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Le Sang des 7 Rois, Livre Trois – Régis Goddyn

le sans des 7 rois, livre 3Résumé : Monte dans la vallée, celle que tu verras à ta droite en arrivant dans le septième royaume. Tu te trouveras dans un cul-de-sac. On peut escalader la falaise, elle ne mesure pas même trois cents pieds. Il y a des prises, mais en montant sur la gauche, après les grandes chutes d’eau. Puis, une fois dans la vallée suspendue, marche environs deux semaines en collant la montagne sur le flanc nord. Tu trouveras un passage. Il sera probablement bouché par les arbres et les ronces, ça dépend des moments, mais je sais qu’Odalrik se débrouillera pour te faire venir à lui… Si ce vieux chameau est bien luné.

Edition : L’Atalante

 

Mon Avis : Après quelques mois de pause concernant ma lecture de ce cycle, j’ai décidé de sortir, enfin, ce troisième tome de ma PAL. Vous devez vous demander (ou pas), pourquoi avoir attendu aussi longtemps? Pour la simple raison que ce cycle se déroulant sur sept tomes je savais que j’avais un peu de temps devant moi. Sauf que voilà, le dernier tome étant maintenant annoncé pour le milieu de l’année prochaine, il est maintenant temps de rattraper mon retard en me lançant dans ce troisième livre et voir ce que peut bien proposer l’auteur après deux premiers volumes intéressants et efficaces (chronique du Tome 1, Tome 2). Concernant la couverture, toujours illustrée par Yann Tisseron, je la trouve très réussie avec ce noir et blanc fascinant.

J’avoue, après plus d’un an suite à ma lecture du tome 2, j’avais un peu peur d’avoir du mal à rentrer de nouveau dans ce cycle. Finalement, tout c’est parfaitement bien passé, j’ai replongé avec plaisir dans ce monde et à la suite de ses personnages et de leurs aventures, l’ensemble étant présenté de telle façon que je ne me suis jamais senti perdu ou dérangé. On se rend ainsi compte que la domination du sang bleu se fait de plus en plus sentir, le peuple subit cette violence sans pouvoir se défendre et nos héros continuent leurs voyages pour essayer de changer les choses. Sauf que voilà, une fois la dernière page tournée et malgré ma facilité à replonger dans l’histoire, je dois bien avouer que ce troisième tome m’a paru un petit peu plus faible que les précédents. Oh rien de non plus dérangeant, où qui fait que je vais me détourner de ce cycle, car on continue à y retrouver les qualités des premiers livres avec une intrigue qui se révèle toujours aussi vive, sans temps morts où l’auteur ne s’embrasse pas de chichi pour se consacrer à l’essentiel à travers de nombreux rebondissements et de nombreuses révélations. De nombreux mystères restent présents, que ce soit au niveau des manipulations de l’ombre, des compagnons du verrou ou encore sur ce passé en partie perdu, ce qui fait qu’on continue à tourner les pages avec envie d’en découvrir plus. La narration multiple, qui certes se révèle à double tranchant, permet toujours de découvrir de nombreux points de vue, d’avoir des visions et des réflexions différentes et permet ainsi d’offrir une vision d’ensemble plus large.

Concernant l’univers, certes avec un troisième tome on perd l’aspect entrainant  et charmant de la découverte, mais cela ne l’empêche pas de se révéler solide et de continuer à se développer de façon intéressante ; à se densifier. Ce qui partait sur une lutte des classes se révèle ainsi finalement une lutte liée au sang (certes ça reste une lutte des classes, mais d’un autre point vue) qui s’intensifie dans la souffrance et la violence, ce qui amène les rebelles à se dévoiler. De nouveaux peuples, de nouvelles castes se dévoilent aussi, permettant par la même occasion de lever doucement le voile sur certains pans de l’histoire et rend encore plus intéressant l’ensemble. La magie continue à se dévoiler par petite touche, principalement par l’apprentissage d’Oldarik, et apparait toujours aussi intéressante à découvrir, même si je suis toujours un peu inquiet de la « surpuissance » des mages, ce qui les rend quasiment invincible et enlève assez rapidement toute tension lors de certains combats. A voir comment ça se développe dans les prochains tome. Au final un univers qui a gagné son rythme de croisière et dont on replonge avec plaisir avec l’envie d’en apprendre plus, même si j’avoue, parfois sur certains aspects j’aurai encore aimé en savoir plus.

Concernant les personnages ils sont toujours aussi intéressants à suivre au fil des pages, certes on commence à les connaitre, à visualiser leurs réactions, leurs façons d’évoluer et pourtant ils arrivent toujours assez facilement à nous emporter et à nous entrainer. Surtout l’auteur ne s’arrête pas avec les personnages que l’on connait, il continue à en y ajouter d’autres qui ne manquent pas d’attrait, que ce soit par exemple la vicomtesse ou encore Luigi, ce qui permet ainsi d’apporter du sang frais à l’ensemble et à ne pas ennuyer le lecteur. Le fait de suivre plusieurs personnages offre d’ailleurs un certain intérêt puisqu’il permet de développer de nombreux points. Après cela joue un peu sur l’empathie, ce qui fait que quand certains meurent, on n’a pas obligatoirement touché de la même façon que si on s’immergeait dans deux, trois héros. Certes certains protagonistes sont un peu en retrait, là où on aurait aimé les voir plus en avant, mais ça ne dérage en rien tant on sait qu’on va bientôt les revoir.

Sauf que voilà comme je l’ai déjà dit, j’ai trouvé ce troisième tome un chouïa en dessous des précédents. Déjà, il faut bien l’admettre une fois la dernière page tournée, il fait un peu tome de transition. On arrive quand même au milieu de l’intrigue et on sent que l’auteur fait tout pour ne pas non plus trop en révéler, ce qui parfois se ressent. Certes l’ensemble va quand même représenter 7 tomes et près de 3000 pages ce n’est donc pas illogique de ralentir l’intrigue, mais voilà par moment ça frustre légèrement. Ensuite comme je l’ai dit la narration multiple possède quelques désavantages comme cette impression, sur certains personnages comme Rosa, de ne pas vraiment avancer depuis le premier tome, même s’il apparait, je pense, que cela risque de changer dans le prochain. Enfin un dernier point qui se fait ressentir, c’est une certaine simplicité qui se dégage de l’ensemble, que ce soit dans l’intrigue, comme par exemple cette absence de réaction du peuple qui me laisse toujours perplexe dans un laps de temps si court, ou que ce soit dans la caractérisation des personnages qui rentrent clairement dans une case et n’en sortent jamais vraiment, du moins pour le moment.

Concernant la plume de l’auteur elle se révèle entrainante, certes assez simple, mais qui ne manque pas de porter le lecteur et le plonger dans son récit et son univers. Je regretterai juste des dialogues qui paraissent quand même un peu trop figé, donnant l’impression de trop se reposer dessus pour faire avancer l’intrigue et aussi de se sentir obligé de toujours mettre le nom de son interlocuteur. J’ai eu ainsi l’impression que certains dialogues manquaient de fluidité, mais rien de non plus trop bloquant. En tout cas un troisième tome, qui certes n’a pas pour moi le niveau des deux premiers, mais reste sympathique et divertissant à découvrir, offrant quelques réponses et donnant envie de lire la suite pour en apprendre plus sur les mystères qui restent en suspens.

En Résumé : Je dois bien avouer que, même si ce troisième tome se révèle m’a un chouïa moins captivé que les deux premiers, j’ai passé un moment de lecture divertissant et sympathique. L’intrigue continue à se développer sur cette lutte de sang de plus en plus violente et s’avère toujours aussi entrainante et efficace malgré un sentiment de tome de transition qui se fait légèrement ressentir. L’univers, même s’il perd son aspect découverte, se révèle toujours aussi solide et continue à se complexifier lentement au fil des tomes, offrant de nouveaux mystères. Les personnages continuent à s’avérer intéressant à découvrir dans leurs aventures et dans leurs évolutions, surtout l’auteur n’hésite pas à rajouter des personnages, apportant ainsi du sang neuf, même si la multiplication fait que certains restent peu développés. Je regrette finalement, comme je l’ai dit, un aspect un peu tome de transition, où on commence à sentir que certaines réponses se font attendre, ensuite une certaine simplicité se dégage comme certaines réactions, ou plutôt absence de réactions, face à certains évènements et aussi des dialogues qui manquent un peu de fluidité ; un peu trop protocolaires. La plume de l’auteur se révèle toujours aussi entrainante, certes un peu simple, mais qui porte assez facilement le lecteur. Il ne me reste plus qu’à faire rentrer le quatrième tome dans ma PAL.

 

Ma Note : 7/10

 

Autres avis : Ptitetrolle, Lelf, Mariejuliet, joyeux-drille, Miss Reading, …

Les Lions d’Al-Rassan – Guy Gavriel Kay

les lions d'al-rassanRésumé : L’empire d’Al-Rassan a fait de ses conquérants asharites, venus des sables du désert, un peuple d’artistes et de savants ; l’assassinat du dernier calife a entraîné son éclatement en cités-États rivales. Seul peut-être le roi Almalik de Cartada saura lui rendre sa puissance et son unité, avec le soutien du légendaire Ammar ibn Khairan, poète, diplomate et soldat.
Car une autre menace pèse sur l’Al-Rassan, celle des royaumes jaddites du Nord, divisés, certes, mais avides de reconquérir le pays dont ils s’estiment dépossédés. Rodrigo Belmonte est le plus prestigieux de leurs chefs de guerre.
C’est dans l’exquise cité de Ragosa que se rencontreront Ammar et Rodrigo, pour un temps exilés au service du même monarque. Entre eux, la figure exceptionnelle de Jehane bet Ishake, fille du peuple Kindath et brillant médecin.

Edition : L’Atalante
Poche : J’ai Lu

 

Mon Avis : Pour situer un peu ma lecture de ce livre, il faut savoir qu’il s’agit en fait d’une relecture d’un roman que j’avais lu plus jeune et qui, à l’époque, m’avait vraiment fasciné, m’offrant un excellent moment de lecture. Je profite donc, comme je l’ai annoncé, du mois spécial avec l’auteur sur le blog de Book en Stock, pour sortir une nouvelle fois de ma bibliothèque ce livre et voir ainsi si mon avis a, depuis le temps, changé ou pas. A noter la couverture, illustrée par Gess, que je trouve très jolie et qui met directement dans l’ambiance de cette Fantasy historique.

Suite à la mort du dernier Khalife, l’Esperagne se retrouve déchirée entre différents royaumes, différents peuples, différentes religions, où de nombreux monarques avides de pouvoir cherchent à s’étendre. Plusieurs destins vont ainsi être amenés à s’entrecroiser face aux évènements terribles qui vont bouleverser cette contrée. L’auteur nous propose ici un roman de Fantasy Historique, par là j’entends un récit dans un pays totalement imaginaire, mais dont, si on s’y penche un peu, on ne manquera pas d’y trouver des ressemblances avec l’histoire de l’Espagne, principalement de la fin de l’Al Andalous. Et je dois bien avouer que j’ai de nouveau été complètement happé par cette histoire, il faut dire aussi que, tant la complexité de l’intrigue, sa fluidité, que sa densité, font qu’on ne s’ennuie jamais vraiment une minute et on tourne les pages avec grand plaisir et envie d’en apprendre plus. L’auteur nous dessine ainsi des jeux d’intrigues et de pouvoirs où chacun met en place ses pions, ses machinations et ses trahisons et où nos trois héros, idéaliste d’une Esperagne révolue, vont devoir faire des choix, des concessions voir même parfois pire. On est ainsi littéralement captivé par la grandeur et la déchéance de ce pays, par la force de ce que construit Guy Gavriel Kay et par l’intensité qui s’en dégage et qui monte au fil des pages pour aboutir à une conclusion que j’ai trouvé des plus déchirante. L’auteur oscille parfaitement entre émotion, action, tension, machination, et maitrise parfaitement son récit pour ne jamais ennuyer ou se perdre.

Concernant l’univers, comme je l’ai dit, on se situe dans une Espagne imaginaire, l’Esperagne, qui possède quelque chose de fascinant, une certaine beauté, toujours bien porté par le travail de description de l’auteur, qui donne envie de visiter ses différentes régions, d’en apprendre plus ; que ce soit d’un point de vue de l’architecture, de la culture, de la poésie qui est un élément très présent et de l’art en général, mais aussi dans leurs différences comme dans leurs ressemblances. Car oui, ce qui finalement va rendre cet univers si intéressant à découvrir c’est principalement grâce à une certaine complexité qui s’en dégage, ce qui fait que chaque peuple, chaque lieu est finalement différent, que ce soit dans leurs religions, leurs visions des choses ce qui permet d’offrir une diversité intéressante, même si on se rend très vite compte que sur le fond, malgré ce qui les opposent parfois jusqu’à la guerre, ils ne sont pas non plus si différents de cela. Un univers qui ne manque pas non plus de nous faire réfléchir, tant certains aspects possèdent encore des échos à notre époque actuelle. Entre guerre sainte, beauté perdue et la fin d’une époque, l’ensemble possède aussi une certaine mélancolie, un sentiment de certitude et de perte qui se dessine au fil du récit et dont on ne souhaite pas tant on a envie d’y rester un peu plus longtemps. L’aspect fantastique, ici présent, se révèle très discret, évitant la sur-utilisation de magie, de bestiaires féériques ou autres pour n’offrir quelques aspects très légers, comme par exemple ce petit don de vision ou cette double lune, ce qui permet ainsi d’ancrer ce récit dans une certaine réalité sans non plus perdre le lecteur de Fantasy.

Concernant les personnages il s’agit là, selon moi, d’un des gros points forts du roman et, je ne peux le nier, le trio des personnages principaux ne m’a pas laissé indifférent tant ils arrivent à s’imposer et ont réussi de nouveau à me toucher dans cette relecture. Il faut dire que Guy Gavriel Kay nous offre des héros qui se révèlent clairement charismatiques, fascinants, prenants et surtout profondément humains, évitant du début à la fin de se révéler manichéen pour finalement s’avérer posséder chacun leurs convictions, leurs doutes, leurs fidélités, leurs faiblesses et leurs forces. On découvre ainsi Jehane, médecin de renom et fille d’un médecin encore plus reconnu, intelligente, courageuse, indépendante qui va se retrouver emportée dans une guerre qu’elle ne comprend pas, oscillant entre deux idéologies, mais aussi Rodrigo Belmonte, Capitaine de renom Jaddite qui n’a jamais été vaincu, intelligent, homme d’honneur envers son pays, qui va voir certaines de ces convictions misent à mal  et enfin Ammar Ibn Khairan, assassin, soldat et poète, stratège de génie, mais qui cherche à obtenir un monde meilleur et plus juste là ou la guerre, la haine et la violence se dévoilent de plus en plus. Il est difficile de parler d’eux sans trop en dévoiler, mais en tout cas ce sont vraiment des personnages qui m’ont marqué et m’ont passionné dans leurs aventures, dans leurs relations et dans leurs évolutions. Les personnages secondaires ne sont pas non plus en reste, de nombreux sortant véritablement du lot comme par exemple Alvar soldate Jaddite de la compagnie de Rodrigo, ou encore justement la femme de Rodrigo qui se révèle être une héroïne qui, on peut le dire, sait ce qu’elle veut et ne se laisse pas marcher sur les pieds.

Alors après on pourrait peut-être regretter certaines ficelles que l’auteur utilise un peu trop grossièrement pour faire avancer son intrigue, ou bien un démarrage qui, parfois, prend un peu son temps, mais franchement je n’ai rien ressenti de tel tant je me suis de nouveau retrouvé emporter par la relecture de ce roman. La plume de l’auteur se révèle toujours aussi dense, soignée, d’une certaine façon mélancolique, se situant au plus près des émotions pour mieux nous accrocher. En tout cas Les Lions d’Al-Rassan fait partie, selon moi, des très grands romans de Fantasy, dont je conseille régulièrement la lecture et, qui plus est, est en un seul volume. Maintenant à chacun de voir, en tout cas il faut maintenant que je sors de ma PAL Les Chevaux Célestes qui m’attend.

En Résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture (ou plutôt de relecture) avec ce roman qui nous propose de découvrir au fil des pages, une histoire complexe et entrainante de machinations, jeux de pouvoir, manipulations dans une Esperagne déchirée entre religions et avidités de différents monarques. Un récit fort, touchant, réfléchi,  dont l’intensité monte au fil des pages pour aboutir à une conclusion déchirante. L’univers développé tout du long se révèle dense et intéressant à découvrir, bien porté par des descriptions qui se révèlent superbes. L’aspect Fantastique se révèle ici très discret ce qui permet d’ancrer un peu plus ce récit dans une réalité proche de la nôtre. Les personnages sont vraiment fascinant, charismatiques, attachants, profondément humains et forts, loin de tout manichéisme. Le trio de personnages principaux m’a vraiment marqué et fait vibrer, par leurs différences et leurs ressemblances, mais aussi par les idées qu’ils soulèvent. Alors on pourrait regretter certaines ficelles un peu grosses pour faire avancer l’intrigue ou un démarrage qui prend un chouïa son temps, mais franchement je n’ai rien ressenti de tel tant je me suis retrouvé happé et emporté par cet excellent récit. La plume de l’auteur se révèle toujours aussi dense, soignée, mélancolique. Les Lions d’Al-Rassan fait partie des très bon romans de Fantasy que je conseille vraiment de découvrir, maintenant à vous de voir.

 

Ma Note : 9/10

 

Autres avis : Petitetrolle, Vert, Acr0, …

Les Neiges de L’Eternel – Claire Krust

les neiges de l'eternelRésumé : Dans un Japon féodal fantasmé, cinq personnages racontent à leur manière la déchéance d’une famille noble. Cinq récits brutaux qui voient éclore le désespoir d’une jeune fille, la folie d’un fantôme centenaire, les rêves d’une jolie courtisane, l’intrépidité d’un garçon inconscient et le désir de liberté d’un guérisseur.
Le tout sous l’égide de l’hiver qui s’en revient encore.

Edition : ActuSF

 

Mon Avis : Qui dit septembre, dit rentrée et qui dit rentrée chez les indés de l’imaginaire, dit rentrée de la Fantasy avec la publication de nouveaux roman et surtout de nouveaux auteurs. Bon après se faire une rentrée comme la littérature blanche, l’idée se discute, mais en tout cas je n’allais pas la manquer. Je démarre donc cette rentrée avec les éditions ActuSF et ce roman, Les Neiges de L’Eternel, dont la couverture, illustrée par JungShan Chang, se révèle réussie et a vraiment réussi à m’envouter. Ajouter à cela un quatrième de couverture intrigant, ce livre a donc rapidement terminé dans ma PAL, puis entre mes mains.

L’auteur nous propose ici de découvrir, à travers cinq récits, l’histoire d’une famille noble sur plusieurs générations et de nous faire découvrir un Japon imaginaire, où le fantastique n’est jamais loin. Alors autant le dire tout de suite, si vous cherchez un récit nerveux, ou le plein d’action, passez votre chemin. Claire Krust nous proposant ainsi plus de découvrir ici des récits intimistes, profond, soignés, au rythme assez lent, où chaque personnage va devoir évoluer pour avancer, mais qui, par sa poésie et par la magie qui s’en dégage arrive à happer le lecteur assez facilement. Chaque texte va ainsi posséder sa propre histoire, sa propre vie, et peut être lu indépendamment les uns des autres pour, une fois terminé, nous offrir une fresque assez dense et fascinante de cette famille de Noble, sa chute, sa malédiction, mais aussi ses fantômes et plus précisément concernant deux de ses membres ; Yuki et son frère et sur près de quatre générations. On pourrait se sentir un peu frustré de traiter une période aussi grande en si peu de textes, mais finalement non, la majorité des questions y trouvent leurs réponses et l’ensemble se révèle vraiment cohérent et complet. Certes il reste encore des aspects à découvrir, peut-être pourquoi pas à travers d’autres écrits, mais ces cinq textes se suffisent à eux-mêmes pour offrir un livre efficace. La construction peut clairement avoir son importance, les nouvelles étant agencée de telle façon, et avec précision, qu’elles permettent de mieux jouer avec le lecteur, d’amener les informations avec un peu plus de surprise, chaque texte apportant des informations sur les autres. L’ambiance qui est posée joue aussi un rôle important, j’ai trouvé, dans la lecture qui malgré son côté froid, profond, limite mystérieux, possède quelque chose d’immersif, de dense, voire même de touchant.

Concernant l’univers qui se dévoile au fil des pages, on sent très rapidement que l’auteur est fan du Japon, au point de nous offrir ici une contrée, proche, de ce que je connais du vrai, mais totalement imaginaire et ça marche. On est vraiment fasciné par la découverte du monde qui se dévoile, par petite touche au fil du récit qu’on les savoure. Il faut aussi bien avouer qu’elle ne laisse rien au hasard, puisque le travail effectué se révèle vraiment dense et bien porté par des descriptions denses, soignées et pointilleuses, que ce soit dans les coutumes, l’honneur, les vêtements, les lieux etc…. Le moindre petit détail permet ainsi de rendre ce monde plus palpable, plus vivant et fait qu’on se sent transporter, sans jamais se sentir ennuyé. Certes on tourne un peu sur les mêmes lieux au fil des textes, mais franchement ça ne dérange en rien la lecture. Ce Japon en devient ainsi limite un personnage à part entière qu’on a envie de découvrir de plus en plus à chaque nouvelle. L’aspect imaginaire vient alors apporter un plus à l’ensemble, se révélant, d’une certaine façon, léger et assez discret, même si on y trouve la présence de fantôme où de dons de dieux que je vous laisse découvrir, qui vient s’intégrer ainsi parfaitement au récit. L’hiver, qui se révèle finalement une saison importante, offre aussi une touche supplémentaire au récit, à la fois froid et attirant, le choix de la saison n’est pas anodin, car chaque texte est aussi là pour nous rappeler que la vie peut aussi se révéler cruelle, où le danger et la maladie sont présents, que tout n’est pas que joie et fins heureuses, par conséquent quoi de mieux que l’hiver. Attention l’ensemble est loin d’être sombre, il se révèle plutôt mélancolique, un peu comme un conte.

Concernant les personnages ils se révèlent soignés, intéressants à découvrir que ce soit dans leurs évolutions, comme dans leurs façon de voir ou de réfléchir. Chacun d’entre eux possède ainsi sa propre personnalité, loin de tout manichéisme, avec leurs forces et leurs faiblesses ce qui fait qu’on se retrouve assez rapidement à s’intéresser à eux, voir même à s’y attacher. Il est difficile de parler de chacun d’eux sans trop spoiler, mais en tout cas leurs aventures, leurs peines, leurs joies font que finalement on tourne les pages en espérant continuer à en apprendre plus sur eux, à les comprendre. Alors parfois, c’est vrai, l’auteur en fait un peu trop, ou certains personnages sont un peu stéréotypés, mais franchement rien de non plus très gênant, tant finalement chacun d’entre eux arrivera, d’une façon ou d’une autre, à concerner le lecteur, à l’intéresser.

Je regretterai juste, outre quelques phrases que j’ai trouvé mal construites, mais qui, pour un premier roman sont facilement pardonnable tant le style et la plume sont soignés, poétiques, entrainants, le fait que certains aspects soit un peu trop prévisibles. Rien de trop bloquant ou dérangeant, mais voilà, voir la fin d’une nouvelle arriver trop vite reste toujours légèrement dommage. J’ai aussi  noté quelques petites longueurs et enfin, j’ai trouvé que la dernière nouvelle du livre était plus faible que les autres, je ne sais pas, un léger manque de profondeur, de spontanéité qui fait qu’elle m’a moins accroché, moins marqué. Attention elle n’est pas non plus mauvaise pour autant, juste qu’elle ne possède pas, selon moi la même force que les quatre autres. Franchement rien de non plus frustrant. Au final ce premier roman de Claire Krust se révèle une belle surprise, qui nous plonge rapide et facilement dans ces contes, pour peu qu’on apprécie ce genre de récit, et je lirai sans soucis d’autres de ses écrits.

En Résumé : J’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman, qui est le premier publié de l’auteur, et qui s’est révélé entrainant, efficace et poétique. Alors, certes, si vous cherchez le côté nerveux et plein d’action passez votre chemin, les cinq récits qui nous sont proposés ici mettant plus en avant le côté humain, intimiste, nous proposant un intrigue fil rouge qui tourne autour d’une famille de nobles, où chaque nouvelle possède sa propre voix à travers différents personnages qui se révèlent uniques, soignés, avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs façon de voir et dont chaque aventure va les faire évoluer de façon vraiment intéressantes. L’univers construit au fil des pages se révèle vraiment dense, travaillé et on sent bien que l’auteur est une grande admiratrice du Japon, nous proposant un univers imaginaire qui devient limite un personnage qu’on cherche à découvrir, où l’hiver a une grande importance. L’imaginaire se révèle léger et apporte un véritable plus à l’ensemble, sans non plus trop s’imposer, par petites touches. Je regretterai juste, outre quelques phrases mal construite qui n’est en rien gênant surtout quand on sait qu’il s’agit d’un premier roman et que la plume de l’auteur se révèle vraiment soignée et poétique, certains aspects qui m’ont paru trop prévisible, quelques petites longueurs ainsi qu’une cinquième nouvelle qui m’a paru légèrement en-dessous des autres. Mais bon rien de non plus bloquant tant Claire Krust, à travers ce premier livre, s’impose comme une auteur à suivre et dont je lirai d’autres écrits avec plaisir.

 

Ma Note : 7,5/10

 

Autres avis : Melisende, Iluze, joyeux-drille, …

CRAAA

Challenge CRAAA 4ème lecture

Ysabel – Guy Gavriel Kay

YsabelRésumé : Ned, un jeune Montréalais de quinze ans, accompagne son père, Edward Marriner, dans le Midi de la France. Photographe de renommée internationale, Marriner – assisté de Mélanie, Steve et Greg, son équipe technique – a six semaines pour croquer des images inédites de ce magnifique coin de pays, qui regorge de ruines datant de l’époque des Celtes et des Romains.
Mais des événements inquiétants perturbent le séjour de Ned : un inconnu le menace dans la cathédrale d’Aix-en-Provence, un étrange malaise l’affecte aux abords de la montagne Sainte-Victoire, des chiens l’attaquent dans un café… sans compter qu’au cours de la nuit de la Beltaine, une antique fête celtique, il assiste à la « magique » disparition de Mélanie !
Dès lors, Ned comprend que, dans cette contrée plusieurs fois millénaire, des personnages mythiques ne veulent pas mourir et que, d’une mystérieuse façon, il est personnellement concerné par leur histoire.

Edition : Alire

 

Mon Avis : Guy Gavriel Kay fait parti de ces auteurs que j’ai découvert il y a des années, que ce soit avec La Tapisserie de Fionavar ou encore Les Lions d’Al-Rassan, et qui ont rapidement réussi à me happer à travers les différents univers historiques qu’il construit et les personnages qu’il propose. Pourtant depuis que j’ai crée ce blog je n’ai encore jamais chroniqué un seul de ces romans, ce qui est vraiment dommage et méritait d’être modifié. Le mois de septembre chez Book en Stock étant consacré à l’auteur, un partenariat a été mis en place pour faire découvrir son dernier roman publié en VF, et j’ai eu la chance d’être sélectionné. Je remercie donc Book en Stock et les éditions Alire pour m’avoir fait découvrir ce livre.

Je rajouterai juste un mot concernant l’édition. Il est à noter que la maison d’édition Alire est canadienne, ayant remarqué qu’aucune autre maison d’édition n’ayant décidé de se lancer dans la publication de ce récit en France elle a donc décidé de le faire, tout en gardant la traduction québécoise. C’est un choix qui peut se comprendre mais qui risque d’en surprendre certains, que ce soit au niveau de la concordance des temps, de certaines expressions comme l’utilisation de cellulaires ou de coke, ou encore de certains phrases (« Et personne ne le dit à ta mère où l’on sera tous les deux dans l’eau chaude. », « Je veux dire, tout ce truc est tellement sauté, pourquoi on ne devrait pas faire quelque chose de sauté pour l’arranger, eh? », …) cela peut jouer un peu sur la fluidité du récit tant une ou deux fois je me suis retrouvé à relire certains passages pour mieux le comprendre.

Ysabel nous propos ici de plonger dans le sud de la France, plus précisément à Aix-En-Provence, à la découverte de Ned Marriner, jeune adolescent de 15 ans qui suit son père photographe de renom. Lors d’une visite dans une cathédrale il va se retrouver mêler à des évènements étranges qui vont le changer. Première chose qui peut surprendre les habitués de Guy Gavriel Kay, il quitte la fantasy historique pour propose un roman plus contemporain où c’est le passé qui va y faire son intrusion. Comme souvent, avec les romans de l’auteur, je me suis rapidement retrouver happé par cette histoire au rythme lent et pourtant efficace, mais aussi par l’ambiance qui se dégage au fil des pages qui se révèle à la fois poétique, magique et mystérieuse. L’auteur ne cherche pas à mettre en avant de l’action ou un rythme nerveux, mais plus jouer sur une évolution, une histoire humaine, où le voyage initiatique qui va faire passer notre héros de l’adolescence à l’adulte n’aura rien d’héroïque, mais plus quelque chose de profond, de touchant et de prenant dans la façon dont l’intrigue est traitée, à la fois pleine d’émotion, de passion et de violence. L’histoire peut paraitre déroutante, donnant l’impression au début de partir dans tous les sens, tant l’auteur garde, parfois un peu trop, les réponses par devers lui pour ne seulement les dévoiler qu’au moment voulu, mais cela n’empêche pas de se laisser emporter par cette intrigue d’amour, de vie éternelle et de souffrances, le tout dans une atmosphère poétique des plus étrange et fascinante.

L’image de fond que met en avant l’auteur se révèle aussi assez fascinante à découvrir, l’auteur nous proposant des descriptions détaillées et vraiment envoutantes des lieux qu’il nous dévoile tout du long et qui, surtout, m’a donné clairement envie de découvrir la ville d’Aix en Provence, sa culture, son histoire et et tout ce qu’il y a autour. Il faut aussi dire que l’ensemble est efficacement porté et densifié par un aspect historique qui se révèle soigné, travaillé et dont on sent bien que l’auteur s’est fortement documenté. Les références historiques viennent ainsi, je trouve, renforcer la puissance de ce que construit l’auteur autour de ces personnages et surtout permet à l’aspect fantastique de trouver ses racines dans le contexte historique. et, il faut bien l’avouer, le contexte de la Provence se révèle vraiment fascinant tant ils ont vu défiler des peuples, des guerres, des histoires, que ce soit les romains, les grecs, les celtes, les barbares. Alors après c’est vrai l’auteur tombe parfois légèrement trop dans le guide touristique, ou encore il offre parfois des descriptions un peu trop pointilleuses et un peu longues, mais franchement rien de vraiment dérangeant ou gênant.

Concernant les personnages comme souvent l’auteur nous propose de découvrir des héros soignés, complexes, humains et surtout loin de tout manichéisme, offrant ainsi des protagonistes avec leurs sentiments, leurs émotions, leurs besoins et leurs envies qui sont parfois contradictoire. Je me suis assez facilement attaché à Ned, le héros, jeune adolescent qui va peut à peu au fil des évènements, grandir pour quitter le monde de l’adolescence et ses facilités pour entrer de façon brusque dans le monde des adultes avec ses choix, ses questionnements et ses problématiques. On pourra peut-être tiquer concernant la très grande maturité du héros pour un gamin de 15ans, mais cela ne m’a pas dérangé plus que cela. Les autres personnages qui gravitent autour de lui ne manquent pas non plus de se révéler intéressant et soignés, même s’il faut l’avouer ils acceptent parfois un peu facilement les éléments fantastiques qui leurs arrivent. Là ou je suis un peu frustré, c’est concernant Mélanie et Kate qui jouent par moment un peu trop le rôle d’encyclopédie, venant débloquer légèrement aisément certaines situations avec leurs connaissances, mais franchement rien de bien méchant.

Pourtant je dois bien avouer qu’il ne s’agit pas du meilleur roman de Guy Gavriel Kay, attention il n’est en rien mauvais et se révèle même assez bon, mais voilà comparé à ses autres romans, j’ai trouvé qu’il était un chouïa en-dessous de ce qu’il a pu proposer. Déjà j’ai eu l’impression que l’auteur cherchait à viser un public plus large, aussi bien adultes que plus jeunes, ce n’est en rien une critique, mais cela joue sur la façon dont est présenté le récit, offrant ici ou là quelques facilités dans l’intrigue. Enfin l’autre point c’est une légère linéarité qui m’a paru ressortir du récit. Dans tous les cas l’ensemble est porté par une plume que j’ai trouvé soignée, poétique, dense et entrainante, qui a réussi facilement à me plonger dans ce récit, à la découverte de ces mystères et de sa magie pour aboutir à une conclusion ouverte que j’ai trouvé efficace. Il faut noter que ce roman est lié à La Tapisserie de Fionavar, je ne peux vraiment spoiler, mais c’est à prendre en compte. En tout cas je vais rapidement me lancer, ou me relancer, dans des romans de l’auteur.

En Résumé : J’avoue que, même si ce roman n’est pas obligatoirement le meilleur de Guy Gavriel Kay, j’ai tout de m^eme passé un assez bon moment de lecture avec cette intrigue qui se révèle poétique, entrainante, nous offrant un passage de l’adolescence à l’âge adulte des plus envoutant et efficace. Le fantastique vient apporter une touche de mystère et de magie à l’ensemble. La toile de fond qu’est la Provence, présenté par l’auteur se révèle vraiment magnifique à découvrir que ce soit par les descriptions soignées que propose l’auteur comme par les anecdotes historiques qu’on découvre qui viennent densifier l’ensemble et donne envie de découvrir Aix en Provence. On sent que l’auteur s’est fortement renseigné. Concernant les personnages il se révèlent denses, soignés et attachants même si on pourrait reprocher à Ned un peu trop de maturité pour son âge ou encore à Mélanie et Kate d’avoir une connaissance un peu trop encyclopédique qui permet la résolution de certaines questions un peu facilement, mais rien de bloquant. Finalement mon seul regret et peut-être une simplicité qui s’en dégage dans certains aspects, un peu comme si l’auteur cherchait à viser un public plus large et une certaine linéarité. La plume de l’auteur se révèle poétique, soignée, entrainante et a réussie à me happer dans son univers et son intrigue assez facilement. Il ne me reste plus qu’à lire d’autres écrits de l’auteur.

 

Ma Note : 7,5/10

Port D’Âmes – Lionel Davoust

port d'amesRésumé : Rhuys ap Kaledán est un héritier déchu.
Tout juste libéré de la servitude et des galères, il rejoint la cité franche d’Aniagrad, où tout se vend et tout s’achète, pour reconquérir l’honneur de sa famille. L’occasion lui en est rapidement donnée : Edelcar Menziel, un ancien ami de son père, lui propose de travailler sur la conversion dranique, un procédé perdu depuis des siècles qui permettrait de réaliser des machines magiques. Résolu à tracer son chemin dans la haute société de la ville, le jeune homme s’investit de tout son cœur dans le projet.
Mais bientôt, coincé entre des intrigues politiques et son amour pour une mystérieuse jeune femme qui vend des fragments de son âme pour survivre, Rhuys découvre que le passé recèle des secrets bien sombres et tortueux. Aux prises avec l’ambition, la duplicité et le mensonge, il devra se montrer plus rusé que ses ennemis s’il veut atteindre son but sans perdre son âme.

Edition : Critic

 

Mon Avis : Il y a un an l’auteur publiait La Route de la Conquête, un recueil de nouvelles prolongeant la plongée du lecteur dans l’univers d’Evanégyre découvert lors de ma lecture de La Volonté du Dragon. J’avoue ne pas avoir été déçu par la découverte de cet univers fascinant, dense offrant un mélange passionnant de technologie et de magie, le tout porté par des récits intelligents et soignés. Par conséquent quand il fût annoncé qu’un roman allait être publié par l’auteur dans ce monde, je savais qu’il allait très rapidement entrer dans ma PAL. Mais même sans ces arguments, la magnifique couverture, illustrée par François Baranger, m’aurait obligatoirement fait pencher sur ce livre. Alors attention si vous lisez cette chronique je risque de spoiler, non pas ce livre, ce que j’essaie d’éviter au maximum, mais plus l’univers d’Evanégyre, principalement des informations qu’on retrouve dans La Route de la Conquête sur la chronologie. A noter qu’il n’est pas nécessaire d’avoir lu ses précédents récit dans cet univers pour se plonger dans ce roman, car comme ses textes précédents ils peuvent tous se lire indépendamment.

Ce roman est situé dans une période très lointaine dans le futur de l’univers d’Evanégyre que l’on connait. Dans son précédent recueil, face à sa suffisance, l’Empire d’Asreth c’était finalement éteint, amenant les Âges Sombres ainsi qu’une forte régression aussi bien technologique que sociale. Ici on se retrouve encore bien des années plus tard, les Âges Sombres s’éteignent, la technologie Asreth a complètement disparue et l’Empire est devenue un simple mythe, une légende qu’on raconte comme une fiction. On découvre ainsi Rhuys ap Kaledán, noble déchu, qui revient, après 8 ans de servitude, à Aniagrad espérant y retrouver tout ce qu’il a perdu. Il va très rapidement se rendre compte que rien n’est gratuit.

Première chose qui surprend, c’est le changement radical dans l’univers, on quitte ainsi l’Empire d’Artech et son univers carré, avec son but unique que tout le monde suivait malgré quelques dissensions, il ne faut pas l’oublier, pour un futur qui est d’une certaine façon plus pernicieux, où la guerre va faire son grand retour, où les mensonges, les complots et les trahisons influencent fortement la vie des uns et des autres. Aniagrad en est d’ailleurs le parfaite exemple, la ville où on peut tout acheter, où tout est déclaré et où le contrôle se fait avec une poigne de fer par l’administration et sa milice. Une ville de liberté, mais où on se rend rapidement compte qu’elle est construite comme une toile d’araignée dont on peut très vite tomber dans ses filets et se retrouver acculer. Cela ne veut pas dire que l’Empire et sa technologie a complètement disparu, on le croise, en ligne de fond, à travers des récits, des légendes, des recherches, il va avoir une place dans l’intrigue, mais est loin d’en être le point central. La description de ce monde par l’auteur se révèle dense, soignée, sans non plus se révéler trop lourde ou ennuyeuse, on a l’impression de se plonger dedans, de visiter cette ville pittoresque et hétéroclite, à la fois pleine de surprise, de beauté, mais aussi d’ombre, d’exclusion, de violence. Alors ce changement peut surprendre, si vous êtes habitué aux machines Asreth, mais finalement se révèle très intéressant, permettant ainsi de varier son histoire et aussi d’éviter d’ennuyer le lecteur en racontant toujours la même chose. L’idée du transfert, qu’on avait, d’une certaine façon, déjà découvert dans une autre nouvelle, offre ici quelque chose que j’ai trouvé de très poétique et mélancolique, avec ce besoin de ressentir des émotions ou, selon certains, de les faire disparaitre.

L’intrigue n’est pas non plus en reste par rapport à l’univers, elle se révèle ainsi clairement captivante, offrant tout du long un jeu de manipulation, de pouvoir et de trahisons qui se révèle franchement accrocheur et efficace, tout en se gardant aussi un aspect plus intimiste par l’entremise du personnage principal qui apporte ainsi une touche plus émotionnelle, au plus proche du héros, qui permet de se retrouver facilement happer par les nombreuses aventures qui vont lui arriver. Alors certes, l’histoire et l’univers donne une impression de Fantasy plus classique, mais cela n’empêche pas l’auteur de montrer qu’il s’en sort très bien en nous offrant un récit qui se révèle captivant et entrainant, le tout à un rythme qui monte lentement en tension au fil des pages, des révélations et de l’évolution du personnage principal dans cette quête identitaire qui ne va pas le laisser indemne et le pousser à se remettre énormément en question, oscillant entre amour, naïveté et souffrance. Le récit joue ainsi avec le lecteur pour mieux le surprendre, lui offrir rebondissements et machinations, mais qui aussi n’oublie pas de soulever quelques réflexions intéressantes et efficaces. Que ce soit concernant l’identité, la souffrance, la liberté ou encore sur le jeu des classes sociales et du pouvoir, on ne peut s’empêcher de se poser des questions sur ce qui nous est montré, même si parfois présenté de façon un peu facile. En tout cas une intrigue bien ficelée, maîtrisée, prenante par son ambiance pleine de mystère et de mensonges.

Concernant les personnages il faut bien avouer que je me suis rapidement attaché à Rhuys, jeune homme pleins d’idéaux, d’honneur et de rêves, qui va rapidement se rendre compte que le monde est loin de ce qu’il imaginé, qui va, d’une certaine façon prendre une claque et que pour changer les choses il faut parfois savoir sacrifier certaines choses. Son évolution au fil des pages se révèle captivante, soignée, accrocheuse et surtout réaliste, tant on se retrouve proche de lui dans la façon dont cela nous est présenté. Alors certes je l’admet, parfois on se pose quelques questions, pour un personnage qui a passé 8 ans dans la marine, il apparait un peu naïf dans certaines situations, mais bon rien de bien méchant. Surtout la façon dont il va grandir, passer d’une certaine façon de l’adolescent innocent, à l’adulte s’avère efficace et prenant. Concernant les personnages qui gravitent autour de lui ils se révèlent denses, soignés, offrant une palette large de personnages humains avec leurs bons et leurs mauvais côtés, leurs ambitions et leurs souffrances, avec une mention toute particulière pour la vendeuse, héroïne mystérieuse, torturée, fougueuse, charismatique qui prend son temps pour se dévoiler et surtout prend une place de plus en plus importante dans le récit. Elle vient ainsi apporter une touche de poésie supplémentaire à l’ensemble. La complexité de la relation qu’elle va nouer avec Rhuys est aussi captivante, par ce jeu qui se nous entre ces deux protagoniste, d’une certaine façon semblables, mais pourtant si différents dans leurs visions.

Je ne relèverai que deux points qui m’ont légèrement laissé perplexe, le premier vient de quelques longueurs que j’ai ressenti, rien de bien méchant, ni dérangeant, mais j’ai eu l’impression que l’auteur tirait un peu certains passages, principalement avant certaines révélations. L’autre point est un peu plus, on va dire, personnel et vient d’une des révélations finales que j’ai vu arriver très tôt, ça n’empêche en rien de savourer ce récit ni de l’apprécier vu que cette révélation n’est que secondaire, l’important venant surtout des conséquences, mais ça m’a laissé un léger sentiment de frustration. Rien de bien méchant non plus tant l’ensemble s’avère plus qu’efficace toujours aussi bien porté par une plume fluide, travaillée, prenante et qui happe, je trouve, assez rapidement le lecteur. Au final Port d’Âmes offre une nouvelle vision réussie d’Evanégyre, et me donne encore envie d’en découvrir plus sur cet univers. C’est bien car je crois avoir vu que son prochain récit dans cet univers serait une trilogie.

En Résumé : J’ai passé un très bon moment de lecture avec cette nouvelle intrusion dans le monde d’Evanégyre, qui se situe, d’un point de vue temporel, dans une époque complètement différente de l’Empire d’Asreth. On se retrouve plonger ainsi dans une histoire qui peut, aux premiers bords paraitre classique, mais qui est maîtrisée, captivante mélange de mensonges, de trahisons, de manipulations et de jeux de pouvoir et qui n’oublie pas aussi de pousser le lecteur à se poser des questions. L’univers, se révèle dense, soigné, nous présentant la ville d’Aniagrad qui oscille entre ombre et lumière et qui donne envie d’en apprendre plus tant elle se révèle tortueuse. On s’accroche très rapidement au personnage principal de Rhuys, naïf adolescent qui va, par la force des choses entrer dans le monde adulte avec tout ce que cela entraine. Les personnages qui gravitent autour de lui se révèlent eux-aussi très intéressants à découvrir, avec une mention spéciale pour la vendeuse, héroïne passionnante, vivante et charismatique, apportant une touche de poésie. Je ne relèverai que deux points, le premier est que j’ai ressenti quelques longueurs, mais rien de vraiment dérangeant tant on est pris dans l’intrigue. Le second vient d’une révélation que j’ai vu venir très rapidement, rien de non plus dérangeant vu que l’intérêt vient des conséquences qu’elle amène, mais tout de même légèrement frustrant. La plume de l’auteur se révèle travaillée, captivante et fluide, nous plongeant avec facilité de nouveau à la découverte d’Evanégyre dont je lirai sans soucis d’autres écrits.

 

Ma Note : 8/10

 

Autres avis : Dionysos, …

Trolls & Légendes, l’Anthologie Officielle – Collectif

trolls & legendes 2015Résumé : Entre mythologie, humour et (en)quêtes, parcourez avec eux les sentiers qui mènent aux trolls, ces créatures de légende. Retournez dans le Paris délicieusement steampunk d’Ambremer avec Pierre Pevel ; embarquez pour l’Islande aux côtés de Claudine Glot et d’un chevalier en mal d’aventures ; tombez sous le charme d’un retable aux étranges pouvoirs avec Estelle Faye ou mettez fin à l’exploitation des nains de jardin dans le monde de la nuit parisienne en compagnie d’Adrien Tomas.

Edition : Actu SF

 

Mon Avis : Il y a un peu plus de deux ans j’ai participé au festival Trolls et Légendes et j’étais reparti avec l’anthologie, sur le thème du semi-homme, sous le bras qui sans se révéler mauvaise, ne m’avait que moyennement convaincu. Cette année je n’ai pas eu la chance de pouvoir aller au festival, mais cela ne m’a pas empêché de me laisser tenter par cette anthologie qui a décidé de mettre à l’honneur le Troll. Quoi encore un livre sur les Trolls? vous vous dites. Bah oui mais c’est tellement mignon ces petites bêtes qu’on en redemande. Non?. Sinon plus sérieusement on note la couverture, illustrée par Magali Villeneuve & Alexandre Dainche, que je trouve vraiment superbe. Ce recueil nous propose ainsi de découvrir 10 nouvelles d’auteurs différents.

Sous les Ponts de Paris de Pierre Pevel : Cette nouvelle de l’auteur prend place dans une de ses univers déjà existant, Le Paris des Merveilles, que j’avoue ne pas avoir encore lu. Donc quoi de mieux que lire ce récit pour se faire un avis. Je dois bien avouer qu’au final il se révèle très sympathique, traitant d’une grève des Trolls parisiens ce qui va fortement influencer la circulation sur les ponts de la ville avec son lot de surprises et de rebondissements. Un texte efficace, fluide, avec une bonne dose d’humour agréable et des personnages efficaces qui offrent un plus à l’ensemble. Alors certes le format court offre quelques raccourcis légèrement frustrants, mais rien de dérangeant. En tout cas j’ai bien envie de découvrir ce Paris des Merveilles. Un texte qui démarre de façon agréable cette anthologie.

D’Azur au Troll d’Or de Claudine Glot : J’avoue que je ne connaissais rien de l’auteur avant de me lancer dans cette nouvelle. Elle est spécialisée dans le mythe Arthurien et cela se ressent très rapidement dans le texte qu’elle nous propose, nous faisant découvrir un chevalier en quête de gloire et de combats épiques qui part donc à la recherche d’un Troll comme trophée, sauf que rien ne va se passer comme prévu. Le début parait très classique, avec cette quête de reconnaissance, mais très rapidement l’auteur prend le contre-pied et nous offre une histoire que j’ai trouvé efficace et divertissante, sans non plus révolutionner le genre, montrant l’absurdité de certains combats nobles et en nous faisant réfléchir sur le fait que parfois une épée n’est pas toujours la solution à tous les problèmes.

La Montagne aux Trolls d’Estelle Faye : Un texte qui plonge plus dans le fantastique où l’on découvre une jeune conservatrice de musée qui va se trouver fasciner par un retable dans la vallée des Vosges. Une nouvelle que j’ai trouvé très réussie, principalement pour son ambiance étrange et légèrement dérangeante qui monte lentement en tension au fil des pages et des révélations pour mieux happer le lecteur jusqu’à la fin. Un récit efficace et fluide qui offre une conclusion réussie et captivant.  On notera aussi un léger parallèle intéressant entre ville et campagne, certes classique, mais qui offre tout de même quelques réflexions.

Yamadut de Cassandra O’Donnell : Cette nouvelle prend place dans un des univers de l’auteur, celui de Rebecca Keane cycle d’urban fantasy, dont je n’ai rien lu. Concernant cette histoire on suit une chasseuse à la poursuite d’un Troll. Le texte cherche à se révéler nerveux, percutant et sans temps mort, certes il remplit plutôt bien ces aspects, mais j’avoue ne jamais avoir réussi à rentrer complètement dedans. La faute en revient d’abord un peu à l’héroïne qui dans ce texte parait tellement invincible, tant elle parait avoir de pouvoir ou de facilités, que le récit en perd de son intérêt, ensuite par le fait que cette nouvelle donne plus l’impression de lire un chapitre de son roman qu’un vrai texte indépendant. C’est dommage.

Seulement les Méchants de Jean-Luc Marcastel : Une nouvelle qui nous fait découvrir une enquête policière sur le meurtre horrible d’une jeune fille. Un texte plutôt bien écrit, qui offre un face-à-face qui ne manque pas d’attrait, mais qui m’a paru trop linéaire au point que j’avais deviné rapidement la conclusion. Cela n’empêche pas ce récit de se révéler sympathique et agréable à lire où l’auteur s’amuse par contre de façon intéressante, même si parfois un peu trop appuyée, sur la définition de monstre, mais qui, pour moi, au final, rentre plus dans le vite lu, apprécié, vite oublié.

Une Créature Extraordinaire de Magali Ségura : Cette nouvelle nous fait découvrir le destin d’une jeune fille viking qui, après s’être engueulé avec sa mère décide de fuguer, mais va rencontrer un Troll, ce qui va changer sa vie. Un texte qui se révèle comme ça aux premiers abords classique, mais qui a vraiment réussi à me toucher par sa construction et sa plume, se révélant émouvant et soigné, principalement au niveau des relations familiales. La conclusion sonne juste et se révèle réussie. Une certaine mélancolie se dégage de ce texte, à travers la perte et la souffrance des uns et des autres, qui nous montre aussi que la communication n’est pas toujours facile. Un des meilleurs textes du recueil j’ai trouvé.

Le Troll de sa Vie d’Adrien Tomas : On replonge ici dans l’univers d’urban fantasy que construit l’auteur depuis peu et dont j’ai découvert une première nouvelle dans l’anthologie des Imaginales Trolls & Licornes. Cette nouvelle nous propose ainsi une nouvelle enquête de l’inspectrice Tia, qui est chargée de surveiller les méta-humains pour éviter tout débordement. Comme son précédent texte une nouvelle pas mauvaise, mais qui possède les mêmes qualités et les mêmes défauts. Un univers intéressant, qui mérite d’être développé sur une format plus long, mais le format court et l’histoire un peu foutraque fait qu’il est un peu compliqué de s’attacher vraiment à l’héroïne et offre une conclusion beaucoup trop rapide et légèrement frustrante. A voir si l’auteur décide de construire son histoire dans un roman car il y a du potentiel.

Le Mythe de la Caverne de Gabriel Katz : Cette nouvelle nous plonge au coeur d’un groupe de mercenaire, qui ont connu la guerre sainte et qui se retrouvent après des années pour chasser un Troll et surtout la récompense qui va avec. L’auteur nous offre ici un récit qui décide de démarrer de façon classique, mais pour mieux nous surprendre par la suite, offrant un contre-pied à certains codes d’honneurs qu’on retrouve dans les récits de chevalier. Un texte efficace, bien construit, avec une bonne dose de cynisme, d’absurde et d’humour noir, le tout dans une ambiance sombre, qui m’a fait passer un très bon moment de lecture.

Le Mal Caché de Patrick McSpare : Cette nouvelle va nous faire découvrir un homme qui découvre la mort de sa compagne par ce qui parait être des démons et va chercher à se venger. J’avoue n’être jamais vraiment rentrer dans ce récit, en premier lieu il m’a paru trop imbriqué dans l’univers de la série de l’auteur Les Héritiers de l’Aube pour être vraiment indépendant, ensuite j’ai trouvé que niveau information l’auteur en offrait beaucoup trop en peu de pages et enfin j’ai trouvé que le récit possédait trop de facilités pour vraiment réussi à m’embarquer vraiment. Dommage car le côté action est vraiment là.

Vieux Tacot de Megan Lindholm : Pour ceux qui ne le savent pas, Megan Lindholm et l’autre nom de plume de Robin Hobb. Sous le premier elle sort des écrits plus SF là où, sous le second, elle publie ses récits Fantasy. Ce Vieux Tacot nous propose donc une histoire de Science-Fiction futuriste où l’on suit une famille qui reçoit en héritage une voiture. Un texte qui se révèle bien sympathique, avec une belle ambiance nostalgique sur cette mère et ses deux enfants qui, à travers une voiture un peu « vieillotte » vont se trouver des points communs. Rien de non plus transcendant, mais une histoire qui se lit facilement et se révèle très divertissante. Là où par contre cette nouvelle surprend c’est le choix éditorial de la publier dans une anthologie qui n’a offert que des textes sur les Trolls là où Robin Hobb nous parle de tout autre chose, mais bon l’éditeur ne pouvait sûrement pas passer à côté de la présence de l’auteur au festival.

En Résumé : Cette anthologie du festival Trolls & Légendes s’est révélé finalement assez sympathique à découvrir, nous proposant 10 textes assez variés avec comme point central, excepté pour la nouvelle de Robin Hobb qui traite d’un tout autre sujet, le Troll. Entre humour, dérision, aspect épique ou encore ambiance angoissante le Troll nous dévoile ici ses multiples facettes. Alors certes je n’ai pas été conquis de la même façon par tous les textes, certains me laissant même de marbre, là où d’autres on se sont révélés très réussis et surprenants, mais dans l’ensemble cette anthologie se révèle divertissante et permet aussi par la même occasion de découvrir quelques auteurs de l’Imaginaire, leurs plumes et leurs univers.

 

Ma Note : 7/10

 

Autres avis : Bibliocosme, La plume ou la vie, …

CRAAA

Challenge CRAAA 3ème lecture

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