants. Mais voilà rien de bloquant tant la conclusion qui est lancée nous fait oublier cette impression pour nous captiver de nouveau dans une fin qui va se révéler haletante, sombre et loin du happy end facile. Une fin qui peut, d’une certaine façon, se suffire à elle-même, mais qui ouvre aussi la porte à de nombreuses questions. Il est d’ailleurs à noter qu’il s’agit d’une trilogie et que les deux autres tomes sont déjà publiés en VO, j’espère donc les voir sortir prochainement en France tant j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce livre.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui propose de nous plonger dans un mélange d’enquête policière au flegme anglais et d’uchronie liée à la période de la seconde guerre mondiale. Un véritable puzzle de manipulations et de trahisons se dessine alors et happe le lecteur qui se retrouve à chercher la vérité. L’univers parallèle développé se révèle solide, offrant de nombreuses réflexions que ce soit sur les possibilités de l’époque comme sur certaines manipulations politiques qu’on retrouve encore de nos jours, le tout mâtiné d’aristocratie anglaise, offrant une ambiance à la fois cynique et sombre qui colle parfaitement au récit. Les personnages ne manquent pas d’attraits, se révélant denses, complexes et attachants, malgré parfois quelques facilités, principalement dans les capacités de déductions de certains. La plume de l’auteur se révèle soignée, efficace, alternant deux points de vue de façon efficace, un à la première personne et l’autre à la troisième personne jouant ainsi sur les différentes visions qu’on peut avoir des protagonistes. Je regretterai juste une impression de lenteur dans le début du dernier tiers du récit, mais rien de gênant tant la conclusion a réussi à me happer, me surprendre, évitant le happy-end facile. Ce livre étant le premier tome d’une trilogie déjà publiée en VO j’ai maintenant hâte de découvrir la suite.

 

Ma Note : 8/10

La République des Enragés – Xavier Bruce

la republique des enragesRésumé : Mai 68, un pavé lancé sur un CRS. La colère étudiante embrase Paris.
Seize ans plus tôt, neuf enfants, cobayes pour un programme ultra-secret, s’échappaient de l’Institut Heintelle. Ils ont grandi, développé leurs talents extraordinaires et vont tenter, dans le chaos qu’est devenue la capitale, de mener à bien leur propre révolution.
Dans ce nouveau monde où il est interdit d’interdire, est-il permis de tuer ?

Edition : Actu SF

 

Mon Avis : Ce livre a terminé sa course dans ma PAL un peu sur un coup de tête. Je suis tombé dessus par hasard lors d’une de mes nombreuses visites dans une librairie et j’ai commencé à m’intéresser à ce livre, malgré, je trouve, une couverture qui a du mal à vraiment me convaincre. Mais voilà le résumé, qui proposait un mélange de Science-fiction le tout à la période de Mai 68, a réussi facilement à me convaincre. Puis j’ai vu passer dans un article que ce roman était un gros coup de cœur de l’éditeur, malgré tout ce que cela peut impliquer, j’ai donc décidé de le sortir rapidement de ma bibliothèque pour lui donner sa chance. Je préviens d’avance il y a des risques de SPOILER dans ma chronique, je m’en excuse.

L’histoire nous propose donc de plonger dans une des périodes les plus mouvementées de la France, la révolution de Mai 68, avec au milieu de tout cela des personnages aux pouvoirs mentaux hors normes qui se sont enfuis neuf ans plus tôt d’un programme secret. Franchement, présenté comme cela, ce livre a tout pour plaire avec un contexte politique intéressant et dense, des héros aux pouvoirs psychiques qui pouvaient apporter une bonne dose d’action et pourtant je n’ai jamais réussi à rentrer dans ce roman, ni même réussi à comprendre où l’auteur voulait m’emmener.

Du début à la fin je n’ai vu aucun fil rouge se dégager, aucun lien véritable, pourtant j’ai persévéré espérant y trouver une explication à l’ensemble au fil des pages, mais ce ne fut jamais le cas. Si on ajoute à cela une gestion des rebondissements des plus minimaliste voir simpliste, oubliant parfois même des explications, comme par exemple cette scène ou un personnage parle de faire tomber un général puis 20 pages plus loin on apprend que le général susdit a disparu sans aucune véritable explication mis à part trois bouts d’informations, je ne savais plus quoi penser. On évitera aussi de chercher une logique, comme la scène ou l’hypnotiseur et sa compagne acrobate vont voir un détective privé, qui d’ailleurs est une caricature à lui tout seul, et là pas de chance ce cher détective fait une crise cardiaque devant notre couple. Première idée qui vient à l’esprit de madame « il faut l’enterrer dans le jardin, c’est ce qu’il aurait voulu j’en suis sûr ». Là mon cerveau a planté le piquet de gréve et est parti à la plage, valait mieux. Ah nous sommes sauvés son ami la résonne « Non voyons ça ne se fait pas, réinstallons le plutôt à son bureau comme ça il sera mort comme il a vécu ». OK, j’abandonne, je ne cherche plus à comprendre. Bien entendu ils vont se faire surprendre par la concierge qui va les accuser de meurtre et vont devoir s’enfuir. C’est ballot. On se demande donc comment notre amie acrobate peut aller tranquillement, quelques pages plus loin, à son enterrement sans se faire gentiment arrêter. Le reste est à peu près du même acabit, offrant pour moi incohérence sur incohérence. Après l’auteur a peut-être voulu mettre en avant un aspect loufoque, faut croire qu’il n’a pas marché avec moi j’ai juste eu l’impression qu’il partait dans tous les sens.

Alors après je te vois venir cher lecteur, parfois pas besoin de véritable fil rouge, le roman cherchant plus alors à nous offrir une image de fond à travers le destin de différents personnages et je suis d’accord. Sauf que si c’est le cas alors le seul mot qui se dégage de Mai 68 est, pour moi, caricature. Alors, certes, je n’étais pas né en 68, ma connaissance des événements de l’époque se résumant qu’à ce que j’en ai entendu, mais il s’agissait, je crois, d’une révolution à la fois politique, sociale et culturelle. Ce qui se dégage dans ce livre c’est que niveau politique il devait y avoir d’un côté les gentils révolutionnaires qui tuent mais pour la liberté, de l’autre les méchants fascistes d’extrême droite qui tuent mais ce sont des fascistes et au milieu de tout cela les hommes politiques représenté comme des personnages peureux et décérébrés, incapables d’aligner deux indices ensemble. Dans le genre simpliste, on repassera. Niveau social la seule chose qui ressort c’est la liberté sexuelle car aucun autre message ne nous est donné, ce qui n’est en soit pas une mauvaise idée, sauf quand on confond le droit d’avoir des envies et de les vivre, avec des personnages féminins qui donnent l’impression de n’être finalement présent que pour le plaisir des hommes, mais j’y reviendrai plus tard. Seul l’aspect culturel sauve un peu son épingle du jeu, principalement vers la fin, avec cette idée d’art comme mouvement révolutionnaire, mais voilà c’est trop court pour sauver l’ensemble. De plus le message qui se dégage tout le long me laisse perplexe : pour se faire entendre tout doit passer par la violence. Après j’ai peut-être mal compris.

Concernant les personnages je n’ai jamais réussi à m’accrocher à eux, c’est bien simple ils manquent cruellement de profondeur, aucun personnage ne parait avoir un semblant de passé, d’histoire, voir même pourquoi pas de blessures et d’émotions. Tous l’aspect enfant cobaye ne sert pas à grand-chose tant il est peu évoqué en profondeur. Franchement mis à part leurs fameux pouvoirs, cela aurait pu être des personnages lambda que ça n’aurait pas changé grand chose. On se retrouve donc ainsi avec des héros monocaractéristique tel qu’un obsédé sexuel, un héros soit-disant charismatique mais qui pense que tout doit se résoudre par la violence et la mort, des hommes politiques sans cerveaux et ainsi de suite. C’est dommage mais l’auteur offre trop de voix à son récit, ce qui fait qu’il n’a jamais vraiment le temps de se consacrer à l’une d’elle et c’est dommage. On notera quand même quelques clins d’œil vers des personnages réels qui se révèlent sympathiques même si cela n’apporte pas énormément à l’histoire.

Parlons maintenant des personnage féminin. Pour cela développons un premier personnages. « Bonjour je m’appelle Adèle » « Bonjour adèle, bienvenue dans notre groupe d’étudiants révolutionnaires, justement on a un plan pour se faire entendre du pouvoir on va kidnapper un député et vu que tu es la dernière arrivée tu va devoir te prostituer avec lui pour gagner sa confiance et le faire tomber dans nos filets » « Ah parfait justement qui dit libération sexuelle dit je sens que je vais adorer cela » …. Ok pas le bon exemple, voyons un autre personnage féminin « Bonjour je m’appelle Anna je suis acrobate et je travaille pour Arthur, homme volage qui couche tout ce qui bouge, mais voilà je l’aime, enfin surtout tout ce qu’il me fait faire, dans tous les sens et toutes les positions, même les plus acrobatiques, cela ne peut être que l’homme de ma vie » … Euh non. Ah tiens il y a Brigitte, cette étudiante qui arrive à rentrer discrètement dans le dortoir à la recherche du beau Christophe pour s’offrir à lui, qui ne trouve pas sa chambre, finit dans celle d’André, bah pas de soucis André ou Christophe ce n’est pas grave. Franchement je ne suis pas sûr que les femmes en sortent grandies et que la liberté sexuelle gagne ses galons de noblesses ici tant, vous vous en rendez comptes, les personnages féminins donnent parfois limite l’impression de n’être présents que pour le sexe. Pourtant je n’ai rien contre le sexe dans un récit, encore faut-il qu’il apporte à minima quelque-chose et non pas donner l’impression parfois de tomber dans un univers porno bas de gamme avec cette impression diffuse de « femme-objet ».

Il y a quand même quelques bonnes idées dans le récit, principalement des paraboles imagés qui m’ont donné à réfléchir et aussi quelques scènes qui se révèlent énergiques. On sent aussi une plume vivante et percutante, mais voilà c’est bien trop peu pour me faire accrocher. Franchement j’ai eu l’impression d’avoir entre les mains un brouillon de roman, avec un gros travail encore à fournir. Après je ne le nie pas, je suis peut-être complètement passé à côté de ce récit, c’est possible aussi, peut-être que je n’avais pas les bonnes clés ou que je n’ai pas eu les bonnes réflexions pour apprécier ce roman à sa juste valeur en tout cas je ressors de ma lecture déçu. J’espère que si vous le lisez vous aurez plus de chance que moi.

En Résumé : Je dois bien avouer qu’une fois la dernière page de ce  livre tourné je ne ressors pas convaincu. L’intrigue ne parait jamais proposer de fil rouge et les différentes histoires qui se croisent ne manquent pas de manquer de logique voir de se révéler complètement incohérentes. Certes, il aurait pu offrir un background soigné et réfléchi, mais ce n’est pas vraiment le cas non plus tant Mais 68 donne ici l’impression d’être une véritable caricature aussi bien politique que sociale. Seul l’aspect culturel sort un peu son épingle du jeu. Concernant les personnages, la multiplication des points de vue fait qu’aucun des héros ne possèdent de profondeur et surtout se révèlent un peu trop basiques voir des parodies burlesques. Les personnages féminins donnent l’impression d’être présente que pour le sexe et le plaisir des hommes, ce qui est loin de la libération sexuelle souhaitée à l’époque, et tombent parfois à la limite de la caricature. Alors oui ,quelques bonnes idées arrivent tout de même à sortir par fulgurance et la plume de l’auteur se révèle énergique, mais j’ai clairement l’impression d’être passé complètement à côté de ce récit ou de ne pas avoir eu les bonnes clés pour le comprendre. J’espère que si vous le lisez vous accrocherez plus que moi en tout cas, mais j’aurai du mal à le conseiller.

 

Ma Note : 3/10

Le Paradoxe de Fermi – Jean-Pierre Boudine

le paradoxe de fermiRésumé : Dans son repaire situé quelque part à l’est de l’arc alpin, Robert Poinsot écrit. Il raconte la crise systémique dont il a été témoin : d’abord le salaire qui n’arrive pas, les gens qui retirent leurs économies, qui s’organisent pour trouver de quoi manger, puis qui doivent fuir la violence des grandes villes et éviter les pilleurs sur les principaux axes routiers.
Robert se souvient de sa fuite à Beauvais, de son séjour dans une communauté humaniste des bords de la mer Baltique et des événements qui l’ont ramené plus au sud, dans les Alpes.
Quelque part dans le récit de sa difficile survie se trouve peut-être la solution au paradoxe de Fermi, à cette célèbre énigme scientifique : dans un univers aussi vaste que le nôtre, l’espèce humaine ne peut pas être la seule douée d’intelligence ; alors où sont les autres, où sont les traces radio de leur existence?

Edition : Denoël Lunes D’encre (Paru le 08/01/2015)

 

Mon Avis : La première fois que j’ai entendu parler de ce livre, ce qui m’a directement attiré c’est sa couverture, illustrée par Aurélien Police, que je trouve franchement superbe et qui attire l’oeil. Ajouter à cela un résumé qui annonçait clairement un roman post-apocalyptique, genre que j’apprécie, ce livre ne pouvait donc que finir sa course dans ma PAL. Par conséquent quand on m’a proposé de le découvrir, je me suis rapidement laissé tenter.

Commençons déjà par situer ce livre dont, finalement, j’ai du mal à le classer en roman, malgré sa construction fictive sous la forme d’un journal d’un homme qui a vécu la fin de la société. Il faut dire que le style se révèle très simpliste, répétitif, avec une assise plus scientifique et froide que littéraire, ce qui fait que j’ai plus de faciliter à considérer cette histoire comme une étude de cas, voir un essai limite spéculatif qui partirait ainsi avec comme point de départ une crise boursière dont la société, telle qu’on la connait, ne se relèverait pas et s’effondrerait sur elle-même. Ce n’est en rien une critique, cela n’empêche pas la lecture et l’appréciation de ce roman, juste si vous cherchez un récit plus « romancé » et plus « touchant », ou si vous cherchez un style travaillé vous risquez de vous sentir frustré par ce roman.

Mais alors qu’en est-il de ce paradoxe? J’avoue qu’une fois la dernière page tournée je dois bien avouer que la lecture s’est révélée plutôt plaisante avec de bonnes idées et surtout de nombreux aspects glaçants, mais que je suis loin du roman marquant, dont j’ai entrevu passer quelques retours sur d’autres sites. Une chose qu’on ne pourra pas enlever au récit c’est sa vision de l’effondrement de la société qui se révèle tout à fait frappante, saisissante et surtout tellement réaliste. Ce personnage principal qui se retrouve limite à « régresser » au fil des pages ne peut que surprendre le lecteur. Cette possibilité que l’homme, tellement dépendant des technologies,ne puisse se relever de la disparition de celles-ci, où les inégalités vont s’accentuer pour aboutir à de nombreuses scènes de guérillas, de pillages et de brigandage. On sent que l’auteur a longtemps réfléchi à son sujet, l’a parfaitement collé à notre société et a pu ainsi le développer tout en cherchant à nous faire réfléchir. On se retrouve donc ainsi à se poser de nombreuses questions que ce soit sur notre façon de traiter la nature, notre environnement, mais aussi sur notre capacité à survivre sans certaines évolutions ou bien encore sur la situation politique et géopolitique qui n’est pas sans rappeler certaines informations actuelles tant les tensions sont présentes dans l’actualité.

Pourtant, malgré ses points forts percutants et efficaces de nombreux aspects m’ont laissé perplexe. Dans la construction de sa catastrophe l’auteur parait ne pas savoir sur quel pied danser, oscillant entre des explications larges qui collent bien car elles offrent plusieurs hypothèses que le lecteur peut imaginer tout seul et parfois une tentative plus pointue d’étayer sa démonstration, qui parfois a eu du mal à m’accrocher car trop simpliste. Je prends pour exemple le chapitre qui parle de la chute d’Israël face à une coalition de pays de la péninsule arabique telle que la Syrie, l’Irak, la Jordanie, la Libye et d’autres, le tout avec l’aval de l’Iran. Géopolitiquement cette coalition me dérange tant elle parait peu probable, même si pas impossible, et vu que l’auteur ne développe pas plus en profondeur je suis resté frustré. C’est dommage, car cela me donne plus l’impression qu’il cherche plus à faire avancer son histoire simplement tel qu’il l’entend. Autre point qui me laisse perplexe c’est cette représentation aussi un peu facile de l’humanité sans logique, comme par exemple ce chapitre sur l’eau potable. Vu qu’il n’y a plus d’électricité on peut donc potabiliser l’eau vu que, pour l’auteur, les stations d’épuration d’eau ont besoin pour cela de machines et de produits chimiques, sauf que, et c’est peut-être mon côté scientifique qui parle, il existe des STEP purement biologique et sans machines et qu’en cas de dernier recours on peut toujours tenter par l’UV dans des bouteilles plastiques ou par filtres charbons même si, c’est vrai, ce n’est pas parfait. Je trouve cela dommage car on a l’impression que parce-que le « cadre moyen cultivé » ne sait pas faire obligatoirement personne ne sait faire. Pareil pour les passages sur l’agriculture ou encore sur la nourriture.

Puis arrive la conclusion, cette réponse que l’auteur cherche à faire passer concernant le paradoxe de Fermi, qui se révèle tout à fait plausible malgré, c’est vrai, son côté pessimiste. Une conclusion intéressante qui cherche, d’une certaine façon, à sonner l’alarme de notre façon de gérer notre planète et nos vies. Sauf que voilà deux choses m’ont laissés perplexe, c’est que d’une on la voit venir au vu du titre et de la façon dont l’auteur construit son récit et de deux j’ai trouvé qu’elle manquait un peu de débat. Pourtant l’auteur prend bien 10 pages à développer son hypothèse, reposant sur un dialogue de groupe et, comme je l’ai dit, elle est tout à fait plausible, mais voilà c’est censé être un groupe instruit et il n’y a quasiment pas un seul débat contradictoire, alors que moi je me sentais frustré avec la dizaine d’argument que j’avais en tête mettant à mal cette théorie. Après je sais parfaitement bien qu’une telle théorie n’a que deux possibilités d’être résolue, soit un jour la vie extraterrestre apparait soit on arrive à prouver avec certitude qu’elle n’existe pas (et encore la certitude a aussi ses limites), mais voilà voir l’argumentation acceptée si facilement me dérange, tant elle reste justement discutable.

Après on pourrait croire que je n’ai pas apprécié ce roman, c’est faux, il reste un minimum agréable, son côté post-apo est clairement réussi et fait froid dans le dos. Je ne dirai pas non plus, en fermant ce livre, que certaines questions ne continuent pas à trotter dans ma tête. Le héros principal, malgré un côté froid et un certain manque de touche émotionnelle, arrive effectivement à nous faire réagir et à nous passionner un minimum sur notre société, son repli dans la haine et la violence, et ses nombreuses péripéties. Sauf que voilà, tout simplement je pense que mon esprit scientifique ne se sent pas complètement convaincu par certains aspects trop simplistes et mon esprit de controverse trouve que l’auteur construit trop son récit pour tenir la main du lecteur et mettre en avant ses arguments, sans jamais chercher à les pousser à bout. Au final une lecture pas mauvaise, mais qui n’a pas répondu complètement à mes attentes.

En Résumé : J’avoue une fois la dernière page de ce roman tourné, que je ressors pas complètement convaincu par ma lecture. Certains aspects se révèle réussi, comme par exemple ce travail minutieux sur l’effondrement de notre société et sa capacités à s’auto-détruire qui se révèle très réaliste et limite glaçant, ou encore sur les nombreuses réflexions qu’il cherche à mettre en avant de façon intéressante, mais voilà d’autres passages m’ont laissé perplexe. Je pense principalement a certaine tentative d’explication de la catastrophe qui, dans l’état de construction du récit et des éléments fournis, ont du mal à me convaincre ou bien encore sur cette impression que l’humanité entière manque de jugeote et de logique sur certains aspects qui me paraissent pourtant gérables. Puis arrive la conclusion, le travail qui mène à la réponse de l’auteur au paradoxe de Fermi qui ne manque pas d’intérêt et qui se révèle plausible mais dont je trouve dommage qu’il soit finalement devinable rapidement et qui, surtout, manque de débat contradictoire, ce qui m’a légèrement frustré. Au final un roman plutôt sympathique, avec de bons passages, mais dont finalement j’attendais plus.

 

Ma Note : 6,5/10

 

Autre avis : Lune, Cornwall, Ptitetrolle, Elessar, …

Mausolées – Christian Chavassieux

mausoleesRésumé : Descendu d’un ferrail brinquebalant, Léo Kargo pose son sac à Sargonne, une commune libre de l’Europe Ralliée établie après les terribles Conflits dont les destructions massives sont encore dans les mémoires de tous. L’un des hommes les plus célèbres de son temps, le richissime et controversé Pavel Adenito Khan l’a recruté pour s’occuper de son immense collection de livres, l’une des dernières bibliothèques au monde.
Mais Kargo comprend rapidement que son embauche ne doit rien au hasard. Inquiet, il enquête… Et les questions, les rumeurs, nombreuses, surgissent… À propos des livres atteint d’une mystérieuse lèpre, sur la séduisante Danoo Forge, l’assistante du milliardaire étrangement surnommé le Diable. Et qui est cette fascinante et dangereuse Lilith, mi-femme, mi-machine qui rode dans la cité ?
Dans cette quête, hantée par le souvenir d’une science déréglée et la folie guerrière des hommes, Kargo trouvera bien plus que des réponses. Il rencontrera un destin poignant, le sien et le chaos, celui du monde.

Edition : Mnémos

 

Mon Avis : Je me suis laissé tenter par ce livre un peu par hasard je dois bien avouer. Il faut dire que les éditions Mnémos ont l’habitude de sortir des romans qui sortent un peu de l’ordinaire, je m’arrête donc régulièrement devant leurs nouveautés. C’est comme ça que je me suis retrouvé avec Mausolées entre les mains qui m’a rapidement accroché par son quatrième de couverture intrigant et aussi par une couverture, illustrée par Akalikoushin, qui possède un petit air sombre, hachée et entraînante. Puis, comme souvent, il a traîné dans ma PAL, ne sachant pas quand vraiment le commencer. J’ai donc décidé il y a peu de lui laisser sa chance et ainsi pouvoir me faire mon propre avis.

On découvre ainsi Léo Kargo qui voit sa vie complètement chambouler le jour où il est embauché pour aller travailler pour le milliardaire Pavel Khan, aussi surnommé le « diable » pour ses actions durant les nombreuses guerres civiles lors de l’effondrement de la civilisation, à gérer une des rares bibliothèques qui existent encore.  Il va rapidement se rendre compte que sa présence n’est pas obligatoirement un hasard et va se retrouver au milieu de quelque chose qui va complètement le dépasser. Il est difficile de classer ce roman, oscillant entre histoire humaniste, thriller, travail sur une société qui s’auto-détruit, roman d’aventures voir même drame philosophie, l’histoire se retrouve vraiment à brasser les genres pour le plus grand plaisir du lecteur. En tout cas une chose est sûre c’est qu’il est loin de m’avoir laissé indifférent même si, une fois la dernière page tournée je ne m’attendais pas vraiment à cela. Rien de péjoratif dans ma phrase, simplement l’auteur a réussi à me surprendre avec un récit complètement différent des attentes que j’avais en l’ouvrant. En tout cas on plonge ici dans un monde post-apo au rythme lent, tendu, rempli de sous-entendus qui se révèle accrocheur.

Déjà la première chose qui marque ici c’est l’univers qui nous est dépeint lentement au fil des pages et des révélations. En effet on plonge dans un monde qui se relève doucement de nombreuses années d’instabilités, de guerres et de violences. Les pays et les frontières se sont complètement redessinées, la mort à fauché des millions de vies, de nombreuses armes ont été misent à profit et ont fortement modifiées les règles et la vie des hommes. L’humanité a du mal à remonter la pente, oscillant entre acceptation d’une mort certaine, poussant le principe d’écologie à son paroxysme et reniant en partie les sciences qui auraient aidé à la mort lente de cette planète et un besoin de survie acharné. Il faut dire que les armes employées ont fait de nombreux dégâts, qu’ils soient passés, mais aussi encore dans le présent et voir même pour l’avenir de l’Homme. Pourtant quand on plonge dans cet univers on ne sent pas tout de suite ce côté sombre, la vie semble paisible, certes on y ressent parfois un certain sectarisme mais rien ne laisse transparaître cette implosion des pouvoirs. L’auteur égrène ainsi ses révélations au fil des pages, dévoilant ainsi peu à peu une image loin d’être idyllique, mais qui pourtant se révèle cohérente, collant parfaitement à notre présent. L’Europe a ainsi laissé place à des villes-états gouvernées par une Fédération lointaine. Pourtant malgré cette impression de calme, la violence et l’oppression sourde au fil de la lecture. Un univers qui se révèle ainsi à la fois intimiste, on bouge finalement très peu, et aussi dense et complexe à travers les informations que nous offrent les personnages. Il pourra rebuter peut-être par sa violence et une certaine haine, mais j’avoue avoir été happé par le monde que développe l’auteur, qui ne laisse pas indifférent et nous force à réfléchir.

L’autre point fort du roman vient clairement des personnages qui nous sont proposés au fil du récit. Il faut dire qu’il n’y en a pas obligatoirement beaucoup, ce qui offre ainsi un panel assez large et surtout développé de protagonistes qui ne manquent pas de se révéler humains, avec leurs failles et leurs forces, qui doivent réagir et évoluer dans un monde où tout n’est pas parfait mais qu’ils cherchent, selon leurs propres point de vues, souvent divergents, à modifier, à rendre meilleur. L’autre aspect vraiment intéressant vient du travail de fond psychologique que propose l’auteur avec de nombreux questionnements et de nombreuses réflexions efficaces que ce soit sur la quête identitaire,  les secrets qui rongent chacun d’entre eux, l’amour, la haine, la filiation ou bien encore la quête de vengeance. L’ensemble est aussi exacerbé par un cadre qui se révèle fermé, un peu comme une « cocotte » qui fait que l’ensemble des héros montent lentement en pression, pour un final des plus sanglant et explosif. On sent aussi au travers de nombre de personnages croisés une humanité à bout de souffle, qui se sait condamnée et qui se débat du mieux qu’elle peut pour s’en sortir ce qui, je trouve, ajoute un vernis très intéressant à l’ensemble.

Un aspect qui m’a aussi accroché c’est cette ambiance très proche du livre, des histoires, de la littérature avec toute cette quête autour de la bibliothèque, de la connaissance qu’il faudrait perdre ou non en fonction de l’évolution de la vie, qu’il faut transmettre au non aux générations futures pour leur permettre d’apprendre ou d’évoluer. Il y a une vraie problématique développée là-dessus et qui ne manque pas d’attrait et se révèle soignée. Après j’ai quand même un léger regret concernant ce roman c’est sa conclusion. Pas qu’elle soit mauvaise, non, elle se révèle agréable, ouverte pour permettre au lecteur de se faire sa propre idée et de continuer à maintenir certaines réflexions ouvertes, mais voilà j’ai trouvé que l’ensemble était amené de façon un peu frustre et surtout un peu rapide, principalement dans certaines révélations. Comme si l’auteur balançait certaines réponses parce qu’il est obligé de le faire pour son récit. Ce n’est en rien bloquant mais j’ai trouvé cela légèrement frustrant tout de même. J’ai aussi trouvé le personnage principal un peu trop inactif, baissant trop rapidement les bras à mon goût.

La plume de l’auteur se révèle clairement enlevée, soignée, élégante, offrant au récit par moment une certaine pointe de poésie, tout en n’oubliant pas qu’il se trouve dans un univers sombre, sanglant, guerrier, ce qui pourrait peut-être déranger certains lecteurs, mais qui je trouve colle parfaitement au récit. Au final je suis content d’avoir sorti ce livre de ma PAL qui m’a offert un récit surprenant, plus dans la profondeur psychologique et de réflexions que dans l’action, mais qui m’a accroché et s’est révélé passionnant. Je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce livre qui nous propose une histoire post-apocalyptique assez surprenante, loin du thriller qui se laissait présager à la lecture du résumé, mais offrant plus une réflexion soignée et efficace sur l’humanité et sur l’Homme. L’univers se révèle vraiment efficace, sombre, dévoilant une humanité agonisante dans un monde qui sort d’une guerre intestine des plus destructrices. Les personnages se révèlent vraiment soignés, humains développant des thématique vraiment efficaces et intéressantes comme par exemple sur la haine, la vengeance, l’identité et d’autres encore. Le tout est porté par une plume élégante, poétique, soignée qui ne manque pas d’élever le récit tout en collant parfaitement à l’ambiance sombre et oppressante qui se dégage. Je regrette juste que la conclusion donne plus l’impression de balancer certaines réponses qu’autre chose et aussi le personnage principal qui se replie trop rapidement sur lui-même, mais rien de non plus bloquant. En tout cas un roman que j’ai trouvé réussi et je lirai sans problème d’autres récits de l’auteur.

 

Ma Note : 8/10

Utopiales 2014, Anthologie – Collectif

utopiales 2014Résumé : Donnez « Intelligences » comme thème à des auteurs d’imaginaire et vous obtiendrez des résultats géniaux, fous et déconcertants. Préparez la révolution avec Jo Walton, ressuscitez une momie avec Sylvie Denis, enquêtez avec un célèbre albinos et Michael Moorcock, plongez dans le monde des échecs avec Léo Henry, découvrez les dernières volontés un peu folles d’un père avec K. W. Jeter ou bien sortez en plein cauchemar post-apocalyptique avec Dmitry Glukhovsky.

Edition : Actu SF

 

Mon Avis : C’est maintenant devenu une tradition inscrite dans le marbre, à chaque fois que je fais un festival je fais rentrer dans ma PAL l’anthologie consacrée. Alors j’avoue, celle de l’année dernière ne m’avait pas complètement accroché, j’espérais donc que le cru 2014 serait meilleur, surtout que le thème de l’intelligence ne manque pas d’attrait. Par contre, changement par rapport aux années précédentes puisque j’ai effectué la lecture en Lecture Commune avec Mariejuliet. Une LC très agréable avec pas mal de discussions, de débats fascinants et que je referai avec plaisir. Ce livre comporte 11 nouvelles ainsi qu’une préface vraiment intéressante et complète de Yannick Rumpala sur l’intelligence.

Chaperon de Laurent Genefort : L’auteur nous plonge ici dans une nouvelle qui cherche à faire réfléchir sur l’intelligence, qu’est-ce qui la définit et son échelle, à travers le regard d’aliens. La grande force de l’histoire est d’ailleurs de ne jamais parler de l’Humanité. Un texte qui se révèle agréable, qui se lit facilement et s’avère sympathique, offrant une « mise en bouche » à l’anthologie plaisante, mais voilà elle reste peut-être un peu trop gentillette, un peu comme si elle s’imbriquait dans quelque chose de plus grand. Cela n’empêche pas quelques originalités que je vous laisse découvrir et qui m’ont paru intéressantes.

Fe6 !! ou La Transfiguration de Bobby J. Fischer de Léo Henry : L’auteur nous propose ici de découvrir un texte qui tourne autour du monde des échecs et plus précisément autour de l’un des plus grands joueurs, marquant l’histoire de son intelligence et de sa folie Bobby Fisher. Un texte qui mélange réalité et fantastique, où la folie se mélange au rationnel et qui, j’avoue, m’a bien accroché que ce soit à travers ces complots, ces non-dits, mais aussi toute la construction que fait l’auteur de son récit. On sent d’ailleurs bien qu’il s’est fortement renseigné, principalement sur le monde des échecs. Une ambiance étrange se dégage de ce texte, dont quelques points restent nébuleux. Une nouvelle réussie selon moi.

En sommeil de Jo Walton : On plonge ici dans une nouvelle où une biographe construit une simulation de la personne sur laquelle elle écrit, pour pouvoir l’interroger. J’avoue qu’on a là un texte qui se révèle intelligent, nous dévoilant un monde loin d’être lumineux, où la liberté a pris un grand coup. L’auteur nous fais réfléchir sur l’avenir qu’on cherche mais aussi sur l’idée de changement. L’ambiguïté sur la simulation, reposant à la fois sur l’historique du personnage mais aussi sur son ressenti, apporte aussi une certaine originalité au récit. Mon seul regret est que cette nouvelle manque un peu de puissance, comme s’il ne s’agissait que d’une introduction à une histoire plus grande.

L’Évangile selon Artyom de Dmitry Glukhovsky : Cette nouvelle nous offre finalement une petite suite à Metro 2033, reprenant le personnage principal et dévoilant ce qui est survenu par la suite. Donc clairement le ressenti ne sera sûrement pas le même si vous avez lu ou non le roman. L’ayant lu, j’ai bien apprécié ce texte, apportant des informations supplémentaires, dévoilant de nouvelles personnalités du personnage principal et se révélant efficace et haletant avec une conclusion ouverte que je trouve intéressante.

Pas de deux sur la planète des ombres de Dominique Douay : Ce texte nous plonge dans un vaisseau spatial où les deux membres d’équipage vont faire une découverte qui va les changer. Dans l’ensemble le texte se laisse lire et ne manque pas d’intérêt mais il manque clairement de profondeur. Je ne suis pas sûr que l’aspect nouvelle soit la meilleure idée pour ce texte, principalement dans les aspects angoissants et stressants qui manquent de force. De plus il se dégage un sentiment que certains aspects manquent de développement et que la conclusion va trop vite. Texte sympathique mais sans plus qui rentre dans les vite lu, apprécié et vite oublié.

Les Dracula anonymes de Barbara Sadoul : Cette nouvelle décide, d’une certaine façon, de revisiter le mythe du vampire dans un futur proche et le tout façon pièce de théâtre. Franchement j’ai jamais réussi à accrocher à ce texte, l’histoire donnant l’impression de partir dans tous les sens et dans de nombreux délires pas toujours intéressants et surtout la construction dans une sorte de pièce de théâtre pastiche m’a laissé de marbre. Dommage.

L’Affaire du Bassin des Hivers de Michael Moorcock : Une nouvelle qui nous plonge dans un Paris parallèle où un enquêteur se retrouve à devoir résoudre le meurtre d’une jeune fille. Un texte agréable, même si construit de façon classique, qui se révèle intéressant par l’ambiance qu’il met en place et par l’univers qu’il construit. On sent que l’auteur s’est fortement renseigné, nous offrant un récit dense en informations. J’ai eu par contre un peu de mal avec les dialogues qui m’ont paru par instant légèrement « ampoulés ». La fin ouverte laisse présager des suites. Par contre j’ai eu un peu de mal à faire le lien avec le thème de l’intelligence.

L’Esprit de la roche de Jean-Marc Ligny : Cette nouvelle nous plonge au milieu d’un groupe de chercheurs qui souhaitent élucider le mystère qui se dégage de certaines pierres sur une planète morte. Un texte vraiment sympathique, qui se lit facilement, on sent que l’auteur a effectué des recherches pour offrir une histoire solide. On pourrait lui reprocher son côté extrêmement positif, mais franchement je trouve que ça colle parfaitement au récit.

Le Sage qui entre dans la paix de Sylvie Miller & Philippe Ward : On retrouve ici le célèbre détective des dieux, Jean-Philippe Lasser, qui va de nouveau se plonger dans une enquête divine. On ne change pas une équipe qui gagne, cette nouvelle enquête se révèle toujours agréable, entrainante, efficace et sans temps mort, à l’humour toujours aussi percutant. Notre héros va devoir donner beaucoup de lui-même entre manipulations et mensonges. On retrouve avec plaisir nos héros qui nous offrent ainsi une attente agréable avant la sortie prochaine du nouveau roman.

Le court roman de la momie de Sylvie Denis : Cette nouvelle nous propose de découvrir un homme qui tombe amoureux d’une momie et qui, par un miracle de la technologie va la ramener à la vie. Très vite il va se rendre compte que rien ne se passe comme prévu. J’avoue que j’ai beaucoup aimé ce texte qui essaie finalement de traiter de l’intelligence sans conscience, ni base avec cette momie millénaire qui va se retrouver a faire des choix extrêmes dans ce futur. Le texte se révèle aussi intéressant par les nombreuses réflexions écologiques que cet univers nous dévoile. Au final une histoire d’amour platonique captivante et qui nous fait réfléchir, une nouvelle réussie.

Dernières volontés de K. W. Jeter : Cette nouvelle nous plonge dans les derniers instants d’un homme qui sait qu’il va mourir et demande à sa fille de mourir à une date bien précise. De nouveau un texte réussi, entrainant, sensible sur une relation pas toujours facile entre un père et son enfant. L’ensemble se révèle vraiment fascinant, efficace, bien amené, avec son lot de surprises, d’humour et de sentiments. Par contre dur de classer ce récit dans l’Imaginaire. En tout cas ce texte m’a donné envie de découvrir d’autres écrits de l’auteur.

En Résumé : Une anthologie des Utopiales 2014 qui se révèle vraiment sympathique et qui m’a offert un agréable moment de lecture, même si c’est vrai tous les textes ne sont pas au même niveau. En tout cas un meilleur cru que l’année 2013 avec des récits variés, efficaces et entrainants. Mis à part peut-être un texte qui m’a laissé complètement de marbre, les autres oscillent entre plutôt sympathique et fascinant. J’ai peut-être eu un peu de mal à toujours voir le lien entre les textes et le thème de l’intelligence, mais rien de vraiment dérangeant. Une anthologie plus que plaisante et je lirai avec plaisir celle de l’année prochaine.

 

Ma Note : 7/10

 

Avis de Mariejuliet
Autre avis : Vert, Boudicca, …

Vongozero – Yana Vagner

vongozeroRésumé : Anna vit avec son mari et son fils dans une belle maison près de Moscou. Un virus inconnu a commencé à décimer la population. Dans la capitale en quarantaine, la plupart des habitants sont morts et les survivants – porteurs de la maladie ou pillards – risquent de déferler à tout instant. Anna et les siens décident de s’enfuir vers le nord, pour atteindre un refuge de chasse sur un lac à la frontière finlandaise : Vongozero. Bientôt vont s’agréger à leur petit groupe des voisins, un couple d’amis, l’ex-femme de Sergueï, un médecin… Le voyage sera long, le froid glacial, chaque village traversé source d’angoisse, l’approvisionnement en carburant une préoccupation constante.

Edition : Mirobole Editions

 

Mon Avis : Je me suis laissé tenter par ce livre pour deux raisons principalement. La première vient de la maison d’édition, Mirobole, qui, je trouve, permet la découverte d’œuvres voir d’auteurs intéressants, mais dont finalement on entend peu parler ; j’ai ainsi découvert la plume mordante de S.G. Browne mais aussi celle plus angoissante d’Anders Fager et je n’ai pas été déçu. La seconde raison vient des quelques retours que j’ai vu passer à droite, à gauche, me donnant envie de lire ce roman limite post-apocalyptique. Ajouter à cela une couverture toujours aussi sobre, mais qui se révèle intrigante et donne envie d’en apprendre plus, il n’a donc pas fallu attendre longtemps avant que ce roman rejoigne ma PAL.

On se retrouve donc, tout au long du récit, à suivre le quotidien d’Anna qui, suite à l’apparition d’une épidémie non maîtrisable, ce qui crée la panique, va se retrouver à fuir sa petite banlieue avec famille, voisins ainsi que l’ex-femme de son mari, pour aller se cacher à Vongozero dans une cabane perdue. Alors oui, clairement, l’intrigue n’a rien de révolutionnaire : une catastrophe qui occasionne la fuite d’un groupe d’individus qui vont se retrouver face à eux-mêmes et face à des choix, cela s’est déjà vu dans de nombreux récits. Pourtant avec Vongozero j’ai été happé dès les premières pages pour ne quasiment plus pouvoir lâcher le livre. Dès le début, l’ambiance est posée, elle se révèle intimiste, angoissante et montera crescendo au fur et à mesure de la lecture, poussant ainsi à vouloir en apprendre plus, à savoir comment ce voyage va se dérouler et quelles conséquences il va occasionner sur nos héros. On est pourtant loin des romans nerveux et sans temps morts, pourtant il nous agrippe et d’une certaine façon fascine. Surtout que l’auteur parait maîtriser parfaitement bien son récit, alternant efficacement des phases calmes avec des phases plus stressantes qui font que le lecteur ne s’ennuie jamais et offrant une lecture fluide, entraînante et réussie. Certes, vers la fin je reprochais une construction du récit un peu répétitive, mais rien de non plus gênant et se ressent à peine.

Le point principal qui fait que, pour moi, ce récit se révèle fascinant, et finalement diffère des récits du même genre, c’est le travail psychologique effectué sur chaque personnage. L’auteur, d’une, ne tombe jamais dans les stéréotypes qu’on peut retrouver dans ce genre de récit, avec un personnage fort qui se dégage par exemple, nous offrant plus des personnages « lambda », comme chacun d’entre nous. Des banlieusards, habitués à un certain confort, qui se retrouvent par la force des choses à devoir fuir et surtout fuir en groupe, ce qui n’est pas toujours facile. De deux, chaque protagoniste en plus de se révéler humain, sont soignés, complexes et surtout nous pose des questions sur nous-même, sur ce que l’on aurait fait devant les mêmes situations. C’est la grande force du récit, cette capacité à nous interroger sur notre morale, notre humanité, nos possibles réactions face à des aspects stressants et risqués, mais aussi dans un groupe hétéroclite. L’Homme est finalement capable de tout, le pire comme le meilleur. Chaque personnage possède aussi sa propre personnalité, vue au travers du prisme du regard d’Anna la narratrice, qui se révèle une héroïne attachante au fil des pages, face à ses actions, ses choix et ses doutes qui l’effraient de plus en plus ou qui l’obligent à voyager avec des personnes qu’elle n’apprécie pas forcément. Après c’est vrai que vers la fin je me suis un tout petit peu détaché d’elle, par son inertie, son besoin de s’autoflageller avant de se lancer dans une rébellion, limite d’adolescente, rien de gênant, mais qui m’a légèrement ennuyé. Les autres personnages, qu’ils gravitent autour d’elle ou qu’elle rencontre au fil du récit, se révèlent eux aussi efficaces, complexes, devant faire face à leurs propres démons et à un monde qui s’écroule.

Placer le récit en Russie apporte aussi énormément au récit, principalement dans cette ambiance glaciale et stressante, mais aussi à travers les lieux visités et les décors présentés. Pays à la fois urbanisé avec de nombreuses villes, regroupant des centaines de milliers de personnes et leurs lots de contaminés, mais aussi paysage vide, blanc, enneigé et aride, où peut se cacher le pire de l’humanité et offrir surtout un grand vide qui parait  indomptable, limite déprimant. Voilà ce qui oscille devant nos yeux, au travers de descriptions efficaces et visuelles. La tension ressenti dès la première page est ainsi magnifiée et accentuée par ces régions qu’on traverse durant cette fuite en avant en voiture. Alors après, cela a aussi un aspect sur les mœurs qui se révèlent complètement différentes, principalement dans cette impression qu’en Russie la femme est faites pour certaines tâches et pas d’autres et que les travaux lourds ou de leader doivent être réalisés par les hommes. Critique ou simple constat de l’auteur, difficile à dire, mais c’est parfois assez surprenant je trouve, offrant ainsi par cette représentation une certaine réflexion ainsi qu’une rébellion du lecteur devant certaines passivités.

Après je regrette juste une chose au niveau du roman, c’est qu’il traîne légèrement en longueur. Oh rien de méchant, ni de complètement dérangeant, simplement que l’auteur cherche par moment à trop en faire, multipliant les péripéties qui se résolvent souvent de la même manière. Je dirai qu’une trentaine de pages de moins aurait permis d’éviter au récit cette légère lassitude que j’ai ressenti vers la fin. On notera aussi une deux facilités ainsi qu’une légère ficelle qui m’a paru un peu trop grosse, mais rien de non plus bloquant tant l’ensemble ne manque pas de fasciner, d’entraîner et de questionner le lecteur. Si vous aimez ce genre de récit je ne peux que vous le conseiller, pour les autres si vous êtes intéressé laissez-vous tenter pour vous faire un avis.

La plume de l’auteur se révèle vraiment réussie et entraînante, maniant à la perfection les aspects psychologiques des personnages tout en offrant une histoire prenante à l’ambiance tendue et efficace. La conclusion se révèle ouverte et je trouve colle parfaitement à l’intrigue et l’histoire, laissant au lecteur le choix, pour le moment, de se faire sa propre fin. Oui je dis « pour le moment » car une suite a été écrite et publiée en Russie et devrait normalement atterrir chez nous en 2016 si tout va bien. Si c’est le cas j’achèterai cette suite sans soucis et avec grand plaisir tant j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce Vongozero.

En résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui nous plonge dans une intrigue efficace, angoissante dès la première page et qui happe le lecteur qui tourne les pages avec plaisir et envie d’en apprendre plus. C’est surtout l’aspect psychologique qui est la grande force du récit, selon moi, nous proposant des personnages humains, denses, complexes et soignés et qui nous interrogent sur nous-même, notre morale et ce qu’on aurait fait ou pu faire dans une telle situation. Le fait de situer l’histoire en Russie se révèle aussi astucieuse et intéressante, pays où se côtoie les zones urbaines et les zones arides et glaciales, cela offre de nombreuses possibilités et, d’une certaine façon, nous offre aussi une réflexion sur la position de la femme dans ce pays. Alors après j’ai trouvé que le récit traînait légèrement, pas grand-chose, mais une trentaine de page de moins aurait pu aider. Je regrette aussi quelques facilités, ainsi qu’une héroïne peut-être sur la fin légèrement trop passive et adepte de l’autoflagellation. En tout cas rien de non plus bien gênant tant l’ensemble se révèle efficace, passionnant et le tout dans une ambiance prenante et angoissante. La plume de l’auteur se révèle fluide, travaillé et entraînante, proposant une conclusion ouverte que j’ai trouvé réussi. Je lirai la suite avec grand plaisir, qui devrait normalement être publiée en 2016.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Cornwall, Lune, …

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